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Document tiré  du Dictionnaire Statistique du Cantal de Déribier-du-Chatelet  Edition de MDCCCLII  (1852) Volume 1/5.

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Le Mars (1)

 

Mars (Le), rivière qui prend sa source au puy Mary et coule dans la direction du nord-ouest.

Comme dans presque toutes les principales vallées du Cantal, dit M. de Bouillet, la partie supérieure de celle de Mars ou du Falgoux est couverte de bois. Ici, c'est une très-belle forêt de baute futaie, de hêtres et de sapins, qui commence à la base du puy Mary, et se prolonge, sur toute la surface de la vallée, pendant plus d'une lieue; ensuite, sur une longueur de plus de trois lieues, la partie gauche est couverte de bois taillis. Le côté droit, a partir du hameau de la Chase, et même des burons d'Escaires, ne laisse apparaître, de distance en distance, que quelques bouquets de hêtres; cette partie est généralement dépourvue de végétation, très-ravinée, et remarquable par de nombreux et singuliers accidents de terrain. Si on est frappé de la beauté et de la hardiesse des escarpements, on ne l'est pas moins de la variété des couleurs de leurs roches mises a nu : partout des éboulements, des déchirures, des grottes, des cascades. Ce sont toutes ces circonstances, qu'on rencontre rarement réunies, qui attirent dans la vallée du Falgoux les peintres et les dessinateurs, qui viennent de loin, et en grand nombre, y puiser des sujets d'étude. Les montagnes dont ce pays est hérissé, vues de loin, ont quelque chose du grandiose et de la magnificence de la chaîne des Alpes (2).

Les hauteurs qui dominent le hameau de Franconèche sont entièrement couvertes de basalte, reposant sur un conglomérat qui contient, dans plusieurs endroits, des masses d'une brèche à fragments moins gros que ceux qui constituent le conglomérat, et dans lesquelles sont des empreintes de plantes et de feuilles de végétaux. Le conglomérat lui-même en contient de semblables. Un peu après avoir dépassé Franconèche, on aperçoit des déchirures fort belles dans le tuf basaltique et dans le conglomérat trachytique; on aperçoit aussi des prismes basaltiques et du trachyte en boules, empâtés dans les tufs. En face, sur la gauche de la vallée, se présente le beau rocher du Merle, composé de basalte tabulaire ou prismatique, supporté par le conglomérat trachytique. Du haut de ce rocher, on voit parfaitement le bois de Mary, le puy de ce nom, les montagnes qui l'avoisinent, et la vallée du Falgoux.

Le roc des Ombres, au-dessus de celui du Merle, est, comme ce dernier, composé de basalte et de conglomérat.

A partir de la base du rocher du Merle, en descendant la vallée, on aperçoit, de chaque côté, des éboulements en grand nombre, sur lesquels des habitations ont été construites. On peut observer ici que le conglomérat est mélangé avec le tuf ponceux. Un exemple de ce mélange est très-visible aux rochers-hauts, sur la partie gauche de la vallée, près du Falgoux.

Le Falgoux est le chef-lieu d'une petite commune divisée en une grande quantité de hameaux dont l'ensemble n'offre qu'une population de 764 habitants. La petite église du Falgoux était anciennement un prieuré dépendant du monastère de Mauriac. Le chœur a été reconstruit tout récemment.

Près du chef-lieu de cette commune, on remarque quelques vestiges d'un ancien village. Très-près aussi, à l'ouest, se trouve un petit hameau portant le nom de Neyrestan, où l'on croit qu'ont existé un château et un prieuré. En 1152, Hugues, prieur de Neyrestan, signa la donation que l'évêque de Clermont fit de ce prieuré aux bénédictins; et, en 1291, un Etienne de Neyrestan était bailli des montagnes d'Auvergne.

Après avoir dépassé le Falgoux , les hauteurs de la droite de la vallée sont basaltiques. Depuis la couche la plus inférieure de basalte jusqu'au sommet du suc de Rond, on pourrait compter plus de 600 pieds de couches de cette espèce de roche, se recouvrant les unes les autres.

Un peu avant d'arriver au hameau de Besse et près d'une fort belle cascade, est la grotte de l’Homme-Noir, formée naturellement dans le conglomérat (3). Des contes plus ou moins fantastiques, et dont quelques-uns sont encore le sujet des conversations populaires et ont pris naissance dans des temps de superstition, ont donné à cette grotte une certaine célébrité dans le pays. Un éboulement considérable, qui en bouche en quelque sorte l'entrée, en a rendu l'accès difficile. Au-dessous, dans le ravin, près du chemin, on commence à apercevoir le gneiss.

