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Un officier supérieur aurillacois au service de la France


Spécialiste du renseignement militaire et faisant autorité dans ce domaine, le général Jean Brunon travaillera à plusieurs reprises comme adjoint au chef du 2ème Bureau du Grand Quartier Général durant la première guerre mondiale, ayant en charge l’animation du renseignement et de ses officiers français et alliés, puis sera affecté au 2ème Bureau de l'Etat-major de l'Armée. Il terminera sa carrière comme gouverneur militaire de Verdun en 1932.

G-n-ral de Division Jean Brunon- gouverneur militaire de Verdun Le général Jean Brunon, issu d'une famille de militaires et de magistrats, est né le 29 septembre 1872 à Aurillac. Il est le fils d'un ancien zouave pontifical qui s'illustra à la bataille de Mentana contre les troupes garibaldiennes. Il entre à l'Ecole Polytechnique le 18 octobre 1892 et en sort dans l'artillerie. Tout d'abord affecté au 30ème Régiment d'artillerie comme officier d'ordonnance du général commandant le 5ème Corps, il est détaché ensuite à l'Ecole Supérieure de Guerre le 1er novembre 1901. Après deux ans de stage à l'Etat-major du 13ème Corps d'armée, il est nommé officier d'ordonnance du général commandant l'artillerie de ce même corps. Capitaine, il est nommé chef d'Etat-major de l'artillerie en octobre 1906, puis commande deux batteries au 36ème et 53ème R.A. Il est promu chef d'escadron le 25 décembre 1914 et maintenu à l'Etat-major de l'Armée au 2ème Bureau du G.Q.G. En février 1916, à la suite de ses instantes demandes, il prend le commandement du 1er Groupe du 109ème Régiment d'artillerie lourde situé dans le secteur de Mort-Homme (cote 304) et participe activement à la bataille de Verdun durant les mois d'avril et mai. A la suite de ces opérations, il est cité à l'ordredu 9ème Corps d'armée. Les services qu'il a rendus auparavant à l'Etat-major ont été si importants que le Grand Quartier Général le réclame. Fin mai, il reprend ses fonctions au poste de sous-chef du 2ème Bureau du G.Q.G. et y restera jusqu'à la fin de la guerre. Après celle-ci, Jean Brunon poursuit sa carrière au grade de lieutenant-colonel au 2ème Bureau de l'Etat-major de l'Armée D.M. jusqu'en 1922. Nommé au grade de colonel commandant le 101ème régiment d'artillerie, il est chargé de sa réorganisation. Trois ans plus tard, il est désigné pour exercer les fonctions de chef d'Etat-major du 2ème Corps d'armée. En 1927, il est détaché au Centre des Hautes Etudes, puis il commande l'artillerie de la 13ème région et est promu général de brigade. Il est ensuite nommé adjoint à la direction de la Préparation militaire et de l'instruction des officiers de réserve de la région de Paris. Il est promu général de division, gouverneur de Verdun le 17 août 1932. Il passe au cadre de réserve le 29 septembre 1934. Il décède au mois de juillet 1940 à Aurillac.

Une préoccupation : l'avenir des jeunes générations

                   Possédant une vaste connaissance en histoire et stratégie militaire, Jean Brunon fut souvent sollicité pour donner des conférences au sein d'écoles militaires, aux officiers de réserve, ainsi que dans d'autres instances militaires ou civiles. Cet officier supérieur, expert dans le domaine du renseignement et rompu à toutes les sortes de conflits, était très apprécié de ses auditeurs pour sa clarté, sa rigueur, son discernement et sa vision à long terme des évènements. Il tenait particulièrement à s'adresser aux jeunes générations "qui sont la France de demain et sur qui reposent ses destinées", comme il le répétait souvent. Il n'a cessé de les mettre en garde contre le mirage d'une dangereuse idéologie naissante qu'il avait très tôt discernée. "En ces temps où les nationalismes s'exaltent, certains pourraient être tentés de leur proposer en exemple les jeunes générations d'autres pays. Je ne le crois pas nécessaire. Le génie de notre race est fait de rythme et d'harmonie, non fait d'agitation, il est également fait de clair bon sens et de foi raisonnée, non de passion. Il comprend la force au service de la justice, mais non la violence et la haine. Que notre jeunesse reste, ce qu'elle a toujours été : ardente et pondérée, aimant l'action, ouverte à toutes les idées généreuses, éprise d'idéal, fière de ses traditions et de sa Patrie. Qu'elle ait le cœur, en toutes circonstances, de montrer les sentiments qui l'animent", insistait-il à la fin de son discours lors d'une cérémonie anniversaire à l'ossuaire de Douaumont, le 17 septembre 1933.

