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  La commune de Madic aujourd'hui

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Madic. — La commune de Madic dépend du canton de Saignes et de l'arrondissement de Mauriac. Au nord, la rivière de Dordogne la sépare du département de la Corrèze ; elle est bornée au midi par la commune d'Ydes; à l'est, par celles de Vebret et d'Ydes; à l'ouest, par la commune de Champagnac.

Elle est arrosée par la Dordogne, le ruisseau des Sucs, qui prend sa source au lac de Madic, et par le ruisseau Perdu. Elle est traversée par la route impériale n° 122, de Clermont à Toulouse.

Le gneiss forme le sous-sol de la plus grande partie de la commune. Le grès houiller se montre dans le bassin de Madic; il y forme des mamelons sur l'un desquels reposent les ruines du château. On exploitait à Madic, il y a peu d'années, des mines de houille qui ont été l'objet d'une concession.

Des défrichements opérés sous l'impulsion de feu M. Spinasse, membre du Conseil général, ont rendu à la culture un grand marais qui occupe une partie du fond de la vallée. Ces terres limoneuses, divisées entre les habitants, sont très-productives. Un règlement consenti par tous les propriétaires les oblige à entretenir et à récurer les fossés d'écoulement.

Le lac a une étendue d'environ douze hectares, entouré de marais et bordé sur quelques points par des gazons flottants; ses abords sont très-difficiles. A sa surface s'étalent les larges feuilles du nénuphar avec ses blanches corolles. Une verte ceinture de roseaux ombrage ses rives. Plus loin, des champs plantés de noyers, des prairies et des pâturages bordés de haies vives s'élèvent en amphithéâtre sur le flanc des collines, dont les sommités sont couvertes de bois.

Je ne sais pourquoi on ne s'arrête pas à contempler ce paysage si gracieux et qui, ailleurs, serait si attachant? Mais quand on est arrivé aux bords du lac, on voit se dresser sur un monticule doucement incliné au midi, taillé à pic du côte de la Dordogne, les ruines imposantes du vieux château. A cette vue, les souvenirs se réveillent : on est impatient de fouiller ces ruines, de chercher dans ces débris quelques traces des grandeurs du passé.

En traversant le village , l'œil se repose avec plaisir sur la gracieuse façade de la maison bâtie par M. Spinasse, sur la verte pelouse qui la précède, sur la riante avenue qui y conduit. On voudrait admirer, pendant quelques instants, cette belle prairie que la Dordogne baigne de ses eaux limpides, et qu'encadrent de pittoresques collines si admirablement couronnées par les roches escarpées de Bort.... On est entraîné involontairement; on gravit à travers une forêt de hêtres le chemin qui se développe en lacets sur la pente de la colline. Parvenu au sommet, on a devant soi le fossé large et profond du château ; destiné à défendre la place du seul côté où elle était abordable, il était protégé à son tour par un épais rempart en maçonnerie, parfaitement conservé, et qui forme une magnifique terrasse plantée de deux rangs d'arbres. ,

A l'extrémité de la terrasse, en dehors du fossé, sur une esplanade, était l'ancienne chapelle. C'est sur ses fondements que Mme Spinasse, propriétaire de Madic, a fait élever un monument religieux dans lequel reposent les cendres de tous ceux qu'elle aimait. Il a été consacré au culte au mois de mai 1805 par Mgr Lyonnet, évêque de St-Flour.

Quand on considère les ruines du château de Madic, on est frappé de leur grandeur. On peut encore mesurer la hauteur considérable des énormes tours, dont les murs ont plus de trois mètres d'épaisseur. Des chemins souterrains et Youtés suivent à l'intérieur l'enceinte du château. On voit les embrasures des canons et les niches creusées dans l'épaisseur des murs pour mettre l'artilleur à l'abri du recul. Du côté du nord, le château et la grosse tour St-Yves étaient suspendus sur une roche escarpée dont la base plonge dans les eaux de la Dordogne. Il y avait en Auvergne des châteaux dont l'assiette était plus forte, il n'y en avait pas où les dispositions militaires eussent été prises avec plus de soin; c'était un modèle de la fortification féodale. Aussi, au XVI° siècle, était-il regardé comme presque imprenable. (de Vernyes, Mémoires.)

On aurait une fausse idée de Madic si on le considérait uniquement comme une forteresse ; il y avait de nombreux et vastes appartements décorés avec tout le luxe du XV° siècle. Quelques pans de murs ont conservé les restes de peintures à fresque. On verra dans la suite de cet article qu'il était meublé avec une somptuosité en rapport avec la position de l'illustre famille de Chabannes qui, pendant trois siècles, en a fait sa principale résidence.

L'église de Madic fut fondée vers la fin du XV° siècle par Gilbert de Chabannes et Françoise de La Tour; elle n'a rien de remarquable. Dédiée d'abord à saint Quirin , suivant la bulle de fondation du pape Paul II, de l'année 1470, elle est aujourd'hui sous l'invocation de saint Eutrope et de la Nativité de Notre-Dame. En 1476, le pape Sixte IV accorda des indulgences à ceux qui visiteraient cette église.

En 1480, Gilbert de Chabannes obtint du roi Louis XI des lettres - patentes portant établissement de foires et marchés au lieu de Madic; elles l'autorisaient à construire un pont sur la rivière de Dordogne et à y percevoir un droit de péage. Guillaume Doyat, commis pour l'exécution de ces lettres, se transporta au village de Ribeyrolles pour entériner les lettres du roi. Il n'y eut pas d'abord d'opposition; mais plus tard, Charles de Bort, seigneur de Pierrefitte, s'étant ravisé, interjeta appel de la sentence d'entérinement. Il prétendit que Madic  « qu'un simple village inhabitable et dépopulé; que Gilbert de Chabannes » voulait, par contrariété, y faire venir les gens contre leur gré pour frauder, annihiler et mettre à néant les foires et marchés de Bort. Il s'élevait surtout contre l'établissement d'un pont ou d'un port à Madic, comme portant atteinte à ses droits. Par des lettres données à Tours, le 27 janvier 1482 (1483), par le roi en son conseil, Charles de Bort fut reçu opposant à l'exécution des lettres obtenues par Gilbert de Chabannes. On ignore quel fut le résultat de cette opposition. Cependant, une halle fut bâtie à Madic ; elle existait encore en 1627. Un marché s'y tenait en 1565. Quant au pont, il ne fut pas construit, et, sur ce point, Charles de Bort obtint sans doute gain de cause. Depuis longtemps il n'y a plus à Madic ni foire ni marché.

Madic est mentionné dans la fausse charte attribuée à Clovis.

Etienne III, évêque de Clcrmont, mort en 1013, fit don de Madic au monastère de Bort.

Le fief de Madic a donné son nom à une famille d'ancienne chevalerie Le premier connu est Bernard de Madic, chevalier, qui fut témoin, en 1369, de l'hommage fait par Astorg d'Aurillac à l'abbé du monastère de ce nom.

