Gerbert, le pape de l'An 1000

Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II en 999, dit Pape de l'an 1000, serait originaire des environs d'Aurillac, peut-être de Bellac, village de la commune de Saint Simon. Il partit en Espagne poursuivre ses études qu'il avait commencées à l'abbaye de St Géraud à Aurillac.

Il est considéré comme l'un des plus grands hommes de son temps, tant par la science que par l'action qu'il a menée.

Ce personnage célèbre pour son érudition, né en 938, voyagea beaucoup et eut une influence importante en Europe. C'est lui qui favorisa l'accession au trône de Hugues Capet. Ce "faiseur de rois" devint archevêque de Reims puis de Ravenne et accéda au pontificat en 999 grâce à l'appui de son élève et ami l'empereur germanique Othon III.

C'est lui qui, en remettant la "Sainte couronne" au roi de Hongrie Etienne, est à l'origine de la création de la nation hongroise. Les Hongrois ne l'ont pas oublié puisqu'en 2001 le président de la république de Hongrie s'est rendu en personne à St Simon pour rendre hommage à Sylvestre II.

Une plaque commémorative a été inaugurée à cette occasion à Bellac sur le petit monument dédié à sa mémoire érigé en 1938.

"Ce jeune moine, d'origine modeste, fut rapidement remarqué par le comte de Barcelone en raison de ses capacités intellectuelles, prend connaissance de la numérotation indienne dans les abbayes catalanes où il poursuit son apprentissage. Gerbert monte rapidement dans la hiérarchie catholique. Il devient pape en 999. Il tente alors d'introduire les chiffres « arabes » dans la chrétienté qui se sert toujours dans ses calculs des chiffres romains, fort peu pratiques. Mais sa tentative se heurte à la résistance acharnée de la puissante caste des clercs. Les clercs, qui sont les seuls à manier avec habileté les chiffres romains au travers d'une sorte de boulier, l'abaque, ne veulent pas se voir détrônés par l'adoption d'une numérotation plus simple et plus accessible. Et surtout, un système venant des païens. Les chiffres arabes sentent le soufre. Gerbert d'Aurillac sera d'ailleurs accompagné, sa vie durant, d'une odeur diabolique. On l'accusera de devoir sa fulgurante carrière à un pacte satanique. Il faudra même ouvrir sa tombe en... 1648, afin de s'assurer qu'elle n'abrite aucun démon !"

Une statue en son souvenir a été inaugurée le 16 octobre 1851 sur la place du gravier à Aurillac. Elle est l'oeuvre de David d'Angers.

Suite à la visite du président hongrois des liens se sont tissés entre la Hongrie et la commune de St Simon et se sont renforcés au point de créer un lieu de référence à la mémoire de Gerbert.

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Ce lieu, c'est l'église de Saint Simon qui possède déjà une belle collection de statues, où en juin 2005 ont été inaugurées les fresques aux couleurs vives réalisées par le peintre Gabor Szinte, artiste hongrois très célèbre qui dit de Sylvestre II qu'il était un précurseur souhaitant déjà arriver à une Europe unie. Ces fresques racontent la vie du jeune pâtre Gerbert jusqu'à son accession au trône pontifical.


Extrait de L'éducateur Syndicaliste du Cantal, octobre 1957 : 

 La naissance

Il faut insister là-dessus : «Gerbert est né en Aquitaine, dans un lieu obscu », voilà tout ce que les textes permettent d'affirmer.

Jusqu'à Charles-Jean-François Raulhac, premier adjoint au maire d'Aurillac sous la Restauration, et historien local, on le disait natif des montagnes d'Auvergne (Feuille historique pour la province d'Auvergne, 6 juillet 1782), ou, plus précisément, d'Aurillac : «Tout le monde sait que la patrie de ce souverain pontife est Aurillac», écrivait le chanoine Audigier, au début du XVIII' siècle. (Histoire d'Auvergne, Clermont-Ferrand, Louis Bellet, 1898, p. 274).

Raulhac s'indignait «qu'on ait voulu contester à notre cité l'honneur d'avoir donné Gerbert à l'Europe savante et chrétienne» (1) ; puis il lançait timidement : «Si l'on pouvait ajouter foi à une vulgaire tradition (et il ne faut pas toujours mépriser ce qui nous vient pas cette voie) il serait reconnu que ce Pape avait reçu le jour à Belliac commune de St-Simon. » (Annotations sur l'histoire d'Au¬rillac et de ses environs, Aurillac, Picut, 1820, p. 69).

