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 La commune de Salers aujourd'hui

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Salers. — Canton. — Le canton de Salers fait partie de l'arrondissement de Mauriac; il se compose de douze communes : Anglards. le Falgoux, Fontanges, St-Bonnet, St-Chamand, St-Martin-Valmeroux, St-Paul, St-Projet, St-Remy, St-Vincent, Salers, le Vaulmier.

Il est limité au nord par le canton de Riom; à l'est, par le canton de Murat; au midi, par les cantons d'Aurillac et de St-Cernin ; à l'ouest par les cantons de Pleaux et do Mauriac.

Cinq vallées principales, partant d'un point central, fort rapprochées à leur origine, semblables à d'immenses et profondes fissures, forment autant de lignes divergentes, qui divisent en triangles aigus les plateaux qui les séparent.

Les vallées sont habitées jusqu'à leur origine; le premier village du Falgoux n'est pas très-éloigné des bases du Pu y-Mary ; Recusset, dans la vallée de Maronne, «st bâti au pied du Puy-de-Violent; la Peyre-del-Cros, dans la vallée de Chavaspre, n'est pas loin des bases du Puy-Chavaroche. Grâce aux abris que ces vallées ont offert aux populations, elles ont pu s'approcher du centre des montagnes et s'établir à la base des pics les plus élevés.

La population totale du canton, d'après le dernier recensement, est de 12,931 habitants. Les deux tiers de code population sont concentrés dans les vallées. Tous les chefs-lieux de commune y sont situés, à l’exception d'Anglards, de St-Bonnet et de Salers.

La contenance du canton pst de 29,503 h. 19 a. 20 c.. qui se divisent ainsi

d'après la nature des cultures:

Terres labourables 5,328 h 04 a. 42 c.

Jardins , 183 92

Prés 5,407 00 23

Pâtures. 13,510 01 22

Bois 4,153 01 10

Bruyères 05 72 19

Terres vaines et vagues. ...... . . - "75 40 09

Superficies. ... 72 88 01

Total………………29,563 h. 19 a. 26 c.

En jetant un coup d'œil sur le tableau qui précède, on reconnaît immédiatement que le système pastoral domine dans le canton ; les pâtures et les prés occupent plus des deux tiers de la surface. C'est dans le triangle formé par les vallées de Mars et de Maronne, dans les communes de Salers, de St-Bonnet et d'Anglards, que se trouvent ces pâturages renommés, que l'on considère depuis des siècles comme les plus riches de l’ Auvergne. C'est sur ces plateaux que l'on élève les nombreux troupeaux de la race bovine, à laquelle M. Grognier, professeur à l'école vétérinaire de Lyon, a donné le premier le nom de Race de Salers. Ces plateaux ne sont pas les seuls dans la Haute-Auvergne qui aient de la fertilité; la race de Salers, les beaux types de cette race ne sont pas concentrés dans cet étroit espace; mais nulle autre part on ne trouve de meilleurs pâturages. ni de plus beau bétail.

On peut se demander qu'elle est la cause de la fertilité des plateaux d'Anglards, de St-Bonnet et de Salers. Tient-elle a la nature du sous-sol, ? au climat, au mode de culture? La roche qui forme le sous-sol est partout le basalte, tantôt altéré, d'autrefois désagrégé; mais les plaines de Pleaux et d'A ly, celles qui sont à l'ouest de Mauriac reposent sur la même roche, et cependant si on y trouve des terres fertiles, les pâturages y sont secs et peu productifs. Le sous-sol n'influe donc que dans une faible proportion sur la fertilité de ces montagnes.

Il n'en est pas de même du climat. J'ai fait une observation dont les habitants de nos montagnes peuvent facilement vérifier l'exactitude. Si l'on imagine une zone contournant le groupe de nos montagnes et s'étendant depuis 850 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer jusqu'à 1,200 mètres, on remarquera que dans cette zone les pâturages sont bons, et que c'est dans ses limites qu'ils atteignent le plus haut degré de fertilité. Au-dessous de 800 mètres, les bons pâturages sont rares; au-dessus de 1,200 mètres, ils sont envahis par les fétuques si connues dans nos montagnes sous le nom de Poil-de-Bouc. Dans cette zone, qui s'étend dans les cantons de Salers, de Riom, de Murat, de Pierrefort, de Vie, d'Aurillac nord et de St-Cernin, le sous-sol, à de bien rares exceptions près, est partout volcanique et basaltique sur les plateaux. Pourquoi à cette hauteur trouve-t-on cette fertilité? Elle est due à l'humidité sans cesse entretenue par les nuages que les hautes montagnes attirent et par les nombreuses sources d'eau-vive qui jaillissent dans cette région. Cette humidité a contribué à désagréger, à décomposer plus profondément qu'ailleurs les roches qui forment le sous-sol, ce qui a augmenté l'épaisseur de la couche végétale Elle entretient une fraîcheur constante, favorable à la végétation des graminées . qui forment pour la plus grande partie les herbages de nos montagnes; la neige qui couvre cette zone pendant plusieurs mois de l'année, préserve les plantes des gelées; elles ont peu à souffrir de nos rudes hivers. La culture est venue en aide au climat; depuis des siècles les pâturages de cette zone sont parqués en entier; ceux que l'on connaît sous le nom de Mnntagnes le sont en partie. Il serait difficile de calculer le degré de fertilité dont ces pâturages se sont accrus par cette fumure pratiquée pendant plusieurs siècles; mais bien certainement elle a produit des effets considérables. Il est aussi à remarquer que les meilleures montagnes de St-Bonnet, d'Anglards, de St-Vincent, de Trizac et même de Colandres ont été cultivées â une époque reculée On trouve encore les vestiges des murs qui séparaient les héritages: certaines pierres portent l'empreinte du soc de la charrue; çà et là ou voit les masures d'anciennes habitations; enfin, les anciens titres établissent que la plupart des montagnes de cette zone étaient habitées. André d'Apchon, dans son commentaire manuscrit de la coutume, écrit sous le règne de Charles IX. dit que « les montagnes étaient autrefois villages. Je pourrais citer un grand nombre de ces villages dont le territoire est aujourd'hui converti en pâturages ou montagnes; je pourrais indiquer les causes qui, selon moi, ont entraîné leur ruine et donné une grande extension au système pastoral; mais ce n'est pas ici le lieu, je reviendrai peut-être ailleurs sur cette question intéressante. Qu'il me suffise de dire qu'il m'a semblé que dans les montagnes dont le sol avait été autrefois cultivé, l'herbe était plus fine, plus délicate, et d'une qualité supérieure.

Le sol du canton est partout volcanique; ce n'est que dans le bas des vallées que l'on voit sur certains points quelques fragments du terrain primitif ou du terrain tertiaire. Le géologue peut y étudier le terrain volcanique dans tout son développement; on y trouve une grande variété de roches de ce terrain; le trachyte forme les hauts sommets du Puy-Mary et du Puy-Chavaroche; le phonolite se montre dans la vallée du Falgoux, au Roc-d'Ouzières; le Puy-de-Violent et le Suc-de-Ron sont basaltiques; enfin, dans toutes les vallées, on trouve ces énormes assises de conglomérats et de tuf ponceux, qui n'ont pas encore été suffisamment étudiées. Les flancs du Puy-Mary, les forêts du Falgoux, de St-Paul, de Fontanges, les prairies des hautes régions offrent au botaniste une grande variété de plantes alpestres.

Le paysagiste y trouvera les aspects les plus pittoresques, des chutes d'eau nombreuses, des roches aux coupes hardies, quelquefois bizarres, toujours grandioses.

En résumé, le canton de Saler» est l'un des plus intéressants du Cantal pour l'agriculteur, le naturaliste et le voyageur.

 

Salers. — Au sommet des pentes rapides qui forment l'un des versants de la vallée de la Maronne, s'élèvent à la même hauteur deux mamelons basaltiques d'une grandeur inégale et isolés l'un de l'autre; ils se terminent par un plateau et sont environnés dans presque tout leur pourtour d'escarpements qui en rendent l'abord difficile. Un château, dont l'origine se confond avec celle de la féodalité, avait été bâti sur celui des mamelons dont la surface avait le moins d'étendue; sur le second, plus spacieux, s'étaient plus tard groupées les habitations des vassaux du seigneur de Salers.

A trois aspects de l'horizon s'étendent des pâturages et des prairies d'une grande fertilité. La culture des céréales ne s'étend guère au-delà de la banlieue; â partir de ce point, les croupes des montagnes se relèvent, et l'on ne trouve plus que ces déserts féconds et verdoyants qui nourrissent pendant l'été les plus beaux troupeaux de l'Auvergne. Si l'on se dirige vers les hauts sommets, on ne trouve après Salers ni village, ni hameau, pas même une habitation. Quelques binons, dispersés sur la pelouse, abritent pendant l'été les vachers et les pâtres. La rigueur du climat a tracé une limite que nos robustes aïeux n'ont pas osé franchir, et que ne franchiront pas davantage les populations plus délicates et plus exigeantes de notre âge.

Par quelles causes une ville qui a eu sa période de prospérité s'est-elle élevée, a-t-elle grandi sous un dur climat, à l'extrême limite des cultures et de la région habitée? Ceux qui voudront apporter quelque attention à la lecture de cet article les découvriront facilement. Nous nous contenterons d'indiquer les principales.

Des pâturages communaux, vastes et fertiles, affranchis depuis des siècles de toute redevance, la protection que les habitants avaient trouvée d'abord dans le château, la sécurité que leur donnèrent plus tard les fortes murailles dont ils avaient enceint leur ville, la proximité de la contrée qui produisait en abondance des bestiaux, et les diverses préparations économiques du laitage, des abords relativement faciles, rendirent son commerce prospère. Le commerce à son tour enrichit les habitants. .

Dés le commencement du XVI° siècle, le mouvement d'ascension de la bourgeoisie se manifeste. Les charges de finance accroissent la fortune des uns, celles de la magistrature augmentent la considération des autres; elles servent de transition à quelques familles qui passent dans les rangs de la noblesse. Le fils de l'avocat du duc d'Auvergne au bailliage des montagnes, Pierre Lizet, parvient à la plus haute dignité de la magistrature après celle de chancelier et de garde des sceaux. Dans le même siècle, Jean de Vernyes préside après Jean de Chalvet la cour des aides de Montferrand; il entre au conseil d'Etat et privé de Navarre; Mathieu de Chalvet devient président des enquêtes au parlement de Toulouse et conseiller d'Etat.

Je ne connais pas de ville de cet ordre en Auvergne, qui, en si peu de temps, ait produit autant d'hommes promus à de haute et qui aient aussi bien justifié leur élévation. Par une loi fatale qui . a toujours pesé sur nos montagnes, et dont elles ne sont pas affranchies, dès qu’un gentilhomme devenait grand seigneur, dès qu'un bourgeois était élevé à de hautes fonctions ou qu'il était parvenu a un certain degré de richesse, ils abandonnaient la terre natale, et leurs familles allaient chercher ailleurs les jouissances du luxe et de la fortune, les satisfactions de l'amour propre, que la simplicité des mœurs et la pauvreté de nos montagnes leur refusaient. A la fin du XVI° siècle, l'élite de la bourgeoisie de Salers avait abandonné cette ville ; quelques familles honorables lui étaient cependant restées fidèles; l'établissement du bailliage des montagnes en attira quelques autres. Plus tard, des fils de nobles familles épousèrent les héritières de riches magistrats; ils s'établirent à Salers et donnèrent à cette ville ce vernis d'aristocratie qu'elle avait conservé jusqu'à la révolution. Du reste, les alliances de la bourgeoisie avec la noblesse étaient fréquentes, non seulement à Salers, mais encore à Aurillac, à Mauriac et à Murat, dans le XV°" siècle et les siècles suivants. Les bourgeois qui avaient une position honorable épousaient des demoiselles. Il est vrai que la plupart des généalogies des familles nobles se taisent sur ces alliances; mais elles n'en étaient pas moins réelles. Nous pourrions en citer un grand nombre d'exemples. Il était plus rare de voir un gentilhomme d'ancienne race s'établir dans une maison bourgeoise; cela n'est arrivé à Salers que vers la fin du XVII° et dans le XVIII° siècle. Avant cette époque il n'y avait dans la paroisse de Salers (je ne parle pas du château) qu'une seule famille noble, celle de Jarriges, et encore voyons-nous ses membres, au xv» et au xvi siècle, ne pas dédaigner les charges municipales et remplir les fonction de luminiers ou de consuls. «

A partir du XVI° siècle, le commerce continue à prospérer; mais les marchands, qui composaient, au siècle précédent, la majeure partie de la bourgeoisie de Salers, n'occupèrent plus que le second rang. Cependant le mouvement d'ascension ne fut pas arrêté pour cela; les fils des marchands devenaient procureurs, notaires, avocats; ils achetaient quelques-unes de ces charges que l'on avait multipliées dans un intérêt de fiscalité; suivant la même voie qu'avaient suivie ceux qui occupaient le premier rang, ils arrivaient plus tard, sans doute, mais i's parvenaient à s'y faire une place. Ce mouvement était plus rapide qu'on ne serait porté à le penser aujourd'hui; les archives de la ville de Salers fournissent d'assez nombreux exemples d'élévations assez promptes.

A une époque où les familles étaient nombreuses, tous les membres ne marchaient pas d'un pas égal ; les uns demeuraient stationnaires ou même reculaient pendant que les autres avançaient, et l'on pourrait citer, à Salers comme partout, l'exemple de branches de la même maison qui se trouvaient aux deux extrémités de l'échelle. D'autres, en plus petit nombre, après avoir joué un certain rôle, allaient se confondre dans la foule. On pourrait me dire que les choses ne se passent pas autrement de nos jours. Cela est vrai en général ; il y a cependant une différence; autrefois les positions sociales étaient plus stables qu'elles ne le sont aujourd'hui, et qu'elles ne peuvent l'être avec nos institutions et surtout avec cette soif des jouissances matérielles qui occasionne tant de chutes.

Les principales charges du bailliage, celles de lieutenant général et de lieutenant particulier sont demeurées pendant plus d'un siècle et demi dans les maisons de Laronade et Tissandier. Quatre procureurs du roi du nom de Demathieu se sont succédé de père en fils. On comprend la considération dont jouissaient ces familles que l'on s'était accoutumé à voir, sans contestation, occuper le premier rang; cette position même, dans un siège de justice inférieur, était, dans les derniers temps, si non en droit, du moins en fait, voisine de la noblesse, et était peut-être supérieure à celle des simples gentilshommes. En perdant le bailliage, Salers a perdu son prestige; mais il a conservé ce qui fait sa principale force, la fertilité de son sol, ses riches pâturages, ses beaux troupeaux et son commerce qui est encore florissant.

 

LE CHATEAU ET LES SEIGNEURS.

 

Un assez grand nombre de maisons nobles, en Auvergne, ont cherché à se donner une origine étrangère; on conçoit cette prétention de la part de familles qui étaient intéressées a dissimuler leur véritable origine; mais on ne comprend pas que les généalogistes à gage, qui ont fait l'histoire de familles aussi anciennes et aussi distinguées que les maisons d'Apchon et de Salers, aient pensé leur donner plus de lustre en les faisant descendre de princes venus d'Italie. Dans un mémoire du XVI° siècle, un généalogiste peu consciencieux, pensant que le titre de premiers barons de la Haute-Auvergne ne suffisait pas aux comptours d'Apchon, veut les faire descendre des princes des Ursins, de Rome? L'ancienne orthographe du nom de Salers était Salent, de Salerna. Saint Mathieu était patron de Salerne, et ses reliques étaient conservées à Salerne, dans le royaume de Naples. Il n’en fallut pas davantage pour faire descendre la maison de Salers d'un prince de Salerne. Ces origines étaient fort problématiques et n'étaient appuyées sur aucun document; elles n'en étaient pas moins reproduites dans les généalogies, et je ne serais pas étonné que les anciens seigneurs de Salers aient cru de bonne foi qu'ils descendaient réellement d'un prince napolitain.

On a voulu aussi faire descendre les seigneurs de Salers des vicomtes de Murat: cette conjecture serait moins invraisemblable; mais elle n'est pas mieux fondée que la première. Les rapports que l'on a trouvés entre les armes de ces deux maisons ne sont pas assez frappants pour qu'on puisse en induire la communauté d'origine. L'écu des vicomtes de Murat est d'azur, à trois fasces muraillées et crénelées d'argent, et celui de Salers est d'or, à la tour d'azur, avec un avant-mur crénelé de sable, de quatre pièces. Ainsi les émaux sont différents; la tour, qui est la pièce principale des armes de Salers, ne se trouve pas dans celles de Murat. Si la seigneurie de Salers avait été démembrée de la vicomte de Murat, un lien féodal l'aurait rattachée à la vicomté, les deux terres auraient eu le même suzerain , elles auraient été régies par la même loi ; il n'en est rien. La vicomté de*Murat était régie par le droit écrit, Salers, par la coutume; Murat relevait de Carlat, Salers de la duché d'Auvergne pour la plus grande partie , d'Apchon et de l'évêque de Clermont pour le surplus. Il faut donc abandonner ces conjectures plus ou moins ingénieuses; l'illustration de la maison de Salers n'y perdra pas beaucoup.

Le premier membre de cette famille qui soit nommé dans les titres, est Pierre de Salers, qui souscrivit, avec Armand de Mauriac et plusieurs autres chevaliers, l'acte de foi et hommage que Guy et Raoul de Scorailles firent à Guillaume, évêque de Clermont, au mois de décembre 1095, avant de partir pour la première croisade. On remarque dans cet acte que Pierre de Salern est nommé le premier parmi les témoins laïques. Cette circonstance prouve la haute considération dont jouissait cette maison. On peut, sans témérité, admettre qu'elle avait alors plus d'un siècle d'existence, et que son origine se confond avec l'établissement du régime féodal.

On lit dans le Nobiliaire d'Auvergne que Josselin de Salers avait pris la croix au concile de Clermont, en 1095; je serais porté à penser que ce fut Pierre, témoin dans l'acte d'hommage de Guy et Raoul de Scorailles.

Helin ou plutôt Helme de Salern, Heclmus, ainsi que je l'ai lu dans un acte conservé aux archives de L'empire, dont je parlerai plus bas, vivait en 1249. Le 12 juin de cette année, il acheta d'Oton et Archambaud de Laroque tous les droits qu'ils avaient dans le village de Malrieu. Il résulte de cet acte, qu'Oton possédait la  moitié de ce village. En 1269, Guillaume de St-Paul lui fit quittance du prix de tout ce qu'il possédait à l'affar de la forêt. (Archives de Mazerotlet, inventaire des titres de Salers.)

D'après Audigier, qui a été suivi par le Nobiliaire d'Auvergne, Helme accompagna le roi St-Louis à la croisade et fut fait prisonnier avec lui. (5 avril 1250.) Pendant sa captivité, qui dura plusieurs années, le seigneur de Calvinet, son beau-frère, s'était emparé de la terre de Salers. A son retour, il fut obligé de traiter avec lui, de lui abandonner la moitié de sa seigneurie et de souffrir qu'il bâtît dans l'enceinte du château une tour qui portait encore, à la fin du XVII° siècle, le nom de Tour de Calvinet. C'est évidemment par erreur qu'Audigier donne le nom de Villemur au beau-frère du seigneur de Salers: Ce ne fut que longtemps après, comme on le verra, que les terres de Calvinet et de Salers passèrent dans la maison de ce nom. D'après le Nobiliaire d'Auvergne, le seigneur de Calvinet était Déodat de Vigouroux, qui avait épousé Philippie de Salers. Le consciencieux auteur de cet ouvrage a certainement puisé ce renseignement, que l'on ne trouve ni dans Chabrol ni dans Audigier, à une bonne source. Cependant, il s'accorde peu avec d'autres documents dont l'authenticité est incontestable. Il est certain qu'en 1269 (Arch. imp., j. 319, regist. n° 4 bis), la seigneurie de Calvinet appartenait à Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Poitou, et plus tard sénéchal de Toulouse et d'Albi. Il avait épousé, non pas Philippie de Salers, mais bien la veuve de Pons de Villa, qui avait des propriétés à Aurillac. M. Déribier nous paraît approcher davantage de la vérité lorsqu'il dit qu'Eustache de Beaumarchais, neveu de Philippie de Salers, s'était saisi de la terre de Salers pendant la captivité d'Helme, son oncle. Il n'est pas certain que Beaumarchais soit le neveu de Philippie de Salers; mais, ce qui n'est pas douteux, c'est que la seigneurie de Salers avait appartenu à la famille de Beaumarchais avant de passer dans celle des Villemur. Cela résulte d'un article de l'inventaire des titres de Calvinet, conservé aux archives impériales (sect. ad min , partie domaniale, p. 1356, cote iij c. iiij, f. iiij recto), qui m'a été communiqué par M. Francisque Michel, membre correspondant de l'Institut. Je traduis cet article en entier; il est fort court, et il éclaire un point obscur de l'histoire féodale de la Haute-Auvergne.

« Le lundi dans la fête de St-Marc 1323, vente par dame Marie de Beaumarchais   au seigneur Pierre de La Vie, chevalier, de la baronnie et des châteaux de Calvinet, la Vinzelle, Roussy, Moret, Senac, Chambuer (Chambeuil), Salern, des affars de Falcimagne, de Tournemire, de Ladinhac et du Vernet  et de   tout ce qu'elle avait dans la ville d'Aurillac. »

Cet acte prouve que dom Coll. cité dans le Nobiliaire d'Auvergne, t. 3, p. 186, s'est trompé quand il a donné Marie de Beaumarchais pour femme à Pierre de La Vie; il nous apprend aussi à quel titre ce dernier devint possesseur du riche patrimoine de la fille d'Eustache de Beaumarchais.

Revenons à Helme de Salers. S'il accompagna St-Louis à la croisade, il ne partit, qu'après lui. Le roi s'embarqua à Aiguës-Mortes vers la fin du mois d'août 1348; il était devant Damiette le 4 juin 1249; a cette époque le seigneur de Salers était encore en Auvergne. C'est en effet le 12 juin de cette année qu'il acheta les droits d'Oton et d'Archambaud de Laroque sur le village de Malrieu. Il était de retour de l'Orient en 1268. ^u mois de septembre de cette année, il reconnut tenir en fief du comte de Poitiers et de Toulouse le château de Salera (Castrumde Salerna), et tout ce qu'il possède entre les rivières d'Auze et de Maronne; l'acte est revêtu de son sceau, qui représente d'un coté un homme à cheval armé de toutes pièces, et, au contre-scel, un écu avec un château. (Archiv. imp., j. 271.)

En commémoration de sa délivrance des mains des infidèles, il fonda à perpétuité un service solennel le vendredi de Notre-Dame-de-Pitié, qui est le vendredi avant la Noël. Après le service, le seigneur de Salers était tenu de donner un repas annuel au curé, prêtres et sacristain de Salers, dans le château ou autre maison. Par actes des 23 septembre 1530 et 6 juillet 1618, Nicolas de Salers et François de Salers ratifièrent la fondation faite par Hély [sic), leur prédécesseur. [Archiv. de l'église de Salers )

Guy, son fils, lui succéda. 11 épousa Fine de Scorailles. Le 17 octobre 1276'. Guy de Scorailles, frère de Fine, lui donna les rentes de certains affars de la paroisse de St-Paul. En 1285, Guy de Salers augmenta ses possessions dans cette paroisse. Il acheta les cens et les rentes qu'y prélevait Bernard de st-Paul. Le 5 des nones de juillet 1284, Guy de Salers, chevalier, reconnut tenir du roi son château situé à Salern, tout ce qu'il a dans les limites dudit château et entre les rivières d'Auze et de Maronne, excepté le mas de Longoiro, situé à Navaste; it. tout ce qu'il a dans la paroisse de St-Remy; it. tout ce qu'il a à ol Poget et Labroa, et à la Rosseyra, et à Roeyra, et à la Vernha, et à Nouvila, et à Felguozet, et al Bosquos, et à la Metgia, et à Rocha. » Le sceau, d'une conservation parfaite, représente une tour à une porte et une fenêtre, avec un avant-mur; autour, on lit : + S. GV. DE SALERN. (Arch. imp.,j. 271.)

A cette époque, la seigneurie de Salers était indivise entre plusieurs seigneurs, si, l'on en juge par les hommages rendus au roi dans les mois de juin et juillet 1284, qui sont conservés aux archives de l'empire. Le lundi avant la fête de St-Jean-Baptiste, Bertrand de St-Bonnet, damoiseau, reconnaît tenir du roi la part qui lui revient dans le château de Saler n (partent se contingentent castri de Salern). l.c samedi avant la fête de St-Jean-Baptiste, Bernard de Lancha (Allanche . damoiseau, reconnaît tenir en fief du roi tout ce qu'il a dans le château et la ville de Salern; it. l'affar de Lacosta dans la paroisse de St-Martin (vattis Marone) Valmeroux; l'affar de Laroche , l'affar de Salas (Sales), dans la même paroisse; tout son affar de Ruisola (Ruzole), dans la paroisse de l'église de St-Bonnet, et son affar d'Algeiras, dans la paroisse de Riom. L'acte est revêtu du sceau de Bernard d'Allanche, qui représente une croix penchée. Hugues de Molseo, Monseaux, chevalier, pour lui et noble Angelsia, sa femme, reconnaît tenir en fief divers mas dans les paroisses de St-Paul, St-Bonnet et Drugeac, et en outre tout le droit qu'il a ou doit avoir à Salern, et en général tout ce qu'il doit avoir à raison de la dot de ladite Angelsia. Agnès, veuve de Hugues de Carboneiros (Carbonière), reconnaît tenir du roi, comme tutrice de ses enfants, tous les droits qu'elle a au château de Salern. Voilà déjà, en y comprenant le seigneur de Calvinet, six seigneurs de Salers; ils n'étaient pas les seuls, il y en avait encore un autre, l'abbé d'Obazine.

Le mardi avant la fête de la bienheureuse Marie, l'an 1318, Pierre Lasbroas, recteur de l'église de Salers, reconnaît, sur la demande de Rigal Socho, damoiseau, procureur du seigneur abbé et du couvent d'Obazine, de l'ordre de Citeaus, diocèse de Limoges, qu'il tient dudit abbé totam caminatam, l'entière maison locale de l'église de Salern, auprès de ladite église et du cimetière, avec tous ses droits, devoirs, aisances et appartenances, de  même que messire Philippe de Grezas, son prédécesseur dans ladite église, en avait été investi et l'avait tenue desdits religieux, sous les conditions insérées dans les lettres faites entre lesdits religieux et ledit messire Philippe. Le curé promet de ne pas aliéner les choses reconnues . sans la permission de l'abbé et des religieux d'Obazine. L'acte est reçu par Pierre Larmandie, clerc notaire, sous l'autorité de Bertrand Bruni, procureur et garde des sceaux du roi de France au bailliage des montagnes d'Auvergne, en présence de Gisbert de Celbeto, damoiseau, et de Pierre Lavernhe (Lavergne) de Mercœur (Verliac), i>aroisse de Mauriac. ( Archives de l'église de Salers.) L'abbaye d'Obazine conserva ses droits jusqu'au 7 mars 11»78, date de l'acquisition faite par Guillaume de Scorailles, seigneur de Mazerolles, des rentes dues à cette abbaye dans la ville de Salers, à Brozelles et montagnes des environs. [Arch. Mazeroltes, invent )

Le samedi après la fête de St-André 1343, le seigneur d'Apchon permit au seigneur de Salers d'ériger des fourches patibulaires aux affars de Segret, aux affars et villages d'Espinassoles et de Feniac, aux fraux de Mallesarte et aux affars de Vessac, aujourd'bui Joncoux, de Melliars, de la Mazeyre, de Combru, montagne des Taupiers ou de las Corssettes, bois del Peuch-Roux et de la Combe-del-Fraisse, le tout situé dans la paroisse d'Anglards.

Le 29 octobre 1428, noble Jean de Salers fit hommage à noble Jean d'Apchon, des villages, affars, montagnes, fraux et bois ci-dessus nommés, de la moitié de la Pagésie qui a été de feu Hugues Guillaume, et de tout ce que le seigneur de Salers a de la rivière d'Auze au Vaulmiers.

Au mois de juillet 1568, Guy, seigneur de Salers, fit hommage à l'évêque de Clermont de tout ce qu'il tenait entre le ruisseau de Malrieu et la rivière de Maronne.

Ces hommages et celui fait au roi à cause de la terre d'Auvergne, en 1284, nous font connaître les limites de la terre de Salers. Elle s'étendait depuis le ruisseau de Malrieu jusqu'à la vallée de Mar. Elle était tenue en fief du seigneur d'Apchon, depuis les Vaulmiers jusqu'à la rivière d'Auze, du roi, et plus tard du duché d'Auvergne, depuis la rivière d'Auze jusqu'à la rivière de Maronne, et depuis cette dernière rivière jusqu'au ruisseau de Malrieu, de l'évêque de Clermont. Je dois dire ici que ce n'était pas comme seigneur de St-Martin que cet hommage était rendu à l'évêque, mais bien en sa qualité d'évêque de Clermont. C'est par erreur que M. Déribier, à l'article do St-Martin-Valmeroux de ce dictionnaire, a dit que le grand nombre d'hommages qu'il cite étaient rendus à l'évêque de Clermont comme seigneur de St-Martin-Valmeroux. J'ai vu aux archives de la préfecture, à Clermont, quelques-uns de ces hommages, et il n'en est pas un qui soit rendu à cause de la seigneurie de St-Martin-Valmeroux, comme on n'aurait pas manqué de l'exprimer. Ils sont tous faits à l'évêque de Clermont, môme celui du 15 juillet 1537, rendu par Géraud Marios (Marion), pour l'affar de Lalo et autres situés à St-Martin,-Valmeroux.

Nous avons vu plus haut que Pierre de La Vie avait acheté, en 1323, la part de la seigneurie de Salers qui appartenait à Marie de Beaumarchais. Après la fôte de St-Benoît, 1326, Hugues de Malliac. chevalier, son mandataire, promit et s'obligea de maintenir les hommes de la vallée (ripariœ) de Maronne, et leurs ténements, dans les libertés et franchises quelconques dont eux et leurs prédécesseurs avaient joui de toute ancienneté, moyennant le cens annuel de vingtsept sols et six deniers tournois, que le seigneur de Calvinet et ses prédécesseurs avaient accoutumé de percevoir dans la vallée de Maronne.

Plus tard, Arnaud, chevalier, vicomte de Villemur, baron de Calvinet, avant réclamé la (aille aux quatre cas des habitants de la vallée de Maronne, a d'après, la coutume générale du bailliage des montagnes d'Auvergne, de la baronnie de  Calvinet et des lieux où ladite vallée est située. Les habitants refusèrent de payer, soutenant qu'ils n'avaient jamais été assujettis à la taille et qu'ils étaient en possession et saisine de leurs franchises et libertés depuis un temps immémorial. Les habitants fondaient-ils leurs droits sur la convention de 1326, sur des titres plus anciens, ou seulement sur la possession immémoriale. Je l'ignore; mais il est certain que ces droits étaient incontestables, et, par un acte du mercredi après la fête de l'Annonciation de la Vierge, l'an 1344, Arnaud de Villemur reconnut qu'ils n'étaient point tenus de payer la taille.

