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Pierre Bousquet: le combat pour l'homme

Article de Jean Claude Champeil extrait de son livre Vies de Cantaliens

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« Il n’est qu’un seul combat qui vaille, c’est celui pour l’homme ». Cette phrase, souvent dite à ses amis syndicalistes, Pierre Bousquet en a fait une impérieuse règle de vie avec la rigueur et la lucidité qui l’ont toujours caractérisé. Il ajoutait pour ses amis politiques : « être au pouvoir, c’est être au service ». La laïcité militante de cet authentique chrétien ne fut jamais prise en défaut, tant son respect de la liberté individuelle était grand.

Pierre Bousquet naît le 28 novembre 1916 à Albaret le Comtal, en Lozère. Pierre Jean Baptiste, son père, est né en 1890. Journalier agricole, il est revenu amputé d’une jambe de la guerre de 14-18, ce qui vaudra à Pierre d’être Pupille de la Nation.

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C’est à ce titre qu’il peut faire des études à l’Institution de la Présentation de Saint Flour. Il y obtient la première partie du baccalauréat. Marguerite Roche, sa mère, née en 1893, était femme de ménage. Deux soeurs, Marie Louise et Denise, complèteront la famille, venue s’installer à Fridefont dans le Cantal, où les parents sont fermiers. « Nous avons souvent changé d’exploitation » se souvient Marie Louise, retraitée à Chaudes Aigues. Elle ajoute « en raison de l’invalidité de notre père, nous étions toujours dans de petites fermes de quatre ou cinq vaches ».

De 1935 à 1937 Pierre est surveillant dans un établissement scolaire de Tarascon, puis éducateur à Pau. Très bon cycliste, il participe à des courses dans le sud de la France. Il effectue son service militaire d’octobre 1937 à septembre 1939 à Chaumont, dans les transmissions. Mobilisé à Altkirch, il se replie avec son régiment sur Amiens puis jusqu’en Dordogne. Démobilisé en 1940, il part pour Libourne, tenter avec un ami de s’embarquer pour l’Angleterre. Ne trouvant pas de bateau, il revient chez ses parents et travaille dans une scierie à Neuvéglise. Il devient animateur des Compagnons de France, mouvement qui s’est donné pour mission d’organiser la jeunesse en ce temps de total désordre. Certains des dirigeants vont devenir, dès 1942, des chefs du maquis. Les Compagnons de France,comme les Chantiers de jeunesse fourniront de gros effectifs à la résistance armée. Pierre Bousquet se lie d’amitié avec Jobert et Lancelot, Compagnons de la Chanson. Il va appartenir au Mouvement Uni de la Résistance. Il y affirme cette solidarité, cette ouverture et ce besoin d’engagement qui guideront sa vie. Il s’engage le 1er octobre 1944 dans les rangs de la Première Armée Française. Il est blessé le 26 avril 1945 à Emmingen. L’aspirant Bousquet se voit remettre la Croix de Guerre avec trois citations et la Croix de la Valeur Militaire. De retour au pays, il rencontre une Vosgienne en vacances dans sa famille Sanfl oraine, Odile Delaite. Elle est née le 17 janvier 1920. Ils se marient le 18 septembre 1946 à Nancy. Un premier bébé, Marie Solange, naît en 1947, puis Dominique en 1951 et Marie Madeleine en 1955. Ils auront trois enfants chacun, donnant neuf petits enfants à Odile et Pierre Bousquet. Le temps de l’action syndicale.

