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Pierre passe doucement du sommeil à l’amour et se rendort sans savoir combien Marie est en train de changer.

Axel n’est pas rentré. Ils partent tous pour un pique-nique au volcan.

Mélanie s’est faite belle. Les enfants emportent leurs jeux qui les occupent plus que les paysages.

Du Pas de Bellecombe Marie leur montre le Piton des Neiges et le Grand Bénard. Ils ont vécu à leur pied depuis leur naissance.

Luce reste près du minibus avec les petits pendant que les autres entament la descente qui va les conduire au cratère d’où ils entreprendront l’ascension du dernier sommet. Ce sont de vrais cabris. Marie les suit sans peine mais ils doivent attendre Lina moins entraînée.

Les nuages arrivent quelques minutes après eux.

Les enfants courent et gambadent. Ils ne regardent rien préférant jeter des cailloux plutôt qu’écouter des explications. Leur créole n’inclut pas tous ces mots propres au volcanisme.

Marie s’inquiète en raison du manque de visibilité en les voyant bondir dans les éboulis tranchants.

« Laisse-les faire. Ils ont l’habitude. Ils sont livrés à eux-mêmes depuis leurs premiers pas dans des sentiers abrupts. Ils savent lire les sols et poser leurs pieds sur les rochers les plus stables. Ils sont plus à l’aise que moi bien sûr, mais aussi que toi. Ici ils sont chez eux, c’est leur vrai domaine. Ils peuvent s’égarer à Saint-Denis, mais sûrement pas sur le volcan."

Lorsqu’elles arrivent au véhicule, les autres sont déjà en train de dévorer les provisions. Luce a gardé leur part. Les enfants jouent malgré le froid et la longue randonnée. Ils ont oublié les jeux électroniques. C’est Luce qui semble la plus fatiguée alors qu’elle n’a pas quitté le minibus.

Le retour est très calme. Ils s’assoupissent tous.

Dès les hauts du Tampon la route sort des nuages. L’océan offre son impeccable arrondi brillant sous le soleil.

Comme d’habitude Luce ne dit rien. C’est Marie qui doit envoyer les enfants à la douche. Ensemble elles aident Cathy : Luce est aide cuisinière, Lina et Marie lingères.

Jacques et Pierre s’étonnent en entrant de l’harmonie qui règne. Ils s’installent au salon et lorsqu’elles les rejoignent Jacques dit :

« Enfin la vraie vie retrouvée. Comme chez nos anciens, les hommes se reposent près du feu au retour de la chasse pendant que les femmes s’activent à préparer le repas. » « Faut pas rêver vieil homme » dit Marie. « Les femmes sont épuisées par leur terrible journée dans les intempéries. Elles vont choisir un fauteuil et les guerriers si forts leur serviront à boire. Viens avec nous Cathy, tu n’es pas en retard. Fais-toi donc servir de temps en temps par ces esclavagistes. »

Chacun raconte sa journée.

Pierre demande à Luce si elle ne voudrait pas qu’on fasse rechercher Axel.

« Je veux rentrer » dit-elle. « Si on reste ici je ne le verrai plus. Avec l’argent il boira toujours. »

Marie s’assied près d’elle :

« C’est comme tu voudras. Je peux vous raccompagner demain. »

Le visage de Luce s’éclaire :

« Oh! Oui. Demain. Nous irons chez nous. Ici je ne peux pas vivre et les enfants non plus. On est peut-être pauvres mais là-bas on est mieux. »

Elle appelle les enfants pour leur dire la nouvelle.

« Nous n’aurons plus de magnétoscope. La télé ne marchera que quelques heures. »

« Ne vous inquiétez pas » dit Marie. « Je vous donnerai un magnétoscope et des cassettes. Nous installerons d’autres panneaux solaires pour que l’électricité ne vous manque plus. Vous aurez tout ce que vous voudrez. »

Le repas est animé. Les mains oublient souvent les fourchettes.

Marie, Pierre et Lina remontent très tôt vers leur maison du Brûlé, laissant le minibus puisqu’ils ont deux voitures et que Lina ne souhaite pas conduire. Elle se plonge dans un livre pendant que Pierre et Marie appellent leurs enfants. Les petits sont intarissables. Ils racontent à leurs parents tout ce qu’ils font.

« Ils ne s’ennuient pas » dit leur grand-mère «  mais ne comptez pas sur moi pour les garder un an. Ça nous fait du bien d’être bousculés un peu, mais ils nous laissent peu de temps de repos. »

« Ils ne dorment pas bien ? » s’inquiète Pierre.

« Oh ! Si. Au moins douze heures par nuit. »

« Alors ça vous laisse le temps de récupérer. Les vieux ont besoin d’activité Nous vous les enverrons à toutes les vacances. »

« Vous seriez bien trop malheureux. Tout se passe très bien. Nous ne regrettons pas de les avoir pour nous tous seuls. »

Il est plus de minuit quand le téléphone les arrache au sommeil. Pierre pense à un malade qui aurait trouvé son numéro personnel. C’est Cathy, affolée :

« Venez vite ! Ils sont deux ou trois bandits. J’ai appelé la police. Ils ont frappé Monsieur Jacques. »

Ils partent tous les trois.

« C’est la première fois qu’on s’en prend à la maison. Il est vraiment très rare que les voleurs s’attaquent aux lieux habités » s’étonne Pierre.

« Et si c’était la bande des ivrognes qui suivent Axel. Pourvu que Jacques... Et Luce... Et les petits.... J’ai rendu malheureux ceux que je voulais aider. Il faut qu’ils aillent vivre chez eux. Je ne comprends jamais rien. Heureusement que tu es là » dit Marie en se tournant vers Lina. »

Le téléphone sonne à nouveau.

