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 La commune de Ruynes aujourd'hui

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Ruines

 — Canton. — Le canton de Ruines fait partie de l'arrondissement de St-Flour. Il est borné au nord par celui de Massiac; au sud, par le département de la Lozère; à l'est, par la Haute-Loire, et à l'ouest, par le canton nord de St-Flour. Il se compose des communes de Bournoncles, Celoux, Chaliers, Chazelles, Claviéres, Faverolles, St-Just, Lorcières, St-Marc, Rageade, Ruines, Soulages et Vedrines-St-Loup. .,

La surface de son territoire est de 26,460 hectares, dont 10,500 h. en terres cultivées; 7,050 h en prés et pacages; 4,240 h. en bois, et 4,470 h. en terres vaincs et bruyères.

Il est arrosé par la rivière de Truyère, la Chasette, l'Arcoing et quelques ruisseaux.

Sa population est de 7,628 habitants, répartis dans 120 villages, 84 hameaux et 1,776 maisons.

Dans ce canton, le gneiss, traversé de filons de quartz, est très-ordinairement recouvert par un terrain argileux-jaunâtre. Le sol est en général maigre, froid et d'un produit fort médiocre, surtout dans la partie adossée au bois de la Margeride; il forme le versant ouest de cette montagne.

Commune. — Cette commune est bornée au nord par celle de Vedrines-St-Loup; au sud, par celle de Chaliers et par la rivière de Truyère, qui la sépare en partie de celle de Chaliers; â l'est, par Chaliers et Claviéres, et à l'ouest, par le ruisseau de Montgon ou de Rastel, qui lui sert de ligne de démarcation avec Vabres, St-Georges et Anglards.

L'étendue de son territoire est de 2,850 hectares, dont 1,300 h. en terres cultivées; 700 h. en prés et pacages; 350 h. en bois, et 500 h. en terres vagues et bruyères.

Il est arrosé par la rivière de Truyère, les ruisseaux de Lafon . de Roussillon, de Lafage, de Razoudet, de l'Oradour, de Goudolat, etc

Sa population est du 851 habitants, répartis dans 14 villages, 19 hameaux et 212 maisons.

Ruines, le chef-lieu, qui l'est aussi du canton, est un bourg d'une soixantaine de maisons, parmi lesquelles il en est quelques-unes de modernes et de belle apparence. Sa distance de St-Flour est de 1 myr. 4 kil. Il est situé dans une plaine dominée par les montagnes de la Margeride et rapproché de ses forêts . Son église, dédiée à Notre-Dame-de-l'Assomption, était située loin du bourg; mais elle a été rebâtie dans l'intérieur en 1847. Son architecture moderne ne présente rien de remarquable. Quant à l'ancien édifice, il aurait été construit, suivant la tradition , au centre de la ville primitive dont nous allons nous occuper. Restauré à différentes époques, il n'en était pas moins très-délabré. Son retable, à colonnes torses, était assez bien sculpté. Dans le chœur existais1 des nervures brisées d'un style ogival assez gracieux. Ce genre d'architecture dominait dans l'édifice. On remarquait, à l'entrée, des tronçons de piliers antique carrés, adossés aux murs, sans chapiteaux et sans aucune ornementation ; ils paraissaient tronqués étaient très-courts et grossièrement faits; peut-être se rattachaient-ils à une construction romane, car ils dénotaient une grande ancienneté. Le clocher, de forme carrée, se terminait par une flèche peu élevée. Suivant les titres de la famille d'Antil, il avait été construit au XVI° siècle. Une chapelle dédiée à saint Antoine, et à droite du maître -autel, avait été ménagée au-dessous.

Cette église était autrefois un prieuré sous la règle de St-Benoît, et qui fut uni à Cluny; il appartenait d'abord à l'abbaye de Marsillac, en Rouergue, puis aux jésuites chargés du collège de Rodez. Comme les abbés de Marsillac, et après eux les jésuites, étaient prieurs ou curés primitifs de Ruines, les curés desservants étaient à la portion congrue. Voici les noms de quelques-uns d'eux.

