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  La commune de Laveissière aujourd'hui

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Vaissière (La).

— La commune de La Vaissière, qui dépend du canton de Murat, même arrondissement, s'allonge du nord-est au sud-ouest, et se trouve bornée au nord par celles de Dienne et de Chastel-sur-Murat; au sud, par celle de Bredon ; a l'est, encore par celle de Chastel, et à l'ouest, par les communes de Mandailles et de St-Jacques-des-Blats.

Elle est arrosée par la rivière d'Allagnon, le ruisseau de Peyre-Taillade, celui de Chambeuil, qui la sépare de Bredon, et d'autres nombreux cours d'eau qui prennent leurs sources dans la montagne.

La population de cette commune est de 996 habitants, pour 13 villages, 6 hameaux et 229 maisons.

La Vaissière, chef lieu, à 1 myr. de Murat, est un bourg de 300 habitants, situé sur la grande route d'Aurillac. Ce village s'est accru et développé, tant à cause du passage de la route n° 126, de Montauban à Clermont, que par suite de l'établissement de plusieurs fours à chaux qui desservent Murat et la montagne, le calcaire ne se trouvant nulle part qu'à La Vaissière et aux alentours. Il est prouvé par des titres, qu'au commencement du xvn* siècle, Jean de Chambeuil, seigneur et propriétaire du lieu, n'affermait que 28 livres le four à chaux où étaient occupés deux chevaux. 11 y a à,La Vaissière quelques jolies maisons bourgeoises. L'église est nouvelle, mais peu remarquable.

La commune de La Vaissière faisait autrefois partie de la paroisse de Bredon.

Les villages et hameaux de cette commune sont:

Bastide (la), village situé sur la montagne. Il y existait un château qui fut pris parles Anglais en 1357. Ce château appartint longtemps aux vicomtes de Murat, et, par une sentence arbitrale de 1377, il fut délaissé avec d'autres à Pierre de Cardaillac. Dans les guerres que cette famille eut avec Renaud, vicomte de Murat, qui s'était mis en possession de la vicomté, en 1405, Guillaume de Cardaillac et ses enfants prirent le fort de la Bastide, où le prieur et les moines de Bredon s'étaient retirés; mais Renaud le reprit, et, comme les moines y avaient été maltraités, on l'appela la Tour-des-Moines.

Chambeuil, gros village de 200 habitants, dans le vallon, et adossé à la montagne. C'était un ancien fief que défendait un château fort de quelque importance. Eustache Beaumarchès, bailli des montagnes, fut seigneur de Chambeuil en 1263; le château fort relevait du roi en 1285, à cause de celui de Becoire, près de Bredon. En 1283 et 1284, Guillaume, vicomte de Murat, fit hommage de Chambeuil au roi, comme fief, château et dépendances. Il a existé une famille de Chambeuil qui s'éteignit au milieu du XIV° siècle et fut remplacée par celle de Julien. Pierre Julien, licencié-ès-lois, de la ville de Murat, fut, dit-on, le premier noble de sa famille, et vivait en 1320. Il épousa Jeanne de Méallet de Fargues. Son fils, aussi nommé Pierre, acheta la terre de Chambeuil, en 1370, d'Arnaud de Vielmur, baron de Calvinet, et héritier des biens d'Eustache Beaumarchés, par alliance et succession ; il avait vendu son fief au vicomte de Murat pour faire cette acquisition. Autre Julien épousa Bompar du Chambon, et fut un homme très-savant pour son siècle. Guillaume Julien, seigneur de Chambeuil, et allié en 1590 avec Marguerite de Rochefort, fit son hommage au duc de Berri, en 1403, pour son château de Chambeuil. N. François de Julien , seigneur de Chambeuil, vendit, en 1518, des rentes au chapitre et prieur de Bredon. Charles de Julien, seigneur de Chambeuil et La Vaissière en 1558, fit son hommage au roi la même année, pour son château de Chambeuil. En 1571, ce château étant très-délabré, fut réparé par Jean de Chambeuil, qui servit longtemps sous le vicomte de Polignac.

Dans la première moitié du XVII° siècle, la terre de Chambeuil fut vendue en partie au seigneur d'Anteroches. Les deux familles de Chambeuil et d'Anteroches avaient de grands démêlés au sujet de la prééminence dans le chœur de l'église de Bredon. Plusieurs branches de la première continuèrent à habiter diverses parties de l'Auvergne.

Quoique M. d'Anteroches eût des droits acquis sur Chambeuil, la famille de Cosnac l'a possédé quelque temps. Claude de Cosnac, seigneur de Chambeuil, fut aide-de-camp du maréchal de Turenne, et tué auprès de lui en 1674. N. de Cosnac, frère du précédent, était évêque de Valence. Le père de Gabriel de Cosnac vendit, en 1660, ses droits sur la terre de Chambeuil à M. d'Anteroches. Les descendants de ce dernier en ont joui jusqu'à la révolution de 1789.

Le château de Chambeuil a éprouvé de grands désastres lors des guerres contre les Anglais, et a été pris, repris plusieurs fois et dévasté.

Chambon (le), hameau et jolie maison de campagne près de La Vaissière. Il donna son nom à l'ancienne famille d'Anteroches. Armand du Chambon vivait en 1282. (Vov. Murat.) Le Chambon a été reconstruit en partie par M. Léon Teilhard, juge au tribunal de Murat, à qui il appartient. On remarque la belle allée de peupliers qui le fait communiquer avec la grande route, en traversant d'un coté à l'autre la vallée d'Allagnon.

4° Chassagne (la), village à mi-coteau, près de Murat.

Chayrouse, village.

Chongey. hameau.

