Le Viaduc de Garabit

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Patricia Vergne Rochès.

"Agréablement illustré de documents sélectionnés pour leur rareté historique et bénéficiant d'une mise en page aérée, cet ouvrage se lit très facilement.

Avec la présentation détaillé du contexte et de la construction même de "ce géant d'un autre temps", l'auteur nous amène jusque dans l'intimité de ce joyau de fer avec de nombreuses anecdotes et documents d'époque.

Agrémenté des propos de Jean-Claude Gayssot, ancien Ministre des transports ainsi que de ceux de Michel Virlogeux, ingénieur-concepteur du viaduc de Millau, il donne l'occasion d'entrevoir la mutation des transports en même temps qu'il révèle une histoire humaine d'une époque pas si lointaine et pourtant si éloignée de ce que nous vivons aujourd'hui. Cette jeune maman de deux enfants, travaille actuellement à la réalisation d'un livre illustré pour les plus jeunes racontant l'histoire de Garabit."


 

 

"Le viaduc de Garabit, un géant d'un autre temps"

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Auteur Patricia Vergne Rochès

Ed. La vie du rail, 128 pages,

21 euros disponible en librairie

Présentation par l'auteure.

"Jeunes et moins jeunes de tout le pays se sont mêlés aux talentueux italiens pour accomplir avec de peu de moyens et dans des conditions difficiles une œuvre titanesque sous les ordres de brillants ingénieurs à l’époque révolutionnaire de l’arrivée du chemin de fer, du tout début du désenclavement de nos campagnes et de la découverte de la vitesse !"

voici comment Patricia Vergne Rochès résume 4 années de recherches passionnées sur le viaduc de Garabit:

"Germanophone, j'ai commencé à m'intéresser sérieusement au viaduc de Garabit après avoir accompagné une équipe de télévision allemande ZDF, venue réaliser un sujet sur le fameux viaduc de Garabit. Dans les jours qui ont suivi, j'ai commencé à dévorer toute la littérature traitant du viaduc, et à me passionner pour cette "formidable aventure humaine".

Après avoir pris de nombreuses notes, rassemblés des montagnes de documents, j'ai fait une rencontre décisive : le co-auteur d'un roman paru dans les années 80 "Les maudits du viaduc", Monsieur Roger Rouzaire, lui-aussi passionné par le patrimoine de sa région. Il me fournit des informations et m'encourage à réaliser un livre.

Quelques années plus tard, les éditions de la vie du rail acceptent de publier mon ouvrage.

 

 

 

 

 

 


 

 

Critiques du livre par Roger Rouzaire

Aux rives de Truyère, entre Gévaudan et Auvergne, l’histoire du viaduc de Garabit a depuis longtemps rejoint dans le légende, la fabuleuse Bête du Gévaudan…

Enfant de ces Hautes-Terres, Patricia Vergne Rochès a eu le louable souci de faire revivre, en historienne, l’épopée de ce « joyau de fer ».

Restituant l’arrivée du rail dans la situation économique de la fin du 19ème siècle, l’auteur nous amène successivement à découvrir les différents projets, les hésitations, les réticences, le triomphe du projet Boyer-Eiffel.

Loin de tout passéisme, madame Vergne Rochès, ne se limitant pas à cette période de la construction du viaduc, nous fait participer aux évènements qui ont marqué la vie du site, de 18.. à nos jours.

L’originalité des nombreuses anecdotes émaillant l’ouvrage, la diversité des témoignages recueillis, agrémentent un texte qui fourmille de précisions patiemment collectées.

Une illustration iconographique de qualité (en partie issue du riche fonds de « La vie du rail »), une documentation historique exhaustive, font de cet ouvrage un des livres de référence en la matière.

 

 

 

 

 

 


 

 

Extraits du livre

l’introduction

Le viaduc de Garabit : Tant de personnes le côtoient, l’admirent, le rencontrent chaque jour et pourtant si peu le connaissent vraiment. Spectacle grandiose de jour comme de nuit, ce viaduc à l’allure élégante est un plaisir pour les yeux. Les spécialistes pourront s’extasier devant le prodige architectural en rappelant le peu de moyens techniques de l’époque pendant que le touriste de passage remarquera d’un rapide coup d’œil une œuvre hors du commun. Mais chacun gardera le souvenir d’un pont d’exception.

Il y a maintenant plus d’un siècle, les manuels scolaires présentaient, en dessin ou reproduction photographique, le viaduc de Garabit comme la plus récente et la plus étonnante réussite moderne. Sa réalisation avait alors, connu un retentissement mondial.

