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L'ÉGLISE DE N.-D.-DES-MIRACLES ET LA PAROISSE.

Nous avons déjà fait remarquer que, dans les premières années du XII° siècle, il y avait à Mauriac une chapelle dédiée à la Vierge, reconstruite dans le cours du même siècle sur un plan plus vaste; elle est devenue l'église de la paroisse.

Pour éviter des longueurs et des répétitions fastidieuses, je ne décrirai pas ici dans son ensemble l'église de Notre-Dame-des-Miracles. Cette description a été donnée, dans ce Dictionnaire, par MM. Durif et Mallay ; on peut la lire aux pages 371 et 432 de la 9' livraison. A l'époque où l'on s'occupa du classement de l'église de N.-D. parmi les monuments historiques, je rédigeai une notice descriptive qui fut publiée dans les Tablettes historiques de l'Auvergne, année 1842, et dans le Bulletin monumental de la même année. Elle a été depuis reproduite dans d'autres ouvrages, et notamment dans le Dictionnaire des Pèlerinages de l'abbé Migne. Un beau dessin du portail occidental a trouvé place dans les magnifiques planches de l'Ancienne Auvergne. Notre belle église est, comme on le voit, parfaitement connue et justement appréciée. Je me contenterai donc de donner les dates de quelques reconstructions partielles. La tour octogonale qui domine la coupole fut ornée, en 1383, d'une flèche qui fut rétablie en 1563. La tour fut, en partie, reconstruite en 1625

 

« Par le soin, travail et diligence

D'Antoine d'Anjolye, homme de suffisance ,
De courage, de sens et de bon jugement.

………………………………………………………….
Ce qu'il fit aux dépens et des propres moyens

De tous les habitants et des paroissiens,

Qui s'employèrent tous d'affection et d'âme

Pour cest affaire saint, de la Vierge leur dame.

 

(Chronique en vers de M. Louis Mourguios,

 communiquée par M. Et. de Tournemine.)

 

Elle fut abattue dans la révolution par les ordres du conventionnel Châteauneuf-Randon. Elle a été rétablie sur les dessins de M. Mallay, architecte à Clermont, l'un des collaborateurs de ce Dictionnaire. La première pierre fut posée, le 25 juillet 1845, en présence des membres du conseil de fabrique. Cette reconstruction a été faite, pour les deux tiers, au moyen des fonds alloués par le ministre des cultes, et pour l'autre tiers, aux dépens de la fabrique. Les cultivateurs de la paroisse transportèrent les matériaux ; les bois de charpente et le droit de carrière de la pierre de taille furent donnés par des propriétaires et tenus à compte sur le tiers de la dépense à la charge de la fabrique.

Les quatre chapelles adossées aux collatéraux sont étrangères au plan primitif de l'église; elles n'ont rien de remarquable. Celle de Ste-Anne fut fondée en 1458, le lundi après la fête de Ste-Catherine, par Pierre Galauby, chanoine de Clermont et archiprêtre de Rochefort; celle du Sépulcre fut fondée en 1542; celle de la Nativité, en 1543, et celle des Fonds-Baptismaux, appelée autrefois de la Guioto, en 1544.

Les retables des autels de St-Mary et du Rosaire ont été faits aux frais de la communauté des prêtres, par les sieurs Vidal et René, sculpteurs à Aurillac; ils furent posés le 23 juin et le 22 octobre 1707. Les colonnes torses dont ils sont ornés ne sont pas sans mérite.

Je ne connais point l'époque précise à laquelle fut élevé le beau retable du chœur; ce fut, je pense, vers le milieu du XVIII° siècle. Quoique l'architecture de cet autel ne soit pas en rapport avec celle de l'église, il n'en est pas moins fort remarquable ; les quatre colonnes de marbre qui le décorent, ses lambris en marbre, ses corniches dorées lui donnent un aspect riche et imposant. La chaire, qui est du même temps, est aussi fort belle et d'un bon dessin, quoique un peu lourde.

