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Un grand Monsieur

un article de Jean Claude CHAMPEIL

Michel LEYMARIE

Michel LEYMARIE à 70 ans

Découverte de nombreux métiers par l'adolescent, et engagements du jeune instituteur

Michel Leymarie est né le 22 septembre 1904, boulevard Jean Jaurès, à Aurillac. Son père, François est tailleur de pierre, contremaître de l'entreprise Moussié. Il sera toujours fier de ce père et de la tradition familiale républicaine de maçons. Sa mère, Rosalie Bouyssou, était cuisinière. Elle faisait des extras, dans les restaurants, les jours de foire.

Son enfance fut conforme à celle des fils d'ouvriers de l'époque, découvrant tôt le monde du travail. Il fut même « loué » à 9 ans, comme berger à Monroucou, la ferme située sur le versant nord, au dessous du Croiset.

Pendant la guerre de 14, François est trop âgé pour être mobilisé. L'entreprise Moussié ayant interrompu la plus grande partie de ses activités, il va s'occuper de la ferme de ses beaux parents à Griffeuille, près de St Julien de Piganiol. Comme il est peu doué pour l'agriculture, toute la famille aura du mal à s'adapter.


A l'âge de quatorze ans, en 1918, Michel devient apprenti typographe à Aurillac. Il saura donc lire à l'envers de deux façons différentes : comme les instituteurs et comme les typographes. Il est ensuite chargé de la paie dans l'entreprise où travaille son père. Il dira «je connaissais mal le français puisque la langue usuelle de mes parents était le patois. Je n'ai suivi une année scolaire complète qu'avant mon entrée à l'Ecole Normale. Je ne voulais d'ailleurs pas passer l'oral, préférant aller chez Michelin, à Clermont ».

A la sortie de l'EN, alors au château Saint Etienne, il part pour le service militaire à Saint Etienne, puis à l'école d'officiers de réserve à Saint-Maixent. Il en sort sous-lieutenant. Lorsqu'il va, en uniforme, saluer son père chez Moussié, François ne cache pas sa fierté d'avoir un fils officier. Il sera cassé en 1935 par le tribunal militaire de Riom, après avoir indiqué, à l'encre rouge, sur son livret, son appartenance au parti communiste. Pétain est alors ministre de la Guerre.

Le jeune homme sera instituteur, et souvent secrétaire de Mairie, à Trémouille, à Saint-Flour et à Maurs. En 1926, il fonde le groupe des jeunes de l'enseignement qui est à l'origine du syndicalisme enseignant dans le Cantal. En 1927 il adhère au parti communiste. En 1930 il épouse, Jeanne Buchon, elle aussi institutrice, à Vieillespesse. Ce mariage civil, rare pour l'époque, fait scandale dans le canton de Massiac. La bonne du curé de Vieillespesse se signe d'ailleurs chaque fois qu'elle le croise.

Le couple part à St Hippolyte. Leur fils Pierre naît en 1933. Ils sont à Bassignac, au bord du bassin minier, quand Michel Leymarie anime la grève des mineurs de 1935. La direction de la mine baisse les salaires en s'appuyant sur des mineurs polonais payés à la tâche. Pour foncer plus vite les bures (les petits puits reliant deux niveaux de la mine mais ne débouchant pas au jour) ils se cachaient sous le boisage, à proximité immédiate du front de tir, au risque de se faire tuer. Les grévistes auront gain de cause en obtenant une forte augmentation des salaires. En 1936 il est secrétaire du comité d'arrondissement de Mauriac du front populaire.   

Le deux jeunes instituteurs sont nommés à Saint-Jacques-des-Blats. Avec Hilaire, le futur maire de Thiézac, Michel Leymarie organise le syndicat des ouvriers agricoles. Ils sont alors très nombreux, très exploités, très malheureux. Cela lui vaut de solides inimitiés auprès des gros propriétaires terriens. Les représailles arriveront bientôt. Le 10 octobre 1940, quelques jours après la naissance de son deuxième enfant, il sera arrêté pour faits de résistance, sur dénonciation. Il est le premier cantalien victime de la répression.

La guerre, et les camps africains.

Son fils Pierre, âgé de sept ans, se souvient encore de l'avoir vu sortir de l'école, menottes aux poignets. Sa femme est malade. Son deuxième fils vient d'être victime d'une méningite.

