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Bassot Laurent

Laurent Bassot,Peintre à Aurillac au XVIIe siècle.

1 Le Peintre

Laurent Bassot est sans conteste l'artiste cantalien le plus intéressant du XVIIe siècle. Nous ne disposons malheureusement pas d'informations biographiques le concernant (1), cependant les oeuvres datées s'étagent de 1654 à 1683, ce qui laisse supposer une naissance autour des années 1620 ou 30. Dans les contrats et les commandes qui furent étudiés par Léonce Bouyssou (2), « maître Laurent Bassot » est mentionné comme «peintre habitant de presant de ladite ville» (d'Aurillac). A défaut d'informations sur sa vie, il nous reste donc ses oeuvres, peu nombreuses mais de grande qualité, et qui surclassent de loin la production locale de cette époque. Quatre toiles étaient jusqu'à présent attribuées à Laurent Bassot.

- la Cène signée et datée 1654 (église Notre-Dame-aux-Neiges à Aurillac) ;

- Saint François, saint Louis et sainte Elisabeth, toile signée et datée 1657 (église de Giou de Mamou) ;

- le Baptême du Christ, signé et daté 1664 (réserves du musée d'art et d'archéologie d'Aurillac ; dépôt de l'église Saint-Géraud) ;

- l'Assomption, signée et datée 1662 (cathédrale de Rodez).

Nos recherches nous ont permis d'identifier deux nouvelles oeuvres : un Baptême du Christ situé dans l'église d'Arpajon, et un Saint Yves, qui est actuellement entreposé dans les réserves du musée d'Aurillac. Nous proposerons en outre deux attributions : la Prédication de saint Jean-Baptiste à Saint-Géraud d'Aurillac ainsi que Saint Jean évangéliste et saint Jean-Baptiste conservé à Boisset. Nous allons donc examiner successivement ces toiles et tenter de dresser un portrait de l'artiste.

Les oeuvres connues de Laurent Bassot

2 La Cène

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Cette grande toile se trouve actuellement dans l'église Notre-Dame-aux-Neiges d'Aurillac. Elle fit l'objet d'un article en 1997, dans lequel Mme Brigitte Mézard proposait l'attribution de cette oeuvre à Laurent Bassot, ce que la restauration confirma par la suite en révélant date et signature (3). Dans cet article on apprend que la toile fut citée par l'annaliste Lakairie en 1797, comme « le plus beau morceau de la ville » et qu'elle avait été peinte sur place, dans le réfectoire des Cordeliers. En outre le tableau pourrait avoir été recoupé ou réencadré car Lakairie signale également que « sur la même toile, étaient peintes deux niches qui semblaient en relief, dans lesquelles étaient saint François et saint Antoine, de grandeur naturelle ». Après la Révolution, l'oeuvre a voyagé du réfectoire des Cordeliers au réfectoire des Carmes pour finir dans la nef de l'église Notre-Dame-aux-Neiges.

Dans cette toile majestueuse, les douze apôtres sont réunis autour du Christ placé en position centrale. L'artiste a choisi de montrer le moment où Jésus, le bras posé sur l'épaule de saint Jean endormi, lève la main pour annoncer la trahison de l'un d'eux. A sa droite, saint Pierre écoute attentivement et montre du doigt l'agneau posé sur le plat, symbole du sacrifice. Les autres apôtres discutent entre eux et judas, qui tient la bourse dans sa main gauche, est le seul à avoir le visage dans l'ombre. La scène se situe dans une grande salle, et si les objets sont caractéristiques du XVIIe siècle, les personnages sont néanmoins vêtus à l'antique.

Laurent Bassot est sous l'influence indirecte d'un maître de son temps, Philippe de Champaigne. Cela se constate tout particulièrement lorsqu'on compare la Cène réalisée en 1648 pour le maître-autel de l'abbaye Port-Royal à Paris avec celle de l'artiste aurillacois, datée de 1654.

Bassot3_champaigne

Sans être une copie, la composition reprend la disposition des personnages, le style sobre et la facture très lisse du maître parisien. Laurent Bassot a donné un peu plus de recul à la scène et rajouté le personnage du serviteur à gauche. La dimension dynamique de l'ensemble est donnée par les gestes en mouvement de certains personnages, comme l'apôtre de gauche qui attrape le pichet pour se servir, les mains levées des personnages en train de parler, ou encore le fait que certains nous regardent. A noter également le couteau posé en équilibre au premier plan sur la table. Les objets utilisés au préalable pour le lavement des pieds sont généralement placés au premier plan pour composer une petite nature morte et montrer la capacité de l'artiste à rendre les matières métalliques. Il s'agit donc d'une oeuvre ambitieuse par le format et le nombre des personnages, dont on peut imaginer que les modèles étaient des aurillacois de l'entourage de l'artiste.