Remarquons, en passant, ces traces des anciennes franchises de quelques cantons de nos montagnes. Dans la vallée de St-Paul, les hommes et les terres étaient libres, sauf le paiement du cens. Ne nous empressons pas de tirer de ce fait des conséquences trop grandes; il ne faudrait pas s'éloigner beaucoup de la vallée de Maronne, ni sortir de la seigneurie de Salers pour y trouver, à cette époque, et même plus tard, l'empreinte de la servitude. En 1528, N'colas de Salers traitait avec les habitants d'Espinassoles, commune d'Anglards; il les dispensait des manœuvres « volonté, moyennant une redevance de cinq livres par an. Je ne connais d'exemple de ces anciennes franchises hors des villes et de quelques bourgs importants que dans les vallées placées au pied des montagnes et sous le plus rude climat. Les habitants du Falgoux, non seulement étaient libres comme leurs voisins de la vallée de Maronne ou de St-Paul, mais ils avaient des consuls et administraient eux-mêmes les biens de la communauté. Les seigneurs voulant y attirer des habitants, leur avaient accordé de larges franchises. C'était l'unique moyen de peupler ces montagnes et de rendre productifs ces terrains hernies et vacants. Le même motif avait probablement engagé les seigneurs de Salers à donner aux habitants qui étaient venus se grouper autour de leur manoir, les franchises dont nous aurons occasion de parler.

Les vicomtes de Villemur ne conservèrent pas longtemps la seigneurie de Salers. Le 17 février 1357 (1358), magnifique et puissant homme et seigneur Arnault. vicomte de Villemur et seigneur de Calvinet, vendit en assiette de rente à Guy de Pestel, chanoin, et à Pierre de Besse de Bellefaye, fondés de pouvoirs de noble homme et seigneur Aymeric de Pestel, chevalier , seigneur de Merle et de Varanzac (Bransac), la moitié du château et de la châtellenie de Salers, et de son territoire, district, mandement et ressort; une certaine part du château et du lieu de Fontanges, et aussi une certaine part des lieux de Salers et de St-Martin-Valmeroux, avec haute, moyenne et basse justice, droit de fourches patibulaires, fiefs et arrière-fiefs, vassaux, hommes francs et taillables; la moitié d'une tour du château de Salers, une certaine part de la tour de la Roche (Rochœ) au château de Fontanges. Il réserve les hommages des seigneurs de Claviers et de Beauclair, treize livres de rente et les biens qui furent jadis des héritiers de Jacques Lacort, t qu'il tient en ses mains. Il vend aussi les affars de Maronne, de Rozerio (Rosier) et d'Ossengos. Il déclare qu'il perçoit en argent 87 livres tournois; en grains. 27 setiers de froment, 252 setiers de seigle, 229 setiers d'avoine , 1 setier de pois, 1 setier de vin, le tout mesure du château de Salers; 23 livres 1/2 do cire, 70 poules, 55 œufs, une charge de foin, une charge d'herbe et la leyde de Salers évaluée à 25 livres tournois; il déclare qu'il, possède 40 mas ou affars, outre ceux ci-dessus nommés.

On devait compter, pour asseoir la rente suivant l'usage du pays , chaque setier de froment, pour 4 sols tournois; le setier seigle , 3 sols; le setier avoine , 18 deniers; le setier de pois, 4 sols; le setier de vin, 4 sols; une poule, 6 deniers; la livre de cire, 2 sols; 55 œufs, 12 deniers; une charge de foin, 6 deniers; la charge d'herbe, 6 deniers, et la leyde du château (castri) de Salers, pour 25 livrs tournois de rente.

La vente fut consentie au prix de 11,000 livres tournois, ° vingt sols devant valoir un florin d'or de Florence de bon et loyal poids. »

Arnault de Villemur avait garanti à Aymeric de Pestel 163 livres de rente sur les choses vendues. Par un autre acte du l,r mars 1357 (1358), Aymeric de Pestel nomma pour faire l'assiette de cette rente, Foulque de Merle, Guy de Dompno (Dognon), Guy de Pleaux, Pierre de Vayrac, Thomas Boffeti-, Guillaume de Vigouroux, damoiseaux, et Jean Veyssa, prêtre. (Copie ancienne en nos mains.) Nous avons calculé en argent. d'après le prix fixé dans l'acte de vente, le montant de toutes les redevances en denrées; il s'élève à 04 livres 18 sols C deniers.

Pour que l'on puisse apprécier le rapport qui existait entre la valeur de l'argent et celui des denrées au milieu du XIV° siècle, il est nécessaire de connaître quel est la valeur en mesures métriques du setier de Salers. Il se composait, à l'époque de la suppression des anciennes mesures, de quatre quartons, équivalant à 5 décalitres 2 litres. Mais avant la fin du Xvhe siècle , le setier valait un cinquième de plus; il équivalait donc à 6 décalitres 5 litres. En 1358, on donnait en assiette de rente 65 litres de froment pour 4 sols; la même mesure do seigle, pour 3 sols; la même mesure d'avoine, pour 18 deniers. Aujourd'hui, le prix moyen de l'entier setier de froment serait de 13 fr. ; celui du seigle, 9 fr. 75 c. ; le prix de l'avoine, 4 fr. 87 c. Je dois prévenir que dans cette moyenne je ne tiens pas compte de l'augmentation considérable qu'a subi le prix des céréales pendant les dernières années; ma moyenne est donc un peu faible, mais elle n'en fera pas moins ressortir l'énorme différence entre la valeur du sou du XIV° siècle et celui du nos jours, et surtout la différence du pouvoir de l'argent entre ces deux époques. Il est à remarquer que la valeur proportionnelle des diverses espèces de grains a peu varié; ainsi, au xiv siècle, le prix du froment était d'un quart en sus de celui du seigle, qui valait le double de l'avoine ; il en est à peu près de même aujourd'hui, sauf peut-être pour l'avoine, dont le prix moyen s'est un peu élevé. Il résulterait de là que la consommation proportionnelle de ces trois espèces de grains est restée la même.

Un revenu de 163 livres ayant été acheté au prix de 11,000 livres, l'acquisition avait été faite à un et demi pour cent, sauf une légère fraction. Mais il faut dire aussi que d'après l'acte de vente, la justice et les émoluments qui en provenaient^ les hommages, les tailles, les prés, les pâturages, les bâtiments, les terres cultivées ou fermes, les eaux, les viviers, les servitudes réelles et personnelles n'étaient comptés pour rien dans l'assiette de la rente, et cependant quelques-uns de ces articles, comme les droits de justice et de taille, étaient productifs de revenu.

La maison de Pestel conserva pendant plus de quatre siècles la moitié de la seigneurie de Salers; le duc de Caylus, qui la représentait a titre héréditaire, vendit, vers 1780, la terre de Salers avec celles de Branzac et Fontanges, à M. d'Anglards de Bassignac.

Pendant la longue possession des Pestel, diverses contestations s'élevèrent entre eux et les seigneurs de Salers, au sujet de la justice, du règlement des poids et mesures et des droits honorifiques. Un arrêt du parlement de Paris, du 27 septembre 1427, confirma Pierre de Salers dans les droits de justice qu'il exerçait entre les quatre croix qui formaient les limites du territoire de la ville, à l'exclusion des seigneurs de Pestel; la sixième partie fut réservée et séquestrée entre les mains du sénéchal d'Auvergne.

Le 27 février 1494, une transaction fut passée entre Charles do Salers, Rigal et Louis de Pestel, portant que les mesures de Salers seraient égalées en commun par les officiers desdits seigneurs ; qu'il serait fait une mesure de pierre, pour être mise en un lieu public, à frais communs; qu'ils pourraient y faire apposer leurs armes; que la gabinole (halle), et le Mazel (boucherie), acquis de Balestat, seraient mis en commun. ( Inventaire des titres de Salers. arch. de Mazerolles. )

Le 27 avril 1683, Diane-Madeleine de Salers et Annet de Scorailles, son mari, obtinrent un arrêt contre Claudine de Fabert, veuve de Charles-Henri de Tubières de Caylus, coseigneur de Salers, qui leur adjugea les honneurs de l'église, par préférence, parce qu'ils représentaient l'aîné de la maison.

On le voit, la maison de Salers conserva toujours une certaine prééminence, et toutes les fois que celle de Pestel voulut la lui contester, elle échoua dans ses prétentions. L'antique race des seigneurs de Salers se perpétua pendant sept siècles, occupant un rang élevé parmi les nobles de la Haute-Auvergne. On y compte plusieurs chevaliers, alors que ce titre n'était pas simplement honorifique et qu'il était la récompense des services militaires. Leur bannière flotta dans les premières croisades ; on ne les cite point parmi les chevaliers d'Auvergne qui luttèrent avec tant de courage, et souvent avec si peu de succès, contre l'envahissement de la Haute-Auvergne par les Anglais, les routiers et les grandes compagnies. A l'époque des guerres de religion, le seigneur de Salers était en bas-âge et ne put pas prendre part aux grandes luttes de cette époque. On cite, parmi les hommes distingués de cette famille, Charles de Salers, qui, en 1504, était échanson de la duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne.

François III de Salers fut gentilhomme de la chambre du roi Henri IV. Henri, son fils, servit avec distinction; gentilhomme de la chambre comme son père, colonel d'infanterie et mestre de camp en 1635, capitaine de chevau-légers en t6il, il fut syndic de la noblesse d'Auvergne; il eut deux frères, du nom oe François, qui n'eurent comme lui que des filles. La maison de Salers s'éteignit à défaut de mâles. Il aurait été a désirer pour son honneur qu'elle se fut éteinte a la génération précédente.

Le dernier jour du mois d'août I665, le roi Louis XIV signait une déclaration dont voici le préambule : « La licence des guerres civiles et étrangères, qui depuis trente ans désolaient nôtre royaume, ayant non seulement affaibli la force des loix et la rigueur des ordonnances, mais encore introduit un grand nombre d'abus tant en l'administration de nos finances qu'en la distribution de la justice, le premier et principal objet que nous nous sommes proposés, et celuy auquel après l'affermissement de nos conquêtes, après la sûreté du repos » public, après la réparation de nos finances et le rétablissement du commerce, nous avons destiné tous nos soins, a ésté de faire régner la justice, et régner par elle dans notre Estat, persuadé qu'il n'y a rien dont nous soyons plus » redevables à nos sujets, ny plus comptable à Dieu de qui seul relève nôtre » couronne; mais comme nous sommes avertis que le mal est plus grand dans » les provinces éloignées de notre cour de parlement, que les loix y sont méprisées, les peuples exposés à toute espèce de violence et d'oppression, que les personnes faibles et misérables ne trouvent aucun secours dans l'autorité de la justice, que les gentilshommes abusent souvent de leur crédit pour commettre des choses indignes de leur naissance, et que d'ailleurs la faiblesse des officiers est si grande, que ne pouvant résister à leurs vexations, les crimes y demeurent impunis; pour remédier à tous ces désordres, dont le progrès pourrait, par succession de temps, diminuer nôtre puissance royale, affaiblir la juridiction de nos cours souveraines et éteindre celle de nos officiers subalternes, nous avons résolu d'établir une juridiction, ou une cour vulgairement appelée les Grands-Jours, et de la faire tenir et exercer cette présente année  en notre ville de Clermont, pour les provinces du bas et haut Auvergne, Bourbonnois, Nivernois, Forest, Beaujolois, St-Pierre-le-Moutier, Montferrand, montagnes d'Auvergne, Lyonnois, Combraille, la Haute-et-Basse-Marche, Berry, et de tous leurs ressorts. » (Recueil des arrêts, déclarations des Grands-Jours. Clermont, Jacquard, 1666.)

Les désordres qui régnaient depuis longtemps en Auvergne et qui avaient éveillé la sollicitude du roi, dès l'année 1661, exigeaient que des mesures énergiques fussent prises. Louis XIV, qui était aussi ferme dans ses actions que dans son langage, envoya un maître des requêtes et des membres du parlement de Paris pour tenir les Grands-Jours a Clermont. Investis d'une puissance capable de dompter toutes les résistances, ils avaient pour mission de punir les coupables quel que fût leur rang, de rendre aux lois leur empire, et de faire régner la justice. «  Jamais il n'y eut tant de consternation de la part des grands, et tant de joie entre les faibles, écrivait le président de Novion a Colhert. La noblesse tremblait, un grand nombre de ses membres prenaient la fuite. Il faut bien le dire, et notre silence n'ôterait rien à la publicité déjà acquise, le seigneur de Salers et sa femme furent au nombre des fugitifs.

Le seigneur de Salers avait obtenu des lettres de rémission pour un crime qu'il avait commis; elles avaient été entérinées au bailliage d'Aurillac; le procureur général interjeta appel de la sentence d'entérinement devant la cour des Grands-Jours. Laissons dire à Fléchier qu'elle était la nature du crime dont le seigneur de Salers était accusé, les circonstances dans lesquelles il avait été commis, et à quelles influences le dernier descendant d'une noble race avait eu la faiblesse de céder.

« On parlait encore, dit Fléchier [Mémoires sur les Grands Jours, édition de B. D Gonod, p. 181 ), de quelques autres (dames) qui étaient en fuite et qu'on accusait d'être criminelles dans leurs familles, .où les maris étaient innocents;

Mme la marquise de Salers en était une, et il passait pour constant qu'elle avait excité M. son mari à un des plus cruels assassinats qui se soient jamais faits  dans la province. »

Il revient avec plus de détail sur ce fait (p. 353), dans ce passage que nous reproduisons textuellement: « Les criminels fugitifs étaient en si grand nombre,

qu'à peine était-on sorti d'un procès qu'on rentrait dans l'autre, sans intermission et sans relâche. Après le jugement de M. de Lévy, on examina l'affaire de M. le marquis de Salers, qui était une des plus noires qu'on ait vues pendant les Grands-Jours. C'est un homme de qualité, d'esprit, quelques-uns disent  même de probité, lorsqu'il agit par son inclination et par ses conseils, et non  pas par ceux de sa femme. Il avait un ennemi dont il pouvait se plaindre avec justice, s'il n'eut mieux aimé se venger par violence. Sa passion enflammée par des sollicitations puissantes sur son esprit, et peut-être par son esprit même, le poussa d'assembler quelques-uns de ses amis et quelques personnes d'expédition, et à faire voir qu'il ne souffrait pas une injure. Il attaqua celui qu'il cherchait, qui s'était réfugié dans sa maison où il était retiré, et trouvant trop de résistance et de difficulté a forcer les portes, il fit monter ses gens au plus  haut de la maison, fit découvrir le toit et entrer dans la chambre, où ayant trouvé ce misérable, il l’ avertit qu'il fallait se disposer à mourir. Quelques-uns disent qu'il fit appeler un prêtre et qu'il lui donna le temps de se confesser; les autres assurent qu'il n'eut pas la patience d'attendre. Quoi qu'il en soit, ils le percèrent de cent coups, lui crevèrent les yeux, etc., et se retirèrent avec un peu de satisfaction de s'être vengés, et avec beaucoup de remords d'avoir commis un crime. Au premier bruit des Grands-Jours, ce gentilhomme se retira comme tous les autres coupables, et il a été condamné, sur la fin, par contumace, à avoir le col coupé, à une forte amende et au rasement de sa maison. »

La session des Grands-Jours fut close le 50 janvier 1666, et c'est le 21 du même mois que fut rendu l'arrêt qui condamna le seigneur de Salers. Dongois, greffier de la cour, en donne l'analyse suivante , dans son journal manuscrit, intitulé: Origine des Grands-Jours, conservé aux archives impériales, section judiciaire. « La cour, faisant droit sur l'appel à minima de M. le procureur général d'une sentence d'entérinement de lettres de rémission données à Aurillac , obtenues par le baron de Salers , l'appellation et sentence furent mises au néant, les difficultés furent déclarées bien et dument obtenues, et, pour réparation des casmentionnés au procès, le baron de Salers fut condamné d'avoir la tête coupée; ses biens furent déclarés acquis et confisqués, préalablement pris 16,000 livres parisis d'amende et 8,000 livres parisis de réparation envers Anne Moreau, 160 livres pour faire dire des messes pour l'âme d'Antoine de Serviens (ou Servières), son fils, assassiné par le baron de Salers. Sa terre de Salers fut privée de la justice , qui fut réunie à la royale dont elle ressortissait. Il fut ordonné que le château de Salers serait rasé et démoli, et les bois qui servaient d'ornement coupés à trois pieds de hauteur, et défenses furent faites à toutes personnes de retirer le baron de Salers.

Le 25 janvier , Me Chabre, avocat du roi à la sénéchaussée de Riom , fut  commis pour faire raser le château de Salers et couper les bois servant d'ornement à trois pieds de hauteur.

Le seigneur de Salers sauva sa tête par la fuite; mais, pour tout le reste, l'arrêt reçut une complète exécution. La justice fut réunie au bailliage, la terre et la baronnie de Salers furent confisquées et adjugées, par un arrêt du parlement de Paris, du 19 mars 1679, à Annet de Scorailles, baron de Mazerolles, époux de Diane de Salers, pour 70,000 liv. ; le château et les bois d'ornement furent rases. Dans le dénombrement de la terre de Salers , fait au roi le 19 août 1689, par Annet de Scorailles, il reconnaît tenir a la masure et ruine du château de Salers, o avec le circuit et enclos d'icelui, où il y a dedans une grange couverte de tuile ^'avec une écurie au-dessous, un jardin avec une place appelée de Calvinet, un » puits et une terrasse avec deux grands portais , et un autre jardin au-dessous » appelé Delbos et un pré appelé aussi Delbos. »

Ni Fléchier- ni Dongois ne font connaître le prénom du seigneur de Salers qui fut condamné. Ce fut certainement le dernier qui posséda la seigneurie; mais est-ce Henri? est-ce François ? D'après le Nobiliaire d'Auvergne et le manuscrit de M. Déribier, François aurait été baron de Salers après son frère Henri. En y réfléchissant , on se demande à quel titre François aurait pu succéder à son frère aîné, qui avait laissé trois filles? D'une autre part, une note d'une main étrangère, ajoutée au manuscrit de M. Déribier, porte qu'Henri fut condamne à mort par les Grands-Jours, et que François, son frère, fut condamné à 1,000 liv. d'amende. Les documents que j'ai en mon pouvoir ne me permettent que d'ajouter quelques considérations qui viennent à l'appui de l'assertion contenue dans la note dont je viens de parler. Si l'on me demandait quel intérêt peut présenter cette question, je répondrais que Diane-Madeleine de Salers était fille de François; que nous avons vu sa postérité, qui subsiste encore, vénérée, respectée dans le pays où elle n'est connue que par sa bienfaisance, et que les filles de Henri furent mariées dans les maisons de la Roche-Aymon, de la Roche-Lambert et de Chaussecourte, loin de Salers. Je répondrais encore que la femme de Henri était Diane de Serment, dame de Montrodeix, de Fontfreyde et de Nadaillac, et que la femme de François était Marguerite de Mossier , fille d'Yves de Mossier , élu en l'élection de Saint-Flour et bourgeois de Salers.

Les auteurs qui se sont occupés de la généalogie de la maison de Salers ayant vu que la terre de ce nom avaii passé dans la maison de Scorailles de Mazerolles, ont induit de ce fait qu'elle y avait été apportée par Diane de Salers, qui l'aurait recueillie dans la succession de François , son père. Cette conjecture tombe devant l'arrêt du parlement qui adjugea la terre de Salers à Annet de Scorailles, seigneur de Mazerolles, à titre de vente. Dans une copie de divers actes judiciaires relatifs a un procès qu’Annet de Scorailles. agissant comme exerçant les droits de son beau-père, suivait contre Claude Blanc, marchand et ancien consul de Salers, en paiement d'une somme de 2,975 livres que celui-ci s'était obligé de rembourser à François de Salers, qui l'avait avancée pour la ville, je vois qu'on ne donne à François de Salers que le titre de seigneur de Chaveribière ; j'y vois encore que le o janvier 1666 , date importante , François de Salers avait formé sa demande contre Blanc et présenté sa requête aux Grands-Jours de Clermont. Peut-on admettre qu'alors qu'il aurait été poursuivi par le procureur général, alors que toute la noblesse tremblait devant les Grands-Jours, seize jours avant sa condamnation à mort, François de Salers eût osé saisir cette terrible cour d'une affaire où il n'y avait d'engagés que des intérêts pécuniaires? Cela n'est pas probable. En l'absence de preuves plus positives, je suis porté à penser que le marquis de Salers dont parle Fléchier était Henri, et que cette femme criminelle qui exerça une si fatale influence sur son esprit était Diane de Serment.

En 1789, la baronnie de Salers appartenait à Marie-Françoise do Scorailles, comtesse de Naucaze, morte sans enfants en l'année 1820t. Mme de Maranzac , sa nièce et son héritière, née de Griffolet, fille de Marie-Madeleine de Scorailles de Salers, possède actuellement la belle terre de Mazerolles et l'ancien fief de Chaveribière. Qu'il me soit permis de témoigner ici toute ma reconnaissance à Mme de Maranzac, qui a bien voulu me permettre de pénétrer dans les précieuses archives de Mazerolles. Si je n'ai pas profité autant que je l'aurais pu de son obligeance , ce n'est pas tout-à-fait ma faute. J'étais entraîné par le charme d'une conversation instructive et spirituelle, semée d'anecdotes racontées avec une grâce parfaite et un enjouement de bon goût. Les heures s'écoulaient rapidement, et il n'en restait qu'une faible part pour la lecture des vieux titres.

 

L'église et La Paroisse.

 

L'époque de l'établissement de la paroisse de Salers n'est pas plus connue que celle de la fondation de la plupart des autres paroisses du pays. Cependant, diverses circonstances portent a penser qu'elle n'a été érigée qu'après celle de St-Paul, et qu'elle en a été démembrée. La superficie de la paroisse de Salers n'est que de 476 hectares 87 ares 44 centiares. Elle se compose de la ville et de trois habitations isolées. La commune de St-Paul s'étend jusqu'aux portes de Salers et entoure de trois côtés la commune de ce nom. Lorsqu'un certain nombre d'habitants se furent établis autour du château de Salers , les nécessités du culte y firent établir une église et une paroisse qui fut démembrée de celle de St-Paul.

L'église fut construite entre le château et la ville actuelle, dans le faubourg; c'est une particularité qu'on ne remarque guère qu'à Salers. En général, l'église paroissiale se trouve dans l'enceinte des murs. On doit induire de ce fait que la construction de l'église avait précédé celle de la ville et que c'est dans le faubourg actuel, sous la protection du château, que s'établirent les premiers habitants.

L'existence d'une église à Salers, à la fin du XIII° siècle, n'est pas douteuse. Nous avons parlé de la fondation faite par Helme de Salers, à son retour de la croisade. Plusieurs des titres, soigneusement conservés dans les archives de cette église, remontent aux premières années du XIV° siècle. Il en est un que nous citerons, parce qu'il constate un ancien usage qui n'existe plus aujourd'hui, et qu'il prouve l'ancienneté de l'église de Salers. Il est daté du dimanche après la fête de saint Mathieu, l'an 1308. Hugues Guillelmi (Guillaume), damoiseau, ratifie en présence de Jean de Grezas, recteur, ce dernier acceptant pour lui et les autres prêtres et clercs, diverses rentes constituées par ses prédécesseurs en faveur de l'église de Salers, et entre autres celle de 12 deniers qu'il doit payer chaque année, à la fête de Pâques, «  pour acheter le vin que l'on donne dans cette église aux personnes qui y font la communion » (ad emendum vinum quod datur in dicta ecclesia, illis personnis que in eadem ecelesia recipiunt corpus Chrisii). L'acte est reçu par Pierre Marion, clerc-notaire , sous le sceau du bailliage des montagnes, Etienne de Nerestan étant bailli et garde des sceaux.

Il est fait mention des prêtres filleuls de l'église de Salers dans un titre de 1338. Géraud Latremoleyra était alors curé. Cette communauté devint très-nombreuse. Elle fut érigée en collège, avec pouvoir de nommer deux bailes, par une bulle du pape Alexandre VI, en date du 2 janvier 1501. A cette époque , le nombre des prêtres communalistes était de quarante-deux.

L'église de Salers se compose d'une seule nef, sans transept. Flanquée de trois chapelles de chaque côté , elle se termine par un abside à pans coupés; elle est précédée par un porche surmonté d'une tour carrée. La voûte de la nef est fort élevée; elle est ornée de nervures prismatiques et de fleurons. Trois des fenêtres qui éclairaient le chœur ont été bouchées; les deux autres ont été bouchées à moitié : il n'en reste que la partie supérieure. Ces fenêtres, ainsi que celles de la nef, étaient divisées par des meneaux et ornées comme l'étaient toutes les fenêtres ogivales. A une époque qui n'est pas très-reculée, et, si j'ai été bien informé, après la révolution, on trouva que l'église n'était pas suffisamment éclairée, et les meneaux , les trèfles, toute l'ornementation des fenêtres tombèrent sous le marteau des maçons. Le but qu'on se proposait fut atteint : l'église est très-claire. Mais les fenêtres ont perdu leur caractère ; elles sont difformes, et la seule ornementation qu'il y eut dans cet édifice a disparu.

Au fond de l'église, dans un réduit obscur fermé par une grille en fer, est le sépulcre, œuvre intéressante pour l'histoire de l'art, et qui n'est pas dépourvue de tout mérite artistique.

Au premier plan, le Christ est étendu sur le suaire. En arrière , on voit cinq personnages debout, rangés sur la même ligne. La Vierge est au milieu ; sa tête est penchée , Ses mains sont jointes; elle pleure, juxtà erucem lachrymosa. A sa droite, est saint Jean; à sa gauche, l'une des saintes femmes qui porte un vase rempli d'aromates; aux extrémités, sont Marie, mère de Jacques, et sainte Madeleine. Deux hommes, Joseph d'Arimathie et Nicodême, sont placés, l'un à la tête, l'autre aux pieds du Christ. En avant, est le gardien du sépulcre : coiffé d'un casque, il est revêtu d'une cote de mailles; deux énormes clés sont attachées à sa ceinture; un sabre court, à lame légèrement recourbée, pend à son côté. Les statues sont à peu près de grandeur naturelle; toutes sont peintes. Les figures ne manquent pas d'expression ct de vie. Il y a du sentiment dans la tète de la Vierge. Les chairs sont bien modelées; les tendons et les veines ont peut-être trop de relief. La nature est bien imitée ; mais c'est une nature, vulgaire, sans noblesse, sans élévation. Les costumes sont ceux de l'époque, et, sous ce rapport encore, ce groupe offre de l'intérêt. Toutes les figures sont en une espèce de stuc qui ressemble à un calcaire tendre, d'un gris assez foncé.

Ce monument de piété « fut bâti, édifié et fondé, et garni de tous ornements nécessaires au service, « par messire Géraud Vitalis, prêtre, habitant et natif de Salers.. Il donna, en outre, trente-trois quintaux de rosette (cuivre) pour la grande cloche qui portait son nom. Il obtint des indulgences pour le sépulcre ; elles furent accordées en 1496 ou environ, par deux bulles signées de vingt cardinaux. Il me semble douteux que vingt cardinaux aient signé ces deux bulles; mais j'ai trouvé ce fait énoncé dans le registre de la ville, sous l'année 1498, et je n'ai pas dû le négliger.

Géraud Vitalis avait fait d'autres dons à l'église. Le 10 août 1527, Nicolas de Fontanges ratifia, en faveur des curé et prêtres de Salers, divers contrats d'aliénation de rentes que Guy, son aïeul, et autre Guy de Pestel, seigneur de Salers, de Fontanges. etc., avaient consentis à Géraud Vitalis, et que ce dernier avait donnés à l'église.

A la fin du XV° siècle et au commencement du xvi*, les diverses parties de l'église de Salers furent reconstruites.il ne reste de l'ancien édifice que le porche et la porte d'entrée. Une louable émulation porta les principaux habitants à contribuer a cette reconstruction; les six chapelles furent bâties à leurs dépens. Le registre de la ville a conservé leurs noms. L'histoire de l'église de Salers serait incomplète si on omettait le nom de ses bienfaiteurs. Je transcris un court passage qui nous les fera connaître.

« En l'esglise parrochiele est le cuer, fermé de grille de fer, et chief d'esglise et de parroisse est Monseigneur St-Mathieu, évangéliste.

Au saillant (en sortant) dudit cuer , du cousté dextre , est la chapelle de N.-D.-de-Pitié , qui a esté bastie, édyfiée et fondée par Jean Fontolive , en son vivant bourgeois et marchand de Salern.

Après est la chapelle de Monsr St-Georges, qui a esté bastie, édyfiée et fondée par feu Jehan Vigier, marchand de Salern ; en suivant dudit côté est la chapelle de Monsr St-Loys, ancienne, que tiennent les Lizets, et y a une chapellenie fondée par ceux de Bra, à la collation du Sr de Portuts, et y a vieux titre sur le peuch de Filieyts (figuier) de fondation.

De l'autre cousté saillant dudit cuer, a main senestre, est la chapelle de St-Éloy, qui fust bastie, édyfiée et fondée par feu messire Antoine Defaët Alias, lo vicary, habitant de Salern et natif du village de Faët, parroisse de St-Bonnet.

Conséquemment est la Chapelle de St-James , que en l'an 1490 ou environ a esté bastie et édyfiée par les héritiers de feu Antoine des Chazettes, dit Seillol; les héritiers de feu Pierre Vigier, dit Mondorra; les héritiers de feu Pierre de Mons; Pierre Bouissou, bourgeois et marchans de Salern ; et derrièrement est la chapelle de N -D.-de-Grâce et le vénérable sépulcre, somptueusement bastis par Géraud Vitalis. »

A la même époque, divers offices furent fondés et augmentèrent la dotation de l'église. Les vêpres et complies du dimanche furent fondées en 1493, par Antoine de las Chazettes, dit Seillol. En 1490, Guy Chalvet, prêtre de Salers, fonda les vêpres du lundi. Celles du vendredi et du samedi furent fondées vers 1494, par honorables hommes Guynot Chalvet, luminier, et Jehan Chalvet, son frère, et par honorables hommes Pierre Boyssou et Mathieu Boyssou , bourgeois et marchands de Salers, pour eux et pour Mess» Jehan Boyssou, leur frère, curé de Mauriac. Cette fondation coûta 400 liv., somme considérable pour le temps. Les Olivier frères  fondèrent les vêpres et les complies du mardi.

Le luminier Dubois, qui a conservé le souvenir des fondations, des chapelles et des offices , n'oublie pas les ornements et les vases sacrés; il en fait l'inventaire et le transcrit dans le registre de la ville.

Les chappes, chazubles , cortibals (espèce de dalmatique), draps et hahillements que sont à l'église, au service de Dieu, ont donnés les roys, roynes, conestables, chevaliers, et autres plusieurs officiers de la feste N.-D.-de-Septembre et plusieurs autres gens de ladite confrérie. »

Un ornement complet « en damas Pers «  (bleu foncé) avait été donné par feu Antoine des Chazettes, demeurant à Clermont ; un ornement de damas blanc, par Jehan Chalvet; un ornement de damas rouge, par Géraud Chalvet, fils d'Antoine; Antoine Sédier, marchand de Salers, donna l'ornement de damas jaune; Jehan Chassaing, aussi marchand de la même ville, l'ornement de veloux cramoisin; noble Breyda de Serre, veuve de feu Antoine des Chazettes, donna l'ornement de damas noir et le drap de morts de satin noir, avec croix de satin blanc. On trouve encore , parmi les donateurs, Peyroto et Pierre Boysso; Luca del Fayet, femme d'Antoine Seillol; la dona de la Lizetie, Anne d'Oltrassalh; la dona Alizona Chaviale. femme de Guynot Chalvet, luminier. »

L'inventaire des joyaux et vases sacrés qui furent confiés à la garde de Guynot Chalvet et de Peyre Malrieu , bourgeois de Salers et luminiers, fut dressé en la maison de Dubois et signé par lui, le 14 janvier 1498. Il contient neuf articles que nous transcrivons:

« Premièrement, un reliquaire surdoré qui a esté fait par lesdits habitans pour porter le corpus domini qu'est dans ung estuy de bois.

