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De 1875 à 1887, ce fut l’effervescence à Albart, hameau de Saint-Illide. En effet, pendant plus d’une dizaine d’années, le site fut le siège d’un important chantier de construction. Il s’agissait, dans le respect des volontés testamentaires de Pierre Bos-Darnis (1809-1869), natif de Saint-Illide (voir encadré ci-dessous), d’ériger une chapelle devant servir de lieu de culte aux pensionnaires de l’hospice qu'il avait fait bâtir pour les plus démunis.

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Les meilleurs professionnels de l'époque seront sollicités, témoignant de l'immense fortune laissée par Pierre Bos-Darnis. L’architecte Auguste-Joseph Magne (1816-1885), lauréat du second grand prix d’architecture en 1838 et membre de la Société centrale des architectes à partir de 1846, en établira les plans assisté de son fils, Lucien Magne (1849-1916). Ce dernier, auquel on doit également l’hôpital d’Aurillac (1883-1891) et la restauration de la maison consulaire, lui succédera à son décès. Localement, le maître d’œuvre pendant toute la durée des travaux sera l’architecte aurillacois Etienne Aigueparse. 

Cette « cathédrale miniature »(1) présente des assises alternées blanches et noires et mélange à la fois les styles roman et gothique, raison pour laquelle elle est qualifiée de romano-auvergnate. A l’origine isolée, en surplomb au-dessus de la route, elle est aujourd’hui entourée de bâtiments modernes qui abritent un foyer d’accueil pour adultes en situation de handicap mental ou psychique gérée par l’Adsea 15.

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Le portail de la chapelle d’Albart est remarquable, son tympan sculpté représente le Christ en Majesté dans une mandorle (de l’italien amande) entourée du tétramorphe (4 animaux ailés). Le clocher s’élance au-dessus de la première travée de la nef.

La chapelle d’Albart est composée d’une nef unique à trois travées, de voûtes en berceau, de fenêtres en arc semi-circulaire et d’un chevet à pans auquel est accolé un mausolée à la mémoire de Pierre Bos-Darnis tandis que la travée droite ouvre, de part et d'autre, sur la chapelle du confessionnal et sur la sacristie.

A l’intérieur, la décoration est particulièrement soignée, chapiteaux, ambon (tribune surélevée) et tympans des chapelles sont sculptés, tandis que le chœur est décoré de trois grandes toiles signées du peintre Pierre Fritel, récipiendaire du second grand prix de Rome en 1877, illustrant la Passion du Christ dans le style symboliste cher à cette fin du XIXe siècle.

La chapelle d’Albart, qualifiée par l'égyptologue natif de Clermont-Ferrand, Frédéric Joseph Maxence René de Chalvet, marquis de Rochemonteix (1849-1891) d’« oeuvre absolument remarquable par la souplesse et la pureté des lignes », est inscrite aux Monuments Historiques depuis le 26 février 2013.

Pascal Moulier dans Chapelles rurales du Cantal, précise que « derrière cette performance architecturale se dissimule une revanche sociale, celle d’un enfant naturel qui toute sa vie souffrit de cette naissance … »

Pierre Bos-Darnis 

"Personne n'a applaudi à ma naissance : pour tout le monde, ma naissance a été un malheur, une calamité … Pauvre famille, comme elle a dû être affligée et consternée».

C’est par ces mots que Pierre Bos-Darnis, né le 16 avril 1809 au village d’Albart, évoque sa naissance, celle du fils naturel de Marie Bos et illégitime de Pierre Darnis qui refusa d’épouser sa mère, laissant la jeune femme affronter seule, ou presque,la honte et l’infamie d’être fille-mère en ce début de XIXe siècle.

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Cependant tout ne fut pas noir pour le jeune Pierre puisqu’il put fréquenter d’abord le petit séminaire de Pleaux puis le grand séminaire de Saint-Flour. Par la suite, il fut tour à tour précepteur et enseignant à Aurillac puis révoqué, sans doute en raison d’un caractère bien trempé.

Le directeur du journal Le Patriote du Puy de Dôme le fit entrer à son service, puis ce fut Le Moniteur Industriel après un détour par Le National. Il devint rapidement rédacteur en chef du Moniteur, puis propriétaire du journal en 1845, à l'âge de 36 ans. Il acquiert ensuite Le journal des connaissances utiles puis le Bulletin des inventeurs. Cette boulimie journaliste sera le socle de sa fortune dont il dira : « … j'étais arrivé à pouvoir tirer de mon travail, toutes dépenses déduites, plus de 50 000 Fr par an. Il est fâcheux que je me retire des affaires peu à peu, car, en me mettant en prison et même aux galères, je ne sais véritablement pas où la fortune, pour me venger, ne me pousserait point." Des mots qui ne sont pas loin d’évoquer un certain Edmond Dantes né sous la plume d’Alexandre Dumas (1844).

Pierre Bos Darnis

Il s’essaie même à la politique mais sans grand succès (1848). En 1851, il visite l’exposition universelle à Londres puis, miné par un état de santé défaillant, il vend ses journaux en 1862, achète des terres en Auvergne, crée le concours annuel agricole bos-Darnis et commence la construction de l’hospice d’Albart. Il décède à Paris le 26 février 1869.

Le 7 octobre 2017, M. le Maire de Saint-Illide rappela le message de Pierre Bos-Darnis à l’occasion de l’inauguration de l’extension du Foyer d’Accueil Médicalisé de Bos Darnis : « Le message … pour le résumer en quelques mots c’est celui d’un cantalien dont les débuts dans la vie furent particulièrement difficiles, (…) Son retour au pays pour offrir à ceux dont le dénuement à cette époque était réellement total peut encore aujourd’hui nous servir d’exemple. »

La dépouille de Pierre Bos-Darnis sera ramenée sur sa terre natale et déposée dans le caveau situé derrière le choeur de la chapelle d'Albart le 25 août 1887, soit 18 ans après sa mort.

(1) Pascale Moulier, Chapelles rurales du Cantal, Editions de la Flandonnière, 2014

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