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  La commune d' Ytrac aujourd'hui

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Ytrac.

— La commune d'Ytrac dépend du canton sud et de l'arrondissement d'Aurillac.

Elle est bornée an nord par celles de Crandelles et de St-Paul-des-Landes; au sud, par celte de Sansac-de-Marmiesse; à l'est, par les communes d'Aurillac et d'Arpajon, et à l'ouest, par celles de St-Mamet et de la Capelle-Viescamp.

Elle est arrosée par la Cère, qui la sépare de la commune de St-Mamet; par la rivière d'Authre, qui la traverse de l'est à l'ouest et le ruisseau de Veyrières, qui y jette; celui de Messas, etc.

La surface de son territoire est de 3,736 hectares environ, répartis ainsi

qu'il suit:

Terres . 1 ,378h.39a.54 c.

Prés 775 71 54

Jardins 25 97 42

Bois 442 37 82

Pâtures 724 15 42

Bruyères 377 50 67

Superficies 12 03 68

Sa population est de 1,647 habitants. Elle compte 19 villages, 29 hameaux et 508 maisons.

Le sol est de bonne qualité, quoique un peu sablonneux dans quelques terres cultivées : il repose sur un fonds schisteux et quelquefois argileux ou calcaire, surtout Bux approches d'Aurillac et de Naucelles.

C'est une des communes les plus importantes du canton. Elle nourrit dans ses pâturages 1,553 têtes de race bovine, et I '678 bêtes à laine. La race porcine y est représentée par 447 animaux. Elle élève aussi des chevaux : leur nombre est de 66.

Ytrac, chef-lieu, à 8 kil. d'Aurillac, est un bourg considérable, avantageusement situé dans une plaine, non loin d'un petit ruisseau. Il y a quelques jolies maisons bourgeoises. La fête patronale, qui se célèbre au mois d'août, y attire des communes voisines, et principalement d'Aurillac, une grande affluence de promeneurs.

Il existait autrefois à Ytrac une église d'architecture romane du XII° siècle. Ainsi que dans la plupart des monuments de cette époque que nous possédons dans le pays, l'abside appartenait au style roman, tandis que le reste du monument était ogival. On voit encore sur la place publique quelques débris d'architecture ogivale qui ont appartenu à l'ancien portail.

L'église actuelle est un bâtiment rectangulaire, composé d'une nef et de bas-côtés. Elle est t: ès-basse et sans aucun caractère architectural. Le clocher octogonal dont elle est surmontée depuis 1844 est d'un goût douteux et d'ailleurs peu en rapport avec le reste de l'édifice. Cette église est sous l'invocation de saint Julien.

L'église d'Ytrac dépendait anciennement du monastère de Maurs, de l'ordre de St-Benoît. On l'érigea en prieuré, qui fut affecté au sacristain. Jean Deschamps fut recteur d'Ytrac en 1450. Jean de La Salle, frère de Rigal, seigneur de Monthély, était sacristain de Mains et prieur d'Ytrac en 1475. Son frère. Guy de La Salle, lui succéda et était prieur en 1480; Pierre de l'Olm, recteur en 1520; Louis Castel, en 1543; Durand Peyre, en 1551 ; Jacques Gaze, en 1567. Antoine Felgines fut prieur et Sacristain de Mains eu 1674; Gabriel de Roquemaurel, prieur d'Ytrac en 1076; Louis Castel. curé et directeur de l'hôpital d'Aurillac, en 16G6; Ignace de Courboulès, prieur en 16! 8; Jean-François Caylan, curé en 1093; Pierre Lacarrière, prieur d'Ytrac et sacristain de Maurs en 1750; il résigna, en 1752, en faveur de Pierre Martin, son neveu. Ytrac avait un château fort ancien : c'était une petite châtellenie qui relevait de l'abbé de Maurs. Pierre de La Salle, fils de Michel, était coseigneur d'Ytrac en 1400 : il habitait le château eu 1473. Rigaud La Salle, son petit-fils, sous la tutelle de Guillaume La Salle, son oncle, habitait, en 1Ô05. le repaire d'Ytrac, que ledit Guillaume, prêtre, avait fait bâtir à ses dépens. N. Antoine de Bure en était coseigneur à cette époque. Rigaud vendit la châtellenie d'Ytrac à Jeanne de Balzac, dame de La Roquebrou, qui en jouissait en partie en 1540 : N. Hugues de Malras, mari de Catherine de Giou, avait l'autre partie, qui lui provenait de Jean La Salle, devenu , en 1502, propriétaire des châteaux d'Ytrac et d'Yolet, comme héritier de Guillaume La Salle, son oncle.