Quelques phrases relevées dans ses discours ou conférences :

- "Une expérience chèrement acquise au cours des siècles nous a appris qu'il n'est de paix que celle que nous pouvons sauvegarder et défendre".

- "La morale naturelle condamne les guerres de conquête et d'impérialisme, mais une guerre défensive ayant pour objet la sauvegarde du patrimoine intellectuel, moral et matériel que les générations précédentes ont créé et défendu durant des siècles, ne peut, si dure soit-elle, être taxée d'immorale".

- "Suis-je entièrement à la hauteur de ma tâche, de celle du jour, de celle de demain en des circonstances encore plus graves ? Que dois-je faire pour acquérir encore, pour mieux former mes réflexes, pour être sûr d'être prêt à tout ? Telle ou telle question ne mérite-t-elle pas encore plus d'étude, plus de méditation ? Plus je vais, plus je sais que le champ du travail est illimité…"

- "La véritable autorité repose non seulement sur le respect et l'estime, mais aussi sur la confiance et l'affection. La méthode de commandement qui s'inspire de cette règle est véritablement la bonne. Un officier gagne la confiance de ses subordonnés en s'intéressant aux détails de leur vie, en connaissant leurs origines, leur famille, leur milieu, leur caractère, en discutant individuellement avec eux, en les écoutant avec bienveillance sans que l'autorité et la discipline aient à en souffrir. Il doit avoir le souci constant de leurs intérêts matériels et moraux, leur faire toujours comprendre le but et la portée des ordres, développer leur sentiment du devoir en leur faisant confiance une fois l'ordre donné, chercher à perfectionner leur valeur en tant qu'hommes, et plus tard, les suivre dans la vie et les y aider toutes les fois que cela sera possible". Le général Brunon partageait les vues du Maréchal Lyautey, notamment sur le rôle social de l'officier, ainsi que celles des généraux de Castelnau et Franchet d’Espérey. Ils s'étaient rencontrés à plusieurs reprises.  

Deux témoignages :

               Le général Edmond de Cointet, ancien chef du 2ème Bureau du G.Q.G. en 1917 et 1918, consacre dans ses souvenirs quelques lignes sur son ami : "J'héritais, au 2ème Bureau, d'une équipe d'officiers rompus à leur métier par de longs mois de travail pendant lesquels les méthodes s'étaient d'abord fixées, puis constamment améliorées… Le commandant Brunon devint alors mon sous-chef. Ancien camarade de préparation et mon conscrit à l'X, il était pour moi une vieille connaissance. D'un tempérament de fer, très intelligent, très fin, modeste, d'un jugement sûr, calme, dévoué, il avait une grande autorité sur les officiers du Bureau dont il dirigeait l'activité avec une compétence et un tact parfait. Il fut toujours pour moi le meilleur des collaborateurs et des amis".

                 Après la cérémonie anniversaire à l'ossuaire de Douaumont du 17 septembre 1933, le Maréchal Lyautey, qui était présent, adressa au général Jean Brunon ces quelques mots au sujet du discours qu'il prononça à cette occasion : "Permettez-moi, mon cher général, de vous adresser mes plus chaleureuses félicitations pour votre discours de dimanche qui est une admirable et définitive page d'histoire et aussi un très salutaire garde-à-vous".

Deux citations :

* Le 20 mai 1916 à l'ordre du 9ème Corps d'armée : "Officier supérieur remarquable par son intelligence, son sang froid, son dévouement et sa modestie. Donne depuis trois mois au personnel qu'il commande, soit dans les cantonnements soumis au feu de l'ennemi, soit dans les observatoires de son groupe, l'exemple de l'intrépidité tranquille et l'accomplissement silencieux de son devoir. Insoucieux du danger, a présidé les 27, 28 et 29 avril 1916, dans une localité bombardée, à l'organisation des secours".

* Ordre N° 13822 D du 24 février 1919 : "S'est signalé dans la troupe par son sang froid et son intrépidité tranquille dans l'accomplissement du devoir. Travailleur acharné, d'une compétence hors pair dans les questions du 2ème Bureau, a rendu, dans l'exploitation des renseignements sur l'ennemi, les services les plus signalés au 2ème Bureau du G.Q.G."

 

Le rôle du Deuxième Bureau du GQG dans la victoire finale.

