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  La commune du Vigean aujourd'hui

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Vigean (Le).

— La commune du Vigean dépend de l'arrondissement et du canton de Mauriac . Elle est bornée au nord par les communes de Jalleyrac et de Méallet ; A l'est, par les communes d'Anglards, de Salins et de Drugeac; au midi, par les communes de Scorailles et de Mauriac; à l'ouest, par les communes de Mauriac et de Jalleyrac.

La population de la commune est de 1,215 habitants, répartis entre 19 villages, 9 hameaux et 195 maisons.

La commune du Vigean occupe un plateau borné au midi par la vallée d'Auze; au nord, par la vallée de Mar, et divisée en deux portions presque égales par le ruisseau de Labiou, qui coule dans la direction de l'est à l'ouest. Le point le plus élevé est a 788 m. au-dessus du niveau de la mer; le point le plus bas du plateau est à 724 m. Si l'on fait abstraction des deux petites parties de la commune situées dans les deux grandes vallées qui lui servent de limites, la différence du point le plus bas au point culminant n'est pas de 100 mètres. On* trouve dans la paroisse du Vigean la réunion des divers terrains qui forment le sol du Cantal. Dans la partie inférieure de la vallée de Labiou (a Boulan), dans les vallées d'Auze (a Chambres), dans la vallée de Mar (aux Aygonies), on trouve le gneiss et un peu de micaschiste dans les bois de Chambres. Au-dessus du gneiss, le terrain tertiaire a pris un grand développement dans la vallée d'Auze ; on le retrouve moins puissant au-dessous de Neyrecombe (vallée de Mar), et on en remarque seulement quelques traces dans la vallée de Labiou, près de Boulan, et au dessous de Fageoles. A Chambres, à Lavialle, à Mazerolles, on remarque de puissantes couches d'argile, qui alternent avec des couches de calcaire marneux et de calcaire compacte. Les coquillages fossiles qui ont laissé leurs moules dans les calcaires ou les silex , appartiennent tous, sans exception, aux espèces qui vivent dans les eaux douces : ce sont des lymnées, des planorbes et quelques paludines. A Neyrecombe, les couches d'argile sont moins puissantes, et les couches de calcaire marneux encore plus rares que dans la vallée d'Auze. C'est, du reste, un terrain de la même époque. Dans la vallée de Labiou, la présence du terrain tertiaire ne se manifeste que par quelques dépôts d'argile sableuse.

C'est sur ces diverses couches, qui très-probablement s'étendent de la vallée de Mar à la vallée d'Auze, que les roches volcaniques se sont épanchées. Nous allons les indiquer par ordre d'ancienneté. Le tuf trachytique repose immédiatement sur le terrain tertiaire ; il a d'autant plus d'épaisseur que l'on se rapproche davantage du groupe des montagnes du Puy-Mary, du Puy-de-Violent, et on s'aperçoit qu'on est à la limite de cette formation; elle manque totalement à l'ouest de la commune, notamment à Fageoles, à Boulan, où le basalte qui s'est étendu à une plus grande distance des centres d'émission, repose sans intermédiaire sur le terrain primitif.

Ce n'est que dans les escarpements des vallées, à la limite des plateaux, que l'on peut observer les diverses formations dont nous venons de parler. Toute la plaine est recouverte par d'épaisses assises de basalte, à structure souvent irrégulière, mais présentant quelquefois de beaux prismes, à la Roche, à la Roche-de-Cbambre, et surtout à la Vialle, au-dessous du champ de Claveyre. On remarque, dans quelques localités, une faible couche de lignite terreux, entre le tuf et le basalte (auprès du nouveau pont du Vigean, à la Roche-de-Chambres). Il y a quelques années, qu'en élargissant un tournant de l'ancienne route de Mauriac à Clermont, près du moulin de Labiou, on découvrit un dépôt assez considérable d'arbres enfouis sous le basalte; ils avaient encore leur écorce, les fibres étaient bien conservées; on en distinguait de diverses espèces; quelques personnes y reconnaissaient du tilleul, du châtaignier, du sapin; d'autres, sachant combien les végétaux antédiluviens étaient différents de ceux qui croissent aujourd'hui dans nos climats, se renfermèrent dans un doute prudent et ne se hasardèrent pas dans la téméraire entreprise de déterminer l'espèce d'un végétal d'après l'arrangement de ses fibres et l'aspect de son écorce. J'ai dans mon cabinet une branche d'arbre qui semble avoir été aplatie par la pression des couches de basalte. Au-dessous de ces troncs si bien conservés, était une épaisse couche de lignite terreux. Nous avons dit que le basalte recouvrait toute la plaine ; cette assertion ne serait pas exacte, si nous ne considérions la dolérite, du moins dans cette localité, comme une modification du Basalte lui-même.

Elle occupe, en effet, une grande partie de la commune et forme les mamelons les plus élevés; elle S'étend depuis la Granoustie jusqu'à las Hordes, et de la Vialle à Neyrecombe. Elle se délite en blocs plus ou moins ovoïdes, légèrement altérés à la surface et environnés par des parties décomposées de la môme roche, qui présentent souvent l'aspect de couches concentriques. On l'exploite comme pierre d'appareil depuis environ deux siècles. L'hôtel de ville de Mauriac, presque toutes les maisons de cette ville et le pont du Vigean sont bâtis en dolérite. Les carrières les plus remarquables sont à Gregory, à Sion, à la Margovie, et dans les communaux de la Vialle.

On trouve de la tourbe dans les prés du Vigean, les marais de Courut, de Barbary et de Gregory.

Les terre siliceuses proprement dites sont rares dans la commune du Vigean; il n'en existe que dans les parties où le terrain primitif est à nu. Les terres argileuses sont dans une proportion un peu plus forte; elles ont presque toujours le terrain tertiaire pour sous-sol. Celles qui sont sur le terrain volcanique sont colorées en rouge par l'oxyde de fer qui s'y trouve en quantité assez notable pour constituer en quelques endroits, à Gregory, à Neyrecombe, une véritable mine de fer. Les bonnes terres volcaniques ont une consistance moyenne, d'autres sont fort légères sans être sablonneuses ; elles sont connues dans le pays sous le nom de terres louves.

Les prairies, à peu d'exceptions près, sont médiocres; il en est de même des pâturages; mais les terres y sont en général productives, quoique elles ne soient en grande partie propres qu'à la culture du seigle et du sarrasin. Les terres à froment ne dépassent pas les limites du terrain tertiaire.