« C’est Jacques » dit Marie qui a pris le combiné.

« Vous êtes dans la voiture ? Tout le monde va bien. Ce sont juste deux ivrognes venus avec Axel. Ils ont profité du moment où il gisait ivre mort sous la varangue pour fouiller la maison. Surpris de me voir apparaître, l’un d’eux m’a donné un coup, mais c’était par peur beaucoup plus que pour me faire mal. Mon petit nez fragile a laissé couler un peu de sang. Cathy en a conclu qu’on m’avait égorgé. Les policiers ont embarqué Axel et l’un de mes agresseurs. C’est fini. Vous auriez pu rester au lit. »

« Pardon. Tout est de ma faute. Pardonne-moi, nous arrivons. »

Ils sont encore tous au salon. Un policier les interroge.

Marie se précipite vers Jacques :

« Ils t’ont fait du mal et c’est de ma faute. »

« Je ne suis pas si fragile ni douillet. Dans ma carrière de rugbyman j’ai pris des coups bien pires et c’était en m’amusant. Tu me prêteras tes lunettes de soleil pour cacher l’oeil qui va virer au vert et au jaune. »

Pierre palpe le nez de son ami.

« Il n’y a rien de cassé. Ou tu encaisses bien ou il n’a pas frappé fort. »

« C’est ce que j’ai dit à l’inspecteur. Il a eu peur et ne voulait pas m’agresser. Si Cathy ne s’était pas affolée je n’aurais dérangé personne. L’un d’eux s’était sauvé. L’autre s’excusait en pleurant. »

« Axel n’a rien fait. » Dit Luce en s’approchant.

« Il ne risquait pas » dit le policier. « Il était en plein coma éthylique. Il ira mieux demain. Puis-je vous poser quelques questions ? Je ne comprends pas très bien vos liens de famille avec ces gens. »

Ils avaient mis au point une version plausible en descendant du Brûlé. Luce serait la cousine de Marie, retrouvée récemment. Il valait mieux éviter de reconstituer l’histoire véritable. Les conséquences pourraient en effet être graves. Y compris sur le plan financier.

« Cette dame dit qu’elle est votre soeur. »

« Oui » dit Marie. « C’est ainsi que nous nous appelons. En fait c’est ma cousine. Je croyais ma mère orpheline et je les ai découverts à la mort de mon père. Ils habitent Mafate. J’ai invité toute la famille. »

« Ah ! Bon. C’est plus clair. Elle me parlait d’enfant perdu. Mon créole n’est pas parfait. Ce serait bien si en France tous les citoyens parlaient la même langue. Je suis breton. Là-bas, à part quelques vieux, tout le monde parle français. Ici ils veulent les allocations familiales, les retraites et les aides diverses, mais en restant créoles, c’est-à-dire différents. Pareils quand ça les arrange, mais pour mieux rejeter les z’oreils, on garde son patois. »

« C’est un peu plus compliqué que ça » dit Pierre. « S’ils avaient les moyens de travailler et voyager, ils parleraient français. Les sociétés qui se replient sont bien les plus fragiles, ce sont celles qu’on rejette et qui ne peuvent alors s’intégrer. »

« On leur paie des écoles, mais ils préfèrent vivre comme autrefois à ne rien faire d’autre que boire du rhum. Je suis sûr que les enfants qu’on emprisonne dans ce langage, alors que le monde s’ouvre, seront handicapés irrémédiablement. Si vous portez plainte ils auront affaire au juge, sinon ça s’arrêtera là. Les ivrognes auront une amende et c’est tout. »

Luce dit en pleurant :

« Il faut délivrer Axel. Il n’a rien fait. Il faut qu’on aille chez nous. C’est trop difficile ici. »

Marie envoie les enfants au lit et rejoint sa soeur.

« Nous partirons demain. C’est sûr. Nous irons chercher Axel et nous prendrons l’hélicoptère.

L’haleine de Luce sent le rhum. Elle a dû boire après leur départ. Elle buvait à Mafate. Elle boit encore ici. Rien n’a changé si ce n’est qu’elle est malheureuse.

Après avoir reconduit Cathy, Marie retrouve Lina.

« Je fais le malheur de tous ceux que j’aime. Il faut pourtant que j’aille au bout. Que je les voie. Mais je ne dirai rien aux autres. Je me contenterai d’aider ceux qui en auront besoin. »

« Tu oublies que l’un d’eux est ma soeur ! Je te suivrai. Tu ne peux pas dire que tu apportes le malheur : Axel buvait déjà, Mélanie était enceinte. Tu n’y as rien changé. Il est si difficile de faire son propre bonheur, alors celui des autres... Gagner au loto apporte de l’argent, rarement le bonheur. Les bouleversements apportés par un changement brutal de situation provoquent le plus souvent des ruptures. C’est l’occasion de bilans, de prises de conscience, de tentatives de nouveaux départs. On préfère ne pas en parler. Pour que la poule rapporte toujours ses oeufs d’or il faut que les gogos continuent de payer les jeux de hasard. Pour s’acheter un avenir meilleur. On voit mal le directeur de la Française des jeux couler son entreprise en lançant une étude sur les désastres causés par les gains. »

« Tu joues au loto ? »

« Non. Mais je l’ai fait. Et je vois autour de moi des pauvres gens se priver de manger pour jouer. La Réunion c’est le département au plus fort taux de chômage et c’est celui qui joue le plus. Comme si les gouvernants avaient cherché une idée pour prendre l’argent des pauvres et les enfoncer encore plus dans la misère. »

Cette conversation éloigne un temps Marie de ses problèmes.