Odile Bousquet est institutrice. Elle obtient sa mutation pour le Cantal, à Aubespeyre où le couple va résider. Pierre Bousquet vient chaque jour à vélo pour son travail d’employé aux assurances mutuelles agricoles. Il s’engage dans le syndicalisme qu’il ne quittera plus, et, tout naturellement, à la confédération des travailleurs chrétiens, la CFTC. Ce militantisme syndical conduira les dirigeants de la MSA à lui demander de quitter l’organisme dans lequel « il était appelé à un brillant avenir » comme le confirme son ami Jean Marie Le Franc, qui sera plus tard directeur de la mutuelle. Chrétien convaincu, selon les valeurs de partage, Pierre Bousquet restera toujours un contestataire qui refuse toute autorité et tout prosélytisme. Il est parfois en désaccord avec les positions de l’Eglise. Pour lui « un chrétien doit s’ouvrir aux autres en respectant chaque individu ». Ses amis viendront de tous les horizons. Dans la foule, rassemblée pour son enterrement, toutes les familles de pensée sont réunies, des communistes à la droite départementale, des militants laïques aux dignitaires de l’Eglise Il devient comptable chez Lavaurs et, tout de suite, le porte drapeau du syndicat. « Le drapeau tout court » dit son ami Albert Balent, militant avec lui de la première heure. La liste est longue des batailles ardentes pour les salaires et le respect des travailleurs à l’époque de la construction des barrages et des grandes entreprises comme Lafargue, Sauvagnat, Dejou, la Cymaro et du secteur du bâtiment, alors important. Il pouvait conduire une manifestation pour bloquer le magasin de Georges Mazel, président du tribunal de la chambre de commerce, lors des grandes manifestations de défense des Sauvagnat, et deviser aimablement le jour suivant avec ce même commerçant qui était son ami, encore surpris aujourd’hui de cette capacité à séparer les rôles. « Cet homme des causes justes allait jusqu’au bout » comme le dit son successeur à la CFDT, Jean Barthomeuf. Le passage de la confédération des travailleurs chrétiens, CFTC, à la confédération des travailleurs, CFDT, dans lequel il entraîne la quasi totalité des adhérents cantaliens, est pour lui une évidence. Refusant tout sectarisme, il se sent concerné par la défense de tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions. Durant 33 ans il est élu au conseil des Prud’hommes, dont il est cinq fois vice président et trois fois président Durant 23 ans il est administrateur de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et 16 ans à la Caisse Régionale. En décembre 1970, il décide de mener à son terme un projet de syndicaliste en créant une coopérative ouvrière. C’est Commursols. Il commence avec trois collaborateurs. Ils seront jusqu’à six lorsque les entreprises, tout d’abord assez distantes, retrouveront des relations apaisées. « C’était un beau projet » se souvient Georges Fraysse, l’un des ouvriers qui prendra la responsabilité de Commursols à la retraite de Pierre Bousquet en 1984. Il déclare « c’était un sacré bonhomme ! ». précisant « notre association était égalitaire et chacun donnait son avis ». Il ajoute que son ami a tenu sa promesse « tant que je serai vivant, je te ferai les comptes ». Lui qui fut toujours tellement désintéressé assumera jusqu’au bout cette dernière fonction, bénévolement bien sûr.

L’engagement politique.

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Pierre Bousquet ne pouvait se désintéresser de la vie de sa cité. Membre du PSU, puis du Parti Socialiste, il participe en 1993 à la création du comité départemental du Mouvement des Citoyens. Déçu par l’échec de la gauche départementale, il crée même la Gauche Républicaine du Cantal avec quelques camarades. Il est, dès le début de ce qu’on appelait alors « les évènements », un farouche opposant à la guerre en Algérie. Elu pour la première fois au conseil municipal d’Aurillac en 1965 avec le maire Jacques Meyniel, il est réélu six ans plus tard dans l’opposition. Jean Nolorgues, alors adjoint au maire Jean Mézard, évoque sa surprise de voir son ami « s’opposant violemment à des projets que je présentais, puis me rencontrer le lendemain comme si rien ne s’était passé ». Il souligne « la grande dimension de la générosité de ce passionné sans nuance ». L’ancien combattant Pierre Bousquet est l’un des fondateurs du jumelage avec la ville allemande de Bocholt. Il sera aussi l’un des initiateurs du jumelage avec la ville malienne de Bougouni. Il devient premier adjoint chargé des travaux en 1977. En 1983, il se met en retrait, n’acceptant de figurer qu’en position non éligible.

La vie associative, les passions.

L’amour du vélo et de la marche, pas plus que celui du chant ne quittera jamais Pierre Bousquet. Ces passions sont autant d’occasions de partager des moments avec sa famille et ses amis. En 1949 il crée avec neuf autres jeunes le groupe des « Gais lurons ».

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Reprenant le répertoire des « compagnons de la chanson » ils vont chanter, au Normandy et dans de nombreuses salles des fêtes du département pendant cinq ans. Il aimera toujours jouer aux cartes : au rami en famille, au bridge au cours des soirées entre amis. Les vacances familiales se feront en camping. Plus tard, il partira chaque année avec le même groupe d’amis. « Il fallait marcher vite » dit Albert Balent « Pierre était toujours devant ». De 1973 à 1993 il les entrainera à travers la France, mais aussi en Espagne, en Croatie, en Autriche.En 1978, Pierre Bousquet achète une maison en ruines à Lasteyrie de Mandailles. Ce sera son refuge. Enfants et amis seront reçus là, pour aider à la restauration parfois, pour partager des moments de vie le plus souvent. La profonde sensibilité qu’il domine dans ses rudes combats, il la laisse s’exprimer avec ses proches.

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Tout intéresse Pierre Bousquet. Dans toutes les communes où est nommée son épouse, et où vit la famille, il organise et anime les fêtes. « Son loisir c’était s’occuper des autres ». Dès la nomination de sa femme à l’école Paul Doumer d’Aurillac et l’achat d’un appartement à la cité du Parc, il devient syndic de l’immeuble. Il assume la responsabilité de nombreuses associations comme la Maison d’enfants de Quézac ou devient administrateur d’autres comme la Sauvegarde de l’Enfance. Il présidera le Foyer des Jeunes Travailleurs jusqu’à la fi n de sa vie.

Pierre Bousquet, fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre militaire en 1963, reçoit, en 1989, l’Ordre National du Mérite. Il meurt à Aurillac, à l’âge de 87 ans, le 1er mai 2003, date ô combien symbolique pour ce militant