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 XI. LES DERNIERS JOURS DU MAQUIS 

LA ROUTE - AURILLAC

Et la vie quotidienne du camp nous reprend, alors que nous gardons encore la saveur de cette aventure. et bien présent à l'oreille, le fracas presque ininterrompu des détonations d'une nuit qui appartient déjà au passé. Les embuscades se succèdent, de plus en plus fréquentes, mais l'ennemi aux abois se terre dans Aurillac. Le 28, nous recevons des équipements kakis, fabriqués à Decazeville, libérée depuis longtemps et qui nous ravitaille également en benzol. Dans la poche de leur veste, certains de nos camarades trouvent sur des morceaux de papier, (les témoignages touchants de l'amitié des ouvrières qui ont confectionné nos uniformes : vive les F.F.l. - bonne chance. on les aura !. J'abandonne avec une pointe de mélancolie, mon vieux pantalon des "Chantiers", qui ne tient plus que grâce à d'élégants et solides entrelacs de chatterton sur la fesse droite; là où la banale reprise au fil n'était plus d'aucun secours, le chatterton s'est révélé très efficace !

Nantis de nos tenues trop neuves, nous sentons bien que s'achève une étape de notre vie de maquisards. Clandestins, nous l'avons été de moins en moins depuis bientôt deux mois; ce n'est plus nous qui, maintenant, nous cachons, et lorsque deux jours plus tard, nous défilons au pas cadencé dans les rues du Rouget, cette évolution se fait encore plus flagrante. Après les bois, les villages et les bourgs ont été occupés, et bientôt les villes... La consécration de nos espoirs, de nos luttes, se fait jour de plus en plus clairement. Et malgré tout, il nous reste une certaine nostalgie de cette existence sauvage, qui nous a fait connaître l'ivresse de la liberté au sortir de l'esclavage... Cette vie rude, virile, ces amitiés bien trempées que nous avons connues... Le contact de ces paysans, nos amis, grâce à qui nous avons pu tenir...

Le 9 Août, nous recevons l'ordre de quitter le maquis. Les tentes disparaissent, les bagages hétéroclites sont rassemblés; ce pré, cette ferme abandonnée, qui ont connu une si grande animation, vont plonger de nouveau dans leur torpeur. Au sein de la grande aventure, en nait une autre : nous allons devenir des errants, n'ayant plus pour objectif que la poursuite du boche, établissant le contact chaque fois qu'il sera possible.

Donc, le 10 au matin. le camion nous emmène vers Aurillac. A quelque douze kilomètres de la ville. nous prenons position sur les routes. Un jour et une nuit d'embuscade sans résultat. Dans la matinée du 11, nous apprenons que les boches sont partis dans la nuit et que déjà des éléments F.F.I. occupent le chef-lieu du Cantal. Oh 1 rage 1 avoir eu cet objectif présent à la pensée pendant près de sept mois, et n'y être pas entrés les premiers ! Rester là, inutiles, alors qu'une ville s'offre à nous. Une ville... Y avons-nous rêvé depuis Janvier ! Des rues animées, des magasins, des cinémas, des terrasses de cafés où il fait bon flâner, des filles élégantes; tous ces mille détails insignifiants, mais qui prennent tellement d'importance pour celui qui en est privé depuis longtemps, toutes ces tentations que nous pourrions atteindre en dix minutes et qui nous sont refusées ! Jusqu'au début de l'après-midi, nous rongeons notre frein, dans un état d'énervement bien compréhensible. Enfin, à quatre heures, nous sommes tous rassemblés, et une heure plus tard nous arrivons dans les faubourgs de la ville. Après maintes tergiversations, il est décidé que le commando va défiler. Oh 1 nous n'avons guère de sympathie pour les parades militaires, mais retrouver une ville dans ces conditions est extrêmement émouvant.

Chaque maison, chaque fenêtre, est pavoisée; nous marchons au milieu d'une foule hurlante, ivre de sa libération, et les acclamations qui nous accueillent ne peuvent nous laisser insensibles. Étourdis par ce vacarme, par cette extraordinaire agitation, au sein de la première ville libérée que nous traversons, amplement récompensés déjà par les cris de cette foule en liesse, de toutes nos luttes ardentes, obscures, méconnues, fiers de pouvoir nous dire acteurs et non spectateurs de ces journées de fièvre, nous plaignons ceux qui, par faiblesse ou par indifférence, n'ont pu participer comme nous à cette joie débordante qui nous saisit, ceux qui, peut-être avec un serrement de coeur, ont regretté alors de n'être pas entrés dans l'action à un moment où elle comportait plus de risques et de souffrances que de joie. Comme nous jouissons de cette plénitude que nous donne la conscience d'avoir participé, de nos faibles moyens, à la libération de notre pays, d'avoir été un des rouages de cette immense armée secrète, sortie maintenant de l'ombre.