La cuve des fonds baptismaux est ronde; elle est ornée de dessins et de moulures de l'époque bysantine; il serait à désirer qu'elle fût dégagée du mur auquel elle est adossée. Sculptée dans tout son pourtour, elle était destinée à être vue sur toutes ses faces. L'église de Mauriac possède quelques bons tableaux. Le plus remarquable représente les miracles de la Vierge. La tradition l'attribuait, par erreur, à Lesueur; un connaisseur fort habile et fort expérimenté croit qu'il est d'un élève de Van-Dyck. Les armoiries que l'on voit au bas de ce tableau prouvent que c'est un ex-voto. Avant la construction du retable, ce tableau était placé au maître-autel. La chronique rimée de Mourguios en parle en ces termes:

 

« Mais quant à celui-là, de nostre aimable et bonne

Dame, maîtresse, mère et fidèle patronne ,

Qui est au grand autel du temple paroissien ,

Il fut fait, et son cadre à Paris, pour le bien

Et la dévotion de la susdite ville ,

En l'an quarante-trois après six cent et mille,

Aux frais et coûts des sieurs du Tillet, gens pieux ,

Et grandement dévots à la Reine des cieux ,

Qui daignèrent douer et illustrer icclle

D'une si riche image en peinture si belle;

Marque de leur ferveur et sainte charité,

De leur munificence et rare piété.

Le Sr de Bonnefon (1), fils premier né d'Elie ,

Personnage dévot à la vierge Marie ,

Et docte, obtint ce don et bien des susdits sieurs,

Qu'il avait en sa charge, estant ses auditeurs. »

 

(1) Jean de Bonnefon, secrétaire du roi, tut, pendant trente-six ans, intendant de messire Charles Girard, marquis du Thiltay, président de la chambre des comptes de Paris, qui lui légua, par son testament du 2 septembre 1666, la somme de 18,000 livres pour ses bons services et lui tenir lieu de récompensa d'iceux et appointements, dont il ne luy a donné aucune chose depuis quinze ans.

Il ne parait pas qu'il ait été marié. Par son testament du 20 juin 1666, il légua à Pierre Bonnefon, son frère, docteur en médecine, la somme de 15,000 liv. à prendre sur le prix de l'office de secrétaire du roi.

 

 

Les tableaux de Tobie, des quatre Evangélistes et de saint François-d'Assise ont été donnés par M. Grasset, ancien maire de Mauriac. Celui de la résurrection du Lazare fut donné par le gouvernement, vers 1842, sur la demande de M. Salvage, alors député.

Le culte rendu à Marie dans l'église de Mauriac est depuis longtemps célèbre.

En 1317. Bernard VII, de La Tour-d'Auvergne, fait vœu d'aller en pèlerinage à N.-D. de Mauriac, et en cas où il mourrait sans avoir rempli ce vœu, il chargea son fils de l'accomplir.

Depuis une époque fort reculée, un cierge brûlait nuit et jour devant l'autel de la glorieuse vierge Marie. Cette coutume s'était en partie perdue, et le cierge n'était plus allumé que pendant la nuit. Par acte du 18 mars 1510, frère Salomon dels Fraissis (de Fraxinis), doyen de Mauriac, chargea le cellérier du monastère d'entretenir à perpétuité un cierge allumé pendant le jour devant l'autel de Marie. Il défendit de faire plus de douze cierges d'une livre de cire. Il donna, pour l'entretien de cette fondation, des rentes sur l'affar de Sartiges, le Vigean-Soubro, le Prat, commune de Jalleyrac, etc. Une sentence du bailliage d'Aurillac, du 12 janvier 1634, condamna les religieux à entretenir jour et nuit une chandelle ardente devant l'image de N.-D. de la paroisse. Celte sentence fut confirmée par un arrêt du parlement de Paris, du 31 janvier 1660.

En l'année 1483, les notables habitants de Mauriac et des environs fondèrent à perpétuité, en l'honneur de la Vierge, une messe haute qui devait être célébrée tous les jours de chaque semaine au maître-autel.