Sur 2,897 hectares que contient la commune, 1,139 sont occupés par les terres labourables; 611 par les pâtures; 53t par les prairies; Ô08 par les bruyères; 146 par les bois 20 hectares sont destinés à la culture du chanvre et des légumes.

Par ce simple aperçu de la division agricole de la commune, on voit que les prés-sont dans une proportion trop faible, environ le cinquième, d'où il résulte que la quantité de fourrages, et par conséquent des engrais, n'est nullement en rapport avec l'étendue des terres. C'est ce qui explique pourquoi le septième environ de la commune est occupé par des bruyères à peu près improductives; que beaucoup de terres y manquent de fertilité, et que les prés eux-mêmes et les pâturages sont médiocres. Il y aurait cependant un moyen sûr de remédier à ce mal et d'accroître la prospérité agricole de la commune; peu de localités dans le Cantal se prêteraient aussi bien à ce genre d'amélioration. Mais il est si peu goûté par les petits propriétaires, repoussé avec tant d'obstination par les fermiers, si négligé par les propriétaires aisés qui, pour la plupart ont des fermiers, que ce n'est qu'avec hésitation que l'on peut l'indiquer. Le moyen ? demandera-t-on. Augmentez vos engrais; mais comment? En augmentant vos fourrages. Vos prés sont médiocres, oui, mais vos champs sont bons; semez des prairies artificielles; tel est le conseil que dictent la raison et l'expérience. Le suivra-t-on? pas encore. Mais comme une vérité utile finit tôt ou tard par exercer un légitime empire, on peut assurer que nos neveux l'adopteront, et qu'ils seront à se demander comment nous avons pu le négliger si longtemps. .

La commune du Vigean n'a rien à envier aux cantons voisins pour les races d'animaux domestiques. Ses bœufs ne redoutent pas la comparaison avec ceux de Salers. Il n'y a pas encore trente années qu'elle possédait les plus belles poulinières de l'arrondissement. Aujourd'hui on ne se livre qu'à l'élève du mulet. Ce changement opéré dans si peu d'années lient à des causes qu'il serait trop long et inutile sans doute de développer ici. Quant à l'espèce ovine, elle est médiocre, comme dans toute cette partie du Cantal. C'est là un grand mal; peu de communes se prêteraient mieux à l'élève des moutons que celle du Vigean. On aurait donc grand intérêt à améliorer la race sous le double rapport du poids des animaux et de la qualité des laines. Mais la plupart des cultivateurs ne prennent aucun souci de leurs troupeaux; mal nourris l'hiver, ils sont mal gardés l'été. Aussi le produit en laine est peu considérable; les moutons ayant peu de poids ne se vendent qu'à des prix qui sont assez élevés pour le pays, mais qui seraient faibles si on les comparait â ceux des contrées où l'élève des moutons excite la sollicitude et provoque les soins du nourrisseur.

Le sol de la majeure partie de la commune est peu accidenté; il ne faut donc pas y chercher ces rochers escarpés, ces déchirures, ces arbres suspendus sur l'abime, ces ruisseaux se précipitant en bruyantes cascades, qui rendent les paysages des montagnes si pittoresques et si attachants par leurs contrastes. Les pays de plaine ne peuvent s'embellir que par les plantations; elles seules peuvent varier les aspects et animer le paysage. Elles sont malheureusement fort rares dans le centre de la commune, et ce n'est qu'au hameau de Gregory et de l'Espinats que l'on rencontre des bosquets et des touffes d'arbres qui rompent ta monotonie de la plaine et répandent1 un peu de vie dans ces oasis environnées de tristes bruyères, ou de marais plus tristes encore. Si l'on s'éloigne du centre de la commune, que l'on franchisse la plaine, que l'on arrive, soit sur les bords de la vallée d'Auze ou de la vallée de Mar, on voit se déployer sous ses yeux les plus magnifiques panoramas. C'est au mois Je mai qu'il faut voir Chambres, et par un beau soleil levant, pendant que l'air est embaumé par le parfum qui s'échappe des blanches corolles du poirier, de la fleur purpurine du pommier, de la brillante grappe du lilas, que le noyer penche sur le chaume ses branches qui commencent a se couvrir de verdure, que les ruines féodales sont dorées par le soleil, et que le lierre qui les couvre est agité par la brise du matin. Oubliez, si vous le pouvez, ce spectacle qui vous charme, portez vos regards plus loin, lions la vallée, de belles prairies d'une verdure éclatante, l'Auze, qui tantôt apparaît comme un ruban d'argent, et d'autres fois se cache sous l'ombrage des saules et des peupliers qui bordent ses rives. Là, est une modeste usine; ici, s'élève l'antique donjon de Macrolles avec son toit aigu ; à côté, s'élance le vieux sapin qui a protégé de son ombrage les générations passées. Quelque élevé que soit le donjon, il le dépasse et semble ne s'être arrêté qu'au moment où il a dominé et l'orgueilleuse tour, et les sveltes peupliers, et les chênes séculaires, et ces beaux platanes dont la végétation est si remarquable. Ailleurs, ce sont des groupes de chaumières au sommet d'un mamelon, un village qui se développe sur une pente, un autre qui couronne un escarpement. Ce sont des bois aux contours sinueux, et puis, à l'horizon, la cime blanche du Violan et les plus hautes croupes des montagnes de Salers encore couvertes de neige. Ne semblerait il pas qu'elles sont là pour nous faire mieux apprécier les douceurs de la vallée et les chaudes haleines du printemps?

A Neyrecombes, c'est un tableau d'un autre genre. Ce ne sont plus ces douces pentes couvertes de prairies, de terres cultivées; c'est, d'une part, la vallée de Mar avec ses formes heurtées, ses escarpements, ses roches aux coupes hardies, son admirable végétation. De l'autre, c'est un amas confus de montagnes coniques, de gorges profondes, de cotes nues et déchirées. Si le paysage à Chambres est plus gracieux, à Neyrecombes il a plus de grandeur et d'étendue.