D'autre part cette oeuvre semble avoir eu une certaine notoriété, car, outre la qualification de « plus beau morceau de la ville », elle fut également copiée, comme en témoigne une toile située dans l'église de Vézac, datant probablement du XVIIIe siècle et reprenant maladroitement mais fidèlement le modèle de Bassot.

3 Saint François d'Assise

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Saint François d'Assise remettant la règle du tiers-ordre des Cordeliers à saint Louis et sainte Elisabeth de Hongrie.

Cette toile se trouve aujourd'hui dans l'église de Giou de Mamou, où elle a été transférée à une époque indéterminée (fig. 1). Elle faisait partie d'une commande prestigieuse passée par les Franciscains en 1657 pour la chapelle du tiers ordre, qui comprenait trois tableaux. Saint Yves et saint Roch étaient les sujets des deux autres tableaux.

C'est une toile restaurée qui permet de juger des qualités exceptionnelles de ce peintre. L'oeuvre se rapproche de la Cène, avec ses aspects rigides et ses coloris très tranchés, mais sans les petites maladresses qui se trouvaient dans la précédente. Elle présente une iconographie très rare, qui met en scène saint François d'Assise au moment où il remet la règle du tiers ordre des Cordeliers à saint Louis et sainte Elisabeth de Hongrie, tous deux monarques et tous deux appartenant au tiers ordre franciscain. Malgré l'aspect un peu figé de la composition, il s'agit d'une réalisation très maîtrisée où les visages des protagonistes sont véritablement saisissants.

Les deux autres tableaux de la commande, qui représentaient saint Roch et saint Yves, semblaient avoir disparu tous les deux, alors qu'ils étaient encore dans l'église Notre-Dame aux neiges en 1912 (4). C'est Saint Yves qui vient de réapparaître, ainsi que nous l'expliquerons par la suite.

4 Le Baptême du Christ

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En 1664, Laurent Bassot peint un Baptême du Christ qui se trouve aujourd'hui dans les réserves du musée d'Aurillac et provient de l'église Saint-Géraud (fig. 5). L'oeuvre fut-elle commandée pour cette église à l'origine ? C'est possible, car Laurent Bassot semble avoir été le « Guy François » local, le peintre attitré des ordres religieux. Cette oeuvre non restaurée tranche un peu avec les précédentes par sa facture et ses couleurs. Il semble que l'artiste ait évolué vers un style plus coloriste avec l'introduction d'une végétation importante, une touche moins lisse et une composition moins théâtrale. Le Christ est particulièrement réussi, c'est un mélange de puissance musculaire et de douceur affichée sur un visage exprimant la miséricorde. L'aspect brutal de saint Jean-Baptiste accentue le contraste.

5 L'Assomption de Rodez

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C'est en 1662 que Laurent Bassot réalise cette Assomption qui se trouvait il y a encore quelques années dans la chapelle du château d'Ortholès, en banlieue de Rodez. L'oeuvre a été restaurée et placée dans le choeur de la cathédrale de Rodez, où elle est éclairée et parfaitement mise en valeur (fig. 6). Cette Assomption présente une superbe galerie de portraits figurant les apôtres au-dessus desquels une jeune Vierge Marie s'élève, soutenue par des anges dont l'enchevêtrement des jambes n'est pas sans rappeler Poussin (5). L'introduction d'éléments de paysage au sein même des autres compositions justifie encore ce rapprochement.

Identification de deux toiles et propositions d'attribution

6 Saint Yves retrouvé

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En 1657, les Cordeliers (les Franciscains) demandent à Laurent Bassot « défaire bien et deuement pour la chapelle dudit tiers ordre trois tableaux à l'huile sur toile de la grandeur qu'a été conveneu entre parties l'un représentant saint François, Saint Louis et Sainte Elisabeth, le second Saint Yves et le dernier Saint Roch » (6).

