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S’il est quasi impossible de dater son apparition dans nos campagnes, le sabot, réalisé d’un seul tenant en creusant un morceau de bois, hêtre ou noyer, est probablement apparu vers le XVe siècle. François Villon l’évoque dans sa Ballade de la Grosse Margot en 1512. Certains pensent même que le sabot est une invention gauloise. 

sabot bride

Mais peu importe l’origine, le fait est que pendant fort longtemps, le sabot fut la chaussure rurale par excellence, efficace contre le froid, la neige, la pluie et même les maladies. L’activité de sabotier est familiale, chaque membre effectuant une tâche précise, aussi les premiers sabotiers vivaient-ils en famille au cœur de la forêt, au plus près de la matière première, le bois. Cependant la multiplication de véritables campements de pauvres hères au cœur des forêts menace la ressource naturelle (combustible et bois de construction). C’est ainsi qu’’au XVIIIe siècle, obligation est faite aux sabotiers de s’installer à une distance fixée à une demi lieue de la forêt la plus proche (environ 2 kilomètres). Les sabotiers couperont la poire en deux, le travail est ébauché dans les bois sous un abris de branchage et terminé à l’atelier. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que la fabrication soit intégralement effectuée dans ce dernier.

sabot ebauche sabot ebauche 2

Les sabotiers du Cantal développent un réel savoir-faire à tel point qu’en 1844, le jury central sur les produits de l’industrie française*** (cette manifestation qui eut lieu de 1798 à 1849, avait pour but :

« d'offrir un panorama des productions des diverses branches de l’industrie dans un but d’émulation », elle est également à l'origine de la première exposition universelle en 1851) honora M. Brunhes (Bernard) d’une médaille de bronze pour avoir « contribué au développement de cette industrie qui envoie des produits dans tout le midi de la France. Il est également reconnu que M. Brunhes a formé dans son atelier un grand nombre d’excellents ouvriers. Il en emploie ordinairement une quarantaine chez lui et un assez grand nombre au dehors pour donner au bois les premières préparations ».

sabot outilsoutils du sabotier sabot outiltranchant

Dans ce même rapport, le jury décerna une citation favorable à M. Lausser (François) d’Aurillac :

« pour des sabots bien fabriqués et à bas prix ; on voit par les sabots exposés que M. Lausser est un ouvrier intelligent ». Quant à M. Lausser (jeune), il reçut également une citation favorable « pour des sabots bien fabriqués et la confection d’un sabot imperméable à l’eau ».

rapport du jury 1844

Jusqu’à l’apparition de la chaussure dite « moderne » après la 2ème guerre mondiale, rares étaient les villages qui n’avaient pas de sabotier. En 1870, la France comptait 25 000 sabotiers pour une production manuelle estimée à 37 500 000 sabots (soit 18 750 000 paires). En 1934, ils ne seront plus que 12 000. D’une part le métier nourrissait mal son homme, d’autre part, la chaussure « moderne », plus confortable, plus pratique et moins coûteuse à produire, pointait déjà le bout de son nez grâce à l’industrialisation. De nos jours, seuls quelques groupes folkloriques sont encore demande de ce chaussant d’un autre âge.

sabots

La galoche, plus tardive (XIXè siècle) et plus élaborée que le sabot, est une chaussure à semelle de bois et à empeigne et contrefort en gros cuir. Selon J. Daydé**, . L’arrivée des moyens mécaniques tels que la scie à ruban puis, vers 1878/1879, de machines permettant de mécaniser totalement la fabrication des semelles permirent une accroissement très important de leur production. Et si la galoche eut longtemps la réputation d’être la chaussure de l’élite cantalienne – ne disait-on pas que » * ? - elle va se démocratiser au point qu’en 1930, 200 000 galoches étaient fabriquées à Aurillac

Berthomieux Ainé Galoche

L‘entreprise familiale La galoche d’Aurillac, créée en 1910 par Jean Berthomieux, fait partie de ces établissements qui se fixèrent dans les zones boisées ou à proximité, d’abord établie rue Victor puis Place du Préfet Erignac, dans une ancienne forge, actuellement « Le Jardin de mon grand-père ». Le grand-père en question, André Berthomieux, qui a succédé à son père Jean, déplace l’atelier de fabrication sur un terrain proche du Parc Hélitas (l’actuel Hôtel La Thomasse) en 1950, il y restera jusqu’en 1970, date du déclin progressif de la galoche au profit de la chaussure. L’activité se poursuivra encore quelques temps dans un atelier de la rue Jean-Jaurès avant de fermer en 2006 près d’un siècle après sa création.

Cependant, la fabrication de la galoche n’était pas terminée pour autant puisqu’en 2007 Jean-Claude Lafon, cordonnier et fils de cordonnier, installe son atelier au Rouget et le rebaptise La Galoche du Cantal. A l’approche de la retraite, en 2013, il cherche un repreneur, ce sera Eric Mas qui, jusqu’ici, vendait des chaussures et des pantoufles sur les marchés de la région (Lot, Cantal, Aveyron). Une solide formation avec son prédécesseur (la fabrication d’une galoche comporte pas moins de 14 étapes) et les dés sont jetés. En novembre 2017, il ouvre son atelier/boutique La Galoche du Cantal à St Etienne de Maurs (Cantal). Histoire à suivre !

Bibliographie :
* Les Sabotiers du Veinazes de Bernard Coste - Édition IEO Cantal - Ostal del libre, collection País.
** L'industrie des sabots et galoches en France et particulièrement dans le Sud-Ouest de J. Daydé (Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, Année 1935 Volume 6 Numéro 1 pp. 98-104
*** Rapport du jury central sur les produits de l’industrie française en 1844 (Imprimerie de Fain et Thunot, Paris).
https://www.lagalocheducantal.fr/
http://www.persee.fr/doc/rgpso_0035-3221_1935_num_6_1_4185 (pages 98 à 104).
http://www.aurillac.fr/index.php/thematiques/commerce/commerces-centenaires - Le Jardin de mon grand-père

L'artisanat

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