Quelques tumulus , dont un est situé dans les communaux du Vigcan et deux autres dans les communaux de Chambres, non loin de Charrau, près de la route impériale de Mauriac à Aurillac, sont les seuls monuments que l'on puisse attribuer aux Celtes. L'un de ces tumulus celui des plaines du Vigean, a été fouillé. Il est probable qu'il avait servi seulement de borne ou de délimitation; car on n'y a rien trouve qui ait pu faire penser qu'il avait servi de sépulture. Dans un ancien titre, il porte le nom de Suc de las Chazelles, et il y est désigné comme servant de limite.

Des vestiges d'habitations gallo-romaines existent au hameau de Grégory, dans un héritage appelé de las Cluse.; la charrue y a mis à nu des briques à rebord. Dans les communaux de la Vialle, les bruyères du Sion et de Grégory, sur une étendue d'environ vingt hectares, on trouve, outre de nombreux débris de briques romaines, une infinité de fragments de poteries noires, grises, rouges; quelques fragments des dernières, dont la pâte est très-fine, sont moulés à l'extérieur, et offrent à l'œil des dessins d'une exécution parfaite. Des morceaux de scories de fer ont été découverts dans la même localité, ainsi qu'un fragment de couteau en silex. On y remarque aussi quelques traces de murs, et les nombreux grains de quartz qui sont répandus sur le sol ne laissent aucun doute que ces murs étaient bâtis à chaux et à sabie. Une tradition rapporte qu'a une époque fort reculée, une grande bataille se serait donnée dans 1rs plaines où se trouvent ces restes d'antiquités gallo-romaines. Il serait possible que l'opinion erronée de quelques auteurs, d'Audigier entre autres, qui veulent que co soit auprès de Mauriac, en Auvergne, qu'Attila fut vaincu par Mérovée, ait donné lieu à cette tradition. Il est à croire cependant qu'elle a conservé le souvenir confus de quelque événement important qui aurait laissé dans l'esprit des populations une trace assez profonde pour se perpétuer jusqu'à nos jours.

On remarque dans ces plaines les restes d'une antique chaussée qui traverse la commune du Vigean du midi au nord, et que l'on peut reconnaître sur une longueur de quatre à cinq kilomètres depuis le voisinage du village de la Vialle jusqu'auprès du village de la Charreyre. Elle se dirige en ligne droite vers le marais de Barbary, où elle se détourne légèrement de sa direction primitive pour ne plus dévier; elle forme, dans une grande partie de son parcours, la limite des anciens villages, et aujourd'hui des domaines de Sion et de Grégory.

Partout où elle n'est pas resserrée par des murs de clôture, sa largeur est de six mètres; elle est bordée dans toute sa longueur par de grosses pierres qui soutiennent l'encaissement. On n'y trouve point les différentes couches décrites par Vitruve. L'encaissement est formé d'un seul lit de pierres concassées qui repose sur le sol, et qui a de 28 a 55 centimètres d'épaisseur. C'est l’agger, défni par Isidore de Séville. (Lib. 15, cap. ult. origin.)

Dans la traversée du marais de la Vialle, elle avait été pavée avec de gros blocs qui gisent en désordre sur le sol.

J'ai recueilli à diverses époques, auprès de cette ancienne voie, des fragments de poteries et de tuiles romaines , et la moitié d'une meule à bras. Il y a environ, quarante, ans que des ouvriers travaillant dans la bruyère dépendant de mon domaine de Grégory, dont la limite est formée par la voie, trouvèrent une urne cinéraire. Des fouilles m'ont fait découvrir dans l’agger des fragments de tuiles romaines. Enfin, l'année dernière, en faisant les fossés du chemin de moyenne communication de Mauriac à Anglards , toujours au même lieu , les ouvriers ont mis a nu de grands fragments de vases et de briques dont l'origine gallo-romaine n'est pas contestable.

Nous avons dit que la voie passait au village de la Charreyre, dont le nom signifie rue, chemin. Quelques héritages dépendant du village du Bouis, voisins du marais de la Vialle et par conséquent de la voie que nous décrivons, portent le nom de Buges-del-Barry. Quoique le nom de barry s'applique plus spécialement aux rues et aux faubourgs des villes, nous croyons que cette dénomination ne peut s'appliquer dans cette localité qu'à un ancien chemin.

C'est sur le parcours de la voie, dans le communal de Conrut, qu'étaient plantés des vieux tilleuls, coupés ou renversés par le vent il y a peu d'années, et qu'on appelait tes tels de las ougas : les tilleuls des pots, des vases. Cette dénomination conservait le souvenir de la découverte de poteries antiques en ce lieu.

Il n'est pas douteux pour nous que la chaussée que nous venons de décrire n'est qu'un tronçon d'une ancienne voie romaine. En supposant que sa direction fût constante, elle aurait servi de communication entre le Quercy et le Haut-Limousin. Si, au contraire, après avoir franchi la Sumène, elle avait suivi les plateaux qui bordent la rive gauche de la Dordogne, elle aurait pu établir une communication entre Cahors et Clermont, ou plutôt se relier à la voie romaine qui conduisait aux bains du Mont-d'Or en passant par Latour.

Sur les limites du territoire de la Margovie et des communaux de Verliac, on remarque, à un point où quatre chemins venaient aboutir , une ancienne croix nimbée en pierre, du XI° ou du XII° siècle; elle porte le nom de Crout-Rouniado, croix rognée ; elle est située aux bords de la plaine où se serait livrée une grande bataille. Un bon prêtre du voisinage trouva que la croix n'était pas assez élevée; il la fit hisser sur un fût beaucoup plus long. Les ouvriers , voulant faire honneur à qui de droit de cette restauration, gravèrent, non sur le fut, mais sur la vieille croix-elle-même, le nom de celui qui les employait. Avant mal pris leurs dimensions, ils ne purent mettre que quelques lettres du nom; mais ils avaient conservé l'espace nécessaire pour inscrire très-lisiblement le millésime de 1824, et….

 

« Aux Saumaises futurs , préparer des tortures. »

 

Dans un titre de l'année 1475, il est parlé d'un champ portant le nom de la Plancha-Romana. La planche romaine, qui portait encore ce nom il y a peu d'années, était située sur le chemin qui conduit du Vigean aux villages de Chambres et de la Vialle, et sur le ruisseau de Labiou. Elle a été remplacée , en 1845, par un pont portant la date de 1751, qui était placé sur l'ancien chemin du Vigean à Mauriac , au-dessous du nouveau pont bâti sur la route n° 122. Le chemin du Vigean à Chambres est désigné dans les anciens titres sous le nom de Chemin du Vigean à Saint-Martin-Valmeroux. Il n'est pas certain que le nom donné à la passerelle construite sur le ruisseau de Labiou puisse lui faire attribuer une origine romaine. Dans le midi de la France on donnait le nom de chemin de Rome (Roumiou) au chemin que faisaient les pèlerins qui, eux-mêmes, portaient le nom de Roumiou. Il pourrait se faire que la planche romaine ne fût autre chose que la planche des pèlerins.

