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Marie a du mal à se remettre de l’agression dont Mélanie a été victime.

« Il y a peut-être plusieurs façons d’être humain mais de tels actes n’existent même pas chez les animaux. »

« Crois-tu que l’amour préside à toutes les rencontres dans la harde où seul le vieux cerf a le droit d’assurer la descendance jusqu’au jour où un plus fort s’impose ? Il en est ainsi chez de nombreux mammifères. Mais si nous laissons les animaux et parlons des humains nous découvrons que pendant longtemps on a marié des enfants, entre eux ou avec des vieux. La polygamie permet encore à de riches vieillards d’acheter des adolescentes. Ont-ils tort ? Est-ce bien ? Quels sont les critères qui permettent un jugement universel ? C’est l’éducation et l’habitude qui permettent de supporter ces coutumes ou de les recevoir comme des agressions insurmontables. On appelle ça une culture pour employer un mot fourre tout. »

« Mais enfin on est en France ! Á la fin du vingtième siècle ! J’avais vingt deux ans quand je me suis mariée. Et j’étais vierge ! Bien sûr d’autres m’avaient attirée que j’avais embrassés. J’avais ressenti cette violente envie de faire l’amour mais j’avais su résister. Cette part de mon corps m’obéit comme les autres. N’est-ce pas cette aptitude à dominer nos pulsions instinctives qui fait de nous des humains ? »

« Á chacun sa vérité. C’est la tienne. Tu vis dans un monde protégé où les valeurs chrétiennes s’imposent. Tu habitais une vaste villa où chacun avait sa chambre. Tu jouais avec des amis éduqués comme toi. Pense à ce qui peut se passer lorsqu’on est huit dans une seule pièce. Quand le domaine du voisin est à portée de bras. Quand la salle de jeux est la rue et les toilettes un buisson. Quand les seuls vêtements sont un short ou une jupe. Quand l’alcool et le zamal brouillent les esprits. Quand l’oisiveté érode le temps. Quand l’avenir est mort dès avant la naissance. Il n’y a plus de repère. Plus d’âge. Plus d’interdit. Exactement comme chez les rats où la surpopulation génère des conflits et supprime des tabous aussi forts que l’inceste. Chez ces animaux l’ordre revient dès que chacun retrouve un espace suffisant. Chez l’homme c’est plus difficile parce qu’il a une mémoire. »

« Tu as dû beaucoup souffrir. » « Un bidonville ce n’est pas seulement la faim et la pauvreté. C’est le bruit, les odeurs, l’insécurité permanente, la loi du plus fort... Je devais être propre et bien vêtue pour aller au collège et au lycée. Il me fallait pourtant traverser des zones dangereuses. Ce qu’a subi Mélanie je l’ai connu aussi. Plus qu’une salissure morale je ressentais la violence physique. J’ai dû choisir un protecteur pour échapper aux autres. L’amour n’y avait aucune place. Il s’agissait de survivre. Voilà pourquoi ma vie sentimentale est détruite pour toujours. Mais tu ne peux pas comprendre. Les mots ne disent rien. Avec tes références ce pauvre monde est le bagne, la perversité totale. Ce n’était que la violence ordinaire. Brute. »

Marie n’ose plus parler. De telles horreurs ont pu se passer près d’elle. Certaines de ses camarades de collège et de lycée vivaient peut-être cet enfer alors que ses amies et elle ne parlaient que de mode et de flirts. Elle pleure doucement. C’est Lina qui la réconforte.

« On ne souffre pas mille fois plus d’un bras emporté que d’une coupure au bout d’un doigt. Dans un monde difficile on a aussi des joies. J’avais l’amour de ma mère et mes succès scolaires. Certains problèmes de ta vie protégée prenaient une importance énorme et t’atteignaient durement. Ils ne peuvent être comparés aux miens. Tout dépend du milieu de référence. Seule compte la façon dont on ressent ce qui nous arrive. »

« Je ne peux donc pas comprendre. »

« Comprendre si. Á ta manière. On ne peut jamais se mettre à la place d’un autre qui vit différemment. »

« Mais l’amour, le sexe, nous sommes toutes des femmes ! »

« Bien sûr. Avec notre vécu, nos références, nos coutumes. Dans certaines civilisations les relations sexuelles font partie des initiations normales comme l’activité physique ou le langage. Le nouveau-né peut appartenir à l’oncle ou au grand-père, le géniteur n’ayant pas d’existence. La violence sexuelle disparaît puisqu’il n’y a pas de frustration. Ailleurs on excise les fillettes avec l’accord de leur mère et on peut leur coudre le sexe jusqu’au mariage. Partout ce sont des femmes. Elles aiment.... »

« Et tu parles de civilisation ! » « Les mots on la valeur des références qu’ils portent. Je peux dire habitudes collectives au lieu de culture ou civilisation. Mais ce n’est pas parce que nos armes et nos banques sont plus fortes que les coutumes des pays développés économiquement doivent avoir une valeur universelle. »

« On peut au moins être d’accord pour exclure la violence et la douleur. »

« Bien sûr. Toutes les violences. Celle de l’excision et du viol et aussi celle que ton milieu a imposé à ton corps pendant toutes ces années de ta jeunesse frustrée. Chacun doit apprécier selon ses propres critères. »

« On ne peut pas laisser une enfant de quatorze ans devenir mère ! Sa vie sera brisée. Elle n’aura plus d’avenir. »

« Chez nous. Pas à Mafate ni au Sahara. La famille prend en charge l’arrivant et pas seulement la mère comme ici. La vie continue comme avant. C’est naturel. »

« J’ai l’impression d’avoir vécu sous une cloche de verre pendant trente ans. Ce que j’ai entrepris bouleverse la vie des autres mais je n’en sortirai pas indemne. »

« Tu es forte. Tu garderas des certitudes. Elles seront un peu changées. Tu reconnaîtras aux autres le droit de penser autrement. »

« Je le disais pourtant. Je militais même dans des organisations qui professaient ce respect des différences. C’était très théorique, sans vraiment comprendre. Je viens de faire un grand voyage. Je vais peut-être devenir adulte. »

« Reste quand même enthousiaste et soucieuse d’aider, sinon je n’ai plus qu’à rentrer chez moi. »

« N’y compte pas ! Je te garde. Va dormir dans ta chambre de célibataire. Moi je vais dans les bras de l’homme que j’aime et qui ne saura même pas combien je suis transformée. »

« Vous ne parlez donc pas ? Avec sa profession il voit tous les jours ce que j’ai tenté de te dire. »

« Il a dû m’en parler. Je n’étais pas capable de comprendre. Je répondais police, assistante sociale,...comme pour mes élèves... Comment aurais-je pu?... Merci Lina. Dors bien. J’aurai besoin de toi si tu veux bien m’aider. »

« Tu es l’amie que je ne croyais pas connaître. Je serai ta vieille soeur dans la connaissance des hommes et toi tu m’apprendras le monde qui m’effraie. »

Elles s’embrassent tendrement.