Le 14 octobre 1716, l'official de Clermont rendit une sentence par laquelle il ordonna que les prêtres communalistes continueraient de chanter chaque jour  la messe de Nostre-Dame accoutumée estre célébrée dans ladite église, à haute voix, avec diacre et sous-diacre, laquelle sera dite par l'hebdomier, privativement au vicaire perpétuel et son secondaire. Et sera ladite messe célébrée le dimanche avant la messe de paroisse, dont l'heure demeurera fixée, depuis Pasques jusqu'à la Toussaint, à sept heures, et depuis la Toussaint jusqu'à D Pâques, à huit heures.

Les évêques Thomas du Prat, en 1528; Louis d'Estaing, François de Bonal, approuvèrent l'office spécial de N.-D.-des-Miracles, et accordèrent des indulgences aux fidèles qui prennent part à la fête.

L'église de Mauriac a été récemment l'objet d'une faveur spéciale. Par un décret donné à Rome la veille des kalendes de janvier 1854, le souverain pontife a délégué Mgr Lyonnet, évêque de St-Flour, pour couronner en son nom la statue vénérée de N.-D.-des-Miracles.

Par un induit daté de Rome, le 24 avril 1855, notre Saint-Père le pape Pie IX a accordé à perpétuité une indulgence plénière à tous ceux qui visiteraient l'église de N.-D.-des-Miracles, le jour de la fête ou pendant l'Octave, et qui y recevraient la communion. Une indulgence de deux cents jours est accordée à ceux qui assisteront à la fête ou qui visiteront l'église pendant l'Octave. Aussitôt que la nouvelle des grâces si abondamment départies à notre église fut parvenue dans nos montagnes, les populations de la ville et des campagnes furent profondément émues. L'élan était général, l'enthousiasme universel; une souscription fut ouverte pour offrir à la Vierge un manteau et un voile dignes de sa brillante couronne. Chacun voulut concourir à cette œuvre ; le pauvre montra autant d'empressement que le riche; on demandait à tous, aucun ne refusa.

Le conseil de fabrique avait depuis longtemps le projet de compléter la décoration de l'église de N.-D., en la faisant orner de vitraux peints. Il avait reculé quelque temps devant une dépense considérable ; mais toute hésitation cessa, et le jour où le couronnement eut lieu , les vitraux sortis des ateliers de M. Emile Thibaut, de Clermont, étaient déjà posés.

Le 15 mai 1855, jour de la fête patronale, Mgr l'évêque de St-Flour, délégué apostolique, assisté des évêques de Nevers et de Tulle et d'un nombreux clergé, couronna la statue vénérée en présence de M. le préfet, de M. de Parieu, député; de plusieurs hauts fonctionnaires, de toutes les autorités locales et d'un immense concours de fidèles venus de toutes les parties du département du Cantal et des départements voisins. Il fut dressé procès-verbal de cette cérémonie pour en conserver le souvenir, et aussi pour témoigner à Mgr Lyonnet la reconnaissance de la cité.

La fête de N. D est célébrée à Mauriac avec une pompe et une solennité sans égales dans le diocèse. Le salut, surtout, excite l'admiration et fait naître les plus douces émotions. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer une description de cette touchante cérémonie, due à la plume élégante et exercée de M. l'abbé Delteil, professeur de rhétorique à Mauriac, auteur d'une fort bonne notice sur la fête et le pèlerinage de N.-D.-des-Miracles.