Item ung autre petit reliquaire en argent ont il a une ymage de Notre-Dame que a esté donné par feu Mathieu Dufayet, bourgeois de Salern.

Item deux coronnes d'argent surdorées pour l'ymage de Notre-Dame et son Enffant, garnyes de perles, de flerons (sic) et de piarres de diverses sortes , que sont de la ville, que les a faites fere (sic) à ses dépens.

Item ung corailh roge à trois grans branches, garny d'argent, avec ymage de Notre-Dame, que a esté donné par Jehan Boyssou, marchant de Salern.

Item une piarre de bérilh ronde que donna feue Héléna de Fontanges, veuve de feu Blardin Bompart, en son vivant seigneur de Vozers (Auzers).

Item une autre piarre blanche crestude (sic) qu'estoit devant l'ymage saincte Anne, que fust donnée par la feue dona de Comolet.

Item une grant croix d'argent avec son estuy, de grand valuer, que fust donnée par feu messiic Pierre de Laroche. (A la suite, écrite d'une autre main, on trouve la note suivante) : En l'an 1555, les Srs Heringon et Anthoine Chalvet frères firent reffaire la d° croix que estoit rompue, et l'augmentèrent de la somme de six vingt dix (130) livres.

Item une autre croix de cristailh.

Item quatre calices d'argent tout neufs qui ont esté nouvellement faits par la ville et achaptés au nom de la ville, à Lyon, par le Sr Pierre des Chazettes, dit

  1. Seilhol. »

Il est à remarquer que les vases sacrés et les joyaux de l'église étaient considérés comme la propriété de la ville, et qu'ils étaient confiés, non à la garde des prêtres, mais bien à celle des luminiers. En 1505, Pierre Vigier ayant prété une somme de 100 livres à la ville pour soutenir un procès au sujet des communaux, et pour obtenir la translation du bailliage des montagnes de St-Martin à Salers, on lui donna en gage deux calices et un reliquaire.

Mous avons vu plus haut que les Lizet possédaient la chapelle appelée de St-Louis. Par contrat du 12 avril 1542, Pierre Lizet, premier président au parlement de Paris, donna 600 livres pour être employées « au bâtiment et édifice de la chapelle des Lizet. » Il donna, en outre, 1,200 livres pour « l'augmentation » du service divin dans l'église de Salers es fons baptismales, de laquelle il a été régénéré, et y sont ses prédécesseurs, parens et amis inhumés. »

Le 2 mars 1546, Beringon Chalvet, bourgeois de Salers , Sr de Freluc et de Salhans (Salins), baron de Trizac et Cheirouse, donne aux curé et prêtres de Salers 35 livres de rente au capital de 700 livres.

Le 2 février 1545, messire Pierre Lizet, chanoine de l'église cathédrale de N.-D.-de-Paris, archiprêtre de Mauriac et curé d'Auglards, agissant pour noble  et magnifique personne Monsieur maistre Pierre Lizet, premier président en  la vénérable cour de parlement, à Paris, absent, donne à l'église de Salers la somme de 90 livres tournois, payées comptant, à la charge de célébrer annuellement douze messes à l'intention desdits Lizet et de feu honorable homme  maistre Beraud Lizet, licencié en chacun droit, et honnête femme Isabeau des  Chazettes, père et mère desdits Lizet, et de feu maistre Antoine Lizet, bachelier en droit, frère desdits fondateurs. »

Le 1er octobre 1556, messire François de Chalvet, chevalier, seigneur de Freluc, conseiller du roi, trésorier de France, général de ses finances dans la généralité de Lyon, pour soi et les siens , et aussi comme main-prenant pour dame Françoise de Lizet, sa mère, ratifie les fondations faites, en 1446, par Jacques Lizet; en 1528, par Isabeau de Chazettes, veuve de Beraud Lizet ; en 1542 , par Pierre Lizet, premier président au parlement de Paris; en 1544, par Beringon de Chalvet, son père, et en 1545, par le chanoine Lizet. François de Chalvet, qui agit comme héritier des Lizet, s'oblige a servir une rente annuelle de 100 livres; et, dans le cas où les prêtres de l'église de Salers n'acquitteraient pas exactement les fondations, il veut qu'elles tournent au profit des pauvres de l'Hôtel-Dieu de Salers

Les titres que nous venons d'analyser ont une double importance : ils ajoutent de nouveaux noms à ceux dis bienfaiteurs de l'église de Salers, et ils lèvent toutes les incertitudes sur le lieu d'origine et la famille du président Lizet. Nous reviendrons sur ce dernier point dans la suite de cet article. La chapelle St-Louis existait certainement avant 1542. Elle fut reconstruite après cette époque, au moyen dit don de 600 livres fait par le président Lizet; elle est plus grande que les autres chapelles, et l'ornementation en est plus riche et plus soignée. On voit, à la clé de la voûte, les armes des Lizet, qui sont d'azur au chevron d'or, accompagné-en chef de deux croisettes , et en pointe d'un croissant de même.

En l'année 1623, un procès s'engagea au sujet de cette chapelle entre Mre Pierre Conort, notaire royal à Salers , Jean de Vigier, archiprêtre d'Anglards, et Jacques-Antoine de Vigier, frères. Pendant que l'instance était pendante au parlement, dame Françoise do Chalvet, veuve de Jacques Faye, conseiller d'Etat et président en la cour de parlement de Paris, et Charles Faye, conseiller d'Etat et introducteur des ambassadeurs, furent mis en cause. Le 6 juillet 1624, le parlement rendit un arrêt par lequel il maintint «  ledit Conort en la possession et jouissance de la chapelle St-Louis , autrement appelée des Lizet, droits de sépultures, places de bancs, fermetures, clostures et autres dépendances d'icelle; fit défenses auxdits Vigier et tous autres de les y troubler , à peine de 500 livres d'amende. » Cet arrêt, qui est transcrit dans le registre de la ville, folio 330 et suivants , ne fait pas connaître sur quel titre Pierre Conort fondait ses prétentions; l'appel en cause de Françoise de Chalvet, qui représentait les Lizet, porte à penser que c'était d'elle qu'il tenait ses droits, qui furent reconnus fondés.

L'église de Salers , dont la reconstruction commencée à la fin du XV° siècle, s'était continuée pendant la première moitié du XVI°, fut consacrée le 7 septembre 1532 , par Andreas Textier , évêque de Roses, suffragant de Guillaume Duprat, évêque de Clermont. Elle était encore couverte en paille et en danger de feu, en 1555, époque à laquelle le conseil de la ville vota les fonds nécessaires pour faire la couverture en tuile. Sur l'une des clés de la voûte , on a sculpté l'image de saint Mathieu. Autour, on lit cette inscription : Saint Mathieu, patron de céans, 1547.

En l'année 1620, le clocher, menaçant ruine, fut démoli jusqu'à la voûte du porche et rebâti aux frais de la ville, qui aliéna les secondes herbes des prés et terres appelés de tiergoux et du pré des Chazelles. Les dons particuliers s'élevèrent a 250 livres 10 sols. Les armes de la ville, qui sont une tour avec trois fleurs de lys en chef, ainsi que les initiales des noms des consuls, furent sculptées sur une pierre de taille, avec la date de la reconstruction. Les trois consuls étaient: Israël de Mossier, élu; Guillaume Leblanc, et Jean Spinouse.

Le clocher a été rebâti de nouveau vers 1820, M. Bertrandy étant maire et M. Bos curé. C'est une construction lourde , sans style , telles qu'on les faisait avant que la science archéologique ne se fût popularisée et n'eût réhabilité l'architecture du moyen âge.

L'église de Salers possède un tableau fort remarquable que les connaisseurs attribuent à Ribéra; il représente l'Adoration des Bergers. On voit, dans l'ancienne sacristie, plusieurs pièces de tapisserie représentant diverses scènes de la vie de Notre-Seigneur-Jésus Christ ; elles paraissent être du XV° siècle. On lit au f° 170 v du livre de la ville, « qu'en l'année 1534, Sr Berengon Chalvet donna la garniture d'une chapelle de tapisserie de Flandre , laquelle sert à garnir ladite chapelle les jours du jeudi absolu et grand vendredi (Jeudi et Vendredi-Saints); ensemble le ciel de taffetas à étoiles d'or; aussi ung pavillon de taffetas violet à étoiles d'or , et dedans le tabernacle garni de velours violet à points d'or et à grands oreillers de velours violet et rouge pour illec reposer le cerpus Domini. » Il est probable que les tapisseries de Flandre conservées dans la sacristie sont celles qui avaient été données par Berengon Chalvet.

 

La ville

 

Quand on arrive à Salers par la route départementale, on ne voit la ville que lorsqu'on est pour ainsi dire à ses portes. Elle apparait tout d'un coup avec ses murs en terrasse formant sur la pente de la colline plusieurs enceintes concentriques; elle s'élance au-dessus des remparts avec ses maisons hautes, ornées de tourelles et de clochetons. On croirait voir un groupe de demeures féodales, on plutôt une ville du XV° siècle, avec ses enceintes fortifiées. Si l'on approche de la ville, l'illusion continue, les portes sont encore surmontées ou flanquées des tours qui servaient à les défendre; telles elles étaient il y a trois siècles, telles elles sont aujourd'hui; il n'y manque que les portes et les herses qui les fermaient, les ponts-levis qui les précédaient. On voit encore au lieu le plus apparent les armes des seigneurs de Salers. Les écussons sont frustes; mais on est à se demander si c'est le temps ou la main de la révolution qui les a effacés.

Pour arriver à la porte de la Martille, il faut suivre un chemin roide et tournant; deux rues aboutissent à cette porte; l'une conduit à la place, l'autre au quartier de Barrouze. Dans ce quartier on ne voit que des portes ogivales ou eu arc surbaissé, ornées de moulures rondes ou prismatiques; des maisons qui ont leur pignon aigu sur la rue, et ça et là des ruines, des fondations de murs, et an bout, la promenade de Barrouze qui domine les vallées de St-Paul et de Fontanges, et d'où l'on jouit d'une vue ravissante.

La porte de l'Horloge sépare la ville du faubourg; quand on en a franchi le seuil, on voit, à droite, deux colonnettes cannelées de la renaissance, qui ornaient l'entrée de la maison des Lizet, aujourd'hui l'école des Frères, On arrive à la place, chaque maison a sa tour: ici, c'est une tour carrée ; là, une tour hexagone; mais les plus nombreuses sont des tours rondes se terminant dans leur partie inférieure en culs de lampe, et divisées dans leur hauteur par des cordons de moulures. Toutes ces maisons, solidement construites, datent, pour la plupart, du XV° ou du XVI° siècle; elles ont subi peu de changements; elles ont conservé et leur place et leur forme.

Si l'on pénètre dans l'intérieur des maisons les plus anciennes, on y arrive par des allées dont les voûtes en pierre sont ornées de nervures et de fleurons. Les plus remarquables sous ce rapport sont la maison de Bargues et la maison Spinouse. autrefois Dupuy de la Fauvelie, actuellement en ruine, et dont les fenêtres étaient, il y a peu d'années, ornées de beaux vitraux du xvi* siècle. Dans l'une des maisons de la place on voyait une pièce entière décorée de boiseries en chêne, dont les sculptures étaient aussi remarquables par la pureté du trait que par la vivacité des arêtes, le bon goût des ornements et la hardiesse du travail. Il y a deux ans à peine que ces boiseries du XVI° siècle ont été vendues à des brocanteurs, et portée» à Paris.

Les maisons du faubourg sont en général d'une construction plus moderne que celles de la ville; il ne faut pas tirer de ce fait la conséquence que le faubourg est moins ancien ; cette conséquence serait, d'après nous, erronée; il prouve seulement que ces maisons ont été reconstruites et appropriées à de nouveaux besoins, pendant que dans la ville le mouvement parait s'être arrêté a partir de la fin du XVI° siècle. C'est cette immobilité qui fait de Salers une ville à part, et qui la rend fort intéressante à visiter.

Quoique les premiers titres où il est parlé de Salers soient postérieurs à 1 année 1250. cependant tout fait présumer qu'il formait à cette époque un bourg d'une certaine importance. En 1273 un accord fut passé entre le seigneur de Salers et le seigneur de Scorailles d'une part, et la communauté de Salers de l'autre, au sujet des fraux et communs appelés de Bregoux, de Sfoustours. Lasvergnes, Couderc-de-la-Rodda, Peuch et Saigne-d'Achier. Le seigneur de Salers percevait sur ces communaux une rente annuelle de 17 sols, et le seigneur de Scorailles une rente de 7 sols. La communauté s'affranchit de cette redevance moyennant 20 livres qui furent payées au seigneur de Salers; et 8 livres au seigneur de Scorailles. Le seigneur de Salers se réserva la justice haute et moyenne, et il fut convenu que dans le cas où les communaux seraient cultivés, la quatrième partie des fruits lui appartiendrait. (Arch. d& Mazerolles, invent, des hommage».)

En l'année 1300, les habitants de Salers reconnurent tenir en fief, de Guinot de Salers, les communaux sus dénommés, aux droite ci-dessus expliqués, et des éperons dorés à chaque mutation de seigneur. (Id.)

Ces hommages furent renouvelés en 1357, en 1386, en 1396 et en 1414. Enfin, en 1508, fut passé un nouveau traité qui fait connaître les franchises dont jouissaient les habitants de Salers. Cet acte nous a paru assez important pour le publier en entier à 1 appendice; nous nous bornerons donc à analyser ici ses principales dispositions.

Les habitants reconnaissent tenir du seigneur de Salers, et devoir tenir de ses héritiers et successeurs, en franc fief, les communaux de Bregoux, de Moussours, l'affar de las Vernhas, l'affar et pâturage du Couderc-de-la-Rodda et del Peuch-d'Achier; ils reconnaissent que le seigneur a toute juridiction haute et moyenne  esdits affars, pasturages et communaulx dessus déclarés; mais lorsque les habitants trouveront du bétail étranger dans lesdits affars et pâturages, ils  le pourront prenre, et non autres, clorre et détenir vingt quatre heures et plus avant, tant que leur plaira, et appoincter avec ceulx que appartient ledit bestailh estranger et forain, à l'esmende ainsi qu'ils adviseront. En cas de contestation, elle sera portée devant le juge du seigneur de Salers. « Et tout  le droit et émolument de basse justice jusques à soixante sols sera et appartiendra entièrement esdits luminiers et habitants, pour convertir ledit prouffit et émolument au prouffit, réparation et utilité desdits habitants. Si des gages sont donnés, ils seront déposés entre les mains des luminiers jusqu'à fin de cause.

Les habitants peuvent prendre dans les communaux les pierres et les tuiles qui s'y trouveront, en enlever les herbes, les genêts, les fougères, y faire pâturer leur bétail, ou les affermer. Le seigneur, ni ses successeurs ne pourront faire aucun labourage ou agriculture esdits communaux; mais si les luminiers et habitants les mettaient en culture et y semaient du blé, le seigneur et  ses successeurs auront le droit de panière, qu'est la quarte part comme est  contenu ès-anciennes reconnaissances. »

Le seigneur de Salers veut et consent, comme est de toute ancienneté, que  toutes maisons et héritages que sont situés et assis dans les decs et croix

de ladite ville de Salers sont en franchise, privilège et liberté, que ne doivent  lozisme gracieux ne autre vestizon , ne droit de ventes aucun, et ne y a ledit » Sr nul droit de retenue , et chacun peut vendre et achepter desdits héritages sans paier aucun droit audit seigneur, sauf audit seigneur de Salers et à ses successeurs, la juridiction et justice telle qu'il montrera qu'il a sur lesdits héritages et ses cens et rentes qu'il y doit avoir. »

Les habitants peuvent vendre et mettre des cens sur leurs maisons et héritages, sans donner ouverture à aucun droit seigneurial.

Item lesdits habitants de Salern peuvent et sont capables à tenir leurs maisons et héritages estant dans lesdites lymytes, francs, quictes de toute charge et censive, et en justice de soixante sols ou autre, telle qu'ils ont acoustumé de y avoir et d'en user et exercer en la manière accoustumée; sauf audit seigneur de Salers les droits de justice et les rentes ès lieux qu'il montrera.3

Item les habitants de Salern ont liberté et franchise que sont tous de libère et franche condition et liberté, que ne doyvent, ne sont taillables, à taille à quatre cas, mercenaire ne autre, ne gueytables, si n'est pour la garde de leur

ville, tuition de leurs biens et déffense de leurs personnes, ainsi que par lesdits

luminiers est ourdonné et que le cas requiert quand il en est besoing. Sauf que si aucun se retirait au chasteau dudit Sr de Salern, en temps de émynent périlh, fera le gayt audit chasteau.

Le seigneur consent qu'à l'avenir les habitants puissent élire deux luminiers qui seront chargés des réparations des portes, murailles, fontaine, horloge et autres lieux; ils pourront s'assembler avec les habitants pour traiter et délibérer de leurs affaires communes, tantes et quantes fois que bon leur semblera et qu'il en sera besoing.

De son côté, le seigneur pourra ériger des fourches patibulaires dans les communaux et héritages, aux lieux que par lui et les luminiers sera advisé être  plus convenables, et que les lieux ont l'en fait les processions et les croix ne

soient point occupés, et que ladite érection de fourches patibulaires ne face préjudice ne déshonnéteté.

Les luminiers et habitants doivent faire hommage de leurs biens au seigneur de Salers et lui délivrer deux éperons dorés, selon qu'est escript es anciennes a reconnaissances, et ce à sa requeste. Une semblable reconnaissance devait être faite à chaque changement de seigneur, et on devait délivrer les deux éperons dorés à tout nouveau seigneur.

Le traité du 7 avril 1508 que nous analysons, contient l'acte d'hommage fait au seigneur parles luminiers; nous transcrivons cet article qui fait connaître la forme dans laquelle l'hommage était rendu ; elle est conforme a celle que l'on suivait dans les hommages rendus par les gentilshommes.

« Lesdits Hugues de Beaumont et Pierre Sedier, luminiers, du vouloir et consentement desdits habitants en leur présence, pour eulx et à leur nom et au  nom desdits habitants, de genoulx, laissé chapeaulx, bonnets, cornètes et sentures (sic), ont fait audit Sr la foy et hommage des choses dessus dites et  accordées, et à ce ledit seigneur les a reccus en les baisant, et luy ont presté  serment de fidélité en tel cas acoustumé, tenir et accorder le contenu es chapitres de fidélité vieux et nouveaux. »

Cet acte détermine parfaitement les droits du seigneur et ceux des habitants; le seigneur ne conserve que la justice haute et moyenne, la suzeraineté et les cens ou rentes établis par titre. Les habitants sont francs et libres et ne sont pas taillables; ils peuvent à l'avenir nommer des luminiers pour la gestion des affaires de la communauté, sans l'autorisation du seigneur. Cette dernière disposition est la seule qui, dans l'acte de 1508, ait introduit un droit nouveau; sans doute, dès que les habitants eurent des communaux importants qui leur appartenaient en propre, dès qu'ils eurent fortifié la ville, qu'ils curent des intérêts séparés de ceux du seigneur, ils durent avoir des administrateurs chargés de gérer les affaires communes; c'était une nécessité évidente, et la nécessité a souvent donné naissance à des institutions qui n'ont été régularisées que plus tard. Dès le XIII° le XIV° siècle, les habitants devaient avoir des syndics, des luminiers, des administrateurs quelconques, mais ces administrateurs, ils ne pouvaient les nommer qu'en vertu de l'autorisation du seigneur; ce n'était qu'avec sa permission que les habitants pouvaient s'assembler et délibérer sur les affaires de la communauté.

Les délibérations consignées au livre de la ville de Salers prouvent qu'antérieurement à l'année 1508, les habitants ne pouvaient s'assembler sans autorisation pour les affaires communes. Le 7 mars 1500, les habitants voulant consentir un bail de leur communal appelé de Baubert, se réunissent sur la place publique del Mazel, devant François de la Fabrie, lieutenant du juge de la ville de Salers pour noble et puissant Rigal, seigneur de Pestel, et en vertu de sa permission, «  de licencia ejusdem . »Le 5 juin 1504, les luminiers exposent au lieutenant général du bailli des montagnes d'Auvergne pour Mme la duchesse de Bourbon et d'Auvergne, que la ville de Salers avait « des procès et négoces pour lesquieulx donner conduite estoit nécessaire eulx assembler, mais pour le devoir de justice et pour ce que non avoient consulat ne autre auctorité de eulx mesmes assembler, ont requis congé et licence de eulx assembler. .. pour fin que de monopole ne autre inconvenient ne fussent repris » Sur cette demande, Antoine de Chaviale, lieutenant général, donne licence aux habitants de s'assembler une ou plusieurs fois pendant un an.

Disons-le donc, si les habitants de Salers étaient libres et de franche condition comme individus, ils étaient, comme communauté, sous la dépendance du seigneur; il n'y avait pas de commune indépendante et libre.

Les biens de la communauté et ceux des particuliers situés entre les croix ou bornes de la ville, n'étaient pas moins libres que les personnes ; ils n'étaient cependant pas allodiaux; ils formaient entre les mains des possesseurs des arrière-fiefs relevant du seigneur. La basse justice et les émoluments qu'elle produisait leur appartenaient ; il paraît même que les propriétaires de certaines maisons avaient des droits de justice plus élevés, peut-être la moyenne justice; mais ils n'avaient certainement pas la haute que le seigneur suzerain exerçait dans toute sa plénitude. En un mot, les habitants étaient seigneurs des communaux, les propriétaires étaient seigneurs de leurs maisons et des héritages situés entre les croix; les uns et les autres en avaient au moins la basse justice et en percevaient les émoluments. Ils étaient les vassaux du suzerain, dans la véritable acception du mot, et non pas ses hommes, ou de simples censitaires.

L'allodialité était dans la Haute - Auvergne et le midi de la France le régime ordinaire des propriétés communales dépendant des villes ou des bourgs affranchis; mais je ne connais pas en Auvergne d'autre exemple de biens communs formant une propriété féodale.

Les libertés dont jouissaient les personnes, l'affranchissement de la terre, durent attirer à Salers de nombreux habitants; la ville dut s'accroître en richesse et en population sous les règnes de saint Louis, de Philippe-le-Bel et de leurs premiers successeurs (1).

 

(I) Un hommage rendu au roi en 1284. par Jean Lacort, de Saters, nous donne une idée de ta richesse de certains de ses habitants à cette époque. Il reconnaît tout ce qu'il a aux affars de la Sate, du Verdier ct de Labro, paroisse de St-Martin; tout ce qu'il a à Conrot, paroisse de Loupiac; le mas de Conrot, sis à Chastrenat; deux domaines ( bordarias) dans la paroisse de St Martin; tout ce qu'il a à Branzèle à Ruzotes, et ce qu'il a eu de Bertrand de St-Bonnet. L'acte est passé sons sou sceau, qui représente une croix, dont chaque branche est terminée par une fleur de lys; il y a deux étoiles en haut et deux fleurs de lys en bas. Le sceau n'est pas en forme d'écusson.

 

 

Mais bientôt les Valois montèrent sur le trône, et alors commença cette lutte sanglante entre la France et l'Angleterre qui devait durer pendant près d'un siècle. Les titres de la ville de Salers prouvent qu'elle fut exposée, comme tout le plat pays et les villes ouvertes, aux ravages des Anglais, des routiers et des grandes compagnies. Des lettres de rémission déposées aux Archives impériales, section s., 1140, nous ont conservé le souvenir d'une expédition des Anglais contre la ville de Salers et le bourg de St-Martin-Valmeroux. Ces lettres, datées de Chantelle, le 20 juillet 1358, furent accordées par Loys, duc de Bourbon, lieutenant du régent (plus tard Charles Y), dans les pays de Berry, d'Auvergne et de Lyonnais , a Turbet le Fausconier, sergent de M. de Latour, à St-Christophe; elles sont précédées d'un exposé ainsi conçu, : Environ la Toussaint dernière passée (1357 ), Turbet venait de Scorailles et allait à St-Christophe; il y « encontra  les Anglais qui chevauchaient d'aventure, lesquieulx il ne post eschiver pour ce qu'il étoit mal monté, et le prirent, et ne luy trouvèrent point finance, et le menèrent à la ville de Salern, laquelle ils pillèrent en sa présence, et  luy dirent que pour ce qu'il ne pooit rien gaigner, que il leur fit aucun scevice de pourchasser pain et vin et autres vivres à eulx nécessaires dans ladite ville, et lui baillèrent l'empreint d'un sceel en son chaperon, came( pour que) il allast plus seuremant en ladite ville entre les ennemis; et après lui baillérent un prisonnier de ladite ville, appelle Guilhen, pour aller parler au seigneur et habitants de ladite ville qui se estoient retraits an chastel, pour dire à eulx qu’ ils envoyassent quatre personnes dudit chastel sous sauf conduit de messire Arnaut de Lebret, pour rachapter le bestailh qui estoit pris par les Anglais, et afin que lesdits hommes vinssent plus seurement, messire Arnaut de Lebret leur envoya par ledit Turbet l'empreinte de son sceel sur un po de papier, et ainsi vinrent lesdits hommes et rachaptèrent ledit bestailh. Amprès  ce lendemain partirent de la ville et s'en passèrent à St-Martin-de-Valmeron, et d'illecques ledit Turbet leur eschapa et s’en entra à l'église où les bonnes gens s'étoient retraits, et les ennemis s'en allèrent. » Nous reviendrons sur la razia faite à Salers; suivons un instant Turbet le Fausconier. Après la Toussaint, il se mit comme les Anglais à chevaucher d'aventure. Arrivé près de Jussac, il se prit de querelle avec Bernard de Lobes et lui donna un coup d'épée. Il rencontra ensuite deux muletiers qui conduisaient six bêtes chargées. Ces malheureux le prenant pour Anglais prirent la fuite abandonnant leurs bêtes et les marchandises qu'elles portaient. Turbet déchargea la meilleure et l'amena à Mauriac; il y fut suivi par les conducteurs qui le dénoncèrent; on le fouilla, et comme on trouva dans son chaperon le sceau d'Arnant de Lehret, on le mit en prison . Réclamé par le seigneur de Latour, parce qu'il était son sergent, il fut rendu à son juge naturel; mais le châtelain du seigneur de Latour se montra tout aussi sévère que le bailli de Mauriac, et on ne sait trop ce qui serait advenu à Turbet le Fausconier lorsqu'il se pourvut en grâce auprès du lieutenant du régent, qui lui accorda des lettres de rémission

Turbet avait suivi les Anglais à Salers et à St-Martin-Valmeroux; il leur avait, procuré des vivres; il avait négocié le rachat du butin avec le plus entier désintéressement; du moins les lettres de rémission ne disent pas que toutes ces négociations lui eussent produit le plus léger bénéfice; prisonnier des Anglais, il était bien forcé de leur obéir. Qu'il eût blessé Bernard de Lobes, c'était encore un fait excusable; il avait été peut-être provoqué, et puis, à cette époque, il se donnait tant de coups d'épées! Mais je ne vois pas trop ce qui pouvait excuser le vol de la bête de charge de nos deux muletiers; ils l’ avaient pris pour Anglais, ne pouvait-il pas les désabuser; et, parce qu'ils avaient pris la fuite, était-ce un motif pour s'approprier la meilleure de leurs bêtes? Ce sceau d'Arnaut de Lebret, qui pouvait le compromettre auprès des uns et lui être si utile auprès des autres, pourquoi l'avait-il conservé avec tant de soin caché dans son chaperon? Tout cela était fort suspect, et il n'est pas bien sûr que le sergent de St-Christophe n'ait pas profité de ses relations avec Arnaut d'Albret pour courir les aventures pour son compte et prendre sa part de ces pilleries, qui semblaient tellement autorisées par la coutume, que le fameux Talbot disait naïvement : « Si Dieu était homme d'armes, il serait pillard. »

L'exposé contenu dans les lettres de rémission nous fait comprendre le but que se proposaient les Anglais dans les trop nombreuses courses qu'ils faisaient dans la Haute-Auvergne; ils s'inquiétaient peu de soumettre le pays au roi d'Angleterre; ils ne cherchaient qu'une chose, le butin, et ne voulaient que le pillage. Arrivés à Salers, ils n'occupent pas la ville, ils n'attaquent pas le château; ils font des prisonniers auxquels ils imposent une forte rançon; ils s'emparent du bétail, et comme ce butin les embarrasserait fort dans leurs courses, et que de beaux florins sont plus portatifs, ils rendent tout ce bétail moyennant une somme d'argent. Le marché terminé, ils délogent et vont piller ailleurs. A l'approche des Anglais, les habitants ne résistent pas ; ils se réfugient dans les lieux fortifiés, dans les églises, emportant avec eux l'or, l'argent, les bijoux, les objets les plus précieux; mais l'enceinte du château n'est pas assez vaste pour que les animaux domestiques puissent y être mis en sûreté; les habitants ne sont pas toujours avertis, ils peuvent être surpris; c'est alors que les pillards ont beau jeu. Toutes les populations n'avaient pas à leur portée une ville close,- un château, une église où elles pussent se réfugier; elles étaient livrées à la merci des pillards, qui détruisaient ce qu'ils ne pouvaient emporter, et finissaient par incendier les habitations lorsqu'elles ne contenaient plus ni grains, ni meubles, ni aucun objet qui pût exciter leur convoitise. Quand on pense que pendant près d'un siècle la Haute-Auvergne a été exposée aux courses des Anglais et des routiers, et aux visites des gens d'armes , on n'est plus étonné du misérable état dans lequel ils avaient mis le pays, et des ruines qu'ils y avaient faites.

Salers souffrait depuis longtemps de cet état de choses ; pour se soustraire aux ravages auxquels ils avaient été tant de fois exposés, les habitants résolurent de fortifier une partie de leur ville. Ils ne pouvaient le faire sans l'autorisation du duc d'Auvergne ; nous verrons même plus tard que celle du roi leur fut nécessaire.