 

Le premier tableau, aujourd'hui situé dans l'église de Giou de Mamou, a été présenté ci-dessus. Le second figurant saint Yves semblait avoir disparu. La monographie de l'église Notre-Dame-aux-Neiges rédigée par le curé en 1912 mentionnait un tableau de saint Roch et un autre de saint Philippe de Néri. Saint Roch semble avoir définitivement disparu et « saint Philippe de Néri » fut entreposé par la suite dans les réserves du musée d'Art et d'Archéologie d'Aurillac. C'est la sobriété et la qualité de la facture de cette toile qui nous ont d'abord interpellés. Pouvait-il y avoir eu confusion entre saint Yves et saint Philippe de Néri ? Il se trouve que l'iconographie de ces deux saints est extrêmement proche, car tous deux sont des hommes d'étude et portent la tenue des clercs réguliers avec le bonnet carré.

Aucune signature n'apparaissant sur le tableau, il restait donc à examiner de plus près les inscriptions se trouvant sur l'enveloppe posée près du crucifix et sur les ouvrages de la bibliothèque située à l'arrière plan. Un examen minutieux a révélé un texte sur l'enveloppe : « A monsieur Yves [Cassonier ?], curé de la... [?] ». On peut déduire de cette découverte que le commanditaire se prénommait Yves et qu'il a fait faire un tableau représentant son saint patron. Quant aux livres situés à l'arrière plan, l'un d'eux est un « décretia gratiani », Décrets de Gratien, ouvrage de droit canonique rédigé par un moine juriste du XIIe siècle. Or saint Yves était avocat. Le peintre l'a représenté debout dans son oratoire, en train de réviser une plaidoirie qu'il veut d'inspiration divine, sa main gauche serrant fermement un grand crucifix (fig. 7). L'intérieur de son cabinet d'étude est décrit minutieusement et l'ensemble est traité dans un camaïeu de couleurs froides qui s'équilibrent avec le rideau orangé et les couvertures des livres en cuir. Laurent Bassot a cherché à rendre une atmosphère, à donner une dimension réaliste à son personnage, ce qui s'observe rarement dans les portraits de saints de la production locale. Il s'avère d'autre part que le même modèle a été utilisé pour le visage de saint Yves et celui de saint François sur la toile de Giou. Tous ces éléments, conjugués à la facture de l'ouvrage, ne laissent aucun doute sur la paternité de l'oeuvre.

7 Un second baptême plus ambitieux.

Dans l'église d'Arpajon, une grande toile de format panoramique représente le Baptême du Christ (fig.9). Les similitudes frappantes qui existent entre cette toile et celle du musée d'Aurillac précédemment citée permettent d'avancer une attribution à Laurent Bassot.

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Aucune signature n'est visible, cependant elle peut se trouver sous le cadre. Les deux christs sont inversés mais quasiment identiques. Dans le second tableau, Jean-Baptiste a un aspect moins brutal. L'ensemble est traité dans une harmonie de couleurs froides, des verts et des bleus sur lesquels tranche le manteau vermillon de Jean-Baptiste. Si le personnage central est Jésus, le personnage principal est sans conteste Jean-Baptiste, comme l'indique ce manteau rouge très voyant. La composition est horizontale et exploite encore davantage l'utilisation d'éléments naturels, mais contrairement aux grands maîtres du paysage comme Le Lorrain, ce n'est pas un espace ouvert où apparaissent de petits personnages anecdotiques. Dans cette oeuvre, la nature englobe les protagonistes et l'échappée vers l'horizon est plus que réduite.

Un prix-fait de 1683 révèle qu'une Crucifixion avait été commandée à Laurent Bassot pour l'église d'Arpajon. Cette toile semble avoir disparu et le Baptême du Christ qui s'y trouve à l'heure actuelle n'est mentionné nulle part.

8 Deux propositions d'attribution

Les deux derniers tableaux dont nous parlerons ici pourraient être de la main de Laurent Bassot mais relèvent de la proposition d'attribution. Le premier se trouve dans l'église Saint-Géraud et s'inscrit dans un format panoramique, format très peu courant mais déjà utilisé à Arpajon par Bassot (7).

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Il représente la Prédication de saint Jean-Baptiste et porte sur son cartel le titre de « tableau de l'école de Poussin » (fig. 10). Il est vrai que dans cette oeuvre la filiation est particulièrement frappante : organisation des personnages, femme allaitant au premier plan, végétation abondante. Certains personnages sont un peu maladroits, mais cela se constatait également dans la Cène et les deux toiles pourraient être des oeuvres de jeunesse. En tout cas, la figure de saint Jean-Baptiste ressemble étrangement à celle du Christ dans la Cène.

Une dernière oeuvre possède des similitudes de postures, de couleurs et d'expressions, il s'agit d'une représentation de saint Jean-Baptiste et saint Jean évangéliste qui est située à gauche en entrant dans l'église de Boisset, au sud d'Aurillac. Hélas, cette toile qui met en scène seulement deux personnages ne possède pas assez d'éléments à comparer pour que nous puissions affirmer quoi que ce soit.