Au mois de janvier 1846, pour faire les remblais du pont qui a remplacé la planche romaine, on enleva du terrain auprès du tilleul de St-Laurent. On mit à découvert six ou sept anciens sarcophages, les uns en trachyte, les autres en scories violettes de Junsac, les autres en pépérites du même lieu. Ces tombes sont grossièrement taillées. On y a trouvé des ossements et de la chaux. Elles ne sont pas d'une époque postérieure au XII° siècle.

L'origine du Vigean.en patois al Bijho ou lou Bijho,en latin Vigamim. remonte certainement à une époque fort reculée. Ce n'est pas dans le latin qu'il faut chercher l'étymologie de son nom. La langue romane méridionale, qui est depuis dix siècles celle du pays, peut seule nous offrir quelques ressources. Ce qui me porterait à penser que le mot de Vigean est roman, c'est que je ne le vois appliqué qu'à des lieux qui sont situés dans la région où le roman du Midi a été parlé; ainsi, nous trouvons le Vigan , qui est évidemment le mémo mot légèrement altéré par la prononciation méridionale, dans le Gard, le Lot. Nous trouvons le Vigean dans la Vienne, et le Fige dans la Creuse. Dans ces deux derniers exemples, on retrouve la prononciation septentrionale des pays romans; mais c'est évidemment la même racine; et, dans le Nord comme dans le Midi, le nom est précédé de l'article. On trouve dans le roman un vocable qui a quelque analogie avec celui de Vigean, c'est le vieux mot Vijhe (brin d'Osier); Vighers, une oseraie; mais il y a une si grande différence dans la terminaison, que j'hésiterais beaucoup à y trouver l'étymologie du mot Vigean, et cela pour trois motifs : le premier, c'est que si le Vigean dérivait de Vighers, la terminaison se serait conservée soit dans le Gard, le Lot, la Creuse ou la Vienne, et que l'on ne la retrouve dans aucun de ces lieux ; le second, c'est qu'un nom de lieu qui, dans le Cantal, me parait dériver de Vijhers, a pris une autre terminaison, c'est la Vigerie dans la commune de Dienne; le troisième c'est que dans le Gard on aurait dit Vijhean. et non Vigan, parce que les mots Vijbes et Vijhers sont des mots languedociens, et que le premier est encore en usage dans le Languedoc. On pourrait très-bien m'objecter que les motifs sur lesquels je fonde mes doutes ne sont pas très-concluants ; que pour trouver l'étymologic d'un nom, il ne faut pas trop s'attacher à la terminaison qui varie suivant les lieux ; que le nom Vige, que l'on trouve dans la Creuse, a beaucoup de rapport avec le roman Vijb.es,' et que de Vige on arrive a Vigean, et de là à Vigan; on pourrait ajouter que, dans la Corrèze, des prés aqueux, et par conséquent très-convenables à l'osier, portent le nom de pré du Vige, que l'on traduit en français par Vigean; et, qu'enfin les prés qui sont au-dessous du Vigean et qui sont arrosés par un ruisseau, convenaient aussi très-bien à l'osier. On pourrait dire encore que la plupart des lieux tirent leurs noms d'un accident du sol, tels que la Combe, le Mont, Aymons; d'un effet de lumière : Neyrecombe, Montbrun, Montclar, Niermont; d'un arbre : Fraissy, le Pomier, le Jarry, Nuzeroles, Nozeroles; d'un arbuste : l'Espinat, l'Espinasse, le Bouis, Bouisse, Boissière, Penière; d'une rivière : Sumenat, les Maronies, etc. ; d'une cascade : Salins, le Saillans, etc., et l'on pourrait en conclure que le Vigean a emprunté son nom aux osiers qui bordaient le ruisseau qui serpente dans ses prairies; je le veux bien. Je le répète, je ne donne pas cette étymologie comme certaine; cependant, s'il faut absolument en trouver une, j'aime autant celles-là qu'une autre (Dans cette partie de notre article rédigé depuis plusieurs années, nous avons suivi le programme inséré dans la lettre-circulaire adressée en 1842 par Mr de Marguerye, alors évêque de St-Flour, à MM. Ies curés et desservants de son diocèse.).

Si nous voulons rechercher quel est le fondateur de l'église et de la paroisse du Vigean, nous sommes, comme pour les étymologies, réduit à des conjectures. Elles remontent, comme la plupart des églises paroissiales de la Haute-Auvergne,  une époque trop reculée pour qu'on ait conservé les titres de leur fondation, un champ de sépulture, des sarcophages en pierre dont on voit encore des restes près du tilleul de St-Laurent, non loin de la maison de ferme de M. Perier, portent a penser que l'église avait été bâtie, dans l'origine, auprès de ce champ de sépulture, et que ce n'est que plus tard, vers la fin du XII° siècle, qu'elle a été reconstruite à la place qu'elle occupe aujourd'hui.

Les documents les plus anciens établissent que la paroisse du Vigean, à l'exception de trois ou quatre villages, dépendait du monastère de Mauriac, qui y jouissait de tous les droits seigneuriaux. Il en percevait les cens, y exerçait la justice. Le prieur, choisi parmi les religieux de ce monastère, était à la nomination du doyen. Ainsi, sous les rapports temporel et spirituel, le Vigean dépendait complètement de Mauriac. Cet ordre de choses remonte très-probablement à l'origine du monastère lui-même, d'où il faut conclure que, si l'église du Vigean n'était pas encore fondée lors de l'établissement des religieux de St-Benoit à Mauriac, c'est à ceux-ci, qui en étaient les seuls patrons, qu'elle doit sa fondation.

 

PRIEURÉ.