En l'année 1428, ils exposèrent au duc de Bourbonnais et d'Auvergne, « come le lieu de Salern soit bien peuplé de gens, fréquenté de merchans, assis en pais fertile et fructueux, bien disposé et propice à faire cloision et fortification en forme de ville fermée;, convenable et très-profitable chose serait pour le bien de mondit seigneur (le duc d'Auvergne) et desdits supplians habitans en  icelle et de tout le pays circonvoisin, que ledit lieu de Salern fust fortifié pour le retraict et conservacion et sauvacion des corps et biens et chevance d'eulx et de leur voisinage. Mesmement que iceulx supplians en temps de guerre et de passage de gens d'armes, n'ont bonnement lieu souflisant pour eulx retraire, dont est advenu que au temps passé , ils ont souffert de grans et inestimables maux et domages, et plusieurs d'eulx ont esté de tout détruits et desers pour le passage et long séjour que les gens d'armes y ont fait; tellement que à poine porroient soffrir ne endurer semblables dommages, qu'il ne leur convint ainçois foyr et absenter le pais. Oussy est ledit lieu et ville de Salern assis en marche et frontière d'ennemis les Anglais, pour la fortification duquel lieu le pais des montagnes d'Auvergne pourroit estre sauve, et les ennemis molt grevés et endommagés en temps de guerre. »

Par ses lettres, datées de Brioude le 6 octobre 1428, Charles de Bourbon, comte de Clermont, fils ainé du duc de Bourbonnais et d'Auvergne, ayant le gouvernement de ses terres, seigneuries et pays en son absence, mande au sénéchal d'Auvergne qu'après avoir appelé devant lui le procureur général du bailliage des montagnes, « avec aucuns saiges experts en fait de fortification et autres  qui pour ce seront à appeler ; s’il appert que le lieu et place de Salern soit » disposée et propice a faire fortification et que la fermeure d'icelle soit proufitable aux supplians, il leur octroiera congé et licence, et dans ce cas il leur octroye par ses lettres de fortifier ledit lieu et place de Salern en forme de ville et forteresse garnie de fortes murailles, foussés, ponts-levis, tours, creneaulx, eschiffres (guérites) et autres choses nécessaires et convenables à fortifications. » Le 25 novembre suivant, Jehan, seigneur de Langhat et de Brassac, chevalier, conseiller et chambellan de très-haut et très-excellent prince monseigneur le duc de Bourbonnais et d'Auvergne, son sénéchal d'Auvergne, commissaire en cette partie, se transporta à Salers pour y procéder à l'entérinement et à la mise à exécution des lettres de Charles de Bourbon. Se conformant aux lettres du prince, il entendit, dans une enquête de commodo et incommodo, les seigneurs du voisinage et les délégués des principales villes et des paroisses des environs. Nous transcrivons ici la partie du procès-verbal du sénéchal qui contient leurs noms.

« Et illec avons fait adjourner pardevant nous maistre Jehan Oltrassnille, procureur de mondit seigneur le duc esdites montaignes. Nobles hommes messire Pierre Ribier, chevalier, seigneur de Plaignes et chastellain de Crévecœur; Olivier de Fontanges, seigneur en partie dudit Fontanges et de St-Cirgues; Amblard du Noirestaing (Nérestang), seigneur de la terre de la Court ; Guy de Portuts, Guillaume de la Roche, seigneur de la Roche; discret homme M. Guillaume Andrieu, du lieu d'Apchon, et lieutenant du juge du seigneur dudit lieu d'Apchon ; Jehan Lachussaigne du Laurieu, escuier ; Guillaume des Chadaffaulx, Guillaume Barrier, dit Peyriques; Jehan Chance], Géraud du Fact, dit de Laborie, escuier et procureur dudit seigneur d'Apchon; religieuse et honeste personne, messire Estienue Ribier, moyne de l'ordre de St-Benoit et celerier du mostier de  Mauriac; Jehan Solages, scindic de la ville de Mauriac ; Géraud Roux, Jacques Soustre, Pierre Yschart, habitans de ladite ville de Mauriac; nobles hommes,Lancelot de Valens, et Huguet Marion, seigneur de Mazerolles; Andrieu Salvaing, de la paroisse d'Anglars; messire Géraud Bodenc, prestre, vicaire de St-Bonnet; Pierre Borghat, Durand Corbolès, Jehan Borghat, Bonnet Jordain, Hugues Corbolès, Jehan de Faet, Pierre Roger, habitans de la paroisse de St-Bonnet; messire Jehan De val, curé de la paroisse de St-Martin-de-Valmeron; Jehan M Marion, escuier; Jehan Jaubert, Jehan Duteil, Pierre Dauzet, fils de Durand; Pierre Marmier, Guillaume et Jacques Verdier, frères, et Astorg Delom, habitans de ladite paroisse de St-Martin-de-Valmeron; discret homme messire Jehan de Vitzet, curé de l'esglise du Felgoux ; messire Guillaume Lachaze, pestre (prêtre) ; Pierre Feure, Pierre Olivier, Jehan Chanut, Guionnet de Besse, consuls et habitans de ladite paroisse du Felgoux; Rigauld Laviala, Jehan  Boyer et Guillaume Michel, habitans de la paroisse de Sainct-Ularie (sic); noble homme messire Nicholas Tornemire, prestre; maistre Guillaume du Batut, notaire, et Bernard Lacharrière, merchant, habitans en la paroisse de St-Seruin; Fstienne Boyer, dit Sartin, et Naudin de Valens. escuier, de la palisse de Mossages; Jehan de Froiderille et Pierre du Mas, habitans en la paroisse de  St-Preject; Guillaume Jordain, Guerin de la Sartie, Pitrre de Seilloux, Jehan - Maignan, merchans, et Guillaume Roche, habitans en la paroisse de Fontanges; Pierre Maczes, Gerauld Dalhoyn, Jacques Maczes, Jehan Andrieu, Jehan Chanier et Guillaume Batalier, habitans en la paroisse de St-Pol; discret homme messire Pierre Troncal, prestre, curé de St-Christophe, et Pierre de Balduts, habitans en ladite paroisse de St-Christophe; Jehan de Malegorse et messire Guillaume Laparre, prestre, et Nicholas Melet, habitans de la ville d'Orlhac; Estienne Boissin, Guillaume Boissin, habitans en la paroisse de Drughac ; Durand Dufour et Jehan Jobilh, habitans en la paroisse de St-Amans; Pierre de Layre, Gerauld Rogier et Pierre de la Roche, habitans en la paroisse de St-Remyre ; discret homme messire Antoine Faure, prestre, curé de l'esglise » de St-Martin-Montchantales; Bertrand de Chamalières et Pierrie de Riom, ecuiers, habitans en la paroisse de Cheylade. Tous après avoir prêté serment sur les saints Evangiles , déclarèrent qu'il serait convenable, prouffitable et utile au pays des montagnes d'Auvergne que ledit lieu de Salers fut clos et fortifié , et comme ils étaient experts et saiges en tel cas, leurs dépositions et l'inspection des lieux déterminèrent le sénéchal à entériner les lettres du prince et à ordonner que le lieu de Salers serait clos et fortifié; il condamne les habitans, en la personne de quelques-uns d'entre eux, en tête desquels sont nommés Pierre et autre Pierre Lizet, frères, et, de leur consentement, à faire édifier lesdites fortifications. Il ordonna, toujours avec le consentement des habitants, que nul d'entre eux ne serait récompensé pour les jardins ou autres places qui seraient occupés pour la clôture de la ville, à l'exception seulement des maisons et des masures. Chaque habitant dut faire à ses frais un nombre de toises des fortifications égal au nombre de toises en superficie des maisons, places et jardins qu'il aurait en ville. Cependant, pour les jardins et les masures, ils ne devaient faire qu'une demi-toise de mur pour une toise de jardin.

Le procès-verbal du sénéchal fut dressé en présence de noble et puissant messire Guy de Pestel, chevalier, seigneur dudit lieu de Salern, qui consentit à l'exécution des lettres de Charles de Bourbon et au contenu d'icelles, n'entendant néanmoins par ce consentement porter aucun préjudice à ses droits de justice.

Il est à remarquer que le seigneur de Salers ne comparut pas devant le sénéchal, et que la paroisse d'Anglards, l'une des plus importantes par sa population, ne fut représentée dans l'enquête que par l'un de ses habitants. Nous verrons bientôt pourquoi le seigneur de Salers ne se présenta pas, et il est à présumer qu'étant seigneur d'une partie de la paroisse d'Anglards, il empêcha par son influence les habitants et les autres seigneurs de la paroisse de comparaître devant le sénéchal, et de donner leur adhésion à une mesure prescrite par l'intérêt public autant que par les intérêts privés des habitants de Salern.

Le sénéchal avait été chargé de faire faire la clôture et fortification du lieu de Salern; mais comme il était alors occupé d'autres négoces touchant son office, il commit pour faire exécuter les travaux et imposer les sommes nécessaires à leur exécution, Pierre Lizet, le jeune; Guillaume Malrieuf, Pierre Defaet, dit le Sartre, et Jean Sedier ; il nomma pour les conseiller Jean Fèvre, maistre Armani! Galopin, Pierre Lizet, le vieilh; Pierre de Malrieuf, Nichon Dubois, Pierre Vayre. Pierre Jordaiu, Aymar Eschavidre, Huguet de Jarriges, Jean Dufaët et Jehan Bodenc, lesquels jurèrent sur les Evangiles  de ce faire bien et loyaulment à la utilité des habitans de ladite ville et dudit pais. Les lettres de commission du sénéchal sont à la date du 25 novembre 1428.

On se mit immédiatement à l'œuvre ; la clôture fut commencée et continuée pendant plusieurs années. Cependant Pierre de Salers, tuteur des enfants de son frère, en son vivant seigneur de Salers, s'était plaint de ce nouvel œuvre et s'était opposé à ce que les travaux fussent continués; il avait saisi le parlement de Paris de son opposition, et avait obtenu des lettres du roi qui ordonnaient la suspension des travaux.

Les habitants de Salers et le duc de Bourbon, qui avait pris leur fait et cause, se pourvurent par appel et obtinrent à leur tour des lettres du roi Charles VIl datées de Bourges le 9 juillet 1438, par lesquelles, considérant « que les habitans ont jà frayé et despendu grands sommes de deniers esdites réparations, qu'ils  sont empêchés audit ouvrage et ne peuvent procéder à la perfection d'iceluy, pourquoy ledit ouvrage est en danger de venir à perdition ; et que à cette occasion les habitans encorent un grand domage, pour ce que en hayne de ladite closture, lesdites gens de guerre qui souvent sont audit pais d'Auvergne, vont souvent loger audit bourg et y font et donnent aux habitans plusieurs grans dommages en leur très-grand grief, préjudice et dommage de notre dit cousin. Le roi ordonna que les fortifications seraient continuées nonobstant le procès pendant au parlement, à la charge par les habitans de donner caution de  démolir ledit ouvrage par eulx fait et fait fére s'il estoit trouvé en fin de cause que lesdits habitans eussent indûment fait fere ladite fortification. »

Phelipon de Jumièghes, prévôt des exemptions d'Auvergne pour le roi au siège de Cusset, fut requis de la part du procureur général des montagnes, pour le duc de Bourbonnais et d'Auvergne, et par les habitants de Salers, de mettre à exécution les lettres du roi. Il se transporta a Salers, le 29 juillet 1438. Le seigneur de Salers fut ajourné à comparaître devant lui, le 1er août, en la place publique du lieu de Salers, pour être présent à l'exécution desdites lettres. Raymond de Salers, écuyer, pour lui; Pierre de Salers, en son nom et comme tuteur de Jean. Pierre, Guiote et Catherine de Salers, ses neveux et nièces, et en outre comme fondé de pouvoirs de Ahelis et Marguerite , ses sœurs, se présentèrent et formèrent opposition à l'exécution et à l'entérinement; ils demandèrent copie des lettres royaux , et un délai pour les contester et répondre « ce que Dieu leur conseillerait, et raison vouldroit, comme ils ne fussent assez saiges et souffisans, comme ils disaient, pour respondre d'eulx-mesmes sans conseil d'aucun saige. » Le prévôt ne s'arrêta pas à cette opposition ; il ordonna la continuation des fortifications et admit pour cautions de la démolition, dans le cas où elle serait plus tard ordonnée , nobles hommes Niquon Duboys et Guinot de Fumel, escuiers; Pierre Lizet, l'aîné, bourgeois, et Pierre de Maionne, marchand, demeurant au lieu de Salers.

Pendant que l'on s'occupait de la mise à exécution des lettres royaux, Charles, duc de Bourbonnais et d'Auvergne, comte de Clermont et de Forets , seigneur de Beaujeu et de Château-Chinon , pair et chambrier de France , autorisait les habitants de Salers à se réunir eu présence de ses officiers, pour imposer les deniers nécessaires à la poursuite de leur procès et à la clôture de leur ville. Ces lettres sont datées de Bourges, le 27 juin 1438. Le 30 décembre suivant, l'assemblée eut lieu en présence de Jehan Morrant, escuier, lieutenant-général de noble homme et saige messire Guillaumne Regnault de Cordebeuf, chevalier, vicomte de Lamothe , seigneur de Marsat, chambellan et conseiller de Mgr le duc de Bourbonnais et d'Auvergne, et son bailli des montagnes. Les habitants de Salers s'imposèrent la somme de 1,000 livres.

Cependant, le procès avec le seigneur de Salers suivait son cours devant le parlement. Le 6 février 1139, la cour rendit un arrêt par lequel elle commettait M. Baillet, conseiller, pour se transporter sur les lieux et y entendre les témoins qui seraient produits, jusqu'au nombre de vingt quatre de chaque côté. Elle autorisa son commissaire, dans le cas où il y aurait péril en la demeure, à ordonner la continuation des fortifications, à la charge par les habitants de donner caution. Les dispositions de cet arrêt étaient conformes à celles des lettres royaux. Le conseiller Baillet se transporta dans la Haute-Auvergne. Cette fois, chaque partie comparut devant lui et exposa ses moyens. Quoique nous ayons reproduit littéralement un assez grand nombre de passages des pièces de ce procès, nous en transcrirons encore un ou deux. Nous avons pour cela nos raisons. Ces passages ont un véritable intérêt historique; nous craindrions de l'affaiblir en les analysant. La langue de cette époque a, d'ailleurs, une naïveté et parfois une vigueur d'expression qui n'est pas sans charme.

Les habitants disent « que la ville de Salern, de toute ancienneté, est bien notable ville, sans fermeure, assise au pais d'Auvergne, bien peuplée de notables  gens , marchans, bourgeois et autres , et bien hédifiée de plusieurs belles et grandes maisons. Icelle ville assise sur une montagne bien avantageuse et defensable, en pais gras et fructifieux, abondant en peuple, vivres, laborages et nourritures; icelle ville appartenant en la plus grant partie au seigneur Pesteil, ayant en icelle toute jurisdiction haulte, moyenne et basse, sous le ressort et souveraineté dudit seigneur de Bourbon , à cause de la duché d'Auvergne, pour lesquelles causes dessus dites, et aussi de la situation de ladite ville, comme aussi pour la grant abondance du logis et vivres qui sont en icelle, toutes et quantes fois que gens de guerre sont venus audit pays d'Auvergne, ils se sont effourciés et font encores de présent de eulx logier en ladite ville, ou souvent ont été logiés; à l'occasion duquel logis plusieurs maux irréparable sont advenus en ladite ville et pays d'environ , et tant, que ladite ville que paravant ces guerres étoit bonne ville et merchande, à l'occasion desdits logis st devenue corne destruite et désolée , requèrent iceulx deffendeurs (les habitants) que, attendu que le chastel de Thenon (chef-lieu de canton, Dordogne), qui n'est distant de ladite ville de Salern que d'une journée ou environ, qui de nouvel avait été pris par les Anglais, pourquoi si ladite ville étoit prise serait la totale destruction d'icelle ville et pays d'environ, qu'il leur fust permis que, pendant ledit procès, jusques à ce que par ladite cour autrement  fust discuté, icelle ville fortifier. »

Le seigneur répondait qu'il avait dans la ville toute juridiction haute, moyenne et basse; que son château était assis sur un roc haut et défensable, ayant une belle et grande basse-cour, en laquelle de toute ancienneté les habitans de la « dite ville, en cas de émynent périlh , ont accoustumé eulx y retraire et faire guet et garde Or , disoit ledit demandeur (le seigneur), que ce, considère selon raison et coustume du pays d'Auvergne, chacun est tenu fere son retrait au plus prochain lieu où il se peut retraire, et d'y faire guet et garde; et aussi  que nul subject ne peut, ne doit faire place forte en la terre et censive de son seigneur sans le congé et licence de sondit seigneur; et, pour respondre à ce  que disoient les deffendeurs sur le émynent périlh , dit que le lieu de Thenon est de présent Franeoys, et est distant du lieu de Saler a de plus de deux journées, et que, posé qu'il fust anglois , ce que non , ce serait à grant peine que  lesdits Anglois y pussent venir, et si ils y venoient les habitans ont le chastel dudit seigneur de Salern où ils ont accoustumé de eulx retraite. Leur offrant  ledit Pierre de Salern audit nom auxdits habitants de leur y bailler retrait, toutefois que bon leur semblera; et au regard que lesdits seigneurs de Bourbon et de Pestel leur ont donné congé de fortifier ladite ville, fere ne le peuvent en  son préjudice. » Les habitants répliquèrent qu'ils n'étaient pas tenus du guet et de la garde, ni de se retraire au château de Salern. En supposant que le château de Thenon fût français, ce qu'ils ne reconnaissent pas, il est certain que les châteaux d'Aillac (arrondissement de Riberac, Dordogne), et de Chastelneuf (probablement Castelnau , canton de Saint-Céré, Lot), plus rapprochés de Salers que le château de Thenon , sont anglais , et même que Chastelneuf est en-deça de la Dordogne; que les gens d'armes sont tout à l'entour du pays, pourquoi si en ladite ville fasoient encores ung logis, icelle ville seroit dutout destruite et déserte, pour quoi appert clerement le émynant périlh. »

Le conseiller Baillet rendit, le 22 avril 1440, un arrêt qui ordonna la continuation des travaux, à la charge par les habitants de donner caution, et sous la réserve des droits seigneuriaux du seigneur de Salers.

L'opposition du seigneur était fondée en droit. Il est certain que les habitants, ses vassaux , ne pouvaient pas fortifier leur ville sans son autorisation, pas plus qu'il ne pouvait lui-même fortifier son château sans la licence du seigneur dominant. En 1405 et en 1439, voulant faire renouveler et augmenter les fortifications du château, les seigneurs de Salers obtinrent l'autorisation du duc d'Auvergne. Aussi, les habitants de Salers ne contestaient pas ses droits ; ils ne se prévalaient pas non plus du prétendu droit qu'ils auraient eu d'élever des fortifications contre son gré; ils ne se fondaient que sur la nécessité, sur l'utilité publique et sur l'autorisation qu'ils avaient obtenue du duc d'Auvergne , suzerain du seigneur de Salers. L'arrêt rendu par le conseiller Baillet ne termina pas la contestation; il n'était que provisionnel. Le procès continua et ne fut terminé que par le traité de 1308; mais, du moins, les habitants purent achever l'œuvre qu'ils avaient entreprise, œuvre longue et coûteuse, et qui marchait lentement.

En 1445, le duc de Bourbonnais et d'Auvergne étant à Salers, commet le maréchal de Lafayette et Jehan de Langeac , sénéchal d'Auvergne , qui pour lors étaient eu sa compagnie, pour visiter la ville et aviser « à ce qui serait expédient  et nécessaire a la fortification de ladite ville. Après avoir fait leur visite, ils ordonnèrent que, en faisant ladite closture, troys portes acomencées lors à faire, c'est à savoir l'une desdites portes , du cousté du chastel de Salern ; l'autre porte à la venue de Fontanges, laquelle étoit lors commencée de paliz, et autre petite porte du cousté de Barroze, seroient parachevées et par espécial ladite  porte de paliz , et la raison si estoit, car en temps de guerre et de émynent périlh l'en pourroit entrer et saillir par icelle porte de paliz plus seurement et couvertement que l'en ne feroit par les autres portes de ladite ville et lesquelles sont plus découvertes, car l'une en temps de guerre seroit en danger dudit chastel de Salern , et l'autre porte de Barroze n'estoit pas bien aisée pour retraire gens et bestailh , tant comme estoit et seroit ladite porte faite de paliz  dudit cousté de Fontanges. » Le duc de Bourbon donna la somme do 200 liv. pour être employée à la construction des portes et des fortifications.

Le plan du maréchal de Lafayette et du sénéchal de Langeac ne reçut pas une complète exécution ; quelques particuliers empêchèrent la construction de la porte qui devait être placée à l'avenue de Fontanges. « Ains elle fut close et murée comme  le surplus de la muraille. » Jehan, duc de Bourbonnais et d'Auvergne en ayant été informé, ordonna, par ses lettres datées d Amboise le 27 janvier 1469, que le mur serait démoli, que la porte de Fontanges serait établie, et qu'on se conformerait en tout à la volonté de feu son père, et à ce qui avait été arrêté par les, sires de Lafayette et de Langeac.

Les ordres du prince furent exécutés. La ville de Salers avait, en effet, deux portes principales : celles de la Martille et de l'Anne, et la poterne de Barrouse. Plus tard, on éleva . dans ce dernier lieu, une petite citadelle dont on ne trouve plus de traces, mais qui existait à l'époque des guerres de religion.

Pendant près d'un demi-siècle, la clôture et la fortification de la ville furent la grande affaire des bourgeois de Salers. Puissamment aidés par les ducs de Bourbon, ils n'épargnèrent pas les sacrifices personnels: 1,000 livres furent prélevées sur la communauté. On n'a pas oublié que chaque habitant devait faire autant de toises de mur qu'il avait de toises de terrain dans la ville. Chacun se«dévoua à la chose publique; il s'agissait, en effet, d'un immense intérêt. Ceux qui avaient été exposés aux courses des Anglais et des routiers, au logement des gendarmes, qui ne les traitaient pas mieux, pouvaient apprécier l'énorme avantage d'habiter une ville close, et de pouvoir placer, à l'abri de fortes murailles, leurs personnes. 'leurs richesses mobilières péniblement acquises, l'honneur de leurs femmes et de leurs filles. La reconstruction de l'église, faite en grande partie aux frais de quelques bourgeois; les dons considérables qu'ils lui firent vers la tin du xv e siècle, après la clôture tant désirée de la cité, prouvent que leurs ressources n'étaient pas plus épuisées que leur patriotisme, et que la ville, à la fin du règne de Charles VII et sous les règnes réparateurs de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, s'était relevée des désastres qu'elle avait éprouvés sous les règnes précédents. Le XVI° siècle s'ouvrait devant elle sous les plus heureux auspices. Elle sentait sa nouvelle importance; elle en était fière : elle ne la devait qu'à elle-même; elle croyait à son avenir, et c'est alors que ses luminiers, honorables' hommes et sages. Guinot Chalvet et Peyre Malrieu , bourgeois et marchands de Salers , commencèrent le livre des annales où devaient être inscrites toutes les affaires de la ville concernant le fait commun, « à la mémoire et conservation de ce que y est à présent et sera au temps advenir. Ils déclarent ensuite qu'ils ont achapté le présent papier l'an mil cinq cens, régnant Loys par la grâce de Dieu roy de France duc d'Orlhans, de Bretaigne et de Milan, paisible. »

Le livre commence par l'inventaire des vases sacrés et des ornements de l'église que nous avons déjà fait connaître. Au folio 2, on trouve un article ainsi intitule. «  Ce sont les officiers et ceulx qui ont administration de justice, à présent demeurant en la ville de Salern. Maistre Anthoine Dechavialle, bachelier en chacun droit, lieutenant général aux montagnes d'Auvergne, par Madame la duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne. Maistre Berauld Lizet, licentié en loix, avocat en la court dudit baillage, pour madite dame, son juge de Calvinet, balli de la conté de Ventadour et de Granges.

Maistre Antoine Olivier, bachelier en loix, procureur pour madite dame, général audit baillage, juge de Salern et de Tournemire. Blardin Dufayet a esté commis à la recopie de la prévosté de Mauriac, pour sire Ancerme de la Maladière, receveur du hault pays d'Auvergne pour le roy. Et amprés ledit Sr Blardin Dufayet a esté fait receveur de l'équivalent au hault pays d'Auvergne pour le roy. En l'an présent 1504, au mois de décembre, à Paris, Sr Guillaume des Chazettes, dit Seilhol, fust esleu du Hault Auvergne, à la nomination de Madame de Bourbon, et par la résignation de Loys de Prondines, escuyer. »

Tous ces officiers avaient bien leur résidence à Salers; mais le siège de leurs offices était ailleurs ; le bailliage ducal était à St-Martin-Valmeroux ; le siège des élus était à St-Flour. Il paraît cependant que le lieutenant des élus dans la prévôté de Mauriac avait alors sa résidence à Salers, et qu'on y percevait les deniers du roi pour toute la prévôté.

Charles, duc de Bourbonnais, avait eu le projet d'établir à Salers le principal siège du bailliage des montagnes; il avait acheté une maison située sur la place de Barrouze, pour y tenir les assises. Le 12 février 1451, la maison fut accensée à Naudin de Valons, moyennant 6 deniers tournois de rente, à la charge de bâtir une maison en icelle place, en laquelle aura lieu convenable pour tenir les assises  et cour de notre dit bailliage des montagnes d'Auvergne, à couvert et bien convenablement. » En 1504, les principaux officiers du bailliage résidant à Salers, l'occasion était favorable pour demander que le siège du bailliage y fût transféré. Au mois de juillet de cette année, la ville envoya une députation a la duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne qui était alors à Riom. Elle exposa a la princesse combien il était incommode pour les habitants de Salers de se rendre, le mardi do chaque semaine, à St-Martin-Valmeroux, pour assister aux audiences do la cour du bailliage; elle ajouta que le bien du pays exigeait que le siège fût transféré à Salers. La duchesse accueillit favorablement cette demande; mais avant de rendre sa décision, elle ordonna, de l'avis de son conseil, que des commissaires se transporteraient sur les lieux pour vérifier l'exactitude des faits exposés par les habitants de Salers. M. de Jaligny, secrétaire de la duchesse, fut nommé commissaire ; il était assisté par le lieutenant général du bailliage des montagnes, par Me Paulin, avocat, et Froment, procureur à la sénéchaussée d'Auvergne Ils arrivèrent à Trizac le 27 juillet 1504. Ils prirent en passant l'avis des habitants de la vallée de Mar, des consulats et de plusieurs autres, qui furent d'avis que, dans l'intérêt public, le bailliage devait être transféré à Salers. Les commissaires se transportèrent ensuite à St-Martin-Valmeroux, et là, en plein auditoire, le 31 juillet 1504, les habitants de St-Martin furent admis à contredire les prétentions de la ville de Salers. Les commissaires ayant rempli leur mission, devaient en faire leur rapport au conseil de la duchesse. La ville de Salers députa de nouveau Jean de Chaviale et Pierre Malrieu; un calice et un reliquaire dorés furent vendus pour les frais de députation et autres qu'il y avait à faire. De leur côté, les habitants de St-Martin-Valmeroux avaient prié M. de Pesteil de défendre leurs intérêts devant la duchesse et son conseil, ce qu'il fit avec un plein succès. Par son crédit, il fit échouer la demande de la ville de Salers. Les officiers du bailliage n'en persistèrent pas moins, pour leur commodité, à faire porter toutes les causes au lieu de leur résidence. Par ses lettres du 12 janvier 1306 (1507), Anne de France, duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne, déclare « que son intention est que le siège ordinaire soit et demeure à St-Martin de-Valmeroux. comme il a esté de toute ancienneté, et que ce néantmoins, si les parties et chacune d'icelles, de leur vouloir et consentement, veulent plaider et procéder audit lieu de Salers, il leur sera fait droit. » La duchesse autorisait aussi ses officiers à juger a Salers les causes urgentes, à moins que l'une des parties n'eût demandé son renvoi à St-Martin-Valmeroux. Ce règlement fut observé jusqu'à l'année 1564, que le siège de St-Martin-Valmeroux fut uni à celui de Salers.

Nous avons dit plus haut qu'il n'existait pas à Salers de commune indépendante et libre; les habitants sentant le besoin d'administrer les affaires de la communauté avec plus d'autorité et d'indépendance, se pourvurent auprès du roi Louis XII, qui, par ses lettres datées de Grenoble, au mois d'avril 1509, leur accorda le privilège de nommer trois consuls.

Il octroya aux consuls le pouvoir d'assembler le corps commun de la ville, de traiter des affaires communes, d'imposer les deniers nécessaires pour « l'entretenement du corps commun, ordonner et disposer des réparations, garde, deffense et affaires d'icelle ville, oyr et clore les comptes do leurs deniers, et généralement de faire exécuter-toutes choses que les autres villes de nostre pays, hault et bas Auvergne ayant semblable consulat, ont acoustumé de faire exécuter. Les consuls furent en outre autorisés à porter, pendant leur gestion, des chaperons de livrée. (Voir les lettres du roi à l'appendice.)

Cristofle Régin, licencié en chacun droit, conseiller et lieutenant pour le roi de M. le bailli de Montferrand, ressort et exemption d'Auvergne, fut chargé de mettre à exécution les lettres royaux. Le 14 février 1509 (1510), il partit de Montferrand et arriva à Riom-ès-Montagnes, où il entendit les principaux habitants, qui, tous unanimement, déclarèrent que la ville de Salers était close de murs, qu'elle était aussi marchande qu'autre de la Haute-Auvergne pour sa grandeur, que les deniers royaux y étaient reçus pour toute la prévôté, qu'un siège d'élus y était établi, et que, sous tous ces rapports, la ville de Salers méritait d'avoir un corps commun. Le samedi 16 février, le commissaire mit à exécution les lettres du roi; il invita les habitants a se réunir hors de sa présence et à nommer trois consuls. Demi-heure après, M° Béraud Lizet vint lui déclarer de la part des habitants qu'ils avaient élu maistre Pierre Dubois, Rigaut Dufayet et Guinot Olivier, marchand. Le commissaire, en les installant, donna à chacun d'eux un chaperon mi parti rouge et noir; il déclara que lorsqu'ils assisteraient à l'office divin, ils prendraient leur place dans la chapelle appelée de Notre-Dame, qui est au-dessous du chœur, au côté droit de l'église, « sauf auxdits consuls de pouvoir prenre, par l'avis de leur commune et de leur curé, lieu plus éminent, s'ils en trouvent en ladite église. » Le procureur général de la duchesse de Bourbon donna son consentement à l'exécution de la charte royale ; il n'en fut pas de même des seigneurs de Salers et de Pesteil, qui formèrent opposition entre les mains du commissaire, et la ville se trouva engagée dans un nouveau procès. Pour obtenir une solution plus prompte, elle prit les devants et envoya à Paris Rigault Dufayet, consul, et Jean Gaillard, conseiller de ville. Arrivés à Paris, ils consultèrent, et il fut trouvé, par opinion du conseilh où étoient « Monsieur l'archidiacre d'Alby, frère dudit Rigaut, et Monsieur maistre Pierre Lizet licentié ez-droits, advocat en parlement, » que le lieutenant de Montferrand avait mal procédé en ce qu'il n'avait pas appelé les seigneurs de Salers à l'exécution. Le 5 juillet 1510, le parlement rendit un arrêt qui convertit l'appel en opposition et renvoie les parties devant le bailli de Montferrand ou son lieutenant, autre que maistre Cristofle Régin, duquel est appelé; fait défense aux habitants de Salers d'exercer le consulat jusqu'à l'entérinement des lettres du roi. Ce procès se termina avec le seigneur de Pestel par une transaction en date du 5 janvier 1514 (1515). Ce ne fut qu'en 1516 que les habitants jouirent paisiblement du consulat, et ce n'est qu'à cette époque que commence la liste fort complète des consuls de Salers, qui est insérée au livre de la ville, depuis 1516 jusqu'en 1742. Nous avons pensé que la publication de cette liste aurait quelque intérêt; c'est le livre d'or de la bourgeoisie; elle justifiera, du reste, une partie des observations générales qui se trouvent au commencement de cet article. Nous n'avons pas besoin de dire que nous n'avons pas changé une lettre dans cette liste, et que l'orthographe des noms et les qualifications y sont reproduites avec toute l'exactitude possible.