Charles d'Escars, marquis de Merville, vendit, sous pacte de rachat, en 1689-, la terre d'Ytrac à Marie Joussineau, veuve de Charles de St-Martial, baron de Conros. En 1704, Charlotte Bonneau de La Rabalatière, veuve de Charles d'Escars, reçut pour son douaire le château d'Ytrac tout meublé. En 1789, Ytrac appartenait au marquis d'Escars. Le château et les propriétés qui en dépendaient ont cessé d'appartenir à cette famille depuis une trentaine d'années seulement, et ont passé, morcelées, en diverses mains. Le château qui existe encore se compose d'un corps de logis assez vaste, appuyé à une tour ronde. On a démoli, il y a peu de temps, deux autres tours dout il était flanque, et celle qui existe n'a pas même été conservée entière.

Les villages et hameaux de la commune sont:

Albussac, hameau.

Antuéjouls, hameau.

Bargues, village près de Marmiesse.

Barraque-de-Cambian, hameau,

Bellevac, hameau,

Bessaunès, village à l'ouest du bourg, qui avait jadis titre de châtellenie. Il y avait, en 1540, un petit château ou repaire. Antoine de Naucase, qui possédait ce fief en 1408, le vendit à Géraud de Pouzols. Pierre de Naucase le racheta et y habitait ; il le vendit néanmoins à Antoine Fortct, d'Aurillac, sous pacte de rachat. Michel de Naucase, seigneur de Naucase, Boisses et Bessaunès, vendit, en 1578, cette châtellenie, à réméré, à Jean de Cambefort, avec étang, propriétés situées entre St-Paul et Ytrac, et les villages de Bessaunès, Leynhac, Lacarrière, Lavergne, etc.

En 1618, Hugues de Senecterre, fils d'Hector de Senecterre, vendit la châtellenie de Bessaunès à Géraud Coumel, et la retira en 1028. Louise de Bonnax, son épouse et héritière, était, en 1675, dame de Bessaunès et de Veyrières. Hector de Senecterre, père de Hugues, avait eu Bessaunès de N. Pierre de Cat, seigneur de Barbuzon, lequel l'acheta, en 1598, de N. François de St-Chamand, qui lui-même l'avait acquis de Michel de Naucase en 1710.

Besstes, village vers Naucelles, à l'ouest de Cologne. Il appartenait aux jésuites d'Aurillac en 1710.

8° Ber (le), gros village que traversait, avant une rectification récente, la route impériale n° 122 d'Aurillac à Toulouse. Il possède une église érigée en annexe. Non loin de là, et sur la rivière de Cère, un pont en pierre de taille et à trois arches, délaissé par la route actuelle. 1Il y avait jadis un péage très-fréquenté.

9" Bourlès (le) village sur cette même rivière et à l'ouest d'Ytrac, dans la plaine. N. François de l'eyry était seigneur du Bourlès en 1014, et son frère, Guyon, y habitait. En 1076, on trouve au Bourlès Rose de Roquemaurel, veuve de Jean Cruèghe de Montai, seigneur del Camp. Jacques de Vigier de Pradus, seigneur de Drinhac, après la vente de la l'rade d'Arpajon, vint habiter le Bourlès en 1745.

10° Brauviel, village au sud du bourg.

11° Buron-de-Bargues, hameau. x

12° Brunie (la), village qui était, en 1788, à N. Bernardin du Dourdon, seigneur de Pierrefiche.

13° Cambian, village sur un ruisseau, à l'est d'Ytrac.

14° Campan, hameau plus rapproché du bourg et qui appartient à l'ancienne famille d'Ouvrier, dont était membre Mme de Morèze, célèbre par le courageux dévouement qu'elle montra pour son mari sous Henri IV.

15 Cargeac, gros village près Bessaunès.

16° Caninou. hameau.

17° Carrière (la), village entre la rivière d'Authre et le ruisseau de Belhès.

18° Chautnont-de-Besse, hameau.

19° Chaumont-sous-Brauviel, hameau.

20° Dones, hameau. Une famille de ce nom habitait Aurillac en 1548.

21° Esbans, village contre la forêt de Marmiesse. Il élait déjà connu en 1502.

22° Espinassols, village au nord d'Ytrac et château de très-belle apparence, encadré de vastes prairies. Une belle avenue plantée île charmilles le relie à la route impériale d'Aurillac a Tulle. C'était un fief appartenant, en 1329, à Géraud de Gagnac, bourgeois de Paris, comme lui ayant été-donné, pour services rendus, par N. Renaud de Pons, vicomte de Carlat, ainsi qu'Esbans et le Chaumont, plus la forêt de Couteil et 500 liv de rentes. Le roi confirma cette donation. Il a passé ensuite à une famille du nom d'Espinassols. Pierre d'Espinassols, licencié en droit, y vivait en 1560. Il avait épousé Aune de Cayrac. Il maria Marguerite, sa fille unique, en 1572, à N. Gabriel de Roquemaurel, seigneur de Corbières, lequel forma la branche d'Espinassols dont nous allons donner un aperçu généalogique, qui complétera ce qui a déjà été dit de cette ancienne famille à l'article Cassaniouze.

