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SUMENE (LA)

— Le Suc-de-Rond forme le dernier chaînon, au nord, de ces puys gigantesques qui composent le réseau des monts cantaliens. De cette immense gibbosité qui semble surgir là comme pour établir une transition graduelle entre la chaîne du Cantal et celle du Mont-d'Or, découlent plusieurs sources qui forment, au levant, le ruisseau de Maurinie; au couchant, celui de Marlhou; au nord , la rivière de Sumène et le ruisseau de Rignac. En descendant le cours de ce dernier ruisseau , vous admirez en passant les cascatelles d'Espinasse, de la Rybeirette et de Rignac, le pont de Tautal, dont la travée hardie est à 25 mètres d'élévation; et, plus bas, la fontaine minérale des Revautes vous invite à tremper vos lèvres altérées dans ses eaux aciduleuses froides. Si, mollement couché à l'ombre des arbres touffus qui ornent ses bords, et presque fatigué de la course que vous avez déjà faite, vous jetez un regard rétrospectif sur les sites que vous avez parcourus, vous regretterez sans doute ces horizons lointains qui se déroulaient à vos yeux du haut du Suc-de-Rond, des plateaux d'Espinasse et de la butte de Rignac, où vous avez pu interroger les vestiges d'une ancienne tour: ici, des lieux habités aujourd'hui, jadis....; là, la sauvage montagne avec ses monts élancés, ses horizons sans bornes, sa plaine verdoyante, ses rares chalets, toujours la même, toujours montagne, et pourtant choisissez

Au-dessous de Tautal, le ruisseau de Rignac se réunit à la Sumène qui prend sa source entre les montagnes du Conteir et de Charleux, au lieu dit Font-Sumène et au-dessus du bois de Cournil ou Cornhill, où se trouvent les carrières exploitées de phonolite tégulaire d'Escourolle, des vestiges d'habitations épais dans le bois, et le chemin pavé dit de la Reine-Blanche ; elle baigne de ses eaux les villages de la Pierre-Grosse, où l'on remarque une énorme pierre isolée, dont les rainures existant à la surface semblent indiquer un monument de sacrifice druidique; de Marcombe, dominé au couchant par une vaste coulée de phonolite fissile; du Pradal, hameau riant et bien abrité; et de Valette, traversé par le chemin de grande communication de Riom à Mauriac, village de peu d'importance aujourd'hui, mais destiné, depuis l'érection d'une chapelle dont une souscription volontaire a fait tous les frais, à devenir un chef-lieu de commune.

Dans les environs de ce village et de celui des Lignes, on trouve des vestiges d'habitations romaines que M. de Ribier du Châtelet, l'infatigable explorateur de nos anciennes chroniques et de nos vieux monuments, interrogeait naguère, afin d'ajouter une page de plus à l'histoire architectonique de nos contrées; plus loin, vers l'est, et sur le ruisseau des Lignes, c'est la cascade du Gour qui , attire votre attention; vous ne l'apercevez pas encore dans toute sa beauté; car, timide naïade, elle aime à cacher sa fine nappe de gaze argentée derrière les colonnettes bronzées de la gigantesque chaussée basaltique du haut de laquelle clic se précipite à regret en laissant échapper un murmure plaintif. Cet hymne de tristesse, que la brise apporte à votre oreille, tantôt faible, tantôt sur une note plus aiguë, vous invite à pénétrer ce mystère. Là, en avant de la chute, gît, morne et immobile sur sa base, un bloc de basalte détaché par les eaux du mur cyclopéen qui forme, à cet aspect, le passage subit de la montagne à la vallée; ce bloc, c'est un créneau de cette étonnante muraille aux ciselures si variées, aux proportions si grandioses qui, en tombant, a livré passage aux eaux qui forment la cascade pittoresque du Gour. Ce n'est pas d'un seul jet qu'elle se précipite : l'effet serait moins beau sans doute; car, retenue dans sa chute par d'innombrables saillies sur lesquelles elle s'éparpille en flots de- gaze perlée, elle arrive ainsi, de chute en chute, en décrivant mille et mille arabesques qui se perdent en festons changeants, jusqu'au rebord extérieur d'une riche corniche formée, vers le milieu de sa hauteur, par la sommité des prismes, sur laquelle elle rebondit pour s'éprendre ensuite en gerbes floconneuses et tomber enfin en gouttelettes nacrées sur les débris amoncelés au bas de sa chute. Joignez à ce tableau les effets d'un beau soleil couchant, dont les rayons reflétés par la nappe écumeuse, présentent à l'œil ravi toutes les nuances de l'arc-en-ciel, surtout si vous avez pu pénétrer un instant sous la voûte humide de la grotte que forment les prismes en retrait, et vous emporterez de ces lieux un bien doux souvenir.

