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Bernard Cournil:le résistant, l’entrepreneur.

Article de Jean Claude Champeil extrait de son livre Vies de Cantaliens

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Le résistant, l’entrepreneur.

Bernard Cournil organisa le maquis de la Luzette. Il fut nommé maire de la nouvelle commune du Rouget, créée en septembre 1945, par de Gaulle. Installé à Aurillac il mit au point les véhicules qui portent son nom.

Un jeune cantalien attiré par l’innovation :

Bernard Cournil est né au Rouget, qui n’était alors qu’un hameau de la commune de Pers, le 25 avril 1908. Son père, forgeron, a reconverti son atelier pour vendre et entretenir des vélos. Le jeune homme travaille avec lui tout en s’intéressant aux automobiles qu’il apprend à réparer. Il fait même passer les permis de conduire. Avec son frère Joseph, ils construisent un avion qu’ils réussissent à faire décoller lors d’une fête de Roumégoux. Le 16 avril 1932, il épouse Eugénie Vabre, elle aussi originaire de Pers. Ils auront deux garçons et une fi lle, qui leur donneront cinq petits enfants.

« Chénier »,le maquis de la Luzette.

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Le Puech de la Poule, à une quarantaine de kilomètres d’Aurillac, est le seul sommet couvert de bruyère au milieu des bois. D’août 1943 à août 1944, il est l’un des terrains de parachutage les plus utilisés par les alliés.

Dès la fi n de 1942, Bernard Cournil loue une grange à la Fombelle, sur la commune de Saint Saury. Il y dissimule du matériel et des hommes en situation illégale. En août 1943, Harold Rovella, dit « Jeannot », représentant l’offi cier régional d’opération Pierre Rateau, dit « Pape », se rend au maquis de Fombelle. Il constate que le terrain appartient à la catégorie la plus rare : il peut recevoir des parachutages sans message préalable et des pilotes n’ayant pas trouvé leur terrain. Il est, en plus, apte à accueillir des parachutistes inattendus. Le terrain est donc homologué par les britanniques. Il s’appellera « Chénier », du nom du poète guillotiné. Des phrases clés diff usées par la BBC correspondront au terrain cantalien, comme « de la chouette au merle blanc », « c’est une cité ardente » ou encore « invitez la jeunesse». Elles annonceront les parachutages. Des postes de radio sont installés dans une sape pouvant contenir cinq hommes. Un câble souterrain de deux kilomètres conduit l’électricité « empruntée » depuis un poteau situé dans un chemin creux. L’équipe de réception, placée sous les ordres de Bernard Cournil, compte 18 hommes. Autour d’eux gravitent les réfractaires au service du travail obligatoire (STO). Ils réquisitionnent et remettent en état des véhicules pour livrer les armes parachutées. En cas de capture, les hommes ont pour consigne de tenir 48 h sans parler. Ils ont l’interdiction formelle de communiquer avec leur famille. Malgré le danger, Eugénie, l’épouse de Bernard, accueillera « Jeannot » et « Pacha » dans la maison du Rouget. Les paysans des fermes voisines aident les résistants. Ils savent pourtant qu’ils courent de très gros risques, mais il n’y aura jamais de dénonciation. Joseph Martinet, qui a toujours vécu en plein milieu du maquis, à la ferme de Fombelle, se souvient pourtant d’avoir entendu son père dire à Bernard Cournil : « si les allemands attaquent, tu partiras avec tes hommes et nous, nous serons tous fusillés ». Les soldats allemands envahissent le Lot jusqu’à Sousceyrac, à cinq kilomètres de la Fombelle. Les résistants éprouvent « la tension, la crainte violente d’être dénoncés, celle d’être sans cesse épiés par l’ennemi puis subitement attaqués, celle d’être bombardés, la peur puissante pour les familles… ». Le 1er juin 1944, ils reçoivent l’annonce du débarquement. Trois compagnies vont se créer autour du terrain. Dans la nuit du 8 au 9 juin le major Macpherson et le lieutenant Prince de Bourbon Parme sont parachutés. Tous deux resteront des amis de Bernard Cournil. Des groupes de soldats américains les suivent. Cent hommes sont réunis à la Fombelle. Les allemands n’attaquent pas le terrain mais en bloquent les accès. Trois maquisards venant de Toulouse pour récupérer les armes sont arrêtés à Saint Céré et fusillés. A partir du 7 juin les parachutages cessent sur Chénier. Le terrain aura rendu d’inestimables services à la résistance. L’équipe a réceptionné 90 agents et plus de 65 tonnes d’armes et de matériel.