               Le Deuxième Bureau a été créé en 1880 afin de doter l'Etat-major général d'un service de renseignement et de contre-espionnage à la hauteur des risques politiques et militaires encourus par la France. Le Bureau était alors organisé en trois services principaux : le Service de Renseignement, le Service des affaires politiques et le Service topographique. Il est également chargé du service de chiffrement et du déchiffrement des télégrammes. Les missions du Deuxième Bureau de l'Armée sont alors définies pour faire obstacle aux activités de renseignement et de chiffre du ministère des Affaires Etrangères. Si elles furent brillamment exercées au 17ème siècle, elles furent de plus en plus mal administrées au 19ème siècle. Durant la Première Guerre mondiale, on assiste à la centralisation progressive au profit du Grand Etat-major des deuxièmes bureaux des états-majors d'armée et de corps d'armée. S'y ajoute celui de nombreux services nés de la guerre : observation aérienne, Groupe de canevas de tir de l'artillerie, écoutes téléphoniques des champs de bataille, équipes de radiogoniométrie, de dépouillement, etc. Dès 1916, des agents de renseignement français sont introduits ou récupérés par avion en territoire ennemi. Après la première bataille de la Somme, le général von Bülow en personne, pour expliquer l'échec de l'offensive allemande, reconnaissait l'efficacité du Deuxième Bureau, sa bonne organisation et son bon rendement. Après l'armistice, l'Etat-major allemand tiendra en haute estime les officiers de renseignements français : “Ils exercent un métier de seigneur !”, s'exclama alors le général en chef des armées allemandes.

       L'expression “renseignement de documentation” a été créée par le Deuxième Bureau français durant la Première Guerre mondiale pour qualifier les opérations de recherches et d'exploitation de documents concernant l'ennemi. Il s'agit de lettres ou documents militaires saisis sur les prisonniers ou pris sur le terrain : manuels de tir, instructions tactiques, carnet de déchiffrement, cartes, etc. Pour faire face à l'afflux de documents, les Etats-majors français créèrent des équipes de dépouillement, composés d'hommes instruits, les “bénédictins”, qui avaient le goût des recherches documentaires et la passion de la précision.

       C'est au mois de mai 1918 que le Deuxième Bureau du GQG décode les messages qui annoncent l'ultime offensive allemande grâce aux clés de décryptage, établies par le capitaine Painvin, un spécialiste du chiffre. Début juillet, les informations collectées sur l'attaque allemande du 15 juillet sont magnifiquement exploitées, confirmant sur le terrain le dispositif ennemi. Les qualités des informations recueillies et de leur traitement dévoilèrent les projets les mieux gardés de l'Etat-major adverse et permit aux Alliés de briser la dernière offensive allemande vers Compiègne et Soissons, avant de passer à la contre-attaque et l'emporter.    

Légendes photos

     (1) Le général Jean Brunon en 1934.

     (2) Quelques décorations décernées au général Brunon, de gauche à droite sur la photo. En haut : officier de l'ordre du Sauveur de Grèce, les cravates de commandeur de l'ordre de Saint Stanislas de Russie, de l'ordre hollandais d'Orange-Nassau de l'ordre danois du Dannenbrog, compagnon de l'ordre britannique du Service distingué, en bas, officier de l'ordre de l'Etoile de Roumanie, officier de l'ordre japonais du Soleil Levant, officier de l'ordre de l'Aigle Blanc de Serbie.

Il était en outre, commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur, décoré de la Croix de guerre française avec palme et étoile, des Croix de guerre belge et polonaise, officier de l'ordre de la couronne de Belgique, officier du mérite du Chili, chevalier de l'ordre italien de Saint-Maurice et Saint-Lazare, chevalier de l'ordre polonais "Bene Merentibus" et médaillé du Service distingué américain.

  1. Les officiers du 2ème Bureau du GQG allié en 1915 à Chantilly. Le colonel Charles-Edouard Dupont en est le chef.
  2. Les officiers du 2ème Bureau du GQG en 1917 à Compiègne. Assis à droite : le lieutenant-colonel Edmond de Cointet en est le chef et le commandant Jean Brunon, son adjoint.
  3. Les officiers du 2ème Bureau du GQG allié en août 1918 à Compiègne. Assis : le colonel Edmond de Cointet (au centre) et le commandant Jean Brunon (2ème à droite)
  4. Les officiers du 2ème Bureau de l'Etat-major des Armées françaises en 1920. Le lieutenant-colonel Jean Brunon (5ème assis en partant de la gauche) en est l'un des responsables.

*Sources : les photos et certains textes proviennent des archives familiales du général Jean Brunon.

                                                  En hommage et reconnaissance à mon grand-père

                                                                         Jean-Yves Brunon

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