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René Amarger (Des braises sous la cendre)

Publié dans Livres résistance Cantal

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Des Cendres sous la Cendre

de René Amarger (1983)

Ce livre fourmille d'anecdotes et de récits vivants que seuls un résistant de ce niveau peut relater. Il a été un des responsables des mouvements unis de la Résistance pour l'arrondissement de Saint-Flour (Cantal).

Pour plus d'informations, consulter le site de l'Association Les Amitiés de la Résistance

 

 L'articlé ci-dessous a été rédigé par Jean-Claude Champeil
 
Un homme droit, un humaniste, journaliste, résistant, entrepreneur, homme politique, René Amarger s’est battu pour ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

René Amarger naît le 30 mars 1914 à Saint-Flour, de Joseph et Antoinette Valat. Sa soeur Jeanne, née deux ans plus tôt, sera institutrice. Leur mère est femme de ménage. Leur père, employé agricole, grand blessé de la guerre de 14, deviendra chef cantonnier, et aussi capitaine chef de corps des pompiers de Saint Flour. Il sera inspecteur adjoint des services incendie cantaliens. René obtient son brevet supérieur au cours complémentaire de Saint Flour.

En 1940 il épouse Marie Louise Molinier, une Sanfloraine. Leur fille Josette a deux enfants, Olivier et Nicolas.

Le journalisme et la vie associative :

En novembre 1932, René Amarger part à Paris comme journaliste à L'Auvergnat de Paris. Une grave pleurésie le renvoie chez ses parents en mars 1933. Il sera réformé en raison de son état de santé qui lui interdira aussi la pratique des sports.

En avril 1935, le docteur Louis Mallet le choisit comme rédacteur du journal agricole La Glèbe qu’il vient de fonder. A la suite de la publication d’un article jugé «révolutionnaire» par des membres du conseil d’administration de l’office agricole, René Amarger doit quitter le journal. En 1936, il met en place un groupe théâtre de la section Républicaine d’Instruction de Saint Flour qui deviendra l’Amicale Laïque.

Le premier janvier 1937, le sénateur Henri Brunel, lui confie la direction du journal L’Union démocratique et républicaine et de l’imprimerie de la rue de la Frauze où il va habiter. Il va la gérer avec son épouse Marie Louise qui continuera, après leur divorce, jusqu’en 1998. Pendant des décennies il sera journaliste, signant certains articles, selon qu’ils ont une portée nationale ou locale Nicodème, ou François Planèze, ou encore Jean de Nepalou. Il fondera l’hebdomadaire La Margeride, organe du Mouvement de libération Nationale qui fusionnera avec L'Espoir du Cantal pour devenir Le Montagnard du Cantal dans lequel il écrit jusqu’en 1967.

Après la guerre, avec ses amis Pignol, Pouget, et Teissedre c’est la création d’une activité cinéma. «Qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, une trentaine de coéquipiers, chauffeurs et projectionnistes affronteront les routes, de jour comme de nuit, pour apporter un divertissement dans les campagnes». «J’ai toujours aimé le sport» dira-t-il, en rappelant qu’«à l’âge de 16 ans, alors que j’étais secrétaire adjoint, on m’a propulsé secrétaire du Stade Sanfl orain». Il se souvient : «à Saint Flour il y avait deux clubs : le stade Sanflorain et le patro. On ne se parlait pas d’un club à l’autre. Avec des amis des deux bords nous avons fusionné les associations et la rivalité entre jeunes a disparu». La même volonté le conduira plus tard à rapprocher deux clubs orléanais : l’OCO et l’Arago. Il deviendra président général de cette Union Sportive Orléanaise. Les effectifs du club, comptant vingt disciplines, seront de 3700 licenciés en 1978.

La Résistance :

Pour connaître la Résistance, on doit lire les livres des historiens, qui, comme Eugène Martres, ont minutieusement rassemblé les documents et les témoignages. Pour comprendre cette époque et ce que pensaient et vivaient les cantaliens, il faut entrer dans Des braises sous la cendre. Le livre écrit par le journaliste René Amarger, avec l’humour et l’esprit critique qui le caractérisent, cherche à dire la «vérité» sur ses compagnons. Ceux qui pensent que les choses étaient simples liront à la page 133, à propos d’une lettre datée de 1940, retrouvée dans les cartons des occupants : « Elle me brûle les doigts. Elle dénonce les agissements d’un instituteur communiste. Son auteur, passé par la suite à la Résistance, a été fusillé par les nazis. Je brûle la lettre. Je garde le secret ».