Jean Vidal, curé en 1675; TV. Chanson, en 1695; Pierre Roche, en 1714; N. Ruol, en 1757; N. Roche, en 1772; N. Bouchet, en 1789; il assista à l'assemblée des états à St-Flour.

Dans l'enceinte du bourg est une chapelle dédiée à Notre-Dame, plus commode que l'ancienne église pour les exercices de piété des habitants.

On croit, dit M. Bouillet, que Ruines tire son nom de la destruction d'une ville considérable, dont on trouve encore fréquemment des traces dans le voisinage. M. Déribier, adoptant la même tradition, pense que Ruines aurait été une ville gauloise, et.que lorsque César se rendit dans le Gévaudan, il la traversa. Une voie romaine, dont on découvre quelques vestiges, passait dans les environs. St Flour n'existait pas alors, et Ruines aurait pris son nom des débris de cette ville préexistante, dont malheureusement l'antique nom n'a pas été conservé. La position de l'église, à 500 mètres du bourg élevé sur son emplacement et qui devait être au centre de la cité, semblerait confirmer cette assertion. Des fouilles faites pour la confection des chemins, ont mis à découvert une assez grande quantité d'objets antiques.

Plusieurs actes que j'ai vus, dit M. Joseph de Labro da

ns une note qu'il m'a adressée, donnent à ce chef-lieu de canton le titre de ville. Ces actes authentiques portent la date de 1664 et 1666. La tradition, la disposition du lieu, le résultat de fouilles accidentelles, tout enfin annonce que cette cité devait être tort étendue. On a trouvé, en creusant à d'assez grandes distances, des ustensiles de ménage, des meules à bras, des tuiles, des monnaies d'or et d'argent, des groupes de pierre et un médaillon de bronze emporté hors de la contrée. On ne se rappelle pas le nom de l'empereur dont il portait l'empreinte.

Un poème de Sidoine Apollinaire, intitulé Propemticon, est venu compliquer les incertitudes. Ce savant prélat adresse son livre à ses amis, et, le personnifiant, lui indique la route qu'il doit tenir pour se rendre d'Avitacum, sa campagne (auprès de Clermont), a Narbonne, par le Gabalum (le Gévaudan). De Brioude (Brivas), 2e station, voici la route qu'il lui trace:

 

Hinc jum dexteriora carpis arva

Emensus que jugum die sub uno

Flavum craslinus aspicis Triobrem;

Tum terrum Gubalum satis nivosam (3° station)

Et, quantum indigenae volunt putari

Sublimtm in puteo videbis urbeus

.

De là tu traverses les campagnes à ta droite, et ayant franchi en un jour le sommet de la montagne (la Margeride), le lendemain tu aperçois la Truyère aux eaux jaunissantes; puis tu verras la terre des Cabales assez souvent couverte de neige, et du sommet où tu seras placé tu apercevras dans un enfoncement une ville prééminente, selon l'opinion de ses habitants.

De ces indications on a conclu que la ville importante dont le nom est ignoré et qui apparaissait comme dans un puits , des sommités de la Margeride , n'était autre que Gabalum ; qu'il fallait placer là, la capitale des Cabales, et non à Javols, ville qui en est peu éloignée, à cinq lieues de Mende, et dans laquelle se trouvait le siège épiscopal avant que cette dernière cité le possédât; d'ailleurs, la distance de Brioude à Mende était trop considérable pour être franchie en une seule journée. Gabalum a été détruit par un cataclysme inconnu; les constructions élevées sur son emplacement et au milieu de ses ruines en ont pris le nom. Telle serait l'origine du bourg de Ruines.