Le prieuré du Vigean était, dans l'origine, un bénéfice simple, régulier et claustral; il avait conservé ce caractère jusqu'au moment où il fut réuni au collège des jésuites de Mauriac. Ainsi que nous l'avons dit à l'article Mauriac, le prieur ne pouvait être choisi que parmi les religieux de l'ordre de St-Benoit; et, lorsque en 1550, Antoine de Veillan obtint de la cour de Rome le prieuré du Vigean, ses provisions ne lui furent délivrées qu'à la charge de prendre l'habit religieux au monastère de Mauriac. Les prieurs résidaient au monastère et étaient tenus aux mémos services que les autres religieux. Jean de Veillan, aumônier du roi, ayant obtenu le prieuré en commande et ne résidant pas, il fut obligé de payer pour les hebdomades une somme qui fut réglée à 30 livres en 1566.

Dans un acte du 5 des ides de février 1248, on donne au prieur du Vigean le titre d'obédiencier. Le prieur avait un sceau dont j'ai vu l'empreinte sur un acte de 1546; il représentait saint Laurent sur le gril; autour on lisait ces mots: S. prioratus Vigani. (Sigillum prioratus Vigani.)

Le revenu du prieuré consistait dans la dîme de la paroisse et dans une pension annuelle de 25 setiers froment (10 hectolitres), qui lui était due par le monastère de Mauriac.

De son côté, il payait annuellement au monastère une somme de. 57 livres, 5 setiers (2 hect.) seigle, et 5i setiers (environ 2 hectolitres) de vin; il donnait en outre aux religieux un dîner appelé des Antiphines, ou une somme de 12 fr.

Les prieurs étant tenus dans le principe de résider au monastère de Mauriac, et n'ayant résidé ni au monastère ni au Vigean, après qu'ils furent devenus commendataires, ils devaient avoir un vicaire pour remplir les devoirs curiaux. Dans les premiers temps, ce vicaire n'avait que le titre de chapelain. C'est ce qui résulte d'une sentence arbitrale rendue le 9 avril 1229 par l'abbé et le prieur d'Ebreuil. A cette époque, Eustorgius était chapelain, Pierre était prieur. Il fut jugé par cette sentence que les oblations pour les sépultures, et les legs faits par les mourants, se partageraient par égales portions entre le prieur et le chapelain. Les arbitres déclarèrent aussi que tout ce qui serait fait par le prieur seul, au sujet des mariages et des sépultures, serait tenu pour valable par le chapelain. La sentence, du reste, ne fit que confirmer des usages existants, qui avaient été attestés par quatre témoins, et notamment par le trésorier du monastère de Mauriac qui avait été prieur du Vigean.

Nous allons donner la liste des prieurs dont les noms sont parvenus jusqu'à nous ; elle a été extraite de divers titres ou inventaires. Nous y mentionnerons quelques actes qui remontent à une époque reculée , et qui rappellent, soit des noms de lieux, soit des noms d'hommes, et ceux qui contiennent quelque particularité curieuse.

Le 5 des nones de mars 1212, transaction entre le prieur du Vigean et les héritiers de Robert Blavat, au sujet de la dîme d'une terre située à la Blavadie.

Il est très-probable que le nom du village de la Blavadie vient de celui du tenancier qui l'habitait. De Blavat ou Blavad on avait fait Blavadie , comme plus tard, dans la même commune, de Marbeu , nom du tenancier, on fit Marbeuvie, actuellement Margovie.

La famille des Blavat était alors recommandable. Nous verrons dans les deux actes qui suivent l'un de ses membres prieur du Vigean ; il fut plus tard (en 1277) doyen du monastère de Mauriac.

Jean Blavat, 1240 à 1248.

Le 9 mai 1240, Jean Blavat, prieur du Vigean, achète un cap mansum appelé de Mont fort, situé à Nojomol.

Le mot cap mansum, en roman cap mas. était le synonyme de caput vitœ; en roman, cap de vialo, chat de bialo, d'où est venu le nom patronymique de Chavialo, Cheyviato, assez connu dans l'arrondissement de Mauriac. Les villages se composaient au moyen âge de plusieurs mas ou manses, et on désignait par le nom de cap mas le mas principal, le domaine qui était le plus considérable.

Le village de Nojomol n'existe plus, ou plutôt il a perdu son ancien nom pour prendre celui de Guergory ou Grégory qu'il porte aujourd'hui.

Le 5 des ides de février 1248, Hugues d'Alhar et Pierre de Montclar vendirent à Jean Blavat, religieux de Mauriac et obédiencier du Vigean, toute la dîme qu'ils levaient dans la paroisse du Vigean, et une rente de deux setiers de vin.

Guillaume de Romanicis, de Romananges. 1258.

La veille de St-Thomas, apôtre, 1258, Guillaume d'Alhar et Arnaud, son fils, vendent à Guillaume de Romanicis, moine de Mauriac et prieur du Vigean, au prix de onze livres tournois, la part qu'ils avaient dans la dime de la paroisse du Vigean, soit en blé, vin, agneaux ou autres choses. L'acte est reçu par Géraud, archiprêtre de Mauriac. (Bibl. imp., C. C., carton 97.)

Ces deux actes viennent se joindre aux nombreuses preuves qui établissent l'usurpation des redevances purement ecclésiastiques par les seigneurs féodaux. Ils ne sont pas moins remarquables à un autre point de vue. La vigne était elle cultivée au XIII° siècle dans la paroisse du Vigean? Le titre de 1248 ne suffirait pas à lui seul pour le prouver. Des rentes en vin étaient payées dans des pays où il n'y avait pas de vignes, dans les villes notamment; mais la dime n'était qu'une portion des fruits de la terre, et il ne pouvait y avoir une dime de vin que dans les paroisses où il y avait des vignes. Il résulte d'anciens titres et des dénominations de divers héritages, qu'au moyen âge la culture de la vigne avait pénétré dans quelques vallées de la Haute-Auvergne, et qu'elle était plus étendue que de nos jours. La vallée d'Anse, au-dessous de Chambres, a des coteaux bien exposés où la vigne pouvait être cultivée. Il y a peu d'années qu'un propriétaire du village de Chambres avait planté une petite vigne fort négligée depuis son décès. Il était parvenu à faire du vin.

Guy d'Encon, 1291-1297.

Pierre La Charreyre, 1310-1327.

Jacques La Charreyre, 1310.

Jacques Marion, 1453.

Emeric Ribier, 1409.

Antoine de Vellian, 1530.

