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Marie prend dans son sac la carte d’identité et les photos de Pierre, Jean et des enfants.

« Vous pouvez appeler mon mari. Il est médecin. Il vous confirmera ce que je viens de dire. Il travaillait avec celui qui nous a séparées de nos jumelles. Lui, bien sûr, ne savait rien. C’est un de ses confrères qui intervient à Mafate qui lui a dit où vous étiez. Quel intérêt pourrais-je avoir à inventer une histoire aussi folle ? »

« Je ne sais pas. C’est tellement incroyable. Où est donc ma soeur ? »

« Je ne sais pas encore. Un ami de celui qui a provoqué tout ça a retrouvé la trace de l’organisation qui s’est chargée des enfants. Nous attendons le résultat des recherches. Peut-être ne les retrouverons-nous jamais. »

« Alors pourquoi m’avoir dit ?... »

« Parce que je suis perdue. J’ai besoin de quelqu’un qui puisse comprendre... Dites-vous que cette histoire est pire pour moi. Votre mère vous a gardée en donnant votre soeur. Pourquoi vous ? Pourquoi elle ? Moi je suis celle qu’on a jetée ! J’ai rêvé toute ma vie d’une amie qui serait comme une soeur, qui comprendrait mes peines, qui partagerait mes joies. Cette soeur existait, jumelle même... »

Un long silence les laisse plongées dans ces réflexions où les souvenirs sont chassés par les rêves, où les images s’effacent et les espoirs apparaissent.

Marie appuie son front contre la fenêtre qui fait face au volcan et laisse couler ses larmes. Un bras l’entoure pendant qu’un mouchoir sèche son visage.

Elles restent longtemps enlacées, tout au bonheur de sentir qu’elles partagent la même émotion.

« Comment ça s’est passé avec Luce ? As-tu retrouvé tes parents ? »

« Ma mère est morte. Mon père est vieux et ne veut plus rien. Ma soeur est tellement différente. Elle a eu six enfants. Il lui en reste cinq. Son mari boit. Elle aussi peut-être. Je les ai emmenés à Saint-Denis. Je leur offre ce que je peux. Mon mari dit que j’ai tort. L’ami de mon père le pense aussi. Ma vieille Nénène est malheureuse... »

« J’ai connu Axel et Luce. J’habitais La Nouvelle. Mes parents ont quitté le cirque lorsque j’avais dix ans. La vie était trop dure. J’étais heureuse là-bas. Comme jamais depuis. Tout le monde était pauvre donc personne ne l’était vraiment. Ce sont les différences qui apportent la honte et l’envie. Nos cases étaient misérables mais nous n’avions pas faim ni froid. J’aimais l’école. Oh ! Oui. J’étais heureuse. J’avais deux frères plus âgés qui travaillaient avec mon père dans les champs de maïs et de lentilles. Ils allaient à la pêche. Ils ramenaient du bois. Tout nous manquait mais nous ne le savions pas. Un jour on nous emmena à Saint-Pierre dans un grand bidonville. Mon père s’est mis à boire. Mes frères sont partis. Ma mère ne bougeait plus. Moi j’allais à l’école. Je voulais m’en sortir. Je voulais l’emmener. J’ai obtenu des bourses et j’ai eu ma première paye. Mon père a été tué par une voiture. Comme il était ivre on nous a dit que c’était sa faute. Je n’avais pas d’amis : comment aurais-je pu les amener chez moi ? Ce que j’ai enduré !... Oh ! Il a bien fait celui qui a évité ça à ma soeur ! Nous aurions été deux mais le malheur ne se partage pas et la misère est toujours aussi lourde. Elle n’a pu être que mieux. Nulle part n’existent des conditions pires que celles qui m’ont été faites. »