Cette opinion, comme on doit le penser, a été controversée. M. l'abbé J.-B.E. Pascal, dans une étude géographique ancienne du pays de Gabalum en Gévaudan, envisage sous un point de vue différent le poème d'Apollinaire, en ce qui concerne la Lozère. «  Dans les paroles du poète, dit-il, faut-il absolument que la ville dans un puits soit sur la Truyère? Nullement; car le livre voyageur ne verra cette cité qu'après avoir aperçu : 1° la Truyère; 2° le territoire gabalitain, et, après avoir découvert cette terre assez neigeuse, il voit la ville au fond d'un puits. » Il est largement permis, d'après le texte de l'auteur, de voir le livre s'éloignant de la Truyère, parcourant le territoire du Gabalum en dirigeant sa marche du nord au sud, et arrivant sur les hauteurs qui dominent la ville de Mende; enfin, dans cette cité, celle que le livre voit comme au fond d'un puits, sur les bords du Lot Il est d'ailleurs impossible de voir dans Javols une localité sise au fond d'un puits... De ce qui précède, suivant l'abbé Pascal, il résulte que le poème du Propemticon reste étranger à la ville de Gabalum ou Javols. D'autre part s'y trouve désignée, sans que son nom soit articulé, la ville du Mimate (Mende), bâtie dans un bas-fond et cernée de toutes parts d'une ceinture de montagnes qui la font apparaître comme au fond d'un puits. Le poète parle donc dans son 24e carmen: de la Margeride; 2° de la rivière de Truyère; 3° du Gévaudan; 4° de sa capitale, Mende. Notre étude a dû se borner à notre département. (Bulletin du département de la Lozère. n°s 31 et 32, juillet et août 1852.)

Il n'entre point dans nos attributions, et nous reconnaissons de plus notre insuffisance pour éclairer un point historique aussi obscur. Il nous suffit d'avoir indiqué la possibilité pour Ruines d'avoir été l'antique Gabalum. Ce qui parait certain, c'est qu'une voie romaine venant de la Margeride arrivait à lui ou près de lui; que là s'opérait une bifurcation, l'une des voies se dirigeant vers Javols, l'autre vers le Plomb-du-Cantal, en passant à la Cazelle, où l'on a découvert des antiquités romaines, et par le point culminant du Frau, entre les rivières d'Epie et de Jurol, Prat-de Bouc, la Tombe-du-Père, et qu'après avoir franchi cette langue de terre qui sépare les sommets des vallées de Brezons et de ta Cère, elle se bifurquait encore, allant, d'une part, vers le Mur-de-Barrès, de l'autre, vers Aurillac. (V. dans la Statistique l'article Paulhac.) Un camp et des fortifications établies par les Romains ont existé jadis sur le rocher des Costes; il n'en reste plus aujourd'hui que quelques vestiges, et quoique le rocher, en forme de pain de sucre, soit dans la commune de Clavières, il est assez rapproché de Ruines pour expliquer l'existence d'une voie romaine. En fait, il a existé dans cette contrée une ville importante, désignée sous le nom de Gabalum. Cette ville a disparu ; aux savants à trouver son emplacement, si Ruines ne lui a pas succédé

Le bourg actuel de Ruines est situé dans une plaine assez étendue. Il se compose , en quelque sorte, d'une seule rue, et quelques-unes de ses maisons sont éloignées les unes des autres.

On voit encore quelques ruines de l'ancien château. Ce vieux manoir offre des débris assez considérables. On distingue très-bien sa forme carrée et les larges fossés qui l'entouraient complètement. Les murs d'enceinte se prolongeaient du côté du bourg et en avant du château , de 150 mètres environ. On voit à cette distance une porte antique de forme ogivale, dans les montants de laquelle étaient pratiquées les rainures nécessaires au jeu de la herse. Une très-petite partie du corps de garde, au-dessus de la porte, existe encore avec ses deux canonnières; à côté de quelques restes du mur d'enceinte sont deux bassins de fontaine sculptés dans le genre de la renaissance ; inutiles aujourd'hui, ils gisent tristement sur le sol. Le château a deux entrées en ruines, trois tours rondes, un cachot et une oubliette où l'on ne pénétrait que par une ouverture ronde pratiquée au sommet de la voûte. Il devait y avoir dans l'intérieur du château une cour entourée par les bâtiments. Les quatre grosses murailles de ce château existent encore. L'extérieur de l'une des tours est bien conservé ; elle est recouverte en micaschiste. On ne voit plus qu'une faible partie du mur de refend. Le château est à l'extrémité du bourg, et quoiqu'il domine peu ce dernier, on y jouit d'une perspective très-étendue. Le presbytère et plusieurs maisons ont été bâtis dans son ancienne enceinte.

