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«Tu es heureuse ?» Je ne sais pas. C’est tellement de choses. Et cette saleté. Cet ivrogne.... »

« J’ai Axel à Mafate, tu as René ici. Malgré la distance on trouve des points communs. Profite bien de tout. Ils auraient pu ne pas nous recevoir. Á tout de suite. »

« Sois prudente. Je te dirai tout à l’heure… »

Marie roule lentement en regardant le soleil disparaître derrière le Plomb du Cantal. Elle est habituée à voir le soleil levant dessiner les contours aigus de ses montagnes ; ici, ce sont les couleurs chaudes du couchant qui parent un vieux volcan. Elle est heureuse que cette rencontre ait été aussi facile et en même temps inquiète pour Lina que ces gens soient si peu ouverts. Elle la sent mal à l’aise et craint pour son amie si sensible bien des désillusions. La Mafataise est tellement plus fine et cultivée que ces métropolitains hors de la civilisation. Comment peuvent-ils rester dans cette cuisine qui ressemble à une grotte préhistorique? Elle sent encore ces odeurs de bouse et autres déjections animales qui règnent dans toute l’habitation. Et cet homme qui est un rustre et un ivrogne. Même les enfants paraissent bien trop calmes.

Saint-Flour lui plaît tout de suite. Cette vieille ville posée sur une coulée de lave a de l’allure. Elle pense à son île neuve et sans histoire. Les vieilles maisons l’ont toujours attirée.

On lui propose une chambre à deux lits dans le premier hôtel où elle entre. Le soleil rougit encore le ciel quand elle va retrouver Lina.

La voix pâteuse d’Agat l’accueille :

« On a cru que vous achetiez l’hôtel ou que vous aviez rencontré un autre Chinois. Avec ces touristes on voit de tout. J’ai faim. Heureusement que j’ai bu un peu, ça m’a permis d’attendre. »

Lina semble détendue. Les enfants regardent la télévision, comme ses neveux à Mafate et sans doute Hervé et Sylvie. Ses deux petits lui ont raconté le zoo tout à l’heure au téléphone. Chacun voulait décrire ses animaux préférés. Ils ont la chance de voir le monde et d’agir alors que les neveux de Lina n’ont que la télévision pour voir le monde.

Agat sert du vin et continue à boire. Il s’éteint peu à peu, ne trouvant plus la force de débiter ses plaisanteries stupides. Le silence s’installe. Les enfants partent se coucher. Lina aide sa soeur à débarrasser la table.

« On se lève tôt pour traire et s’occuper des bêtes» dit Louise, sans doute pour excuser son mari qui ronfle sur la table ou peut-être les inviter à partir? Marie annonce :

« L’hôtel ferme à minuit. Nous avons juste le temps. »

« Revenez demain » dit Louise « René sera à Massiac pour une réunion syndicale. Je vous montrerai la propriété et les bêtes. Nous aurons le temps de parler. »

Leur départ ne réveille pas l’ivrogne. Dès qu’elles sont dans la voiture, Lina dépose un baiser sur la joue de Marie : « Merci. J’ai retrouvé ma soeur grâce à toi. Nous sommes tellement semblables malgré toutes ces années! » Elle raconte l’enfance de Louise adoptée par deux paysans âgés qui rêvaient d’avoir quelqu’un qui leur succède et veille sur eux. La femme surtout voulait un enfant. Elle l’a aimée. Trop peut-être. Louise n’a jamais été autorisée à s’éloigner. Á près de soixante ans sa mère a passé le permis de conduire pour la mener au collège chaque jour. Elle ne supportait pas l’idée de la laisser en pension. Un cousin parisien qui avait permis cette adoption apportait un peu d’ouverture dans sa vie, mais il est mort alors que la petite n’avait pas huit ans. Il lui laissait une maison et pas mal d’argent.

La maison est louée. L’argent a permis d’agrandir l’exploitation et d’acheter des machines.

« On ne dirait pas qu’ils sont riches en voyant où ils vivent. » Dit Marie.