A Salers, le renouvellement des consuls se fit régulièrement tous les ans; on ne trouve qu'une seule exception, et elle n'est malheureusement que trop justifiée. Les consuls de l'année 1520 demeurèrent en exercice pendant l'année 1521, la ville n'ayant pu s'assembler pour élire les consuls nouveaux, à cause de la mortalité. En l'année 1520, le dimanche après la Madeleine, la peste avait envahi la ville de Salers; elle se montra d'abord dans la maison d'Antoine de Sedier, bourgeois; le même jour, elle parut au village de Maleprangère, dans la maison des héritiers d'Estaing. « Laquelle peste dura en ladite ville jusqu'au 15 novembre lors ensuyvant, et moururent en ladite ville et faubourg de Salers, par compte fait par le vicaire que lors estoit. quatre cent personaiges et plus, duquel nombre fust ledit vicaire quasi des derniers, appelé messire Jean Veyssier, et aussi y morust Guinot Fabre, l'un desdits consuls. Or, est-il vray que à cause de ladite peste, tous les habitants d'icelle ville s'en estoyent fois et escartéz en plusieurs villes et villages, tellement que en ladite ville ne demeura personnaiges ou bien peu, excepté dix personnaiges, les chiefs desquieulx estoient Jehan Dubois et messire Jehan Chatonier, prêtre, esquieulx furent promis pour  leurs peines quatre-vingt livres payables en deux fois. Ce qui se passa à Salers lors de la peste de 1520, nous fait voir à quel point, dans les grandes calamités, la peur égarait les esprits et éteignait les sentiments de famille et de charité. Toute la population saine avait pris la fuite, les malades seuls étaient restés en ville, livrés aux soins de quelques mercenaires. Nous voudrions pouvoir citer en grand nombre les noms de ceux qui se montrèrent dévoués et qui ne reculèrent pas, au prix de leur vie, devant l'accomplissement de leurs devoirs. Les annales de la ville ne nous laissent à cet égard ni regret, ni incertitude; « tous les habitants s'en estoient fuis; un seul était resté. Le prêtre Veyssier n'avait pas pris la fuite, lui, qui avait compté jusqu'à quatre cents victimes et qui fut frappé à son tour, mais l'un des derniers. Nous désirerions que notre voix eût assez de puissance pour franchir la modeste enceinte où l'on nous prête quelque attention; nous proclamerions le nom de Veyssier bien haut, nous appellerions la reconnaissance de la postérité sur le nom de ce martyr de la charité, nous le placerions à côté de celui des Belsunce, des de Quélen, des Affre; que lui a-t-il manqué pour avoir la même célébrité? Ce n'est pas la vertu, ce n'est pas l'héroïsme, mais un plus grand théatre, une position plus élevée.

Nous avons parlé â l'article Mauriac de ce dictionnaire, des lettres données par le connétable de Bourbon, comme duc d'Auvergne, par lesquelles la ville de Salers avait été autorisée à assister à la répartition des impôts. Nous avons dit aussi les nombreuses et longues contestations que l'exécution de ces lettres avait soulevées, l'opposition qu'y avaient formée les quatre bonnes villes du haut Auvergne, Aurillac, St-Flour, Mauriac et Maurs. Nonobstant ces contestations, la ville de Salers, que ces lettres plaçaient au rang des bonnes villes , ne laissait échapper aucune occasion de s'en prévaloir. Lors de la convocation des états généraux de 1560, Jehan de Vezolles, docteur en droit, lieutenant général pour le roi au bailliage des montagnes, appela Messieurs d'église, de la noblesse et du tiers état du bailliage en la ville de Salers; plusieurs répondirent à cet appel, et notamment les trois consuls de Salers; le tiers état élut pour le représenter Guy Mossier, avocat du roi au bailliage. A l'ouverture des états, le député de Salers et de St-Martin-Valmeroux (c'est le titre qu'il prenait) se présenta et voulut se faire admettre; mais les autres députés de la Haute-Auvergne, Girard de St-Mamet, Girard Robier, Jean Busson, Jean Viguier (ou Vigier), Antoine Costel, M. Guillaume de Rivo (de Mauriac) s'y opposèrent, prétendant qu'il n'avait aucun pouvoir pour la Haute-Auvergne. Cette opposition fut reconnue fondée, et ledit Mossier ne fut pas enregistré. (Augustin Thierry, Essai sur l'histoire du Tiers-Etat, appendice u, p. 376.) Il ne parait pas que depuis cette époque Salers, soit comme ville, soit comme siège d'un bailliage, ait renouvelé la prétention d'élire un député aux états généraux ; du moins aux états de Blois tenus en 1588, la Haute-Auvergne ne fut représentée que par les députés des quatre chefs-lieux de prévôtés, Aurillac, St-Flour, Mauriac et Maurs.

Salers produisit au XVI° siècle plusieurs personnages distingués, sur lesquels nous devons appeler l'attention du lecteur.

Bayle, Dictionnaire historique et critique, à l'article Arnauld, raconte « qu'Henri Arnauld, peu de temps après son mariage, vint s'établir à Riom, où il fut attiré, » avec plusieurs autres personnes de mérite, par Pierre de Bourbon, comte de Beaujeu, qui y faisait sa résidence ordinaire. » Il fait à ce sujet les réflexions suivantes : « On montre encore dans Riom les maisons des Montboissier, Montmorin, Chazeron, Florat, Chasteaugay, Mariliac, Dubourg, Duprat, Forget et Robertet, qui tous furent les favoris du comte et de la comtesse de Beaujeu  et du connétable de Bourbon, leur gendre, par qui ils furent tous avancés dans la suite aux premières dignités de l'épée et de la robe. Voilà par quel cas fortuit il est arrivé que tant d'Auvergnats ont paru à la cour de France, dans  les postes les plus sublimes, sous Charles VII!, Louis XII et François Ier. La comtesse de Beaujeu les avait tirés de leur province et leur avait mis la fortune en main. Sans elle, ils seraient morts dans l'obscurité; leurs grands talents ne seraient jamais sortis hors de terre. Concluez de là que la gloire d'une province, en certains temps, ne dépend que de ces sortes de patronage.

Au moment où nous allons faire connaître les hommes nés à Salers qui ont acquis de la célébrité ou qui ont été appelés à de hautes fonctions dans la robe ou la finance, les réflexions fort justes que nous venons de citer trouveront leur application. Duprat, patroné par la comtesse de Beaujeu , étant devenu chancelier de France, ne fut pas étranger à l'élévation de Lizet. Lizet, à son tour, patrona ses parents et ses compatriotes; il leur mit la fortune en main, pour nous servir des expressions de Bayle. Si la ville de Salers prit un nouvel essor, si tous les hommes qui avaient quelque valeur furent mis en position d'employer utilement leur intelligence et leur capacité, si un asile fut ouvert aux pauvres, si des bourses furent fondées pour les pauvres écoliers des montagnes, tout cela est dû au patronage, à la bienfaisance et au patriotisme du président Lizet.

Ecrire l'histoire de Salers au XVI° siècle sans parler de Lizet ce serait ôter à cette histoire le souffle qui l'anime, ce serait la rendre inintelligible. Nous n'entendons pas cependant donner la biographie étendue et complète du président Lizet ; combattre pièces en main quelques erreurs qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours au sujet du lieu de sa naissance, faire connaître le rang qu'occupait sa famille, apprécier à sa juste valeur l'accusation de cruauté que les réformés ont élevée contre lui, insister particulièrement sur les circonstances de sa vie où il se trouvait en rapport avec ses parents , ses compatriotes et sa ville natale , en un mot, dire de lui ce qu'on ne trouve pas dans les biographies générales, tel est le plan que nous nous sommes tracé.

Les biographes qui ont écrit la vie de Lizet, Moreri, l'abbé l'Advocat, Michaud, se sont trompés sur le lieu de sa naissance : les deux premiers le font naître à Clermont; le troisième dit qu'il était né aux montagnes d'Auvergne, dans le diocèse de Saint-Flour. A l'époque où Lizet naquit, Salers faisait partie du diocèse de Clermont ; ce n'est qu'après la révolution, et lors de la réorganisation du culte, que l'archiprêtré de Mauriac , dont Salers faisait partie, fut réuni au diocèse de Saint-Flour. Un jeune magistrat de ce ressort, M. de Larfeuil, auteur d'intéressantes études sur Pierre Lizet, le fait naître au Vielmur , près de Salers, et il semble s'appuyer sur Prohet (Coutumes locales), qu'il cite en note. Cet auteur dit que le titre de la paroisse de Salers est Saint - Mathieu , et que c'est dans cette paroisse que Lizet fut baptisé , ce qui est exact. Il ajoute, il est vrai, qu'il résulte de titres des années 1405, 1446 et 1448 , qu'il a vus, que la famille des Lizet est originaire du village de Vielmur, paroisse de Saint-Paul. Nous examinerons plus tard cette opinion de Prohet; mais, en admettant que la famille des Lizet fût originaire du Vielmur , il n'en résulte pas que le président Lizet y soit né. Prohet lui-même, en indiquant l'église dans laquelle il avait été baptisé, fait connaître le lieu de sa naissance. Chabrol n'élève pas de doute sur ce point, et il combat l'abbé Faydit, qui faisait naître Lizet à Gersat, près de Riom; mais il tomba à son tour dans une autre erreur fort excusable sans doute, lorsqu'il lui donne pour père Jean Lizet, bourgeois de Salers, seigneur de Courdes, qui rendit hommage pour cette terre, le 26 juillet 1503 , à Jean de Chabannes, seigneur de Saignes. Nous verrons bientôt que les Lizet de Courdes étaient de la même famille que le premier président, mais d'une autre branche.

Qu'il y eût une famille Lizet au Vielmur en 1405, 1446 et 1448 , nous ne le contesterons pas; ce nom est assez répandu dans nos montagnes, et il existe encore dans la commune de Saint-Bonnet une famille de ce nom qui a peut-être la même origine que celle du premier président, mais qui, depuis plus de quatre siècles, n'a rien de commun avec elle. Le plus ancien titre où nous ayons trouvé le nom des Lizet dans les environs de Salers est de l'année 1370. Comme ce titre offre un intérêt historique, nous en donnerons l'analyse. Raymond d'Ournhac ou d'Ornhac, fils de Géraud, chevalier, héritier de Jean Maschac, possédait des rentes dans la commune de Saint-Paul. Il se rendit rebelle au roi et au due de Berry et d'Auvergne, et suivit les Anglais dans la chevauchée qu'ils firent à Boyde (probablement Brioude), lorsqu'ils vinrent du duché de Guienne au pays d'Auvergne; il s'était ainsi rendu coupable du crime de lèze majesté, et avait forfait ses biens quelconques, tant meubles qu'héritages , possessions et rentes qu'il avait dans le royaume et le pays d'Auvergne, comme acquis et confisqués au roi. Le duc de Berry considérant que Guillaume Bardet, écuyer, s'était toujours bien et loyaument porté ès-guerres du roi; en vertu de l'autorité royale dont il usait, donna audit Bardet 24 livres de rente, que ledit Raymond d'Ornhac possédait en la châtellenie de Salers sur les hommes de messire Guy de Salers, en la paroisse de Saint-Paul, ou autre part, en la prévôté de Mauriac. Les lettres du duc sont datées de Méhun-sur-Yèvre, en 1369. Le 10 juin 1370, elles furent lues et mises à exécution par noble Barthélemy Iterii (Itier), damoiseau, lieutenant de noble et puissant homme, le seigneur Guillaume de Villahovis (Villebœuf), chevalier , bailli des montagnes pour le duc, en présence de noble Guy de Salern , seigneur de Saint-Paul-de-Maronne; de Pierre de Fumel, damoiseau ; de maîtres Géraud Dupuy et d'Etienne Berni, clercs. Les censitaires reconnaissent dans le même acte être débiteurs de la rente, comme détenteurs de divers affars; parmi eux, sont nommés Pierre Lizeti dela Montanha et Jean Lizeti, qui se reconnaissent débiteurs chacun de 10 sols et 6 deniers tournois pour leur affar de la Anglade. (Tit. original communiqué par M. de Burg.)

Pierre et Jean Lizet pourraient bien être les auteurs des Lizet du Vielmur, et peut-être de ceux de Salers; mais ce n'est qu'une conjecture qui n'a d'autre fondement que la ressemblance des noms. Quoi qu'il en soit, en 1428 les Lizet étaient déjà établis à Salers, et marchaient à la tète de la bourgeoisie de cette ville. Ils étaient deux frères portant le même prénom de Pierre, et que l'on distinguait par le surnom de Vielh pour l'ainé et de Jeune pour le second. Pierre Lizet est encore mentionné en 1440, et agréé comme caution de la démolition des fortifications dans le cas où elle serait ordonnée. Le registre des obits de l'église de Salers nous apprend que Pierre Lizet le jeune avait épousé noble Agnès d'Oltrassailh ; un autre Pierre Lizet, peut-être le vieux , s'était allié à noble Jeanne de la Sépose.

Le 26 juin 1446, Jacques Lizet, bourgeois de Salers, fils et cohéritier de défunt Pierre Lisel senioris (le vieux), pour soi ct pour vénérables hommes, Me Beraud Lizet, jurisconsulte, et Pierre Lizet, clerc, ses frètes, absents, et Pierre. Lizet, aussi bourgeois de la ville de Salers, fils et héritier de Pierre Lizet le jeune, autrefois bourgeois de la ville de Salers, pour lui et pour Guillaume, Beraud, Florence et Cécile, ses frères et sœurs, constituent une rente de 40 sols au profit de l'église tle Salers, à la charge d'acquitter certaines fondations, et ce, outre 7 liv. tournois de rente constituées par leurs prédécesseurs. Cette fondation ne laisse aucun doute sur la communauté d'origine des deux branches de la famille des Lizet qui habitaient Salers. Avant 1503, les descendants de Pierre avaient acheté la seigneurie de Courdes, dans la paroisse de Méallet. En 1504, ils avaient cessé de résider à Salers; on voit en effet, dans le livre de la ville , que Jehan Lizet, qui était imposé à 9 livres 13 sols, était allé demeurer ° en Corde, dont il est seigneur. » Cette branche, qui avait acheté, outre la seigneurie de Courdes, une partie de la seigneurie de St-Christophe, s'éteignit à défaut de mâles, et se fondit dans les maisons de Douhet d'Auzers, de Veilhan et de Ghazelles.

Dans l'autre branche , nous trouvons, en 1478, Beraud Lizet, licencié ès-lois, lieutenant du bailli des montagnes pour le roi. Il ne serait pas impossible que ce Beraud fût le même que celui qui était, en 1500, avocat de la duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne au bailliage des montagnes. Mais ce dernier n'était âgé, en 1509, que de cinquante-six ans; il n'aurait eu que vingt-cinq ans en 1478; et, quoi qu'il ne soit pas sans exemple que des lieutenants généraux de bailliage aient été nommés à cet âge , cependant cela arrivait rarement, et nous préférons admettre que le lieutenant général du bailliage était l'oncle de l'avocat de la duchesse

Les actes de fondation du 2 février 1545 et du 1er octobre 1556, que nous avons analysés au chapitre de l'église de Salers , nous font connaître de la manière la plus certaine la généalogie du président Lizet. Il était fils de Beraud Lizet, licencié en chacun droit, avocat de la duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne au bailliage des montagnes, juge de Calvinet et bailli de la comté de Ventadour, de Granges et de Charlus. Sa mère était Isabeau ou Isabelle de Chazettes. Il avait deux frères, Pierre Lizet, archiprêtre de Mauriac, prieur de Chamilly et chanoine de N.-U.-de-Paris; Antoine , bachelier en droit, qui mourut sans alliance avant 1546, et une sœur, Françoise, mariée à Beringon Chalvet, marchand et bourgeois de Salers, qui décéda le 12 avril 1561. Le 10 avril 1529 . Pierre Lizet, premier président du parlement de Paris, et autre Pierre Lizet, archiprêtre de Mauriac, fils d'Isabelle de Chazettes et petits - fils d'Antoine de Chazettes, traitent avec Jean de Chazettes, curé de Salins, Antoine et Guillaume de Chazettes, au sujet de la succession d'Antoine de Chazettes, archiprêtre de Mauriac. Avant ce traité, Pierre Lizet avait été pourvu de l'archiprêtré de Mauriac, qui était ainsi passé de l'oncle ou du grand-oncle au neveu. Le président Lizet n'ayant pas pris d'alliance, la branche dont il faisait partie se fondit dans la maison de Beringon Chalvet.

La famille du président Lizet était certainement l'une des plus honorables du pays, et sans contredit la première famille bourgeoise de Salers. L'un de ses membres avait été lieutenant général au bailliage d'Aurillac , la plus haute position à laquelle un bourgeois put atteindre dans la Haute-Auvergne au XV° siècle. Le père du président était bailli des comtés de Ventadour, de Charlus et de Granges. Son ressort s'étendait dans presque tout l'arrondissement actuel d'Ussel (Corrèze). dans une partie des cantons de Saignes (Cantal) et de Tauves (Puy-de-Dôme). Il était, en outre, juge de Calvinet, qui devint plus tard une prévôté royale. Enfin, il remplissait les fonctions d'avocat de la duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne au bailliage des montagnes, dont le siège était alors à Saint-Martin-Valmeroux. Ses fonctions ne lui donnaient pas seulement une grande influence et une grande considération dans le pays, elles le mettaient en relation avec les princes de Bourbon et avec les comtes de Ventadour, de la maison de Levy, l'une des plus grandes maisons de France. C'est donc à tort que Blanchard , dans son éloge des premiers présidents du parlement de Paris, a prétendu que le président Lizet était de medioere condition. La vérité est qu'il appartenait à une famille aussi ancienne qu'honorable.

Son père , Beraud Lizet, n'avait rien négligé pour son éducation. Après avoir terminé ses études, Pierre Lizet suivit le barreau au parlement de Paris. Nous l'avons vu, en 1509, avocat au parlement, consulté pour les affaires de la ville; il n'avait alors que vingt-sept ans. Nommé conseiller au parlement, puis avocat général, enfin premier président, il mérita la confiance du roi, l'estime des jurisconsultes de son temps et les regrets du parlement, qui ne voulut installer son successeur qu'après lui en avoir demandé l'agrément. Pierre Lizet avait été appelé à présider la première cour du royaume à une époque où la réforme commençait a s'introduire en France. Magistrat ferme et convaincu, il fit exécuter avec sévérité les lois du royaume qui punissaient l'hérésie, ce qui lui valut la haine des réformés et surtout de Théodore de Bèze , contre lequel il avait prononcé une condamnation pour avoir enlevé les vases sacrés et les ornements qui appartenaient aux étudiants de la Bourgogne, en l'Université d'Orléans. Théodore de Bèze le poursuivit de ses épigrammes, et publia contre lui un libelle dans lequel une piquante ironie se mêlait au cynisme de Rabelais et de Luther. Croirait-on que Théodore de Bèze, qui reprochait à Lizet les peines excessives qu'il prononçait contre les réformés , est le même auteur qui justifiait le sénat de Genève d'avoir condamné Servet au bûcher, et qui publiait un livre pour prouver ex professo que les magistrats ont le droit de punir les hérétiques?

Si Lizet se montra inexorable contre les novateurs, ce fut plutôt la faute de son siècle et de la législation que la sienne Le parlement de Paris ne fut pas le seul qui crut pouvoir empêcher, par les supplices, l'introduction des idées nouvelles. Tous les parlements du royaume firent exécuter les lois avec la même sévérité. Rigueurs impuissantes qui ne firent qu'irriter les esprits, et n'arrêtèrent pas les progrès de la réforme. Nous l'avons dit, ce n'est pas ici le lieu de faire la biographie du président Lizet; qu'il nous soit cependant permis de faire ressortir un des traits saillants de son beau caractère. Son désintéressement fut si grand, son intégrité si parfaite, que lorsqu'une intrigue indigne lui eut fait résigner ses fonctions de président, le roi fut obligé de le nommer abbé de St-Victor pour lui donner a vivre. Il ne possédait pas plus de terre qu'il n'en avait sous la plante de ses pieds, et il disait vrai. Longtemps avant, sa maison paternelle et ses faibles économies étaient devenues le patrimoine des pauvres. Il conserva une tendre. affection pour sa ville natale, et s'il ne profita pas personnellement de la haute influence que lui donnait sa position, il s'en servit pour faire du bien à ses proches et à ses compatriotes.

Beringon Chalvet, son beau-frère, appartenait a une ancienne famille dont plusieurs branches étaient établies, en 1470, l'une à Cahuezac, diocèse de Lavaur, et d'autres à Salers. Elle possédait le fief de Rochemonteix dans la paroisse du Falgoux. En 1508, Antoine Chalvet, Sr de Rochemontels, marchand, de Salers, fut élu luminier. L'alliance de Beringon Chalvet avec Françoise Lizet ne lui fut pas inutile: nous le voyons en effet qualifié, en 1546, de seigneur de Freluc et du Salians, et de baron de Trizac et Cheyrousse. Beringon eut au moins deux fils, François et Mathieu. En 1556, François était qualifié de noble François de Chalvet, seigneur de Freluc, conseiller du roi, trésorier de France, général de ses finances dans la généralité de Lyon. Il n'eut de son mariage avec Isabeau Cey qu'une Fille, Françoise de Chalvet, dame de la baronnie de Trizac, Cheyrouse, Freluc, Salins. Jarrige, Lizet et Latour (sic), qui épousa Jacques de Faye, seigneur d'Espesse, chevalier et conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, président en la cour de parlement a Paris. Elle était veuve en 1612. Tous les biens de cette branche des Chalvet furent apportés dans la maison Andrault de Langeron, par Claude Faye d'Espesses, mère de François de Langeron, lecteur ordinaire des ducs de Bourgogne et d'Anjou en 1691.

Le président Lizet fit élever Mathieu de Chalvet, son neveu, qu'il appela auprès de lui a l'âge de onze ans. Mathieu, après avoir étudié sous les maîtres les plus célèbres en France et en Italie, devint président des enquêtes au parlement de Toulouse et conseiller d'Etat. Il était fort lettré, était mainteneur des jeux floraux, et fit une traduction des œuvres des deux Sénèques, qui a eu plusieurs éditions, in - folio et in - quarto. En tête de chacune de ces éditions se trouve la vie de Mathieu de Chalvet, qui a été reproduite par M. Mourguye, dans les Tablettes historiques de l’Auvergne, t. 8, p. 1. Pendant les troubles qu'amenèrent les guerres de religion, Mathieu de Chalvet se retira en Auvergne, dans sa maison, et c'est là qu'il traduisit Sénèque. Le fils de Mathieu fut comme lui président au parlement. Leur postérité subsiste encore fort honorablement à Toulouse; l'un de ses membres a été député sous la restauration.

En 1531 nous trouvons Jean Chalvet, lieutenant général au bailliage des montagnes. Jehan de Chalvet (j'ignore si c'est le même), fut le premier lieutenant général à la sénéchaussée de Clermont, établie en 1556; il était conseiller du roi et de la reine, et maître ordinaire des requêtes de l'hôtel de cette dernière. Après l'établissement de la cour des aides à Montferrand, Jehan de Chalvet en devint le président; il était décédé en 1578; il eut pour successeur Jehan de Vernyes, qui, comme lui, était originaire de Salers. En 1559 Guy de Chalvet était receveur à Bourges.

Nous avons vu que le président Lizet était le fils d'Isabeau de Chazettes. Il ne négligea pas l'avancement de ses parents maternels. En 1567 nous voyons noble homme Antoine de Chazettes, chevalier, conseiller du roi, trésorier de France et général de ses finances en Guienne; il était seigneur de Mourio et avait épousé Françoise de Vigier. Jacquette, sa fille, fut mariée à François Comolet, fils d'Antoine, conseiller du roi et contrôleur général des finances en Guiennc, en présence de Charles de Chazettes, conseiller au parlement de Bordeaux.

En 1583 et 1587 Charles de Chazettes, probablement le même qui est témoin dans le contrat de 1571, était conseiller au parlement de Toulouse. Nous trouvons encore dans ce siècle deux conseillers de la même cour nés à Salers, savoir : Antoine de Faët, licencié en droit, archidiacre et chancelier d'Alby ; il vivait en 1509, et noble Pierre Gaillard, docteur en droit, qui avait fait à l'église de Salers une donation ratifiée après sa mort, en 1588.

Les Vigier, marchands de Salers, qui étaient parents des Lizet par les Chazettes, augmentèrent considérablement leur fortune pendant le même siècle. Noble Antoine de Vigier, seigneur de Conrots, était conseiller du roi et élu du Hault-Auvergne en 1586 et en 1591. Il était frère d'autre Antoine de Vigier, qui, en 1601 était seigneur du Verdier, Prades, coseigneur de St-Christophe et seigneur de la Tremolière. Son aïeule paternelle était une Chazettes. Cette famille, fut  maintenue dans sa noblesse en 1660.

Je ne sais si la famille de Vernyes était parente ou alliée de celle des Lizet, mais plusieurs de ses membres occupèrent un rang distingué. François de Vernyes, fils de Jean et de Marguerite Laporte, était receveur général des finances à Riom; il fut remplacé en 1557, par M. Dallemagne. Biaise de Vernyes, frère du précédent, fut receveur des tailles de la Haute-Auvergne sous le gouvernement de MM. de Saint-Herem et de Canillac; il fit des avances considérables pour l'entretien des troupes et le siège des places occupées par les religionnaires. Ayant rendu ses comptes aux états de la Haute-Auvergne assemblés à St Flour, il se trouva lui être dû 40,000 liv. Il fit assigner les consuls des quatre prévôtés et le syndic de la province devant la cour des aides de Montferrand, qui les condamna à lui payer cette somme. Il se pourvut ensuite au conseil du roi pour en obtenir l'imposition; mais les trésoriers de la généralité de Riom s'y étant opposés, il ne put faire lever cette opposition avant sa mort, qui arriva au mois d'août 1583. Les troubles empêchèrent que cette affaire fût réglée, et la somme considérable qu'il avait avancée fut entièrement perdue pour sa famille. Il eut de son mariage avec Louise Dufayet une fille posthume, Françoise, qui fut mariée, en 1608, avec Pierre de Chazettes, Sr de Bargues. (Mémoire ms. écrit, je crois, vers l'année 1724, par Pierre-André de Chazettes de Bargues, secrétaire-contrôleur de la chancellerie établie près la cour des aides do Clermont-Ferrand.) Claude de Vernyes, frère des précédents, était receveur des tailles de la Haute-Auvergne en 1589. Le plus célèbre des quatre frères fut Jean de Vernyes. Il suivit d'abord le barreau au parlement de Paris; il y avait acquis une certaine célébrité et une certaine influence, puisque Henri IV, n'étant encore que roi de Navarre, lui écrivit pour lui recommander une affaire qui le concernait et qui était pendante au parlement. En 1578 il était conseiller général à la cour des aides de Montferrand et maître ordinaire des requêtes de la reine-mère Catherine de Médicis. Par des lettres du roi, datées de Fontainebleau le 22 septembre de cette année, il fut nommé procureur général du roi dans toute la France, pour reformer « les abus et malversations qui s'étaient commises et qui se commettaient journellement en l'administration de la justice, et administration du domaine du roi, avec mission de chastier les officiers de justice qui se trouveront » coupables. » Cette mission prouve toute la confiance qu'avaient inspiré au roi Henri III le caractère et l'intégrité de Jean de Vernyes. Il devint plus tard président de la cour des aides de Montferrand et conseiller au conseil privé de Navarre. Il remplissait ces deux fonctions lorsque le roi Henri IV lui accorda quatre cents écus de pension, a en considération des services qu'il a faits à Sa Majesté depuis vingt ans. » Les lettres du roi, contresignées Potier, sont datées de St-Denis le dernier juillet 1593. Le 17 janvier I6H cette pension fut confirmée par le roi Louis XIII.

En 1600, il fut nommé substitut du procureur général en la chambre mi-parti établie à Nérac. Des lettres de dispense lui furent accordées, afin qu'il pùt cumuler ces nouvelles fonctions avec celles de président de la cour des aides. Ces dispenses furent prorogées en 1601 et 1602. En 1603, le président de Vernyes résigna ces fonctions en faveur de Noël d'Olive, avocat au parlement de Bordeaux; cette' résignation ne fut pas gratuite; elle fut faite au prix de 20,000 livres, f Papiers de la famille de Bargues.

Le président de Vernyes joua un rôle politique assez important. Sujet fidèle du roi Henri III, adversaire déterminé de la ligue, dévoué au roi de Navarre, qu'il considérait comme héritier de droit de la couronne, il reçut à deux époques différentes, en 1589 et en 1593, la mission d'affermir l'autorité royale dans la province d'Auvergne. C'est alors qu'il rédigea pour le roi Henri IV ces mémoires dont un grand nombre de copies manuscrites existaient dans le pays, et qui ont été publiés, en 1838, par notre regrettable et savant ami B. Gonod, bibliothécaire de la ville de Clermont. Le président de Vernyes fait connaître la situation politique des principales villes de la Haute et Basse-Auvergne, les intérêts, les factions qui les divisent, l'attitude et la force des différents partis, et il indique les moyens de rendre à l'autorité royale tout son empire, et à la province la paix et la tranquillité. Il est à regretter qu'il termine son premier mémoire par le conseil suivant -. « La guerre en cette province doit au commencement se faire avec cruauté; car le peuple est fort craintif et timide, et la timidité se surmonte toujours par la cruauté, et parmi la forte guerre, les négociations secrètes pourront mieux succéder. » Henri IV ne suivit pas ce conseil à la bataille d'Ivry lorsqu'au milieu du carnage il criait: Sauvez les Français. Il ne le suivit pas non plus lorsquil faisait passer des vivres aux Parisiens assiégés, et il n'eut pas a s'en repentir.

Quoique le président de Vernyes fut bon catholique, il pensait que ce n'était qu'en respectant l'ordre de successibilité au trône et en assurant le triomphe de la royauté, qu'on parviendrait au rétablissement de l'ordre et de la légalité; il n'avait pas attendu la mort de Henri III pour donner à Henri IV, alors roi de Navarre , des marques de son dévouement. Une lettre que lui écrivit Duplessis-Mornay, le 28 août 1588, au moment où la ligue était à l'apogée de sa puissance, nous en donne la preuve. Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire cette lettre qui appartient à l'histoire.

« Monsieur, je reçoy grand plaisir par vos lettres, et aux occasions n'oublie a

ramentevoir an roy de Nanarre vos bons services et publiques (sic) et domestiques, que pleust à Dieu qu'il eust autant de moyen de les reconnoistre, que de bon jugement pour les conncistre; mais encore m'asseure-je que ses affaires se relèveront en despit de ses ennemis, veu que Dieu, la nature et le droit sont pour luy, qui exciteront infinis gens de bien à le défendre. Je me resjouy d'entendre l'estat de votre province. Nous ne demandons des François, que l'amour de la France; des subjects, que le service du roy; des gens de justice, que la manutention des anciennes loix ; de tous les estats, que les remèdes les plus salutaires pour la guerison de cest estat; mais qu'ils considèrent en quel labyirinthe ils s'enveloppent et toute leur postérité, et par une conclusion précipitée ils obligent la France à une guerre perpétuelle, et nous réduisent à Guelfes et Gibelins, dedans les villes et les bourgs et les familles mesmes. Vos Auvergnats ont la réputation d'avoir les cerveaux solides et les courages fermes, pour sçavoir et bien juger du droit et bien le maintenir là où ils le voient. Or. particulièrement faites éstat de moy, qui suis fort à votre commandement. Et sur ce je salue bien affectionnellement vos bonnes grâces et prie Dieu, Monsieur, vous avoir en sa sainte garde. De la Rochelle, le 28 aoust 1588.

