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Le château de Carlat du temps de sa splendeur

Carlat

La fin de Carlat 1602-1603

Extrait de l'Educateur Syndicaliste du Cantal (mars 1957)

« Le roi Henri IV étant entré en quelque méfiance contre François Jacques de Nadaillac, seigneur du Pouget et de Morèse, son gouverneur du château de Carlat, donna ordre à Mr le Marquis de Noailles, son lieutenant général du haut Auvergne, de se saisir de (sa) personne (2) ; ce qui ayant été exécuté à Aurillac, le 29 mai 1602, Mr de Noailles se porta le lendemain à Carlat, étant accompagné » de nombreux gentilshommes et capitaines du pays.

Ayant sommé Madame de Morèse de rendre le château, elle n'en voulut rien faire sans en donner avis à son mari », dont elle ne connaissait pas la détention au château de St-Etienne ; elle refusa toute discussion avant la remise en liberté, et se prépara à soutenir un siège.

« Ce que Mr de Noailles ayant appris donna ordre à toutes les villes et paroisses du voisinage d'envoyer devant Carlat des milices bourgeoises et des vivres pour la subsistance des assiégeans, et dépêcha d'abord vers le roi pour l'informer de ce qui se passait »...

Les amis de Morèse projettent d'enlever le captif, mais Madame de Messillac les en dissuade, déclarant « qu'il serait plus glorieux à M. de Morèse, et plus avantageux à la famille, de subir les ordres du roi que de s'armer contre lui, et que quiconque s'armait contre son prince s'armait contre Dieu ».

Le siège commence. Les assiégés jettent quelques pierres.

Mme de Morèse s'effraye de la présence du prévôt général du Languedoc, de Beaumevieille : elle fait sortir ses plus jeunes enfants. « Et cependant, toute la province était soulevée ; la noblesse du voisinage y accourut ; les villes n'attendaient qu'un nouvel ordre pour envoyer leurs milices ». Le 16 juin, de Caylus apporte une lettre du roi pour M. de Morèse, portant que son plaisir était qu'il remit le château de Carlat entre les mains de M. de Noailles ».

Alors, le « tumulte se termina » par un « traité » conclu à Thiézac, entre les représentants des deux partis.

Le château fut occupé par les troupes royales, et Morèse libéré.

L'annaliste conclut ainsi la première partie de son récit :

« Peu de temps après, s'étant justifié auprès du roi sur ce qu'on lui avait imputé, le roi ne l'ayant pas trouvé coupable, lui donna un brevet de maître de camp ».

Henri IV était habile. Mais, « ayant considéré avec son conseil qu'une forte place au coeur du royaume pouvait plutôt nuire que profiter à l'état », il résolut de la faire raser.

« La commission de ce rasement ayant été donné par M. de Rosny, grand maître de l'artillerie... à M. du Plessis, prévôt et commissaire de l'artillerie, ce seigneur après avoir mis au rabais le rasement de cette place, en faveur de M. de Gioux, au prix de 12.000 livres, qui furent imposées sur les quatre prévôtés du haut Auvergne, mit à exécution sa commission le 22 décembre 1603, après avoir fait traduire à Aurillac le canon qui y était.

« La grande muraille du côté du bourg, qu'on appelait la Fausse braye, qui avait deux toises de largeur sur 200 de longueur, fut commencée d'être sappée le même Jour, et fut mise à terre le 8 avril 1604, par Bernard Pouderoux de Dienne, assisté de 40 maçons.

La tour noire, et la tour de Guillot, qui étaient sur la pointe du rocher du côté d'orient, furent commencées d'être sappées le 30 décembre, et furent mises à terre hors du rocher le 30 mars ensuivant, par Jean Prunet, Rouergat, assisté de 25 maçons.

La muraille, les tours et les guérites du côté du septentrion, furent abattues à même temps par des manoeuvres de la vicomté : Celles-ci étaient plus ruinées par leur ancienneté, et ainsi plus faciles à démolir. L'église, qui était fort ancienne, fut abattue en un jour par 29 maçons, le ter janvier.

L'appartement des Chevaliers Commandeurs de Carlat fut aussi rasé le 23 mars.

Enfin, le tout, jusqu'au Murgat, fut entièrement démoli le dernier mai 1604.

Du depuis, il n'a pas resté sur le rocher une pierre sur l'autre ; il n'y a que quelques restes du Murgat qui subsistent encore : c'était une place d'armes flanquée de plusieurs tours au pied du rocher pour en fortifier l'entrée.

Le sieur Desprats, de qui cette relation a été tirée, comme ayant été témoin oculaire de tout ce que dessus, fit un quatrain à la louange de M. du Plessis, à cause qu'il avait renversé Carlat, qu'on regardait comme un monstre effréné qui sort de temps en temps de sa caverne.


L'Auvergne maintenant se libère d'un long deuil,

En voyant Carlat détruit par ton fait.

Et puisque grâce à la victoire le monstre est soumis,

Le pays Arverne chante tes louanges à travers les siècles. (3)

(1) Le manuscrit de l'abbé Teillard, d'où le récit est extrait, a été utilisé par de nombreux auteurs, anciens ou modernes, qui ne l'ont jamais cité en référence. (Biblioth. de Clermont Ferrand n° 700 - p. 288).

L'abbé Poulbrière, dans sa « Poignée de documents sur la Haute Auvergne » donne le texte de l'adjudication de la démolition du château. (p. 80).

(2) Pour « l'affaire Morèze », Cf. Scènes et tableaux de l'histoire d'Auvergne, de C. Felgères, pp. 128 - 135.

(3) C'est à l'obligeance de Mlle Bouyssou, archiviste départemental, que nous devons la traduction de ce quatrain écrit en latin.