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COLBERT et la manufacture de dentelle d’AURILLAC

 

                Tenant compte des conditions locales, COLBERT fait établir par le Roi (déclaration du 5 août 1665 succédant à un arrêt du 5 mai) une manufacture « de toutes sortes d’ouvrages de fil, tant à l’aiguille qu’au coussin, en la matière des points qui se font à Venise, Gênes, Raguse et autres pays étrangers, qui seraient appelés Poincts de France », au QUESNOY, à ARRAS, REIMS, SEDAN, CHÂTEAU-THIERRY, LOUDUN, ALENCON, AURILLAC et « autre ville du royaume ».

            L’intendant d’Auvergne, DE FORTIA, se déplace en personne à Aurillac, car il a eu connaissance de certaines difficultés : il écrit à COLBERT le 11 juillet 1665 :

« J’arrivai dès hier au soir ou jay trouvé les chozes en lestat que je m’estois persuadé  et qu’il y avoit eu plus de peur que de mal. En effet, jay sceu des trois femmes qui sont icy pour l’establissement de la manufacture, qu’on ne leur a point fait de mal ; mais que les consuls qu’il allèrent visiter, pour leur apprendre le suject de leur arrivée, leur demandèrent s’ils avoient des ordres du Roy pour eux ou pour les officiers ; que l’on disoit qu’ils venoient deffendre les ouvrages qui se font icy, qui estoit la seule subsistance de la ville, et que quelques personnes dans les rues leurs avoient dit qu’ils savoient mieux travailler qu’elles, et qu’elles pouvoient s’en retourner. J’espère que tout cela s’évanouira, leur ayant fait connestre l’avantage que la ville recevroit de ce que trois personnes viendroient monstrer la belle manière des ouvrages de Venize, que S.M. défendoit dans son royaume, pour donner à ses sujets les sommes excessives qui sortoient du royaume par ces voyes. »

            Des concessions durent être faites, ainsi que nous l’apprend une lettre du même au même le 30 avril 1666 : « La permission qu’on a laissé aux ouvrières d’Aurillac de travailler à leur ancien pointe… ». Mais le 11 juin, on se plaint de ce que les revendenses suscitées par les marchands établis, embauchent les meilleures ouvrières au fur et à mesure qu’elles se présentent à la fabrique : « cet établissement va fort lentement. Douze maitresses qui y sont depuis un mois n’ont encore que quarante-cinq à cinquante filles qui viennent apprendre au bureau. »

            En juillet 1669, la manufacture « sera dans peu en bon estat ». A cette époque, on tente d’en installer une à Saint-Flour. Le marchand AMONNET, chargé d’une tournée d’inspection, écrait à COLBERT (15 juin) : « Jay quitté pour quelques jours Aurillac pour aller voir à Saint-Flour la disposition du lieu pour former un establissement (…) Saint-Flour est une ville qui a asseurément bien besoin de travailler ; mais comme ils n’ont jamais rien faict, ils auront sans doute bien de la peine à s’assujetir au travail, quelque inclination apparente qu’ils aient à se vouloir adonner à notre manufacture, et il faudra bien du temps pour les y rendre habiles ; et comme la ville est peu peuplée, quelques frais que nous y fassions, de deux ans nous n’y saurions avoir plus de trois cent ouvrières. »

            A Aurillac, il avait trouvé un établissement « en pitoyable estat. Si nous en tirons pour 300 livres d’ouvrage, nous en dépensons plus du double pour les faire fabriquer par la désertion des ouvrières qui se retirent pour travailler pour elles, ou pour les principaux du lieu, à des méchans poincts qui perd entièrement le dessein que vous avez de les faire perfectionner dans la manière du poinct de Venize. »

            Cependant, le 31 octobre 1670, COLBERT écrivait à l’intendant LE CAMUS : « Je suis bien ayse d’apprendre que les poincts d’Aurillac se perfectionnent et qu’il ya présentement huit mille ouvrières qui y travaillent. »

            Mais, en 1688, la fabrication a beaucoup souffert de la révocation de l’Edit de Nantes et de « l’émigration des religionnaires du Languedoc et de la Guyenne, qui tiraient d’Auvergne leurs toiles, dentelles et fils. » La diminution constatée vient encore de ce que « la mode des dentelles a changé, et que d’ailleurs les manufactures d’Alençon peuvent procurer cet ouvrage à meilleur marché, puisqu’il leur est moins couteux de faire venir le fil de Flandre, et qu’elles ne paient que l’entrée des cinq grosses fermes, tandis que le fil destiné à Aurillac après avoir payé l’entrée et la sortie comme fil, supporte encore un droit d’entrée lorsqu’il retourne à Paris façonné en poinct. » (l’intendant DE VAUBOURG au contrôleur général)

            D’ORMESSON note la chute de la fabrication, qu’une délibération municipale du 5 mai 1733 situe « vers l’année 1690 ». En 1704, le subdélégué LACARRIERE rappelle le temps où 8 000 ouvrières consommaient 6 à 7 000 livres : « cet argent se répandait à la ville et à la campagne ; l’ouvrière gagnait jusqu’à 30 sols par jour ; les filles des meilleures maisons s’y occupaient ; l’élection abondait en toutes choses. Cette ressource est finie, et la province est entièrement épuisée. »

 

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