Gabriel de Roquemaurel était le fils cadet de noble Begot. chevalier, seigneur de Roquemaurel, Cassaniouze et d'Alhiac, en Quercy, mort au siège du Havre-de-Grâce, en 1563. Pierre d'Espinassols testa en 1577. Gabriel, son gendre fut père d'Antoine de Roquemaurel, qui épousa, en 1597, Anne de Reilbac, fille d'Antoine, seigneur de l'Oluiie; et plus tard (1611), en secondes noces, Louise de Caissac, fille de François, seigneur de Sedaiges, et de Jeanne Robert de Lignerac. Antoine était aussi seigneur de Brossettes. Il testa en 1643. Son héritier fut Alexandre de Roquemaurel, son fils, seigneur d'Espinassols. Un frère d'Antoine, oncle d'Alexandre, dit la Metherie, ayant eu, en 1660, une affaire d'honneur avec le Sr Ramond de Rastinhac, seigneur de Montamat, et Guy de Ribier, seigneur de St-Cirgues, fut tué en duel et enterré à Ytrac. La rencontre eut lieu près de la forêt de Marmiesse et non loin du Bex. N. Annet de Selves, seigneur de Mont-Vert, était l'un des témoins.

Alexandre de Roquemaurel épousa, en 1648, Catherine de Veyre, fille de N. Hector de Veyre et de Françoise de Broquin. Il testa, en 1076. 1 1 eut pour successeur son fils, Hector Ignace de Roquemaurel, marié, en 1687, a Marie-Françoise de St-Martial, fille de Henry, baron d'Aurillac et de Conros, et de Jeanne de Pompadour. Elle testa, en 1693 en faveur de Jean, son fils, lequel se maria, en 1719, avec Catherine de Cardalhac, fille du seigneur de Cbampagnac et de la Nouaille, et d'Antoinette de Mirambel En secondes noces, il épousa Jeanne de Roquemaurel, sa cousine, fille aînée de Pierre-Louis, mort à l'étranger. La branche aînée s'éteignit ainsi et se fondit dans la branche cadette, qui habitait Espinassols en 1739.

Jean fut père d'autre Jean de Roquemaurel, qui était seigneur et habitait Espinassols en 1736. Ses descendants se fixèrent a Salers par suite d'alliance. Ils y possèdent aujourd'hui de belles propriétés ainsi que dans le Quercy.

Espinassols appartient aujourd'hui a M Delfour, négociant et président du tribunal de commerce d'Aurillac. C'est une des belles propriétés du Cantal.

24° Espinats, village.

24° Etang de-Bessanès (L’), hameau.

25° Foulan, moulin et jolie maison de campagne au nord d'Ytrac, qui en est séparé par deux petits cours d'eau. Il appartenait à N. de Cipière en 1699.

26° Gaffelage, hameau. M. le docteur Sucquet y a fait construire un gracieux chalet.

27° Hautesserres. village sur le chemin de St-Paul. Il fut habité, en 1724, par Gabrielle de Lort, veuve de N. Jean de Cornaro, seigneur d'Orléans.

28" Hautevaurs, hameau et beau château près de la Gère et du pont de Cabrières. Anne de Gagnac, veuve de François d'Escorailles, seigneur de Lacoste, habitait Hautevaurs en 1752. Elle maria Anne, sa fille, à noble Charles de Gontaud, seigneur de Béthiac , en, Limousin. H a appartenu depuis à M. de Peyroanenq.

29° Loudies (las), village.

30° Leinhac, village situé à l'ouest et dans le voisinage du bourg. N. Laurent du Saulnier, seigneur de la Courdou, en était seigneur en 1669.

31°, Leybros, hameau et château. C'est un ancien fief qui appartenait, en 1443, à N. Jean de Griffeuilhe, coseigneur de Vazeille, qui l'habitait. N. Julien de Griffeuilhe en jouissait en 1460, et X. Jean de lourdes, en 1513. Pierre de Veyre, fils de Pierre, le possédait en 1518 Ses descendants prirent assez souvent le nom du fief. Annet de Leybros et Gabriel, son fils, habitaient le château en 1575. Pierre de Vigier, receveur des tailles à l'élection d'Aurillac, était seigneur du château de Leybros en 1634 et en 1661. Il avait épousé Philippie de Prallat. François Fargues, avocat d'Aurillac, avait Leybros en 1678. A son décès, Marguerite d'Am pare, sa veuve, épousa N de Fortet, président au bailliage d'Aurillac, en 1692, et lui porta la châtellenie de Leybros. Henri Fargues, avocat, fut seigneur de Leybros en 1697, époque de son décès. Il avait épousé Françoise de Corn d'Ampare. qui resta veuve. Son fils, Etienne de Fargues, jouissait de Leybros en 1707. Il était président à l'élection d'Aurillac. En 1771, Joseph Philippe de Fortet était seigneur de Leybros et de Cavanhac. Cette propriété appartient encore à un membre de cette famille, M. de Fortet, juge au tribunal de première instance d’ Aurillac.

