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La commune de St Martin-Valmeroux aujourd'hui

Document tiré  du Dictionnaire Statistique du Cantal de Déribier-du-Chatelet  Edition de MDCCCLII  (1852) Volume 1/5.

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St-Martin-Valmeroux

Martin-Valmeroux (st). — La commune de St-Martin-Valmeroux fait partie de l'arrondissement de Mauriac et du canton de Salers. Sa direction est du nord-est au sud-ouest. Elle est bornée au nord par les communes de Drugeac et de St-Bonnet; à l'est, par celles de St-Paul et de Fontanges; au sud, par celles de St-Remy et de St-Chamand, et à l'ouest, par celles de St-Cirgues-de-Malbert et de Ste-Eulalie. Elle est arrosée par la Maronne et par les ruisseaux de Barbanel, de Branzelles, de Tallier, etc.

Le sol de cette commune est en partie primitif et en partie d'origine ignée. Dans lu vallée où coule la Maronne, on trouve de toute part le gneiss qui y est tantôt à découvert, tantôt recouvert par des détritus volcaniques détachés des hauteurs par les pluies et les orages; sur les versants des montagnes, on rencontre des tufs ponceux et des conglomérats trachytiques dont plusieurs contiennent des cristaux de pyroxène , et dans lesquels sont souvent enveloppées de grosses masses d'un trachyte gris-foncé qui renferment elles-mêmes du péridot; enfin , sur les plateaux et particulièrement dans la direction du hameau de Loubejac , on voit une coulée basaltique dont les prismes , d'une longueur et d'une régularité remarquables , sont supportés par un basalte fracturé dont les vides forment des grottes naturelles.

La flore en est des plus intéressantes pour le botaniste , et M. Mourguye y a reconnu, entre autres plantes, la calendula-arvensis, la saponaria-officinalis, la valentia-cruciata, le gallium verum, le lychmis-pratensis, la spirœa ulmaria, le lycopsi-arventis, l’achillea-mille-folium, la cardamina-pratensis, la valeriana-sylcestris-major, la veronica-beccabunga , l’heracleum-sponditium , de nombreuses chicoracées, des géraniums , des scabieuses , des plantains , quelques rumex et de nombreuses variétés de fougères.

Enfin, on y remarque, à une petite distance de St-Martin, sur la rive gauche de la Maronne et près de l'embouchure du ruisseau de Barbanel, une source d'eau minérale froide, limpide, inodore et acidule qui s'échappe du terrain primitif. Cette source, qui est connue sous le nom de la Font-Sainte et à laquelle on attribue de nombreuses vertus curatives, est très-fréquentée dans les mois de juillet et d'août.

Le territoire de la commune de St-Martin est généralement fertile : ses prairies et ses pacages , qui occupent une grande partie de la vallée, sont d'excellente qualité, et ses terres, situées sur le penchant des coteaux, sont également d'un bon produit, bien qu'elles soient un peu exposées aux érosions à cause de leur grande déclivité.

Sa surface est de 1,742 h. 44 a. 14 c., dont 1,682 h. 76 a. 24 c. de propriétés imposables qui se subdivisent ainsi qu'il suit : terres, 642 h. 21 a. 93 c. ; jardins, 22 h. 62 a. 45 c.; prés, 388 h. 6a. 59 c.; pâtures, 463 h. 15a. 89 c . ; forêts, 112 h. 27 a. 63 c.; terres vaines, 48 h. 7 a. 62 c.; superficies bâties, 6 h. 34 a. 11 c , et 59 h. 71 a. 18 c. d'objets non imposables.

Sa population est de 1,403 habitants, répartis dans un bourg, 7 villages, Chameaux et 215 maisons.

Elle est traversée par la route impériale, n° 122, de Toulouse à Clermont, et par la ligne d'intérêt commun de la Bastide à St-Christophe.

St-Martin-Valmeroux, son chef-lieu, est un gros bourg éloigné de 18 kil. de Mauriac et de 10 de Salers, et agréablement situé à la naissance de la vallée de la Maronne, qui lui a sans doute donné son nom de Valmeroux (vallis Maronnae). Il est généralement bien bâti. Son église ne date que du XIV° siècle; mais elle a succédé a une autre plus ancienne dont il est fait mention dans la charte attribuée à Clovis dans ces termes : « Dans la même vallée (de Maronne) est l'église de St-Martin , qui dépend du domaine; il y a trois métairies occupées par Hunauld et Hildegaire, serfs de St-Pierre; ils paient cinq sous de cens et une vache tous les cinq ans. » C'est un bel édifice, construit d'un seul jet et pour lequel on a employé le grand appareil (opus insertum). Elle n'a ni transept ni bas-côtés, mais seulement des chapelles latérales. On en remarque le portail, orné de cinq boudins en retrait reçus sur des colonnettes prismatiques triangulaires, et au tympan duquel on voit un bas-relief représentant saint Martin devant qui se prosternent un homme et une femme. Ses fonts baptismaux sont également dignes d'attention. On voit à l'extérieur de cette église et derrière le chœur des sculptures grossières, capricieuses créations des architectes de l’époque, représentant plusieurs sortes d'animaux, et, sur l'un de ses cotés, gravé en creux et en caractère du XV° siècle, le mot mial, dont il est a peu près impossible de trouver la signification, mais qui certainement n'indique pas l'époque de sa construction.

