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TRANSLATION DES RELIQUES DE SAINT MARY.

 Il ne peut pas entrer dans notre plan de donner ici la vie de saint Mary et l'histoire des miracles opérés par son intercession. Ceux qui voudraient en prendre une connaissance plus complète, pourront consulter le père Dominique de Jésus (Histoire des saints de la Haute-Auvergne), et le recueil des Bollandistes qui ont publié la vie de saint Mary, d'après le manuscrit du XII° siècle qui était conservé dans les archives du monastère de Mauriac. Il nous suffira de constater que dès le XI° siècle le culte de saint Mary était célèbre dans toute l'Auvergne, et qu'il s'étendit dans les provinces voisines du Limousin et du Quercy. Vingt-sept églises, chapelles et autels lui furent dédiés ou consacrés. Il y en avait douze dans le diocèse de Clermont, onze dans le diocèse de St-Flour, une chapelle dépendant de l'abbaye de Bonnesaigne lui était dédiée en Limousin, une autre dans les faubourgs de Cahors, et une troisième à Villesèche, en Quercy. Un autel lui était consacré à St-Pierre-le-Vif-de-Sens.

Nous citerons parmi les églises du diocèse de Clermont où saint Mary était l'objet d'un culte particulier, l'église collégiale de St-Pierre-de-Clermont, Notre-Dame-du-Port de la même ville, St-Saturnin (Puy-de-Dôme), Orcet, Colamines, le Breuil. La chapelle du château d'Apchon était dédiée à St-Mary.

Dans le diocèse de St-Flour, les églises de St-Mary-le-Creux, de St-Mary-le-Plain, de St-Mary-de-la-Besseyre, la chapelle de St-Mary, près de Marcolès, lui étaient dédiées ; des autels lui étaient consacrés dans la cathédrale de St-Flour. a St-Julien-de-Brioude, à St-Julien-de-Fiz, à Molèdes, etc.

Les reliques d'un saint dont le culte était aussi répandu, attiraient dans le lieu où elles étaient vénérées un grand nombre de pèlerins, et, à ne considérer les choses qu'au point de vue purement temporel, ces pèlerinages donnaient lieu à des échanges, à un commerce d'autant plus importants que le nombre des pèlerins était plus considérable. C'est sans doute à ces réunions que nos foires les plus anciennes doivent leur origine. Elles se tenaient et se tiennent encore le jour de la fête du patron ou les jours suivants. Je pourrais en citer un grand nombre; je n'en nommerai que deux, celles de St-Géraud et de St-Mary.

L'auteur anonyme d'une vie manuscrite de St-Mary, écrite dans la première moitié du XVII° siècle, en parlant de sa fête, dit : « Qu'elle est non seulement célèbre en dévotion, mais encore illustre en une foire des plus belles et renommée de toute la province; car elle est abondante en toute sorte de denrées et marchandises de diverses provinces, voire les plus éloignées, et en la vente de toute sorte de bestail. » 

La translation des reliques de saint Mary est, après l'établissement du monastère, l'un des événements les plus importants dans l'histoire de notre modeste cité, et elle ne contribua pas peu, en son temps, à son développement et à sa célébrité. L'ancienne vie de saint Mary nous apprend qu'une noble dame, nommée Ermengarde, voyant avec peine qu'où ne rendait pas aux reliques de notre saint un culte assez solennel dans l'église de St-Mary-le-Creux, les fit transporter en grande pompe dans le monastère de Mauriac; elle assista elle-même à la translation, accompagnée d'un grand nombre de chevaliers.

Peu de temps après cette translation, on bâtit sur une colline qui domine la ville et que l'on voit de dix à douze lieues à la ronde, une chapelle dédiée à la Vierge et à saint Mary; elle fut consacrée par un évêque de Clermont, nommé Etienne, qui s'y rendit accompagné d'un clergé nombreux et de la noblesse du pays.

L'ancienne vie de saint Mary n'indique ni l'année, ni le siècle où la translation fut faite et la chapelle édifiée; on ne peut donc fixer qu'une date approximative; ne perdons cependant pas de vue que le manuscrit où ces deux événements sont mentionnés est du XII° siècle, et que l'auteur en parle comme de choses déjà anciennes.

Le père Dominique de Jésus a cru pouvoir attribuer la translation des reliques de saint Mary à Ermengarde de Rochedagoux, et fixer la consécration de la chapelle à l'année 1050.

Ermengarde de Rochedagoux appartenait à une noble famille; elle avait donne des biens considérables à l'église; elle vivait du temps d'Etienne V, évêque de Clermont. Un évêque de ce nom avait consacré la chapelle du Puy-St-Mary. Le rapprochement de ces faits certains semble justifier la conjecture ingénieuse du père Dominique de Jésus, et il faudrait peut-être s'y arrêter si, dans le même siècle, il n'avait pas existé en Auvergne une très-noble dame du même nom, qui était contemporaine d'un évêque portant le nom d'Etienne.