32e Leysous, hameau.

33° Maison-du-Thauron, hameau. .

34° Martinie (la), hameau et château à mi-chemin d'Ytrac à Aurillac. Isaac Olier avait le château de la Martinie en 1609, et Charles de Combes, en 1622. En 1652, le fief de la Martinie, qui était aux Cambefort, échut en partage à Jeanne Legendre, veuve d'Antoine Arragonès, trésorier général des gardes françaises et maître d'hôtel du roi. Elle le vendit, cette année, à N Pierre de Boschatel, d'Aurillac. Jean de Boschatel, fils de Pierre, en était seigneur en 1721, année où il maria sa fille, Françoise, à Bazile Contrastin, bourgeois d'Aurillac. Pierre de Boschatel jouissait de ce fief en 1751. Après lui, en 1745, Jacques de Boschatel, garde du corps du roi, fut seigneur de la Martinie, et, en 17«1, Jacques-Joseph de Boschatel, brigadier des armées du roi, habitait cette jolie campagne. Elle appartient aujourd'hui à M. Bouygues, directeur des postes à Auriliac.

35° Montade (la), hameau près de la route impériale.

36° Montmège, hameau. N. Durand Bruny et son fils Géraud habitaient Montmège en 1470,

37° Moulin-de-Lacarrière. hameau.

38° Moulin-du-Pont, hameau.

39° Pontet (le), village sur la route d'Aurillac à Tulle.

40° Pont-Neuf, hameau.

41° Quatre-Chemins, hameau.

42° Rteyt-de-Viers, hameau.

43° Serres, hameau près du Bourlès.

44° Vergne (la), hameau près de Foulan.

45° Vert (le), hameau à l'ouest d'Ytrac.

46° Yeyrines, hameau qui, en 1775, était, de même que Hautevaurs, à Antoine de Peyronnenc, lieutenant des maréchaux de France.

47° Vieles, hameau.

La commune d'Ytrac est le foyer d'une émigration importante, l'émigration espagnole, qui se recrute aussi dans quelques communes voisines, telles que St-Paul-des-Landes, Crandelles, etc. La plupart des émigrants y reviennent, après quelques années, jouir d'une aisance et quelquefois d'une fortune, toujours péniblement acquise. Si l'on a pu attribuer à l'émigration une influence fâcheuse sur les mœurs, et si M. Ed. de Laforce a pu se refuser à comprendre, dans l'évaluation de ses produits annuels, la plus grande part des bénéfices des marchands colporteurs, hâtons-nous de dire que l'émigration espagnole est à l'abri de tout reproche. Elle alimente des professions plus laborieuses et plus honnêtes. La boulangerie est son principal objet.

Nous ne pouvions passer sous silence cette particularité remarquable de la commune d'Ytrac Nous profiterons même de cette occasion toute naturelle pour ajouter quelques mots à ce que des hommes plus compétents que nous ont eu occasion de dire sur l'émigration cantalienne.

Ce fait, si intéressant pour notre pays, mérite bien qu'on s'arrête quelques instants à son examen, et si l'on est fier de voir dans cet ouvrage tant de noms illustrés par des hauts faits, il est bon d'y retrouver en quelque sorte, dans l'histoire de l’émigration, les titres plus humbles d'une nombreuse classe d'habitants.

Nous sommes d'ailleurs invités à étudier cette question par l'extension que prend cette sorte d'industrie locale. Depuis quelque temps, en effet, on voit avec étonnement, et même avec regret. le flot de l'émigration gagner de proche en proche, et enlever chaque année à la culture de nos montagnes un plus grand nombre de bras. Cette assertion n'aurait nul besoin d'être prouvée : cependant, nous sommes heureux de pouvoir en donner un exemple frappant.

On trouve dans le registre des rôles des impositions, dressé par le receveur des tailles a l'élection de Mauriac, pour l'année 1747, qu'il n'y a pas lieu d'appliquer aux habitants du Falgoux la taxe d’ industrie vu qu’ il n'y a que des laboureurs. Aujourd'hui , le Falgoux et les communes voisines, St-Vincent, le Vaulmier, etc., fournissent à l'émigration un contingent considérable : il ne reste plus dans le pays que les impotents, les vieillards et les femmes.

Cette marche ascendante de l'émigration est signalée dans le rapport de M. le

Préfet du Cantal au Conseil général de 1857: D'année en année, le manque de bras se fait mieux sentir, et la population rurale, découragée par l'infécondité a d'un sol qui serait moins ingrat si on lui donnait davantage, se porte avec plus d'entraînement que jamais vers l'émigration qui, en cinq ans, a déjà enlevé aux campagnes plus de 5,000 habitants sur 253,539, soit 1 sur 44,72.