L'église de St-Martin avait titre de prieuré et jouissait dans l'origine de revenus considérables, qu'accrut encore, en 1527, une donation que lui fit, avec l'autorisation de l'évêque de Clermont, un Géraud de Ribier, prêtre de St-Martin, de tous ses biens, sous la seule condition d'y être enterré dans la chapelle dite de Ste-Marguerite; mais ce prieuré fut affecté par la suite au collège de Mauriac, qui en perçut les produits, laissant le curé de la paroisse à la portion congrue.

Ce bourg a possédé, au XVI° siècle, une communauté de prêtres de quelque importance; mais elle ne tarda pas à être supprimée. En 1637, Louise de Polignac. dame de Drugeac et veuve de François de St-Martial, essaya de la remplacer par un couvent de filles où elle réunit un certain nombre de religieuses, et Marguerite de la Tour du Gouvernet, religieuse de N.-D.-du-Rhône, à Viviers, qui concourut a cette tentative, obtint même, en 1649, de l'évêque d'Auzone, suffragant di Clermont, les lettres d'autorisation nécessaires pour la régularisation de cet établissement naissant; mais, par des motifs qui sont restés inconnus, il n'en fut pas fait usage ; la nouvelle communauté fut dissoute, comme l'avait été celle à laquelle elle avait succédé, et les religieuses qui y avaient été appelées allèrent se fixer définitivement à Mauriac.

St-Martin a été, pendant un certain nombre d'années, le siége du bailliage des montagnes d'Auvergne. Ce bailliage, créé comme on sait en 1288, par Philippe-le-Hardi, fut d'abord établi au château de Crèvecœur; mais on tarda pas à reconnaître que cette place, toute forte qu'elle était, ne présentait pas cependant assez de sûreté pour la garde des prisonniers d'Etat, à cause de son isolement, et le bailliage en fut retiré pour être transféré à St-Martin. II n'y fut laissé toutefois que peu de temps, et sous Charles VII, lors des guerres avec les Anglais, de crainte du pillage de ses archives, chose à redouter, en effet, dans cette localité ouverte et par conséquent exposée à un coup de main, on le transporta provisoirement à Salers, place murée et défensable. Il resta désormais dans cette ville, nonobstant les droits acquis de St-Martin et ses nombreuses réclamations. Il en demanda vainement la restitution lorsque le péril fut passé, et, tout ce qu'il put obtenir, ce fut que ses officiers viendraient chaque mardi y tenir une audience, et encore cette concession lui fut-elle retirée en 1564.

L'importance de St-Martin et sa situation sur la route impériale, n° 1123, l'ont fait doter d'une brigade de gendarmerie à cheval et d'une direction de poste aux lettres, bien qu'il ne soit pas chef-lieu de canton. Il possède six foires, fixées aux 2 janvier, 27 mars, 10 mai, 3 août, 26 septembre, 12 novembre, et un marché hebdomadaire qui se tient le mercredi.

La seigneurie de St-Martin a longtemps appartenu aux évêques de Clermont. Elle était considérable , et l'état suivant, qui comprend des hommages des XIII°, XIV° et XV° siècles, indique en outre un grand nombre de fiefs comme en dépendant en tout ou en partie.

 

FIEFS DÉPENDANT DE SAINT-MARTIN.

 

1° Pierre d'Albars, seigneur de Claviers, fit hommage a l'évêque de Clermont, en 1284, pour divers objets.

2° Guy de Salers lui fit le fief, en 1327, pour toutes les terres situées entre la Maronne et le ruisseau de Malrieux.

5° Géraud de la Charreyre de Chaussenac, en 1327, pour le village des Boys, qui n'existe plus.

44 Raymond d'Escorailles, en 1327, pour le château de Grossaldet, dans les environs de Moussages.

5° Aimery de Ribier, en 1330, pour un fief à St-Martin-Valmeroux.

6° Pierre de Tournemire, en 1331, pour un fief situé à St-Martin-de-Valois.

Pierre et Guy de Salers le firent, en 1331, pour la terre de Navaste.

Begot de Pleaux le fit, en 1332, pour Bourcenat, Chameyrac et autres lieux.

9° Raymond de Miramont, en 1340, peur le château de Miramont. 10° Guillaume Lafarge, pour les fiefs des Chaumeils, à Anglards, et de Soursac, à Méallet.

11° Bertrand d’Escorailles, chevalier, et Guillaume de Mauriac, seigneur de Miramont, lui firent hommage pour des rentes à St-Chamand.

12° Guy de Champs lui fit le fief pour une seigneurie située à St-Bonnet.

13° Raoul d'Escorailles, pour moitié du village de la Vigne, situé aux environs d'Ally.

14° Aimery de Tournemire, pour une seigneurie située à St-Bonnet.

15° Benoit de St-Christophe, Pierre de St-Bonnet, Hugues de Ribier et Guillaume Marion lui firent hommage pour des fiefs situés à St-Martin.

10° Guy de Navaste lui fit hommage pour un fief situé dans la ribeyrt de Claviers.

17° Pierre de Lagarde, pour un fief à St-Cernin.

18° Bernard de St-Bonnel, pour un fief à St-Bonnet.
19° Pierre de Nozières, pour l'affar de Nozières.
20° Rigal de la Tour, pour les fiefs de Vigier et de Chameyrac.
21° Rigal de Fontanges, pour un fief à Nozières et l'affar de Malasarte.
22° Robert d'Albars, pour un fief inconnu.
23° Guillaume de Nozières, pour le château de Nozières, près de Jussac, et pour le village du Bousquet, près de Prunet.

21° Guillaume de Tournemire jeune, pour les fiefs de Core, de la Rivière et de la Vergne, situés dans les environs de St-Chamand.

