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Quand il ouvre ses yeux elle se sent rougir.

« J’ai dormi longtemps? Excuse-moi je ne voulais pas... »

« Je suis heureuse que tu te sentes bien. Laisse un peu tes souvenirs. Détends-toi. Tu es chez toi ici pour le temps que tu voudras. »

Les coqs répondent aux chiens. Des enfants jouent sur la route. Des oiseaux se poursuivent.

Ils vont se coucher tôt.

C’est l’odeur du café qui réveille Keba

« Pourquoi t’es-tu levé? Tu avais bien le temps. Je pars un peu plus tôt pour préparer ma classe. Je serai là avant midi. Je m’occuperai du déjeuner. »

« Mais je peux très bien le faire si tu me dis ce que tu veux. »

« Tu sais faire la cuisine? »

« Madame, je sais tout faire. J’ai exercé tous les métiers. Enfin les métiers les plus simples au moins. Tu verras. »

Elle, qui reste d’habitude après la classe à parler avec une mère ou avec un enfant, se retrouve la première à franchir le portail.

La table est mise. Une bonne odeur l’accueille. Keba s’est noué une serviette à la taille et dit en apportant un plat de salade composée:

« Madame est servie. Madame est satisfaite du travail des enfants? »

Elle rit en répondant:

« Merci mon jeune ami » puis, redevenant sérieuse: « tu n’es pas là pour servir. Je ne veux pas que tu croies... »

« Je ne crois rien du tout. Je ne me sens pas dévalorisé par le ménage ou la vaisselle. Ce ne sont pas les activités qui font la valeur des humains. J’ai vu des imbéciles donner des ordres, j’ai connu des patrons et des médecins, des élus et des cadres stupides et sans valeur. J’ai aussi rencontré des maçons, des balayeurs et des employés qui étaient des hommes cultivés, sensibles, attentifs, en un mot intelligents. Ce n’est pas le titre qui fait l’homme. Aucun emploi n’est dégradant ni déshonorant s’il est utile. »

Ils déjeunent tranquillement comme deux vieux amis.

Á son retour, en fin d’après-midi, Lina trouve Keba en train de bêcher un angle du terrain. Il ne l’entend pas venir. Elle apprécie le jeu de ses muscles qui se tendent et roulent. Elle revoit son père dans le même effort tranquille et régulier. Elle va chercher des boissons et sursaute en l’entendant parler derrière elle:

« Cette journée s’est bien passée? Le bruit des verres m’a donné soif. »

« Je voulais t’apporter à boire, mais je ne sais pas ce que tu aimes. De la bière? Du Perrier? »

« De l’eau s’il te plaît. C’est ce que je préfère. »

Le soleil descend sur l’océan. Ils l’observent ensemble.

« Tu aurais pu aller te promener, profiter du paysage... »

« Nous le ferons ensemble si tu veux bien. Je dois justifier les attestations que tu m’as envoyées. »

« Il ne doit pas y avoir de malentendu: tu n’as pas à travailler. C’était une déclaration pour l’administration... »

« J’ai besoin d’être actif. J’ai souvent éprouvé du plaisir à voir pousser ce que je plantais. Le Parisien que j’étais a découvert en Algérie la joie de travailler la terre. Ici c’est pour nous. Ce serait ridicule d’acheter des salades et des tomates alors que tu as ce terrain et moi tout le temps de m’en occuper. Je peindrai tes volets et j’ai vu beaucoup d’autres choses qui ont besoin de réparations. »

Elle rit: « mais je ne suis pas née à Paris moi monsieur. J’ai passé dix ans à Mafate. Tout ce que nous mangions nous le produisions nous-mêmes. C’est moi qui te montrerai... »

« Ah! Non. Le jardinier c’est moi. Tu n’as pas le droit de me prendre mon travail. »

« C’est bien. Je t’apporterai de l’eau et je resterai assise à l’ombre à te regarder transpirer ; comme au temps de l’esclavage. »

Ils parlent encore de l’histoire de l’île depuis l’arrivée des premiers habitants jusqu’à la fin de l’esclavage, le statut colonial, la départementalisation, tout ce qui fait l’originalité de ce monde en réduction.

