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par Jean-Yves Brunon

Vice-Président de l'Association Auvergne des Auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.

 

Le terme de sauveté fut donné au Moyen-Age à des terres d’asile situées près d’abbayes ou de monastères. C’est le cas de l’abbaye Saint-Géraud d’Aurillac.

La sauveté fut à l’origine du développement de la ville.

Une protection et des avantages

La ville d’Aurillac est née de l’abbaye fondée par le comte Géraud en 894. Cinq ans après, il la fit doter d’un diplôme d’immunité par le roi de France Charles III, dit Le Simple. Après la mort de Géraud, l’abbé d’Aurillac rattacha le territoire directement au Saint-Siège. Cette immunité et surtout ce rattachement vont conditionner l’histoire de l’abbaye et de la ville. Diverses raisons furent à l’origine de cette initiative. D’abord, empêcher toute emprise seigneuriale et incursion malvenue sur le territoire de l’abbaye. Puis, proposer un refuge aux personnes nécessiteuses, malades ou en danger. Enfin, créer une réserve foncière en vue du défrichement des terres, de constructions de maisons avec leurs dépendances (voir ci-dessous), et développer les productions agricoles à proximité de l’abbaye, afin de nourrir une population croissante. Une main-d’œuvre était alors attirée non seulement par la sécurité offerte en ces lieux, mais aussi par la possibilité de travailler la terre (cultures et élevage), d’exploiter les forêts alentours et d’exercer divers métiers naissants de l’artisanat et de l’industrie. L’utilisation de l’eau de la Jordanne et celle de nombreuses sources contribua pour beaucoup au développement de la cité (moulins, forges, tanneries, irrigations, pêche, etc.). Deux siècles plus tard, le pape Urbain II donnera à la ville son premier statut dans la ligne des mouvements de paix d’alors : celui d’une sauveté.

La sauveté d’Aurillac

La sauveté était une juridiction religieuse créée dans le sud-ouest de la France vers le milieu du 11ème siècle. Elle consistait en la protection morale et physique des personnes. Celle-ci était assurée par les moines bénédictins dans le contexte de la “Paix de Dieu”. A cette époque, la région d’Aurillac était loin de bénéficier des conditions de sûreté qu’on lui connaît aujourd’hui. Le pape Urbain II, venu dans la cité géraldienne en 1096, confirme les droits et privilèges attachés à l’abbaye, qu’avait accordés le roi de France au comte Géraud plus de deux siècles auparavant : “Nous statuons d’autorité apostolique que toutes les églises, cimetières, moines, clercs ou laïques, habitant à l’intérieur des croix qui ont été posées de chaque côté de la ville d’Aurillac, pour cause de sauveté, demeurent sous la défense et le droit du Siège apostolique…Par ce présent décret nous confirmons les bornes de l’immunité de votre localité qui ont été établies par nous afin que nul, de quelque condition ou pouvoir qu’il soit, n’ose se permettre, dans les limites de ces bornes, de tuer, piller, porter la guerre ou faire invasion”. Par ces dispositions pontificales, la ville est désormais juridiquement constituée avec un statut et un territoire. La surface de la sauveté d’Aurillac correspondait approximativement à celle de la commune actuelle, soit environ 2 800 hectares, dont seulement une dizaine occupée par la cité et son monastère. Ce vaste territoire était délimité par de solides croix en pierre basaltique. Outre le principe de protection, le statut de sauveté incitait au peuplement du territoire. Il convient aussi de noter un fait important et qui aura certaines conséquences par la suite. Si Saint-Flour a été choisie en 1317 comme siège du diocèse et non Aurillac, c’est que l’abbaye et la ville se trouvent hors de tout ressort épiscopal, compte tenu du statut de sauveté qui les rattache directement au Saint-Siège.

Des lieux et des activités sous la protection des croix

Au cœur du territoire de sauveté d’Aurillac, se trouve le monastère comprenant église, cimetière, cloître, réfectoire, maison de l’abbé, cellules des moines, cellier, etc. La cité abbatiale l’entourant est composée de maisons d’habitation, d’échoppes, d’ateliers artisanaux, ainsi que d’une hôtellerie-hôpital, située juste en face de l’église, destinée à accueillir les pèlerins et autres personnes de passage ou des malades. Une trentaine de hameaux, dont certains existent toujours, étaient inclus dans la sauveté d’Aurillac : Gazard, la Borie-Haute, Fabrègues, Limagne, Marcou, Noalhac, Montroucou, Cantuel, La Moissetie, Cap Blanc, Gaubert, Le Croizet, Coissy, Le Vialenc, Vernhols, La Condamine, Belbex, Le Barra, Veyrac, Veyraguet, etc. Ils comprenaient, selon leur destination, une demeure, maison de ferme, bâtiments à vocation agricole, artisanale ou de surveillance, constructions conçues et édifiées par les moines bénédictins à des endroits stratégiques autour de l’abbaye. Ces hameaux étaient affectés à des fonctions bien définies au service de la vie économique et sociale de la sauveté, mais aussi de sa protection : tours de guet (Saint-Etienne, Belbex), viguerie, infirmerie, bergeries, celliers, greniers à grain, moulin (Cap Blanc), forges (Fabrègues), etc. Des chemins les reliaient à l’abbatiale au bord desquels avaient été implantées des croix de sauveté. Aujourd’hui, seules deux d’entre elles, sans doute remplacées, demeurent sur leur lieu d’origine : celle de Cantuel située au lieu-dit “Puy de la Croix”, l’autre, dite des Malaudes, au grand carrefour sud d’Aurillac en direction d’Arpajon. Celles du Croizet, de Coissy, du Vialenc et bien d’autres encore ont disparu et n’ont pas été remplacées. La croix de sauveté correspond à un premier système de bornage ; elle se caractérise par sa simplicité, sa forme trapue et son socle massif.

Croix de sauveté de Cantuel

Les types de croix

Les paysages de Haute-Auvergne offrent une grande diversité de croix qui répondent à des destinations et des fonctions variées compte tenu de leur lieu d’implantation, de leur conception, de leur iconographie et de leurs inscriptions. Maintes traditions se rattachent à ces croix qui sont devenues des monuments participant aux rouages de la société. Ce riche patrimoine cantalien, qu’il soit public ou privé, mérite d’être mis en valeur par des aménagements, des restaurations, ainsi que des remplacements de croix disparues. Le matériau a une grande importance sur la conservation des croix. Les plus anciennes sont toutes en pierre, tandis que celles de fer ou de bois ont une existence limitée, ne dépassant que rarement un ou deux siècles. La fonte a été très utilisée au 19ème siècle. Les croix les plus anciennes sont pourvues de socles monolithes de différentes formes et leurs fûts sont inexistants. On distingue différents groupes de croix : de christianisation (croix de chemins, de carrefours, de places, de ponts, de sommets, de cols, de fontaines ou de puits, de mégalithes, d’arbres, d’églises et de maisons), du culte des morts (croix de cimetières, d’épidémies, de commémorations), de processions (chemins de croix), de pèlerinages (Saint-Jacques de Compostelle), de bornage (croix de sauveté), de justice et de missions, ainsi que des croix spécifiques aux commanderies de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre de Malte).