Pierre de Madic, chevalier du Temple et commandeur de Belle-Chassaigne, en 1273, était grand prieur d'Auvergne en 1294. L'année suivante, il donna quittance à l'évêque de Clermont pour certains droits dus à Pierre du Chambon, son prédécesseur. Un autre Pierre de Madic déposa dans le procès d'abolition de l'ordre du Temple, et déclara qu'il avait été reçu dans cet ordre à dix-huit ans.

Guillaume succéda à Bernard. Il épousa, en 1353, Alix de Charlus. 11 fut père de Géraud, qui lui succéda; de Gaillarde, mariée en 1352 à Hugues de Chabannes, seigneur de Charlus-le-Pailloux. Ce mariage fit passer plus tard la terre de Madic dans la maison de Chabannes. Géraud testa en 1414 et substitua à son fils Jacques de Chabannes, petit-fils de sa sœur. Pendant qu'il vivait et avant 1375, le château de Madic fut occupé par les Anglais.

Après Géraud, l'histoire de Madic se confond avec celle de la plus puissante et de la plus illustre famille qui ait habité la Haute-Auvergne pendant les trois derniers siècles. La personne la plus capable d'écrire cette partie de nos annales a bien voulu céder à nos vives instances et se charger de cet intéressant travail. Nous n'éprouvons qu'un regret, et il sera partagé par les lecteurs du Dictionnaire. c'est que l'auteur d'un article si remarquable par l'étendue des recherches, le choix des sources, la sûreté de l'érudition, ait voulu garder l'anonyme.

 

Em. DELALO.

 

Jacques de Madic avait épousé Isabeau de St-Cirgues, et, se voyant sans enfants, il ratifia le testament de son père, le 26 janvier 1451 (1452), lequel légua ses biens à Jacques de Chabannes, le plus proche héritier en droite ligne. Il garda l'usufruit sa vio durant, et le droit de demeure au château pour sa veuve. Jacques de Chabannes prit possession de Madic en vertu de cet acte, le 23 février suivant '. Jacques de Madic fut nommé arbitre- avec noble Louis de Floyrac, en 1440, entre les habitants d'Ydes et Géraud de Chapitou, au sujet de la construction du château du Châtelet. Le 23 novembre 1453, il fit son testament en faveur de Gilbert de Chabannes, second fils de feu Jacques, et demanda à être enterré dans sa chapelle d'Ydes, au tombeau de ses ancêtres Anne de Lavieu, veuve de Jacques de Chabannes, prit possession, le 28 janvier 1455 (1456), comme tutrice de son fils. Jacques de Madic mourut en 1457. Sa veuve eut un logement au château sa vie durant.

Ainsi s'éteignit cette ancienne maison, qui légua ses biens à celle de Chabannes.

Il est superflu de dire combien cette dernière maison a été ancienne et puissante, les annales de l'histoire de France sont les éléments de sa généalogie. Issu des anciens comtes d'Angoulême de la première race, Guillaume de Mathas épousa, vers l'an 1130, Amélie de Chabanais, fille unique et héritière d'Eschivat Jourdain, sire de Chabanais et de Confolent. Leurs enfants en relevèrent le nom et les armes. La branche aînée des sires de Chabanais et de Confolent, princes de Bigorre, s'est éteinte en 1283.

Le mariage d'Eschivat de Chabanais, second fils de Guillaume de Mathas et d'Amélie de Chabanais, avec Matabrune de Ventadour, fille d'Ebles IV, vicomte de Ventadour, et de Marguerite de Turenne, sa seconde femme, eut lieu en 1171, et fixa leurs descendants en Limousin. Cette maison de Ventadour était une branche cadette de celle de Comborn, si illustre et si puissante.

Hugues de Chabannes, qui épousa Gaillarde de Madic, en 1352, était descendant d'Eschivat et de Matabrune, au sixième degré. Il était seigneur de Charlus-le-Pailloux, situé dans la paroisse de St-Exupéry, entre Ussel et Bort, ancien patrimoine de la maison de Ventadour, que Matabrune avait apporté en dot. Hugues était le rejeton de deux vieilles races, des comtes d'Angoulême et des sires de Chabanais et de Confolent, princes de Bigorre, et cette illustre origine explique suffisamment l'élévation rapide, les alliances brillantes et le vif éclat que jetèrent les premiers du nom qui paraissent dans l'histoire de France. Louis XI écrivit à Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, en lui envoyant le collier de l'ordre do St-Michel, l'avoir choisi ' pour un des plus y grands et notables chevaliers d'ancienne lignée, extrait de grandes et notaB bles maisons, et qui toujours avez bien et loyaument servi nos prédécesseurs et nous .

Le château de Charlus était très-fort; le mot de pailloux signifie fortification ou palissade en patois du Limousin ; il a été bâti par Ebles de Chabannes, en 1289. Il se trouvait, en 1379, au pouvoir des partisans anglais, qui s'étaient également emparés du château de Ventadour et de toutes les forteresses environnantes. Louis XII, duc de Bourbon, l'assiégea en 1383 et le délivra de sa garnison anglaise. Robert Knollys tenait garnison à la Roche-Sanadoire, près de Rochefort, d'où les troupes françaises le chassèrent; elles s'emparèrent aussi du château de Charlus-Champaguès, près de Mauriac. Au retour de cette expédition, le duc de Bourbon se rendit en pèlerinage à l'église de Notre-Dame-d'Onival, et suspendit son pennon devant l'image vénérée de la sainte Vierge o. Le château de Ventadour ne fut délivré de Geoffroy-Tête-Noire et ses routiers que quatre ans après.

Hugues de Chabannes est mort en 1401 ; il laissa trois fils : les deux cadets étaient prieurs de Bort et de St-Angel, et l'aîné, Robert de Chabannes, seigneur de Charlus-le-Pailloux , était un chevalier fort renommé, cité avec éloge par Monstrelet et Juvénal-des-Ursins. Il accompagna le duc d'Orléans dans son expédition en Guienne, qui se termina, en 1406, par la levée du siége de Biaye. Robert de Charlus était moult déplaisant de ce qu'on s'en allait sans rien faire, et pour faire quelque prouesse avant de s'en retourner, il réunit plusieurs gentils compaignons  et les conduisit assiéger la ville de Lourde en Bigorre, qui passait alors pour être forte et même imprenable. La place se rendit,, mais après un siége difficile et pénible qui dura une année entière. Il ne se comporta pas moins vaillamment à la malheureuse journée d'Azincourt, en 1415, où il périt glorieusement. « Plût à Dieu, dit le vieil historien de Charles VII, que tous les chevaliers français eussent fait leur devoir comme ce seigneur de Charlus. »

Robert avait épousé, vers 1390, Alix de Bort de Pierrefitte. Il fit son testament le 17 août 1410, et ordonna sa sépulture dans l'église de St-Exupéry où étaient les tombeaux de ses prédécesseurs.