A côté du hameau d’Espinouse, le granit s'aperçoit sur la gauche et sur la droite de la rivière.

Comme dans les autres vallées, on rencontre dans celle-ci, de distance en distance, des grottes creusées dans le conglomérat et des cascades tombant des escarpements qui existent des deux côtés. Au hameau d'Espinouse et un peu plus bas, on en voit de très belles.

Au-dessus et près du moulin de Furgoux, dans le ravin où coulent les eaux qui le font mouvoir, le granit est parfaitement à découvert; on y aperçoit un filon de la même roche, d'une couleur plus claire, due à la décomposition du feldspath qui y abonde.

A partir du Falgoux, une végétation plus riche se fait remarquer : les arbres fruitiers deviennent plus nombreux; le noyer, rare dans la partie supérieure, commence à devenir commun; le noisetier l'est à ce point que les haies en sont généralement formées, et qu'on le trouve répandu dans toutes les broussailles dont la partie gauche de la vallée est couverte. Son fruit, recueilli avec beaucoup de soins, est converti en huile qui se consomme dans lé pays.

C'est au hameau du Vauxmiers, où l'on voit un petit château qui existait en 1494, qui, en 1540, était possédé par Artaud d'Apchon, et plus tard par la maison de Chabannes, que la rivière de Mars commence à rouler ses eaux sur le gneiss. Ce hameau est lui-même bâti sur cette roche. Son église, fondée aussi par les anciens seigneurs d Apchon, a été érigée en succursale (4).

A mi-côte de la partie droite, un peu à l'ouest de Bancharel, il existe plusieurs ravins qui méritent d'être visités à cause des couches de terrain que l'on y remarque; celles du ravin de Claveyre surtout sont très-curieuses; on y voit une multitude d'empreintes de feuilles et de fruits de diverses espèces de végétaux. De semblables couches, avec empreintes de végétaux, se retrouvent dans d'autres ravins du même côté de la vallée, en se rapprochant de St-Vincent.

 (BOUILLET.)

St-Vincent occupe une partie resserrée et profonde de la vallée. Les environs ère ce village sont d'une grande fécondité ; les arbres fruitiers y abondent et principalement le noyer. Il faut remarquer dans le bourg le château de Laborie, construction du XVI° siècle et appartenant à la maison du Fayet de la Tour. On voit encore aux alentours les jolies maisons de campagne appelées le Coudonier, la Farge et Roche, et, à 3 kilomètres en aval, le petit castel de Chanterelle, qui n'a de remarquable que sa couronne de mâchicoulis. Celui-ci, construit au XVII° siècle, est habité par une branche de l'antique maison de Scorailles. C'est ici que la vallée, jusque-là étroite, profonde et ravinée, commence à s'élargir, et que les côtes qui la bordent deviennent moins arides.

A peu de distance de Chanterelle, toujours en descendant le cours de la rivière, on atteint les limites de la vaste et populeuse commune d'Anglards, dont le chef-lieu couronne le plateau qui domine, du côté du sud, la partie la plus développée et la plus riche de la vallée, fertilisée qu'elle est par la culture, et d'ailleurs parsemée de villages et de hameaux qui lui donnent un aspect riant et animé. La campagne d'Espradels, sur la rive gauche, et le château de Longevergne, sur la rive droite, décorent le fond du bassin. Sur la crête sud était jadis le château de Montclar, qualifié de forteresse au XIV° siècle, et qui n'offre plus aujourd'hui que d'insignifiants vestiges. Sur la crête nord, à la cime d'un rocher qui surplombe la vallée, on remarque à peine la place qu'occupa le château de Claviers, commune de Moussages, rival du précédent et dont le sort a été le même. A l'existence de ces deux châteaux se rattache une légende d'amour qui finit par une catastrophe; les habitants du pays la racontent de diverses manières.

A environ cent mètres des ruines de Claviers il existe encore une petite chapelle dédiée à la sainte Vierge et connue sous le nom de Notre-Dame-de-Ctaviers; c'est un lieu de dévotion, et, comme on l'aperçoit de loin, les cultivateurs de la contrée n'entreprennent jamais leur travail du matin avant d'avoir tourné leur regard vers le pieux oratoire et fléchi le genoux pour implorer le secours de Marie.