C'était Ermengarde d'Arles et de Toulouse, femme de Robert 1er, comte d'Auvergne, et sœur de la reine Constance, épouse du roi Robert ; elle vivait à la fin du X° siècle et au commencement du XI°. Nous trouvons à la même époque deux évêques du nom d'Etienne : Etienne III, qui fut évêque depuis 1010 jusqu'en 1013, et Etienne IV, qui occupa le siége de Clermont depuis 1015 jusqu'en l'année 1024. La comtesse d'Auvergne méritait sans doute, mieux qu'Ermengarde de Roche Dagoux, la qualification de très-noble que lui donne la vie ancienne de saint Mary; et on n'est pas étonné que, lorsqu'elle fit opérer la translation des reliques, elle fut accompagnée d'un grand nombre de chevaliers (ingenti mullitudine militum). Une suite aussi brillante était plus en rapport avec la position d'une comtesse d'Auvergne, sœur de la reine de France, qu'avec celle d'une dame de Roche-Dagoux. On pourrait donc, à notre avis, reculer jusqu'aux premières années du XI° siècle la translation du corps de saint Mary et la construction de la chapelle qui lui fut dédiée.

Le corps saint reposait pendant neuf mois dans la chapelle de l'église du monastère. Le dimanche qui précédait le 8 juin, les religieux, suivis du peuple et du clergé, portaient la chasse dans l'église du Puy-St-Mary; elle y demeurait jusqu'au premier dimanche de septembre. Ce jour-là, le clergé de Mauriac, les curés et les habitants des paroisses d'Anglards, de Salins, du Vigean, de Sourniac, de Jalleyrac, d'Arches et de Chalvignac se rendaient en procession à l'église du Puy-St-Mary. Tous les ans, chacun des curés des sept paroisses y célébrait la messe à son tour el selon son rang. Le Saint-Sacrifice terminé, on prenait la châsse du saint, on la portait processionnellement dans la ville. Les religieux, de leur côté allaient au-devant de la procession jusqu'à l'église de Notre-Dame-des-Miracles; là , le curé de Mauriac remettait la châsse aux religieux qui la déposaient dans la chapelle du monastère , où les saintes reliques étaient vénérées de nouveau. Les cérémonies terminées, le trésorier du Monastère donnait à dîner aux sept curés ou vicaires des paroisses voisines, accompagnés chacun de deux hommes, dont l'un avait porté la croix et l'autre la bannière.

L'auteur anonyme que nous avons déjà cité parle en ces termes du culte rendu à saint Mary: « Les sacrées reliques de ce glorieux saint estant en la chapelle de la susdite colline, y sont souvent visitées, tant des habitants de la ville et paroisse que des pays circonvoisins Durant l'espace de trois mois qu'elles y demeurent, on y fait dire plusieurs messes les jours de feste, voire mesmes les jours ouvriers; on y fait d'ailleurs, pendant ce temps, plusieurs dévotions et divers dons, non seulement d'argent, mais encore de cire, de fromages et de grains. Les paysans, en outre, de la susdite paroisse de Mauriac ont accoutumé de s'assembler tous les derniers dimanches d'août, et chasque année, en ladicte chapelle, et y célèbrent en particulier une feste en l'honneur du saint, qu'on appelle la Feste des Pagis ou des Paysans , qui a toujours deuement continué tous les ans depuis l'institution d'icelle. »

Cette fête s'est maintenue ; célébrée avec moins de solennité, elle est demeurée la fête des villageois et a conservé son ancien nom.

Pour donner une idée de la foi des populations, je citerai un dernier passage de l'auteur anonyme de la Vie de saint Mary: « On avait accoutumé de poser la châsse des reliques de ce bienheureux confesseur, en entrant dans la chapelle et sortant d'icelle durant les processions , sur une grande pierre qui estait près de l'entrée du chœur, du costé gauche, qui a esté rompue et emportée à petits morceaux par la dévotion du peuple , d'autant qu'elle guérissait des fièvres et des douleurs de tête; et continue-t-on encore (l'auteur écrivait en 1644) toujours d'en ronger et emporter de petits lopins, les jours des célébrités et festes du saint, tellement qu'il n'en reste plus rien que ce qui est dans la terre; mesmes j'ai veu souventes fois diverses personnes, ès-susdits jours, qui tâchaient de reposer leur teste sur ladite pierre et de s'endormir sur icelle. »

La chapelle, consacrée au commencement du XI° siècle, avait été reconstruite; le chœur a été démoli il y a environ vingt ans. La forme de quelques nervures qui restent encore et l'écusson de la famille du Fayet de Latour, qui était sculpté sur l’une des clefs de la voûte, font présumer que cette reconstruction avait eu lieu vers le milieu du XV° siècle, par les soins de Guillaume du Fayet, trésorier en 1443.

En 1574, lors de la prise de la ville de Mauriac par les huguenots, le toit et les lambris de la chapelle du Puy-St-Mary furent détruits; l'autel seul était couvert. Elle demeura dans cet état pendant soixante-dix ans. Le toit et les lambris furent rétablis, en 1644, par dom Rupert Lavialle de Surgères, prieur du monastère.

Pendant la révolution, la chapelle fut vendue nationalement et transformée en une maison qui sert de taverne les jours de foire de St-Mary. Le buste du saint qui décorait l'autel a été sauvé et conservé par les propriétaires de l'ancienne chapelle. Chaque année, le jour de la foire, il était exposé à la vénération des fidèles. Il Y a doux ou trois ans, on s'aperçut que les offrandes, assez nombreuses encore, ne tournaient pas au profit du culte, et, par une mesure administrative qu'on ne peut que louer, la statue fut portée à la sacristie de l'église de Notre-Dame, où elle est encore.