« La vaste église a déployé toutes ses magnificences; elle rayonne de lumières; le trône de la Vierge s'élève au centre de la croix latine ; le concours des fidèles est immense. Des émotions pures comme la reine de la fête, enivrantes comme une belle soirée de printemps, remplissent tous les cœurs, débordent et se propagent par une heureuse contagion. Le signal est donné; l'officiant, précédé de sa nombreuse assistance, fait le tour de l'église, au moyen d'un passage qu'on lui ménage à grand'peine, à travers la foule compacte, pour se rendre à son siége en face du trône de Marie. Quand chacun est à son poste, quand l'œil embrasse d'un regard l'ensemble de la cérémonie, oh ! Alors, comme l'a dit une bouche d'évêque, le spectacle n'est plus de ce monde. Ce clergé si nombreux, ces légions de beaux enfants que la piété et peut-être l'innocent orgueil des mères s'est plu à parer des livrées angéliques, ces ailes, ces flambeaux, ces voix enfantines qui se marient avec les voix pleines et graves des chantres, ce concert de louanges et de prières qui se poursuit entre les tribunes et les assistants du trône de la Reine des miracles, ce bonheur qui brille dans tous les yeux et fait battre doucement toutes les poitrines, tout vous enchante et vous ravit hors de vous-même; c'est un charme, une extase véritable; les heures passent comme des instants. La bénédiction solennelle du Saint-Sacrement termine cette cérémonie qui ne peut guère avoir que son égale ici-bas. Chacun se retire pénétré et comme embaumé d'un parfum de céleste béatitude. »

Dans un placet présenté au roi par les prêtres communalistes de Mauriac, vers l'année 1760, ils exposent que jusqu'au XV° siècle il n'y a point eu de curé dans l'église de Mauriac, le cellérier du monastère en faisait les fonctions. Il est aujourd'hui difficile de vérifier l'exactitude de cette assertion; ce qu'il y a de certain, c'est qu'avant cette époque on ne trouve pas dans les copies de titres qui sont parvenues jusqu'à nous, le titre de curé donné à un ecclésiastique de l'église de Mauriac ; mais le chapelain de l'église de Notre-Dame est mentionné dans la chronique de St-Pierre-le- Vif et dans plusieurs actes du XIII° siècle. Il en est un dont la copie nous a été conservée par dom Verdier-Latour (Bible de Cler mont), dans lequel ce chapelain est désigné d'une manière indubitable; il est du 17 des kalendes de septembre 1261 ; c'est une reconnaissance consentie par Guillaume de Tournhac, en faveur de Pierre de Vigero (peut-éte Vigoro): elle est faite sous le sceau de Guillaume Guitard, prêtre tenant la place du chapelain de l'église de Ste-Marie de Mauriac pendant la vacance de la chapellenie, en présence de Géraud de Domis, prêtre, chapelain de l'autel de Ste-Marie du monastère, de Maurin de Salzines, chapelain du monastère, et de Guillaume de Domis, chapelain du Puy-St-Mary. Dom Verdier Latour donne la description suivante du sceau du chapelain de N. D. « Le sceau porte une sainte vierge tenant l'Enfant-Jésus entre ses bras devant un homme à genoux ; il y a de l'écriture illisible autour du sceau. »

En 1274, Jean Laromets, chapelain de Mauriac, est nommé tuteur dans le testament de M. Pierre de Transmons, médecin, de Mauriac.

Au XV° siècle, le titre de vicaire perpétuel ou de curé a remplacé celui de chapelain.

Les chapelains exerçaient-ils les fonctions curiales? C'est possible, quoique cela soit contestable; mais il n'est pas douteux qu'elles étaient remplies par les vicaires perpétuels; le titre qu'ils portaient en est la meilleure preuve.

Le doyen du monastère était le curé primitif de la paroisse. Dans l'origine, le curé primitif jouissait de tous les revenus de la cure, qu'il faisait desservir par un vicaire auquel il donnait une certaine portion des fruits ou une pension pour sa subsistance, qu'on appelait portion congrue. Le curé de Mauriac recevait du doyen ou du monastère 22 setiers de froment et 10 livres d'argent pour sa portion congrue. Plus tard, conformément à une déclaration du roi, de juillet 1689, elle fut réglée à une somme de 450 livres. Le curé ou vicaire perpétuel était nommé par l'évêque, sur la présentation du doyen. Le monastère jouissait des droits de la marguillerie; mais il était obligé de fournir ce qui était nécessaire aux frais du culte. Par une transaction du 21 décembre 1667, les religieux se démirent en faveur des curé et prêtres de tous les profits et émoluments appartenant au monastère, pour raison de la sacristie de l'église de N.-D. Ladite démission ne s'entendant que des profits journaliers et droits casuels, et le monastère s'obligea à payer annuellement aux curé et prêtres une rente de 240 livres non rachetable.

