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Il se penche pour suivre son émission. Dechavanne à Mafate! Même cet humour pesant doit passer à côté de ces gens qui ont vécu tant d’années loin du monde. Quel décalage énorme! Comment peut-on se représenter toutes ces choses inconnues? Une image doit chasser l’autre sans signification particulière. Est-ce très différent au fond d’une vallée auvergnate où l’on découvre le Bronx ou dans un chalet des Alpes à l’heure des défilés de mode? Les élites, ainsi qu’on nomme ceux qui imposent leur pouvoir à la télé comme ailleurs, parachutent leurs goûts qui devraient devenir des valeurs universelles.

Marie ne réfléchit plus et suit Luce à la cuisine pour réchauffer le riz et le cari poulet. « Axel boit quelquefois. Le soir il n’écoute rien. Il lui arrive de crier ou même de taper. Le matin ça va. Quand il travaillait au champ tout allait mieux. Il reste tout le jour avec les autres. On avait moins d’argent mais... Bon, c’est prêt. Ça doit être les informations. Comme elles n’intéressent personne on éteint la télé pour économiser l’électricité. »

Elles reviennent, chacune portant une marmite noire qu’elles posent sur la table.

Ils sont tous là, face à leurs assiettes, silencieux. « Alors c’était vrai. Mélanie vient de me raconter cette histoire. Vous êtes ma belle-soeur. Ça alors c’est drôle. Et j’aurais un frère? »

Marie fait à nouveau le récit des quatre enfants partis. Ils mangent sans s’arrêter. Comme si la nourriture devait manquer bientôt. Peut-être ont-ils connu des moments difficiles...

Seule Mélanie utilise une cuillère, les autres mangent avec leur main.

Le repas s’achève en silence. La télévision les accapare pour un film de guerre où les morts s’écroulent partout. Quelle vision du monde peuvent-ils bien avoir? Font-ils la part du vrai et du faux? Personne n’y parvient d’ailleurs vraiment, alors ici...

Marie enfile un coupe-vent et emprunte une lampe. Elle est si fatiguée que ses yeux lui font mal. Elle monte le sentier aussi vite qu’elle peut. La vieille phobie est là dans cette nuit hostile. Elle se répète que rien ne peut lui arriver, que nul monstre ne rôde, qu’il n’y a pas de bandit... et elle sent des êtres malfaisants partout.

Elle s’abrite derrière un buisson pour satisfaire un besoin urgent. Elle se sent sale. Elle se douchera demain chez Luce.

Elle disparaît dans son duvet. La respiration régulière du vieil homme endormi l’aide à plonger dans un sommeil sans rêve. Elle a encore oublié Pierre. Elle n’a pas téléphoné. Tant pis, ce sera pour demain.

Alors qu’ils déjeunent sur la roche face au Gros Morne qui s’enflamme, Axel surgit: « C’était bien vrai. Je ne voulais pas y croire. Vous ressemblez à Luce mais en beaucoup plus jeune. Dites-moi où est mon frère. Comment s’appelle-t-il? » « Je n’en sais rien. Je le chercherai. Vous le verrez un jour. » « Tu es ma belle-soeur et tu m’apportes un frère. Luce dit que tu veux nous emmener dans une belle maison? » « Oui. Á Saint-Denis. Y es-tu allé? » « Bien sûr. Pendant mon service militaire. J’y avais des copains. Je pourrai les revoir. Les enfants sont en vacances. On peut partir quand tu veux. » « Je vais appeler un ami qui possède des hélicoptères. Luce a-t-elle envie de venir? » « Mais oui. Tout le monde est prêt à partir. »