23° Aimery de Fontanges, pour Bourcenat.

26° Géraud de St-Cirgues, pour un fief situé à St-Cirgues.

27° Géraud de Montel, baron de la Roquebrou et de Carbonnières, pour son château et un grand nombre de villages. .

28° Gilbertie, femme de Durand de Montal, pour le château de la Roquebrou, le village d'Alquier et autres lieux.

29° Guilhelme, veuve d'Aimery de Fontanges, pour une maison à St-Cirgues-de-Malbert el le droit de construire une forteresse dans le même lieu.

30° Hugues de Fontanges, pour un fief situé à Cushal et des rentes à Tougouzes, Bazolles, Fau, etc

31° Guillaume de Sailhans, pour des terres situées au Falgoux et à Cheylade. 32° Le doyen de Mauriac, pour le village d'Angles, échangé pour moitié avec Besson, chevalier, de Marcenat. Il avait prix l'engagement de fournir deux perdrix a l'évêque lors de sa première venue à Mauriac, et de lui payer en outre six deniers.

33° Guy de Salers, pour la forteresse de St-Paul et pour ce qu'il tenait près de l'église du village de ce nom.

34° Raoul de Pleaux, pour plusieurs fiefs.

35° Jean de Fontanges, pour l'astrac.

36° Rigal de St-Christophe, pour des dîmes et de la cire à percevoir dans plusieurs paroisses.

37° Aimery de Murat-la-Rabe, pour un village.

38° Galienne, abbesse de Brageac , pour la ville de Brageac et ses appartenances.

39° Olivier d'Albars, pour la moitié de ce qu'il tenait au pont de St-Cirgues et pour d'autres lieux.

40° Pierre de Pleaux, pour ce qu'il tenait de l'abbé de Charroux, à Pleaux.

41° Beraud de Montal, pour divers objets.

42° Hugues de Fontanges, pour le repaire de las Vozeyras, lieu inconnu aujourd'hui.

43° Le vicomte de Ventadour, 1° pour le château de Charlus, avec ses appartenances; 2° pour Mauriac et ses dépendances; 3° pour Tel de; 4° pour le château de Miramont; 5° pour celui de Montclar; 6° pour Beauclair; 7° pour Marlat; 8° pour ce qu'il avait sur les bords de la Dordogne, du côté d'Auvergne, allant de Germont à St-Martin.

44° Béatrix d'Olliergues, veuve de Bertrand de la Tour et tutrice de ses enfunts mineurs, 1° pour le château de Savène; 2° pour celui de Rignac et pour tout ce qu'elle tenait depuis le pont de St-Thomas, du côté de Pleaux, de Salers, d'Apchon et d'Escorailles , en allant à Clermont; 3° pour le château de Fleurac et ses dépendances; 4° jour les maisons fortes de Madic, de Courdes, de la Coustade, de Monibrun et leurs appartenances; 5° pour le château de Claviers, avec ses dépendances , et pour ce que tenait Géraud, comptor de Saignes; 6° pour la ville de Riom, ses dépendances et les propriétés que le seigneur de la Tour avait à Saignes, à l'exception du château et de la ville, qu'il tenait du dauphin d'Auvergne.

45° Astorg de la Tour, pour le village de Tarrieux, situé aux environs d'Ally, et pour d'autres lieux.

46° Guillaume de Lagarde, pour un fief situé a St-Chamand

47° Henri, comte de Rodez, pour ce qu'il avait à Vie et à Polminhac.

48° Pierre de Montclar, pour Chastrenet, dans les appartenances de St-Bonnet.

49° Astorg de la Tour, pour ce qu'il avait à Barriac.

50° Hugues de Guilhem , pour la forteresse du Fayet, à Chamblat, et pour ce qu'il avait sur la rivière de Marlhoux.

51° Benoit de Marlat, pour ce qu'il tenait à Marlat.
52° Guillaume d'Albars, pour St-Cirgues.
53° Brun de Claviers, pour son fort du Fayet.

54° Hugues de Fontanges, pour Castrac, Cisterne, Nozières, Marlhac, Vedrines, St-Remy, Plagnes et autres lieux.

55° Ebles, vicomte de Ventadour, pour Charlus et autres lieux.

56° Foulques de Montalan, pour divers objets.

En 1566, le cardinal Salviati, évêque de Clermont, céda à la maison de Rilhac cette seigneurie, y compris le château qui consistait en une grosse tour carrée, située près de l'église et détruite aujourd'hui, et les fiefs et arrière-fiefs qui en dépendaient.

La famille de Rilhac doit son nom à un ancien château féodal, flanqué de plusieurs tours, qu'on voit encore dans le bourg de Rilhac, à une petite distance de la limite qui sépare le Cantal de la Corrèze, entre les cantons de Pleaux et de Servières. Elle est du Limousin par son origine; mais elle appartient à la Haute-Auvergne par ses constantes relations, ses alliances, ses possessions, le rôle important qu'elle y a toujours joué, et y figure a juste titre comme une des plus anciennes et des plus illustres maisons de la contrée.