Combrelles, hameau et ruine de château situé sur un monticule qui domine à la fois la vallée d'Allagnon et une gorge étroite et boisée. Cette seigneurie appartenait, en 1262, à la maison de Jurquet, qui l'a possédée pendant longtemps. Jean de Jurquet était un homme de grand mérite, et fut consulté souvent par Guillaume de Nemours, commissaire du roi en 1346.

Vespasien de Combrelles vivait en 1497, et avait épousé Marguerite de Quincampoix. Il parait que la seigneurie de Combrelles subit plusieurs divisions et appartint à divers seigneurs. N. Olivier del Linarès en était coseigneur en 1446. Rigaud et Avmérigot de Bail eu possédaient les deux tiers en 1475; Guyon de Furael était coseigneur de Combrelles en 1477.

Louis de Combrelles fit, en 1538, son hommage au roi pour son château et dépendances; en 1572 il maria son fils, Antoine, avec N. Gabrielle de Pierrefort, fille de feu N Roch de Pierrefort, baron dudit lieu. En 1881 le château fut pillé et ruiné par les huguenots. Antoine de Combrelles, étant mort sans enfants, ne laissa que deux sœurs, Isabelle et Anne, célibataires, qui donnèrent leurs biens au seigneur d'Anteroches. On voit, par le testament de N. de Fretat, qu'il éhait seigneur de Combrelles en 1679. Il avait épousé Catherine de Sagnes, veuve en 1686. (La légende qui suit est extraite des manuscrits de H. Paul de Chazettes. Déjà, depuis un an. Notre savant et regrette collaborateur a été enlevé à la rédaction de cet ouvrage, et cependant on a pu voir les nombreux articles signés de lui qui alimentent encore la publication du Dictionnaire tout ce qu’il avait fait pour la mener a son terme. Nos lecteurs aimeront è retrouver ce nom qui leur est cher, et à sentir encore, en quelque sorte, la chaleur de cette imagination toujours jeune, dans l'intéressante chronique  si heureusement pour nous échappée de sa plume.)

 

Le baron de Combrelles.

 

Sur une roche escarpée dominant une gorge qui, des bords de l'Allagnon, s'élève travers des bois de hêtres et de sapins vers les sommets voisins du Cantal, était construit le manoir de Combrelles. La solitude de ce lieu, la difficulté de ses abords qui le rendait inaccessible presque sur tous les points, l'épais feuillage qui le cachait à tous les regards, les ténébreuses perspectives de la forêt du Lioran dans le lointain, rappelaient involontairement à la pensée les sombres tableaux d'Anne Ratcliffe, et impressionnaient presque au même degré l'imagination. Quand on était parvenu jusqu'à ce manoir, on se demandait quelle pouvait être la nature des crimes commis par son fondateur pour qu'il eût choisi un lieu aussi sauvage et aussi rempli d'horreurs , afin d'y cacher des jours flétris, et de laver, loin de tout être humain , sa conscience souillée dans les larmes du repentir.

Un manuscrit (Ce manuscrit nous a été communiqué par M. Besson, maire de La Vaissiére,) rédigé, dit-on , par un ancien chapelain , nous a laissé une description de ce château. Nous la reproduirons, en lui laissant son caractère légendaire et sous toute réserve; car, depuis longtemps, il n'existe plus de ruines qui témoignent de ce que pouvait être Combrelles. , Il s'y trouvait trois enceintes, dit l'auteur de la légende. La première, de douze à quinze mètres d'élévation, munie de meurtrières et de mâchicoulis. Les logements de ses défenseurs étaient voûtés, et les mettaient à couvert de tous les engins connus à cette époque. On pénétrait dans cette enceinte par une porte flanquée de deux tours, d'un pont-levis. d'une herse que l'on relevait intérieurement à l'aide d'un cabestan, et d'une seconde porte recouverte de fortes lames de fer. Ce rempart s'élevait jusqu'au niveau d'une terrasse destinée aux exercices de la garnison et aux promenades des habitants du manoir.

La deuxième enceinte avait été bâtie à peu près dans les mêmes conditions que la première; mais les salles voûtées de l'intérieur étaient plus convenablement disposées, et servaient à loger des gens d'une classe supérieure. L'entrée en était également défendue par deux tours.

Au centre de cette deuxième enceinte, s'élevait un mamelon qui supportait une autre tour carrée flanquée de quatre tourelles. C'était là le donjon. Nous nous abstiendrons de détailler sa distribution intérieure. Disons seulement que les souterrains renfermaient les cachots, les oubliettes, et qu'on y pénétrait par l'esplanade, entre la deuxième enceinte et le donjon.

La tradition rapporte encore qu'il existait des chemins secrets partant du château et allant aboutir dans les vallées voisines.

Parmi les tours de la deuxième enceinte, l'une était occupée au rez-de-chaussée par la chapelle, au premier étage par la salle de justice, au second se trouvait enfin la prison destinée aux femmes dont les fautes étaient légères.

Le seigneur de Combrelles était haut justicier. On l'apprenait de loin ; car la tour d'Orient, où ses justiciables étaient détenus, s'élevait au-dessus des autres constructions. Elle dominait les arbres de la forêt, et se terminait par une plateforme sur laquelle étaient dressées plusieurs potences; de sorte que les suppliciés pouvaient être vus de tout l'horizon, et servir d'épouvantail aux vassaux de !a seigneurie.