» Votre bien affectionné amy à vous servir.

» Signé Duplessis. »

 

Le président de Vernyes entretint une correspondance assez active avec Duplessis-Mornay, depuis 1588 jusqu'en 1601 ; il était aussi en correspondance avec le vicomte de Turenne, plus tard duc de Bouillon; avec le duc de Ventadour, gouverneur du Limousin, et avec Mery de Vie, conseiller d'Etat. Après l'avènement d'Henri IV à la couronne, il ne quitta guère la cour, et ses fonctions de conseiller au conseil d'Etat et privé de Navarre le mirent en relation avec les ministres et tous les grands personnages de l'époque. Il vivait encore en 1611; il ne prit pas d'alliance et disposa de tous ses biens en faveur de Françoise de Vernyes, sa nièce, lors de son mariage avec Pierre de Chazettes. Bien loin de s'enrichir dans les fonctions publiques, il y avait consommé son patrimoine, et sa succession ne fut acceptée que sous bénéfice d'inventaire.

Nous avons vu plus haut qu'Isabeau de Chazettes était la mère du président Lizet ; Françoise de Vernyes épousa Pierre de Chazettes. La maison de Chazettes de Bargues eut cet avantage d'être alliée avec les familles d'où sont issus les deux hommes les plus célèbres de Salers. Cette famille n'habite plus l'Auvergne, quoiqu'elle y ait conservé toutes ses propriétés patrimoniales; elle est toujours très-honorable et s'est fixée à St-Victour, en Limousin. Elle possède dans ses archives les papiers du président de Vernyes, et notamment plusieurs lettres du roi Henri IV, et une lettre de la reine Marguerite. M. de Bargues a bien voulu, dans le temps, nous communiquer les premières, qui ont été insérées dans le recueil des lettres du roi Henri IV, public par le ministère de l'instruction publique.


 

L'hôtel-dieu.

 

Les honneurs et les hautes fonctions auxquelles était parvenu Pierre Lizet ne lui avaient pas fait perdre le souvenir de sa ville natale ; il conservait pour elle une affection toute filiale, il voulait qu'elle eût la plus grande part de son patrimoine et de la modeste aisance qu'il avait acquise. Par un contrat passé le 12 avril 1532, devant deux notaires du châtelet de Paris, il fonda i Salers un Hôtel-Dieu, auquel son frère, chanoine de Paris, et lui, firent des dons considérables. Comme dans cet acte, les deux frères font connaître les motifs qui les ont portés à faire cette fondation, qu'ils indiquent les dispositions à prendre pour l'établissement des pauvres, qu'ils font un règlement sur l'administration de l'Hôtel-Dieu, nous avons pensé que quelques extraits de cet acte présenteraient plus d'intérêt qu'une sèche analyse.

Les notaires constatent que devant eux ont comparu « noble homme, saige et discret Monsieur messire Pierre Lizet, chevalier; conseiller du roy, notre seigneur et premier président en sa court de parlement à Paris, et noble et discrète personne maistre Pierre Lizet, chanoyne de Paris, frères. Lesquels desirant toujours par eulx la conservation de la ville de Salers ès-montagnes d'Auvergne, ou ils et leurs prédécesseurs ont été nés, nourris et régénérés aux saints fons de baptême de l'église parrochiale de ladite ville; leurs bons parens, alliés, amis et compatriotes demeurans en icelle ville estre toujours continués en la grâce du benoist Salvenc, et conséquemment conservés en santé et prospérité, et croistre et augmenter en biens spirituels et en conséquence en plus grande affluence de biens temporels, et estre constitué, en plus grande seureté de toutes maladies et inconvénients de peste et autres perils et adversités de fortune, en exerçant en ladite ville l'œuvre principale de charité. Considerant, que en toutes les villes de ce royaulme:, non seulement principales mais aussy les petites, y a maison-Dieu pour iceulx pauvres orphelins et malades, assises au-dedans de la closture desdites villes et aux lieux principaux en aucunes au milieu d'icelles villes et aux autres auprès des portes dedans les murailles,... ont lesdits seigneurs Lizet, frères, a la gloire et honnneur de Dieu le créateur, norriture et entretenement des pauvres orphelins estans en bas eaige et au dessoubs de douze ans, non ayant puyssance de gaigner leur vie. et aussi des pauvres malades que n'ont aucunement de quoy et que sont en telle débilité et foiblesse de leur corps pour maladie ou autrement qu'ils ne pourroient aucunement gaigner leur vye, et n'ont aulcun bien souffisant, et pour le remède et salut des âmes d'iceulx frères et de leurs antécesseurs, parens et amis, et généralement de tous fidèles chrétiens... ont  destiné leur maison paternelle plus ancienne en laquelle leur bon père a esté né et norri en ses premiers ans, et plusieurs de leurs antécesseurs, assise et située en la ville de Salers, au-devant de la première porte de ladite ville vulgairement appelée la Porte-de-l'Anne, estre la maison-Dieu des pouvres orphelins et malades, membres de notre seigneur Jesus-Christ... Ils donnent entre vifs a perpetuité aux pouvres orphelins et malades, leur dite maison », avec ses dépendances, cour et jardin estant derrière ladite maison, joignant Je jardin que tiennent à présent les archiprêtre et archidiacre Dufuyet avec certaine masure ou heral joignant à icelle... Et veulent que en la grand chambre de ladite maison ou il y a deux cheminées, l'on face une séparation  de muraille de pierre, en laquelle n'ayt aucune ouverture en manière qu'on ne puisse entrer d'une chambre a l'autre, et que en la plus grande chambre on face quatre licts pour y recevoir huit pauvres hommes malades, deux en chacun lict, si tant y en a d'hommes malades de ladite ville de Salers ou des lieux circonvoisins, en préférant toutefois les pauvres malades de ladite ville aux autres, et à l'autre petite chambre on fera trois licts pour y recevoir six pauvres femmes malades, deux en chacun lict, de ladite ville de Salers ou des environs. Et ou lesdits sept licts ne seraient remplis, veulent que l'on y reçoive de pauvres pèlerins estrangers malades de griefve maladie et qui ne pourraient sans détriment ou peril de leur vie aller plus avant. Et en la chambre de devant respondant sur la rue, que l'on face ung lict pour deux bonnes honnestes femmes qui se vouldront desdier au service de Dieu et des pauvres, et que en ladite chambre aussy l'on face deux aultres licts pour y recevoir cinq pauvres enfans orphelins au-dessoubs de dix à douze ans. Veulent aussi et ordonnent que quand lesdits pauvres malades seront en disposition de pouvoir guaigner leur vie, que ceux qui auront le gouvernement dudit Houstel-Dieu les facent doucement retirer sans leur faire aucune rudesse. N'entendent lesdits frères que l'on y recoipve les malades de peste dont peut venir danger de grande contagion; mais adviseront les gouverneurs et principaux bourgeois les faire colloquer en quelque lieu hors ladite ville convenable, et leur porront donner du revenu et aulmones dudit Houstel Dieu.... Veulent aussi lesdits frères et ordonnent que si lesdits licts de ladite  maison-Dieu ne sont entièrement remplis, que les jours des foires et marchés, mesmement en temps d'yver, que aulcunes pauvres créatures hommes et femmes des environs de ladite ville, qui ne peuvent retourner en leur maison  pour le malvais temps et demandent hebergement, soient reçus, et que lesdits futurs gouverneurs avisent, si leur plaisir est, faire en quelqu'endroit quelque lict pour ces pauvres gens demandant hébergement. »

Le président Lizet donne une somme de cinq cents livres et plus, si cela et nécessaire, pour l'appropriation du bâtiment et l’achat du mobilier, et trois mille livres qui doivent être placées en rentes, pour le revenu être employé à la nourriture et entretien des pauvres.

L'Hôtel-Dieu sera administré par deux gouverneurs élus tous les deux ans par une assemblée composée des trois consuls, de douze des principaux bourgeois de la ville désignés par les consuls, des gens d'église ayant des bénéfices et résidant à Salers, et des quatre plus anciens prêtres de la communauté. Les administrateurs doivent se réunir une fois par mois, « appelé tous jours avec eux pour y estre et assister comme l'ung des principaux gouverneurs et super intendant de ladite maison-Dieu, le sieur Seringon Chalvet, beau-frère du donateur, s'il luy plaît d'y assister. Les consuls devaient recevoir les sommes données au nom de la ville, les placer en rente et en répondre, se charger de l'entretien de pauvres, et obliger, à cet effet, les biens et revenus de la ville. Cette dernière clause, qui ne fut pas acceptée par les consuls, fit suspendre, pendant plusieurs années, l'établissement de l'Hôtel-Dieu, dont lesdites affaires auraient été presque derompues, avec menace desdits seigneurs de faire ledit bien ailleurs. »

Cependant, au mois de mai de l'année 1553 , Antoine Olivier, lieutenant des élus de la Haute-Auvergne, et Guillaume Seillol, Sr de Bargues et bourgeois de Salers, étant à Paris pour leurs affaires, virent le président Lizet, qui était alors abbé de St-Victor. Il leur remontra « le grant bien que la ville auroit d'accepter ladite fondation d'hospitalité; qu'il n'entendoit en rien du monde interesser ladite ville , ains la décharger et secourir en tout ce qu'il porroit. » Il leur remit un mémoire qu'il les chargea de communiquer à la ville. Il y exprime la volonté que les réparations soient terminées de la Toussaint lors prochaine en un an. » Il veut que les consuls achètent les lits et le mobilier nécessaires, et met à leur disposition la somme de l,50O liv. et davantage, autant qu'il en sera besoin. » .

« Il baillera d'entrée trois cents livres de rente constituée bien solvables, et  encore pour le divin service et entretenement de quelque maître pour les cinq  petits enfans, baillera cinquante livres de rente constituée comme dit est, que font trois cens cinquante livres de rente, à la charge, par les consuls et les habitants, d'obliger tous les biens de la ville pour l'entretenement et administration de ladite fondation. - Ils devront aussi s'obliger à respecter la volonté du donateur et à n'y rien changer, soit par dispense du pape, du roi ou autre quelconque. Enfin , Pierre Lizet exprimait le désir qu'Antoine Olivier et Guillaume Seillol, son cousin, fussent charges de diriger et surveiller les réparations, et d'acheter le mobilier; et, pour les dédommager de leur peine , il donne à chacun d'eux une somme de 100 livres.

Toutes les conditions imposées par le donateur furent acceptées, par une délibération des consuls et habitants de Salers , en date du 8 septembre 1553; les notaires Tautal et Delort (de Orto) en dressèrent acte. Le 4 novembre suivant, Pierre Lizet, abbé de Saint-Victor, ratifia les divers dons qu'il avait faits pour la fondation de l'hôpital.

Le président Lizet mourut en 1554. Son frère, chanoine de Paris, l'avait précédé dans la tombe. L'un et l'autre, dans leurs testaments, avaient augmenté les dons faits aux pauvres. Le président avait légué 50 livres de rente de plus; mais les pauvres ne pouvaient en jouir qu'après le décès d'Antoine Lizet, curé d*Anglards et parent du testateur. Le chanoine avait légué à l'Hôtel-Dieu de Salers les immeubles qu'il avait acquis au village de Lac, paroisse de Saint-Bonnet. Par une transaction du 6 novembre 1554, passée à Paris entre Guillaume de Seillol, bourgeois et marchand de Salers, député de la ville , et noble et scientifique personne maistre Nicole Maillard, docteur, régent en la Faculté de théologie en l'Université et chanoine de Paris , de l'avis du président de Saint-André, exécuteurs testamentaires du président Lizet, il fut fait délivrance à la ville d'une rente de 350 liv. sur l'hôtel-de-ville de Paris, et d'une rente de 50 liv. sur le Sr Lefèvre, bourgeois de Paris, laquelle devait être servie à Antoine Lizet, curé d'Anglards, jusqu'à son décès, qui arriva le 15 août 1558.

Le 30 septembre 1556 , par acte passé devant Pierre Tautal, notaire; noble messire François de Chalvet, chevalier, conseiller du roi, trésorier général de ses finances à Lyon , Sr de Freluc, baron de Trizac et Cheyrouse, donna aux pauvres de Salers une rente annuelle de 100 livres; il fit l'abandon des droits qu'il pouvait exercer sur la maison donnée pour l'établissement de l'hôpital, « tant comme donataire universel de dame Françoise Lizet, sa mère, que comme estant au  lieu et place de honorables hommes Pierre et autre Pierre Brugier, frères et héritiers de dame Françoise de Lizet, leur mère quand vivoit. D'une autre part, François de Chalvet se réserva le domayne et héritages du village de Lac, paroisse de St-Bonnet, dont il pourra disposer à son plaisir, tant en propriété qu'usufruit, »

En 1557, honorable dame Catherine de Chalvet, nièce du président Lizet et veuve d'honorable homme Martial Douhet, bourgeois et marchand de Limoges, donna a l'hôtel-Dieu de Salers la somme de 100 livres.

L'hôpital de Salers était enfin établi. Sa dotation était suffisante. Le président Lizet et sa famille en avaient fait tous les frais. Nous avons lu tous ces actes de fondation; on y trouve partout l'expression des plus nobles sentiments. La recommandation de renvoyer doucement les pauvres après leur guérison est vraiment touchante; ce n'est pas une de ces formules banales et de style que l'on trouve dans ces sortes d'actes , elle est partie du cœur et a été inspirée par la charité la plus pure, par la charité chrétienne. Les sommes données étaient considérables. On pourra en juger par la comparaison du pouvoir de l'argent dans le second quart du XVI° siècle avec le pouvoir actuel.

D'après les tables de M. Leber (Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge), la somme de 1,500 livres donnée pour l'appropriation des bâtiments et l'ameublement de l'Hôtel-Dieu, vaudrait aujourd'hui 22,492 f. 80 c., et la rente de 400 livres donnée pour l'entretien et la nourriture des pauvres , équivaudrait à 5,998 fr. 08 c. de notre monnaie , représentant l'intérêt d'un capital de 120,000 f. On n'est plus étonné qu'au moyen d'une rente de 400 livres, portée à 500 livres par la donation de François de Chalvet, on ait pu pourvoir aux besoins de quatorze pauvres, de deux hospitalières et au traitement d'un aumônier.

J'ai vu dernièrement, dans la principale salle de l'hospice de Salers, un tableau contenant les noms des bienfaiteurs de cet établissement. Il n'en manquait que trois, ceux des frères Lizet et de François de Chalvet, leur neveu. Je connais assez MM. les administrateurs de l'hospice de Salers pour être certain qu'ils s'empresseront de faire réparer l'oubli que je me permets de leur signaler, et que le nom du président Lizet aura sur le tableau la place qu'il doit occuper, c'est-à-dire la première.

Je ne donnerai point ici la liste de tous les bienfaiteurs de l'hospice de Salers. Il en est quelques-uns cependant qui méritent d'être cités à cause de l'importance de leurs dons. Nous les indiquerons dans l'ordre chronologique.

Par son testament du 1er janvier 1577, honorable homme Philippe Veschambes, bourgeois de Salers, légua 300 livres à I'Hôtel-Dieu pour l'entretien de deux pauvres de plus.

Le 19 juin 1583, honorable homme Antoine du Faiet, Sr du Fau, bourgeois de Salers, légua 100 livres aux pauvres de l'Hôtel-Dieu. Ce legs fut ratifié suivant contrat du 17 juin 1595, par Antoine du Faiet, Sr du Fau et de la Jourdanie, son fils et son héritier universel.

Dans le contrat de mariage d'honorable homme Bernard Durfort, fils d'Antoine, en son vivant juge de Servière, et de Beraulde de Malrieu, avec damoiselle Marie de Laroche, fille de Berauld, receveur des tailles du Haut-Auvergne, et de damoiselle Françoise dé Cistel ; Guillaume de Malrieu, seigneur de Fumel et d'Apchier, bourgeois de Salers, oncle du futur, lui donne le domaine de Fumel, franc, quitte de tous cens , rentes et allodial, et l'institue son héritier général et universel, moyennant certaines charges, et entre autres celle de payer aux pauvres de l'Hôtel-Dieu la somme de 100 écus sol, payables dans l'année de son décès. Cet acte est à la date du 1er mai 1597.

Quoique le bailliage eût été établi à Salers en 1564, il n'y avait pas de prétoire, et les audiences se tenaient dans la salle de l'Hôtel-Dieu. Par une décision des officiers du bailliage, du 11 juillet 1598, il fut accordé aux pauvres un droit d'un écu pour chaque procès-verbal de criées , tant que l'audience du bailliage se tiendra en la maison dudit Hôtel-Dieu, et à la charge par les administrateurs  de tenir ladite salle bien et duement couverte. »

Par une autre décision du 9 juillet 1652, le droit d'un écu par criée fut transformé en une redevance fixe de 24 liv. par an, d'où il résulte qu'à cette époque il n'y avait pas encore de prétoire.

Par son testament du 22 mars 1677, messire Jean-Baptiste Pons, prêtre de l'église et communauté de Salers, donna à l'Hôtel-Dieu la somme de 2,000 livres pour la fondation d'un annuel de messes à perpétuité.

Le 10 avril i680, Marthe Chevalier, fille de feu Antoine, marchand de la ville d'Aurillac, légua à l'Hôtel-Dieu la somme de 500 livres.

Par son testament du 24 mai 1734, messire Jean-Angélique de Ferrières, chevalier, seigneur comte de Saulvebœuf, déclare qu'il veut être enterré en l'église de St-Bonnet, au tombeau de ses prédécesseurs; il s'en remet pour ses honneurs funèbres à la discrétion de dame Elisabeth Pradel, comtesse de Saulvebœuf, son épouse; il lègue aux pauvres de l'Hôtel-Dieu de Salers la somme de mille livres.

Le 25 juillet 1749, dame Jeanne-Françoise Monteil, épouse de messire Guy-Joseph de Jugeai, chevalier, seigneur de Faussanges, constitue au profit de l'Hôtel-Dieu de Salers une rente annuelle et perpétuelle de 240 livres, à la charge de recevoir à perpétuité trois pauvres de la ville de Salers, désignés par les héritiers de ladite dame.

Le 1er novembre 1751, Sr François Bertrandy, bourgeois, légua aux pauvres de l'Hôtel-Dieu la somme de 500 livres.

Suivant contrat passé au château d'Anjony, paroisse de Touruemire, le 17 août 4754, haut et puissant seigneur messire Claude d'Anjony de Foix, marquis d'Anjony, seigneur de Gimazane, Lanobre, Val, en partie, coseigneur de Tournemire, maréchal des camps et armées du roi, ancien lieutenant des gardes du corps du roi et chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, «  dans la vue de contribuer au soutien de l'Hôtel-Dieu de la ville de Salers et aux besoins des pauvres de sa terre d'Anjonv, et désirant donner des preuves du respect et de l'attachement qu'il a toujours conservé pour la mémoire de dame Louise de Salers (1), sa mère, en la faisant participer aux prières des pauvres, donne entre vifs à l'Hôtel-Dieu de Salers la somme de six mille livres payable immédiatement après son décès, à la charge de recevoir à perpétuité deux pauvres de sa terre et seigneurie d'Anjony. »

 

(1) Elle était fille de François de Salers et de Marguerite de Mossier; elle fut instituée héritière général et universelle des biens présents et à venir de ses père et mère, dans son contrat de mariage du 14 octobre 1663. ( Reg. det Insinuations )

 

Cette donation fut acceptée par M. Pierre Dufayet, avocat, administrateur de l'Hôtel-Dieu, lequel s'engagea à faire graver sur une planche de cuivre les armes dudit seigneur marquis d'Anjonv, avec l'inscription au bas et en extrait de sadite donation, pour être, ladite planche, placée au côté intérieur et honorable de la chapelle dudit Hôtel-Dieu. » Cette planche de cuivre existe encore et a été conservée pendant la tempête révolutionnaire.

Il y a environ quinze ans que l'hospice a été transféré dans l'enclos appartenant autrefois aux missionnaires. Les bâtiments de l'hospice sont depuis la même époque occupés par l'école des Frères de la doctrine chrétienne. L'hospice actuel est placé à une bonne exposition, les bâtiments sout vastes et bien aérés. Il est dirigé par les Sœurs de St-Joseph et parfaitement tenu. La respectable sœur Corsin, qui depuis longtemps est supérieure de cet établissement, s'est acquis des droits à la reconnaissance des habitants de Salers et des environs. Il est bien peu de familles riches ou pauvres qui n'aient eu recours à ses soins intelligents et à son dévouement.

 

Salers pendant les guerres de religion.

 

La ville de Salers, dit le président du Vernyes (Mémoires, p. 77), « a été plus enviée que ville du Haut-Auvergne par les ligueurs et par les huguenots. On l'appelle la ville pucelle, parce qu'elle n'a jamais été prise ni des uns ni des autres. » Les réformes avaient fait diverses tentatives pour gagner les habitants de Salers à leur parti : prières, promesses, incursions, menaces, ils n'avaient négligé aucun moyen, tous avaient échoué. « Iceulx manans et habitans avaient sans varier  auculnement, ou quoique soit le corps commun d'icelle, vescu sous la crainte de Dieu avec la foy de leurs prédécesseurs, qui est la foy catholique instituée du Souverain, ses apôtres et disciples. « (Regist. de la confrérie du St-Esprit, 4 février 1586. ) De Vernyes fait l'éloge de la tolérance de ses habitants ; il assure que jamais huguenot ne fut offensé en icelle.

Quoique les tentatives des réformés pour se rendre maîtres de Salers n'eussent pas réussi, ils n'avaient pas renoncé a s'emparer de cette place. Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1580, à quatre heures du ma tin, ils escaladèrent les murs près de la tour de Barrouze; quatorze d'entre eux s'introduisirent dans la ville, un combat acharné s'engagea entre les habitants et les huguenots, ces derniers ropirent le corps de garde; ils tenaient le tiers de la ville, Barrouze et la Charreyrade, jusqu'à la porte de la Martille; ils criaient déjà ville gagnée, la trompette annonçait la victoire, lorsque les habitants, faisant un dernier effort, repoussent les ennemis et les obligent à se précipiter du haut des murs, en abandonnant leurs armes.

Le combat dura jusque vers les neuf heures du matin; cinq des principaux habitants furent tués, savoir : un « fils de M. de Bargues, les fils des sires de Valens et de Guinod d'Aspe, tous deux uniques; un couturier nommé Jacques Jarriges, et sire Anthoine Mossier, deuxième consul. Outre lesdits tués en combattant et chassant les huguenots, y eut XVIII habitans de ladite ville blessés, M. Jehan Dolivier, premier consul l'année précédente, et le procureur du roy ( Jehan Broquin), consul l'année ensuivant; Antoine Laporte, fils du premier consul; messire Philippe de Bénavent, prêtre; Guillaume Veschambes, le sergent La Roche, Antoine Laporte, puisné, et tout cela arriva (ajoute-t-on au livre de la ville) un samedy au point du jour, durant tout le matin, n'y ayant que deux chirurgiens pour tant de blessés. C'était de la pitié et de la joye tout ensemble de voir par le sang qui sortoit des plaies desdits blessés la ville préservée. »

En racontant l'attaque dirigée par les huguenots contre la ville de Salers, nous avons suivi la narration qui se trouvait en tête du registre de la confrérie du Saint - Esprit, qui fut rédigée trois jours après l'évènement, et qui mérite toute confiance. Malheureusement, ce registre a passé en tant de mains et a été si souvent feuilleté, que le papier en est fort usé. Des lignes entières manquent, et il ne reste qu'un fragment des autres. Il serait impossible, à notre avis, de rétablir complètement le texte; cependant, dans ce qui reste, on trouve quelques détails que je n'ai pas négligés. J'ai suivi aussi la note insérée au folio 244 du livre de la ville. Je l'ai reproduite presque en entier. Elle parait n'avoir été écrite qu'après l'année 1588, puisqu'on trouve à la suite, écrite de la même main, une note portant que pendant les années 1587 et 1588, la ville fut affligée de peste, « de laquelle maladie moururent force peuple. » Cependant cette note, quoique écrite deux ans après l'événement, est rédigée avec une précision et une simplicité qui inspirent la confiance. Son insertion dans le livre de la ville suffit, du reste, pour lui donner un caractère d'authenticité. Nous sommes entrés dans ces explications pour relever deux erreurs du président de Vernyes. D'après lui les huguenots s'étaient emparés de quatre rues sur cinq, qui formaient la ville. Ils ne s'emparèrent, d'après le registre du St-Esprit, que « du tiers de la ville, comme Barroze, la Charreyrade, jusqu'à la porte de la Martille. » Le même auteur dit que vingt-deux chefs de famille furent tués. Il aurait été plus exact de dire que vingt-deux habitants avaient été tués ou blessés, ainsi qu'on le lit dans le livre de la ville.

Un autre manuscrit contient la relation de l'attaque de la ville par les huguenots. Elle est insérée en tête de la liève des rentes dues à la confrérie du Saint-Esprit; elle a été rédigée en 1715; elle est de la même écriture que la liève qui a été faite par M° Jean Gros, avocat au bailliage ; elle est intitulée : Victoire de la delivrance de la ville. On y trouve deux épisodes dont nous sommes loin de garantir l'authenticité , et dont on ne trouve aucune trace, soit dans le registre du St-Espril, soit dans le livre de la ville ; mais, nous ne devons pas moins les faire connaître, en en laissant la responsabilité à M° Jean Gros.

Après avoir raconté que les huguenots s'étaient introduits par escalade dans la ville , il ajoute : «  Ils allaient commencer cette sanglante tragédie par le massacre d'une pauvre femme que la tradition dit s'appeler Florine, laquelle lavait des langes dans la fontaine qui était sur la place de Barrouze, si Dieu, qui se  sert souvent de ce qu'il y a de plus faible pour abattre les plus puissants, n'eût touché le cœur d'un de ces barbares de compassion pour cette artisane; celui-là demanda grâce pour elle, contre l'avis de ses camarades et leurs reproches.

Elle, contraire à leurs sentiments, quittant ceux de reconnaissance qu'elle  devoit, parce qu'elle crut avec raison que Dieu ne l'avoit sauvée que pour servir, comme une autre Judith, au salut de sa petite Béthulie, se retirant au plus vite dans sa maison, du haut d'icelle fit si bien entendre par ses cris animés de l'esprit de force, le cruel et inévitable danger où se trouvaient ses concitoyens d'être massacrés dans leur lit, que ceux-ci sortant promptement de leurs maisons, les uns demi assoupis, les autres demi habillés, la plupart sans armes, tous combattant sous l'étendard de leur foi, font d'héroïques efforts pour repousser les ennemis, et les forcent à reprendre leur chemin vers Argentat d'où ils étoient venus. Celui qui se distingua le plus dans cette action fut un sacré ministre des autels, brûlant du zèle de son Dieu ; il déploya toute sa force et sa vigueur pour éviter que le Saint des Saints ne fût profané par ces ennemis jurés du plus saint et du plus auguste de nos mystères.

Ce Zachée, tenant d'une main ses entrailles que la cruauté avait ouvertes.

combattait de l'autre aussi vigoureusement que le soldat le mieux fait aux armes; il abattit a ses pieds, à coups de hallebarde, nombre de ces apostats. Mais à cette  satisfaction succéda sa mort sous le porche du temple de son Dieu qu'il défendait. La tradition nous apprend qu'il était de la maison Delort, et qu'un archidiacre d'Aurillac, de la famille de Bargues, se distingua beaucoup aussi dans  cette action. »

Que le 1er février, à quatre heures du matin, Florine lavât son linge à la fontaine de Barrouze; que les huguenots n'aient pas attenté à sa vie; qu'ils ne se soient pas assurés de sa personne et l'aient laissée en liberté pour donner l'alarme, tout cela n'est pas très-vraisemblable, mais n'est pas absolument impossible. Seulement, les auteurs des relations insérées dans le registre du St-Esprit et dans le livre de la ville, ont été bien ingrats en passant sous silence le service qu'avait rendu cette nouvelle Judith.

Quant à l'histoire du prêtre Delort, elle est évidemment controuvée ; on ne se battit pas près de l'église, le champ du combat était ailleurs. Un prêtre fut blessé, mais il n'appartenait pas a la famille Delort, c'était messire Philippe de Bénavent. C'est donc à lui que reviennent tous les éloges que Jean Gros donnait au prêtre Delort.

Un fait éclatant et honorable pour nos ancêtres ressort de l'histoire des guerres de religion dans la Haute-Auvergne. C'est le courage, l'énergie, le dévouement déployés par les bourgeois. Guy de Veyre et Brisson sauvèrent, l'un, Aurillac; l'autre, St-Flour. Le consul Pagès fit noblement son devoir lors de la prise de Mauriac; la bourgeoisie de Salers ne montra pas moins de patriotisme. On vit les magistrats, les consuls, les prêtres, les artisans se réunir sous le même drapeau, confondre leurs rangs pour défendre la cité, le tailleur Jarrige tomber à côté du consul Mossier, le procureur du roi Broquin et le prêtre Benavent blessés en combattant pour la même cause. Ces blessures n'étaient pas encore cicatrisées, le souvenir des dangers que la ville avait courus était vivant dans tous les cœurs, les émotions de toute sorte qui avaient suivi le combat, la joie de la victoire, la douleur de tant de familles étaient encore palpitantes, lorsque, dans un mouvement unanime de foi et de reconnaissance, les habitants de Salers s'associèrent pour la défense et la conservation de la religion catholique, et résolurent qu'à l'avenir, à perpétuité, le 1er février serait un jour férié « solemnisé, honnoré et vénéré tout et ainsin que le jour de la Fête-Dieu ou autre jour solemnel, auquel jour serait faite procession générale, dite et célébrée une messe avec diacre et sous-diacre.

Le 2 février, jour de la Purification, on devait célébrer une messe en l'honneur de la sainte Vierge.

« Plus, sera céllébrée aultre messe, le troisiesme jour à l'intention des tréspassés, mesmes des pauvres martires décédés audit conflict pour la garde, tuition de ladite ville et citadins d'icelle ; le nom et surnom desquels sera mis et appouvé en ung pousteau en l'esglise parrochiale dudit Salers, in perpétuant rei memoriam, et aussi pour l'intention des autres confrères et associés décédés. »

Les confrères devaient payer chaque année, à la Saint-Mathieu, cinq sous au moins; ils devaient assister aux messes et à la procession tenant chacun un cierge allumé. La confrérie était administrée par deux bailes assistés de quatre conseillers.

Le prédicateur et les bailes « devaient admonester les confrères, d'eulx remettre entreulx toutes injures tant de fait que de paroles, eux réconcilier, laisser tous débats, querelles et différent ; à quoy faire tous lesdits associés se employeront. »

Le 1° février une aumône générale devait être faite en pain à tous les pauvres sans exception. L'excédant du revenu, s'il y en avait, devait être distribué « aux pauvres femmes veuves, orphelins honteux et filles à marier, et non à d'autres, » à moins qu'on no préférât l'employer à l'édification d'une chapelle, a à la place de Barrouze et lieu où lesdits pauvres martires ont esté ignominieusèment tués et massacrés par les ennemis. »

La délibération des habitants fut prise le 4 février, et l'établissement de la confrérie fut constaté par un acte authentique, en date du 16 du même mois. Tous les notables habitants de la ville, et à leur tête Charles de Salers et Suzanne de la Gane, sa mère, se firent inscrire au nombre des confrères. La plupart s'obligèrent à servir une rente annuelle qui excédait cinq sous, et ils hypothéquèrent leurs biens ou leurs maisons situées à Salers. Cette confrérie, établie en l'honneur du saint Esprit, se maintint fort longtemps, et il est bien peu de familles dont quelque membre n'y ait été associé. Ses revenus furent réunis à ceux de l'Hôtel-Dieu, par une délibération du corps commun du 7 novembre 1748, homologuée par un arrêt du parlement du 21 avril 1749, à la charge par les administrateurs de faire célébrer les services fondés en 1586. Le 1° février de chaque année on fait, avec solennité, la procession appelée du Vœu de la Ville, à laquelle assistent les autorités.