Elle compte de nombreuses illustrations. Un Jean de Rilhac, qualifié de seigneur de Rilhac, de Nozières et de St-Martin-Valmeroux, fut chevalier de l'ordre du roi et grand bailli de Salers. Ses services sont constatés par de nombreuses lettres de Charles IX, de Catherine de Médicis, de Henri III, et Henri IV crut devoir les reconnaître à son avènement au trône par le don de la partie de la terre de Pleaux, dont les rois ses prédécesseurs avaient eu la jouissance. Un autre Jean de Rilhac servit avec distinction dans la compagnie de M. de Messillac, d'abord comme enseigne , puis comme lieutenant, fut décoré de l'ordre de St-Michel, devint grand bailli de Salers, en 1610, et fut député, en 1614, aux Etats-Généraux par la noblesse de la Haute-Auvergne. Enfin , un François de Rilhac fut chevalier de l'ordre du roi, grand bailli de Salers, capitaine de chevau-légers, maréchal-de-camp, el fut également choisi par la noblesse de la Haute-Auvergne pour la représenter aux Etats-Généraux qu'on se proposait de convoquer en 1649.

La famille de Rilhac conserva longtemps la seigneurie de St-Martin. Elle passa ensuite, par voie d'alliance, dans la maison de Robert de Lignerac, qui la possédait en 1715, puis dans celle de Bernl de Sédaiges, qui en a conservé la propriété jusqu'en 1789.

Toutefois, une partie de cette terre, qui portait le nom de baronnie de Puech-del-Chastel et dont le chef-lieu était un petit château situé a l'entrée du bourg de St-Martin, à l'arrivée de Drugeac, en fut constamment distincte, bien que possédée à titre d'arrière-fief seulement. Le plus ancien seigneur connu de la baronnie du Puech-del-Chastel est un Rigal de Marion, qui vivait en 1285. Sa famille en conserva la propriété après lui jusqu'au XVI° siècle, époque a laquelle elle s'éteignit, au moins sous le nom de Marion, et fut remplacée dans la possession de cette terre par la maison de Drugeac. Cette baronnie passa ensuite successivement, par voie d'alliance, dans la maison de Saluces, et puis, par voie d'acquisition, dans celle d'André de la Ronade, qui en a joui jusqu'en 1789.

Les villages et hameaux de cette commune sont les suivants:

Alary, hameau.

Ambials, village jeté sur les deux rives de la Maronne, et dont la partie située sur la rive droite appartient seule à la commune de St-Martin, tandis que celle qui occupe la rive gauche fait partie de la commune de Sainte-Eulalie. Ce village, dont il est fait mention dans la charte attribuée à Clovis, possédait autrefois un prieuré dépendant de l'abbaye d'Aurillac; il en reste encore la chapelle qui a été convertie en maison d'habitation. Les prieurs d'Auabials avaient des rentes et des propriétés dans la paroisse de Ste-Eulalie, de St-Martin et de St-Remy. Toute la partie du territoire de St-Martin qui en dépendait était du ressort d'Aurillac et était régie par le droit écrit; le surplus dépendait de Salers et était sous l'empire du la coutume.

Bournazels , village.

Branzelles, hameau. C'était un petit fief qui appartenait, en 1677, à Amable de Lort, lieutenant-général au bailliage de Salers. En 1774 il avait passé dans la famille Bertrandy, qui le possédait encore il y a peu d'années.

La Borie , hameau.

La Cayrie, hameau.

7° Champ-de-Guyot, hameau

La Chaux-de-Guittard, hameau.

La Chaux-de-Mourguye, hameau.

10° Chez Bousquet, hameau.

11° La Coste, village.

12° La Grange-Rouge , hameau.

13° Montjoly , hameau. Montjoly était autrefois un petit fief qui était de temps immémorial la propriété de la famille Desongles. Charles Desonglcs de Saint-Martin aliéna, en 1630, un petit domaine qu'il possédait a Prades, pour la construction d'une chapelle qu'il y fit ériger sous le patronage de saint Charles- et pour l'entretien d'un chapelain qui dut y donner la messe une fois par semaine. La famille Desongles, l'une des plus honorables et des plus distinguées du Cantal, a été longtemps connue sous le nom de Desongles-de-Courboulès, et porte aujourd'hui ceux de Desongles-de-Courboulès de-Montjoly,

14° Nozières, hameau. Il y avait autrefois à Nozières deux châteaux qu'on distinguait par les noms de Nozières-Soubro et Nozières-Soutro,

Le château de Nozières-Soubro, construit en 1316 et dont il reste une tour à demi ruinée, était le chef-lieu d'une seigneurie qui appartenait à une famille d'ancienne noblesse, dont les chefs se qualifiaient de seigneurs de Nozières. de Malemort, de Valens, de Valmaison, de la Vialle, de Coteughe et d'autres lieux en Haute et Basse-Auvergne. La souche commune de tous ceux qui l'ont composée a été un Guillaume de Nozières, qui vivait au commencement du xiv siècle. Après lui, Georges et Guillaume, second du nom. furent : le premier, en 1542, et le second, en 1365, propriétaires de la terre de Nozières; ils eurent pour successeurs Jean, premier du nom, et autre Jean, second du nom. Amaury de Mon toi, oncle maternel du dernier, lui fit don par son testament, daté du 20 mars 1472, de la terre de Malemort, en Limousin, sous la condition de prendre désormais le nom et les armoiries de la maison de Montal, et depuis cette famille porte le nom de Nozières-Montal, ou simplement de Montal. Cette modification dans ses titres et dans ses armes a jeté de la confusion dans son histoire et a occasionné de nombreuses méprises. Ainsi, c'est par erreur que Chabrol, et après lui de nombreux écrivains, ont attribué à un Gabriel de Nozières-Montal les actes de Gilles de Montai, baron de La Roquebrou, lequel, suivant Mezerai, fut tué en 1574, devant Miremont, d un coup de pistolet que lui tira Madeleine de St-Nectaire, ou, suivant de Huguet, mourut en 1576 des suites d'une blessure qu'il avait reçue à la cheville du pied, dans une rencontre à Rilhac, en Limousin, avec Henri de Bourbon-Lavedan qui rentrait à Miremont.

