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Ou de l'ombre à la lumière


La rénovation de l'éclairage public s'achève, à Aurillac. Désormais plus de zones d'ombre où il ne faisait pas bon s'aventurer. Un véritable soleil dans les grandes artères ! Quel progrès accompli, depuis deux cents ans !


AU TEMPS DES LANTERNES ET DES RÉVERBÈRES

C'est à la veille de la Révolution que, par mesure de sécurité, nos rues furent dotées d'une faible clarté, les nuits sans lune. Jusqu'alors, le passant, pour ne pas s'embourber dans le ruisseau médian aux ordures, éviter les accidents, écarter les mauvaises rencontres, circulait, falot à la main.

L'annaliste Lakairie écrit vers 1800 : « En 1775 on établit des lanternes dans presque tous les carrefours et coins principaux de la ville. On voit encore plusieurs potences en fer ; on les avait suspendues avec des cordes qui traversaient la rue et qu'on montait par le moyen de poulies. Je ne sais pourquoi on négligea de les entretenir ; elles tombèrent enfin et les lanternes furent déposées, partie dans une salle du Collège, partie resta entre les mains de plusieurs particuliers où elles sont encore.

A une autre époque, on en rétablit quelques ­unes (...) notamment sur la place. Bientôt le zèle se ralentit. Enfin, il n'en existe plus du tout. Tel marchand, tel citoyen aisé aime mieux s'exposer à être volé, assassiné, plutôt que de donner un soi pour entretenir un réverbère Voilà l'homme ! ».

Les temps étaient durs, et pauvre le budget de la commune. Il aurait fallu 1 800 francs ! Les arrêtés préfectoraux, fixant soigneusement l'emplacement des 39 réverbères indispensables, restent lettre morte. En 1812, un seul réverbère clignote, devant l'Hôtel-de-Ville. Il est « à quatre becs, allumé depuis le coucher du soleil jusqu'à onze heures l'été et dix heures l'hiver ».

L'Empire s'effondre, et le maire, l'ancien Cordelier Abadie, que l'obscurité ne gênait pas, sans doute, cède la place. On traite avec des négociants parisiens (MM. Fesq, place de la Bastille, bons Auvergnats), et 1815 voit au budget 2 800 F. inscrits pour l'entretien de 40 réverbères, « faisant 115 becs et qui ne font que les 2/3 de l'éclairage nécessaire à la ville ». La dépense sera parfois réduite. Les adjudications pour la fourniture « en huile fine de quinquet de Paris » (remplacée, plus économiquement, par de l'huile de noix) sont difficiles : 15 centimes, ou 17 centimes et demi par bec.

En 1836, on compte 43 réverbères et 106 becs. Dépense : 1 600 F.

« L'éclairage commence le 1'' octobre de chaque année et finit le 25 mai (...) Il faut en distraire les nuits où la lune brille ; ce qui fait qu'on ne peut considérer les réverbères allumés que pendant environ vingt nuits pour les mois énoncés.

Le nombre de réverbères augmente lentement. Le système s'améliore avec l'introduction des réflecteurs. Mais beaucoup de villes de France adoptent alors l'éclairage au gaz, et, le 12 janvier 1845, le maire Grognier expose, devant le conseil municipal, la nécessité de changer de mode, considérant « qu'il est de notoriété publique que l'éclairage de la ville, tel qu'il est organisé, est complètement insuffisant » ; que, pour augmenter le nombre de réverbères, il faudrait doubler la dépense budgétaire, « sans amener tous les résultats désirables que depuis quelques jours il s'est présenté à la mairie un entrepreneur (...) qui s'est offert d'éclairer au gaz la ville d'Aurillac et a dressé un cahier des charges et conditions... »

AU TEMPS DU GAZ D'ÉCLAIRAGE

C'est M. Alphonse Duboys, architecte, prête-nom d'une entreprise lyonnaise qui reçoit l'accord unanime de nos édiles, le 12 avril 1845, par la signature d'un long traité, précis, détaillé, en 34 articles. L'usine à gaz va naître, sur un terrain acheté par la ville. Elle fonctionne mal, et le gaz, insuffisamment épuré, fait regretter les quinquets.

En 1848, la production cesse brusquement par suite du mauvais état du four que le concessionnaire est dans l'impossibilité de reconstruire. Nous sommes au mois d'octobre. Le conseiller municipal Lacarrière s'écrie, lors d'une réunion : « Le gaz est devenu une nécessité. Il faut choisir entre les ténèbres et lui. Or, en présence de l'hiver qui approche, en face des circonstances actuelles (Révolution de mars M.L.), on ne peut pas, on ne doit pas laisser une ville sans éclairage.

Et notre Joseph Prudhomme local conclut : « L'ordre est l'ennemi des ténèbres, l'oublier serait une faute. » La régie est décidée. Elle durera dix-sept ans.