Le soleil a disparu depuis longtemps quand ils se décident à rentrer. Ils préparent ensemble le repas. Chaque fois que leurs mains se rencontrent ou que leurs corps se frôlent Lina sent son coeur battre plus vite.

Le journal télévisé présente un sujet sur l’Algérie et les intégristes. La jeune femme pose sa main sur le bras de Keba dont le visage est devenu pâle.

« C’est fini. Tu es loin de tout ça. »

Il sourit: «il me faudra du temps pour enterrer tout ça. Cette violence était partout. Les victimes sont prises au hasard. Ce sont toujours les plus faibles… »

« Tu ne dois pas l’enterrer. Il faudra parler. J’aimerais comprendre comment un pays peut basculer dans la violence et le fanatisme religieux. »

« Pourquoi, c’est facile à dire. Ce qui est plus difficile c’est d’enrayer ce mouvement, de stopper cet effondrement. Avec le départ desFrançais, il y a trente ans, on a assisté à la fuite des cadres. On ne relance pas facilement un pays après des années de guerre civile. Il y eut des erreurs, des ambitions personnelles, l’intervention des grands pays désireux de continuer là leurs affrontements... Et la déception de tous ceux qui s’étaient battus et qui voyaient les autres se servir. Avec les problèmes économiques, les inégalités se sont accrues. Le parti unique, incontesté au temps des anciens combattants, a été de plus en plus mal considéré. Le chômage s’est accru. Les religieux ont apporté des aides, organisé les écoles, soigné les malades. Les extrémistes ont pris le dessus et... »

« C’était très dur? »

« Pour tous. Je me suis vite senti peu concerné. L’armée m’avait ôté mes illusions sur ma nouvelle Patrie. J’étais parti pour prouver, peut-être à moi surtout, que j’étais capable de choisir l’aventure et de l’affronter. Là j’étais un fils de traître. Je parlais mal la langue. Malgré mon engagement on m’a fait payer tout ça. J’ai été très vite débarrassé des restes d’adolescence.

Je n’ai rencontré ensuite que le chômage et ses mille métiers ; et la faim souvent ; les coups minables pour survivre. Je l’avais voulu ! Je me disais que je pourrais être avec mes parents faisant un travail utile et intéressant... J’avais tenu à retrouver mes racines, à fuir le racisme, à effacer la honte... J’avais tout faux !

Je sais maintenant que les racines sont une spécificité végétale. Le racisme est présent partout où il y a des minables qui n’ont d’autre supériorité que leur lieu de naissance. Dans cette guerre civile tous ou presque s’étaient conduits de façon méprisable.

Maintenant que je sais n’avoir rien de commun avec cette histoire c’est encore plus drôle, ou triste, ou les deux à la fois. Je ne suis pas Africain du nord ou d’ailleurs. Je ne suis pas Européen, je ne suis qu’un humain sans attache.

Toi tu es née ici. Tu as vécu en sécurité avec tes parents. Tu sais qui tu es, d’où tu viens... »

« Je viens d’un pays qui n’existe plus. D’un autre monde. J’ai traversé la misère, la violence de tous les instants sous toutes ses formes, l’alcoolisme de mon père et des autres, la promiscuité... Je dois enseigner à d’autres comment vivre dans le monde moderne, moi qui viens du Moyen Age en passant par la marginalité. Je dois ouvrir les enfants alors que je ne suis bien qu’enfermée.

Je sais d’où je viens. Oh !ça oui ! Qui je suis c’est autre chose. J’aimerais tant être quelqu’un. Mais pour ça il faut que je m’arrache à cette histoire. A moi. »

Il pose sa main sur le bras de Lina qui ne la sent même pas. Cette main si troublante tout à l’heure n’existe plus.

« Je vais t’aider. La vie sera belle si nous le voulons. Ce passé ne nous appartient pas qui nous a été imposé. Seuls le présent et l’avenir nous concernent. »

Ils restent sans parler. Longtemps. Elle a fermé les yeux. Elle sent cette main ferme et chaude. Elle ne sent plus qu’elle. Elle ne veut pas la faire partir. Elle lui est aussi indispensable que la perfusion pour le déshydraté.


