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ROGER PARAN : pionnier de la coopération

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Alors qu’il a occupé les plus hautes fonctions locales, départementales et régionales du monde agricole, Roger Paran minimise toujours son rôle lorsqu’il se souvient de sa vie. Chez ce pionnier de la coopération, « nous » efface le « je » si présent dans le monde des dirigeants.
La jeunesse au Pirou de saint Georges.
Le 4 novembre 1923, Roger naît au Vialar de Vabres, où ses parents exploitent une ferme. Son père, de la classe 16, a fait la Grande Guerre. Sa mère, née Jarlier, s’est retrouvée, à l’âge de deux ans, orpheline comme ses quatre frères et soeurs. Elevée par divers membres de sa famille, la jeune fille a du trouver là une aptitude très forte à resserrer les liens. Alors qu’elle a passé sa jeunesse à Saint Flour, travaillant dans les commerces de la ville, elle s’adaptera très vite à la vie de fermière. C’est elle qui entraîne son mari à s’installer au Pirou, en raison de la proximité de l’école qui lui permet de voir ses enfants pour le déjeuner. En 1926 naîtra un autre garçon et en 1930 une fille.

Paran2 Roger Paran à 20 ans

En 1939, alors que Roger termine sa troisième année au Cours Complémentaire, la guerre est déclarée. Son père, étant mobilisable, lui demande de revenir à la ferme. L’adolescent se retrouve agriculteur, aux côtés du père qui, à 43 ans, ne sera fi nalement pas appelé à la guerre. « Nous élevions une vingtaine d’Aubrac, sur 70 hectares dont 20 de pins » se souvient Roger Paran. Le travail se fait avec des boeufs, même si l’exploitation posséde une faucheuse, et même une moissonneuse lieuse qui servait aussi aux voisins. En 1972,  lorsque Serge entre dans le GAEC,

 

les Aubrac sont remplacées par des Frisonnes. La tuberculose, en 1976, impose l’abattage de tout le troupeau. Un agriculteur de l’Aisne, rencontré au cours de missions nationales, propose une dizaine de vaches sélectionnées qui vont être la souche d’un élevage extraordinaire pour la région. En 1985, Serge décide d’élever des Limousines. En 1988, Roger prend sa retraite d’exploitant.

Le mariage, la famille

. En 1943, comme tous les garçons de 20 ans, Roger doit faire les Chantiers de jeunesse. Il se cache chez un parent, au Chaylat, le temps qu’on l’oublie. En 1945, il est appelé pour faire son service militaire et se retrouve à Nancy le jour de l’armistice. Il va passer une année à Constance, au QG de la 14e division, commandée par le général Salan. Ayant levé la main lorsqu’on demandait des gens sachant piloter une moto, il va sillonner cette partie de l’Allemagne occupée, la nuit, pour porter les messages aux régiments répartis sur un rayon de 100 km. « J’avais choisi d’être logé dans une famille » se souvient l’octogénaire « où j’étais traité comme un fils ». Il en arrivait à oublier le danger de ses randonnées nocturnes. Un jour, alors qu’il est allé chercher un tracteur de son oncle René Jarlier au Chaylat, le jeune homme fait la connaissance de Denise Resche, fi lle du maire de Rézentières, qui avait préparé une succulente tarte aux prunes pour la fête corvée de la batteuse. Denise part pour Charleville, dans les Ardennes, où elle vient d’être admise à l’Ecole Normale. Elle y restera deux longues années. « J’avais des amies » ditelle avec émotion « nous nous sommes vues avec l’une d’entre elles jusqu’à sa mort, l’année dernière ». Malgré tout, sa famille lui manque et elle décide de rentrer au pays en juin 1947. Le 7 septembre 1949 les jeunes gens se marient et s’installent dans la grande maison du Pirou. C’est le début d’une longue cohabitation de trois générations qui durera 25 ans. En 1951 c’est la naissance de Serge. Le jeune couple est installé dans la petite maison restaurée, au bout du jardin familial. A la naissance de Sylvie, en 1953, Denise décide de venir accoucher près de sa belle mère. « Nous nous entendions tellement bien » se souvient elle « je me sentais plus en sécurité auprès d’elle ». Elle poursuit « ce que j’ai le plus aimé dans ce métier, c’est d’avoir pu vivre en famille ». Elle sourit « mes enfants ont leur maison à côté. J’ai vu grandir mes quatre petits enfants ». Deux arrière petits enfants ajoutent encore une génération à la famille.
paran3 Les 80 ans avec son épouse et leur arrière petit fils

La mairie de Saint Georges.