Les registres de la confrérie du St-Esprit ont été parfaitement conservés; ils sont déposés aux archives de l'hospice. Il serait facile avec ces registres de suivre la filiation et d'établir la généalogie de presque toutes les familles de Salers. On pourrait aussi y retrouver le nom des divers propriétaires auxquels les principales maisons de la ville ont appartenu pendant une période de trois siècles. On comprend que nous sortirions complètement du cadre de ce Dictionnaire, si nous entrions dans ces détails qui ne présentent qu'un intérêt purement local; nous avons hâte, du reste, de reprendre notre récit, que nous avons un instant interrompu.

Le 18 octobre 1586, les huguenots, commandés par M. de Maligny, tentèrent de nouveau de surprendre la ville de Salers; déjà ils avaient posé les échelles contre le gabion situé derrière la maison de messire Antoine de Maisons; ils furent aperçus par Antoine de Chazettes, tambour, qui était en sentinelle; il donna l'alarme, et les huguenots se voyant découverts se retirèrent quoiqu'ils fussent en grand nombre.

Au commencement de l'année 1589, Paris était en pleine révolte contre l'autorité royale; un grand nombre de villes du royaume avaient imité cet exemple. Le 10 janvier, le duc do Mayenne, frère du duc de Guise, s'était mis à la tête de la ligue et avait été nommé chef du conseil général de l'union. Le roi avait transféré le parlement à Tours et s'était retiré dans cette ville. L'extrémité où il se trouvait réduit l'avait obligé à se rapprocher fia roi de Navarre. Au mois d'avril, ils convenaient ensemble d'une trêve qui durerait un an. Jamais situation plus critique ne s'était présentée pendant les guerres de religion. Le parti du roi s'affaiblissait de jour en jour; la ligue gagnait en puissance tout ce que le roi perdait. Le comte de Randan, gouverneur d'Auvergne, avait embrassé ouvertement le parti de la ligue, et il avait nommé pour sou lieutenant dans la Haute-Auvergne le baron de Drugeac.

Une assemblée des états de la Haute-Auvergne s'était réunie à St-Flour au mois de mars. Des quatre prévôtés, trois, St-Flour, Maurs et Mauriac avaient juré la ligue secrètement. Un tiers de la ville de Salers était liguée, et c'étaient les meilleures maisons. Les ligueurs étaient à Aurillac dans la même proportion; mais ces deux villes étaient maintenues, la première, par le président de Vernyes, qui s'y était retiré, et la seconde, par le Sr de Missilhac, qui commandait pour le roi dans la Haute-Auvergne. Les états avaient résolu de s'emparer de la ville de Salers et de s'assurer de la personne du président de Vernyes, qui était entièrement dévoué au roi et qui exerçait une grande influence dans le pays. Drugeac, auquel son titre de lieutenant du comte de Randan… (I)

 

(1) Les pouvoirs de gouverneur d'Auvergne ne furent retirés au con:le de Rand»u que le I6 avril 1589.


…donnait une certaine autorité, et dont les actes avaient une apparence de légalité, se chargea d'exécuter le projet conçu par les étais.

Sur la fin du mois de mars, il fit entrer dans la ville de Salers cinq hommes déterminés, et chercha à gagner la jeunesse de la ville en lui faisant distribuer de l'argent. Ces cinq hommes étant sortis à dix heures du soir, et Claude de Vernyes les ayant aperçus dans la rue, pensant qu'ils voulussent exécuter quelque mauvais dessein, les alla charger étant accompagné de trois ou quatre hommes. Ayant été abandonné, il fut blessé d'un grand coup d'épée qui le mit aux portes du tombeau. Au bruit de cette rencontre, la ville s'émut, les gens du baron de Drugeac furent contraints de se retirer dans une maison où ils furent assiégés toute la nuit. Le lendemain, Drugeac réclama au président de Vernyes les cinq hommes assiégés; celui-ci les lui rendit après qu'ils eurent demandé pardon à son frère, à la ville et à lui, et après que Drugeac eut juré solennellement qu'il était serviteur du roi et le voulait être. Nonobstant ce serment, le 11 avril suivant, Drugeac fit entrer trente étrangers armés qui couchèrent dans la ville. Le président de Vernyes se retira dans le château, pendant que son plus jeune frère, le capitaine Vernyes, veillait dans la ville avec tous ceux qui étaient en état de porter les armes.

Le lendemain, 12, jour de marché, 20 gentilshommes et plus de 120 hommes en armes se présentèrent aux portes. L'entrée de la ville et du château leur fut refusée. Drugeac arriva vers les onze heures, ayant laissé à un quart de lieue 200 arquebusiers et 60 chevaux. Trouvant la porte fermée, il demanda a parler à un consul, et il lui exposa qu'il avait été averti qu'un homme de qualité devait, dans deux jours, rendre la place au roi de Navarre ; que pour prévenir ce danger, il avait résolu, muni des pouvoirs de M. de Randan, d'occuper la ville, et, en même temps, il exhiba le brevet de lieutenant qui lui avait été délivré par le gouverneur d'Auvergne. Le consul demanda deux jours pour délibérer. Drugeac, à son tour, demanda qu'on laissât le passage libre aux 30 hommes qui étaient engagés dans la place, ce qui leur fut accordé sur l'avis du président de Vernyes.

Drugeac se retira; il dirigea ses troupes vers les villes de Mauriac et du Pleaux et le fort de St-Chamand, pour y mettre des garnisons. Mais le président de Vernyes, qui avait deviné ses projets, craignant qu'il ne fit entendre aux habitants que la ville de Salers était prise et ne les sommât de se rendre, envoya des courriers qui arrivèrent demi-heure avant les troupes de Drugeac, et, sur l'avis qui leur fut donné, Mauriac, Pleaux et St-Chamand refusèrent de recevoir garnison.

Avant sa seconde entreprise sur Salers, Drugeac avait fait commencer la guerre dans la prévôté de St-Flour par le Sr de Dienne, pendant que Marmiesse s'était chargé de la faire dans la prévôté d'Aurillac.

Le président de Vernyes n'avait pas attendu cette seconde expédition pour prévenir la cour du danger que courait la wlle de Salers et de la nécessité de nommer une personne d'autorité pour y commander. Il avait désigné au choix du roi le baron de Pestel, l'un des plus puissants gentilshommes du pays, et qui était seigneur de Salers. Ce conseil, qui était appuyé par M. de Vic, fut suivi. Le baron de Pestel reçut des lettres fort honorables qui l'engagèrent à se retirer à Salers; en même temps la lettre suivante fut adressée à la ville:

« De Pah Le Roy ,

Chers et bien amés. ayant sceu les entreprises qui ont esté faites sur vostre  ville, et comme vous les avez valeureusement évitées, nous avons bien vollu  vous tesmoigner le contentement que nous avons receu de ceste nouvelle  confirmation de l'asseurance qu'avions toujours eu de votre fidélité et ferme  affection que vous avez de vous conserver soubs notre obéissance. Mais parce que nous sommes advertis que nos ennemis ont desseing de retenter encores leurs pratiques et menées pour vous surprendre, et qu'il est bien nécessaire qu'il y ait avec vous quelqu un d'authorité et d'expérience pour vous acistei et conduire, afin de repousser ceulx qui vous voudrayent envahir pour vous saccager et destruire, nous avons faict election du sieur de Pestel, qui est a votre voisin, et de la fidélité et bonne intention duquel nous avons toute asseurance, auquel nous escripvons promptement de se rendre dans notre dite ville avec quelques-ungs de ses amis pour vous ayder et garder et deffendre, lequel, pour teste occasion, nous voulons y estre par vous honorablement reçeu, et qu'il luy soit rendu l'honneur et le respect que vous savez être deu à personne de sa qualité; sans toutefoys que sa présence aporte aulcune folle et charge aux habitans de ladicte ville. Et à ce ne faictes faulte, car tel est notre plaisir. » Donné à Tours, le vingt-sixième jour de mars 1589. Signé HENRY, et au fond, » FORGET. »

 

Ces lettres parvinrent aux consuls de Salers le 16 avril. M. de Missilhac craignant quelque surprise, envoya M. de Morèze à la tête de 50 chevaux qui entrèrent dans- la ville le 17 avril. Ces craintes n'étaient pas sans fondement. Le 18 avril, le baron de Drugeac vint près de Salers, au communal appelé de Bregoux, accompagné de 60 chevaux. M. de Morèze ne jugea pas à propos de faire une sortie;, et M. de Drugeac, a son tour, ne trouva pas possible de pousser plus loin la démonstration qu'il venait de faire, et se retira sans brûler une amorce. Il paraît qu'il demeura en paix jusqu'au mois d'août suivant. Le 1er jour de ce mois, 1589, le roi Henri III fut frappé d'un coup de poignard par le jacobin Jacques-Clément; il expira le lendemain. Ce funeste événement donna au Sr de Drugeac une occasion de renouveler la guerre. Il s'était saisi de quelques châteaux et s'était rendu maître du fort de St-Martin-Valmeroux. Le20 août, Missilhac arriva à Salers avec M. de Morèze et environ 120 chevaux pour faire la guerre aux ligueurs et s'emparer de St-Martin qui lui avait refusé le passage; il demeura dans cette ville jusqu'au 27 et y laissa MM. de. Morèze et de Rlenac à la tête de 30 cuirasses, avec lesquelles ils commencèrent les hostilités contre le lieu et fort de St-Martin. Les consuls de Mauriac et de Salers prévoyant que le renouvellement de la guerre entraînerait la ruine du pays, convinrent ensemble d'avoir recours à la médiation du marquis de Curton, et de le prier de se transporter à Salers pour s'entendre avec M. de Missilhac et amener Drugeac à un accord. M. de Curton, que l'on trouvait toujours disposé à être utile au pays, se rendit aux vœux qui lui étaient exprimés par la prévôté. Il arriva à Salers avec sa suite, le 2 septembre et y demeura quatre jours Les négociations eurent un heureux résultat; un traité fut fait avec le Sr de Drugeac, et il en fut dressé acte. La principale clause demeura secrète et ne fut pas insérée dans le traité. Pour obtenir la paix, les habitants de Mauriac et de Salers s'obligèrent à payer au Sr de Drugeac une somme de deux mille écus pour le dédommager des frais qu'il avait faits. M. de Missilhac autorisa plus tard l'imposition de cette somme sur les paroisses de la prévôté de Mauriac.

Ce traité n'a pas été publié; il n'est pas à ma connaissance qu'il ait été cité par les auteurs qui ont écrit sur les guerres religieuses en Auvergne ou sur l'histoire du pays; il offre donc un double intérêt. Nous en donnons le texte inséré au folio 250 et suivants du livre de la ville.

« Acord faict entre Monseigneur de Missilhac , chevallier de l'ordre du roy et  gouverneur en c'est hault-pays d'Auvergne pour Sa Majesté, et Monsr de  Drughac et autres gentilshommes tenant le party contraire, faict le cinquième

septembre 1589, en ceste ville de Salers, dont la teneur s'ensuyt:

Veu la supplication et remonstrance que Messieurs de la prévosté de Mauriac ont faicte à Monsr de Missilhac, gouverneur et lieutenant général pour le roy en ce hault-pays d'Auvergne , de voulloir embrasser les moyens d'accord que se présentent pour pacifier les troubles esmeus en ceste province, par le moyen des garnisons placées tant ès-maisons du Sr de Drughac qu'en l'église parochelle du lieu de St-Martin-de-Valmeroux, depuis trois sepmaines ou environ; affin d'esviter la ruyne et désolation de tout le pays, a esté advisé par les soubsignés, pour le bien du service du roy et conservation de toute la patrie, que ledit seigneur de Drughac et autres soubsignés ont promis et promettent, sur leurs foys et honneurs , de n'entreprendre cy-après aucune chose en ce pays contre le service de Sa Majesté ny contre l'authorité et charge dudict seigneur  gouverneur, soit en la levée des tailles et deniers royaulx ou autrement; que pareillement ledict Sr de Drughac licentiera et faira vuyder présentement, tant de sesdites maisons que de ladite esglise de St-Martin, lesdites garnisons et gens de guerre qui y ont esté mis despuis ledict temps, et remectra ladite esglise de St-Martin entre les mains de Monsieur le marquis de Curton, pour icelle rendre ès -mains dudit seigneur gouverneur , lequel, en outre de sa part, recepvra le serment de fidélité des habitans dudit lieu, de la tenir et garder cy-après soubs  l'obéyssance du roy et sieur; et réciproquement le Sr de Missilhac remectra  le chasteau et place d'Itrac, avec ce qui se trouvera en nature, pour le rendre audit seigneur de Drughac, et moyennant ce dessus, tout ce qui a esté faict

et passé jusques icy , tant d'ung cousté que d'autre, demeurera assopy et sera » mys en obly, sans pouvoir user ny prendre par lesdits seigneurs aulcune vengence l'ung contre l'autre, ny pareillement sur aulcung habitant des villes d'Aurillac , Mauriac et Sallers, St-Martin et St-Chamans, ny généralement sur aulcung autre particulier , habitant dudit pays et prévosté , en quelque sorte » que ce soit. Et, pour plus ferme asseurance de l'observation et entretenement de ce dessus, lesdits seigneurs se sont soubsignés. Pour le reguard des autres aussy soubsignés et non nommés cy-dessus, eu entretenant le contenu de ses présentes, pouront demeurer libres en leurs maisons et pays sans estre molestés  ny inquiettés Pu leurs personnes ny biens. Faict le 5 septembre mil cinq cent  quatre-vingt-neuf. Ainsin signés : Missilhac, Tlurton , Nadaliac, Lincyrac, Drughac, Monhrun, d'Esiaing, de Vallens de Nozièrcs. »

 

Ce traité mit fin aux guerres de religion dans la prévôté de Mauriac. Le 6 septembre, M. de Morèze quitta Salers avec sa compagnie , et paya toutes les dépenses que sa compagnie et lui avaient faites pendant leur séjour dans cette ville. Il envoya trente soldats nouveaux qui tinrent garnison à Salers sous le commandement du capitaine de Vernyes.

 

Salers après le XVI° siècle

 

Le 14 juillet 1624, les consuls exposèrent aux habitants assemblés que puissante dame Jeanne de Lévy, comtesse de Caylus, dame de Pestel et en partie ne Salers, avait offert une somme de 1,000 livres, les matériaux existant dans la tour de Fontanges et tous les bois nécessaires pour la construction d'une église et d'un couvent de l'étroite observance de l'ordre de Saint-François; que les pères provincial et définiteur dudit ordre de la province d'Aquitaine demandaient, en outre, une somme de 3,000 livres et les terrains nécessaires pour l'établissement du couvent. Par une délibération du même jour, il fut arrêté que les 3,000 livres seraient payées au moyen des dons qui seraient faits.

L'évêque de Clermont ayant autorisé l'établissement de ce couvent dans la ville de Salers, la croix fut arborée le 4 octobre 1623 , jour de la fête de saint François, en présence de six à sept mille personnes venues des paroisses voisines pour assister à cette solennité.

Quelques maisons situées à Barrouze furent achetées par les consuls; elles furent disposées de manière à pouvoir recevoir les pères récollets, qui en prirent possession le 8 décembre 162a, jour de l'Immaculée Conception.

Ce couvent a été détruit presque en entier pendant la révolution. Il ne resta qu'une très-petite partie des anciens bâtiments.

Le couvent des religieuses de Notre-Dame fut fondé à Salers en 1046. La chapelle fut restaurée en 1689, aux frais d'Antoine de Chazettes de Bargues et de Pierre de Bargues , son père. Les religieuses de Notre-Dame se sont livrées, dès l'origine, et se livrent encore avec succès à l'instruction des jeunes personnes. L'établissement qu'elles possèdent à Salers est vaste, bien exposé et fort bien tenu.

Par acte passé à Riom , le 25 juillet 1674 , en la maison et en la présence de M* Guillaume, consul, avocat en la sénéchaussée d'Auvergne, Antoine Chevalier, prêtre missionnaire de Salers, et Jean Croussoles , curé de Lugarde, « étant  convaincus des grands biens que font les missions dans les lieux où elles sont établies, ledit Sr Chevalier le sachant par l'expérience qu'il en a fait, ayant  commencé et continué quelques années l'exercice desdites missions avec des » prêtres ses associés dans le pays dé montagnes de cette province d'Auvergne et du diocèse de Clermont, et ayant en même temps reconnu l'extrême besoin que les peuples desdites montagnes ont d'être instruits des principes de la religion, et ledit Sr Croussoles étant aussi certain des fruits qui en procèdent, ont fait les conventions suivantes:

Le Sr Chevalier donne la somme de 8,000 livres, portant 400 livres de rente annuelle et perpétuelle, pour être employée à la nourriture et entretien de deux prêtres, avec lesquels ledit Chevalier désire être associé pour s'employer conjointement à faire missions dans les lieux et paroisses des montagnes du diocèse de Clermont et non ailleurs, où lesdits prêtres s'entretiendront à leurs frais et dépens, sans rien prétendre des sieurs curés et peuples desdits lieux.

Le Sr Coursolles donne aux mêmes fins une maison, écurie, basse-cour à lui appartenant dans le lieu de Lugarde, un jardin, deux prés, et, en outre, la somme de 8,000 livres , à la charge par les missionnaires t d'envoyer un des leurs pour » prêcher, confesser et aider le curé de la paroisse de Lugarde en toutes ses fonctions pendant la quinzaine de Pâques.

Françoise de Longa , veuve de Pierre de Labeylic, dame de la Clidelle, donna 100 livres de rente et trente têtes d'herbage à la montagne de Lagalterie pour la fondation des missions.

Cet établissement fut approuvé en 1681, par des lettres du roi données a St-Germain-en-Laye. Les missionnaires bâtirent une maison vaste et très-bien située. A l'époque de la révolution, cet établissement fut vendu nationalement. Racheté depuis, les missionnaires y furent d'abord rétablis; plus tard, on y plaça l'école normale primaire; aujourd'hui, les bâtiments et l'enclos sont occupés par l'hospice, dont ils sont devenus la propriété. La rente de 400 livres constituée par le missionnaire Chevalier , a été transférée à l'hospice d'Aurillac par un arrêté en date du 1° février an XIV. Elle a été ratifiée au profit de cet établissement par MM. Dauzies et Garrigue de Flaujat, représentant Antoine Chevalier, suivant acte authentique du 14 mai 1810.

Au milieu du XVII° siècle , Salers souffrit beaucoup du logement des gens de guerre. En 1639, la compagnie du chevalier du Repaire, faisant partie du régiment de Clermont-Vertillac, fut logée et nourrie à Salers pendant dix-huit jours. Dans la requête présentée par les consuls aux trésoriers de France do la généralité de Riom , ils évaluaient la perte de la ville à plus 1,500 livres; il leur fut alloué 850 livres. Cette fois, au moins, tout ne fut pas perdu.

En 1651 , les consuls furent avertis que le Sr de Valon , maître de camp des armées du roi et commandant les troupes qui étaient en garnison en Auvergne, voulait assembler son régiment à Salers. Désirant éviter à tout prix ce rassemblement de troupes, et surtout leur logement, qui avait entièrement perdu et ruiné la ville, les habitants chargèrent François de Salers, seigneur de Chaveribière , et le Sr Bourzeix, bourgeois de Riom, de se transporter à St-Flour et de traiter avec le Sr de Valon. Ce dernier demanda d'abord 10,0001.; il réduisit ensuite ses prétentions à 6,000 liv. Cette proposition n'ayant pas été acceptée, il donna l'ordre à quatorze compagnies qui étaient cantonnées a Mandailles, Velzic, Lascelle, Raulhac, Siran et Si-Etienne de se diriger sur Salers. Les députés de la ville voyant le grand malheur qui en pourrait résulter , employèrent leurs amis, et notamment l'évêque de Saint-Flour. De Valon consentit à retirer l'ordre qu'il avait donné, moyennant la somme de 3,450 livres qui lui fut payée comptant. Pour le remboursement de cette somme, les consuls furent obligés de vendre la montagne de la Bessade, à pacte de réméré, au seigneur de Chaveribière.

Le 19 mai 1656, dix compagnies du régiment royal de M. le duc d'Arpajon, au nombre de 1,060 soldats, sans compter les officiers et leurs chevaux, arrivèrent à Salers pour y tenir garnison. Les compagnies étaient sous le commandement du Sr de Gigonzat. A leur arrivée , le chef fit avec le corps commun un traité par lequel la ville s'obligea à leur paver par jour la somme de 900 Hv., outre lWencile. Après avoir reçu tout ce qui lui avait été alloué par l'intendant d'Auvergne, et épuisé les taxes que chacun des habitants avait payées, le corps commun s'assembla, et, ayant considéré l'extrême pauvreté et misère à laquelle les habitants se trouvaient réduits, partie desquels avaient déjà déserté la ville, et les autres avaient épuisé l'argent qu'ils avaient, et avaient même vendu partie de leurs meubles pour payer les taxes sur eux faites pour subvenir à la subsistance et entretènement desdites troupes, et pour obvier aux désordres qui pourraient s'ensuivre de la part des gens de guerre contre les habitants, il fut résolu de vendre vingt-cinq têtes des communaux de la ville. Cette délibération reçut immédiatement son exécution. « Ces vingt-cinq têtes d'herbage, à prendre du côté bas d'icelle, furent vendues à M. Jean Bertrandy, procureur , au prix de 5,000 liv. » (Note de M. Mourguye.) Déribier, dans son manuscrit, dit que la ville dépensa 21,000 livres sans y comprendre le bris des meubles et le pillage. Toutes les villes de la Haute-Auvergne , aux mêmes époques, furent soumises aux mêmes exactions. On a de la peine à croire que ces excès se commettaient sous le règne de Louis XIV; mais, a cette époque, il n'avait pas encore pris le gouvernement de ses états. Dès les premières années de l'administration de Louvois , la discipline la plus sévère remplaça l'ancienne licence des armées; les désordres furent réprimés énergiquement , et on fixa d'une manière précise ce que pouvaient exiger les troupes en marche.

Nous avons dit précédemment que le siège du bailliage des montagnes avait été fixé à Salers en 1501; il y fut maintenu jusqu'en l'année 1790, époque à laquelle les anciens sièges de justice furent supprimés et remplacés par les tribunaux de' district. M. Lescurié fut le dernier lieutenant - général, et M. Delzangles de Faussanges le dernier procureur du roi du bailliage. Le tribunal du district de Mauriac fut établi à Salers. Il se composait d'un premier juge, de quatre juges titulaires, de quatre juges suppléants, d'un commissaire du roi et d'un accusateur public. Les juges furent nommés par la voie de l'élection. Le I6 octobre 1790, M. Lescurié, ancien lieutenant-général et député a l'assemblée constituante, fut élu premier juge, et MM. Charles Demurat, de Menet, Nicolas Mirande, de Mauriac, Joseph Mailhes et François Pons, de Salers, furent élus juges titulaires; MM. Paulin Duclaux, de Mauriac, Falsimagne, de Salers, Vigier, de Riom, et Dapeyron, de Pleaux, furent nommés suppléants. Dès le 1er octobre, M. Delzangles, ancien procureur du roi au bailliage, avait été nommé commissaire du roi, par lettres patentes. M. Gobert d'Olivier fut nommé accusateur public le 7 janvier 1791. Au mois de septembre 1792, M. de Faussanges fut remplacé par Pierre Marmontel, d'Auzers, homme de loi. Le 1er pluviôse an II, M. Lescurié, président, fut destitué par un arrêté du représentant Bo. En l'an iv, les tribunaux de district furent supprimés, et il n'y eut plus qu'un tribunal par département. Le 9 frimaire an iv, les membres du tribunal de Salers dressèrent mi procès-verbal constatant qu'ayant reçu la communication officielle de l'installation du tribunal de département à St-Flour, ils avaient cessé leurs fonctions. Il y a actuellement à Salers un juge de paix, un receveur de l'enregistrement, un directeur des postes et une brigade de gendarmerie à pied. Les employés des contributions indirectes et une brigade de gendarmerie a cheval ont leur résidence à St-Martin-Valmeroux. L'école primaire est dirigée avec succès par les Frères de la doctrine chrétienne. Une école de filles et un pensionnat de demoiselles sont établis au couvent de Notre-Dame.

Salers a une route départementale et trois chemins vicinaux de grande communication. Les trois dernières routes sont peu avancées ; celle de Salers à Murat n'est ouverte que jusqu'à la vallée du Falgoux; une partie de celle de Salers à Champs, passant par Anglards, est en lacune dans cette dernière commune. Enfin, le chemin de Salers à Pierrefort n'existe encore, du moins près de Salers, que sur le papier.

Il se fait à Salers un grand commerce de fromages, de vin et de sel. Autrefois on y filait le lin avec une grande perfection. D'après d'Expilli, il y avait du fil qui se vendait 24 fr. la livre. Cette industrie est complètement tombée.

Feu de villes, dans le département, possèdent des archives aussi complètes que celles de Salers. Grâce à la vigilance des administrateurs qui s'y sont succédé, rien d'important n'a été perdu ni détourné. Un homme modeste, à la mémoire duquel un souvenir est légitimement dû, a contribué, plus que personne, à la conservation de ces précieuses archives. Fendant la période révolutionnaire, et, plus tard, sous le consulat et l'empire, Antoine Salvage, avocat, natif de Salers, et qui y exerça quelque temps les fonctions de juge de paix, a mis en ordre, inventorié, étiqueté, annoté les registres et les titres de l'église, de la ville et de l'hospice. Ce long et pénible travail a été fait avec autant de désintéressement que d'intelligence, et uniquement par dévouement à sa ville natale qui lui en est reconnaissante.

 

HAMEAUX.

 

Jarriges, château fort délabré, situé dans la banlieue de Salers. C'était autrefois un fief possédé par la famille de Jarriges, qui en avait pris le nom. Noble Etienne de Jarriges eut pour héritiers Jean Dubourg, Sr de Malauzat, et Guillaume de St-Pardoux, qui vendirent Jarriges, en 1562, à François de Chalvet, Sr de Freluc. Françoise de Chalvet, sa fille unique, porta cette terre en dot à Jacques Faye, seigneur Despesses, président au parlement de Paris. L'abbé de Langeron, héritier des Despesses, la vendit, vers 1718, à Claude Deschamps. moyennant 40,0o0 livres L'un des descendants de ce dernier la revendit à Marie de Mossier, veuve de Jacques-Antoine de Vigier, receveur des tailles à Mauriac. Cette propriété est aujourd'hui divisée.

Jourdanie (la), château bien situé, à une petite distance de Salers. N. Labobe rendit hommage à l'évêque de Clermont pour le fief de la Jourdanie, en 1504. Quelques années après, en 1537, il appartenait à Antoine de Chalvet, Sr de Rochemonteix. Mathieu Chalvet, président au parlement de Toulouse, vendit cette propriété et la chapelle de N -D.-de-Lorette, en 1582, à Jacques Chalvet et à Marguerite de Rigal, sa femme (Déribier). Ceux-ci les revendirent à leur tour, en 1593, à Guy Dufayet, Sr Dufau. En 1664, et le 29 mars, fut passé le contrat de mariage de noble Antoine de la Rafinie, Sr de l'Estang, fils à Guyon et à Engline Dufayet, et damoiselle Louise de Mossier, fille de M° Pierre de Mossier, conseiller du roi et élu. en l'élection de Salers, et d'Hélène de Durfort. Dans ce contrat passé au lieu de la Jourdanie, noble Guy Dufayet, seigneur dudit lieu et du Fau, donne tous ses biens au futur, et Françoise de Mossier, sa femme, dispose des siens en faveur de la future (Reg. des Insinuations.) C'est par ce mariage que la famille de Rafin de la Kafinie est devenue propriétaire de la Jourdanie, qu'elle possède encore. Cette famille, d'ancienne noblesse, est originaire du Rouergue; elle a donné à l'église un évoque de Rodez, en 1580, et un grand prieur de Rhode à la province de Toulouse, au commencement du XV°* siècle.

A côté de la Jourdanie, et presque dans ses dépendances, est la chapelle de N.-D.-de-Lorette. On y rend à la sainte Vierge un culte particulier, qui attire à Salers de nombreux pèlerins. L'époque à laquelle cette chapelle a été fondée n'est pas connue. Elle parait être du XV° siècle. L'écusson des Calvet, qui avaient possédé la Jourdanie, était sculpté à la clef de la voûte et au maître-autel, ce qui fait présumer qu'ils en étaient les fondateurs. Elle fut réparée, en 1649, par Guy Dufayet. M. de la Raffinie avant fait agrandir le porche et le portail, y fit graver ses armes.

Dans un acte reçu par Conort, notaire royal, le 16 mai 1616, « Antoine Chevalier, curé, et Jean Sarret, baile de l'église et communauté de Salers, reconnurent que noble Guy Dufayet, Sr du Fau et de la Jourdanie, habitant à Salers, est vrai propriétaire, possesseur et fondateur de la chapelle de N.-D. de-Lorette. et que tous droits et devoirs honorifiques lui compétent et appartiennent en ladite qualité, et ledit Sr du Fau n'a voulu et n'entend empêcher les curé et prêtres de ladite église de  continuer les divers services comme les prédécesseurs dudit du Fau l'ont voulu et n'ont empêché. » (Archives de l'église de Salers. )

 

Maurio-Bas (le), hameau.

Em DELALO.

Apendice à l’article Salers

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TRANSACTION et ACCORD fait entre noble et poissant messire Charles, seigneur de Salen, chevalier;

Et les luminiers borgeois, marchans, manans et habitans de la ville et faulscborgs de Salers.