D'après l'aperçu que nous venons de donner sur cet antique donjon, il est facile de comprendre que les rares habitants du pays y aient attaché de sinistre» légendes. Le montagnard, frappé dès son enfance par l'image fantastique des hauts sommets que sillonne la foudre et par le sombre aspect des abîmes qui l'entourent, recherche les scènes émouvantes. Aussi, plus un récit est lugubre, plus les crimes qu'il relate sont terribles, plus sa fibre grossière en est avide. Combrelles aux tours menaçantes, aux noirs sapins, aux tempêtes permanentes, balançant dans les airs les ossements desséchés de ses pendus, Combrelles devait donc inspirer les beaux diseurs. Parmi divers récits contenus dans notre manuscrit, nous extrairons le suivant:

Il fut un temps où ce manoir avait pour maître un châtelain cruel, libertin, et qui ne reculait devant aucun crime pour assouvir ses passions. Il prenait au sérieux le droit du seigneur; aussi, la terreur planait-elle sur les jeunes filles auxquelles s'étendait sa suzeraineté. A elles seules pourtant ne se bornaient pas ses poursuites, et, lorsqu'une pastourelle du voisinage était assez malheureuse pour lui plaire, il n'hésitait pas à la faire enlever par ses satellites. Sous les voûtes inférieures du donjon , il avait fait construire des appartements aussi commodes et ornés que les goûts de l'époque pouvaient le désirer. Un escalier secret, pratiqué dans l'épaisseur des murs, communiquait avec eux. C'était là qu'étaient enfermées ses victimes; et, pour que nul ne connût les dérèglements dont il se rendait coupable, il les rendait rarement à la lumière, ou les faisait transporter dans des pays lointains , leur interdisant, sous peine de mort, le retour au foyer paternel.

Ce méchant homme avait perdu son père dès son bas-âge. Sa mère, vertueuse femme, restée veuve de très-bonne heure , n'avait pas eu l'énergie de combattre les mauvais penchants de son fils ; elle était, en outre, aveuglée par sa tendresse maternelle, ne sortait jamais du château et ignorait tous les crimes qui s'y commettaient.

Vainement, le chapelain avait voulu redresser la vicieuse nature du seigneur de Combrelles. Ses efforts avaient été infructueux , et la menace des châtiments éternels n'avaient pas eu plus d'influence sur cette âme maudite.

Un jour donc, Begon de Combrelles se rendait à Allanche. En passant près de Chalinargues, il aperçut une jeune et gentille bergère. Marguerite avait dix-huit ans; sa fraîche carnation , son coloris un peu vif comme celui des filles de la montagne, ses yeux noirs , ses dents d'ivoire, sa taille svelte et élancée lui donnaient une beauté rare dans ce pays. Malheureusement pour elle, Begon fut séduit. Mais, comment vaincre les résistances de la jeune paysanne? Marguerite n'était point sous sa dépendance, et il pouvait y avoir danger à un enlèvement. Pas d'autre moyen pourtant. Le sire de Combrelles résolut donc de s'emparer de la jeune fille. Deux de ses archers reçurent ordre de se rendre sur la route, non loin du champ où il l'avait rencontrée, et, lorsque les approches de la nuit la ramèneraient au village avec son troupeau, de se saisir d'elle, de la bâillonner, de lui bander les yeux pour qu'elle n'eût aucun soupçon du lieu où on l'entraînerait. Les choses se passèrent comme elles avaient été prescrites. Marguerite fut placée en croupe derrière un des cavaliers. Arrivée à l'entrée du souterrain qui donnait dans la vallée de Chambeuil , elle fut mise a terre et conduite , les yeux bandés, jusqu'à une vaste salle voûtée qui servait de vestibule à plusieurs autres pièces. Introduite dans une chambre meublée suivant le style du temps, une vieille femme se présenta devant elle avec des paroles caressantes, et lui offrit de fournir à tous ses besoins.

L'enlèvement avait été opéré avec une incroyable rapidité. Deux heures à peine d'une course forcée avaient suffi. Marguerite n'était donc pas loin de sa famille; mais l'aspect seul de sa prison lui révélait tous les dangers qui la menaçaient.

Marguerite était aussi vertueuse que belle; l'ardeur de sa foi pouvait seule la soutenir en ce moment. Elle se jeta donc à genoux et implora les secours d'en haut pour obtenir la force de repousser les attaques dont elle sentait bien qu'elle allait être l'objet. Trop sérieuse pour que les vanités de la toilette , cette cause de perdition pour les jeunes filles, eussent empire sur elle, toutes les séductions de ce genre que sa vieille compagne essaya sur son esprit restèrent sans effet. Le lendemain, le baron de Combrelles entra dans la pièce où elle était logée. Il voulut s'excuser sur les sentiments qu'elle lui avait inspirés, lui offrit la perspective de devenir une grande dame; mais Marguerite resta inébranlable, et trois mois s'écoulèrent sans que les avances du baron eussent triomphé de la jeune fille.

Un matin où elle gémissait comme de coutume, elle crut entendre parler dans la chambre contiguë à la sienne; elle prêta l'oreille et distingua la voix de Combrelles. Il s'emportait contre la duègne, et déclarait que, puisqu'elle n'avait pas eu l'adresse de gagner sa captive , il allait employer la force. Emue par le péril, Marguerite se précipite vers la porte de son appartement pour la barricader. Bonheur inespéré! Cette porte n'est pas fermée; elle l'ouvre et pénètre dans la grande salle. La clé de la chambre où elle avait ouï des voix est restée en dehors. Elle tire vivement les verrous qui ferment cette chambre, s'empare de la clé, saisit un flambeau, et, confiante en la Providence , elle s'avance au hasard dans le souterrain, décidée à mourir plutôt que de rester enfermée dans ce château.

Après de nombreux détours , Marguerite arrive à l'ouverture qui donne dans la vallée de Chambeuil. En revoyant le jour, elle s'agenouille pieusement, fait son action de grâces, et, sans savoir quelle direction elle doit prendre au travers de ces bois inconnus, elle suit le cours du petit ruisseau, ne doutant pas qu'il ne la conduise hors de la forêt. Elle parvint ainsi à un sentier légèrement indiqué, et, après deux heures d'une marche pénible, elle atteignit le petit village de Chambeuil- Là, il lui fut facile de prendre des informations sur son chemin, et elle put regagner heureusement la maison paternelle.