La maison de Nozières-Montal compte de belles illustrations, parmi lesquelles on doit citer Gabriel de Nozières, baron de Malemort, qui assista, en 1510, aux opérations de l'assemblée chargée de la rédaction de la Coutume d'Auvergne, fit la revue de la noblesse du haut-pays en 1357, et remplit, de 1524 à 1540, les fonctions de bailli royal des montagnes; et un autre Gabriel de Nozières-Montal, chevalier de l'ordre du roi, lieutenant-général et gouverneur de la Haute-Auvergne, qui rendit de grands services à la monarchie, soit en Languedoc, soit en Picardie, soit en Lorraine, pendant les guerres religieuses et sous les rois Henri II et Charles IX.

Joseph et François de Nozières-Montal, chanoines-comtes de Brioude de 1728 à 1780, ont été les derniers descendants de cette famille.

Le fief de Nozières-Soutro appartenait, dans l'origine, à la maison de Fontanges qui le possédait dès le XIV° siècle ; il passa ensuite successivement dans les familles de Rilhac et de Robert de Lignerac.

15° La Retortillade, hameau. Il appartenait, en 1692, à un sieur Sauvages, et devint plus tard la propriété du sieur Valette, de Salers.

16° Revel, hameau.

17° Salles, village.

17* Livraison, 1 1

18* Sallet, hameau.

19° Le Teil, village. Il est situé dans la vallée, sur la rire droite de la Maronne, et se compose de trois parties distinctes : la Prade, au couchant ; le Teil, au centre, et le Sépou au levant.

20° Trouchis, village situé dans la plaine.

21° Vedrines, hameau dont il est fait mention dans la charte attribuée à Clovis. Il a existé en outre sur le territoire de la commune de St-Martin quelques autres villages, entr'autres ceux de Filadie, de Plumars, de la Prade, de la Veyssière et d'Andrenat. Un singulier proverbe, conservé de génération en génération dans le pays, se rattache au souvenir du dernier, qui était assez proche de Montcelles, dans la commune de Ste-Eulalie, pour que les poules de l'un se permissent quelquefois d'aller déposer leurs œufs dans les poulaillers de l'autre. On est dans l'habitude de dire d'une femme sans ordre, ou d'une vertu douteuse, qu'elle ressemble aux poules d'Andrenat, qui allaient pondre a Montcelles. Sembla las poulas d'Andrenat ch'anavount poundré à Montcelles. Il reste encore des vestiges de la plupart de ces villages. Mais la ruine la plus importante qui attire l'attention dans cette commune, est sans contredit celle du château de Crèvecœur, située au-dessus d'une forêt, en amont de St-Martin et à l'aspect du nord.

Cette belle forteresse, dont la construction remontait à une époque fort reculée, était le chef-lieu d'une seigneurie royale. Elle devint, comme nous l'avons dit, le chef-lieu du bailliage des montagnes, en 1288. Elle était alors fort dégradée et il fallut y faire des travaux considérables, soit pour y réparer les ravages qu'y avait fait le temps, soit pour l'approprier à sa nouvelle destination. Il devint indispensable d'en faire de nouveaux dans le cours du XVI° siècle pour la sauver d'une destruction imminente, car elle était devenue inhabitable, et son concierge lui-même s'était vu réduit a l'abandonner pour s'aller loger dans une baraque qu'il avait élevée au milieu de la cour intérieure. Il n'en reste plus aujourd'hui que quelques pans de murailles trop insignifiants pour permettre d'en apprécier l'importance et la splendeur passées.

Les rois entretenaient un capitaine-châtelain à Crèvecœur. Arnail d'Espinals, en 1275; Pierre de Ribier, seigneur de Plagnes, en 1418; un membre de la famille de Roquemaurel, en 1516; François d'Escorailles, en 1690, et Annet d'Escorailles, en 1750, en ont successivement rempli les fonctions.

C'est dans les prisons de cette forteresse que furent renfermés, au XII° siècle, . Bernard de St-Mamet, Ségurat de Malégre et Falconel de Vais, brigands fameux, qui avaient longtemps dévasté les montagnes et que le bailli ne tarda pas à faire pendre.

 

ADDITION A L'ARTICLE DE SAINT-MARTIN-VALMBROUX.

 

La notice sur cette commune était à l'impression lorsque nous avons reçu un mémoire de M. Gély, instituteur. Nous allons en extraire ce qui suit:

Il existe de temps immémorial, à St-Martin-Valmeroux, un usage pieux, celui de distribuer une aumône le vendredi qui précède le jour anniversaire de la fête de son patron. Cette aumône fut instituée par la fervente piété de nos pères, en commémoration sans doute de colle que fit saint Martin, n'étant encore que catéchumène et soldat, de la moitié de son manteau à un pauvre presque nu qui se présenta grelottant devant lui, au milieu de l'hiver, a la porte extérieure d'Amiens.

C'est ainsi que sous cette ancienne porte, dont on voit les restes aux Célestins, nous le représente un tableau donné, en 1845, par M. le Ministre de l'intérieur à l'église de St-Martin-Valmeroux, sur la demande de M. Salvage, ancien député. Ce tableau est venu là fort à propos, au moment où elle allait tomber en désuétude, nous rappeler le but de l'aumône, en traduisant la plus éminente des vertus de saint Martin.

