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Cette fois c’est Marie qui essuie les yeux de Lina et lui caresse les joues.

« Et ta mère ? »

« Elle est morte au moment où j’ai commencé à travailler. Je voulais tellement l’arracher à tout ça ! Cette maison était pour elle. C’est aussi ma revanche. Je me moque des voyages et des voitures, mais je ne vivrai plus jamais dans un taudis ! »

« Tes frères sont-ils revenus ? »

« Ils sont partis faire leur service militaire en France et n’ont plus jamais donné de nouvelles. Ils ont préféré fuir. Je ne sais pas. Je les ai attendus. Je suis restée seule. Je lis. Viens voir. »

Elle fait visiter à Marie le reste de la grande maison : une cuisine moderne parfaitement équipée, deux chambres, une belle salle de bains, et le bureau ouvrant sur le Dimitile. Cette montagne qui ressemble tellement aux pitons de son enfance. Deux murs sont entièrement couverts de livres.

« J’en achète tous les mois au moins une dizaine. Quelquefois plus quand je suis en vacances. J’ai besoin de les voir, les toucher, me dire qu’ils sont à moi. Je suis collectionneuse tout autant que lectrice. Ils m’ont tant manqué quand j’étais adolescente. »

« Tu ne retournes pas à Mafate ? »

« Jamais ! C’étaient les jours heureux mais aussi ma prison. C’est comme un mausolée où reposerait ma jeunesse. Je n’y reviendrai jamais. »

« Ici c’est un peu pareil. »

« C’est vrai. De ce côté. Je dois lever les yeux pour trouver le ciel tout en haut de la montagne. C’est comme Mafate. Mais si je vais dans le salon tout change. C’est l’océan et la ville. Je peux rester des heures à regarder la mer moi qui ne suis jamais partie et ne voyagerai jamais. Il me suffit de rêver. Le monde réel me fait trop peur. Je suis une vieille fille racornie pour toujours. »

Marie la prend dans ses bras :

« Ça c’est le passé ma belle ! Tout va changer si tu veux bien de moi comme amie. Prends ton sac et de quoi te changer. Je t’emmène chez moi. »

« Mais je ne peux pas. Ton mari... Il faut que je réfléchisse... Tu as des choses à faire... »

« Tu as tout dit ? Alors va faire ton sac. Je ne te laisserai pas. Je suis trop heureuse de t’avoir découverte. »

« Ma maison ? »

« Comment fais-tu quand tu pars ? Tu as bien des voisins ? »

« Je les vois si peu. Je ne suis jamais partie. »

« Et bien fermons les volets. Il ne peut rien arriver dans ce bout du monde Tu vas laisser mon téléphone à tes voisines qui t’appelleront si quelque chose arrive. »

Dans la voiture elles chantent des chansons enfantines mêlées à des ségas, des blues et des rocks. Leurs yeux se rencontrent souvent et elles confondent leurs rires.