Il y avait dans l'église de N.-D. une communauté de prêtres qui existait dès le XII° siècle. En 1170, il fut fait une fondation au profit de la communauté des prêtres de Mauriac; il en fut fait une autre en 1266. Dans son testament déjà cité, Pierre de Transmons, médecin, légua à la communauté des prêtres de Mauriac, pour son anniversaire, vingt deniers de rente qu'il avait acquis de Guillaume de Melet, damoiseau. Ces fondations se multiplièrent pendant les siècles suivants. En 1517, en 1577, en 1582 , en 1616, les prêtres filleuls de l'église de N.-D. furent compris en commun dans les rôles des décimes. Ils faisaient toutes les fonctions et exerçaient tous les droits des communautés. Tous les jours ils chantaient l'office canonial, assemblaient des chapitres, comme cela se pratique dans les églises collégiales, et même infligeaient des peines à ceux dont la conduite pouvait se relâcher. (Placet au roi.)

En présence de ces actes multipliés, de cette possession de plusieurs siècles, il semblait que le droit de former une communauté ne pouvait pas être contesté aux prêtres filleuls de l'église de Mauriac. C'est cependant ce qui arriva, et un arrêt du parlement, de 1720, déclara qu'ils ne formaient pas une communauté, et leur en enleva toutes les attributions; nous dirons plus loin à quelle occasion cet arrêt fut rendu et par qui il fui provoqué.

Jusqu'au milieu du XVII° siècle, il ne paraît pas qu'aucun débat fût survenu entre le doyen et les religieux d'une part, et le curé et les prêtres communalistes de l'autre, au sujet de leurs droits respectifs; du moins, il n'en est pas resté de traces. Mais, à partir de cette époque, des contestations nombreuses s'élevèrent entre le monastère et l'église et se perpétuèrent pendant près d'un siècle; elles avaient presque toutes pour objet des droits honorifiques, que les religieux voulaient exercer et qui leur étaient déniés. Lorsque la réforme de St-Maur eut été établie au monastère de Mauriac, les religieux réformés sentirent la nécessité non seulement d'assurer le recouvrement des revenus du monastère, de rétablir les bâtiments qui tombaient en ruine, mais encore d'exercer les droits honorifiques qu'ils pouvaient avoir, et de faire revivre ceux qui étaient tombés en désuétude. Eu 1649, dom Gautrean était prieur du monastère; Pierre Pommeric était vicaire perpétuel. Le jour de la fête de N.-D.-des-Miracles, le prieur, suivi des religieux, voulut célébrer la grand'messe à la paroisse; le sermon devait être prêché par un religieux; la messe était commencée lorsqu'une scène scandaleuse, qui n'aurait été que plaisante ou ridicule ailleurs, mais qui était fort grave et très-inconvenante dans le lieu et les circonstances où elle se passait, vint troubler le service divin. Au moment où le religieux gravissait les degrés de la chaire, on le tira violemment par le froc et par les pieds, et on l'aurait étranglé et fait tomber par terre sans quelques-uns des assistants, lesquels auraient fait cesser ces violences. Les autres néanmoins continuaient le tumulte et scandale, proférant plusieurs paroles injurieuses contre ledit prédicateur et autres religieux,

mesme contre le prieur célébrant, auraient fait sonner toutes les cloches et  trompettes, et battre les tambours avec un si grand bruit et désordre, que les religieux chantant la grand'messe ne pouvaient entendre le célébrant, ni le célébrant lesdits religieux chantants, jusques à ce que ledit tumulte ayant un peu cessé par plusieurs remontrances faites aux auteurs d'icelui et au peuple, ledit » célébrant aurait repris la sainte messe et continué jusques à l'offertoire, où  ledit prédicateur voulant commencer le sermon et demandant la bénédiction  audit célébrant, selon la coutume usitée de tous les temps, lesdites personnes » auraient excité un autre grand trouble et vacarme, faisant sonner toutes les cloches et trompettes, battre les tambours dans ladite église Par le moyen