A partir de cette époque jusqu'en 1016, pendant plus d'un siècle, la maison de Vellian jouit des revenus du prieuré du Vigean. Lorsque le prieuré n'était pas occupé par un membre de cette famille, il était tenu en confidence par des prieurs choisis par la maison de Vellian, et qui lui rendaient compte des revenus du prieuré.

Jean de Vellian, prieur du Vigean et aumônier du roi, 1366. .
Pierre Donnadieu, 1587-1590.
Antoine La Saraudie, IL92.

François Artiges, 1004, résigne son bénéfice au profit de Rigaud de Vellian.
Rigaud de Vellian, 1607.
Gibert, 1044.
Placide Vallée, 1646.

Joseph Bonnefon, 1750-1763 Il se démit du prieuré entre les mains de l'évêque de Clermont. Par son décret du 14 avril 1752, ce prélat, en admettant la démission du prieur, ordonna que le titre du prieuré demeurerait éteint et supprimé, et que  les biens et droits d'icelui seraient annexés, incorporés et unis  à perpétuité au collège des pères jésuites de la ville de Mauriac, pour en jouir après le décès dudit Sr Joseph Bonnefon.  Cette union fut approuvée par des lettres patentes du roi, et par un arrêt du parlement du 16 décembre 1754.

 

ÉGLISE.

L'église du Vigean n'a qu'une seule nef qui se termine à l'orient par une abside demi-circulaire. Le chœur, la porte, le pignon et le clocher à peigne qui le couronne appartiennent à l'architecture romane de transition et sont du XII° siècle. L'église fut agrandie, au XIV° siècle, par l'adjonction de deux chapelles latérales qui figurent les bras de la croix. Les nervures des voûtes sont cylindriques, la croisée de la chapelle placée à droite, divisée par un meneau, est ornée de deux trèfles sur les côtés et d'un trèfle à quatre feuilles an milieu. Quoique les deux chapelles soient de la même époque, la croisée de la chapelle de gauche diffère de celle que nous venons de décrire; elle est du style flamboyant et a été refaite probablement après coup. . (

La voûte de la nef est ogivale; elle est ornée de nervures prismatiques et de fleurons; elle paraît être de la fin du XV° siècle.

Une troisième chapelle latérale a été construite au XVIII° siècle au fond de l'église. On a cherché à imiter les nervures de la nef; mais .on n'y a pas réussi. M. Lesmaries, curé du Vigean depuis plus de trente ans, a fait à l'église des réparations considérables. La chaire, le maitre-autel, la sacristie ont été refaits. Les trois croisées de l'abside ont été ornées de vitraux représentant saint Biaise, la Vierge et saint Laurent. L'église du Vigean est fort bien tenue, et l'une des plus remarquables de nos églises de campagne. Elle possède un petit reliquaire émaillé fort ancien, probablement du XII° siècle, et assez bien conservé.

L'église est dédiée à saint Laurent. En l'année 1845, la paroisse a été démembrée, et une succursale a été établie à Chambres.

 

VILLAGES ET HAMEAUX.

Aigonnies (les), autrefois les Ugonies ou les Hugonies.

Angles. On y a découvert un souterrain dont la destination n'est pas connue. Une branche de la maison de Sartiges s'établit à Angles en 1778.

Le premier de cette branche fut Jean-François de Sartiges de Laprade, fils puîné do Jean-Baptiste et de Marie de Montelar. M. Jean de Sartiges-d'Anglcs, l'un des collaborateurs de ce Dictionnaire, membre de l'académie de Clermont, est aujourd'hui le seul représentant m.1le de cette branche. Né le 1er novembre 1 789, il s'est marié le 21 .février 1824 avec Mlle Domis de Semerpont, fille de Jean-Paul Domis de Semerpont, conseiller au conseil souverain de Brabant, et de Marie Françoise de Noothegaël. Elle est morte sans postérité à Bruxelles, le 4 mai 1847. M. de Sartiges habite Clermont, où il continue avec autant de constance que de succès ses études sur l'histoire d'Auvergne. Nul ne connaît mieux que lui l'histoire des anciennes familles. Aussi consciencieux que savant, il est devenu en quelque sorte le juge d'armes de la province.

Darbary. Ce lieu est mentionné dans le testament de sainte Théodéchilde, sous le nom de villa barbarorum. Ce nom porterait à présumer que lors de l'invasion wisigothe ou franque, les barbares s'y étaient établis. Non loin de Barbary, dans la vallée de Mar, on voit le village de Romananges, dont le nom, par opposition à celui de Barbary, semble indiquer un établissement gallo-romain. Le terrain des conjectures est peu solide lorsqu'elles ne sont appuyées que sur des noms, aussi ne les pousserai-je pas plus loin. Cependant, je crois que ces dénominations ne sont pas sans quelque signification.

Blavadie (la). Nous avons déjà dit que le nom de ce lieu nous parait dériver du nom des Blavat, qui en étaient les principaux tenanciers.

Boulan. Une partie de ce village dépend de Mauriac. Il y avait sur son territoire deux mas ou villages, Leuchet et Laveyssière, aujourd'hui détruits.

Chambres. Au XII° au XIII° et jusqu'au XVI° siècle on écrivait Chambre; ce nom n'a jamais été latinisé. C'était un très-ancien fief qui relevait du doyen du monastère de Mauriac. La seigneurie s'étendait sur le village de Chambres, qui se composait de plusieurs mas, et sur le village de Laroche-Boussac. Les redevances consistaient en grains gélines, journées à faucher, journées de bœufs en été pour récolter les foins, journées de bœufs en hiver pour porter les bois, manœuvres pour réparer le château, avec bouviers, bœufs et charrettes quand  le seigneur fera réparer et bâtir; vinades, taille aux quatre cas, droit de guet, un écu toutes fois et quantes le seigneur ou les siens achèteront chevance de cent écus et plus; justice haute, moyenne ei basse, droits de lods pour ventes et échanges, mondit seigneur ayant acquis le droit d'échange de  sa majesté.  De plus, le seigneur percevait le quart des blés et blé noir récoltés dans les communaux défrichés. ( Terrier de Chambres, du 9 décembre 1763.) Il y avait aux 12° et 13e siècles une famille de Chambres. En 1140, Etienne de Chambres donna aux moines de Doumis le prat d'Ausa, aujourd'hui Esprat, avec ses dépendances, à condition que ses filles seraient reçues au monastère d'Obazine. Il donna de plus ce que Raoul, son frère, ses fils et lui avaient à Chalafrage (casa fracta). L'acte fut passé à Doumis, sous le règne de Louis, roi des Francs, Emeric étant évêque de Clermont, en présence d'Etienne, abbé d'Obazine, de Begon, père, patris, ou abbé dudit lieu de Domis, et de D. de Cuzac. ( Gall. christ. )

En 1229, Eble de Chambres, chevalier, fut témoin de la vente consentie par Cécile d'Artiges a M., prieur de Mauriac.