Mais décembre a ramené les frimas: plus de bruissement, plus de murmures, plus de plaintes. Un immense stalactite de glace aux facettes miroitantes a remplacé pour quelques mois la parure d'été de la naïade du Gour; adieu sa belle robe aux plis flottants; adieu son voile de jeune mariée aux dessins fantastiques. Immobile dans sa prison de glace, elle attend, impatiente, le retour des beaux jours. Hélas ! Elle aussi, la pauvrette, semble avoir plié sous le joug de cette loi fatale qui régit tout ici-bas; peut-être est-elle morte!!! Oh! Non. Prêtez une oreille attentive, vous l'entendrez encore soupirer, mais tout bas; elle n'est qu'endormie. Mais avec quelle majesté ne repose-t-elle pas sous cette couche glacée! Ces girandoles de cristal affectant toutes les formes, ces colonnes torses, ces ogives, ces mille et une fantaisies de l'ornementation, ces portiques, ces grottes diaphanes , ne forment-ils pas un brillant contraste avec la teinte lugubre des objets d'alentour, qu'animent seuls les croassements d'un corbeau attardé, ou le cri monotone d'un hibou solitaire? Adieu ! Belle cascade. Adieu ! au printemps prochain je reviendrai saluer ton réveil.

Continuant sa course vers le nord, la Sumène atteint bientôt Menet, chef-lieu de commune bâti sur une plaine fertile, au bord d'un lac profond que domine à l'ouest le puy de Menoire, dont les flancs décharnés par les entailles que la mine a creusées dans la roche trachytique exploitée pour servir de pierre d'appareil, se reflètent dans les eaux azurées du lac; plus loin est la Clidelle, château moderne dont la position pittoresque sur la rive gauche de la Sumène mérite une attention particulière. A quelques mètres du moulin de la Clidelle, on voit sourdre, presque dans le lit de la rivière, deux sources d'eaux minérales très fréquentées pendant l'été. ,

Encaissée dans une gorge profonde avant d'avoir reçu le ruisseau de Neuvialles, au-dessous de l'Escure, la Sumène, prenant alors son cours vers l'ouest, passe à Salsignac, où l'on voit une église gothique portant à l'extérieur du chœur, et tous la voûte, les armoiries des Balzac ; passe au Bech, village groupé sur un rocher; à Antignac, chef-lieu de commune, et à Vignon, autrefois prieuré, pour se réunir, au-dessous de Vebret, au ruisseau du Vioulou, provenant des montagnes de Trizac. Triste paysage : à droite, à gauche, des sommets escarpés, boisés quelquefois, dénudés souvent, et attestant par leurs formes bizarres et contournées ce qu'il a fallu d'efforts aux temps géologiques pour enfanter dans do si énormes proportions des masses si imposantes de granits, de gneiss et de micaschistes. Sur l'un des sommets de ces roches primitives, on aperçoit de loin la chapelle du Vignonnet, église paroissiale avant le XVIII° siècle ; et, sur le même plateau, on peut visiter les ruines d'un ancien château mentionné dans la charte de Clovis sous le nom de castrum Avenno cum appendiciis suis.

Avant d'atteindre Vebret, et, plus loin, les plaines de Saignes, la Sumène ondule à travers de fertiles prairies que ses eaux, grossies par les pluies d'automne ou la fonte des neiges, inondent souvent.