Cependant, au fond du château de Combrelles, le baron restait enfermé avec la duègne; il y avait peu d'espoir de secours sous ces voûtes profondes; aucun bruit ne pouvait parvenir aux autres habitants du château ; les portes, en bois dur, étaient massives et chargées de fer. Pendant deux jours donc, malgré les efforts surhumains du baron, toutes ses tentatives pour les enfoncer furent inutiles; ses cris désespérés ne le furent pas moins. Le très-haut châtelain sentait déjà les horreurs de la faim Dans un moment de frénésie, maudissant la vieille et sa négligence , il se précipita sur elle avec rage, la renversa , et ne cessa de la frapper que lorsqu'il la vit étendue presque sans vie.

Dans les étages supérieurs du manoir, on commençait à s'inquiéter du baron. Parfois, sans doute, il s'absentait sans prévenir même sa mère, mais ses absences ne duraient guère. D'un autre côté, la vieille mégère n'avait pas reparu à la cuisine; elle n'était pas venue chercher le repas quotidien. Le concours de ces circonstances était inexplicable. Le chapelain soupçonna quelque sinistre événement. Connaissant l'entrée du souterrain, ayant pénétré sa secrète destination, il fit appel à un domestique de confiance, et se hasarda dans ce lieu redouté.

Parvenu dans la grande salle , le chapelain croit entendre des gémissements partir de l'une des chambres qui y avaient issue. Serait-ce une victime de Begon? Il est dangereux sans doute de sonder ce mystère. En outre , la clé n'est point sur la porte. Cependant, deux jours se sont écoulés depuis qu'on n'a vu le baron; un plus long retard , si c'est bien lui qui a été enfermé par quelque main inconnue, pourrait compromettre sa vie. Le chapelain n'hésite plus; il se rend chez la baronne, l'instruit de la conduite criminelle de son fils et lui fait part de ses craintes. On descend alors en toute hâte sous les voûtes mystérieuses; la porte est enfoncée , et un horrible spectacle se présente à tous les yeux : Begon était étendu sur un lit, anéanti par la faiblesse, mais respirant encore ; la vieille domestique, couchée au milieu de l'appartement, couverte de meurtrissures, donnait cependant encore signe de vie et proférait d'affreuses malédictions. On s'empresse de les secourir, des cordiaux leur sont administrés; en quelques heures, ils ont repris assez de force pour pouvoir remonter au château ; mais les blessures de la duègne étaient trop profondes, elle succomba quelques .heures après.

Le rétablissement du baron s'opérait lentement. Le chapelain profitait de son état pour lui faire les plus salutaires exhortations. Les heures cruelles d'angoisses qu'il avait subies; la perspective un moment si menaçante d'une damnation certaine; car, à cette époque, la foi se conservait même à travers la violence des passions; les prières enfin d'une bonne mère, tout devait amener le baron à de meilleures voies. Pendant quelques jours, il parut converti.

Mais, hêlas! Cette conversion ne devait pas être d'une longue durée.

Le baron avait dépassé trente ans. Sa mère le conjurait de former une alliance honorable. Les amis de sa famille lui représentaient que , dernier rejeton d'une race illustre , son devoir était de la perpétuer, et qu'il était temps enfin de renoncer à cette vie désordonnée qui l'avait rendu odieux au pays. Begon fut un moment touché des supplications de sa mère, et songea sérieusement au lien du mariage. Mais il vivait mal avec les seigneurs des environs. Sa conduite criminelle lui avait fermé la porte de plusieurs respectables manoirs. Nul père n'aurait voulu hasarder auprès de lui le bonheur de sa fille; et, quoique sa position sociale fût des plus belles dans le pays, le baron de Combrelles devait craindre partout un refus. Le chevalier de Chambeuil, son plus proche voisin, neveu du baron de Dienne, avait, il est vrai, une sœur aimable, douce et belle, mais les deux jeunes gens, très-différents dans leur conduite, étaient loin de sympathiser, et, quoique Marie de Chambeuil eût peu de fortune, qu'elle eût perdu depuis longtemps son père et sa mère , il était probable que Chambeuil ne consentirait pas à son alliance avec le seigneur de Combrelles.

Cependant, Begon avait conservé quelques rapports avec une famille considérable du pays. Une partie de la forêt du Lioran lui appartenait; les propriétés du baron de Dienne étaient limitrophes. L'un et l'autre faisaient très-souvent ensemble des parties de chasse; des relations bienveillantes s'étaient établies entre eux.

De Dienne avait une fille de dix-huit ans, pleine de grâces et de vertus, chérie de tous, et aussi aimable par les dons de l'esprit que par le charme de sa figure et les qualités de son cœur. Begon jeta les yeux sur elle, et, quoiqu'il n'ignorât pas que ses antécédents fussent connus du baron , il se hasarda à lui demander sa main. De Dienne accueillit cette demande avec politesse, mais lui répondit évasivement et se retrancha, avant de lui donner une réponse définitive , sur la nécessité d'en conférer avec sa fille Alice.

Begon comprit cette réponse; il dissimula cependant et continua de fréquenter le château de Dienne. Mais , le silence gardé à son égard le convainquit bientôt qu'il ne devait rien espérer. Son orgueil en fut profondément blessé, et les obstacles qu'il rencontrait réveillèrent en lui ses mauvais penchants.