Il y avait à Ruines un chapitre collégial composé de six chanoines. Certaines rentes, dimes et autres revenus avaient été assignés pour leur entretien, soit sur la paroisse, soit sur les environs.

La ville de Ruines eut beaucoup à souffrir en 1458 et dans les années suivantes, des dévastations commises par les compagnies de pillards qui parcouraient ces contrée set rançonnaient les habitants. Cette même année, suivant l'abbé Teillard, les villes de St-Flour, de Brioude, de Blesle et de Langeac accordèrent 3,000 liv. au comte de Ribadro, capitaine originaire d'Espagne, pour qu'il fit sortir ses gens de Ruines et de Corbières qu'ils occupaient, et dans lesquels ils avaient mis garnison.

Nous avons vu aux comptes de St-Flour que cette même année encore, le capitaine de Ruines fut envoyé au Mur-de-Barrès pour traiter et accorder des marques que demandaient Jean de Bordeaux et autres de la garnison de Carlat.

Le château de Ruines fut surpris et occupé en 1590 par les huguenots. François d'Antil, baron du Ligonnès, homme puissant et officier distingué, en fit le siège à ses dépens en 1591. L'ennemi l'avait occupé un an. Il l’en chassa; mais il y fut tué.

Audigier dit que Ruines était une petite ville importante par le commerce qui y était concentré avant l'élévation de St-Flour. C’était un membre du duché de Mercœur, ainsi que Corbières qui en est proche.

Le président de Vernyes, dans son rapport à Henri IV, l’ énumère parmi les six villes de la prévôté de St-Flour qui avaient embrassé le parti de la ligue.

Le Sr de la Fillolée, capitaine du château de Ruines, fut tué en 1617, ainsi que son domestique, dans une querelle engagée avec le Sr Philibert de Lastic, seigneur de Sieujeac. Il fut remplacé immédiatement par François d'Antil.

Vers ce même temps, une troupe de bohémiens et de vagabonds se répandit dans le pays et commit beaucoup d'actes de pillage. La maison de M. Servant, alors notaire à Ruines, fut du nombre de celles qui souffrirent.

En 1640, la peste y fit de grands ravages ainsi que dans les environs.

La seigneurie de Ruines faisait partie du Dauphiné d'Auvergne, et fut donnée, en 1201, par le seigneur dauphin, à Eyme de Brossadols, en échange des terre» que celui-ci possédait à St-Ilpize. Nous venons de voir qu'elle relevait de la baronnie de Mercœur, et ses seigneurs en ont souvent pris le nom. Bernard de Ruines, chevalier, vivait en 1268; il était fils de Bertrand, seigneur en 120-4, et que l'on croit avoir succédé à Eyme de Brossadols. Delphine de Ruines, comme tutrice de ses enfants, prit, en 1294, pour fondé de pouvoir, Pons de Mercœur, dans un échange qu'elle fit avec les prêtres de St-Flour et le chapitre de Ruines, du village de Cabrespine, paroisse de Faverolles..

Jean, comte de Joigny, devenu baron de Mercœur, reçut en cette qualité, en 1522, l'hommage du chapitre pour divers villages qui relevaient de sa suzeraineté.

Robert Dauphin, seigneur de Ruines et de Corbières, fut témoin dans un acte de 1390. 11 fit don au chapitre de son four banal. Le même Dauphin donna, en 1428, à Bertrand d'Antil, seigneur de Ligonnès, la haute et basse justice de sa seigneurie.

Le château de Ruines appartenait, au commencement du XIV° siècle, à Béraud ll. comte de Clermont, et ensuite, en 1357, à Dauphine, sa mère. Charles de Bourbon, dauphin et comte de Clermont, le possédait eu 1442. Nicolas de Lorraine, baron de Mercœur, comme héritier de Renée de Bourbon, sa mère, en jouissait en 1329, ainsi que des mandements de Ruines et de Corbières. Ce château appartint ensuite et successivement aux barons et ducs de Mercœur.

Le prince de Conti en devint seigneur en 1720.