Les trois fils de Robert étaient des chevaliers distingués. L'ainé, Etienne, fut tué le 17 août 1425 à la bataille de Cravant 6, et son frère Jacques lui succéda dans le commandement de sa compagnie de gens d'armes 7. Les deux frères, Jacques et Antoine, successivement grands-maîtres de France, sont trop connus par les services rendus à la guerre et dans les conseils des rois Charles VII , Louis XI et Charles VIII, pour qu'il soit nécessaire de retracer tous les détails de leur vie, dans cette esquisse principalement consacrée à Madic et aux membres de la maison de Chabannes qui en ont été seigneurs.

Les deux frères étaient étroitement liés, et cette union de famille a duré après la mort de Jacques entre ses fils et leur oncle.

Antoine fit ses premières armes à l'âge de treize ans à la bataille de Verneuil, en 1424, où il demeura prisonnier. Il était page du comte de Ventadour, son parent, et répondit à ceux qui l'engageaient à se mettre en sûreté lors de la déroute de l'armée: Ceux de qui j'ay l'honneur de porter le nom ne savaient » pas fuir, c'est chose que je ne veux pas apprendre, ny commencer ma vie par là. Frappé de sa jeunesse et de sa belle conduite, le duc de Bedford le renvoya à son frère Jacques sans lui faire payer de rançon.

Les deux frères étaient au siége d'Orléans en 1428 , dans toutes les expéditions contre les Anglais, et en 1430 ils avaient leur quartier général à Oeil , d'où ils partaient pour faire des chevauchées à la tête de leurs gens d'armes.

Jacques fut chambellan du roi Charles VII, le 14 février 1425

C'est Jacques qui fit les premiers établissements en Bourbonnais par l'achat de la Palice, qu'il acquit pour 6,000 écus d'or de Charles, duc de Bourbon , le 18 mars 1430, et son mariage avec Anne de Lavieu de Fougerolles le rendit allié des plus grandes maisons du Forez. Elle était fille d'Edouard de Lavieu, seigneur de Fougerolles, et de Marguerite-Dauphine de Ste-Ilpise, qui tirait son origine des anciens comtes d'Auvergne, étant fille de Bérard Dauphin, 1° du nom , seigneur de Ste-Ilpise et de Combronde , tué à la bataille d'Azincourt, lequel descendait en droite ligne, de Robert, V du nom, comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, et d'Isabeau de Chastillon en Bazois, dame de Jaligny. Voilà l'origine maternelle, et Edouard de Lavieu était fils aîné de Josserand de Lavieu et d'Alix de Beaujeu, fille de Guichard de Beaujcu, seigneur de Perreux, et de Marguerite de Poictiers, fille du comte de Valentinois. La tradition du Forez fait sortir la maison de Lavieu de ses anciens comtes.

En 1432, Jacques de Chabannes partit de Corbeil où il avait sa garnison; il s'empara par escalade du château de Vincennes, qui lui fut racheté 20,000 écus dix ans après 6.

La sœur de Jacques, Dauphine de Chabannes, était abbesse de Bonnesaigne en 1433 7.

Jacques accompagna Charles VII et le dauphin à leur entrée à Limoges, le 3 mars 1438, et, après les vêpres, leur présenta l'abbé de St-Martial et ses religieux. Dans les descriptions des entrées du roi Charles Vit dans les villes de Rouen et de Paris, Jacques de Chabannes est cité comme ayant été l'un des plus richement parés et ornés 9.

Antoine de Chabannes épousa Marguerite de Nanteuil, comtesse de Dammartin, le 20 septembre 1439 , et, à dater de ce moment, il cessa de faire la guerre de partisans. Ce mariage fixa sa branche dans l'île de France, où étaient situées les terres de sa femme.

L'an 1440, trois mois avant la Praguerie, le roi l'envoya chercher et en lui disant adieu l'appela capitaine des écorcheurs. « Sire, lui répondit Antoine, je n'ay escorché que vos ennemys, et me semble que leurs peaulx vous feront plus de prouffit que à moi. »

Les deux frères étaient avec le dauphin, dans la Praguerie. Le dauphin nomma Jacques son chambellan, le 12 juillet 1440, par lettres données à Moulins.

Les années 1441, 1442 et 1443 furent occupées par les guerres contre les Anglais, et en 1444, après la levée du siége de Dieppe, que le dauphin fit faire à Talbot, il y eut une trêve qui dura dix-huit mois.

Jacques vint à Charlus où il reçut les hommages de Jacques de Yernongel , seigneur de la Bachelerie et de Geoffroi d'Ambrugeac, les 5 et 20 février 1444 (1445), et fit l'acquisition de la terre de la Dailhe. Il l'acheta le 31 octobre 1444 d'Astorg, seigneur de Peyre, chevalier, et dans l'acte il est qualifié seigneur de Charlus, la Palice et Montaigu-le-Blin. La justice de la Dailhe était fort étendue. Il y avait 30 ou 32 mas ou villages qui étaient situés dans les paroisses de Vebret et de Vignonet '.

Antoine accompagna le dauphin en Lorraine et en Suisse, et se distingua a la bataille de St-Jacques, qui fut livrée près de Bâle.

Jacques reparaît à Bourges, le 7 octobre 1447, où Charles VII le nomma conseiller d'Etat, et le même jour il fut reçu en qualité de Chambellan du roi. A Tours, le 31 mars 1450, Jacques a remplacé Louis de Culant comme grand-maître de France.

L'année suivante, le grand-maître entra dans Bordeaux après la conquête de la Guienne, à la suite du comte de Vendôme, à la tête de quinze cents lances, son cheval tout armé et richement couvert. Au siége de Bayonne, son fils Geoffroy fut armé chevalier par Gaston de Foix. Le comte de Foix, le grand-maître, le seigneur de Lautrec et le seigneur de Navailles firent leur entrée à Bayonne, le samedi 11 août 1451. Le 4 juin, le grand-maître reçut du roi Charles VII le don de la terre de Curtonj près de Branne, entre Bordeaux et Castillon, en considération et pour le rémunérer des louables et profitables services qu'il avait rendus contre les Anglais. »

Au siége de Castillon, Jacques de Chabannes eut tout l'honneur de la déroute de l'armée anglaise sous les murs de cette ville et de la mort de Talbot, dont il envoya le hausse-col au roi Charles VII comme gage de sa victoire . L'épée de Talbot était conservée au château de Madic jusqu'à la révolution 6. Le grand-maître fut blessé à Castillon et mourut à Bordeaux le 20 octobre 1453. II fut moult plaint dit Jacques du Clercq, car il était vaillant chevalier. Ce vertueux et hardi chevalier fut enterré aux Cordeliers de l'église de Bions en Gascogne, et longtemps après fut transporté à la Palisse où son tombeau existe encore.

Le grand-maître laissa deux fils, Geoffroy et Gilbert.

En 1435, leur mère, Anne de Lavieu, prit possession de Madic comme administratrice des biens de Gilbert.

L'année d'après, Antoine de Chabannes, leur oncle, acheta le château et seigneurie de Rochefort du sieur de Beuil, comte de Sancerre.

