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  J'aime, par-dessus tout, emprunter ces chemins

Qui déroulent leur fil, surplombant le torrent ;

Leur longue natte brune escalade les flancs,

Leur bande de bitume épousant le ravin.

 

Là, le flot vigoureux a tracé son sillon ;

Sa houle, acérée comme les fers des socs,

Pourfendant les massifs, taillant leur chair de rocs,

Bat l'espace et le temps de ses ondulations.

 

La montagne prend, là, des courbes féminines ;

Ses sommets, arrondis comme des mamelons,

S'offrant à la langue d'Eole ou d'Aquilon,

Coiffent d'ombrageuses, verdoyantes ravines.

 

Des filets d'eaux claires, sur ses croupes rocheuses,

Quelques fois exsudent, suintent sans retenues,

Ainsi qu'aux creux des reins, aux peaux mises à nues,

Perle la moiteur lors de joutes amoureuses.

 

Au loin, des parcelles, des îlots de forêts,

Aux feuillages roussis par l'automne taquin,

Paraissent des toisons aux longs cheveux rouquins

Qui semblent s'embraser en des cieux mordorés.

 

De lacets en lacets l'humble ruban s'élève ;

L'écho du torrent perd sa voix de cristal,

L'empilement rocheux sèvre le végétal;

De coudes en coudes s'amenuise la sève;

 

Il enroule, grimpant, sa sinueuse tresse,

Au tronc des montagnes, sautant des ruisselets,

Giguant de flancs en flancs sous les feux de l'adret,

Au couvert de l'ubac ; il va, court sans faiblesse…

 

Quand, plus haut encore, des crêtes crénelées

Cardent, égratignent le fin crépon des vents;

Et je ne puis dire si les gémissements

Sont des voilures ou des cimes ciselées…

 

Ô, toujours chérir ces  cantaliens méandres !

Parchemins dépliant de bien fraîches coudées,

Où rocaille et verdure  y sont toujours soudées ;

Où des chants du monde l’écho s'y fait entendre.

 Patrick Bulle