LES TRACTEURS COURNIL.

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Après la guerre, Bernard Cournil ouvre un garage. Il le déplacera peu après avenue des Prades à Aurillac. Il a trouvé dans la jeep du débarquement un véhicule bien adapté au relief cantalien. Elles sont très disponibles dans les surplus de l’armée, il va les remettre en état pour les agriculteurs. A l’écoute des besoins de ses clients, il va faire évoluer les tous terrains pour une meilleure adaptation à l’agriculture de montagne. Les moteurs américains étant trop gourmands, en 1955, il installe un 4 cylindres diesel de 2092 cm3 découvert lors d’une visite de l’usine parisienne Hotchkiss. En 1960 il décide de fabriquer son propre châssis en tubes. Les clients reprochant à Bernard Cournil le manque de visibilité du tracteur pour le travail de la terre, il imagine un capot plongeant. Son fi ls Alain se souvient « il dormait très peu. La nuit lui apportait souvent les solutions. Il était entouré de très bons techniciens qui proposaient, eux aussi, des aménagements ». Il ajoute « un carrossier très adroit, compagnon ayant fait son tour de France, du nom de Savary, était capable de transformer une plaque de tôle en boule parfaitement sphérique ». Le nouveau capot impose le recul du moteur. Ce faisant, le véhicule se trouve bien mieux équilibré avec 680 kg sur l’arrière et 720 kg sur l’avant. Chaque innovation suppose un agrément administratif. Un jour de 1960, le responsable départemental du Service des Mines, lui déclare : « monsieur Cournil, ce que vous me présentez n’est plus une Jeep. Ce n’est plus le même châssis, ni le même boîtier, ni le même pont, ni le même moteur ». Le mécanicien se retrouve inventeur et doit déposer le nouveau modèle qui devient le « tracteur Cournil ». Hotchkiss ayant ramené des USA un pont auto-bloquant, il est, dès 1964, proposé pour les Cournil. C’est une première en France sur un véhicule de série. En 1966, 55 personnes fabriquent l’engin à vocation agricole. Des prises de force s’y ajoutent, comme un relevage hydraulique, une charrue, une barre de coupe, une tarière, une lame de chasseneige, une pelle. Une remorque particulièrement bien conçue confère à l’ensemble un poids roulant de 5950 kg. EDF, l’ONF et même les pompiers passent des commandes. Le Cournil devient le porte outils français. On ne chôme pas dans l’atelier de 2000 m2 ou l’on continue à faire de la réparation auto.

L’entreprise suscite bien des jalousies. Les tracteurs commençant à être fabriqués en grand nombre, les engins polyvalents sont moins appréciés. Bernard Cournil ne voit pas venir la catastrophe. Le tribunal de commerce prononce la liquidation judiciaire en 1970. Alain Cournil précise : « il était présidé par un de ses concurrents qui se permit à cette occasion de l’attaquer violemment ». A près de soixante ans, l’entrepreneur cantalien se trouve ruiné. « Sa vie c’était son entreprise » murmure Alain « il n’avait jamais pris de vacances ».

Dès 1971, le jeune homme, qui a terminé ses études peu de temps avant, s’installe dans les locaux dont il n’est ni locataire ni propriétaire. La chambre des métiers a pourtant donné son accord. En décembre 1977, 12 salariés travaillent à nouveau à la fabrication des tracteurs et à l’entretien des modèles existants.

Bernard Cournil est toujours présent. Il se charge des relations commerciales. Une longue, et difficile, période de rachats successifs par diverses entreprises françaises et étrangères va se poursuivre. Le 4x4 a le vent en poupe. Le Cournil est le seul français en mesure d’être opposé aux Toyota qui se répandent. D’UMM en Auverland, le Cournil changera beaucoup d’aspect et souvent de fabricant.

En ce début de mois de juillet 2006, un jeune homme d’une trentaine d’années est entré dans le garage de l’avenue Pompidou, demandant à parler à Monsieur Cournil. « Je reviens d’Afrique. J’ai vu un homme conduisant un Cournil. Je lui ai dit que j’étais du Cantal où on fabriquait ces tous terrains ». A Saint Julien de Jordanne, un autre possède cinq Cournil qu’il a remis en état et entretient avec passion.

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Dans les concentrations locales de 4x4, qui regroupent pourtant les plus récents modèles, le Cournil reste le plus entouré.

On mesure là l’importance de cet engin pour la mémoire collective, toutes générations confondues.

Très affecté par l’échec de son entreprise, Bernard Cournil meurt le 21 avril 1983. Il a 75 ans.