Le 14 janvier 1460 (1461), Geoffroy et Gilbert firent le partage des biens de leur père, en présence de leur mère, d'Antoine de Balsac, abbé de Souvigny, commandataire des prieurés d'Ambierle et du Moustier-de-Jalligny, et de Jean de La Tin, chevalier, seigneur de Beauvoir, exécuteurs testamentaires de leur père. Geoffroy eut Charlus, la Palisse, Montaigu-le-Blin et Châtel-Perron, et Gilbert, Curton, Madic et la Dailhe.

Geoffroy avait débuté dans la vie par une aventure romanesque. Il était au château de Montaigu-le-Blin, en Bourbonnais, avec plusieurs autres jeunes enfants nobles qui l'accompagnaient, en pleine paix et sans défiance s. Le seigneur de Pesmes, de la maison de la Beaume-Montrevel, avait pris et dé robé, d'échelle et par nuict, le chasteau, pillé et pris les biens meubles, et  emmené les enfants prisonniers! Messire Jacques de Chabannes, chevalier de très-grand façon, faisait plainte du seigneur de Pesmes en présence des deux ducs de Bourgogne et de Bourbon, lesquels s'assemblèrent à Châlons sur-Saône pour apaiser la querelle, et demandait sur ce réparation d'honneur de sa maison, de son fils et de son avoir. Il recusa le duc de Bourgogne pour juge et ne voulait admettre que le duc de Bourbon. Le duc de Bourgogne se rangea alors du côté du seigneur de Pesmes comme parent, et non pas comme seigneur, prince ou souverain qu'il était. Le seigneur de Pesmes soutenait qu'il l'avait fait à la querelle et contrevange de plusieurs griefs, pilleries et prises faictes sur Iuy et ses amis par Antoine de Chabannes, et que telles choses el telles œuvres de faict se doivent et peuvent se rendre par le semblable. » La duchesse de Bourgogne, Isabelle de Portugal, intervint, apaisa iceluy débat et fit rendre Geoffroy à son père, el les autres enfants qui furent pris avec lui.

Les ruines du vieux château de Montaigu-le-Blin, situées sur un monticule qui domine la plaine de la Loire, sont fort imposantes. Cette forteresse gardait la frontière du Bourbonnais de ce côté vers la Bourgogne, et devait être une forte position militaire. Les écussons de la maison de Chabannes y sont sculptés dans plus d'un endroit, et la tradition a conservé le souvenir de l'escalade et indique le côté où les Bourguignons pénétrèrent.

La mort de Charles VII rendit fort difficile la position d'Antoine, qui se prépara à se mettre en sûreté. De St-Fargeau il envoya un messager fidèle à Rheims, où l'on se réunissait pour le sacre du nouveau roi, lequel fut repoussé successivement par les amis de Dammartin; mais son neveu, Geoffroi de Chabannes, seigneur de Charlus, l'accueillit et l'introduisit près des ducs de Bourgogne et de Bourbon. Le premier disait que c'estoit l'un des honnestes gentilshommes du roy de France et qu'il voudroit bien qu'il se retirast vers luy et qu'il luy  feroit plus de bien que ne fit jamais le roy Charles. Le duc de Bourbon dit  que avant qu'il fust deux ans, qu'il oyrroit d'autres nouvelles, mais qu'il  gardast sa personne .

Le comte de Dammartin n'était plus à S t-Fargeau lorsque le messager qui s'appelait Voyault-Démonville, y arriva; il continua jusqu'à la Palisse où il trouva le seigneur de Charlus revenu du sacre, prit ses lettres et rejoignit son maître à Charlus-le-Pailloux.

Le seigneur de Comminges ménagea une entrevue entre Antoine de Chabannes et Louis XI, à Bordeaux; son exil en fut le résultat, et il s'en alla ès Allemaignes où il fut grand espace de temps. Il revint en France par le conseil de son neveu, Jean Vigier pour se purifier des charges à lui imposées par ses haigneux et malveillans, et se constitua prisonnier entre les mains du bailly de Macon, en 1463, fut conduit à Paris, enfermé d'abord dans la grosse tour du Louvre, puis à la Bastille.

L'ennemi de Dammartin, Charles de Melun, qui avait été chargé d'exécuter l'arrêt rendu contre lui, agit avec tant de rigueur que sa femme serait morte de faim si elle n'eût trouvé asile chez un fermier qui la nourrit, elle et son fils, pendant la fuite de son mari. Les dépouilles furent partagées ainsi : Charles de Melun prit l'hôtel de Beautreillis, à Paris, et les biens dans l'Ile de France; Geoffroy-Cœur rentra en possession de St-Fargeau et du pays de Puysaye; Waast de Montespedon eut Rochefort et Aurière que Dammartin avait acheté 10,000 écus du sieur de Beuil, comte de Sancerre. Le château de Blanquefort, près de Bordeaux, échut au seigneur du Lau.

Gilbert fut emprisonné à Toulouse en 1462. Le fait est constaté par un arrêt du parlement de Toulouse du 18 août, lequel ordonne son élargissement, étant détenu pour avoir donné retraite et favorisé son oncle. Il l'avait probablement reçu à Charlus, où il se trouvait en juillet 1461, et où il fit un accord avec Georges d'Ussel, seigneur d'Anglars, pour régler les limites de la terre.

L'an 1464, le comte de Dammartin fut instruit de la ligue du bien public et s'échappa de la Bastille avec l'aide de sa femme et de ses serviteurs, son neveu Guinot Vigier, le bâtard Vigier et Jehan de Harmes. La comtesse appela le a bâtard Vigier et luy dit : mon amy, je suis esbahye, veu que monseigneur nourri tant de gens du bien, qu'il n'y a quelque ung qui se essaiast de le getter dehors de la captivité où il est par l'injustice et tort qu'on lui faict; veu que je scay bien que ungne femme de Paris a bien trouvé moyen de tyrer hors du Louvre monseigneur de Ponts. Il répondit : Le Louvre et la Bastide ce sont deux. Elle l'exhorta encore, et finit par le décider à risquer corps et biens.

Quand Dammartin eut appris les paroles de sa femme, il fut bien joyeux, disant que c'estoit ungne bonne femme. Il appela alors Voyault et le mena en haut des murs de la Bastille pour concerter des moyens de fuite. Jean de Harmes voulait avoir des limes pour limer cinq ou six barreaux des treillis de fer d'une fenêtre; mais Voyault découvrit une grande fenêtre où il n'y avait ni fer ni bois, toute ouverte, qu'il montra en disant : Monseigneur, Dieu est  pour vous.

