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Arsène VERMENOUZE élève de 1864-66
Jean FAY  Majoral du Félibrige.

« Nostre bèu Vermenouzo ! »

Ainsi s’exprimait Frédéric Mistral, père du Félibrige en parlant de son fidèle  et « audacieux disciple », Arsène Vermenouze, qui faisait parler « la Marianno d’Auvèrnho » ou « Lisounelle d’En Prat Naut » aussi clairement que Mireille.

Il faut connaître le sens très particulier de « bèu » ou « bèl » en langue d’oc : beau, certes, mais aussi grand et admirable. Et n’est-il pas toujours grand, donc beau, celui dont la foi et l’enthousiasme pour une noble cause défendue avec passion font rayonner le visage ?

Rayonnant, c’est ainsi que les félibres de toutes les provinces d’Oc ont connu notre « Vermenouze », au cours de ces fêtes félibréennes où se créent d’emblée un enthousiasme et une fraternité indescriptibles. Ces félibres nous ont dépeint le poète de Haute Auvergne, Majoral dont la cigale de la « Mountanho Negro » chantait fière et inspirée. Il avait le verbe coloré puissant et évocateur et chacun sentait bien qu’il élevait un bastion félibréen au pied des sommets cantaliens. Cette barrière linguistique, couronnée de puys altiers sur l’échine de qui se brisent les assauts du nord garde la porte de cet « Empire du Soleil » idéaliste, pacifique, traditionaliste et populaire dont rêvait Frédéric Mistral. Dans le giron du Lioran, et grâce à Vermenouze, la langue d’oc s’est épanouie et l’Auvergne carladézienne a ainsi retrouvé sa vocation méditerranéenne. Il fallait être révolutionnaire –il faut l’être encore !- pour écrire en langue d’oc. Au temps de Vermenouze, il fallait oser. Et maintenant, l’on doit prouver que l’on n’est pas le tenant d’un passé désuet mais que l’on veut défendre les vraies valeurs du terroir et contribuer à son avenir florissant grâce à un régionalisme raisonné et dynamique.

L’œuvre de Vermenouze a déjà préparé cet éveil littéraire de l’Auvergne. D’autres poètes et écrivains de talent ont suivi et contribuent encore à cet élan, se réclamant tous du Maître de Vielles. Beaucoup pensent que, malgré les éloges de Gabriel Aubray et autres éminents connaisseurs la poésie française de Vermenouze n’est pas suffisamment appréciée. Mais nous qui continuons à « maintenir » ce qui doit être jalousement et utilement gardé pouvons assurer que le poète d’oc est parfaitement à sa place : Parmi les plus grands…Mistral en Provence, Jasmin en Gascogne, Vermenouze en Auvergne..Et lorsque, en 1954, en « Santo Estello du Centenaire », en Avignon, nous parlions de Vermenouze et déclamions ses vers les plus fougueux à la gloire du Félibrige et de l’Auvergne en particulier, l’assistance se leva spontanément et les poètes catalans venus de lointaines « Comarcas » de Barcelone et de Valence vinrent nous témoigner leur admiration pour l’œuvre bien connue de notre poète. Avignon, près de l’ abbaye de Montmajour, Aurillac et sa célèbre abbaye de St Géraud.. Y a t-il des lieux de civilisation et de poésie prédestinés marqués du signe « astrat » comme on dit en langue d’oc ?

Notre Vermenouze fût bien le poète « astrat » et somptueux de l’Auvergne. Le destin avait réuni en lui tous les éléments qui lui permirent d’élever ce monument littéraire à la gloire de son terroir aimé, en langue vraie,c'est-à-dire en langue du peuple, riche de la sève et du parfum de nos montagnes et de nos « calms »,façonnée par des générations de bouviers et de pâtres, sans apports savants de lettrés ou de grammairiens.

Lou grand Jasmin,al front de sa lengo mairalo

Plantèt l’estiello d’or ; nautrei farem pas mins.

Puis, au-dessus de ce socle solide,Vermenouze, possédant à un rare degré la maîtrise des deux langues et une « luxuriance verbale » campa l’Auvergne qui connaît aussi « l’idiome châtié des bords de la Seine », l’Auvergne qui chante, par son poète, ce qui est de tous les temps et de tous les hommes, ce qui est du terroir et d’ailleurs : l’émotion artistique devant les paysages splendides, les sursauts du cœur, le devenir de l’âme…

Il fallait pour cela, avoir tant appris à la «grande et palpitante école des bois et des champs », il fallait avoir été bercé dans les « brès » d’antan, avoir été imprégné de traditions orales venues des temps immémoriaux et encore intactes ,il fallait avoir comme la nostalgie qui permet à celui qui en souffre d’explorer à fond son âme  et de réagir à la souffrance. S’il est fort, c’est  par la fierté du pays qu’on idéalise. Et riche de tout cela, héritier de haute lignée de cette élite paysanne qui connut l’épopée  des « émigrants espagnols » audacieux et fidèles, c’est le retour vers les pays cantaliens.

Pau à pau , l’or d’Espanho monto à san Pau,

Vermenouze allait pouvoir puiser dans ce trésor de foi, d’enthousiasme, de fierté, avec le désir d’exprimer tout ce qui fût si longtemps contenu. Conscient d’avoir à défendre les valeurs spirituelles de l’Auvergne, il le fit avec la fougue d’un « cadet de Gascogne », et la malicieuse truculence d’un fin paysan, n’hésitant pas à magnifier « Paillargues » le braconnier, doctrinaire en aimable anarchie…

L’or d’Espanho ?..C’est la richesse artistique qu’il ramena, mûrie, dans les landes de St Paul et dans les prairies de Vielles. Ce retour affectueux et fécond avait été préparé par le petit paysan de son enfance et par le jeune élève de l’Ecole Supérieure des Frères, déjà avide de poésie lorsqu’il allait en promenade dans les bois de Fabrègues au nom si méridional, annonçant la Provence d’où lui viendrait l’appel.

Et c’est ainsi que l’Auvergne garde sa place de choix dans le concert des provinces fidèles à la langue des Troubadours, c’est ainsi qu’elle a pris rang dans les lettres françaises. Soyons fiers du poète de Haute Auvergne, fondateur et premier Capiscol de l’ « Escolo felibrenco de Nauto-Auvèrnho e del Naut-Miétjourn ». Souvenons-nous et « maintenons » ; dressons-nous contre ceux qui, très superficiellement, disent de l’Auvergne qu’elle est déshéritée. Non, son héritage est important :pour une grande part, il est composé de l’œuvre de Vermenouze et de ceux dont il a suscité la vocation, des traditions qui subsistent et serviront à asseoir un progrès intelligent.

 

Source : L'Ecole Primaire Supérieure des Frères des Ecoles Chrétiennes de la ville d'Aurillac (1842-1879) de G.Barnet Diplômé d'Etudes Supérieures, Directeur du C.C d'Aurillac