Il s'est même formé depuis peu un nouveau courant d'émigration vers la province de Constantine (Algérie). C'est dans le canton de Montsalvy qu'il a pris naissance» Il est encore fort restreint, ainsi que le prouvent les chiffres donnés par M. le Préfet dans la même session. Du mois de janvier 1856, date des premiers départs, au mois d'août de la même année, le nombre des émigrants est de 82 seulement, et, du 21 août 1856 au 24 août 1857, on en compte environ 150. Cette progression indique que ce n'est pas la le fait isolé de quelques individus, et l'on ne peut se refuser à reconnaître à cette nouvelle émigration un caractère sérieux.

Toutefois, et cela nous amène à préciser le caractère général de l'émigration auvergnate, cette nouvelle branche offre une particularité digne d'être observée. On remarque que ce nombre de 211 émigrants, officiellement constaté, comprend 16 femmes et 12 familles. Ainsi, à l'exemple de ces nombreuses bandes d'émigrants que la Grande-Bretagne et l'Allemagne versent chaque année sur le sol de l'Amérique ou des autres parties inhabitées du globe, nos compatriotes vont fonder sur une terre lointaine des établissements définitifs. Il y a là une modification de l'esprit public. L'Auvergnat possède à un degré excessif cet attachement pour le sol natal que l'on remarque dans la rare gallo-franque. Cela est généralement reconnu, et d'ailleurs formellement attesté par une pratique de plusieurs siècles. C'est toujours le chef de la famille qui, laissant au pays sa femme et ses enfants, va amasser au loin un petit pécule qu'il rapporte chaque année, et qui, grossissant toujours, grâce à son activité infatigable et à son économie devenue proverbiale, assurera à sa vieillesse le repos et le bien-être. Lorsqu'ils sont en âge, ses fils vont partager ses occupations, à moins qu'il n'ait déjà acquis une fortune suffisante pour leur assurer une position sociale plus élevée : alors il les fait instruire, et il est fier de voir en eux cette instruction qu'il dédaigne pour lui et refuse même d'acquérir. Sans doute, ce type primitif subit des circonstances bien des modifications; mais il est vrai de dire que l'émigrant, sauf de rares exceptions, ne désire pas le luxe des grandes villes, où il vit sans le voir et surtout sans le comprendre. Il conserve et se fait gloire d'y conserver ses mœurs, son costume et jusqu'à son langage, ce qui fait des Auvergnats comme une tribu à part au milieu des cités qu'ils habitent. — L'objet de la convoitise de l'émigrant, c'est un lopin de terre où il reviendra vivre au milieu des siens dans une rustique demeure : il s'y créera, s'il le peut, un petit domaine, et c'est tout. En un mot, le caractère essentiel de l'émigration dans nos contrées, c'est l'esprit de retour. »

C'est là le principe que l'émigration de familles cantaliennes tend à renverser. Cependant, il ne faut pas croire qu'il se soit opéré dans les mœurs une modification radicale sur ce point; et il n'y a pas lieu, croyons-nous, de manifester les craintes qu'éprouvent les gouvernements de l'Allemagne, devenus impuissants à arrêter une expatriation qu’ils encourageaient d'abord. Une telle désertion est trop contraire aux idées des populations françaises, et particulièrement à celles des habitants de nos montagnes.

L'émigration cantalienne restera ce qu'elle a toujours été : une expatriation temporaire servant de remède à l'insuffisance des productions du sol. — Le défaut de proportion entre les ressources agricoles du pays et les besoins de la population est un fait avéré et constaté par tous ceux qui l'ont étudie sérieusement. Il nous suffira de renvoyer le lecteur au savant travail de M. de Palieu sur l'agriculture du Cantal. On a fait de cette insuffisance même un nouveau grief contre l'émigration. Si la terre demeure stérile sur plusieurs points du département, a-t-on dit, c'est faute de travail Le travail fertiliserait les parties incultes; mais l'émigration enlève précisément à l'agriculture les bras dont elle aurait besoin. Et, pour preuve de la fertilité du sol, un signale la spontanéité avec laquelle croit le gazon, non seulement dans les vallées, mais sur les sommités de la chaîne du Cantal — Si la population, toute valide et pour ainsi dire choisie, qui délaisse les travaux des champs , se livrait au défrichement de nos landes et de nos coteaux abruptes, nul doute qu'on n'obtint une augmentation dans le produit brut. Mais ce qui l'en éloigne, c'est la disproportion certaine entre le rendement et ce que l'on serait en droit d'attendre du capital enfoui. Cette disproportion est fatale , parce qu'elle résulte de la difficulté même du travail et de la rigueur du  climat. Le blé revient a l'agriculteur plus cher qu'au marché, dit-on quelquefois, et cela est peut-être vrai : seulement les produits des prairies, obtenus presque sans travail, apportent une compensation à ce déplorable résultat. Aussi, voyons-nous la culture des céréales céder le pas aux prairies, et celles-ci, s'étendant aussi loin que possible, se suspendre même aux flancs les plus escarpés des coteaux. Quoique l'irrigation ne soit p is encore dans notre pays ce qu'elle pourrait être, elle est généralement bien comprise, et les eaux , même pluviales , sont utilisées avec soin , si les travaux qu'en nécessite l'usage ne sont pas au-dessus des ressources du propriétaire. On peut donc dire que, sous ce rapport, le sol donne tout ce qu'il peut donnée