L'intendant de Combrelles était encore plus pervers que son maître. Celui-ci le prenait pour conseil lorsqu'il y avait quelque action détestable a commettre; il lui fit part des refus qu'il avait éprouvés de la part du baron de Dienne, et de sa volonté d'obtenir à tout prix la main de sa fille. Ces deux hommes débattirent ensemble les moyens de réussite. Un second enlèvement fut décidé; mais il y avait des précautions à prendre et des risques à courir, car avec le baron de Dienne, seigneur si puissant et si considéré, de semblables desseins pouvaient être suivis de terribles conséquences. Néanmoins, les deux misérables pensèrent qu'une fois l'enlèvement consommé, la noble damoiselle répugnerait à un éclat qui publierait son déshonneur, et que son père serait ainsi contraint de consentir à son mariage. Cette réflexion détermina Combrelles, et il ne fut plus question que des moyens d'exécuter sa trame coupable.

Or, il arriva que les gardes de la forêt du Lioran vinrent signaler à Combrelle la présence de plusieurs sangliers. L'intendant et son maître saisirent aussitôt cet avis et songèrent à organiser une grande chasse. Le baron de Dienne et sa fille devaient être invités à cette partie de plaisir. Les incidents de la journée feraient naître infailliblement quelque occasion dont profiteraient les ravisseurs. Le baron de Dienne et plusieurs seigneurs des environs furent donc engagés a venir a Combrelles. Alice de Dienne et sa cousine, Marie de Chambeuil, pourraient suivre la chasse du haut d'un mamelon touffu qui dominait l'horizon de la forêt. Le spectacle dont elles jouiraient de ce point promettait beaucoup de plaisir aux jaunes dames. Le baron de Dienne accepta.

Au jour convenu, le soleil se leva brillant et radieux comme un soleil de nos montagnes au mois d'août. Les chasseurs arrivaient de toutes parts au rendez-vous, lecteur joyeux et plein d'espérance. Alice seule ne partageait point l'humeur générale : d'étranges appréhensions la poursuivaient. En vain , sa cousine avait cherché à la distraire ; sou âme se refusait à toute gaîté.

Cependant, les chiens sont découplés. Le baron de Dienne occupe le poste d'honneur sur le bord d'un ravin profond et escarpé par où l'animal doit inévitablement passer; à quelques pas, sont les deux jeunes filles. Tout à coup, la chasse s'ébranle; les chieus ont lancé; mais le sanglier semble prendre une direction imprévue. L'intendant de Begon, habile piqueur , quitte son poste, et, sous le prétexte de redresser la chasse, il passe au galop près de Dienne; son cheval, pressé adroitement d'un coup d'éperon , se jette sur le côté, atteint brusquement le baron, qui lui tournait le dos en ce moment et le fait rouler d'une grande hauteur dans le fond du ravin. La mort devait résulter de cette chute terrible, et c'était sans doute le but de l'intendant. Il poussa néanmoins de grands cris en voyant tomber de Dienne. A ces cris, les deux jeunes filles accourent. Alice , saisie des plus vives inquiétudes pour son père , s'élance éperdue vers le rocher où il était placé; mais, au moment où elle traversait un bouquet de bois, deux créatures horribles, n'ayant aucune forme humaine et couvertes d'une peau semblable à celle d'un loup, se jettent sur elle comme pour la dévorer; on lui ferme la bouche, on l'entraîne jusque dans l'épaisseur de la forêt, et elle disparaît à tous les yeux. Marie voulut appeler au secours; mais, terrifiée par l'horrible apparition des deux fantômes, elle perd connaissance, et tombe à demi-morte de frayeur au pied d'un arbre.

Cependant, contre toute probabilité, le baron survivait à sa chute; le corps meurtri, une jambe cassée , il put être porté sur un brancard au château de Chambeuil. Un médecin fut appelé ; il ne trouva point ses blessures dangereuses, et ordonna de le transférer immédiatement au château de Dienne.

Mais Alice n'était point près de son père. Alice, habituellement si tendre et si affectueuse! Comment lui manquait-elle en ce moment? Comment ne lui prodiguait-elle pas ses soins? Le malheureux baron ne demandait qu'elle au milieu de ses souffrances. On fut enfin forcé de lui faire connaître la disparition de sa fille.

Marie, qui la remplaçait nuit et jour, dit à son oncle qu'au moment où elles accouraient l'une et l'autre vers lui, deux loups-garoux étaient sortis des halliers, s'étaient emparés de sa cousine, l'avaient emmenée dans les profondeurs de la forêt, et qu'on n'avait encore retrouvé d'elle que des traces de sang, des lambeaux de sa robe et quelques débris plus douloureux encore à la vue. Marie pleurait, profondément convaincue de l'affreuse mort de sa cousine.

De Dienne ne crut pas à cette absurde version ; il comprit aussitôt qu'il s'agissait d'un enlèvement, et comme nul autre que Combrelles n'aurait osé dans le pays commettre ce rapt audacieux, tous ses soupçons se portèrent sur lui. Son opinion fut corroborée à cet égard lorsque son médecin, examen fait des ossements retrouvés, assura qu'ils n'avaient jamais appartenu à une créature humaine.

Dans le même temps, le chevalier de Chambeuil, qui servait comme archer dans la garde du roi, obtint un congé. Il se rendit immédiatement auprès de son oncle. De Dienne lui communiqua ses soupçons, et, dans un moment d'épanchement, lui laissa comprendre quel était dans ses projets l'époux depuis longtemps destiné à sa fille. Cet aveu aurait, dans un autre moment, comblé les souhaits de Chambeuil; il éprouvait en effet pour Alice une vive et profonde affection; mais comme sa fortune était très-inférieure à celle que devait un jour avoir sa cousine, l'excellent mais timide jeune homme avait jusque la gardé ses sentiments dans les secrets de son cœur.

Chambeuil resta persuadé, comme son oncle, qu'Alice était enfermée à Combrelles. Il s'agissait donc de pénétrer dans ce repaire et d'en tirer la prisonnière sans éclat, sans compromettre dans le pays sa réputation.