Ils descendirent et allèrent dans la basse-cour, où ils demandèrent à ceux de la maison une ligne et du fromage, feignant de vouloir pécher dans les fossés, et Voyault avait du plomb et un bout de chandelle. Dammartin se débarrassa d'un serviteur qu'il craignait en l'envoyant à Sainte-Geneviève dire au prieur qu'il luy prioit qu'il luy envoyast sa bible pour lire. Ils mesurèrent la hauteur des murailles, de la fenêtre jusqu'au fond du fossé, et le bâtard Vigier fut d'avis de sortir en plein midi avec l'aide des gens du Limousin qu'il connaissait dans la ville, s'offrant de tuer le portier et sa femme avec l'aide de Jehan de Harmes. Dammartin ne voulut pas consentir à ce meurtre, disant qu'en Dieu gisait tout son espérance, et que, en ce faisant, le mettroit contre luy.

Il fut conclu que le bâtard irait à Rheims, près du Tour, dont il était prévôt, pour faire faire le cordage. La corde avait trente-trois toises de longueur, et il la roula autour de son corps pour l'entrer dans la Bastille, et la cacha sous une grande pierre, dessoubs des retraictz. Guynot Vigier et le bâtard allèrent à Dammartin chercher Voyault; ils rentrèrent à Paris par une neige si épaisse que l'on ne se voyait guère l'un de l'autre, et le capitaine de la Bastille les rencontra sans les reconnaître; donc ils furent bien joyeulx et disoient que c'estoit chose  miraculeuse. Ils se logèrent dans la rue Saint-Antoine, près de la Bastille.

Le jeudi 12 mars 1464, le bâtard acheta un cheval pour le comte, de poil Bayard, très-bon ; mais il allait dur, et un autre pour son valet de chambre, D Jehan de Harmes. Il fit faire pour le comte des chausses fourrées, une jaquette fourrée  et des houseaulx fourrées, pour ce qu'il avoit jà longtemps quil n'avoit monté à cheval. Le samedi suivant, jour des Brandons, fut fixé pour l'entreprise.

Il fallait s'assurer du passage du pont de Charenton. Voyault, le bâtard et un page y allèrent. Le gardien était absent, ayant laissé sa femme pour veiller à la porte ; et le page fut jugé suffisant pour tenir le passage ouvert toute la nuit. Voyault et le bâtard l'y laissèrent et retournèrent â Paris.

Ils partirent ensuite, prirent la route de Louvres, rebroussèrent chemin, et après avoir laissé leurs chevaux sous la garde de Guynot Vigier, se couchèrent sur le bord des fossés de la Bastille, regardant la fenêtre pour voir le signal. Jehan de Harmes, natif de Beauvais, et aussi  bon et hardi homme d'armes que nul de son temps, ouvrit une fenêtre; ils se levèrent alors debout au milieu du chemin et il les vit. Ils repétèrent ce manége deux fois. Ils aperçurent un bateau attaché par des chaînes à un pieu dans les fossés de la ville. Il neigeait, grêlait et faisait grand froid, ce qui n'empêcha pas Voyault de se dépouiller tout nud, se jeter à l'eau et s'emparer du bateau. Il faisait clair de lune et il eut peur d'être vu de la Bastille. Le bâtard lui apporta ses habits dans le bateau, et ils le menèrent dans les fossés de la Bastille par une brèche communiquant avec les fossés de la ville pour le passage des eaux. Harmes ouvrit la fenêtre une troisième fois et jeta un bout de la corde dans le bateau qui était au pied de la tour, et le bâtard et Voyault se recommandèrent de bon cœur à monseigneur Saint-Nicolas. Le comte descendit par la corde, un bâton entre les jambes, et Jean de Harmes le suivit. Ils trouvèrent alors Guynot Vigier gardant les chevaux, montèrent tous à cheval, allèrent au pont de Charenton qu'ils trouvèrent tout ouvert et passèrent la Marne. Ne pouvant réveiller le meunier qui gardait le bac pour passer la Seine, ils continuèrent jusqu'à Corbeil. Arrivés aux faubourgs de Corbeil, du côté du château, ils trouvèrent les portes closes; mais si bien leur advint qu'un jeune clerc allant à matines leur ouvrit la porte, et ils traversèrent la ville. La porte était fermée ; Voyault gronda le portier de n'être pas plus matinal, lui donna six, blancs et la fit ouvrir.

Sortis de la ville, près de la maladrerie se trouvait une croix, devant laquelle Dammartin s'arrêta, descendit de cheval et s'agenouilla, faisant grant révérence et honneur à la dicte croix, rendant grâces à Dieu et à sa benoiste mère de sa délivrance, et ce fait, remonta à cheval avec sa compaignie. Ils étaient sept; Dammartin, les deux Vigier, Voyault-Dimonville, Jehan de Harmes, le page et le guide.

Dammartin se réjouissait chemin faisant, et chantait à haute voix de grande joie d'être délivré. Il continua jusqu'à l'abbaye de Ferrières, où il fut reconnu, et donna cent sous pour faire recouvrir l'image vénérée de Notre-Dame-de-Bethléem alla à Sancerre qui tenait pour le duc de Berry et appartenait à son ami, Jean de Beuil, qui était fort mécontent du roi à cause de la charge d'amiral de France qui lui avait été ôtée et donnée au seigneur de Montauban. A Sancerre , Dammartin s'empara d'un messager que Geoffroy-Cœur envoyait à l'archevêque de Bourges, son oncle, le mena à St-Fargeau, et, par une ruse, attira Geoffroy-Cœur Lors du château , le fit prisonnier et le força à faire ouvrir la porte. Le château était complètement vide; Geoffroy-Cœur avait envoyé les meubles à Bourges en lieu de sûreté.

Le comte de Dammartin s'en alla à Moulins, et laissa Geoffroy Cœur sous la garde des Vigier et de Voyault, qui le conduisirent à Aisnay-le-Château. où ils le laissèrent sous la garde de Jean de Ferrières, qui fut accusé plus tard de l'avoir laissé échapper pour une somme d'argent.

Gilbert de Chabannes, seigneur de Curton, avait élé mis dès sa jeunesse auprès du duc de Berry, frère du roi, depuis duc de Guienne, qu'il servit fidèlement jusqu'à sa mort.

Après la guerre du bien public, terminée par le traité de Conflans, son oncle Dammartin recouvra ses biens et rentra en grâce l'année suivante La restitution de Curton en faveur de Gilbert est datée de Bordeaux, le 10 février 1465.

Dans les démêlés entre le prince son maître et le roi, Gilbert joua le rôle de conciliateur, et ne fut pas étranger à la détermination du premier d'accepter la Guienne pour apanage.

La fermeté de Dammartin avait sauvé le roi et le royaume, par son refus d'obéissance aux ordres du roi, prisonnier a Péronne, de licencier ses troupes.

Des lettres-patentes du roi, données à Baugé, le 17 mai 1169, prouvent la faveur de Gilbert ; elles portent que toutes les causes qu'il avait pendantes seraient sursises pour un an , d'autant qu'il était occupé des traités entre le roi et son maître.