 

Des murailles, communaux et libertés

 

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, Charles do Maleroche, licentié en chacun droit, juge des seaulx establi aux contraucts ès-prevostés de Mauriac, Orlhac et Maurs, bailliage des montaignes d'Auvergne, pour madame la duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne, salut : savoir faisons que pardevant nos ames et feaulx Guillaume Duchamp et Jehan de Valons, clers notaires, jurés de la court de ladite chancelerie,.et par nous commis et depputes à oyr et recevoir le contenu des présentes et tous autres contraucts soubs ledit seel et auxquecls notaires quant à ce avons donné et commis, donnons et commectons nos force, pouvoir et auctorité en la ville ou faulx borgs de Salern et dans la maison du seigneur de Valens, estant prés l'esglise dudit Salern, constitues et establis en leurs personnes noble et puissant seigneur messire Charles de Salern, chevalier, seigneur dudit Salern, de Chaveribieyra et de Sainct-Pol, pour soi, ses hoirs heritiers et successeurs d'une part;

Et honnorables hommes Hugues de Beaumont et Pierre Sedier, tant en leur propre nom comme estans luminiers l'année presente de la ville de Salern, discrets hommes et saiges maistres Anthoine de Chavialc, bachelier en chacun droit, lieutenant-général audit bailliage des montagnes d'Auvergne, pour madite dame; Anthoine Olivier, aussi bachelier en chacun droit, procureur général audit bailliage, pour madite dame; Blardin Dufayet. tresorier de l'equivalent du hault pays d'Auvergne, pour le roy, noire sire; Jehan de Chaviale, lieutenant en la prevosté de Mauriac, pour messieurs les cslcus du Hault-Auvergne; maistre Anthoine Delort, bachelier en chacun droit; maistre Jehan Chalvet, bachelier en lois, 'pour lui et pour Beringon et Anthoine Chalvet, ses frères absents; Guinot Chalvet, maistre Pierre Dubois, Durand Vigier, Pierre Jarrigo,Guinot et Jehan Olivier frères, Anthoine Sedier, Peye et Pierre de Malrieuf frères, Blardin et Gérauld Destaing frères, maistre Pierre et Anthoine de la Roche frères, Mathieu Boyssou, Geraldo et Gerard Chalvet frères, Jehan Jacmy, Estienne Jorda , Pierre Parra, Pierre Lyonard, Pierre Vigier, Antoine Oltrassailh, Jehan Mathieu, Jehan Malvy, Nandou de Yalens, Aymar Andrieu, Guinot Matasse, Guinot Mathieu, boucher; Aymar Bodenc, Bertrand Maleprade, Pierre Meynial, Jehan Eabre, Armand Laden, Anthoine Dupuy, dit Frappe; Guillaume Robert, Géraud de l Eschalier, messire Jehan Labobe, pour soy et pour Anthoine, son frère; maistre Jehan de Portutz, notaire, Guillaume Mauria, Pierre Conort, Anthoine Dupuy, dit Moro; Astorg Lacomba, Jehan Jorda, Anthoine de Coutensozas. Jeban Rossel, Jehan Mossier, Pierre Matasse, Anthoine des Mostiers, Jehan Mauria, Hugues Folret, Jehan de Cayre, Jehan Delpeuch, Anthoine Rossel. Loys Corboles, Jehan de Vernhas, Jehan Parra, Guillaume Boyer, Loys Lacomba. Jehan Gallard, messire Guy Vidal, Pierre Chaviale, Belot Laden, Jehan Vidal. Guillaume Gallard, Guynot Fabre, messire Jehan Veschambes, messire Pierre Dauzet, jeune, Philippon Robert, Guilhen Vernhas, Rigault Dufayet, pour luy et pour Loys Dufayet, son frère; Jehan Riquot, Gérault Salelier, Anthoine Lacroza, Guynot Laviala, Anthoine Gardes, Pierre Thory, Jonet Parra, Gérauld de la Roche, Pierre Saliege, Guynot Dauzet, Guillaume Delort, maistre Anthoine Chanut, Jaques Fabre, dit Darman; Pierre Conducher, Pierre Rigailh, Gérauld Mossier, tous bourghois, merchans, manans et habitans de ladite ville et faulsborcs de Salern, pour eulx, leurs futurs hoirs et successeurs d'autre part.

Lesquelles parties de leur bon gré, pure, franche et libere volunte bien advises et acertaines de leur fait, ont cogneu et confessé, cognoisssent et confessent que comme longtemps y a et deppuis l'an mil quatre cent vingt-huit jusques à présent, il y eut eu de grans plaits, proces, questions et contradictions entre lesdites parties, à cause de ce que disoit ledit seigneur de Salern que lesdits habitans de Salern ou leurs predécesseurs avaient basty, clos et hedifié de murailles et fortification ladite ville de Salern, que avoit esté fait en son grant prejudice et de son chasteau de Salern quest prouchain de ladite ville et rnuraille, et contre le gré et volonte dudit Sr de Salern et de ses predecesseurs, et sans avoir obtenu d'eulx aucun conge ou licence, à occasion de quoi il y avoit eu impetration de lettres royaulx en matiere de complainte et de nouvelleté, et de l'execution d'icelles il y avoit eu appellations une plusieurs relevées en la court de parlement à Paris, et fait plusieurs procédures et autres impetrations. Aussi à cause de ce que disait ledit seigneur de Salern que les habitans ou leurs predecesseurs, sans obtenir de lui congé, avoient fait venir l'eau d'une fontayne appelée de la Gtevade, et icellc menée et conduite en la place publique du ladite ville de Salern, et fait passer les cors et fustes de ladite fontayne par son territoire et justice, et prins l'eau de ladite fontayne reres luy, sans avoir demandé ne obtenu de luy congé ou licence, en son grand préjudice.

Et du cousté desdit luminiers et habitans estoit dit et debatu au contraire; c'est assavoir que à cause des grans et continuables logis et frequentation que faisoient les Anglois rotiers et gens d'armes que en ce temps coroient au lieu de Salern qui parlors étoit ung gran bourg à cause de quoy et par les emprisonnemens, rançons que faisaient lesdits Anglois, capitaine» et rotiers, lesdits babitans de Salern obtindrent lettres et octroy de feu bonne memoire monseigneur le duc Charles, duc de Bourbonnois et d'Auvergne, qui avoit este audit lieu de Salern, de faire ladite muraille et fortification, et y avoit mis ses armes et icelles deslors esculpées en pierre comme sont encores à present et à occasion desdites impetrations et appellations a ai prés plusieurs poursuites, .diligences, enquestes et productions, par arrest de ladite court, fust dit que ladite muraille et fortification se ferait et accompliroit, lequel arrest auroit esté executé par feu monseigneur maistre Jehan Baillet, conseiller de ladite court de parlement, en l'an mil quatre cent quarante, commi costoit par ladite execution et par ce moyen ladite clôture,, muraille et fortification avoit este parfaite et accomplie au profit desdits habitants, et en avoient joy depuis et joyssent de present. Et touchant ladite fontaine de la Glevade et les lieux par lesquels avoit este menee et conduite en ladite place, avoit este prinse. menee et faite venir tout reres lesdits habitans par leur sol et fons, sans que ledit Sr de Salern y peust avoir ou demander aucun droit ou intcrest, et l'empeschement par lui fait avoit esté tout comme par force, violence, sans cause et contre raison, dont s'en estoit ensuivi appellations à faute refus, desnee de droit et fait excès et actemptats, et sur ce a esté dicepte dun couste et dautre et allégué plusieurs raisons que sont au long narrées et déclarées auxdits procès et impetrations faites d'un couste et dautre.

Aussi avoit grans questions, procès et débatz entre ledit Sr de Salern et habitans, à cause des privilèges, franchises et libertés que avoyent usé joy de toute ancienneté lesdits habitans, et au moyen et occasion des choses dessus dites et de leurs déppendances y avoit de grans procès, plaitz. questions, debatz et contradictions, etavoient souffert depuis ledit temps lesdites parties plusieurs frais, mises, despens, interests et domages, des maux, excès et actemptatz. Et pour y mètre fin et que désormais il y ait bonne paix, amour et dilection entre ledit seigneur de Salern et lesdits lu miniers et habitans et leurs futurs successeurs, et que toutes raisons, causes, occasions ou moyens dont porroit sortir debat, question ou discution soient soubstraites et tolues pour le temps advenir, et toute bonne union, paix et ami tie soient à perpetuel entre ledit seigneur de Salern et habitans, lesdites parties de tous lesdits proces, questions, debatz et difierens que à present pouvoient estre entre ledit S1 de Salern et babitans et leurs successeurs au temps advenir, ont appointé, transhigé, accordé, convenu, pactizé et fait appointement, transhaction et accord de tout ce dessus et cy dessoubs escript en la forme et maniere que sensuyt comme de chose doubteuse et cause incertaine, et obvier à toute yssue de procès, et faire cesser tous frais, mises, depenses que ont si longtemps endurées entre lesdites parties.

Premierement et avant tout euvre et procedure, lesdites parties retiennent et réservent le congé, licence de ladite court de parlement estre mise et donnée au present contrauct et appointement.

Item est donne volu accorde et octroye par ledit seigneur de Salern pour lui et ses successeurs, que la closture, portes, murailles de la ville de Salern et toutes sarreures, fermeures, barres, sarrailles, clefs, tors, creneau!x, bolovarts, canonieres et barbecanes, demeureront en leur entier et fortification, avec les réparations necessaires quand besoing sera, au profit, tuytion, garde, seureté et deffensse desdits habitans de Salern.

Item quitte ledit Sr de Salern les hoirs et bien tenans de feu Nychon Dubois, de Fumel, Pierre Lizet ainsné, et Pierre de Marone, dit Patau, et tous autres qui ont esté plege pour desmollir ladite muraille au cas que eust esté dit par justice en fin de cause, avec pacte et convenance de non jamais desdits plege et demolition faire poursuite en quelque maniere que ce peust estre.

Item et par ce moyen lesdites parties d'ung couste et d'autre tant que les touche et peut toucher renoncent à tous procès et appellations interjectées par lesdites parties, tant à faulte, refus, desnee de droit que de tors et de griefs, soit de juges, lieuxtenans, commissaires, sergensou exécuteurs, et consentent lesdites parties que soient mises au néant par l'autorite de ladite cour de parlement et pour non faites ne advenues; tous deppens, domages, missions, frais ou interests compenses, et en sont quittes l'un envers l'autre de tout le temps passé jusques à aujourd'hui. i

Item veulent et consentent lesdits luminiers et habitans de Salern que ledit seigneur de Salern puisse affiger, mectre et esculper ses armes en piarre aux portes et muraille de ladite ville de Salern, pourveu qu'il ait le vouloir et consentement de madite dame.

Item veult et consent ledit Sr de Salern que lesdits habitans doresenavant puissent eslire deux luminiers chacun an, lesquels auront charge desdites reparations, desdites portes, murailles, fontaines, arloge et autres lieux, ont sera besoin faire reparation au profit et utilité desdits habitans, et se porront assembler lesdits luminiers et habitans ensemble pour avoir l'advis, opinion, conseil et deliberation, et traiter de leurs afferes et negoices communs, toutes et quante fois que bon leur semblera et qu'il eu sera besoing.

Item touchant les clefs des portes de ladite ville que ledit seigneur demandoit luy estre presentees une foys et à ses successeurs, et icelles rendre incontinent es-mains des luminiers que pour lors seroient. est accordé que a present ne se peut faire aucun appointement pour ce que sont en sequestre soubs la main du roy et requête du Sr de Pestel; mais le procès fini et decidé sera fait audit Sr de Salern ainssi que lesdits luminiers et habitans feront au Sr de Pestel et en maniere que chacun en sera content.

Item et lesdits luminiers et habitans de Salern dessus nommes pour eulx et leurs successeurs, en ensuivant les recognoissances anciennes faites aux predeces seurs dudit Sr de Salern par les predecesseurs habitans audit Salern, ont recogneu et confessé tenir dudit Sr de Salern et devoir tenir de ses futurs heritiers et successeurs et non d'autre, à perpetuel, à fief franc et aux conditions, retentions et reservations ci-dessoubs escriptes. C'est assavoir tout le communal pasturage et affar appele de Bregos, et avec ses droits et appartenances quelconques, ainsii que se confine et confronte avec les heritaiges di s habitans des villages de Lac et de Fahet; d'autre part avec l'affar et tenement de Jarrige; d'autre part avec affar de Chaveribieyra dudit Sr de Salern, et d'autre part avec l'affar de Chier.

Item plus les affars de Mossors avec tous leurs droits et appartenances quelsconques, ainssi que ledit affar se confine et confronte ; d'une part avec l'affar dû village du Fahet, et d'autre part avec le chezal que fut Jes heritiers feu Géraud Galopin, quest à present de Guinot et Itigailh de Marona de Salern et autres, d'une part, et avec l'affar appelé de las Rispas, paroyt entre deux et avec l'affar qui fust des heritiers de feu Jehan Eschavidre qu'est à present des Comoletz.

Item plus l'affar de las Vernhas, excepté et reservé par lesdits luminiers et habitans de Salern les boyges qui furent de feu Bernard Lasbroas, escuier, que sont du present de Guinot et Anthoine Chalvetz, oncle et neveu, marchands de Salern. Lequel affar et pasturaige de las Vernhas se confine et confronte avec l'affar de Mauria, paroyt entre deux d'une part, et d'autre part avec l'affar et pasturage de Baubert appartenant auxdits luminiers et habitans de Salern d'autre part.

Item plus l'affar et pasturage appele del Coderc-de-la-Roda et del Peuch-d'Achier, et la saigne appelée del Peuch-d'Achier, alias de la Roda, ainssi que se atouchent et sont contigus entreulx et se confrontent d'une part avec l'affar de Laboria appartenant aux héritiers de feu Jehan Lizet; d'autre part avec une terre sive boyge que fust de feu Hugo Fabre et est de present d'Antoine de Beaumont, bourghois de Salern, et fust de feu Pierre Lacombe, paroyt entre deux; d'autre part avec l'affar d'Achier; d'autre part avec la terre que fust de feu maistre Pierre Galopin, et est à present dudit Anthoine de Beaumont, son heritier, paroit entre deux ; d'autre part avec les prés sive boyges de feu Pierre Pons, que sont a present des Lizetz, paroit et chemin publiq entre deux, avec tous droits, appartenances et déppenclances.

Item lesdits luminiers et habitans de Salern pour eulx et leurs successeurs confessent que ledit Sr du Salern a esdits affars, pasturages, communaulx dessus confines el declares toute jnrisdiction et justice haulte et moyenne.

Item est dit volu et accorde entre lesdites parties, retiennent et reservent lesditi habitans que toutes et quantes fois lesdits luminiers et habitans ou aucuns d'eulx irouveront bestailh forain et estranger pasturant esdits affars, pasturages et communaulx, le pourront prenre et non aultres, clorre et destenir vingt-quatre heures et plus avant tant que leur plaira et appointer avec ceulx que appartient ledit bestailh estranger et forain à l'esmende ainssi qu'ils adviseront.

Item sil y avait opposition ou contrediction, la cognoissance sera devant le juge dudit seigneur de Salern, et tout le droit et emolument de basse justice jusques à soixante sols sera et appartiendra auxdits luminiers, et habitans pour convertir ledit profit et emolument au profit, reparation et utilité desdits habitans.

Item sil y avoit provision donnée par ledit juge dudit betailh en baillant gages, lesdits gages seront mis et deposes es-mains desdits luminiers, jusques à fin de cause, pour obvier que lesdits gages ne se perdent.

Item porront et peuvent lesdits habitans et luminiers prenre et porter desdits herbages et communaulx toutes piarres, tyoles que se y porront trouver et prenre, et percevoir toutes herbes, genests, falgiercs, et fere pasturer leurdit bestailh ou iceluy, assenser et bailler à louage.

Item est accordé que ledit seigneur ne ses successeurs ne porront faire aucun labourage ou agriculture esdits communaux ou pasturages. Mais si le cas advenoit que lesdits luminiers ou habitans y volfissent fere laborage ou semer blez sans l'ayde, commandement ou conseil dudit seigneur de Salern, en icelui cas ledit seigneur et ses successeurs auront le droit de parcierc quest la quarte part comme est contenu cs-dites anciennes recognoissances.

Item en ensuyvant ledit Hugues de Beaumont et Pierre Sedier, luminiers, du vouloir et consentement desdits habitans, en leur presence, pour eulx et à leur nom et au nom desdits habitans, de genoulx, laissé chappeaux, bonnets, cornetes et sentures, ont fait audit Sr la foy et bornage des chouses dessus dites et accordées, et à ce ledit seigneur les a receus en les baisant, et lui ont prêté serment de fidélité en tel cas accoustume tenir et accorder le contenu aux chapitres de fidelité vieulx et nouveaulx.

Item et pour ladite reception et homage ont promis paier, bailler et deslivrer audit Sr de Salern deux esperons dores, selon qu'est escript es-dites anciennes recognoissances, et ce a sa requeste et faire semblable recognoissance a tout nouvel seigneur si lesdits luminiers et habitans en sont requis, et paier aussi a tout nouvel seigneur lesdits esperons dorés.

Item et porra ledit S' de Salern et ses successeurs ériger, mectre et pozer esdites communaultes et pasturages , forches patibulaires ès-licux que par luy et lesdits luminiers sera advisé estre plus convenables, et que les lieux ont l'on fait les processions et les croix ne soient point occuppés, et que ladite erection de forches patibulaires ne face prejudice ni deshonnesteté.

Item touchant ladite fontaine et eau de la Glevade et autres fontaines , lesdits habitans de Salern la porront comme font à présent prenre mener et conduire en la conch» de la plaee publique de ladite ville, et passer par tous heritages et commnnaulx sans que ledit Sr de Saler n ne les siens y puisse ne doyve faire aucun trouble ou empeschement.

Item veult et consent ledit seigneur de Salern, comme est de toute ancienneté, que toutes maisons et heritages que sont situés et assis dans les decs et croix de ladite ville de Salern sont en franchise, privilége et liberté que ne doivent lozisme gracieux ne autre vestizon ne droit de vente aucun , et ne y a ledit Sr nul droit de retenue , et chacun peut vendre et achapter desdits heritages sans rien paier audit seigneur, sauf audit Sr de Salern et à ses successeurs, la jurisdiction et justice telle qu'il monstrera qu'il y a sur lesdits heritages et ses cens et rentes qu'il y doit avoir.

Item et a chacun desdits habitans est leu et permis vendre et mectre cens sur sa maison et heritages estans dans lesdites decs et croix , et iceulx rachapter et recouvrer sans qu'il y ait commission de surcens retenue ne aucun droit seigneurial.

Item lesdits habitans de Salern peuvent et sont capables à tenir leurs maisons et heritages estans dans lesdites lymytes francs quittes de toute charge et censive, et en justice de soixante sols ou autre , telle qu'ils ont accoustumé y avoir, et d'en user et exercer en la manière accoustumée. Sauf audit seigneur de Salern et à ses successeurs les droits de justice et ses rentes ès-lieux qu'il monstrera.

Item lesdits habitans de Salern ont liberté et franchise que sont tous de libère et franche condition et liberté, que ne doyvent ne sont tailhables à taille à quatre cas mercenaire ne autre ne guestables, si ce n'est pour la garde de leur ville, tuition de leurs biens et deffense de leurs personnes, ainssi que par lesdits luminiers et habitans ost ourdonné et que le cas requiert quant il en est besoing. Sauf que si aucun se retirait au chasteau dudit Sr de Salern en temps de émynent périlh, fera le gayt audit chasteau.

Item touchant ce.que lesdits habitants dient que leurs maisons estant dans lesdits decs sont en privilége et liberté que ledit seigneur n'y peut, ne doit prenre aucun droit de leyde, ne aussi audessoubs des egots et couvertures desdites maisons, et aussi que les tioys foires de ladite ville c'est saint Mathieu , patron de de l'esglise, saint Georges et le jour de la Magdalene, ensemble les jours de jeudi de la sepmaine, quest le jour de marché de ladite ville de toute ancienneté, est tenu repute franc quite et liberal, et que ne se doit point lever droyt de leyde de socs, haix, charres, roddes, coffres, tables, cuteaulx, buffets, tables rondes, escabelles haulx, oignons, poyres. pommes, cerrzes, chastaignes, noix, rezins, ne autres leguns, burres, fromages, requierent lesdits habitans que cesse d'yci en avant celui qui a la charge d'en rien lever ne recevoir des chouses dessus dites. A esté appointé entre lesdites parties que ledit Sr de Salern joyra du droit de leyde comme en use ledit Sr de Pestel, et touchant ledit Sr de Salern ne y aura aucune nouvelleté, sinon ainssi qu'il a esté acoustumé de toute ancienneté.

Item veult et consent ledit seigneur de Salern , en ensuyvant la coustume et privilége ancien, que lesdits habitans de la ville et fauxborcs de Salern ne sont point tenus paier audit seigneur aucun droit de clame , pose ores que ung forain estranger fist ajourner ung habitant, et que ledit forain ou estranger ait condampnation ou gaing de cause contre ledit habitant, sinon qu'il y eust fraude ou cauthele entre ledit forain et habitant pour faire perdre ledit droit de clame.

Item veult et consent ledit seigneur de Salern que d'ycy en avant que tout bestailh ou bestes desdits habitans que seront prises dans les héritages du domaine dudit Chaveribieyra, dudit seigneur de Salern, quest contigu et actouchant auxdites communaultes de Bregos , du coustc de nuyt, soit quicte envers lui en payant trois sols tournois pour son dommage seulement, et aussi de ses autres héritages d'ycy entour la ville appelés de Peuch-Salern. Sinon que ledit bestail ou bestes fussent illec trouvées de garde faicte à la coulpe de celui à qui appertient ledit bestail.

Item et pour obvier à ce dommage et prinse do bestail, veulent et consentent lesdites parties que ledit domaine de Chaveribieyra soit clos et fermé de murailhes, laquelle closture et paroit se fera aux deppens communs desdites parties , chacune pour moytié. Et est tenu ledit seigneur de Salern faire girbes et cledes aux entrées dudit domaine de Chaveribieyra.

Item touchant ce que lesdits luminiers et habitans ne veulent point que ledit seigneur de Salern ne les siens puissent mètre ne tenir aucun bestailh [ès-dites communaultes et pasturages en temps d'esté, est dit et accordé entre lesdites parties que, quant lesdits luminiers et habitans auront abonné et ordonne quel nombre de bestailh sera mis auxdits communaulx par lesdits habitants, et la faculté que chacun habitant aura pour herbasser, ils s'en appoincteront entre eux.

Item pour le bien et augmentation desdites foyres et marchés, veult ledit seigneur de Salern que nesune personne allant et venant auxdites foyres et marchés de Salern ne soient arrestés leurs personnes et biens, pour aucunes debtes de parties privées, exploits et esmolumens de court, comme a esté ourdonné en cas de eslargissement d'un homme prins jour de marché parles officiers de madite dame. Sauf que s'il y avait aucun estranger que fust tenu audit seigneur de Salern en exploit de court, se porra faire paier les jours de foyres et de marchés.

Item veult et consent ledit seigneur de Salern, tant que le touche, que toutes et quatites fois qu'il adviendra que aucun habitant de ladite ville et fauxborcs de Salern seroit prins pour debte cogneu audit seigneur de Salern et à sa requête, et mené prisonnier au chasteau, en baillant souffisante caution, sera eslargi et mis à deslivrance , et le sergent qui sera saisi dudit prisonnier est tenu le laisser en baillant ladite caution, sans le plus mener avant en prison.

Item veult et consent ledit seigneur de Salern que, si lesdits luminiers et habitans de Salern, pour ayde et subvention de faire les réparations nécessaires au profit de ladite ville obtenoient lettres de sochet, il y consent sans y faire contrediction tant que le touche. Sauf que ledit Sr de Salern et ses successeurs n'en paieront rien et en seront exempts que ne seront point compris audit droit de sochet.

Item et pour ce que auparavant ladite closture et fortification de ladite ville, les Anglais, capitaines, rotiers et gens d'armes et autres gens de guerre ont fait de grans innnumérables maux et dommages auxdits habitans et à leurs prédécesseurs à cause de la fréquentation des logis qu'ils faisoient audit lieu , les privilèges, instrumens, documens, et lettres anciennes de ladite ville se sont perdues et esgarées, veult et permet ledit seigneur de Salern , pour soy et ses successeur*, que toutes et quante fois que lesdits luruiniers et habitans monstreront, justifieront et feront apparoir d'autres priviléges, droits, franchises et libertés plus avant que ce dessus, promect ledit Sr de Salern le tout aprouver, ratifier, accorder et consentir entièrement au profit et utilité desdits luminiers et babitans de la ville et faulxborcs.

Item pour ce que feu Monseigneur le duc Charles, duc de Bourbonnois et d'Auvergne, que Dieu abseulhe est impétrant consort et adjoinct avec lesdits habitans de Salern aux procès et appellations interjectées à cause desdites murailles et bastiment d'icelles, et que l'an mil quatre cent vingt-huit, octroya auxdits habitans la permission de bastir et donna deux cent livres auxdits habitants, et que lui et les seigneurs ses successeurs . dues de Bourbonnois et d'Auvergne , et ma dame, qu'est a présent, de leur grâce ont fait de grans biens, supports, faveurs et gratuites a ladite ville et habitans et autres raisons, lesdits luminiers et babitans n'entendent, ne veulent fere aucune ebouse qui soit au dommage, préjudice ou desplaisir de Monsieur le duc, et en tout retiennent et réservent le bon plaisir et consentement de maditc dame la duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne et de son conseil.

Lesquelles chouses dessus escriptes ainssi faites, passées, volues et accordées par lesdites parties, pour tant que a chacune peut toucher et appertenir, ont promis ledit seigneur de Salern pour soi et ses successeurs, et lesdits luminiers et habitans présens pour eulx et leurs successeurs à perpétuel, et jure aux sainctes Evangiles de Dieu, enlevant tous la main hault sur le livre, tenir, actendre, garder et observer, et non venir ne fere venir au contraire en manière ou façon que ce soit. Et sur la ypothêque et obligation de tous et ebacuns leurs biens de ladite ville, meubles, immeubles présens et advenir quelconques, et promectent lesdites parties et chacune d'icelles rendre , paier , restituer et satisfere l'une partie à l'autre et l'autre à l'autre, tous despens, fiais, mises, intérests, costages. missions et despenses que l'une partie porroit fere et soustenir à la coulpe de la partie que seroit contredisant, dilayant ou en demeure fere, tenir, accomplir, entretenir toutes lesdites articles, clauses contenues en le présent accord, transbaction, appoinctement et contrauct. Et renoncent icelies parties a toutes répétitions, allégations, deflences, contre-dictions, tant de droit que de fait, et à tout droit escript, non escript civil, canon, usage, estillc, coustume do pays et à toute erreur, déception , fraude, dol, barat, lezion ou autre que se porroit ayder l'une partie contre l'autre pour infraindre, casser, révoquer en tout ou partie ce dessus escript. Et au droit disant ces générales révocations non valoir ne sortir aucun effect efficace ou vertu, si les expresses renonciations ne précèdent ou quesoyent subséquentes. Et à tout ce tenir, actendre, garder et observer, lesdites parties veulent et consentent à ce estre contraincts et compelles par nous ou celui qui sera notre successeur audit office en lieu de nous, par prinse vente et exploitatiou de tous leursdits biens meubles, immeubles présens et advenir quelconques, sans aucune monition , citation ou oblation de libelle judicial, procédant de ladite court ne autre, pour tenir et actendre ce dessus , nonobstant quelconque privilége. En tesmoiii desquelles chouscs nous , juge desdits seaulx dessus dits , à la


 

relation desdits notaires qui nous rapportent feablement par ces présentes, ainssi avoir esté fait, octroyé et accordé par lesdites parties, en présence de religieuse personne frère Baltezar de Salern, religieux de l'ordre de Saint-Benoyt, frère dudit seigneur de Salern; Gérauld Combart, costurier, habitant du village de Lacomba, paroisse du Falgoux, et Anthoine Gardés, natif de la paroisse de Trizac, tesmoins à ce prfns et appelles; desquels notaires, et à leurdite relation adjostons plainière foy à ces présentes lettres doubles, du consentement desdites parties icellui seel avons fait mectre et apposer.

Fait et donné le vendredi du lazer, septième jour du mois d'avril l'an mil cinq cens et huit.

Signé Duchamp et Devalens.

Copie et double des lettres du consulat octroyé par le roy Loys aux merchans et habitans de Salern, prins de leur propre original.

Lovs , par la grâce de Dieu roy de France, savoir faisons à tous présens et advenir, Nous avoir receu humble supplication de nos chers et bien amez les manans et habitans de la ville et faulxbourgs de Salern , ès-montagnes d'Auvergne, contenant que ladicte ville de Salern est cloze et fortifiée de murailles, tours et portaulx , l'une des fortes villes du pays, peuplée de plusieurs gens notables, clercs , bourghois , merchans et autres mécaniques que se y sont retirés et prins leurs demorances , lesquels habitans, à cause du corps commun de ladite ville, ont de beaulx priviléges, franchises , libertés et grans pasturages communs, et laquelle ville, parce que comme dit est elle est publée de gens notables en bonne seureté, nos trésoriers, receveurs et commis ont accoustumé lever nos deniers et les fere venir eux à notre profit, et font de présent tous les jours comme l'une des principales villes du pays. Auxquels supplians, pour régir et gouverner les affaires dudit corps commun de ladite ville, soustenir les droits et procès quo leur surviendront, pourvoir à l'entreteuement, fortification et réparation des murailles, tours, portaulx, fossés et garde d'icelle, asseoir nos deniers que leur sont ordonnés et autres affaires, leur scroit besoing eslire par chacun an troys notables gens de ladite ville pour estre tenus nommés et appelés consuls d'icelle, lesqueulx peussent, durant le temps de leur consulat, porter chapperons de couleur my-partye, nous humblement requérans sur ce leur impartir notre grâce.

Pourquoi Nous ces chouses considerées inclinans libérallement à la supplication et requeste desdits supplians, à iceulx, avons octroyé et octroyons, de grâce spécial, plaine puissance et auctorité royal, par ces présentes , qu'ils se puissent assembler par chacun an, en ladite ville, à tel lieu que bon leur semblera, et toutefois et quantes que leur sera necessere, et de pouvoir eslire et instituer, un chacun an , trois consuls et conseillers avec eulx dudit corps commun de ladite ville qui auront puissance et auctorité, laquelle leur avons octroyée et octroyons, par ces présentes, de pouvoir assembler ledit corps commun de ladite ville, traiter des affaires d'icelle, imposer nosdits deniers, ainssi que leur sera ourdonné do par nous et autres nécessaires pour l'entretenement d'icelui corps commun, ourdonuer et disposer des réparations, garde, deffense et affaires d'icellc ville, oyr et clorre les comptes de la distribution de leurs deniers venans de leurs propres seulement, et généralement do faire et exercer toutes chouses que les autres villes de notre dit pays hault et bas d'Auvergne ayans semblable consulat on} accoustumé de faire et exercer, et que lesdits consu's qui seront ainssi esleus et comis par lesdits habitans supplians puissent et leur soit loisible, durant le temps de leurdit consulat, porter chapperons de livrée, tels que lesdits supplians et corps commun de ladite ville verra estre affaire.

Si Donnons en mandement par ces presentes aux bailly de St-Pierre-le-Moustier, Montferrand, ressorts et exemptions d'Auvergne, chastelain et garde des saulx es-dits lieux et à leurs lieuxtenans et à chacun d'eulx sur ce premier requis, que de nos presentes grace, permission et octroy ils facent, souffrent et laissent lesdits supplians et leurs successeurs à tous jours mais perpetuellement joyr et user plainement et paisiblement sans leur mectre ou donner, ne souffrir estre fait mis ou donné aucun arrest, destourbier ou empeschement, lequel si fait mis ou donné leur avoit esté ou estoit, ils le mectent ou facent mectre incontinent et sans delay à plaine deslivrance. et afin que ce soit chouse ferme et estable à tous jours, nous avons fait mectre notre scel en ces dites présentes, sauf en autres ebouses notre droit et l'autruy en toutes.

Donné a Grenoble, au mois d'avril, l'an de grace mil cinq cent et neuf. Escript au replie par le roy, maistre Adam Fumée, maistre des requestes ordinaire de l'outiel et autres présens. Signé Deslandes. Scellées à cire verd a laz de soye et après escript : visa Contentor Dubatout.

Donné pour copie collation faite avec l'original par moi.

Signé Duchamp.