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Journal du 16/03/2011 lunion avec l'aimable autorisation de L'UNION DU CANTAL - Article de J-Y BRUNON

Il y a 100 ans le 9 mai 1911, Monseigneur Paul LECOEUR, évèque du diocése de Saint Flour, partait de MOURJOU pour le hameau de La Bécarie afin de confirmer les derniers Enfarinés de Cassaniouze.

En 1790, l'assemblée constituante de la révolution française vote la constitution civile du clergé dont le but est la création d'une Église nationale soustraite au Saint­-Siège. Deux articles prescrivent aux évêques et aux curés de prêter serment de fidélité à la constitution ; cette obligation est étendue par la suite à tous les membres du clergé, sous peine d'être déchus de leurs fonctions, de perdre leurs droits civiques et d'être poursuivis comme "perturbateurs" du repos public".

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Le hameau de La Bécarie, composé de quatre bâtiments couverts de schiste,
surplombe dans un superbe isolement la vallée du Lot en un lieu escarpé et boisé.

La quasi-totalité des évêques et la grande majorité des prêtres refusent de prêter serment. Leur attitude est approuvée par le Pape Pie VI qui condamne solennellement la constitution civile du clergé comme hérétique et déclare illicite et nul tout ce qui en procédera. Beaucoup de prêtres se rétractent. La France se retrouve alors avec deux clergés : l'un schismatique soumise au pouvoir, l'autre catholique proscrit, persécuté et exilé.

Le Concordat

Ratifié par le Pape Pie VII, puis par Bonaparte en 1801, le texte du concordat ne définit pas de relations idéales entre l'Église et l'État, mais établit un "modus vivendi" qui est à la fois une loi de l'Église et une loi de l'État. En vertu d'une disposition transitoire, le Pape demande aux anciens évêques leur démission et procède à la nomination de nouveaux évêques. Trente-six d'entre eux refusent de démissionner provoquant un autre schisme au sein de l'Eglise catholique. Ainsi naît la Petite Église, condamnée par les papes successifs.

Beaucoup s'accordent à dire que la cause efficiente de ces deux schismes n'est autre qu'un manque de confiance  dans l'église catholique romaine, le rejet systématique de celle-ci. Cela est dû en grande partie aux courants de pensées idéologiques gallicans, idéalistes et rationalistes qui influèrent la société française, ainsi que ses diverses formes de gouvernement. Cette dissidence de la "Petite Église", en rupture avec le Saint-Siège, s'enracine dans ces conceptions idéologiques.

En Rouergue et en Châtaigneraie...

L'histoire de la "Petite Église de Cassaniouze" se rattache à celle du Rouergue qui avait son centre à Villecomtal. Lorsque le 15 août 1801, le Pape Pie VII adressa aux évêques français des "Lettres apostoliques" pour les supplier de se démettre de leurs sièges, l'évêque de Rodez se trouve parmi les 36 qui s'opposèrent au Pape et auxquels celui-ci enleva tout exercice de juridiction. Un certain nombre de prêtres rouergats suivirent leur ancien évêque entraînant ainsi certains de leurs paroissiens dans le schisme, avec ceux de Cassaniouze, Ladinhac, Saint-Projet et Vieillevie, paroisses situées de l'autre côté du Lot. Ces schismatiques étaient surnommés "les Enfarinés", parce qu'ils portaient les cheveux longs poudrés et noués en catogan comme au siècle précédent.


L'abbé Souquières

Prêtre réfractaire issu de la Châtaigneraie, Bernard Souquières a vécu caché plusieurs années dans des grottes et des bois surplom­bant le Lot, répondant au pé­ril de sa vie aux appels des chrétiens réclamant son mi­nistère. En 1801, il refusa de reconnaître le nouvel évêque de Saint-Flour, Mgr de Belmont. Après la mort du prêtre en 1808, l'évêque veilla à ce que les parois­siens dissidents ne fussent pas inquiétés.


... le schisme s'étiole

À partir de 1810, faute de prêtres, ces fidèles poursuivent leurs réunions dominicales, lectures de la Bible et prières tous les jours. Ils se baptisaient eux-mêmes, n'entraient pas dans les églises et n'admettaient pas de prêtres catholiques au chevet des malades. Ils se confessaient directement à Dieu et s'impo­saient eux-mêmes la pénitence. Les obsèques se déroulaient seulement au cimetière, prési­dées par le plus ancien des "Enfarinés". L'une des particularités de la "Petite Église" est de ne pas recruter de nouveaux adeptes, contrairement à d'autres sectes... Cette communauté va donc se replier sur elle-même. Pour elle, sa survie nécessite le refus de toute influence étrangère, à savoir une vie autarcique.


 

Confirmation à La Bécarie

Encouragé par Mgr Lecœur, le curé de Cassaniouze, l'abbé Gibial écrivit sur la "Petite Église".

En 1911, la vie de la "Petite Église" était essentiellement concentrée au hameau de La Bécarie chez la famille Malbert dont il ne subsistait que quatre membres. C'est à la demande de l'abbé Gibial que Monseigneur Lecœur accepta très volontiers de se rendre à La Bécarie comme le montre sa réponse : "Je ne puis même pas hésiter. Si Dieu le permet, j'irai donc confirmer ces personnes le mardi 9 mai. Je partirai de Mourjou à une heure et demie. Dans l'après-midi, il me sera possible d'exécuter votre programme... Veuillez dire à vos chers paroissiens de La Bécarie que l'Evêque de Saint-Flour sera très heureux de les bénir et leur: porter la bénédiction du Souve­rain Pontife."


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Monseigneur Paul Lecœur a été évêque de Saint-Flour de 1906 à 1942. Prélat d'une grande prestance,
profondément religieux, il fut très apprécié pour sa finesse d'esprit, sa bonté, mais aussi sa fermeté.


Dans son récit, l'abbé Gibial note qu'il communiqua aussitôt cette lettre aux membres de la famille Malbert. Ceux-ci furent vivement touchés de la sympathie et de l'intérêt que l'évêque leur témoignait, "se reconnaissant bien indignes d'un pareil honneur". L'histoire de la "Petite Église de Cassaniouze" finit par la conversion collective de ses quatre derniers membres. Dans une lettre adressée à Mgr Lecœur, le Pape Pie X lui manifesta alors sa grande joie.

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