Cette même année, Gilbert prit possession des terres de Rochefort et d'Aurière, qu'il avait acquises de son oncle Dammartin, et se maria le 16 novembre à Françoise de La Tour-d'Auvergne, au palais de Vic-le-Comte. Ce mariage a été traité pour le duc de Guienne, par MM. du Bouschage et de Montfaucon, ses conseillers et chambellans. Le duc de Guienne donna les terres de Caussade et de Sr Livrade, et 300 livres de rente à Gilbert. Ces terres étaient près de Montauban, et dans le voisinage de Mirabel et Béalville , ajoutées par Louis XI, en 1478. Gilbert était seigneur de Curton et grand sénéchal du pays de Guienne , conseiller et chambellan du prince; il possédait en Auvergne, Madic, la Daille, Rochefort et Aurière.

Françoise apporta une dot immense : la moitié de la terre de Tiniières, située en Limousin, entre Charlus-le-Paillonx et la Dordogne , avec tous les fiefs y compris; Saignes, Solou-la-Gane et la Roche-Marchalm, en Auvergne. Ces terres touchaient à la Dailhe, qui les unissait. La Roche Marchalm était dans la paroisse de Champs, entre la Trémouille, Marchalm et Madic , d'où la vieille tour de la Roche se voit. Outre ces terres, elle avait 20,000 écus d'or en argent comptant. Le château de Rochefort fut la résidence de douaire.

Fille de Bertrand VI, comte d'Auvergne et de Boulogne, ses tantes avaient épousé Louis de Bourbon, comte de Montpensier, dauphin d'Auvergne, grand-père du connétable de Bourbon ; Guillaume de Bretagne , comte de Penthièvre, grand-père de Jean d'Albret, roi de Navarre, et d'Armand d'Albret, seigneur d'Orval. Sa mère, Louise de La Trémouille, était fille du fameux ministre et favori du roi Charles VII, et toute du fameux chevalier Louis II de La Trémouille , mort à Pavie , frères d'armes de La Palisse et de Bayard. Le frère de Françoise épousa Jeanne de Bourbon-Vendôme, veuve du duc de Bourbon, beau-frère d'Anne de Beaujeu, et ses sœurs épousèrent Aymar de Poitiers, seigneur de

St-Vallier, grand-père de la célèbre Diane, et le duc d'Albanie, frère de Jacques III, roi d'Ecosse. Les deux filles de son frère épousèrent les ducs d'Albanie et d'Urbin. Catherine de Médicis, fille de ce dernier, hérita de tous les biens de la maison de Boulone.

Le duc de Guienne mourut en 1172, et Gilbert s'attacha au service de Louis XI, qui le chargea de saisir les biens meubles de son frère.

Les années 1473 et 1474 furent occupées par la guerre et les négociations. Le gouverneur du Limousin, seigneur de Curton, servit sous les ordres de son oncle, le comte de Dammartin, en Normandie et en Picardie, et fut chargé par Louis XI de pleins pouvoirs pour traiter la paix faite avec le duc de Bourgogne à Bouvines. Les lettres données à Gilbert sont datées du 3 février 1473 (1471).

Le procès du duc de Nemours eut lieu en 1477. Dammartin s'y trouva impliqué, et ses neveux sont cités par les témoins. Gilbert fut accusé de complicité dans toutes les menées de son oncle, d'attachement aux princes de Bourbon et d'avoir dit à son médecin, étant fort malade, que la plupart des seigneurs et  capitaines du royaume branleraient avec eux.

Après la mort du duc de Bourgogne, le roi s'empara du comté de Boulogne, indemnisa Bertrand de La Tour, comte de Boulogne, et, pour éteindre la suzeraineté, il la conféra à la sainte Vierge. Le 14 mai 1477, Gilbert était à Senlis, où il signa un traité avec son beau-père, par suite de cette spoliation, qu'il ratifia à Madic, le 31 décembre suivant.

Le duc Maximilien d'Autriche envoya une ambassade au roi, a Arras, où une trêve fut conclue, et le seigneur de Curton , gouverneur du Limousin, y contribua. Un esprit conciliant et adroit était le trait le plus saillant de son caractère, et Louis XI l'employa souvent comme négociateur.

Le duc d'Albanie arriva en France en 1479, et le roi le reçut avec éclat. Il était petit-fils de Jacques 1er, poète distingué, et neveu de la première femme de Louis XI, douce et charmante princesse qui mourut victime de la calomnie. Le duc d'Albanie venait de s'échapper, par son courage et son adresse, de la prison où la jalousie du roi, son frère, l'avait jeté. L'année suivante, il épousa Anne de La Tour, belle-sœur du seigneur de Curton.

En 1482, le duc d'Albanie s'allia au roi d'Angleterre, Edouard IV, contre son frère, le roi d'Ecosse; il résista à la tentation d'obtenir la couronne et employa son influence en faveur de la paix, qu'il négocia, non seulement entre l'Angleterre et l’Ecosse, mais il obtint la mise en liberté du roi, son frère, retenu prisonnier par sa noblesse. Cette noble conduite fui payée d'ingratitude; il fut accusé d'aspirer à la couronne, se retira de nouveau en France où il mourut en 1486.

Jean Stuart, duc d'Albanie, son fils, épousa sa cousine, Anne de La Tour, en 1505, et s'établit en Auvergne où elle avait d'immenses possessions. Il fit les campagnes d'Italie sous Charles VIII, Louis XII et François 1er, avec distinction, fnt gouverneur de Bourbonnais, Auvergne, Forez et Beaujolais, et capitaine de cent hommes d'armes.

Le vœu de l'Ecosse rappela le duc d'Albanie; il devint régent de ce pays, déchiré par les factions. Triste échange pour la douce vie de France! Il quitta à regret, en 1515, son château de Mirefleurs, sa belle Auvergne et sa femme, qu'il aimait tendrement. La faible santé d'Anne de La Tour-d'Auvergne le ramena en Auvergne, d'où les instances de son ami, Frànçois Ier, et ses devoirs de régent l'arrachèrent de nouveau, et il débarqua en Ecosse, le 19 novembre 1521. La mort de sa femme, la défection du connétable et la guerre d'Italie décidèrent son retour en France, et le régent quitta l'Ecosse pour toujours. Sa conduite chevaleresque, après le désastre de Pavie, excita l'admiration de ses contemporains, et, si quelques historiens ont calomnié ce prince distingué, la postérité est plus équitable et apprécie les difficultés de sa position, placé entre une noblesse turbulente et factieuse, et une reine-mère qui livrait les secrets de l'Etat à son frère, Henri VIII. Le duc d'Albanie gouverna avec habileté, dirigea avec intelligence l'éducation du roi, tâche difficile et pénible contrariée par la reine-mère, princesse avare, intrigante et coquette, qui le poursuivait d'agaceries et de calomnies. Le duc d'Albanie bâtit le beau château de Mirefleurs, près de Vic-le Comte, et y mourut en 1536.

Gilbert n'était point à la défense de Thérouanne : son lieutenant commandait sa compagnie, tandis qu'il suivait le roi à Dijon. Il assista, en 1480, à la féte donnée par le cardinal de Bourbon au légat du pape, le cardinal de St-Pierre, ad vincula, Jules de La Rovère, depuis, le pape Jules II  ; il fit partie du conseil tenu à Blois , le 23 octobre de la même année, où le duc Jean de Bourbon fut nommé connétable.