Une porte qui claque la fait bondir.

« Ce n’est rien. La porte de la véranda. Je vais fermer. Tout va bien. Je suis là. »

Elle l’entend aller et venir. Il range les outils dans le garage. Il ferme les volets. Elle n’est plus seule.

Le café! Quelle heure est-il?

Lina bondit. Elle va être en retard. Jamais... Ce n’est pas possible... Elle court à la salle de bains et se précipite sur le chemin. Elle est en retard. Elle!

Les enfants sont encore dans la cour. Elle n’a pas envie de voir ses collègues et entre directement dans sa classe.

Heureusement Keba l’a réveillée.

Keba! Elle ne lui a même pas dit au revoir. Elle est ridicule. Comme si ça n’arrivait pas aux autres. Pour certains le retard est quotidien. Elle surveille souvent la classe de sa voisine. Alors pour une fois... Comme si La ne comptait plus. Que va-t-il penser? Elle a du mal à se concentrer sur son travail. Elle est la première à sortir. Elle a coupé court aux questions et remarques pendant la récréation en regagnant vite sa classe. Les commentaires doivent aller bon train. Ils savent sûrement tous qu’un homme vit chez elle. Les échanges doivent être sévères entre les rigoristes et ceux dont elle a refusé les avances. Que lui importe. Pourvu que Keba...

La table est mise et le repas préparé.

Il n’est pas là. Si...

Le jeune homme arrive portant un superbe bouquet.

« C’est pour que tu reviennes avec joie dans cette maison que tu fuis en courant le matin. »

« Pardonne-moi. C’est la première fois que je suis en retard. D’habitude... »

« Voilà que tu te démafates un peu. C’est bien ce que vous dites avec Marie? Tu n’as rien à te faire pardonner. Tu as veillé pour m’aider. C’est moi qui dois te demander... »

Elle laisse tomber son porte documents et s’accroche à lui.

« Ne t’en va pas. Rien d’autre n’a d’importance. »

Les fleurs rejoignent le cartable sur le sol pendant que leurs lèvres se trouvent. Il l’emporte dans la chambre sans que leur baiser s’interrompe.

Elle pleure doucement contre son épaule.

« C’est la première fois... »

« Mais tu m’avais dit... »

« Non. Ce n’est pas la première fois que j’ai une relation sexuelle. Oh! Ça non. C’est la première fois que je fais l’amour. Cette douceur... Je n’ai pas eu mal... Tu ne peux pas savoir comme c’était laid... »

« C’était toujours douloureux? »

« Oui. J’étais si jeune. J’avais si peur. Oui j’ai toujours eu mal. Comme si mon ventre allait se rompre. Et toi... Je voulais tellement depuis le premier soir, et cette peur... Comment aurais-je pu savoir? »

« Tu as connu plusieurs hommes? »

« Non. Un seul. C’était le seul moyen pour me protéger des autres qui devaient ainsi me laisser tranquille. Il était brutal et... ma question est stupide... mais... est-ce que tous les sexes d’hommes sont pareils? »

Il rit en caressant doucement le visage apaisé.

« Non. Bien sûr que non. J’ai assez fait de sport et connu de douches collectives pour savoir qu’il y en a de toutes sortes. »

Il s’arrête de rire:

« Oui. C’était sans doute ça. Il était trop important pour toi. Et tu es restée toutes ces années sans... Tu n’as rencontré aucun garçon, aucun homme? »

« Quelquefois l’un ou l’autre s’intéressait à moi. Certains ne me déplaisaient pas, mais cette peur, ce dégoût... Alors je m’en allais. »

« Voilà ma chance. Il fallait que tu m’attendes. Il te fallait quelqu’un d’ordinaire, de moyen... »

Elle pose sa main sur le ventre de Keba. Ce contact suffit à les bouleverser les emportant à nouveau en un tourbillon dans lequel ils ne sont qu’un.

« C’était encore plus doux. La vie est merveilleuse. Tu restes là? Dis. Je repars à l’école mais tu m’attendras? »

« Est-ce que je dois rester couché pour satisfaire les désirs de Madame? »

Elle rit. D’un rire qu’elle ne se connaissait pas.