L’état de santé de René Amarger ne lui ayant pas permis de participer à la «drôle de guerre», il se retrouve très tôt dans la Résistance aux côtés de son ami le docteur Louis Mallet, son aîné de vingt cinq ans, qui, écrit-il : «fut l’un des rares à avoir dit non dès la première heure, alors que, comme moi, 90% des français n’aspiraient qu’au calme et à la paix. Après Massiac « berceau de la Résistance, dès 1941, avec Jean Lépine, Louis Jean et Pierre Durif », les Sanflorains s’organisent au début de l’année 1942. Amarger sera « Germa » et secondera « Faust, l’homme qui a ouvert le sillon pour ce combat qui reste le René Amarger combat de notre existence». Son premier travail sera d’imprimer des faux papiers pour les résistants, les juifs en danger, les réfractaires au service du travail obligatoire (STO). «4% seulement de la classe 42 prendront le chemin du Reich». Très vite va être mis en place un service de retour aux prisonniers. Pour profiter d’un texte de loi libérant les veufs et pères de trois enfants, de faux papiers arriveront dans les camps allemands. «Ce sont ainsi des centaines d’hommes et de femmes qui seront épargnés de l’ennemi nazi» dira Pierre Jarlier. Dans l’imprimerie sanfloraine, on va ensuite imprimer, clandestinement bien sûr, les tracts et les journaux. Pour brouiller les pistes, les plombs sont fondus dans une imprimerie clermontoise appartenant à ... Pierre Laval lui-même. Toute une équipe endosse le rôle des typographes avec René et Marie Louise Amarger. Là seront imprimés les poèmes apportés par Paul Eluard et ceux d’Aragon comme :

"Il nous faut draîner la colère
Et faire lever le fer
Pour préserver l’image haute
Des innocents partout traqués
Et qui vont partout triompher"

François Mauriac écrira «on félicite les écrivains pour le courage qu’ils ont montré, en vérité, pour eux, le risque était minime. Tout le mérite était pour les imprimeurs, patrons et ouvriers, qui pouvaient, à chaque instant, redouter l’irruption de l’une ou l’autre police dans leurs ateliers».

En mars 1942, René Amarger est le responsable des «Francs Tireurs» pour l’arrondissement de Saint Flour. Le commissaire de police aurillacois Versbecker, lui procure de «vrais-faux papiers» au nom de Roger Alblois, agent d’assurance.

Il devient responsable régional de la presse pour les mouvements unis de la Résistance (MUR). Il va «courir les secteurs, d’un canton à l’autre, à bicyclette, allant frapper à la porte de camarades d’école, d’amis d’enfance, d’ouvriers, de paysans et de notables». Il écrit «c’est pénible, souvent, mais c’est la belle vie, pleine et prenante. Toujours reçu avec beaucoup de chaleur, partageant le pain et le sel, et beaucoup plus avec mes hôtes. Mes jours s’écoulent sans la moindre monotonie». Il s’efforce de regagner, le plus souvent possible, son «havre familial de Saint Flour où les miens se font des cheveux». Il est si souvent absent qu'«à la Libération, ma fille Josette, quatre ans, ne me reconnaîtra pas».

Les soldats sans armes vont peu à peu s’équiper grâce aux parachutages et à ce qu’ils prennent à leurs ennemis, aux chantiers de jeunesse et à l’administration vichyste. Ils vont apprendre la clandestinité. Ils vont devenir des saboteurs et des combattants. Même si «les terroristes» de Saint Flour «n’ont pas fait couler de sang innocent, pour le reste ils ont allègrement fait fi des lois de Vichy». Ils sont nombreux à participer. Des collégiens et lycéens rassemblés en sisaines. Des femmes souvent, des familles entières parfois. «Après la guerre, nos « victimes », y compris les moins innocentes, étaient bien vivantes, tandis que tant de nos camarades n’ont pas revu la liberté».