On ignore quand et comment a commencé parmi nous cette œuvre de piété et de charité. Comme le chêne, sorti du gland , ces faits providentiels ne prennent de la consistance qu'en se développant à travers les âges. Aussi, n'ayant d'analogie qu'avec l'archiconfrérie du St-Esprit, à Aurillac (V. la Siatist., p. 207), la confrérie de St-Martin est-elle sans document constatant son origine, comme toute œuvre du même genre?

Quoi qu'il en soit, cette origine est bien antérieure à 1665, date d'un extrait des arrêts des Grands-Jours, du ressort du présidial de Clermont, impliquant répression de certains abus à l'occasion de ladite confrérie. Ce n'est qu'à la longue que les abus envahissent une institution : ce qui est nouveau, on n'en abuse guère.

Ces arrêts portent, en outre, convocation du corps des habitants du lieu et paroisse de St-Martin, à l'effet d'y procéder à la nomination de deux bailes (point d'analogie avec l'élection au premier degré basée sur le suffrage universel, établie alors à Aurillac , voir la Statistique . p. 195), et injonction aux bailes sortant de charge d'exhiber, sous peine de 50 livres d'amende, leurs comptes et de les soumettre à la censure du commissaire nommé ad hoc. Ce commissaire était M. Jean Champflour, conseiller du roi et lieutenant particulier en la sénéchaussée et siége présidial d'Auvergne, à Clermont. (On le dit originaire de Bournazels, en notre commune.) Le baile choisi par la communauté des prêtres fut M. Joseph de Gaignac, curé; l'élu des laïques fut l'avocat Antoine de Puibasset. Copie de cet extrait a été déposée aux archives de la préfecture du Cantal.

Notre confrérie exista, non pour une classe d'ouvriers, comme cela se voit ailleurs dans les centres d'industrie, mais pour les fidèles de l'un et de l'autre sexe. Une indulgence plénière y est attachée à perpétuité. Les termes conditionnels de la bulle du pape Clément XIII qui, vu le but louable dans lequel elle avait été fondée, érigea canoniquement cette confrérie en 1768, font présumer la préexistence d'une autre bulle. Celle-ci, qui remonterait à une date plus rapprochée de la fondation ou plutôt de l'origine de cette confrérie, aura disparu, avec d'autres titres précieux, par suite des guerres de religion dont la Haute-Auvergne fut le théâtre, si ce n'est pour toute autre cause moins désastreuse; ceci semblerait résulter des termes de l'ordonnance de Mgr François de Bonal, évêque de Clermont, faisant suite au procès - verbal de sa visite pastorale, du 3 octobre 1779. En voici le résumé:

Les papiers de l'église étaient à la garde du curé seul, ce dont parut mécontent Mgr de Bonal. Aussi, par ordonnance du 6 du mois d'octobre 1779, rendue de Bragheac, prescrit-il la fermeture des papiers sous deux clés prohibitives, dont l'une entre les mains de M. le curé, et l'autre entre celles du premier rnarguiller, et sous peine d'interdiction de la confrérie, aux bailes de ladite confrérie qui seraient comptables, la reddition de leurs comptes devant le sieur de Bure, curé de Saint-Paul, commis à cet effet. En conséquence, quel grave désordre dans la tenue des archives! Que de titres adirés autant par incurie que par ignorance et par désastre!

Quant à l'organisation de ladite confrérie, je ne puis la mieux faire connaître qu'en citant ici, avec des notes, le compte-rendu ci-après; il est extrait de la notice de feu le docteur Mourguye sur l'église de St-Martin-Valmeroux, laquelle église il s'agissait de faire déclarer monumentale.

« .... Une confrérie est établie en l’honneur du saint; chaque confrère porte le nom de laissonnier. Deux chefs, appelés bailes, sont nommés et renouvelés chaque année. Les personnes les plus honorables de la commune remplissent cet office à tour de râle. Chaque confrère paie une redevance annuelle de trente sols et un liard (i fr. 51 cent. 25). Il est loisible à chacun d'eux de payer cette redevance en argent ou d'en donner l'équivalent en un quarton de seigle (1 décal. 3 lit. 50 c). Quelques confrères veulent avoir un pain blanc bénit, appelé livraison (liourosou], du poids de trois kilogrammes; ceux-ci paient leur laissonnage trois francs un liard (3 fr. 1 cent. 25). Ce paiement a lieu, à leur choix, en argent ou au moyen d'un quarton de blé (1 décal. 3 lit. 50 c). »

Le quarton devait être comble. Le liard servait autrefois à l'acquit des menues dépenses nécessitées par la collecte. On néglige aujourd'hui cette redevance supplémentaire.

Chaque année, les deux bailes font une quête dans un rayon de un à deux nryriamètres. Ils commencent leur tournée un mois avant la fête, inscrivent sur leur registre les personnes pieuses qui désirent faire partie de la confrérie, perçoivent le grain sur-le-champ, le rassemblent, le déposent dans des maisons de confiance.

Que ne perçoit-on, en même temps, le montant en argent des laissonnages non acquittés? On éviterait ainsi le danger de fictives souscriptions. — Les meuniers de la paroisse, entre lesquels était répartie la quantité de blé recueillie, se chargeaient du transport.