Le prisonnier passe par les camps de Mons (Puy de Dôme), Nexon (Haute Vienne), avant d'arriver en Algérie en 1941, à Djelfa, puis Bossuet, où il retrouve son ami Justin Rouchet, électricien à l'hôpital d'Aurillac, déporté avec lui. Bossuet, c'était Biribi, siège des Bat d'Af. Jérome Favard, un rédac­teur de l'Huma, également déporté à Bossuet, qui passera ensuite ses vacances près de Houade, répondra à une dame lui demandant où il avait rencontré Michel Leymarie : « au bagne, Madame, nous nous sommes connus au bagne ! ». Il y connaîtra aussi Laurent Salini, futur rédacteur en chef de l'Huma, Roger Garaudy et son ami Bernard Lacache, le fondateur de la LICRA et quelques anars comme Louis Lecoin, père spirituel des objecteurs de conscience français.

En obtenant enfin leur libération, le 3 juin 1943, six mois après le débarquement allié en Afrique du Nord, De Gaulle s' attache définitivement un assez grand nombre de militants communistes, dont Michel Leymarie. Ce dernier devient pendant quelques temps instituteur à Djelfa, puis pompiste sur un pétrolier américain ravitaillant les navires passant par Oran et à nouveau instituteur dans le quartier juif d'Oran. Il entre même à l'arsenal en tant que « ferreur en voitures ». Dès 1941, Jeanne Leymarie est engagée dans les mouvements de résistance. Elle est même déplacée d'office pour son manque d'ardeur pétainiste. A la fin 1944, Michel Leymarie revient enfin chez lui.

L'action politique

Il est aussitôt happé par un tourbillon d'activités politiques, de meetings, de tournées électorales. Il rédige les discours de Clément Lavergne, un terrassier qui sera élu député du Cantal. En s'opposant à la guerre d'Indochine, Michel Leymarie a des ennuis avec la justice. Comme on avait oublié de remplacer Jeanne, après la Libération, en tant que directrice de la publication du Cantal Ouvrier et Paysan qu'elle dirigeait quand il était clandestin, elle écope de procès pour délits de presse. Tous deux sont défendus par Léo Matarasso, dont l'épouse et Jeanne Leymarie ont oeuvré ensemble dans la résistance. La famille retrouve le calme et le bonheur, quand, en 1946, à la suite d'une opération manquée, Robert, âgé de six ans, devient aveugle et tétraplégique. Jusqu'à sa mort, en 1976, il restera au domicile de ses parents. Les aides sociales et soutiens aux familles n'existent pas. Ses parents se relaieront pour veiller sur lui pendant trente ans. Michel Leymarie poursuit ses travaux sur l'histoire de la révolution dans le Cantal. Il publie de nombreuses études dans la revue de la Haute Auvergne et dans les annales de la Révolution. Son intense activité intellectuelle en fera un correspondant et un ami du professeur Soboul. II sera vice-président de la Société des Belles Lettres, Arts et Sciences de Clermont-Ferrand. Exceptionnel conteur et conférencier, il animera pendant des années les soirées sur l'histoire locale, organisées par la Fédération des Associations Laîques, dans tout le département.

Elu conseiller municipal d'Aurillac en 1947, il le restera 36 ans, avec les maires successifs : Henri Tricot, Paul Piales, Jacques Meyniel, Jean Mézard et René Souchon. Il détient ainsi le record pour la cité Géraldienne. II se plaisait à souligner : «j'ai été 18 ans dans la majorité et 18 ans dans l'opposition ». De 1965 à 1971, il est l'adjoint du maire socialiste, Jacques Meyniel, chargé de l'enseignement et des affaires culturelles.

II reste fidèle au PC, mais d'une façon plus critique. Il répondait par exemple aux sollicitations des « partis frères » lui proposant d'aller passer ses vacances dans un pays communiste « je suis âgé, je tiens à mourir avec toutes mes illusions sur le paradis socialiste ». Quand on lui demandait son avis sur un événement politique, il répondait en souriant : « attends un peu, je n'ai pas encore lu l'Huma ».

II meurt à 82 ans, à Aurillac, le 14 décembre 1986.

Un responsable syndical et un élu aurillacois, tous deux non commu­nistes, qui ont longtemps travaillé aux côtés de Michel Leymarie, disent de la même manière :« c'était un grand monsieur dont l'humour et la finesse étaient unanimement reconnus. Il a toujours suivi la ligne de conduite qu'il s'était tracée : celle du bien public, de l'honnêteté et de l'intérêt général ».



Source : Le Réveil Cantalien
du 04 Août 2006 par J.-C. C.