Comme les deux seigneurs se préoccupaient ensemble de ce dessein, la Providence vint à leur aide. Le lecteur n'a pas oublié sans doute Marguerite, cette jeune fille de Chalinargues, échappée si miraculeusement aux poursuites criminelles de Begon. Rentrée chez son père, elle lui avait fait part des dangers qu'elle avait courus; mais Combrelles était redouté dans toute la contrée, et on avait jugé prudent de garder le silence à son égard.

Or, Marguerite avait un frère, grand et robuste jeune homme. Les outrages commis envers sa sœur l'avaient ulcéré, et il avait juré d'en tirer vengeance. D'un autre côté, Marguerite venait d'épouser le fils d'un fermier du baron de Dienne, vigoureux montagnard aussi, aimant ses maîtres avec adoration, et prêt à sacrifier sa vie pour leur être utile. Dès que l'ancienne captive de Combrelles eut appris la disparition d'Alice, elle ne douta pas de son sort et du lieu où elle avait été conduite. Le fatal souterrain lui revint immédiatement en mémoire. Elle confia sa pensée à son mari, et, de l'aveu de ce dernier, elle demanda à parler au baron, qui ne pouvait encore quitter son lit. Admise près de lui, elle lui raconta ce qu'elle savait de Combrelles, bien convaincue que sa jeune maîtresse était à son tour détenue dans cet horrible château.

Une pareille révélation était un trait de lumière pour le baron. Chambeuil fut appelé à l'entretien. Marguerite ajouta qu'en s'échappant du souterrain, et malgré son trouble, elle en avait bien remarqué l'issue, qu'elle était sortie par le vallon de Chambeuil, et qu'en suivant pendant une demi-heure le cours du ruisseau qui l'arrose, on arriverait à des broussailles et à des blocs de rochers derrière lesquels se trouverait l'ouverture des passages secrets.

Sur ces données, un plan d'attaque fut concerté pour le lendemain. Chambeuil. accompagné par le mari et le frère de Marguerite, armés selon l'occurrence, devait courir à la délivrance d'Alice; tous trois se jurent de la rendre à son père et de punir le félon qui la retenait dans ses murs.

Voyons ce qui se passait au château de Combrelles.

Depuis que Begon avait conçu le projet de se rendre maître d'Alice, il avait fait restaurer splendidement les plus belles pièces de ses appartements secrets. Les plus habiles ouvriers avaient été employés à ces réparations ; mais nul ne les avait vus repartir du château. On ne savait ce qu'ils étaient devenus.

Dès que les satellites chargés d'exécuter le rapt commis dans la forêt (car nos lecteurs n'ont pas été sans doute plus disposés à croire aux loups-garoux que le baron de Dienne), dès que les agents du sire de Combrelles furent rentrés avec leur victime dans les salles basses du château , le bandeau qui couvrait la vue d'Alice lui fut ôté; une femme d'un certain âge, qui avait succédé au service de la duègne, vint, d'un ton d'extrême humilité, se mettre à ses ordres, et la fit entrer dans la chambre somptueuse qu'elle devait habiter. Alice demanda en grâce à rester seule; les pensées les plus sinistres pesaient sur son cœur comme un épouvantable cauchemar. Qu'était devenu son père? était-il encore vivant ou n'avait-il pas été assassiné? Elle-même, par quel complot se trouvait-elle en ce lieu? Quel était l'homme assez téméraire pour avoir entrepris d'enlever à main armée, en plein jour, la fille du baron de Dienne à la face de son père? Sans doute ses conjectures se portaient sur Combrelles, car elle le savait irrité par lu refus de sa main; mais comment avait-il pu risquer un pareil affront envers le seigneur le plus respecté du pays?

Elle fut tirée promptement de ses incertitudes; la dame placée auprès d'elle pour la servir ne tarda pas à lui faire connaître son ravisseur; elle lui peignit sons les pins brillantes couleurs l'avenir réservé à celle qui avait été choisie entre toutes pour devenir baronne de Combrelles. Begon, il est vrai, s'était laissé entrainer à une violence bien coupable envers elle; mais il fallait beaucoup pardonner à l'ardeur de son amour. Il ne pouvait plus vivre sans elle, et s'il avait été poussé jusqu'à tant de témérité, c'est qu'il savait que le baron de Dienne n'avait pas fait connaître sa demande à sa fille, et s'opposait seul à leur union.

Le lendemain, Combrelles lui-même parut devant sa belle prisonnière. Il fut respectueux, soumis, et n'omit aucune protestation pour obtenir sa grâce. Mais Alice n'accueillit sa démarche qu'avec dédain; elle lui déclara d'un ton net et méprisant qu'il ne serait jamais son époux, et, tirant un poignard dont elle s'était munie par précaution contre les éventualités de la chasse, elle ajouta avec un accent d'inexprimable fermeté, qu'elle était décidée à se percer le cœur plutôt que de lui accorder sa main. Begon se retira.

Cependant, le sire de Combrelles ne fut point rebuté par tant de hauteur. Il renouvela plusieurs fois, mais inutilement, ses tentatives. Un jour il se montra plus pressant que de coutume.

— Charmante Alice, lui dit-il, quelque pénibles que soient pour moi les révélations que j'ai à vous faire, je ne puis les ajourner plus longtemps. Vous êtes orpheline, noble damoiselle, votre père a succombé aux cruelles blessures qu'il s'était faites dans sa chute, et vous devez chercher un protecteur et un ami qui puisse le remplacer. Où trouverez-vous un chevalier qui vous entoure d'un amour plus vrai et plus dévoué? Un esclave plus docile aux moindres désirs de sa dame?