La collecte terminée, on fait moudre tout le grain, on en confectionne une grande quantité de pains bis (tourtes). qu'on distribue à titre d'aumône à tous les pauvres indistinctement, grands ou petits, vieux ou jeunes, des communes voisines, ou (aux pauvres) étrangers, le vendredi qui précède la fête. La distribution, qui commence à trois heures après-midi, est annoncée au son de la cloche. Une multitude incroyable de pauvres venus de toutes parts se pressent autour de l'église, el l'on prend des précautions pour qu'ils ne passent pas deux fois. Dans certaines années de disette, on a compté jusqu'à trois mille indigents. Chaque pauvre recevant une ration de pain du poids de trois kilogrammes, la distribution s'élevait alors au chiffre énorme de neuf mille kilogrammes.

Le jour de la fête et le dimanche suivant, jour de l’octave, les bailes se préoccupent du soin important de percevoir en argent le montant des laissonnages non acquittés en grain. Au moyen de cette recette, on paie les menues dépenses nécessitées par la collecte, on couvre les frais de l'aumône avancés par la fabrique, et, s'il y a excédant de recette, il tourne au profit de l'église.

Le vénérable curé Peuch, mort le 11 juillet 1815, en odeur de sainteté, avait eu soin de bien réhabiliter cette confrérie; aussi, de son temps , la collecte produisait-elle annuellement 5,000 fr.

Maintenant, remontons par la pensée à l'origine de cette pieuse institution, et tâchons de nous pénétrer de sa destination. Livré à ses propres réflexions à propos de paléographie, on risque de se fourvoyer dans un labyrinthe de conjectures, surtout en l'absence de documents qui, nouveaux fils d’Ariane, puissent aider à en sortir.

Probablement, les miracles dus à la présence dans notre église d'une portion des reliques de saint Martin, y auront attiré la vénération des fidèles de la contrée; il s'y sera fait, à cette occasion, un concours prodigieux de personnes de tout état, comme cela se voit encore, de nos jours, partout où se manifeste, à tort ou à raison, l'existence de quelque miracle. Ces reliques n'existent plus. D'autres reliques de saint Martin, provenant d'une portion de l'os qui se touve à Marcolès, sont dans un reliquaire d'argent, en forme de ciboire.

Saint Martin étant particulièrement !e patron des meuniers, boulangers, marchands de grains (V. la Statist , p. 195) et cultivateurs , de tous ceux en un mot qui s'occupent soit de la culture, soit de la manipulation ou transformation des grains, l'aumône a dû se faire dès le principe, non seulement en grains, mais en pain et surtout en pain bénit. (On en gardait des morceaux en guise d’amulettes. D'aucuns prétendent qu'il ne moisit pas et se conserve frais.) Il était donc essentiel de rétablir dans sa simplicité native cette belle et touchante institution de nos ancêtres, de lui redonner son ancien lustre en lui restituant sa physionomie primitive. C'est ce qui a eu lieu cette année-ci, à la grande satisfaction de tous, par suite d'une manifestation féminine, couronnée d'un plein succès

Je vais rendre compte de cette cérémonie, qui a été partiellement et pour ainsi dire providentiellement renouvelée, avec beaucoup d'élan , le vendredi 1 juillet 1856- (Voir ce compte-rendu dans la Revue du Cantal, du 17 juillet 1856.)

Suivant la tradition, les deux statuettes agenouillées que l'on voit prosternées et en état d'adoration, occupant chacune une niche pratiquée de chaque côté de celle du saint, dans l'épaisseur du bas-relief qui recouvre le tympan de la principale porte d'entrée de notre église, représentent le baile et la bailesse.

Une marque distinctive de leur attribut, autre que le cierge qu'ils tiennent à la main, c'est le rouge,de la robe magistrale du baile et du corsage à basque de la bailesse, peu apparent, à la vérité, étant absorbé en grande partie par l'ignoble couche de couleur grise en détrempe de nos restaurateurs modernes. Il faut un regard attentif pour l'y aviser. Ces trois statuettes ont un beau modelé, une touchante et séraphique attitude. L'habile sculpteur au ciseau duquel elles sont dues avait cru employer la peinture polychrome, » dit M. Mourguye, rehausser ainsi par l’éclat les couleurs, et représenter exactement, hâtons-nous d'ajouter, le véritable costume de ces dignitaires qu'on devrait leur restituer , et venger de la sorte ces jolies statuettes du ridicule et grossier vêtement de bure qui les profane en leur donnant un air disgracieux, un aspect misérable. La bailesse présidait sans doute à la mouture et à la panification. Le saint est en costume épiscopal, donnant la bénédiction pastorale.

Le grand concours de fidèles dont cette fête était l'objet avait cessé avec l'aumône qu'on avait interrompue en 1852. Contrairement au but de son institution, on en avait, en 1840, imprudemment converti la distribution en pain, en distribution en argent. De là son déclin el sa décadence, qu'on attribue aux abus qui s'y étaient introduits, comme si un membre gangrené autorisait l'abandon du malade ! Comme s'il ne suffisait pas de réformer l'abus sans attenter à l'œuvre!

La distribution en pain était préférée, prétend avec raison M. Mourguye, parce que le pauvre pouvait le manger immédiatement et apaiser ainsi les tourments de la faim; parce que l'aumône en pain avait une valeur intrinsèque plus considérable, parce que le peuple attribuait à ce pain bénit des vertus curatives contre plusieurs maladies des hommes et des animaux. L'argent monoyé a détruit le prestige : la confiance des fidèles n'a plus eu d'objet, la foi n'a pas été satisfaite, l'attente a été déçue et la déception a engendré l'indifférence.