9 Conclusion : un artiste bien de son temps


On sait encore que Laurent Bassot a réalisé en 1662 pour l'église Notre-Dame trois tableaux qui devaient s'insérer dans le retable majeur sculpté par Germain Cayron. Le prix-fait(8)d'Aurillac fait apparaître que les consuls ont imposé leur peintre et passé commande le même jour, à Laurent Bassot, de trois tableaux pour ledit retable : une Crucifixion, une Annonciation et une Visitation. Ces trois couvres ont disparu. En 1674, il peint « sur deux tables de bois » les armes de Monseigneur de Bouillon, gouverneur de la province, à l'occasion de son entrée à Aurillac. Cela montre que l'artiste devait malgré tout répondre, parfois, à des commandes alimentaires... Ces prix-faits nous apprennent plusieurs choses. D'abord, les documents ne stipulent aucun détail concernant le contenu des tableaux. La solution qui a été adoptée pour faire apparaître saint Louis, sainte Elisabeth de Hongrie et saint François d'Assise, par exemple, semble donc relever du choix personnel de l'artiste, ce qui dénote des connaissances assez poussées, tout comme dans l'iconographie de saint Yves où apparaissent les ouvrages de saint Gratien, juriste connu des docteurs en théologie mais certainement pas du commun. Au bas de la toile actuellement conservée à Rodez, l'artiste a d'ailleurs pris soin de signaler qu'il était l'inventeur de la composition et pas seulement un copiste comme beaucoup de peintres de son époque (9). D'autre part, ces devis nous permettent d'évaluer ne serait-ce que sommairement les tarifs du peintre.

En 1657, les trois tableaux commandés par les Cordeliers furent facturés 60 livres chacun, et les trois toiles commandées pour l'église Notre-Dame en 1662 rapportèrent 300 livres. A titre de comparaison, le retable lui-même coûta 1700 livres (10).


Cette poignée d'oeuvres nous donne un aperçu du talent de cet artiste local, loin des clichés qui présentent le Cantal comme une région rustre et enclavée. Elle nous permet d'entrevoir ce que pouvait être la vie d'un peintre relativement célèbre dans une ville de province, bien au fait des tendances artistiques de son temps. Car Bassot est assurément un bon peintre ; en tout cas sa peinture n'a rien de plat ou d'impersonnel.

Elle présente au contraire de nombreux signes distinctifs témoignant d'une profonde implication de l'artiste. Ainsi par exemple l'usage de morceaux de papier abandonnés sur la toile et qui contiennent signature ou indices (toiles de Giou, de Rodez et du musée d'Aurillac). Remarquons également la présence, dans presque toutes ses compositions, d'un personnage qui nous regarde de façon affirmée. Petit clin d'oeil aux admirateurs de ses couvres, par delà les siècles.

1 - Les sondages réalisés dans les registres de la paroisse Notre-Dame d'Aurillac n'ont rien donné.

2 - Léonce Bouyssou, Retables de Haute-Auvergne, Nonette, éditions Créer, 1991, pages 241, 256, 260, 283.

3 - Brigitte Mézard, « A propos du tableau La Cène de Notre-Dame-aux-Neiges d'Aurillac et du peintre Laurent Bassot », Revue de la Haute-Auvergne, 1997, p. 129-136.

4 - « Monographie de 1912 », Archives diocésaines de Saint-Flour.

5 - Assomption de 1650, Poussin, Musée du Louvre.

6 - Archives départementales du Cantal, III E 32, Delolm, 1657, publié par Léonce Bouyssou, Revue de la Haute¬ Auvergne, 1962, p. 182.

7 - On pourrait d'ailleurs imaginer que ces deux oeuvres décoraient une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, dans l'église Notre-Dame ou à Saint-Géraud.

8 - Sorte de bon de commande précisant les modalités, les prix et les délais d'exécution. Léonce Bouyssou en a traduit un certain nombre qui sont riches d'enseignements.

9 - La signature précise en effet : Bassot invenit et pinxit 1662, c'est à dire : "inventé et peint par Bassot".

10 - Léonce Bouyssou, op.cit.,p.220. Le prix d'un rétable à cette époque pouvait varier de 30 livres à 2000 livres.

10 Sources

D'après un article de Pascale Moulier 
paru sur la revue  Patrimoine en Haute Auvergne (juillet 2006) 

Site de l'association Patrimoine en Haute Auvergne