L'insuffisance des productions est donc inhérente à la nature même du pays. S'il n'était pas absolument impossible à une population obligée de vivre sur le sol d'y porter remède, ce ne serait toutefois qu'au prix des plus grands labeurs et des plus dures privations, puisque le produit serait si peu en rapport avec le travail accompli. On est donc forcé de reconnaître qu'il y a intérêt à ne pas en agir ainsi s'il est possible d'utiliser ailleurs plus fructueusement cette somme de travail disponible. Or, à l'époque où l'émigration a pris naissance, l'insuffisance des produits du sol et la disproportion entre le travail et sa rémunération possible étaient bien plus considérables encore que de nus jours, où les progrès de l'agriculture, l'usage des machines, la facilité des communications ont supprimé tant de difficultés; et, dès-lors, la nécessité de chercher ailleurs des ressources était imminente.

Si la civilisation eût été alors ce qu'elle est aujourd'hui, le Cantal, par ses richesses minières , ses forêts et ses chutes d'eau , aurait pu devenir un immense atelier industriel. Mais ses habitants, dépourvus même des moyens de communication naturels , la mer et les cours d'eau , ces premiers agents de civilisation, vivaient isolés dans leurs montagnes couvertes de forêts, sans rapports avec leurs voisins , presque aussi sauvages d'ailleurs et aussi pauvres qu'eux. L'idée de la fabrication ne pouvait naître dans un tel pays.

Une seule carrière était ouverte à ces montagnards : celle du commerce. Elle répondait exactement à leurs aptitudes. Les Arverniens possédaient, en effet, ce caractère nomade qu'on retrouve chez les races des pays montagneux. Ils aimaient les expéditions lointaines. Ils avaient sans aucun doute fait partie de ces bandes de barbares venues des Gaules, qui avaient, plus d'une fois, franchi les Alpes et fait trembler Rome. — Plus tard, Jules César rencontre en Ibérie une bande de 800 Arverniens , et c'est dans leur capitale que , plus de dix siècles après (109aj, Urbain II vint prêcher la première croisade. Nulle part, au moyen âge, les pèlerinages ne furent plus fréquents. — Ayant appris de la nécessité à être sobres, robustes et doués d'une activité rare, intelligents et même rusés, ils avaient tout pour réussir. C'est ainsi qu'exigée par un besoin impérieux et facilitée par les dispositions naines des habitants, l'émigration prit naissance dans ce pays à une époque fort reculée.

Dès le V° siècle, les habitudes commerciales des Arverniens sont constatées par un document irrécusable. On remarque en lisant les lettres de Sidoine-Apollinaire que, pouf les faire parvenir aux évêques de Lyon, Bordeaux, Marseille, etc., auxquels il les adresse, il use fréquemment de l'entremise de marchands arverniens. Une de ces lettres surtout est curieuse : c'est la septième du livre vu, adressée à Grœcus , évêque de Marseille, et confiée à un Arvernien nommé Amantius, qui avait déjà rempli de pareils messages Sidoine s'exprime ainsi: .. Ecce iterum Amantius nugiger ulus noster Mass liam suam repetit, aliquid, ut moris est,

« de mamubiis civitatis domum reportuturus, si tumen catuptut arriserit… » Ceci est

formel, et constate à la fois l'habitude et le but de l'expatriation Amantins revient à Marseille pour y faire quelques profits et tes rapporter chez lui, selon ta coutume. Est-ce à dire qu'à cette époque, il y eût déjà une émigration régulière? Nous n'oserions l'affirmer; mais il existait au moins un germe destiné a se développer plus tard, jusqu'à atteindre à la hauteur d'une ressource économique sérieuse.

Nous manquons de documents relatifs à l'émigration durant une longue période , ce qui s'explique par son peu d'importance et aussi par la rareté des monuments historiques de cette époque. Mais, au XIV° siècle, l'émigration est constatée pour ainsi dire officiellement dans un titre précieux recueilli par M. le baron Delzons.

Le 14 juin 1369, sur la demande de son frère, le duc de Berri et d'Auvergne, Charles V avait imposé 1 fr. sur chaque feu de ville close et un demi-franc sur chaque feu de plat pays , dans toutes les terres de l'obéissance du duc , et par expiés dans les bailliages d'Auvergne.