L'année 1484 s'ouvrit par les Etats-Généraux convoqués à Tours, et la réaction contre le gouvernement du feu roi Louis XI. Charles d'Armagnac demanda justice des sévérités exercées contre sa famille, et son avocat prononça un discours qui émut l'assemblée de pitié. Après la séance, plusieurs princes et seigneurs étant entrés dans la chambre du roi, le comte de Dammartin, alors présent, dit: Tout ce qui a été fait dans cette occasion a été exécuté par ordre du roi, et je soutiens que cela a été fait justement; car, ajouta-t-il, ledit d'Armagnac était  coupable et traître. Sur ce, le seigneur de Comminges et quelques autres qui étaient du parti d'Armagnac, répliquèrent que Dammartin en avait menti par la gorge; puis, ayant tiré leurs épées, ils allaient se battre ensemble, si le respect pour le roi et les princes ne les eût empêchés.

Gilbert de Chabannes, veuf de Françoise de Boulogne, se remaria le 20 août 1484, à Paris, avec Catherine de Bourbon-Vendôme. Le mariage se fit à Paris en présence de haut et puissant prince Monseigneur François de Bourbon, comte de Vendôme. Catherine avait 11,000 livres tournois de dot, et les enfants étaient substitués aux nom , armes et prééminences de la maison de Vendôme, en cas que Bourbon-Vendôme s'éteignit sans enfants mâles. Le château de Rochefort fut assigné pour résidence de douaire. Le château de Charlus est mentionné comme appartenant à Gilbert 1.

Catherine était fille de Jean de Bourbon, 2° du nom, et d'Isabeau de Beauvau, dame de Champigny et de La Roche-sur-Yon. Son frère aîné, François, était ce charmant comte de Vendôme, l'ami de Charles VIII, mort au retour de la campagne de Naples. à Verceil, en Piémont, le 2 octobre 1495. Il avait épousé la fille du connétable do St-Pol, Marie de Luxembourg. Antoine de Bourbon, roi de Navarre, le père d'Henri IV, était leur petit-fils. Le frère cadet, prince de La Roche-sur-Yon , épousa la sœur du connétable de Bourbon, et fut tige de la branche de Bourbon-Montpensier, qui finit parla mère de la grande Mademoiselle. Jeanne de Bourbon, sa sœur, épousa le duc de Bourbon, en 1487, et en secondes noces, le comte d’Auvergne, beau-frère de Gilbert de Chabannes- Cette alliance rendit Catherine de Bourbon, tante (les duchesses d'Albanie et d'Urbin, et de Catherine de Médicis, fille de cette dernière.

Gilbert avait un fils du premier lit, Jean, nommé dans le contrat de mariage de son père, et, en 1487, par la donation de Charlus ».

Charles VIII fit son entrée à Troyes, le 11 mai l486j Gilbert y était. En juillet 1487, il signa l'acte qui rendit les biens aux héritiers du connétable de St-Pol parut dans un acte, à Chinon, en 1488, et signa le traité de paix entre le roi des Romains et l'archiduc Philippe, son fils, et ceux du pays de Flandres, le 1e r octobre 1489, à Montils les Tours.

Le 22 février 1489, Gilbert signa le contrat de mariage de sa belle-sœur, Charlotte de Bourbon-Vendôme, et d'Engilbert de Clèves, comte de Nevers, à Saint-Pourçain, et le lendemain, à Gannat.

Le dernier acte de la vie publique du seigneur de Curton fut l'échange des ratifications du traité d'Etaples, le 15 décembre 1492, à Blois. Ce traité entre les rois de France et d'Angleterre fut conclu à Etaples-sur-Mer, le 3 novembre 1492, et la ratification du roi de France, donnée à Ambroise, le 13 décembre. Signé Charles, et sur le repli, par le roi, le duc d'Orléans, le comte de Ligny, le seigneur de Curton, etc., etc.

Gilbert de Chabannes, baron de Rochefort et de Caussade, seigneur de Curton et de Madic, conseiller et chambellan du roi, chevalier de l'ordre de St-Michel dès 1469, gouverneur et sénéchal du Limousin en 1473, mourut à Paris air commencement de l'année 1493. Il avait fondé les grands établissements de sa branche en Auvergne.

Le château de Madic, qui tombait en ruine, fut réédifié par Gilbert et sa première femme, Françoise do Boulogne, sous la direction de Blardin Bompart, seigneur d'Auzers, qui fut exempté du ban et de l'arrière-ban par le roi Louis XI, pour considération de ce que notre bien-aimé Blardin Bompart est continuelle ment et ordinairement occupé au service de notre amé et féal conseiller et chambellan le seigneur de Curton, gouverneur du Limousin , et en faveur de notre dit conseiller, qui de ce nous a très-instamment supplié. Ces lettres sont datées du Quesnoy, le 1° mai 1470

Ce magnifique château était formé de plusieurs grosses tours que des corps de logis liaient ensemble; une grande cour se trouvait au milieu, et deux tourelles défendaient l’entrée, avec la herse et le pont-levis. La tour St-Yves avait été conservée de l'ancienne forteresse, et la chapelle était dans la cour à coté. Il y avait une autre petite chapelle isolée sur une terrasse, près du pont-levis et dominant la Dordogne. L'une des tours portait le nom de Françoise. Des fossés entouraient trois côtés, le quatrième était à pic sur la Dordogne et inaccessible. De vastes souterrains existent de ce côté , qui ont probablement servi d'écuries, et quelques restes de peintures à fresque se voient sur les vieilles murailles des tours, dans l'intérieur des appartements- La toiture était couverte de tuiles de couleurs diverses, disposées de façon à former le dessin des armoiries de la maison de Chabannes : de gueules au lion d'hermine, lampassè, armé et couronné d'or.

A l'aide de l'inventaire fait après le décès de Gilbert, à la requête de dame Catherine de Bourbon , sa veuve, et de Jean de Chabannes, seigneur-comtour de Saignes , son fils et unique héritier, il est possible de pénétrer dans la vie intérieure des habitants du vieux manoir. La grande salle était tendue de tapisserie aux armes de feu Monseigneur et de Madame Françoise de Boloine, à certains personnages et damoiselles qui tiennent les excussons et rolleaux escriptz, et le surplus de verdure. > Dans la chambre de Catherine, sept pièces de drap noir, remplaçant la tapisserie pour tenture de deuil, un pavillon, la couverture de la couchette, d'un banchel  tout pareil.