Je n'examinerai pas si les attributions des quinze bailes, ces tribuns du peuple Aurillacois au moyen âge (V. la Statist., p. 105 et 196), incombaient à nos deux bailes ni si tout le système électoral suivi alors à Aurillac s'étendait à notre municipalité. Ce qu'il y a de certain, c'est que ceux-ci remplissaient l'office gratuit et obligatoire d'inscrire sur un registre le nom des laissonniers, de prélever des laissonnages et d'en rendre un compte exact. Nous avons vu qu'ils étaient passibles d'une amende de 50 liv. pour un premier refus; un second refus emportait l'interdiction de la confrérie.

A propos de laissonnages, qu'il me soit permis de relater ici quelques légendes assez curieuses.

Malheur à la laisonnière lésineuse faisant rayer de la liste son nom ou celui de son enfant! (On y inscrivait de préférence les petits enfants cagneux , désignés sous le nom de Sainmartinaïrès, ce qui signifierai1, sans doute, voués à la dévotion envers saint Martin.)

C'était pendant une année de disette, l'une d'elles crut pouvoir, sans déconvenue, économiser le laissonnage de son jeune fils. Or, voici ce qu'il advint : le seuil de sa maison à peine franchi par les bailes, le pauvre petit tombe en syncope. Ceux-ci rappelés, la mère désolée les supplie de retracer incontinent le nom rayé sur la bienheureuse liste, et, l'opération finie, le bambin de reprendre l'usage de ses sens!

Une autre fois, ce fut le nom même de la laissonnière qui fit volontairement défaut. La délinquante aurait été sourde aux exhortations des bailes; elle ne tarda pas à porter la peine de sa témérité. Voici comment : il s'agit, peu de temps après, d'aller au moulin moudre la quantité de grain nécessaire à la consommation de la famille. On engraine; la meule exécute assez docilement l'opération de la mouture, à un quarton près. Mais alors, ne voilà-t-il pas que la maudite, suspendant tout-à-coup son mouvement rotatoire, se prend à se déclarer en rébellion! Elle fut sourde, à son tour, aux supplications, ainsi qu'aux imprécations. Nulle force au monde, secouant sa surprenante torpeur, n'aurait pu l'ébranler ni vaincre son opiniâtre résistance; la cataracte du Niagara n'y aurait rien fait. Ne pouvant s'expliquer autrement tant de mutinerie de la part d'une meule, la paysanne se rappelle son refus de livrer un laissonnage, «  Voyons, » se dit-elle. L'on mesure, ô prodige! ce qui reste n'excède pas le quarton comble. La constante immobilité de la sorcière, il n'y eut qu'un moyen de la fléchir, ce fut de rétablir à la hâte le laissonnage rejeté! Oh ! Alors, il aurait fallu voir la capricieuse reprendre son allure accoutumée; elle fonctionnait à merveille!

Voici qui est plus sérieux. On le tient d'une personne respectable, et dont la piété n'est point superstitieuse. Dès l'âge de deux ou trois ans, plus contrefaite que nulle autre, cette personne fut soumise elle-même à l'influence des laissonnages. C'était aux approches de la fête ; les bailes arrivent. Rien de plus empressé pour sa pieuse mère que de faire exécuter sous ses yeux la livraison d'un quarton de seigle pour les pauvres, au nom de sa fille, et d'un autre quarton de blé pour le pain blanc à l'usage de la famille. Elle avisa même à ce que la mesure fut comble. (On la rasait alors, et c'est depuis, dit on, qu'a prévalu l'usage de la combler.) Aussitôt, cet avorton de fille, de remuer, de délier ses petits membres rabougris, d'allonger ses jambes qu'elle avait tenues jusqu'alors accroupies. Elle veut se laisser choir, malgré la résistance opposée de celle qui soutient sa faiblesse. Enfin, on la pose doucement. Quelle fut la surprise et la joie de la mère de voir sa jeune fille infirme se tenir ferme sur ses jambes et vouloir essayer de marcher! Aussi, les laissonnages se sont-ils depuis accrus et perpétués dans cette honorable famille.

Il faudrait un volume pour consigner toutes les légendes qui se débitent à ce sujet. Qu'il me suffise de dire que des gens de Mauriac même, dont on cite les noms propres, noms bien connus de la cité, en auraient, grâce à leur dévotion envers saint Martin, obtenu le bénéfice d'un miracle.

Une dernière réflexion. La communauté de prêtres, entretenue à St-Martin-Valmeroux par des chapelleries, le procès- verbal précité n'en fait pas mention. Il y est question de l'existence, sur la paroisse, d'une chapelle dite d'Ambials, très bien décorée, du curé, à la nomination de l'évêque de Clermont, et de 350 livres d'obits et fondations bien acquittés. La cure aurait été à la portion congrue, le collège de Mauriac, décimateur, et la paroisse du ressort de Salers. Il y est parlé d'un vicaire et d'un prêtre filleul non approuvé, du rapport assez considérable de la confrérie de Saint-Martin, qu'on y qualifie de célèbre ; mais de communauté, point. Cependant Guillaume Baret de Grèges, qualifié de prêtre communaliste, en 1769, vivait encore en 1781, d'après une lettre de son frère Bertrand Guérin de Grèges, avocat à Clermont. Les comptes des bailes n'étaient pas prêts, ni ceux des marguillers pour les reinages.

La justice s'est rendue à Saint-Martin-Valmeroux au nom du seigneur de Lignerac, jusqu'en 1769; à partir de cette époque, jusqu'en 1780, au nom du bailli des montagnes d'Auvergne, ou de son lieutenant-général, à Salers, ensuite au nom du roi. Il y avait pour greffier, en 1741, a St-Martin, un nommé Gros.