Or, les habitants d'Aurillac, tous les vassaux des églises et le vicomte de Carlat, soutenant qu'ils ne faisaient pas partie du duché d'Auvergne , étaient déjà en procès avec le duc, qui voulait étendre sur eux sa juridiction. L'affaire était pendante au parlement, et, en attendant qu'elle fût jugée, le roi avait ordonné que les causes des exempts, c'est-à-dii e de ceux qui devaient être exemptés de la juridiction du duc, rassortiraient en appel au bailliage de St-Pieire-le Moustier, et, vu la distance, ce bailli avait nommé un lieutenant à Aurillac.

Ce lieutenant avait nom Pierre Dalzon, bourgeois d'Aurillac.

Le 16 octobre 1369, comparurent devant lui : Guillaume de Matafeyda, vicaire de l'abbé d'Aurillac; Guy de Merle, cellérier; Falcon Robert , prieur de Jussac; Guy de Montjou, prieur de St-Illide ; Guillaume de Carnegie, infirmier; noble Hector de Montjou, lieutenant du vicomte de Carlat; Géraud Barrière, procureur du couvent d'Aurillac; Pierre Touehebœuf, Rolland d'Artaud, Pierre Colom, Guillaume Montagna et Géraud de Chanut, consuls de la ville d'Aurillac.

Ils exposèrent qu'ils avaient (ait citer les sergents du duc pour obtenir mainlevée des saisies faites par eux sur les biens des comparants, sous prétexte d avoir paiement de l'imposition accordée par le roi, etc.

On trouve dans les raisons par eux alléguées le passage suivant:

« Que leur pays , situé sur les frontières du duché d'Aquitaine , est tous les » jours dévasté , ruiné, réduit à rien par les Anglais et les grandes compagnies; que leurs déprédations ont occasionné une extrême disette , la peste et une grande mortalité; qu'ils ont surtout beaucoup a souffrir de la captivité des marchands, de la saisie de leurs marchandises, que les Anglais et les grandes compagnies arrêtent et retiennent prisonniers, de sorte que, depuis longtemps;  il ne leur est plus possible de quitter le pays pour faire le commerce. »

Cela est concluant; mais rien ne nous indique encore l'existence de relations commerciales avec les nations autres que la France. — Cependant, au moyen âge, la foi qui embrasa les âmes se montra surtout ardente dans nos montagnes. Les pèlerinages prirent naissance, et créèrent aux populations auvergnates de fréquents rapports avec des peuples jusqu'alors restés inconnus.

C'est surtout vers l’Espagne que se dirigeaient nos pèlerins. Une bulle de Nicolas IV (1289) prouve, en effet, que l'église de St Géraud d'Aurillac possédait non loin de Saint Jacques-de-Compostelle un prieuré et un hôpital appelés de Sainte-Marie, sur le mont Ebroarium. C'était là un asile, un point de repaire, comme il en existait au.»si en Hourgogne à la même époque.

Il nous paraît difficile de penser que les Auvergnats, sûrs de trouver refuge et protection à Ste-Marie, n'aient pas profité d'une occasion si favorable pour nouer avec l'Espagne des relations commerciales : leur piété peut bien, à cette époque, avoir pris une Insère teinte de mercantilisme. M. de Parieu semble dire avec de nombreuses autorités (Voy. art. Cantal, ch. IX, 6e liv., p. 50), que l'émigration s'est introduite en Espagne sous Philippe V. et par suite de l'avènement de ce prince français au trône. Mais on peut dire qu'elle existait auparavant. On trouve, en effet, dans les documents recueillis par M Delalo sur la ville de Salers, qu'en l'année 1503, un bourgeois de cette ville, désigné comme collecteur d'impôts, est exempté de cette charge, parce qu'il est à Saragosse. Ce fait quoique isolé, a une grande signification : il confirme notre assertion relative à l'origine probable de l'émigration espagnole.

Au point où nous sommes arrivé, il nous resterait à dire comment s'est développée cette institution locale, ce qu'elle est de nos jours , pour nous occuper ensuite de ses effets. Mais ici, notre tache se borne à renvoyer le lecteur à ce qui a été dit par M. Ed. de Laforce, et à l'énumération qu'il a donnée du contingent de cette armée du travail. Selon ses calculs, le nombre total des émigrants serait de dix mille, et il évalue le produit de l'émigration a un million environ. Ce chiffre est, à notre avis, trop faible; mais, en pareille matière, tout est approximatif, et on ne peut opposer que des évaluations conjecturales à des évaluations non moins risquées. Aussi peut-on dire , en présence des opinions diverses émises sur ce point, qu'il n'y a rien de certain quant au chiffre réel des produits de l'émigration. Ce qui est positif, c'est l'introduction annuelle dans le pays d'une grande quantité de numéraire , dont l'effet immédiat et le plus important est l'élévation de la valeur des immeubles. M. de Parieu a déjà signalé ce fait remarquable, et la coïncidence de ce résultat de l'émigration avec l'attachement ordinaire des habitants des montagnes pour le sol natal. Depuis quelques années cependant, on voit les capitaux , fruits de l'émigration , prendre une autre voie. L'émigrant, surtout celui des grandes villes, s'est laissé gagner par le mouvement industriel qui emporte notre société. Sans se jeter dans la spéculation qui l'effraie, il n'a pas pu rester indifférent à l'appât des dividendes et des gros intérêts. On en voit plusieurs réaliser tout ou une grande partie de leur avoir en titres de rente , actions de chemins de fer ou autres. C'était là un placement inconnu' autrefois. Aussi le porteur de titres, en rentrant dans son village, inspire-t-il toujours de la méfiance, quand on ne refuse pas absolument de croire à la réalité d'une fortune qu'un souffle de vent peut emporter. — Cet emploi des capitaux sera toujours secondaire, parce qu'il est contraire au sentiment le plus vivace des populations : l’amour de la propriété. De plus , les sinistres auxquels il peut donner lieu sont de nature à en détourner l'Auvergnat, justement jaloux de conserver le fruit de ses sueurs, et plein de vigilance à cet endroit.

