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Les mots riches et le style enlevé de Jean-Baptiste Manhès évoquent à merveille le combat de la rivière pour franchir un à un les obstacles semés sur son chemin par une nature toujours plus inventive et devenir la Cère que nous connaissons tous …

Cere

La Cère

Au pied du Puy Griou, dans le vert pâturage
Un mince filet d'eau sort de terre et court
Sans souci du plus loin, frêle et pleine de rage,
Au col, la Cère naît et entame son cours.
Une motte, un caillou, arrêtent son élan,
Patiemment, elle attend, se gonfle et les inonde
Pour se heurter plus bas, petit ru déferlant
Aux racines d'un pin se baignant dans son onde.
Barrages anodins et petites cascades
Enjolivent son lit aux deux rives fleuries,
Etrangère aux beautés, dans sa folle escapade,
La Cère, enfin ruisseau, des obstacles se rit.
Elle s'élance au galop, sous les genêts et ronces,
Sous les hêtres touffus, dans les roches émoussées
Comme pour oublier sa naissance, elle fonce
Vers les prés, la vallée, aux villages espacés.
Dans les Prades un moment, elle s'étire et musarde
Accueille en son sein les ruisseaux gambadeurs,
Sans le moindre regret, bien vite elle se hasarde
Dans les Pas de Compains comme un vrai cascadeur.
Ce n'est plus un caillou qui lui fait un barrage
Mais un mur de béton qui barre le vallon,
Et seul un gros tuyau lui livre le passage,
La Cère, enfin domptée reprend son long sillon.
La Cère est bien partie du pays de verdure,
Les villages et cités se mirent dans ses eaux
Puantes et sans fraîcheur qui charrient les ordures
De l'homme riverain sans pitié pour ses flots.
Et puis, vers l'océan, doucement se dirige
La Cère aux flots fougueux est pleine de regrets,
Elle se voit ruisseau, courant parmi les tiges
Au milieu des cailloux, à l'ombre des genêts.
Combien elle appréciait la truite si vivace
Tapie sous les rochers, guettant le moucheron
Et le vert batracien à l'estomac vorace
Et l'oiseau de la haie, et le vol du bourdon.
Sur son mince filet, finie la promenade
De la fleur de genêt, frêle gondole d'or
Que le puceron d'eau, maladroit escalade
Pour voguer lentement dans l'agreste décor.
Tel quitte son pays pour tenter l'aventure
Va sombrer dans les mers sans espoir de retour
Il existe une loi, celle de la nature
Qui défend aux ruisseaux de remonter leur cours.

Jean-baptiste Manhes

 

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