Le roi Louis XV avait acheté, en 1773, le duché de Mercœur pour en fan» l'apanage du comte d'Artois. Il revendit, en 1775, à François IV de Lastic, colonel des grenadiers de France, maréchal de camp, les mandements de Lastic de Ruines, de Corbière*, etc. Ils furent acquis en remplacement de la dot d'Anne Charrou de Menars, qu'il avait épousée en 1735, et comme il n'existait plus de bâtiments à Lastic, on répara quelques parties du château de Ruines pour en faire les greniers de ces baronnies. Or, comme cette vente ne comprenait que les dîmes, les rentes et le château, les seigneurs de Lastic perdirent les premières a l'époque de leur suppression, et le château délabré leur resta seul.

Ses ruines étant devenues la propriété du comte Joseph de lastic de Vigouroux. par suite de son mariage avec sa cousine, dernière représentante des Sieujeac, il les a revendues récemment à la commune moyennant 500 fr

La terre de Ruines avait été déjà démembrée, en 175.i, par le prince de Conti. François d'Antil. Charles de Podevigne de Grandval, Antoine Guérin, Falcon de Longevialle et Boffière de Chambarou se la divisèrent.

M. Podevigne de Grandval garda Ruines, les droits de leyde, péage, courtage et patronage, plus les villages de Beaulieu, Roussillon, la Decombe et les rentes des paroisses de St-Gal et de Vabres enclavées au prieuré de St-Michel et de St-Georges, celles du Morle et de Clavières.

M. d'Antil eut les rentes de Courtille, de Combechasse et autres.

M Falcon de Longevialle, les renies de Roussillon, Lafage, Censol, les Besscyres de Fabre, le Brugeyre, le Mignard, de Lorcières et de Chaliers, excepté le fief de Chambaron.

Le Sr Buffière de Chambaron, les rentes de l'Espinat, Maladel, Rouinonclos, la Bangeyre et la Besseyre do l'Air, Charmensac, Valadour, Lorcière, et ce qui se trouvait dans les paroisses de Faverolles, Bournoncles, et la justice desdits lieux.

En 1052, un habitant de Ruines fut surpris en fabrication de fausse monnaie. Il fut condamné à être pendu et exécuté sur la place.

Les villages et hameaux de la commune sont:

Beaulieu, village divisé en haut et bas, au nord du chef-lieu.

Beauregard, village Situé sur le plateau, près de la rivière de Truyère et de la route impériale n° 9.

Bourliette, village à l'ouest de Ruines.
Chassagnette, hameau.
Combe-Chalde, village.
Cromasse, village.
Gidour, village à l'ouest du bourg, près du chef lieu.

Ligonnès, hameau, ancien fief avec un château rapproché de Ruines. Avant l'époque où cette résidence fut privée de ses bois de chêne de la plus belle venue, de ses avenues et de ses longues allées, elle passait, à juste titre, comme la plus belle habitation de l'arrondissement de St-Flour. Les toits du château sont à la mansarde; mais sa construction par elle-même n'a rien de remarquable. La vue est très-étendue et très-variée. 11 a appartenu longtemps à uno famille de ce nom. Robert de Ligonnès avait épousé, en 1361. Marguerite de Chardonnat dont il n'eut qu'une fille, Dragonnette, mariée, en 1383, à Bertrand III d'Antil, qui devint ainsi seigneur de Ligonnès. Bertrand II d'Antil, son père, seigneur de Trémoul, fit bâtir le château de Trémoul en 1306. Cette forteresse prit ensuite le nom de Ventadour. Elle était en Gévaudan.

Le plus ancien des d'Antil connu est Guillaume, coseigneur de St-Haon, en Velay, marié avec Elisabeth de St-Haon, pour laquelle il rendit hommage de cette seigneurie au seigneur suzerain, en I26i>. Bertrand d'Antil obtint du roi, en 1415, la permission de fortifier le château de Ligonnès et d'y ajouter quatre tourelles. Nous avons vu à l'article sur St-Flour, que Jacques d'Antil, gouverneur de cette ville pour le roi, fit exécuter des soldats indisciplinés.