— Malheureux! répondit Alice, vous avez été le bourreau de mon père; car nul autre que vous n'a causé sa mort! Vous avez appelé le déshonneur sur mon nom. vous avec taché mon existence aux yeux du monde! Jamais, non jamais entre nous n'existera un lien que je ne cesserais d'abhorrer. Je suis prisonnière, il est vrai ; je ne suis qu'one faible femme, et vous avez pour vous la force et la violence ; mais il me reste un dernier moyen d'échapper à vos persécutions. A ces mots, exaltée par le désespoir, Alice porte la main sur son poignard et le dirige contre son sein.

Alice était très pieuse et d'une dévotion fervente pour la sainte Vierge. Soit hasard, soit miracle, la pointe du poignard s'arréta sur une médaille de NotreDame-des-Oliviers, patrone de Murat, et ne causa point de blessure. Cependant, un rayon de lumière surnaturelle brilla tout à coup dans l'appartement, et, dans cette auréole lumineuse, Alice aperçut en face d'elle une femme aux vêtements éblouissants de blancheur, portant à la tête une couronne plus resplendissante encore. Une médaille semblable à celle d'Alice était attachée à son cou , et, sur cette médaille, l'infortunée put lire les mots suivants écrits en caractère de feu: «  Prends confiance, ma fille, je ne t'abandonnerai pas; mais ne te rends pas criminelle par un suicide. » Puis la vision s'effaça et disparut. Alice, dans l'extase, laissa tomber son poignard. Begon, qui n'avait rien vu parce que ses yeux étaient fixés sur un point opposé à celui de l'apparition, s'élança et chercha à s'emparer de l'arme redoutable. Mais, nouveau prodige! Ce poignard est brûlant; il échappe de ses mains, tombe de nouveau, et, en frappant le sol, fait jaillir une étincelle qui se développe comme une traînée de poudre, s'attache au sire de Combrelles, enflamme ses habits, ses cheveux , et arrache au malheureux d'épouvantables hurlements.

Begon était horriblement brûlé. Ses poursuites cessèrent pendant quelque temps. L'apparition étant restée invisible pour lui, le phénomène dont il avait été victime le laissait dans une extrême surprise dont il ne pouvait revenir.

Cependant, comme tous les esprits forts, qui ne croient à aucun fait surnaturel, il parvint à trouver une explication quelconque à son accident, et sa guérison faisant des progrès, son impatience croissant avec elle, craignant que le baron de Dion ne ne parvint à découvrir son crime, il se promit bien d'atteindre enfin son but, n'importe par quelle voie.

L'idée d'un mariage simulé lui fut alors suggérée par son intendant. Alice, une fois engagée par un acte qu'elle regarderait comme sacré et auquel on saurait bien la contraindre, se croirait irrévocablement liée. Elle serait conduite au château, traitée avec honneur, et le baron de Dienne finirait par ratifier une union qui deviendrait la seule réparation possible pour l'honneur de sa fille.

Ce plan adopté, on se met en devoir de l'exécuter. La veille du jour où devait avoir lieu l’hyménée , un magnifique autel est érigé dans la vaste salle qui précédait la chambre d'Alice. Le lendemain, à l'heure convenue, des serviteurs disposent tout pour la cérémonie Le prêtre, revêtu de ses plus beaux ornements, est au pied de l'autel, attendant le couple dont il doit consacrer l'union.

Alice, plus morte que vive, est amenée de son appartement, traînée à l'autel, et la bénédiction nuptiale va commencer. Résignée dans son affreuse douleur, avertie si merveilleusement par une voix d'en haut, Alice n'a plus qu'à se soumettre et doit renoncer a toute défense humaine. Comment, néanmoins, sa divine protectrice la délaisse-t-elle en ce moment suprême? Quelques minutes encore et tout sera consommé. Pour la dernière fois, Alice lève au ciel des yeux baignés de larmes, et implore la bonne Vierge!

En cet instant même, un bruit soudain se fait entendre, une porte est brusquement ouverte, et trois hommes armés s'élancent dans la salle. L'intendant, car c'était lui qui remplissait le rôle de prêtre, est reconnu et renversé d'un coup de pertuisane. Son maître est saisi et garrotté sans pouvoir se défendre. Alice s'évanouit; mais une voix bien connue la ranime. C'est le salut que le ciel lui envoie.

Un de ses libérateurs a relevé la visière de son casque, et, dans ses traits, elle a reconnu son cousin. A lui, après le ciel, elle doit la vie, l'honneur, la liberté. Un regard, un seul regard exprime assez sa reconnaissance. Puis tous ensemble, entrainant Begon, se hâtent de sortir du souterrain, craignant quelques poursuites de la garnison. Peu d'heures après, Alice rentrait au château de Dienne, se jetait dans les bras de son père, et le baron de Combrelles était enfermé dans un cachot.

Nos lecteurs n'ont pas eu de peine à comprendre que les deux compagnons de Chambeuil étaient le mari et le frère de Marguerite. Cette jeune femme leur avait donné tous les renseignements nécessaires sur le souterrain, et, par l'intervention de la divine Providence, ils arrivèrent assez à temps pour sauver Alice.

Un mariage plus heureux que celui dont la fille du baron de Dienne avait été préservée devait suivre nécessairement sa délivrance. Le baron connaissait les sentiments de son neveu et les avait facilement approuvés; car Roger de Chambeuil était un loyal et noble gentilhomme, aimé de tous et digne de l'être. Aussi, dès son jeune âge, Alice avait partagé le doux penchant de son cousin. Su soustraire aux devoirs impérieux que lui imposait le souvenir d'un grand bienfait rendu, aurait été d'un mauvais cœur; Alice n'en était pas capable. Aussi, peu de temps après les événements de Combrelles, un mariage, auquel avait été convoquée toute la noblesse du pays, était célébré dans la chapelle de Dienne, et la joie la plus vive rayonnait sur toutes les figures.

