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MARCEL SAUVAGNAT

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Un industriel entreprenant.

Après son entrée dans le maquis et sa participation à la guerre avec le général Leclerc, Marcel Sauvagnat va prendre la responsabilité de l’entreprise à la mort de son père.

Il va très vite la développer considérablement. Un accident et la mondialisation le conduiront à la ruine. Un jeune homme brillant et hardi.

Le 4 août 1920, Marcel Sauvagnat naît à Clermont Ferrand. Après son enfance et son adolescence dans la capitale régionale, le jeune homme rejoint sa famille qui vient de s’installer à Aurillac. Il a alors 17 ans. Après avoir entamé Math Sup, il obtient une licence en droit. Il est en fac de lettres lors de la déclaration de guerre. Pour ne pas aller au service du travail obligatoire (STO), il travaille quelques temps dans une entreprise de charbon de bois de Carlat, avec Georges Mazel qui deviendra son beau frère. En 1944 il entre dans le maquis à Tournemire. Il rejoint la 2e DB du Général Leclerc pour la libération de Th iers et de Lyon. Il participe à la suite des opérations en Alsace, puis en Allemagne où il restera jusqu’à la fin de l’année 1945. Son père meurt en 1946, laissant au jeune homme la responsabilité de l’entreprise de la rue des Forgerons. La fabrique de parapluies Bois, rachetée en 1933, emploie alors huit salariés.

La petite entreprise prend de l’ampleur.

La plus grande partie du travail se fait alors à domicile. Il en sera de même pendant des années. Les carcassiers viennent chercher les parties métalliques pour les assembler chez eux. Les tissus, coupés à la fabrique, sont assemblés à la main par les couturières. Des familles entières, y compris les enfants dès leur sortie de l’école, assemblent les parapluies

L’usine Sauvagnat vue d’avion, en 1975

 

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Les divers éléments sont fabriqués dans des usines, partout en France, et acheminés vers la fabrique. Petit à petit la surface des ateliers s’accroît pour accueillir les machines des piqueuses. Une nouvelle usine est construite au champ de course, route de Tronquières, en 1955. L’extension continue. Après l’achat d’un terrain à Lacan en 1962, tout est à nouveau transféré, chemin du Bousquet. En 1965, 150 personnes travaillent pour l’entreprise Sauvagnat. La fabrication des parapluies est un vrai jeu de piste national. Chacun des constituants vientd’une région de France plus ou moins éloignée. Le fil, acheté chez Rhône Poulenc à Lyon, est envoyé en Ardèche pour être mouliné. Les ouvriers alsaciens et lyonnais tissent la toile, teintée plus tard à Lyon. Il reste encore à l’imprimer. Tout ce qui constitue les parties métalliques vient d’ailleurs, parfois même du Japon. Les responsables cantaliens doivent contrôler toutes ces étapes avant de recevoir les éléments à assembler. Marc Ramond, entré le premier mars 1960, va devenir rapidement le responsable du développement. Il se souvient « tout allait très vite. Une décision prise le matin par Marcel Sauvagnat, entrait en application dès l’après-midi. Je partais sur les routes pour visiter les entreprises dont nous étions les clients. Je m’intéressais uniquement aux machines. Je notais leur provenance. Il fallait ensuite se les procurer ». Il ajoute : « un bâtiment était à peine achevé qu’il fallait en construire un autre. On bâtissait d’abord, on demandait ensuite le permis de construire ». L’intégration verticale a permis de sécuriser les approvisionnements tout en développant l’emploi local. Un important teinturier annonce un jour à l’industriel qu’il voulait prendre une participation dans le capital de l’entreprise. Le refus priverait l’usine de son approvisionnement. Marcel Sauvagnat décide de se libérer de la tutelle des multiples fournisseurs. Un ami du Jura, avec qui il avait combattu, lui fournit les listes des fabricants. C’est décidé, tout se fera à Aurillac ! Cinq semi remorques acheminent les machines achetées chez Peugeot, à Sochaux. Les baleines seront faites sur place. Des clauses liant les industriels entre eux, interdisaient la création de nouvelles fabriques. Avec la propriété de ces vieilles machines, les aurillacois obtiennent le droit d’en acquérir de nouvelles en Suisse. Lors d’un salon parisien, un hollandais présente une machine révolutionnant l’impression des tissus. L’industriel cantalien achète le modèle unique exposé, devenant ainsi le premier français à faire l’impression en continu, cinq fois plus rapide. Reste le tissage. Un japonais vient d’inventer un système dans lequel un jet d’eau remplace les navettes qui poussent le fi l. La machine s’installe à Aurillac. On est en 1970. 650 personnes travaillent dans l’usine qui occupe 35 000 m2. Le problème de la qualification des ouvriers se pose avec l’arrivée des nouvelles machines. Des techniciens sont recrutés dans chacune des régions où existent les fabrications. Ils forment les aurillacois. Certains sont restés. D’autres ont regagné leur région d’origine. La renommée de l’industriel cantalien est telle qu’en 1972, l’ambassade d’URSS fait appel à lui pour l’implantation d’une usine de parapluies à Moscou. Ce sera chose faite après des mois de démarches et de nombreux voyages. Les machines fabriquées à Aurillac, comme celles qui y auront été modifi ées sont opérationnelles. Les ouvriers russes viennent se former en Auvergne. Cette vente d’usine clé en main s’avère largement bénéfi ciaire pour les comptes de l’entreprise aurillacoise. La mise en place d’une deuxième usine sera interrompue en 1979.