Nous sommes trop près de Chastel-Marlhac pour ne pas nous arrêter un instant i contempler les fortifications naturelles de ce camp retranché qui, en 532, vit pendant quelque temps les armes victorieuses de Thierry s'arrêter, impuissantes, devant l'héroïque défense des Arvernes. (Voir, pour la description du plateau de Chastel-Marlhac, la XII° liv. de ce Dictionnaire.) Au pied de ce roc escarpé que baignent les eaux du ruisseau du Vioulou, gît, humble et modeste, l'ancienne abbaye de Broc, entourée de prairies verdoyantes, encore debout et parfaitement conservée , tandis»qu'à peu de distance, et sous les bois de la Devèze, vous rencontrez, jonchant le sol, les débris épars de l'antique château de Murat-l'Arabe, résidence favorite de la marquise de Malauze, morte en 1724, Singulier rapprochement! Pendant la Révolution, l'abbaye fut vendue, le château fut rasé; c'était l'un des procédés expéditifs de l'époque pour assurer l'affranchissement de la propriété foncière.

A partir de Vebret, les belles prairies de Saignes et de Vic se déroulent sous vos yeux ; en face, vers l'ouest, c'est Lampret et le plateau de Champagnac, d'où la vue embrasse un horizon immense. Pour l'observateur placé au-dessus de Lampre, sur le chemin de Bortà Champagnac, c'est un tableau incomparable: à l'est, là-bas, bien loin, les pics nuageux du Mont-d'Or; plus en avant, le rocher d'Urlande, masse informe de granit gris; à côté, St-Etienne et son château; flanqué de tourelles au toit aigu ; plus haut, le puy d'Augoules, pyramide élancée de trachyte porphyroïde; vers le midi, le Suc-de-Rond, le puy Violent, les montagnes de Trizac et de Salers, et, dans un plan plus rapproché, les escarpements de la Mousselie, de la Fage, l'immense colonnade de Chastel et de Millac, le territoire accidenté de Sauvat, la tour de Chavagnac, les pics de Charlus, de Prodelle, de Fousty; et là , vers le nord, l'étonnante coulée phonolitique des orgues de Bort. Mais, ce n'est pas tout : si, abaissant vos regards de ces régions élevées qui ne forment que le vaste encadrement du tableau, vous les reportez sur la vallée de la Sumène, qui étale à vos pieds ses méandres ombragés d'aulnes au feuillage glauque, sa riche parure de maisonnettes aux contrevents verts, ou de bâtiments groupés autour de quelque antique église, à coup sûr, si vous êtes artiste, vous prendrez vos pinceaux. A l'arrière-plan, c'est Saignes avec ses maisons blanches, son allée de peupliers élancés et les ruines de sa tour fortifiée , occupant tout le sommet d'un dike basaltique situé au milieu du bourg. Au-dessous, la villa de Laire, agréable maison de campagne appartenant à M. de Sartiges; les moulins de Laire et de Transeix ; Ydes et son église, appartenant autrefois à l'ordre des Templiers, remarquable par ses sculptures et le zodiaque en bas-relief qui orne la grande porte ; le château du Châtelet, reconstruit en 1448, témoin, il y a quelques années à peine , des veilles de l'honorable antiquaire, M. de Ribier, et renfermant encore la précieuse collection des objets découverts dans ses fouilles nombreuses; la plaine de Vie et ses tumuti. parmi lesquels vous distinguez le Suc-des Demoiselles, qui vous rappelle les infortunes de Pierre Mousset, le museteur, racontées avec tant de charme par M. H. Durif dans la ix« livraison. Mais les bornes de cet article m'obligent à supprimer une infinité de détails non moins intéressants que l'on aperçoit du haut de cet observatoire unique, que je recommande d'une manière spéciale à l'attention de nos artistes.

Après avoir arrosé les prairies de Vic, la Sumène pénètre, en se dirigeant cette fois vers le sud, dans le bassin houiller de Vendes, passe à Largnac, où existent des carrières de grès houiller propre à servir de pierre à bâtir et que l'on emploie aussi à confectionner des meules; baigne les murs crénelés de l'antique château Je Bassignac, laissant à droite le pic élancé de Charlus, couronné par les ruine» imposantes du château fort que Richelieu fit démanteler en 1663, arrive à Vendes après avoir reçu!, d'abord le ruisseau de Marlhou , enfant indompté de la Font Boudoire et du Suc-de-Rond, qui passe rapide et bondissant dans la gorge du bois Marlhou , sur les ruines de l'ancienne Cottheuge; et, ensuite, la rivière de Mars venant du Puy-Mary; fait une trouée au-dessous du pont de Vendes, dans la montagne aride, et va se perdre dans la Dordogne, au-dessus d'Arches, après un parcours de 55 kilomètres.

L. ROBIN

 

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