Aujourd’hui, 120 ans après « Garabit », c’est « Millau », le plus haut viaduc du monde qui fait parler de lui dans le monde entier. Situé à une centaine de kilomètres de Garabit, ce chantier aux dimensions exceptionnelles vient d’être inauguré. De nombreuses visites ont déjà rassemblées plus de 500 000 curieux venus de toute la France et de l’étranger. Le viaduc de Garabit fut lui aussi à une époque le plus viaduc du monde.

Le viaduc de Garabit n’a pas à rougir devant son contemporain. Il est son ancêtre. Construit à la fin du XIXème siècle par la société Eiffel, alors dirigée par Gustave Eiffel. Il est le témoin d’une autre époque, celle de l’apogée du chemin de fer en France. Il a vu et vécu l’avènement d’une grande période : l’entrée en communication des campagnes. Il est aussi une preuve, s’il en fallait une, de l’intelligence humaine et de la capacité des Hommes à créer des œuvres prodigieuses et utiles avec peu de moyens.

Les exploits d’aujourd’hui ne doivent pas faire oublier ceux d’hier. Les avancées technologiques permettent de mettre en œuvre des techniques nouvelles et d’aboutir à des édifices de plus en plus impressionnants défiant les lois de la pesanteur, de la gravité, de la force du vent, de la hauteur… Ceux qui, du nord, viennent en Aveyron, découvrir ce jeune et grand « gaillard » dont parle le monde entier et qui ont la chance de venir du nord, devraient en profiter pour découvrir et admirer ce vieux monsieur qu’est le viaduc de Garabit au charme si particulier.

En 1992, le viaduc s’est fait une beauté et s’habille de rouge pour mieux resplendir au milieu du paysage touristique cantalien. Puis, en 2001, on l’a chaussé de projecteurs pour en faire une œuvre d’art au clair de lune.

Le viaduc de Garabit dans son site, aujourd’hui carte postale incontestable du paysage cantalien, sa nouvelle fonction nous fait parfois presque oublier sa véritable raison d’être, l’histoire de sa vie et de celle des Hommes qu’il l’on accompagnée.

 

 

 

 

 

 


 

 

Problème insoluble ?

En 1939, Monsieur Valadier, « cantonnier du rail » plus tard « agent de brigade » résume bien la situation au journaliste parisien, venu faire connaissance avec le viaduc de Garabit.

« Il s’agissait si l’on voulait éviter à la voie un détour de plusieurs kilomètres à droite ou à gauche, détour extrêmement coûteux et gênant et qui eût, d’ailleurs, nécessité lui-même des travaux d’enjamber la vallée que vous voyez à vos pieds. En bref, de franchir 565 mètres, à 122 mètres au-dessus du niveau de la rivière.

Les ingénieurs de ce temps là, monsieur, avaient beau être déjà « calés », ce petit problème, qui ne semblerait encore un jeu à aucun technicien d’aujourd’hui, avait tout l’air d’être insoluble. Construire des piles de plus de 100 mètres de hauteur, il n’y fallait pas songer : c’était près du double de ce qu’on avait édifié jusqu’alors de plus haut ! »

 

 

 

 

 

 


 

 

Les travaux d’Hercule

A Garabit, le 24 avril 1884, à 6 heures du soir, ils étaient des milliers venus voir le grand arc métallique (165 m d’ouverture, 1 200 tonnes) se fermer à quelque 120 m au-dessus d’eux. Une date que l’on sut d’ailleurs célébrer à sa juste mesure dans le Cantal.

Ce soir-là, le Lyre Sanfloraine, tous cuivres et boutons astiqués, épuisa son répertoire dans l’euphorie générale et, sous les éclairs d’un immense feu d’artifice, on dansa au bord de la Truyère jusqu’à l’aube…

« Tu ne peux pas savoir, aimait à raconter à l’un de mes vieux amis de la Planèze, son Pierrounet de grand-père, ce que ça représentait pour nous dans le Cantal. Garabit fini, tout devenait possible : envoyer nos bêtes à Paris, voir venir quelques barriques du Midi, se payer, sur nos vieux jours, une petite virée avec ta grand-mère vers Clermont. Et je ne te parle pas de Paris.

Les jeunes, ici, ils s’y voyaient déjà… Mais, tu sais, Garabit, quand ça s’est fini, c’était aussi un peu notre œuvre qu’on fêtait. Ah ! tu n’as pas connu tout ça ! Crois-moi, on s’en est vu - et les bêtes aussi, sacre bleu - pour se les traîner de Neussargues jusqu’ici les poutres, les longrines, tout ce fer qui pesait que le diable et que tu vois là-haut suspendu. Trente-quatre kilomètres sur des chariots que tu ne faisais pas avancer à moins de huit chevaux. Sans te parler de ces pierres de tailles qu’on allait charger dans les carrières voisines pour les descendre sur le chantier… »