90 lanternes sont installées, dont le nombre croît avec le développement de la ville, surtout après l'arrivée du chemin de fer, en 1866. Les allumeurs apparaissent, que les vieux Aurillac ont connu. Les tuyaux de fonte supplantent les « cors » de bois, et c'est matière à contestation ; mais ces derniers ne durent que vingt ans ; les premiers sont prévus pour un siècle. Les particuliers pourront se brancher sur la canalisation : il n'est encore question que de lumière. « La sérénité de l'atmosphère et la clarté de la lune » suffisaient, « en vertu de l’article 13 » à faire « suspendre l'éclairage ».

La seconde convention, passée en 1865 avec une société lyonnaise, dure jusqu'à la grande guerre, après de multiples péripéties. Alors, depuis 1912, le « Bourbonnais » est devenu le maître absolu. La « question du gaz » eut, à maintes reprises, des relents politiques. Nos polémiques actuelles sont anodines à côté des querelles « gazeuses ». Le corset d'une page qui m'est imposé m'interdit d'insister. Trente articles. 1 915 heures d'éclairage annuel. Et la lune ne compte plus ! Le directeur de l'usine à gaz, Dessirier, deviendra un personnage : politicien, commandant la compagnie des pompiers. L'usine s'étend, sur le « pré Bouygues », dont le foirail occupe le restant, pour satisfaire les « nordistes ». Les becs à incandescence remplacent bientôt les « papillons ».

ET VOILA L'ÉLECTRICITÉ

Le 26 septembre 1892, MM. Abeil et Delrieu offraient au maire, d'éclairer la ville à l'électricité, grâce « aux forces combinées » de leurs usines de Peyrolles et de St-Simon. Tous les frais d'installation seraient à leur charge. L'éclairage complet serait assuré « pendant toute la nuit, tandis qu'actuellement plus des 2/3 des lampes ne restent allumées que jusqu'à onze heures du soir ». Une réduction de 3 000 F. serait consentie sur le prix payé à la compagnie concessionnaire. L'affaire échoua.

En 1906, la Compagnie du Gaz d'Aurillac obtenait l'autorisation de distribuer l'énergie électrique « pour tous usages dans le territoire de la commune », mais l'éclairage des rues de la ville n'est pas envisagé. 310 becs de gaz fonctionnent en 1914, réduits à 200 en 1918, par suite de la pénurie de charbon. « La population se plaint, non sans raison, de l'insuffisance de cet éclairage, qui donne à notre cité un aspect morne et qui rend la circulation difficile, pendant a nuit, dans certains quartiers. »

La compagnie du Bourbonnais possède, à cette époque, des « installations neuves et puissantes pour la production de l'énergie électrique (usine hydraulique de Siran, usine thermique des Malaudes), un réseau de distribution à peu près complet (...) On voit qu'elle ne peut être que difficilement concurrencée à Aurillac » (Rapport de l'ingénieur municipal, Ch. Terrisse, 8 novembre 1924).

Les discussions au conseil municipal durent depuis trois ans. L'Auvergne Républicaine, organe du « Bloc national », s'en empare comme d'une arme contre la majorité radicale-socialiste. L'avocat Meyniel attend beaucoup de la construction de nombreux barrages. Incompris, il défendra avec acharnement l'octroi, au département, de tarifs préférentiels que la loi lui accorde, d'ailleurs pour un temps. Il associe les syndicats ouvriers au débat (Blaudy, galochier, les représente). Comme rapporteur de la commission, devant le conseil municipal, il déclare : « Une constatation formulée avec une vigueur particulière par MM. Brousse et Blaudy fait ressortir, à juste titre, l'inadmissible puissance de ces grandes sociétés financières concentrant des capitaux considérables, liées les unes aux autres par une étroite cohésion, et qui exercent sur l'éclairage public un monopole de fait absolu, à l'encontre des intérêts du consommateur et du contribuable.

Toutes ces sociétés concessionnaires représentent un poids formidables d'argent, mènent la lutte en ordre serré contre les collectivités municipales, isolées et absolument desservies, il faut le dire, par le pouvoir central qui a pourtant le devoir essentiel de les protéger» Aussi les concessionnaires, conscients de leur supériorité, manifestent (...) une intransigeance hautaine, pour ne pas dire dédaigneuse » (Conseil municipal, 23 février 1923).

Et l'on envisage la construction d'une centrale thermique coopérative !

Il fallut pourtant passer sous les fourches caudines du « Bourbonnais ». La convention est signée en 1925. L'éclairage électrique public commence à fonctionner en 1926. Mais 120 becs de gaz de secours demeurent. Depuis plus de vingt ans, de petites localités cantaliennes étaient déjà éclairées à l'électricité, grâce à de légers barrages, à des dynamos annexées aux moulins (Maurs, Laroquebrou, Massiac, Vic). Les rues d'Aurillac recevaient bien tard la visite de la fée.

M. LEYMARIE, Adjoint au Maire (1971)