Quoi qu'il en soit, que les capitaux se convertissent en immeubles ou en valeurs mobilières , il est certain qu'au point de vue économique , les résultats de l'émigration sont favorables au pays.

Au point de vue social, elle offre encore de nombreux avantages. L'habitude de vivre au dehors , développe l'instinct de sociabilité. On remarque que les habitants des communes adonnées à l'émigration ont un peu perdu de cette rudesse sauvage que l'isolement imprime aux habitants des montagnes.

De plus, l'aisance et le bien-être que l'émigration répand dans le pays, amènent nécessairement à leur suite la ganté et I instruction. Le corps et l'intelligence se développent également sous cette heureuse influence, et le progrès se fait peu à peu  cette augmentation de richesse produit immédiatement un heureux effet moral : l'aisance est éminemment moralisatrice.

Les facultés moins importantes de l'esprit, comme l'imagination , la mémoire, etc., s'améliorent aussi l'émigrant prend dans les villes une notion des arts et du beau : il retient quelques chants, quelques récits poétiques qui frappent son âme naïve, émeuvent son cœur sensible. C'est de l'Espagne que nous sont venues les quelques légendes que nous possédons dans ce pays , où les neiges semblent étouffer les fleurs de l'imagination.

On pourrait aussi invoquer des considérations d'un autre ordre. L'émigration a étendu son influence jusque sur le développement physique de la race auvergnate. Certaines populations des campagnes doivent à l'émigration espagnole un type particulier, remarquable surtout chez les femmes qui sont généralement belles, tandis que partout ailleurs le défaut contraire domine.

Par ce qui précède, on voit quelle est l'importance de l'émigration pour notre pays, quels sont ses heureux effets, il ne reste plus contre elle qu'une seule objection : son action pernicieuse sur les mœurs. M. Ed. de Laforce la considère comme corruptrice, et conclut qu'elle est devenue un fléau pour le département. Nous ne partageons pas cette manière de voir. Sans doute, quelques habitudes vicieuses sont le résultat de l'expatriation; sans doute aussi l'appât du gain entraîne quelques colporteurs à des trafics peu honnêtes, mais il ne faut pas élever en principe ce qui n'est que l'exception. Si le sens moral s'avilit chez quelques-uns, il persiste chez le plus grand nombre. La déplorable réputation des émigrants du nord-est du département, adonnés au colportage, ne saurait être niée; mais partout ailleurs l'émigrant, exerçant des professions plus laborieuses, est aussi plus honnête. Et d'ailleurs, l'émigration n'est pas la cause de cette démoralisation, mais seulement l'occasion où elle se produit. Ce n'est pas au dehors qu'ils apprennent à tromper, mais c'est au dehors qu'ils trompent. Sans doute, cette disposition au mal. à laquelle l'émigration donne le moyen de se produire, est un fait regrettable, mais elle n'en est pas absolument responsable. On peut espérer du reste le voir cesser : la facilité apportée dans les relations commerciales par la rapidité des communications rend la fraude plus difficile; et l'éducation morale, qui fait de si grands progrès dans le pays, tend de son coté a vaincre les instincts ou les habitudes vicieuses de ces commerçants flétris du nom de leveurs.

On peut donc affirmer que l'émigration a été et est encore Avantageuse à notre pays. Elle est pour lui une nécessité, comme à l'origine, et elle conservera ce caractère tant que l'on n'aura pas trouvé à l'activité de ses habitants un autre aliment aussi fructueux. Elle a d'ailleurs aujourd'hui de trop profondes racines dans l'esprit des populations pour pouvoir jamais être extirpée. Mais après avoir rendu de grands services aux pauvres habitants des montagnes, l'émigration leur deviendra peut être funeste par les obstacles qu'elle mettra aux progrès de l'industrie, le jour où, sillonne par des voies de fer, le Cantal sera enfin appelé à exploiter des richesses naturelles dont il n'a pu tirer parti jusqu'ici.

 

Dominique MIRANDE, Avocat.

FIN.