En 1953, Roger Paran, alors âgé de 30 ans, est sollicité pour entrer au conseil municipal. Il devient adjoint au maire. Six ans plus tard il est élu maire. Il occupe cette fonction jusqu’en 1995. « Je ne voulais pas boucler les 50 années » dit il en riant « j’ai. décidé de me retirer. A 72 ans je pouvais laisser la place ». Il poursuit « j’ai vécu une vie municipale sans confl it, dans des conditions magnifi ques. Deux adjoints compétents et dévoués m’ont accompagné au cours de toutes ces années. Ils assuraient une part importante du travail pendant mes absences. Tout était à faire. La population est passée de 700 à plus de 1000 habitants ». Il évoque les souvenirs « en 1957 la vente du bois sectionnaire a permis l’achat du matériel pour l’adduction d’eau. Ce sont les hommes du village qui ont réalisé les captages à la pioche et à la pelle. L’eau coulait dans chaque maison » . Il sourit « La seule petite difficulté fut la construction de l’autoroute. J’ai obtenu une prise en charge totale du remembrement, sur toute la commune. J’ai dit à l’ingénieur : ou je vous aide pour les acquisitions des terrains et vous payez le remembrement, ou vousvous débrouillez seul ». Le maire de Saint Georges est, depuis 1971, président de la chambre d’Agriculture. Les nombreuses relations établies facilitent certaines démarches. Avant de quitter ses fonctions municipales, il met en place et préside la communauté de communes de Saint Flour.

les débuts de la coopération.

Dès les années 60 Roger Paran devient président du premier centre technique agricole, formé pour faire face au développement. La zone témoin créée, forte de ses onze agriculteurs, met en place une coopérative d’utilisation du matériel agricole comportant un cultipacker, un semoir, une herse, un épandeur de fumier, un épandeur d’engrais, une tonne à purin, un semoir, une herse, un pulvérisateur et une moissonneuse batteuse. Parallèlement, des réunions d’information réunissent les agricultrices. Des élevages de volailles sont mis en place avec achats groupés des poussins. Des fi lms incitent à l’aménagement moderne des intérieurs. Les premiers gîtes accueillent les touristes.

La chambre d’agriculture, le CIF, la SOPA, la Coopérative laitière, la SOMIVAL, la SAFER…

En 1971, le coopérateur est appelé par ses
pairs à entrer à la chambre d’agriculture départementale. « Je ne savais même pas à quoi elle servait » raconte-t-il. « A peine élu, j’ai démissionné en même temps que tous les autres, à la demande du président de la FDSEA qui voulait obtenir ainsi la mise à deux fois deux voies de la route Massiac Aurillac. Tout de suite après les mêmes se représentent et sont réélus. A la réunion pour l’élection du bureau mes partenaires me disent « tu vas être candidat à la présidence ». « Mais je n’y connais rien ». « Nous t’aiderons ». Comme si ce n’étaient pas ses qualités humaines et son grand
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sens de l’équipe qui étaient une fois encore reconnues, Roger Paran minimise son rôle : « j’ai été élu président sans rien connaître ». Mais il l’est resté dix huit années, jusqu’à ce que la limite d’âge impose son remplacement. On peut donc penser que ce sont bien ses qualités qui l’ont fait réélire. Ces mêmes qualités l’ont porté à la présidence de la chambre régionale de 1980 à 1989. Pendant les deux premières années de son mandat, Denise a du faire face, seule, aux charges de l’exploitation pendant ses absences. « Oh ! Ce n’était pas si dur » dit elle « et puis au bout de deux ans, notre fi ls Serge a travaillé avec nous ». Toujours positive elle ajoute : « grâce à ses fonctions j’ai pu l’accompagner, bien sûr en payant ma place, au cours de ses voyages en Egypte, en Grèce, en Turquie, aux Etats Unis, en Chine, au Japon ». Seul, le père de Roger, vivait mal ces absences du chef d’exploitation. Roger Paran a créé et présidé le Centre  nterprofessionnel des Fromages, la Société
d’Equarrissage, la centrale laitière de Saint Flour qui regroupait les coopératives du secteur, tout en devenant administrateur de SOMIVAL, de la SAFER et autres structures du monde agricole. Il évoque, toujours avec la même modestie, la création de l’école nationale d’ingénieurs de Marmillat : « c’était une idée du directeur de la chambre régionale ». C’est tout de même lui qui a dû faire le forcing auprès de Roger Quillot et Valéry Giscard d’Estaing pour obtenir les financements nécessaires. Serge Paran a repris le bâton du coopérateur et préside l’union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination artificielle, mais aussi CELVIA, la SOPA, et l’ENITA de Marmillat créée par son père. Le retraité le supplée pour les urgences avec la participation effi cace d’un voisin. « J’ai toujours eu la chance de rencontrer des gens compétents qui m’ont beaucoup appris et beaucoup aidé » conclut Roger Paran, toujours désireux de souligner l’importance des autres ».


Denise et Roger Paran en Chine
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les décorations reçues par Roger Paran :
Chevalier des Palmes Académiques en 1970
Chevalier de l’Ordre National du Mérite en 1974
Chevalier de la Légion d’Honneur en 1978
Commandeur de l’Ordre du Mérite Agricole en 1994.

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Texte de Jean Claude Champeil extrait de son livre "Des Vies Cantaliennes"