La famille d'Antil a habité le château de Ligonnès jusqu'à la révolution, et vint ensuite se fixer à St-Flour. Son habitation est aujourd'hui dans des mains étrangères. Cette famille s'était divisée en deux branches : l'aînée s'est éteinte, en 1845, à St-Flour, dans M. d'Antil, qui n'eut que deux filles. La branche cadette habite aujourd'hui la Bourgogne et compte deux représentants. Elle a eu huit de ses membres admis au chapitre de Brioude depuis 1550 jusqu'à 1774. Elle a fourni une chanoinesse, à Blesh;, avant 1787 ; des pages du roi, en 1735 et 1763. Son dernier représentant en Auvergne a été administrateur de l'hôpital de Saint-Flour.

On lit dans Audigier : « Le château de Ligonnès est situé dans la paroisse foraine de Ruines, au milieu d'un bois agréable. Il est à la maison d'Antil, qui l'a possédé quelques siècles.

Robert d'Antil, seigneur de Ligonnès, vivait en 1290. Jacques d'Antil, vers 1570, obtint quittance du droit do lods de la terre de Verdezun, en considération des services qu'il avait rendus au roi contre les huguenots, et la prise de Ruines où l'un de ses fils fut tué.

Martres (les), village sur la plaine, près de Beauregard. Ce nom indiquerait, comme les homonymes du Puy-de-Dôme, un événement relatif aux persécutions des premiers siècles chrétiens, ou quelque combat.

10° Molèdes (las), village qui domine la Truyère. En 1775 il était habité par Jean de Rochefort.

11° Morle (le), gros village qui formait, il y a peu d'années, une paroisse et une commune. L'église existe encore. Elle était sous le vocable de saint Antoine et dépendait de la Chaise-Dieu. Le fief du Morle appartenait, en 1576, à Reynaud de Pestels, et, en 1666, à Jean de La Rochette de Feuillerade. Il est situé sur le ruisseau de Roche.

12° Moulin-de-Guerlis ou de Guilly. hameau. Il a appartenu longtemps à la famille de Ligonnès.

13° Moulin de-la-Prade, hameau.

14° Moulin-de-la - Roche, hameau.

15° Moulin-de-Trousselier, hameau.

16° Prade-Basse (la), hameau.

17° Prade-Haute (la), hameau.

18° Roussitlon, village.

19° Salus, village.

20° Segnalause, village au milieu de la plaine.

21° Trailus, village ainsi nommé parce qu'il était divisé jadis en trois villages Aujourd'hui il en forme quatre : Traitus-le-Mas, Trailus-le-Mat, Trailus-la-Borie, Trailus-Lalo. Ce village est situé au nord du Morle; il dépendait de la commune de St-Gal et fut réuni à Ruines lors de sa suppression.

Ruines, comme chef-lieu de canton, a un bureau d'enregistrement, un gade de gendarmerie à pied, une justice de paix, un bureau de poste

Ses foires sont très-achalandées; elles ont lieu le 24 février, le 20 avril, le 6 octobre et le décembre.

Les terres cultivées sont assez productives, les prairies de bonne qualité. Une branche de la famille de Gueyffier, famille originaire du Languedoc, habitait Ruines, et l'un de ses membres figure encore dans un acte notarié de 1680. MM. de Gueyffier, qui possèdent le domaine d'AIloziers, près de St-Flour, appartiennent à cette branche. Nous ignorons s'il existait des liens de parenté entre elle et M Gueyffier de Talairat, ancien maire de Brioude. (Voir, le Nobiliaire d'Auvergne.)

On voit dans Chabrol : «  Le bourg de Ruines est un membre du duché de Mercœur. Robert Dauphin en portait le nom, et a pris ce titre dans le contrat de mariage de Béraud Dauphin avec Jeanne de Latour. Cette paroisse en entier est de droit de coutume du ressort de Riom. Son chapitre nomme lui-même ses membres. »

Suivant le pouillé de 1648, le prieuré de Ruines, uni au prieuré de l'abbaye de Cluny, était a la nomination de l'abbé de Marsillac.

Ruines fut compris d'abord pour une somme de 380 livres pour la ville]; 2° pour celle de 1.400 livres pour la foraine, dans la répartition de l'impôt de 1696 pour l'élection de St-Flour.