dudit trouble et vacarme, le prédicateur n'aurait pu commencer la prédication, ains auroit esté obligé de descendre de la chaire, et le célébrant contraint de discontinuer le chant de la grande messe et la parachever à basse voix avec beaucoup de peine et d'interruption. ( Copie contemporaine du monitoire de Joachim d'Estain , évêque de Clermont.)

Le curé et les communalistes qui, dans cette circonstance, étaient d'accord avec lui, étaient parvenus à empêcher les religieux de prêcher, droit qu'ils leur contestaient; mais ce succès avait été obtenu par la violence, et, comme tous les succès de ce genre, il ne pouvait pas être de longue durée. Des ecclésiastiques et des laïques avaient pris part à ces voies de fait condamnables. L'évêque de Clermont fut saisi de l'affaire; il adressa un monitoire à tous les curés, vicaires et prêtres de son diocèse pour qu'ils eussent à contraindre, sous peine d’excommunication, tous les témoins de cette scène déplorable à faire leur déclaration devant Me Chaumeil, notaire royal à Mauriac, dans les six jours â partir de la publication du monitoire. Il paraît que la cause des moines était peu populaire; ils avaient, en effet, exposé à l'évêque qu'ils ne peuvent avoir preuve que par censure. D'une autre part, les laïques avaient été traduits devant la juridiction criminelle. On fit grandes informations et plaintes de part et d'autre, avec plusieurs sommations et adjournemens; le procès fut porté en la Cour de Parlement de Paris pour être jugé en toute rigueur. Mgr l'évêque d'Aulonne, suffragant de Mgr l'évêque de Clermont, supplia le révérend supérieur de la congrégation d'agréer qu'il fust l'amiable compositeur de toute ceste dispute, ce que luy ayant fort volontiers accordé; le révérend père prieur et le vicaire (M. Pomerie, curé), se trouvèrent à Clermont, comme il les en avait priés par  lettres, où il donna sentence aux parties le 1er jour du mois de février 1650. (Hist. ms. du monastère, par dom Laurent) Le curé , se croyant lésé par cette sentence, s'en fit relever par des lettres royaux. Le procès allait donc reprendre son cours, lorsque le prieur et le curé transigèrent par un acte authentique du 22 octobre 1650. Il fut convenu que le prédicateur de la fête de N.-D.-des-Miracles serait nommé alternativement par chaque partie. Non seulement on reconnut au prieur, en l'absence du doyen, le droit de célébrer la grand'messe chantée et officiée par les religieux et les prêtres, mais encore ces derniers et le curé s'obligèrent à aller processionnellement à l'église du monastère et retourner ensemble, avec lesdits religieux, commencer la procession à l'église paroissiale, à la fin de laquelle le supérieur dudit monastère ou autre des religieux, en son absence, donnerait la bénédiction. (Extrait de la transaction.)

Dom Laurent dit que, dans cette transaction, le père prieur relâcha beaucoup de son droit » en consentant à ce que la nomination du prédicateur fût alternative. Sauf ce point, la suprématie du monastère avait été reconnue. Le curé n'était plus que l'inférieur du doyen et des religieux ; il était leur vicaire, et ils étaient les curés primitifs. Ce dernier honneur n'était pas sans charges; Pierre Pomerie le savait. Il intenta trois procès contre les religieux : l'un à sa requête, pour faire fixer sa pension ou portion congrue; le second au nom de son frère Antoine Pomorie, au sujet d'un bénéfice appelé la vicairie de St-Benoit, et le troisième en son nom et en celui des prêtres communalistes, disant qu'à cause de l'office de cellérier joint à la mense conventuelle et comme sacristain de leur église, on était obligé à leur fournir le vin pour toutes les messes , et faire brûler un cierge nuit et jour devant l'image de Notre-Dame , dans leur église. Le père Rongier, qui avait succédé à dom Gautreau, se montra moins conciliant que son prédécesseur; il soutint les trois procès  contre vents et marées, et les perdit tous trois et les deux premiers avec dépens. On ne saurait dire, ajoute dom Laurent, le crédit que cela leur fit perdre (aux religieux) et les dommages qu'ils en ont reçus.