Avant l'année 1270, la seigneurie de Chambres passa dans la maison de Montclar, par le mariage de Gaillarde de Chambre avec Rigaud de Montclar; •ce dernier fit son hommage au doyen, le vendredi après l'octave de la Pentecôte de l'année 1270. Cet hommage fut renouvelé par Hugues de Montclar, en 1285; par Eble de Montclar, en 1288; par Aymeri de Montclar, en 1294.

Gaillarde de Montclar, fille d'Aymeri, fut mariée deux fois; en premières noces, avec Aymar de Barmont, seigneur du lieu, dans la Marche, qui fit son hommage au doyen de Mauriac en 1545; et, en secondes noces, avec Guillaume de Noailles, seigneur de Noailles et de Nohaillac, fils d'Hélie et de Douce d'Astorg. En 1564 Hélie II de Noailles était en possession des terres de Montclar et de Chambres. , En cette année, il fit hommage de la seigneurie de Montclar à Guillaume Roger, comte de Beaufort, vicomte de Turenne et seigneur de Charlus—Champagnazès.

Le 15 septembre 1478, Jean de Nohailles (Nohalias), fit hommage du château et de la seigneurie de Chambres au doyen de Mauriac. Nous avons fait connaître à l'article Mauriac (p. 270), la forme dans laquelle l'hommage était rendu.

Jean de Noailles mourut au château de Cbambres en 1479. La même année, par acte reçu Manha, notaire, il légua à l'église du Vigean dix sols de rente annuelle pour son obit et celui de Jeanne de Gimel, son épouse.

Antoinette de St-Exupery, femme d'Aymar de Noailles, donna quatre-vingts livres à l'église du Vigean pour la fondation d'une messe, le mercredi de chaque semaine. (Bibl. imp., ms. Gaignières, vol. 2741.)

Avant 1370, sous le règne de Charles V, Albert de Montvert; chevalier, et Pierre, damoiseau, exposèrent au roi qu'Elie de Noailles avait livré aux Anglais les châteaux de Chambres et de Montclar; sur cet exposé, ils avaient obtenu à leur profit la confiscation de ces deux places. Le pape Grégoire XI intervint en faveur d'Elie de Noailles. Sur sa recommandation, le roi fit mainlevée de la confiscation, et, par des lettres données à Orléans le 6 février 1570 (1371), il ordonna à ses officiers de le remettre et de le conserver en possession de ses biens. De son côté, Elie de Noailles soumit à l'obéissance du roi ses châteaux de Montclar et de Chambres, et s'engagea a n'y entretenir que des capitaines, sujets de ce prince.

Peu d'années après, les grandes compagnies s'étaient saisies du château de Chambres; la prévôté de Mauriac, fatiguée de ce voisinage, vota pour sa délivrance une somme de 1,000 livres. Ce traité fut ratifié par les trois états réunis à Aurillac le 13 mars 1377 (1378).

La famille de Noailles est demeurée propriétaire de la terre de Chambres jusqu'à sa confiscation, lors de la première révolution. Les biens qui en dépendaient furent vendus nationalement.  Après la révolution , la plupart des acquéreurs traitèrent avec la famille de Noailles et firent ratifier les ventes au moyen du paiement d'une certaine somme réglée a l'amiable. Les terres que la maison de Noailles possédait dans la Haute-Auvergne étaient nombreuses et considérables. Je ferai cependant remarquer que les seigneuries de Montclar et de Chambres furent les premières, et pendant longtemps, les seules qu'elle eût dans ce pays.

Je ne tenterai pas de faire même une simple analyse de l'histoire de cette illustre maison; elle se confond avec celle de la France. Tout ce que je puis dire, c'est que son élévation à été justifiée par les services éminents que ses membres ont rendus dans l'église, l'armée et la diplomatie. Elle est aujourd'hui représentée par M. le duc de Noailles, ancien pair de France, membre de l'académie française.

Le château de Chambres, dont le principal corps de logis, flanqué de trois tours, a été conservé, a été remanié à diverses époques. On remarque encore dans les murs des portions d'arceaux en plein-cintre. Tout le reste paraît être du XV° siècle. La grande salle est encore entière. On voit sur une énorme cheminée les armes de la maison de Noailles; de gueules à la bande d'or. Le château était isolé au sud-ouest et au nord-ouest par un fossé; il était protégé aux autres aspects par des remparts; l'entrée était défendue par une antique tour carrée qui a été abattue pendant la révolution. La chapelle, qui était du XII° siècle, a été transformée en salle d'école.

Nous avons dit qu'une succursale avait été érigée à Chambres en 1843. Mgr Chabrat, ancien coadjuteur de Louis-Ville (Etats-Unis), évêque de Bolina, a fait construire à ses frais une église spacieuse et bien décorée. Il a donné les tableaux, les ornements, les vases sacrés. M. Chabrat (Pierre), chanoine honoraire de St-Flour, ancien curé de Salers, a voulu terminer l'œuvre de son frère, et a fait bâtir le clocher en 1857. La maison qui sert de presbytère appartient à M. Chabrat, ancien curé de Salers, qui en a abandonné la jouissance gratuite au desservant. MM. Chabrat sont ainsi devenus les bienfaiteurs du lieu de leur naissance. Ils ont été secondés par les habitants de Chambres, qui ont exécuté les charrois, les terrassements, etc. La famille Chabrat possède depuis fort longtemps à Chambres un domaine et une maison d'habitation avec un bel enclos..

Charmes. Ce nom, au moyen âge, s'appliquait aux terres vaines et vagues, aux vacants.

Charreau, domaine appartenant à la famille Delsongles, de Mauriac; il est aujourd'hui la propriété de Mme Ternat-Laval, née Delsongles.

Charreyre (la), village.

10° Choumanou, village.