Plus loin, le château de Montbrun, commune de Méallet, s'élève près du chemin de grande communication de Mauriac à Riom-ès-Montagnes. Ce château, assis à la cime d'un mamelon adossé à la côte et dont la base est baignée par les eaux de la Mars, occupe l'un des plus jolis sites qu'il soit possible de voir. De ses fenêtres, de sa terrasse, de ses jardins, la vue plonge sur la partie la plus gracieuse de la vallée, partout tapissée de verdoyantes prairies, tandis qu'en face de lui, sur le revers opposé, se déploie en amphithéâtre un vaste paysage bien cultivé qu'animent une foule de travailleurs et de nombreux troupeaux de bétail. Puis, voyez là-haut, sur les bords du plateau supérieur, ce cordon de villages et de hameaux qui s'étend depuis le bourg d'Anglards, au sud-est, jusqu'à Neyrecombe, commune du Vigean, au nord-ouest, et à l'entour desquels le châtelain de Montbrun peut suivre de l'œil les mouvements d'une population laborieuse. Montbrun était anciennement fortifié et à l'abri d'un coup de main, autant que pouvait le permettre sa situation dominée du côté du nord. Les personnes âgées se rappellent d'avoir vu debout le vieux donjon, aujourd'hui démoli, et ce qui reste de l'ancien manoir féodal a été restauré à la moderne. Montbrun et les domaines qui en dépendent viennent d'être mis en vente.

A partir de ce point, la vallée se resserre de nouveau et, à l'exception de l'ancien fief de Romananges, dont il ne reste d'autres traces que trois moulins à farine, on ne voit plus sur les rives de la Mars que des escarpements, des rochers, des broussailles, jusqu'à ce qu'enfin ses eaux aillent se confondre avec celles de la Sumène, au lieu de Vendes, commune de Bassignac, que traverse la route impériale n° 122.

Il est bon de remarquer encore que la rivière de Mars, malgré son encaissement en certains endroits, n'en est pas moins bordée, dans presque tout son cours, de fort belles prairies qu'elle arrose et fertilise. Elle a aussi l'avantage d'être poissonneuse en truites, anguilles, goujons, écrevisses; on y prend même des saumons qui remontent les affluents de la Dordogne.

 

 (Notes de M. De Sartiges-d'angles.)

 

(1) Le nom véritable est Mar, les anciens titres le prouvent. Son étymologie esl celtique. Ce nom tonne la racine de ceux de Maronne, Marliou; se retrouve dans le mot latin mare, les mots français mare, marais, et signifierait eau , correspondant ainsi au nom générique de Ribeyre que l'on donne A la rivière du Falgoux. Elle est aussi appelée dans le pays Ribeyre Cobado, rivière creuse, plutôt à cause de la profondeur de la vallée que de celle du lit même de la Mar,

(2) Le Bois-Mary , qui occupe tout l'otage supérieur du vallon, est exploité au moyen de plusieurs scieries établies a l'extrémité inférieure de la forêt; elles dessinent un groupe de constructions que l'on désigne sous le nom de baraques. En les quittant, la rivière forme au milieu des sapins les deux cascades de la Scierie et du Vialinq, qui surpassent toutes les chutes voisines par leurs grandioses proportions, le volume de leurs eaux, la solennité de leur site et leur ravissante beauté.

(3) Elle a 10 m. de profondeur sur 5 m. de hauteur au moins. Avant d'y arriver, on passe sous une voûte naturelle formée par l'éboulement d’un énorme fragment de rocher. Celte avenue peut avoir une longueur de 4 ou 5 m. La grotte est une des plus curieuses de l'Auvergne.

(4) On construit en ce moment une nouvelle église au Vaulmier. Elle figure une croix latine; l'abside présente au dehors une forme semi-octogonale. Un élégant clocher octogone et percé de huit baies ogivales, reliées par une guirlande gothique, s'élève au-dessus du transept. L'église, bâtie sur la cime d'un rocher, se détache au loin de la manière la plus heureuse. Cette gracieuse construction est dirigée par M. Carriat. architecte diocésain, et M. Cbambon d'Espinouse, ancien curé de Souvigny , en Bourbonnais, l'un des hommes les plus instruits et les plus versés dans l'architectonique monumentale que nous connaissions. M. le curé Chambon possède à Espinouse un album sur lequel tes premières notabilités scientifiques et littéraires de la France ont voulu déposer un souvenir et un témoignage. On voit dans sa chapelle un crucifix du XIV° siècle portant un christ en ivoire dont le fini merveilleux rappelle, non seulement le travail patient et consciencieux des grands artistes de cette époque, mais atteste encore leur profond sentiment de l'art, et surtout cette foi qui pénétrait leurs âmes et semble faire palpiter les inspirations du génie dans leurs œuvres toutes spiritualistes. Ce christ a été donné à M. le curé de Souvigny par Marie-Amélie, aujourd'hui Mme la comtesse de Neuilly.

 

(Notes de M H. de Lalaubie.)

 

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