« Lève-toi si tu veux. Bois. Mange. Vis. Mais reste dans notre maison. Je t’aime. J’ai tellement besoin de toi. »

Elle se douche et part en croquant un fruit.

La cloche sonne au moment où elle arrive à l’école. Ses élèves l’attendent, rangés dans la classe.

Heureuse.

Elle est heureuse. Rien ne peut lui arriver. Elle a envie de chanter. Elle voudrait parler de Keba aux petits, de la joie de vivre...

Les enfants écoutent les leçons gentiment. Tous ont l’air de bien comprendre. Comme si le bonheur rendait performant ou si la paix était contagieuse.

Elle ne se presse pas de partir. Elle savoure son retour. On l’attend! Elle! Quelqu’un attend qu’elle revienne. Elle existe. Pas seulement pour sa fonction d’institutrice ou comme cliente.

Lina. C’est Lina qu’un homme attend pour partager sa vie.

Plus rien ne sera jamais pareil.

Les bougainvilliers illuminent ce chemin si banal.

L’océan se coiffe d’une couronne de nuages pour souligner ses nuances de bleu.

Les oiseaux l’accompagnent en chantant leur bonheur.

Elle vit.

Son sourire égaie les gens qui lui parlent gentiment.

Keba retourne la terre comme si rien n’était arrivé.

Elle s’arrête et le regarde. Et si pour lui c’était sans importance? S’il allait repartir comme il était venu?

Elle entre dans la cuisine pour lui chercher de l’eau. Tout est en ordre. Les plats préparés pour midi sont dans le réfrigérateur.

Il a écrit: -je t’aime- sur le sol avec des pétales rouges. Une flèche indique le jardin.

Elle s’appuie contre le mur et ferme très fort ses yeux.

Une bouche emprisonne ses lèvres sans qu’elle ait entendu un bruit. La passion les emporte à nouveau jusqu’au lit où le même bonheur la submerge.

« Comment s’appelle-t-il cet homme qui m’a emporté un jour? »

« Jean. »

« Nous irons sur sa tombe si tu veux bien m’accompagner. Sans lui je t’aurais connue trop tôt ou peut-être jamais. C’est à lui que je dois ce bonheur.»

« Merci Jean  » disent-ils ensemble.
Les jeunes gens échangent longuement leurs souvenirs. Ils se disent tout de leurs joies comme de leurs craintes. Chacun veut savoir. Ils retrouvent ce qu’ils avaient perdu au fond de leur mémoire. Ils s’enrichissent de leurs moments heureux, les mauvais s’allègent d’avoir été partagés.

Les années vécues dans des mondes différents se mêlent. Leurs histoires lointaines deviennent un passé commun.

« L’amour. L’eau fraîche... » dit Lina « c’est bien joli. J’ai mangé un peu après ta fuite, mais tu dois avoir bien faim. Tout est prêt. Ce que tu as dédaigné à midi tu le mangeras ce soir. »

Ils vont se coucher tôt comme le ferait un vieux couple, mais leur nuit est toute autre, faite d’étreintes passionnées, de courts sommeils et de grands moments de tendresse.

Lorsqu’il la réveille elle lui dit qu’elle ne travaille pas ce samedi matin pour rattraper un temps de formation auquel il ne comprend rien.

Le soleil est très haut quand elle apporte le petit déjeuner.

« Les voisins doivent s’inquiéter » dit Lina « mes volets sont encore clos à midi alors que je les ouvre au lever du soleil. S’inquiéter n’est pas le mot juste, ils s’étonnent simplement. Ici on ne s’occupe pas de ce qui arrive au voisin. On l’observe, bien sûr, mais on n’intervient pas. »

« Ils savent que je suis là pour veiller sur ton repos. »

« Ah! Parce que c’est du repos? Je vais aller voir mon médecin pour qu’il m’en prescrive une longue cure. »

« Une semaine tout au plus? »

« S’il vous plaît, mettez m’en pour cent ans. Après on verra bien. »

Ils décident d’aller marcher.