Vers l'an 1715, messire Antoine Gibert, docteur en théologie, vicaire perpétuel de l'église de Mauriac, était vieux et infirme. Les prêtres communalistes, qui avaient pour syndic M. Pomeyrol, cherchèrent à s'emparer des fonctions curiales, et à dépouiller le vicaire perpétuel des droits honorifiques et utiles de son église, et de ceux en particulier qui lui étaient dus comme vicaire du doyen; ils poussèrent si loin leurs innovations, que le curé se vit obligé de les poursuivre devant l'official de Clermont. Les religieux intervinrent dans l'instance pour y soutenir les droits de leur vicaire perpétuel; ils se plaignaient, en outre, de ce que les prêtres communalistes n'assistaient pas aux processions établies, et de ce qu'ils en établissaient de nouvelles, notamment celle de l'octave de N.-D.-des-Miracles, sans autorisation. Mais ce qui cause un grand scandale (disent les  religieux dans un mémoire présenté à l'official), c'est qu'ils ont érigé autel contre autel; ils ont fait ériger un autel dans la paroisse à l'honneur de saint Mary, et, le jour de sa fête, ils chantent depuis peu une messe solennelle, et font une procession après icelle, et font appeler une relique dudit saint: » Saint-Mary-le-Cadet, qui a supplanté l'aisné des moines.

………….Le jour de l'octave de N.-D.-des-Miracles, le sieur Pomeyrol se distingue par des nouveautés singulières : il fait faire une procession solennelle qui n'est point approuvée par Mgr de Clermont, fait officier et porter l'étole à un simple prêtre autour de la ville; il ne veut pas que le curé paraisse ce jour dans son église, jour qu'il appelle le triomphe de sa prétendue communauté. Les doyen et religieux s'opposent à cette procession, parce qu'il est porté dans la transaction (de 1650) qu'ils présideront à toutes les processions solennelles qui se feront à Mauriac.

Après diverses productions de pièces et une procédure fort compliquée, l'official rendit sa sentence le 16 octobre 1716; elle est fort longue et statue sur tous les chefs de réclamation ; elle contient un règlement qui détermine, d'une manière claire et précise, les attributions et les droits des prêtres et du curé, ainsi que les rapports qu'ils devaient avoir, soit entre eux, soit arec les religieux. Les prêtres obtinrent gain de cause au sujet de l'érection de l'autel de St-Mary et de la procession de l'octave de Notre-Dame, à condition néanmoins de représenter, avant le jour prochain desdites festes, la permission qu'ils ont deu  obtenir pour l'érection dudit autel et institution desdites processions ou d'en obtenir une nouvelle, et, à défaut de ce, ledit autel demeurera interdit et les processions supprimées. La qualité de communalistes n'avait pas été contestée aux prêtres filleuls devant l'official, et partout dans la sentence elle leur avait été maintenue.

La sentence ecclésiastique ne satisfit pas le curé; il en appela, comme d'abus devant le Parlement de Paris. Pendant l'instance, Antoine Gibert résigna ses fonctions curiales en faveur de Joseph Bonnefon, docteur de Sorbonne. Ce dernier pensa que le meilleur moyen de mettre un terme aux prétentions des prêtres filleuls et de prévenir de nouvelles collisions, était de leur contester leur qualité de communalistes. C'est ce qu'il fit avec un plein succès, et, en 1726, le Parlement rendit un arrêt portant qu'il y avait abus en ce qu’on avait donné aux prêtres filleuls la qualité de communalistes; leur fait défense de la prendre à l'avenir, et d'exercer aucun des droits dont jouissent les corps et communautés approuvés comme telles dans le royaume; leur interdit l'administration des biens et revenus de leur église; ordonne que ces biens seront régis par des marguillers

laïcs, avec le curé, à l'effet de quoi les habitants de Mauriac seront tenus de  s'assembler pour procéder à la nomination de nouveaux marguillers.