« Ils préfèrent investir dans leur exploitation. Louise a toujours vécu là. Elle m’a dit ses journées de travail continu. C’est elle qui doit traire deux fois par jour et rejoindre son mari dans les champs. Elle s’occupe des volailles, nourrit les cochons et les lapins, prépare les repas, entretient son intérieur, veille sur les enfants... Comment veux-tu qu’elle trouve le temps de briquer son intérieur ou cuisiner des petits plats? C’est la même vie pour toutes les femmes de la campagne ici. »

« On est loin de la vie des créoles. Est-ce seulement le climat qui fait cette différence? As-tu pu lui parler de toi et de vos parents? »

« Un peu. Je lui ai dit combien nous étions pauvres. J’ai décrit Mafate et ses remparts. Je crois qu’elle avait besoin de parler, elle vit si loin de tout. L’hiver est difficile ici, ils sont parfois bloqués plusieurs jours par la neige. Je ne sais pas si elle est heureuse. Elle n’a pas le temps d’y penser. Quand je vois le calme de ma vie entre mes livres et les quelques heures que je passe à l’école... Je n’imaginais pas que c’était ça la France. »

Elle continue à parler depuis son lit, mais Marie s’est endormie.

Le soleil les réveille alors que la ville dort encore. Elles errent dans les rues. Les magasins sont encore fermés.

« Comme notre île est jeune! » dit Lina au pied de la cathédrale. « Toutes ces maisons étaient là des siècles avant qu’un homme ait découvert notre volcan. Ces pierres noires sont belles mais un peu tristes. »

« C’est le même basalte que chez nous, mais c’est vrai que ces maisons sombres encastrées les unes dans les autres n’apportent pas la joie. Et encore il fait soleil et c’est l’été. L’hiver ce doit être lugubre. »

« Notre océan est beau, comme les fleurs présentes toute l’année, mais ce n’est pas mal ici non plus, juste un peu trop froid pour des créoles. »

Lorsqu’elles reviennent à l’hôtel, Marie tend la clé de la voiture à Lina:

« Vas-y seule, c’est mieux. »

« Mais tu vas t’ennuyer. Viens. »

« Je me reposerai. J’en ai besoin après toutes ces émotions. Je verrai la ville s’animer. Je me promènerai. Vous serez mieux seules pour parler. »

« Je ne rentrerai pas tard. Je te raconterai. »

Dès l’ouverture de la Poste, Marie va consulter le Bottin.

Diouf. Ils sont nombreux à Paris. Le jumeau perdu habite-t-il Paris? Tant pis.

Elle doit essayer. Elle relève les adresses et retourne à l’hôtel.

Elle teste son histoire sur un premier interlocuteur.

« Bonjour Madame. Je travaille pour la télévision. »

« Nous on n’a besoin de rien. »

«  Ne quittez pas s’il vous plaît. Il s’agit d’un jeu. Vous pouvez gagner un cadeau. »

« Ah! Bon. Qu’est-ce qu’il faut faire? »

« Nous cherchons les anciens élèves d’une école. Parmi eux, un ancien élève qui aurait maintenant trente ans... »

« Ce n’est pas ici. Mon fils a quatorze ans. »

« Connaîtriez-vous quelqu’un s’appelant Diouf qui aurait cet âge-là? »

« Non, je ne connais pas. Alors qu’est-ce que j’ai gagné? »

« Vous recevrez un courrier qui vous informera. Au revoir Madame. »

Elle appelle plusieurs fois sans succès. C’est vrai qu’on est en août. Bien des gens sont en vacances. Elle ne comprend pas un de ses interlocuteurs qui, apparemment, ne parle qu’arabe. Elle poursuit ses recherches jusqu’à onze heures et décide d’aller se promener. Marcher lui fait du bien. Elle achète des pommes qu’elle mange au bord de la petite rivière coulant au pied de la falaise. Á quatorze heures elle revient à la Poste. Les Sakri sont moins nombreux que les Diouf. Elle relève les adresses et les numéros de téléphone et reprend ses appels. Á la troisième tentative un homme lui répond:

« Mon fils Keba a eu trente ans. »

« Pouvez-vous me dire où je peux le joindre? »

« Oui. Bien sûr. Mais il faut lui écrire. Il est en Algérie. Ah! Si vous pouviez le faire revenir!

« Pourquoi? Il est emprisonné? »

« Il a voulu faire son service militaire là-bas. Il disait qu’il n’était pas Français puisqu’on le traitait souvent de bougnoule. Il voulait être Algérien. Pour qu’il revienne il lui faut un travail. »

Marie note tous les renseignements que lui donne son correspondant à qui elle promet de le rencontrer bientôt et de l’aider. Ce n’est peut-être pas celui qu’elle cherche. Il faut qu’elle parle au père et qu’elle obtienne des précisions.