A la fin 43, le premier maquis est installé à Montagnac, dans une ferme isolée, au dessus de Mentières. Puis c’est «Revanche» qui s’implante à Maurines. Les voitures et machines à écrire des administrations, les vêtements des chantiers de jeunesse rejoignent les maquis. Les tampons officiels sont «empruntés» dans les mairies. Les locaux de la milice sont maculés de goudron ... Le pylône de Roffiac est le premier plastiqué, comme le magasin d’un radio-électricien anti-résistance. Plutôt que de créer de nombreux maquis «dans l’attente du Grand Jour», les ordres sont de «placer les hommes dans les fermes». René Amarger écrit «oui, la paysannerie nous a été maternelle; et elle en a souffert, plus que de raison». Il ajoute « les fonctionnaires de l’Etat et les policiers font souvent le gros dos. Parfois ils nous renseignent et nous avertissent de leurs enquêtes. La gendarmerie, à quelques képis près, nous est favorable».

Dès les premiers mois de 1944 , le plongeon dans la clandestinité s’impose pour les responsables. Le premier mai 1944, René Amarger, ayant alerté le groupe «Revanche» participe à l’embuscade qui fera le premier mort. A la limite du Cantal et de l’Aveyron, sur la 121, un arbre est abattu. Le convoi des groupes mobiles de réserve, ces groupes paramilitaires engagés contre les maquis, est attaqué. Il laisse un chargement de 200 000 cartouches au maquis. Un GMR est tué. «Ce mort est entré dans ma vie. Il n’en sortira plus».

Dès la fin avril, les maquis du Puy de Dôme gagnent la Margeride. Ils seront rejoints par ceux de toute la région. Début juin, ils seront plus de deux mille. L’opération Caïman, oeuvre du général Billotte, avait prévu le parachutage d’une brigade anglo-canadienne, d’une brigade américaine et d’une centaine d’officiers français pour l’encadrement des maquisards. L’opération est annulée. Les responsables des forces intérieures maintiennent le rassemblement des maquis. C’est la bataille du Mont Mouchet.

Le 16 juin, la bataille est terminée quand René Amarger est pris par les allemands près du château du Sailhans. Son ami Jean Calmels est blessé. Après les avoir conduits au village, alors qu’ils pensent qu’ils vont être abattus, les allemands les abandonnent. René Amarger écrit : «la nuit suivante, mes nerfs craquent, et, enfin, je peux trembler comme une feuille et pleurer comme un gosse. Pourquoi ne nous ont ils pas fusillés ?».

La feldgendarmerie arrête Marcel et Suzanne Raparie. Lui est torturé à mort par la Gestapo, sa soeur, est déportée. D’autres subiront le même sort.

Le 24 août, les allemands évacuent Saint Flour. Le 27 août 1944 «Le peuple de Saint Flour a le rendez-vous le plus poignant. On ne verra jamais une telle mer humaine et ses ondes de douleur. Dix mille personnes convergent au pont de Soubizergues, où vingt cinq des otages du Terminus ont été fusillés, à l’aube du 14 juin».

Le 8 mai 1945, Jean Lépine évoque le rôle des premiers résistants, et, parmi eux le docteur Mallet, «la personnalité la plus haute, le premier inscrit,celui qui a donné le plus car il a tout donné, sa vie et celle de ses deux fils. Sa femme et sa fille sont encore dans les geôles allemandes ».

Le général Marshall, chef de l’état major général des armées américaines dira en 1945 : «sans vos troupes du maquis, tout était compromis».

Le général de Gaulle décernera, à Saint Flour, la Croix de Guerre 1939-1945. La région sanfloraine compte cent trois fusillés, deux cent cinquante tués au combat, trois cent vingt quatre déportés, deux cent quarante internés.

L’engagement politique et l’après guerre :

René Amarger est co-fondateur de la fédération clandestine SFIO du Cantal. Il est choisi comme secrétaire fédéral en 1943, lors d’une réunion tenue à Aurillac dans le fournil de la boulangerie coopérative «La Fraternelle» gérée par Antoine Vabret.