Cet arrêt fut mal accueilli dans la ville, et par une délibération du 21 juillet, les habitants déclarèrent qu'ils voulaient se pourvoir contre cet arrêt. Dans une autre assemblée, ils donnèrent une procuration unanime pour y former tierce-opposition; il parait qu'il n'y fut pas donné suite, et plusieurs arrêts du Parlement condamnèrent les habitants à nommer des marguilliers. Cependant, en 1752, ils reprirent leur tierce-opposition; ils la fondèrent sur l'intérêt qu'ils ont de diminuer les charges de leur ville et de voir jouir paisiblement leurs enfants d'un bien qui leur est affecté depuis tant de siècles et qui ne peut appartenir qu'à eux, puisque pour être admis dans le nombre des prêtres, il faut être né et baptisé dans la paroisse.

On comptait si peu sur le succès de cette opposition, que les prêtres filleuls adressèrent un placet au roi pour qu'il reconnût ou plutôt qu'il autorisât leur communauté. J'ignore quel fut le résultat de ces démarches ; je crois, cependant, qu'elles ne réussirent pas et que la communauté ne fut pas rétablie

La question des droits honorifiques fut soulevée de nouveau, alors que le curé avait recouvré toute son autorité. L'abbé de Sers, doyen du monastère, qui ne redoutait pas les procès, fit notifier, le 7 mai 1731, à M. Bonnefon, curé, que le 9 du même mois, jour de la fête patronale, il irait faire l'office dans l'église paroissiale, conformément aux anciens usages. Cette notification fut faite par Me Soustre, notaire. La réponse du curé ne se fit pas attendre; le même jour, et devant le même notaire, il contesta le droit du doyen, soutint qu'il n'était pas curé primitif, et lui fit défense de venir le troubler dans son église.

Le curé et le doyen s'en étaient remis à la décision de l'évêque de Clermont; mais celui-ci n'ayant pas statué, le 7 mai 1735 le doyen déclara de nouveau, et cette fois par un acte d'huissier, qu'il irait officier le jour de la fête patronale. Nouvelle opposition de la part du curé, signifiée dans la journée par un huissier. Nonobstant cette opposition, le 9 mai suivant, l'abbé de Sers, suivi des religieux du monastère, de Bernardins et de Cordeliers, tous en habits sacerdotaux, se rendit à l'église paroissiale. Les religieux étaient si nombreux qu'ils occupaient le chœur tout entier, jusqu'à la première marche de l'autel. Il parait cependant que le curé parvint à y pénétrer et à officier. Les religieux, le doyen en tête, sortirent de l'église et firent la procession autour de la ville; mais ils ne furent suivis ni par le clergé séculier, ni par le peuple. Les scandales de 1649 ne se renouvelèrent pas, peut-être au grand mécontement du doyen, qui n'aurait pas été fâché que le curé se fut un peu compromis. Il n'en fit pas moins dresser un procès-verbal par ses officiers de justice, et il engagea immédiatement un procès contre le curé, au bailliage d'Aurillac.

J'ignore quelle fut l'issue de ce procès, et cela importe peu. La décision qui fut rendue, qu'elle ait été favorable au doyen ou au curé, n'ajouterait rien au tableau de mœurs qui est sous les yeux du lecteur. II suffit de savoir que des questions de préséances, de droits honorifiques, agitèrent pendant un siècle l'église de Mauriac, et qu'elles se prolongèrent alors que l'incrédulité commençait à se faire jour, et presque jusqu'à la veille de ce grand cataclysme qui devait engloutir dans le même abyme toutes les institutions religieuses.