Légende providentielle dont s'empara l'imaginatif Durif (R. Grand), avec tous les romantiques du XIXe siècle, et que l'érection consécutive (de la statue de Silvestre II, en 1851), a largement répandue dans le public et transformée en certitude. Soyons donc prudents sur ce point, à l'exemple de beaucoup d'érudits actuels.

 

La vie

Elève de l'abbaye de Saint-Géraud, vers 950. Suit en Espagne Borel, comte de Barcelone, venu en pèlerin ; s'initie à la science arabe.

Vers 968, se rend à Rome ; s'attache alors à l'empereur d'Allemagne, Othon ; est placé comme « écolâtre » à la tête de l'école archiépiscopale de Reims. Est fait abbé de Bobbio, en Italie, et a de vifs démêlés avec les féodaux. Revient à Reims ; joue un rôle dans l'avènement d'Hugues Capet. En 991, est élu archevêque de Reims ; décision annulée, en 995, à la suite de violents incidents. Se retire alors à la cour de l'Empereur d'Allemagne ; devient archevêque de Ravenne, en 998 ; pape l'année suivante, et meurt, en 1003, à l'âge de soixante-i:nq ans environ.

Le savant

On prétend que c'est à Gerbert que nous devons l'introduction en France des chiffres arabes.

Il approfondit les mathématiques,l'astronomie et la musique ; composa un tableau de calcul, le fameux abaque ; construisit une sphère représentant le monde, pour rendre son enseignement plus vivant. Le « Journal des lui attribuait, en 1734, la découverte des horloges à roue. Il inventa des orgues hydrauliques qu'il destinait à l'abbaye.

L'humaniste avant l'heure

Au moine Renaud, il écrivait :

«Vous savez avec quelle ardeur je fais venir de tous pays des exemplaires d'ouvrages ; vous n'ignorez pas combien j'ai de copistes dans les villes et même dans les campagnes d'Italie» (Ne croirait-on pas entendre Pétrarque ?)

A Constantin, écolâtre de Fleury:

«Que les opuscules de Ciceron, ses harangues contre Verrès, son traité de la République ... vous accompagnent dans ce voyage... »

L'homme

II cultivait l'amitié, comme Senèque, comme Epicure ; se délectait à la lecture de Boëce. Aux heures de détresse, il tournait toujours sa pensée vers le monastère qui l'avait formé, pour y puiser une force nouvelle.

"Je fuyais, dans l'intérêt de Dieu, la ville de Reims, et, en même temps, la volonté de Dieu me plaçait à la tête de cette sainte cité. Mais cet évènement a excité contre moi la jalousie des nations et des peuples ... Ils empruntent contre moi la chicane. J'ai satisfait ... par le talent oratoire et la science interprétative des lois à mes rivaux. Néanmoins la haine qu'ils avaient conçue n'est pas encore éteinte."

"Venez donc à mon secours, ô mes révérends pères, prêtez aide à votre élève en priant Dieu. La victoire du disciple est la gloire du maître ... O passions humaines ! est-ce là le plaisir que vous nous réservez, est-ce là le bonheur que procurent les honneurs du monde ! Croyez-en mon expérience : plus la faveur des rois nous élève, plus leur gloire nous environne d'éclat, et plus, dans notre âme, il pénètre, il s'agite d'angoisses et de cruels tourments ... » (2)

Le X° siècle a été surnommé le siècle de Gerbert.

(1) «M. Lacoste, proviseur au Lycée de Cahors, homme très instruit, qui a fait beaucoup de recherches sur l'histoire du Quercy, assure que Gerbert est né aux environs de Figeac : et nous présumons que c'est à St-Cirgues, et non pas à Aurillac, comme le prétend un savant de cette ville, mais sans preuve. » (Chanoine Debons, « Annales de la ville de Figeac », Toulouse, A. Manavit, 1829, p. 70.)

(2) Tiré de : « Lettres et discours de Gerbert » par Louis Barse, Riom, Jouvet, 1847.

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