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Les travaux d’Hercule

A Garabit, le 24 avril 1884, à 6 heures du soir, ils étaient des milliers venus voir le grand arc métallique (165 m d’ouverture, 1 200 tonnes) se fermer à quelque 120 m au-dessus d’eux. Une date que l’on sut d’ailleurs célébrer à sa juste mesure dans le Cantal.

Ce soir-là, le Lyre Sanfloraine, tous cuivres et boutons astiqués, épuisa son répertoire dans l’euphorie générale et, sous les éclairs d’un immense feu d’artifice, on dansa au bord de la Truyère jusqu’à l’aube…

« Tu ne peux pas savoir, aimait à raconter à l’un de mes vieux amis de la Planèze, son Pierrounet de grand-père, ce que ça représentait pour nous dans le Cantal. Garabit fini, tout devenait possible : envoyer nos bêtes à Paris, voir venir quelques barriques du Midi, se payer, sur nos vieux jours, une petite virée avec ta grand-mère vers Clermont. Et je ne te parle pas de Paris.

Les jeunes, ici, ils s’y voyaient déjà… Mais, tu sais, Garabit, quand ça s’est fini, c’était aussi un peu notre œuvre qu’on fêtait. Ah ! tu n’as pas connu tout ça ! Crois-moi, on s’en est vu - et les bêtes aussi, sacre bleu - pour se les traîner de Neussargues jusqu’ici les poutres, les longrines, tout ce fer qui pesait que le diable et que tu vois là-haut suspendu. Trente-quatre kilomètres sur des chariots que tu ne faisais pas avancer à moins de huit chevaux. Sans te parler de ces pierres de tailles qu’on allait charger dans les carrières voisines pour les descendre sur le chantier… »

Ces chantiers de viaducs : quel tableau fantastique !... Des cortèges de chevaux ou de bœufs serpentant les flancs de la vallée, des cabanes sommaires accrochées au bord du vide, le pas cadencé d’une locomotive actionnant un treuil, les râles d’une chaudière jouant les bras de fer avec un wagon trop chargé… Et surtout, et partout, des hommes : les pieds dans l’eau pour mener un attelage, à califourchon sur l’angle d’une pile en construction, debout à 100m de haut sur une poutrelle encore instable. Le risque à tous les étages. La vie dans toutes les dimensions… Et quand le dernier rivet est bloqué, à Garabit, aux Fades ou ailleurs, peu importe, pour cette coterie de ceux qui « ont fait » le viaduc, que vienne ou non quelque ministre pour l’inaugurer.

Le grand moment c’est celui du premier essai : un convoi de 200 tonnes s’approche, la fumée de la locomotive pose une virgule blanche sur la première arche, puis sur la seconde et bien vite s’étouffe de joie en avalant son sifflet… Gagné ! On remet ça de plus en plus lourd, de plus en plus vite. Gagné encore !

Antoine, douze ans, ne peut retenir ses larmes. Il y a travaillé lui aussi à ce viaduc, laissant des litres de sueur près de cette forge où il était bon à tout faire… A douze ans, on sait encore pleurer de fierté.