Elle l’entraîne sur le sentier qui mène au Bras de la Plaine. Ils descendent vers la passerelle et remontent la ravine. Ils trouvent un bassin aménagé dans l’eau claire.

Lina, en slip, accompagne Keba qui plonge. L’eau lui semble bien un peu fraîche mais le soleil la réchauffe vite. Elle le regarde plonger depuis des rochers de plus en plus élevés et s’inquiète : « fais attention. Il peut y avoir des rochers sous l’eau. »

« Sois tranquille. J’ai vérifié le fond comme la hauteur d’eau. »

Elle qui n’osait pas se mettre en maillot de bain s’expose presque nue. Elle lui dit son étonnement d’être devenue si hardie.

« C’est que tu as grandi. Ou peut-être es-tu heureuse? »

Ils nagent. Ils rient. Ils courent. Ils parlent. Ils parlent beaucoup. Comme pour chasser toutes les ombres de leur passé. Pour partager tous leurs rêves, toutes leurs impressions, toutes leurs pensées. Ils communiquent.

Ils communient.

Par leurs mains et par leurs yeux. Par leur corps et par leur esprit.

L’emmurée accueille l’aventurier. Cet échange ne les rassasie toujours pas.

« Demain nous allons chez Marie » rappelle Lina.

« Le faut-il vraiment? Tu t’ennuies déjà? »

Un sourire efface la deuxième question:

« Nous l’avons promis. C’est à elle que nous devons notre rencontre. »

« S’il s’agit de régler une dette... »

« Tu sais bien que je n’ai pas dit ça. Marie m’a tellement apporté en si peu de temps... »

« Tu lui as donné beaucoup toi aussi. »

« C’est différent. Sa vie est pleine. La mienne était déserte. Elle a son mari, ses enfants, ses amis... Elle n’avait pas besoin de moi. »

« Il faut croire que si. Elle venait de perdre son père, d’en trouver un autre et une sœur qui ne la voit pas, elle comble un vide. Personne, aucun adulte surtout n’agit gratuitement. On cherche toujours à se faire plaisir, à satisfaire un besoin, à supporter mieux son image... »

« Alors toi, là, en ce moment... »

« J’ai besoin de toi. Profondément. Totalement. Comme de l’air ou du pain. Parce que je n’en peux plus d’être seul. Parce que le monde m’a trop malmené. Parce que je t’aime. »

« Je préfère t’entendre dire ces derniers mots. »

« C’est la même chose. On aime ceux qui nous apportent. Des cadeaux ou leur admiration. Leur soutien ou leur besoin d’aide. Hors du lien naturel que les animaux ont avec leurs petits, toutes les relations sont ainsi. »

« Il n’y aurait que l’amour maternel? »

« Et paternel. Celui qui accompagne l’oisillon hors du nid. Celui qui fait rentrer les bébés poissons dans la bouche de leur père ou le kangourou dans la poche maternelle. Celui qui permet aux espèces de survivre. »

« Et l’amour de dieu? »

« C’est pour éviter la maladie ou se protéger du diable. Voire pour s’assurer d’une réincarnation ou d’un au-delà heureux. Pour mieux fuir le présent et surtout la mort. »

« Alors si un jour tu n’as plus besoin de moi... »

« Je partirai. Parce que je ne voudrai pas faire comme tous ces couples qui empoisonnent chacune de leurs minutes communes pour ne pas perdre leur patrimoine ou affronter le qu’en dira-t-on. Mais je ferai tout pour que jamais ça ne se produise. Je cultiverai notre relation bien mieux que le jardin. Je me rendrai indispensable. Nous devons devenir accros l’un à l’autre comme on l’est à une drogue. Rien, jamais, ne doit venir entre nous. Cette dépendance te fait peur? »

« Oh! Non. Je ne veux que ça. Ce qui me fait peur c’est d’imaginer ton départ. C’est de me retrouver seule de nouveau. Accro je le suis déjà. Tu n’es pas prêt de me lâcher. J’ai eu plus de bonheur en quelques jours avec toi que dans tout le reste de ma vie. J’existe puisque tu m’aimes. »

Ils remontent enlacés, ne se séparant ni dans les passages étroits, ni dans les ruelles du village.

Ils sont seuls au monde