Ces chantiers de viaducs : quel tableau fantastique !... Des cortèges de chevaux ou de bœufs serpentant les flancs de la vallée, des cabanes sommaires accrochées au bord du vide, le pas cadencé d’une locomotive actionnant un treuil, les râles d’une chaudière jouant les bras de fer avec un wagon trop chargé… Et surtout, et partout, des hommes : les pieds dans l’eau pour mener un attelage, à califourchon sur l’angle d’une pile en construction, debout à 100m de haut sur une poutrelle encore instable. Le risque à tous les étages. La vie dans toutes les dimensions… Et quand le dernier rivet est bloqué, à Garabit, aux Fades ou ailleurs, peu importe, pour cette coterie de ceux qui « ont fait » le viaduc, que vienne ou non quelque ministre pour l’inaugurer.

Le grand moment c’est celui du premier essai : un convoi de 200 tonnes s’approche, la fumée de la locomotive pose une virgule blanche sur la première arche, puis sur la seconde et bien vite s’étouffe de joie en avalant son sifflet… Gagné ! On remet ça de plus en plus lourd, de plus en plus vite. Gagné encore !

Antoine, douze ans, ne peut retenir ses larmes. Il y a travaillé lui aussi à ce viaduc, laissant des litres de sueur près de cette forge où il était bon à tout faire… A douze ans, on sait encore pleurer de fierté.

 

 

 

 

 

 


 

 

Conclusion de JC Gayssot, ancien ministre des transports et ancien cheminot de cette ligne ayant habité à Saint- Flour

GARABIT… le nom se suffit à lui-même, recouvrant le site majestueux, le viaduc pour lequel semble avoir été inventée l’expression d’ouvrage d’ART et la ligne de chemin de fer qu’il supporte. Sans oublier l’Histoire dont il est chargé.

GARABIT, c’est d’abord un formidable exploit humain, de sa conception à sa réalisation. Un défi à la limite extrême des savoirs et des technologies de son époque, alliant l’audace à la conviction que le progrès des connaissances et des techniques doit être au service de l’Homme dans le plus grand respect des sites.

Une chose m’a toujours frappé la beauté, l’élégance de l’ouvrage. L’arche unissant les deux rives d’une gorge. Unissant, oui. Avec toute la charge symbolique de ce mot porteur d’humanité. Impression au demeurant commune à tous les ponts, qui ne sont pas pour rien parmi les ouvrages les plus regardés, les plus célèbres.

La chance voulu que j’ai -un siècle après Garabit- à présider à la construction du Viaduc de Millau dont l’audace n’est pas moindre, et la beauté non plus. Mais cela ne peut effacer GARABIT, écho horizontal de la Tour Eiffel en ses dentelles d’acier, témoin à jamais d’un temps où les hommes affirmaient fièrement leur maîtrise du métal.

Mais GARABIT, c’est pour moi beaucoup plus encore. Il est entré d’un coup dans ma vie de jeune cheminot nommé à St-Flour, puis en LOZERE (des deux côtés de l’arche…) sur la ligne SNCF Béziers-Neussargues-Clermont. Et il est devenu pour moi inséparable de la grande aventure du rail. C’est lui que j’ai retrouvé bien des années plus tard alors que je venais d’être nommé ministre des transports.

L’avenir de la ligne Béziers-Neussargues était en jeu, de grandes luttes se développaient autour d’elle et c’est tout naturellement que je leur ai accordé une attention particulière. Au point que certains, avec une pointe de malveillance, l’ont baptisée « la ligne du Ministre ». A raison et à tort. A raison si on veut évoquer par là mon passé cheminot. Mais à tort si on pense que la décision de moderniser cette ligne a été sentimental. Comment peu-t-on en réalité envisager de supprimer aujourd’hui une telle liaison ferroviaire, en des temps où tout confirme le rôle majeur que doit jouer le rail pour la satisfaction des besoins humains dans un monde dévoré par le tout routier, les gâchis et les pollutions qu’il engendre ? C’est du contraire que nous avons besoin : GARABIT doit retrouver avec une relance vigoureuse de Béziers-Neussargues-Clermont une jeunesse qu’il n’a d’ailleurs pas perdue. Car (et pour certains la surprise a été grande) les études menées par les cabinets internationaux les plus compétents confirment cette vérité : OUI, GARABIT EST TOUJOURS BON POUR LE SERVICE.

Il ne mérite pas de devenir un triste Viaduc-Musée. Il doit continuer à voir passer les trains qui transportent la vie, à voir les voyageurs toujours émerveillés l’admirer, et coller leur nez aux fenêtres des trains pour contempler du haut de son arche majestueuse les gorges qu’il a domptées.

Jean-Claude GAYSSOT Ancien Ministre des transports.

Vice-président du conseil régional de Languedoc Roussillon

 

 

 

 

 

 


 


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