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Plongée dans ses réflexions elle ne voit même pas le superbe paysage en ce matin d’hiver. Depuis l’Étang Salé les montagnes s’offrent à ses yeux avec les sommets pointus des hauts de Cilaos. Plus loin le volcan s’élance fièrement dans une trouée des nuages. Elle emprunte le petit échangeur qui lui fait quitter la quatre voies. D’un seul coup c’est le calme. Elle traverse le Bras de la Plaine sur le pont métallique et grimpe les lacets qui lui font dominer les gorges de la rivière de Cilaos où les cyclones entraînent les rochers. Ils creusent un peu plus chaque année ces blessures monumentales en emportant jusqu’à l’océan ce que la tornade arrache aux ravines et aux pentes.

Elle arrive sur la première crête. Le Dimitile dresse ses sommets infranchissables. La route butera bientôt contre les pentes abruptes. Les champs et les jardins occupent le moindre replat. Le coquet village, soudain découvert, offre ses cases anciennes, le plus souvent restaurées. C’est comme une réserve où l’histoire se serait arrêtée au milieu du siècle dernier. Les habitants sont blancs pour la plupart. Blanc comme on sait l’être ici, avec un peu de sang malgache, africain et indien. Mais blanc comme ces petits propriétaires chassés par les plus gros lors de l’arrivée de la canne à sucre. Comme ils ne pouvaient travailler au côté des anciens esclaves, ils sont partis sur les hauts, repoussant les marrons. Les magasins sont Chinois bien sûr ou Z’arabes.

Marie se sent bien. Cet endroit est si beau. Elle suit sans peine la route indiquée pour s’arrêter bientôt devant la grande maison de béton au toit en terrasse.

Elle est bâtie au bord de la falaise, face au volcan qui domine le Tampon. Au fond on aperçoit Saint-Pierre et l’océan tout bleu. Les pentes du Dimitile entraînent jusqu’au ciel leurs forêts toujours vertes.

Seuls les coqs et les chiens ponctuent le silence de cette matinée.

Une jeune femme vient vers elle, une blanche des hauts, une Yab puisque c’est ainsi qu’on les appelle.

« Quelle chance vous avez d’habiter un aussi bel endroit ! »

« Certains le trouvent trop calme, loin de tout. »

« Si le tout dont ils parlent n’est pas là tant pis pour eux ! »

Lina sourit un peu plus franchement. Elles se sont comprises. Elle si réservée se sent en confiance. Cette femme lui plaît.

« Je m’appelle Marie Juge. J’ai à vous dire une longue histoire qui vous concerne aussi. »

« Entrez. »

La grande pièce permet de voir le volcan, l’océan et le Dimitile. Un salon pays en occupe une partie, l’autre est réservée à une grande table couverte de dentelle. La maison pourrait être à Toulouse ou Montpellier, mais l’intérieur s’affirme créole.

Elles s’assoient dans les fauteuils de bois et Marie commence:

« Je suis née comme vous, quelques jours avant ou après, dans le cirque de Mafate. Comme une épidémie, quatre familles ont reçu des jumeaux. Deux paires de garçons et deux de filles. Un jeune médecin qui vivait alors là-bas a eu la folle idée d’en emporter un de chaque paire pour étudier les effets du milieu et ceux de l’hérédité sur le développement d’un être humain. Il a raconté à ces familles crédules qu’un malheur arriverait s’ils gardaient leurs deux petits. Il a été si convaincant que quelques jours plus tard, la raison revenue, il n’a pu les persuader de reprendre leurs enfants. Il en a confié trois à une institution métropolitaine. Il m’a gardée, moi qui était la quatrième. Il vient de mourir en me laissant une lettre qui m’apprenait tout ça. J’ai retrouvé ma soeur. Elle s’appelle Luce Tang. Elle est mariée avec Axel Hoareau. Il est lui aussi un des quatre jumeaux. Vous avez, vous aussi, une soeur. »

« C’est complètement fou ! Ma mère ne m’a jamais rien dit. Pourquoi devrais-je vous croire ? Qu’attendez-vous de moi ? Montrez-moi vos papiers. »