11° Conrut, village, autrefois Glenat. Ce dernier nom est mentionné dans la légende de St-Mary. En 1425 ce village, qui s'appelait encore Glenat, était habité par une famille du nom de Conrut, qui est devenu celui du village.

12° Fageoles, village. M. Chapouille, avocat à Mauriac, y possède un domaine qui avait appartenu d'abord à la famille Thoury et ensuite â la famille Gros. La famille Rixain y possédait un autre domaine aujourd'hui divisé entre M. Rixain, propriétaire à Mauriac, et Mme Journiac. épouse de M. Journiac, ancien notaire.

13° Granouslie (la), domaine qui avait appartenu anciennement à une famille Archimbald, plus tard à la famille Simon, ensuite à la famille Mailhes, et aux demoiselles Fontanges, filles d'une demoiselle Mailhes.

14° Grégory, domaine. Il y avait autrefois un village qui portait le nom de Nojomol. Au XV° siècle il y avait cinq à six tenanciers. Ce nombre était réduit à trois au XVI° siècle. Par acte reçu Duchassaing, notaire à Mauriac, en date du 17 octobre 1569, M° Pierre Soustre, lieutenant ordinaire du bailli de Mauriac, acheta un domaine à Grégory, où il possédait quelques héritages. Il fut député de la prévôté aux états de la province assemblés à Clermont en 1369. Il appartenait à une famille que l'on trouve établie à Mauriac dès l'année 1316. Le lundi avant la fête de St-Jean-Baptiste de cette année, Raymond Sostra et Alasie, sa mère, habitants de Mauriac, vendirent devant Larmandia, notaire, à Géraud de Manso, une terre appelée de Laparro. Le dimanche avant la féte de l'Assomption, 1318, Pierre Sostra vendit au doyen Salomon sept sols de rente annuelle qu'il percevait sur le village d'Angles.

Par contrat du 50 avril 1720, M* Pierre-Jacques Soustre, notaire royal, acheta à Grégory un domaine appartenant à Me Beausire de Pomerie, Sr de Boissières. 11 le joignit à celui qu'il possédait déjà. Suzanne Soustre, unique héritière de Pierre-Jacques Soustre, apporta ces domaines en dot à Jean-Guillaume Delalo, mon ayeul, docteur en médecine, correspondant de l'académie royale de médecine , échevin , ensuite maire de Mauriac et membre du conseil général du Cantal. Il acheta, en 1765, quelques héritages appartenant à M. Bonnefon, seuls qui dépendissent de l'ancien village de Grégory et qui ne lui appartinssent pas. Il y bâtit, en 1770, une maison de maître, et compléta ce domaine tel que je le possède aujourd'hui.

15° Hôpital (!'), autrefois l'hôpital de Uchafol et du Chafou, village, dépendait de la commanderie de Carlat, ordre de St-Jean-de-Jérusalem. Au moyen âge, le plus grand mérite aux yeux des fidèles, après celui des pèlerinages, était de se vouer au service des pèlerins. Des hospices étaient bâtis sur les bords des fleuves, sur le haut des montagnes, auprès des chemins fréquentés, au milieu des villes, pour y recevoir des voyageurs. Dès le IX° siècle, on trouve des établissements de ce genre. A l'article Chastel-Marlhac, p. 134, nous avons cité un acte de l'an 1220, passé à l'hôpital de Uchafol, en présence de l'hospitalier.

16° Labiou, moulin.

17 Lespinat, village.

18° Margovie (la)r, autrefois la Marbeuvie, domaine appartenant a Mme Perier, née Ternat-Laval. Il avait appartenu d'abord aux Marbeu, plus tard aux d'Anjolie. M. Ternat-Laval l'acheta de M. Danjolie, du Mur-de-Barrès, il y a environ quarante ans.

    19° Mazerolles. Deux maisons de ce village dépendent du Vigean.

    20° Moulin-le-Petit.

21° Neyrecombes, village dépendant de la seigneurie de Claviers. Entre autres redevances, les tenanciers devaient :  Quand madame est en couches d'enfants,  géline, une; chair de mouton, demie; jouanade (fromage), une; œufs, demie (douzaine), La famille Jarriges possédait à Neyrecombes un domaine qui est aujourd'hui la propriété de l'épouse de M. Offroy Durieu, avoué, née Jarriges. M. Durieu a fait des réparations considérables, soit au domaine, soit à la maison d'habitation, qui est fort agréable et dans une belle situation.

22° Roche (la). Il y avait au XV° siècle deux mas : l'un appelé de Laroche, l'autre de Char!us. Avant 1789 l'ancien village de Laroche était un domaine appartenant au collège de Mauriac. Il a été divisé en deux parts égales, dont l'une appartient à M. Delpeuch, maire du Vigean, et l'autre à M. Diappeau, notaire honoraire. MM. Diappeau et Delpeuch ont fait construire à Laroche d'agréables habitations.

25° Sion, domaine. Il y avait autrefois deux mas dans son territoire, Sion et le Lac. Les divers héritages qui en dépendaient avaient été réunis par la famille Pomerie de Boissières. M. Vigier de Fumel acheta ce domaine vers 1770. Il est aujourd'hui la propriété de son petit-fils, M. Raymond, membre du conseil général du Cantal. Il y a fait des réparations bien entendues, qui ont augmenté considérablement le produit. Il y a une agréable habitation.

24° Surgères, hameau au-dessous de Lavialle, ancienne propriété de la famille Lavialle.

25° Vialte (la), village considérable. La famille Gaston y possédait un domaine important, divisé entre les enfants du Sr Mathaly, qui en était devenu acquéreur. Mc Lavialle, avoué à Mauriac, y possède un domaine qui est dans la famille depuis plus de trois siècles, et une jolie maison bâtie par son père.

26° Vigean-Soubro (le), hameau. La famille Pomerie de Boissjères y possédait un domaine qui fut acheté, vers 1810, par M. Offroy Durieu, avoué à Mauriac. Il est aujourd'hui la propriété de son fils, avocat a Mauriac, ancien représentant.

M.Perier, banquier à Mauriac, possède au chef-lieu de la commune un domaine considérable. Presque toutes les propriétés qui entourent le village lui appartiennent. Il a été formé de divers domaines appartenant autrefois aux Sartiges de Laprade, aux Laporte et aux Bonnefon.

27e Vigeau (le), moulin, autrefois moulin des Aliés.

Em. DELALO.