L’accident. La mondialisation. La ruine.

En 1978, sur la route de Carlat, un grave accident provoque l’hospitalisation de Marcel Sauvagnat. Il subit de multiples interventions pour sa hanche broyée. Malgré tous les traitements, la douleur sera permanente. C’est alors que, pour la première fois, le flair de l’entrepreneur est trompé dans l’acquisition d’une maroquinerie de Verdun. Cette erreur survient au plus mauvais moment. Les parapluies importés du Japon, de Taïwan et de Corée envahissent le marché français. Ils sont acquis par les centrales d’achat des grands groupes, dont Sauvagnat était le fournisseur exclusif, au prix où l’usine cantalienne paie ses matières premières. Les concurrents d’Orléans et d’Autun ferment leurs portes. Les cinquante licenciements demandés au préfet pour faire face à la crise conduisent à des grèves. L’usine est bloquée. Le 26 mars 1979, la société Sauvagnat est mise en règlement judiciaire. 750 employés se retrouvent au chômage. Marcel Sauvagnat, responsable sur ses fonds personnels, quitte Aurillac, en train, avec sa famille. A 59 ans il n’a plus rien. Même plus sa voiture qui reste à l’usine Comme le rappelle son beau frère : « son intérêt n’était pas l’argent, c’était son entreprise ». Avec Simone Abeil, qu’il a épousée en 1956, ils ont eu trois garçons et une fi lle. Certains sont encore étudiants. Il crée un réseau commercial d’importation de petits objets japonais à Paris. Bientôt, sa femme et lui rejoindront un de leurs enfants qui vit au Canada. Il va ouvrir une agence immobilière dans ces terres si éloignées de son Cantal. Consultant, pour la gestion d’entreprises canadiennes, il donnera aussi des cours à la faculté de Montréal. Il ne reviendra que pour quelques rencontres avec ses camarades de guerre, à Clermont. Il visitera alors sa famille, au Fel, mais ne retournera plus jamais à Aurillac.

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Marcel Sauvagnat a 80 ans

 

Marcel Sauvagnat est mort au Canada en 2004. Il avait 84 ans. Son nom

reste sur l’une des trois entreprises qui occupent les bâtiments que l’industriel

avait fait construire. Elles emploient ensemble autant de salariés qu’à l’apogée

du développement de l’entreprise Sauvagnat.

Texte de Jean Claude Champeil extraites de son livre "Des Vies Cantaliennes"