Le 24 août 1944, devenu secrétaire général du Comité Départemental de Libération, il est nommé sous préfet de l’arrondissement de Saint Flour libéré. «Il faut rétablir la République». Son action est alors déterminante pour la reconstruction de l’administration locale et l’apaisement des esprits, loin des excès souvent vécus ailleurs, même quand il découvre les dossiers des dénonciations. «Je ne veux pas que l’on puisse nous reprocher des actes irréparables». Le sous préfet aura à faire face aux contradictions entre les ordres reçus d’Alger et les volontés des Résistants, comme pour le commissaire de police Bègue à Mauriac. Il aura aussi à rencontrer des personnages, comme Marceline L. "Elle est gravement impliquée dans de funestes actions avec la milice de Darnand. Elle est jeune et belle comme un coeur». Il regrette «c’est un malheur qu’une telle fille en soit arrivée là».

Refusant toute carrière à laquelle il aurait pu prétendre, il écrit : «Je retourne à la liberté. A ma part de liberté. Je reviens à mon métier, à ma plume, à mon imprimerie».

Son action ne s’arrête pas là puisqu’il sera maire de Lorcières en 1977, créant une salle polyvalente et des gîtes dans l’ancien presbytère.

Son engagement pour le parti socialiste date de «mon premier combat politique, le 11 novembre 1932, où, manifestant à partir du Panthéon avec la Jeunesse Socialiste de la Seine, je m’étais fait rosser, Boulevard Sébastopol, par les Camelots du roy» .

Il l’amènera à se présenter aux élections cantonales de Ruynes en Margeride et même aux législatives de 1968 contre le premier ministre Georges Pompidou, avec son ami Hirondelle, sous la bannière du parti socialiste. Il a écrit : «la pire des politiques, c’est de ne pas en faire».

Elu conseiller municipal d’Orléans de 1983 à 1988, il est l’initiateur du jumelage de Saint Flour avec Orléans.

L’entrepreneur, le coopérateur :

En 1955, à quarante et un ans, René Amarger dirige la société d’optique orléanaise appartenant à sa nouvelle épouse Madeleine Pellé. Leur fils François aura deux enfants, Géraud et Charlotte. Les qualités d’organisateur et d’analyste, comme l’esprit critique, révélés pendant la Résistance, vont trouver à s’appliquer. Un magasin pour les appareils proposés aux malentendants est ouvert. L’apparition des lentilles amène la création d’un nouveau lieu de vente. Pour rester fidèle à ses principes, les salariés seront intéressés aux bénéfices de l’entreprise en recevant des parts sociales. De 1972 à 1976 il préside la coopérative nationale Guilde des lunetiers, qu’il a contribué à créer. Elle deviendra la société Krys.

René Amarger meurt le 3 novembre 1992 à Orléans.

Une foule considérable se presse dans le petit bourg de Lorcières où ont lieu les obsèques civiles de celui qui fut toujours athée. Pour respecter sa volonté : «chacun est invité à boire un verre de vin rouge à sa mémoire» dans la salle polyvalente qu’il avait fait construire.

René Amarger remet la Légion d’Honneur à Firmin Bédoussac

René Amarger a reçu la Légion d’Honneur à titre militaire en 1975.

C’est son ami Michel Charasse, ministre du budget, qui lui remet la rosette d’officier, il a également reçu la médaille militaire, la médaille de la Résistance et la Croix de guerre.

A Orléans, un gymnase porte son nom depuis 1993.

Le 11 août 1999, une plaque est apposée sur l’imprimerie de la rue de la Frauze à Saint-Flour à sa mémoire et celle de ses camarades résistants. Cette imprimerie a été saccagée par la Gestapo en mai 1944 «parce que si l’écrit ne fait pas dérailler les trains, il est aussi dangereux que les sabotages» dit Pierre Jarlier. Le 4 août 2003 la place René Amarger est inaugurée au coeur du nouveau quartier des Agials, en l’honneur «de cet humaniste qui s’est battu pour nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité» comme le dit le sénateur maire de Saint Flour.