Quant à Combrelles, le baron de Dienne le fit comparaître en sa présence. Il lui fit comprendre qu'après tous ses crimes, ni grâce ni pardon ne pouvaient lui être accordés dans le pays. Une partie de la noblesse d'Auvergne s'était croisée contre les infidèles. Dans cette croisade était marquée la place d'un gentilhomme qui avait à reconquérir l'honneur et à expier tant de fautes.

Begon avait conservé quelques sentiments de noblesse au milieu de ses passions; il fut ému par les avis du baron de Dienne, prit la croix et prépara tout pour son départ. Quelques jours après, il vendit son château de Combrelles et les dépendances de sa seigneurie, y compris la part de la forêt du Lioran qui en dépendait, sous la réserve de la jouissance pour sa mère sa vie durant. Il se mit ensuite en route pour la Palestine, et on n'entendit plus parler de lui. Un jour, néanmoins, un pèlerin, courbé par l'âge et par la souffrance, demanda l'hospitalité au château de Dienne. II avait vu bien des pays et savait bien des choses; il raconta qu'après avoir longtemps combattu, non sans quelque valeur, contre les infidèles, Begon de Combrelles avait enseveli sous la hairo et le cilice une vie qu'avaient souillée de grands crimes, mais que le repentir avait ramenée a Dieu. Le lendemain, le pauvre pèlerin, parti au point du jour, expirait de fatigue au bord d'un chemin de la montagne. On crut qu'avant de mourir, il avait voulu rapporter dans son pays le dernier mot de sa propre histoire!

Ainsi finit, suivant notre légende, cette haute lignée, ainsi s'éteignit cette noble et antique race des Jurquet, que l'on croyait descendue des comtes de Toulouse, et que nous avons vue mentionnée à l'endroit de la fondation du monastère de St-Flour.

Empalat, village.

Fraysse-Bas, village assez grand, près de la route. On y construit tous les jours de nouvelles habitations.

10° Fraysse-Haut (le), gros village de 200 habitans, dominant à droite la route d'Aurillac. Il est remarquable par sa position entre des rochers volcaniques de forme singulière. Dans une falaise de conglomérat qui règne le long de la montagne, au dessus du village, est creusée une grotte formée de trois étages liés par des escaliers intérieurs, et comprenant, a chaque étage, plusieurs compartiments taillés au ciseau. Cette grotte fut évidemment un ermitage, et la tradition veut qu'il ait été habité par saint Calupan, l'un des premiers apôtres de l'Auvergne.

Les environs de Fraysse-Haut sont très-intéressants pour le touriste et le géologue; on y admire un grand nombre de cascades, dont la plus belle est celle de Pierre-Taillade.

Dans cette partie de la vallée, dit M. Bouillet, les couches volcaniques, en superposition immédiate, atteignent une hauteur extrêmement considérable. Nulle i part, dans la partie volcanique de l'intérieur de la France, on ne trouve, je crois, un phénomène semblable , car ces couches ont au moins 8 à 900 pieds d'épaisseur. On trouve au-dessous, entre La Vaissière et Fraysse-Haut, deux carrières ouvertes de calcaire d'eau douce, que l'on exploite pour de la chaux à bâtir. C'est à ce dernier village que se trouvent les seuls fours à chaux de l'arrondissement de Murat. Sur la droite de l'Allagnon, au-delà de Chambeuil (4 à » 500 pas), le premier petit tertre qui joint la rivière contient une belle couche de lignite de trois à quatre pieds d'épaisseur, recouverte d'une espèce de pépérite d'un gris verdâtre.

C'est près du village de Fraysse-Haut que la grande route d'Aurillac commence à gravir les pentes du Lioran, et que l'on pénètre dans la forêt de ce nom. Elle remplit toutes les profondeurs de la gorge d'Allagnon, et couvre de part et d'autre les deux hautes chaînes de montagnes qui la dominent. Aussi, le paysage dont on jouit en cheminant le long des lacets de la route, a-t-il une véritable solennité ; les habitants de la commune de La Vaissière possèdent des droits d'usage dans la forêt; la coupe des bois, le transport de ces bois et les scieries en occupent un certain nombre. A quelque distance de Fraysse-Haut on arrive à la percée du Lioran, dont il a été parlé sous ce mot.

En 1800, quelques hommes avaient cru l'époque favorable pour un mouvement politique. Afin de se procurer des fonds, ils tentèrent, à plusieurs reprises, d'enlever la recette générale; une de ces tentatives eut lieu notamment près du village de Fraysse-Haut, à l'entrée de la forêt du Lioran. Quatre jeunes gens bien armés, étrangers en partie au pays, assaillirent la voiture qui portait le versement des receveurs, firent feu sur les deux gendarmes qui l'escortaient, et tuèrent un de ses militaires. La nouvelle s'en répandit promptement dans Murat ; la jeunesse disponible de la ville fut mise en réquisition et lancée à la poursuite des délinquants. La forêt du Lioran, alors intacte, pouvait favoriser leur évasion; mais ils eurent l'imprudence de faire halte au sommet d'une colline d'où ils furent facilement aperçus par ceux qui les cherchaient. Après une fusillade assez longue, qui heureusement ne fit aucune nouvelle victime, ils furent arrêtés, conduits au travers de la population réunie sur leur passage dans les prisons de Murat, et de là transférés à Lyon où ils subirent leur jugement. Les fonds enlevés furent réintégrés à la caisse.

    11° Gouites{\es), hameau.

12° Grand-Champ, hameau.

13° Malpertuis (le), hameau.

14° Meymatat (le), village.

    15° Meynial (le), village à mi-côte, dominant le vallon de Murat.

    16e Remise (la), village sur la route, au-dessus de Fraisse-Haut.

    17° Rial (le), hameau.

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