L'ameublement était simple au XV° siècle ; les siéges étaient rares; des escabelles, des formes et des bancs; les énormes lits servaient à deux fins, pour s'asseoir le jour et se coucher la nuit, les couches avaient dix ou douze pieds carrés, les couchettes six. Des bahuts remplaçaient les commodes et armoires modernes. La richesse et le luxe se déployaient dans des tapisseries de Flandres tendues sur les murs; des tapis de Turquie étendus sur les tables et sur les carreaux de faïence qui formaient les planchers, et en de vrais trésors en vaisselle d'or et d'argent. Des vitraux de couleur chargés d'armoiries, de devises et d'images de personnage garnissaient les petites fenêtres qui donnaient souvent sur la cour intérieure. Les portes étaient extrêmement petites, cachées par des portières, les murs fort épais, les cheminées énormes, et le froid devait pénétrer fort difficilement dans les habitations féodales. Elles sont devenues presque inhabitables depuis que les restaurations des XVII° et XVIII° siècles ont élargi les portes et fenêtres et diminué les foyers. Le salon est d'invention moderne. Une salle énorme servait pour les réunions de tous genres, et l'on s'y assemblait pour les repas.

« Une chambre plus haute de la dicte tour ou souloit coucher feu monseigneur et ma dame était tendue de tapisserie verte à chiens et oiseaux et petistes  bestes, avecques la couverture du lit et le siel, la couverture de la coucheta  et le siel et un banchel, tout de mesmes tapisserie, avecques deux rideaux de  sarge verde. La chambre au-dessous était meublée à peu près de même, ainsi que la plus élevée L'étage supérieur servait pour le guet, la défense, et tout en haut était le chemin de ronde ; cette tour devait avoir une élévation considérable : rez-de-chaussée, les trois étages de logements, et la partie militaire. Elle donnait du côté de la garena ».

La tour Françoise était semblable. Les nombreuses chambres mentionnées sont toutes tendues de tapisseries, ce qui formait l'ameublement le plus recherché et le plus magnifique. Des lits garnis de rideaux de velours noir et violet, à fleurs de lys d'or, de taffetas cramoisi, de toile brochée à filets d'or indiquent le luxe et le goût du jour.

Le lit de camp et la tente de guerre de Monseigneur ne sont point oubliés.

Les chambres des gens sont sans tenture ni rideaux.

Les chambres de madame de Saint-Jal et des femmes de madame étaient meublées en tapisserie.

Dans la bolongaria, la botelharia, la chambre du linge, la chambre du trésorier, il y avait des lits, et le  « maistre des fosses » avait quatre lits » pour son coucher et ses gens.

A en juger par les ustensiles, la cuisine ne devait pas être fort compliquée; il n'y a que des broches, des chaudrons, des poiles et des rôtissoire. Il y a neuf broches.

Le linge est détaillé et devait être beau ; la toile de Hollande, de Venise, damassée à fleurs de lys, et en quantité.

L’argenterie est magnifique et fort considérable. Il suffit de nommer quelques

pièces.

«  Une coupe d'or garnie de son couvercle.

Une auge d'argent aux sercles poesant cinquante-six marez six onze et demye.

Une corbelle d'argent a trois anses et a trois petits pies que poese trente-deux marez quatre onzes et demye.

Deux grans botelhes a pie et a deux excusons aux armes de feu monseigneur. »

Trois pages sont consacrées à la vaisselle d'or et d'argent, des pots, coupes, tasses, aiguières, brocs, bassins de toutes formes, avec et sans couvercle, des plats et quarante cinq escuelles, plusieurs salières, « des drageoers une navette couverte Eux armes de feu monseigneur de Guienne, du temps qu'il estait duc de Beri, qui poese trois marez deux onzes dix huit deniers, quatre  chandelliers a tour creneles, daures au pie et partie de la crenellarie aux armes de feu monseigneur, qui poezent quatorze marez dix-huit deniers.

Une saliere a piliers, couverte, et une petite baniere au dessus, aux armes de feu Monseigneur et de ma dite dame, qui poeze ung marc quinze deniers. »

Gilbert avait les habitudes d'élégance du temps; la liste de ses effets l'atteste.

« Premièrement, trois coliers d'or a l'ordre desquieulx fault rendre le grant aux couquilhes au roy, poezant les deux petits ung marc troix onzes et vingt-trois deniers.

Ung camal d'or a dix dyamens enchassés, dont il ny a quatre dyamens à dos  d'ezne et quatre cuers tailies en face, et ung en louzange et ung autre petit en louzange, poezant le tout treze onzes dix-huit deniers. »

Il y a cinq objets en diamans, et deux bagues d'or avec des pierres précieuses.

« Une petite pomme d'or ouvrée out il a des senteurs. »

L'une des habitudes les plus élégantes du temps était de respirer le musc; c'est l'un des traits par lequel Shakespeare désigne un merveilleux.

Une seringue, un cure-oreille, le coquemart du barbier, « ung pot la out , lon faisait chaufer l'eau dudict deffunt, » en argent, montrent la recherche de propreté journalière.

Six petites cruches d'argent et deux sceaux, idem. « Une layette  d'argent  servant à confiture, garnie de son couvercle et dix culiers d'argent dedans, •, poesant neuf marcs une onze vingt deniers. »

La ceinture d'épée de cuir garnie d'or, « laissée par ma dame à son fils. » L'épée est « demourée sur la tombe. »

Vingt-trois clous et une boucle d'argent doré; les clous pour river l'armure évidemment, et une pomme d'argent doré à mettre sur la sallade et quatre douzaines de crivestes.

Un livre de l'ordre

« Les heures que ma dame a eues. »

Des robes de damas, fourrées de zibeline, de martre du pays, de satin, de velours, de taffetas. Un pourpoint de satin barré d'or.

En argenterie, pour l'usage personnel : « seize plats, quatorze escuelles, des  tasses, chandelliers, salières et coupes. Un calice et des aiguières. »

Les bijoux de Catherine remplissent trois pages et feraient la joie d'une femme de nos jours. Il y a des camails, colliers, chaînes et bagues d'or, d'émail, avec des diamans et diverses sortes de pierres précieuses, puis des rosaires, des reliquaires et des jeux d échecs de prix.

Le trésor est évalué en livres tournois «  cinq mil, trois cens vingt et quatre  livres, sept solz, et sept deniers. » Il se composait de monnaies diverses telles que des « escuz à la corona, ducatz, quartz de Savoye », testons, flourins, rides, lions et nobles a la rouse. » C'était un vrai trésor; à peu près trente mille francs de notre cours.

Le catalogue des livres nous initie plus encore dans les goûts du ménage; ils sont fort bien choisis. Cette partie de l'inventaire est trop intéressante pour pouvoir être tronquée.

Inventoire des livres en lutin et en françoys moullés et escriptz à la main, tant en parchemin que en papier.

Premièrement, ang petit livre de parchemin escript de lectre bastarde, couvert de belos noer, intitulé de lan M. CCC. LXXVII, dune escription de lempereur au roy de France.

Plus Clariadus et Meliadice, escript à la main 8.

Plus la Destruction de Troye, à la main, en papier.

Plus grand sautier de parchemin, de lectre de forme, une quantité de messes, au darrière couvert de cuyr rouge.

Plus ung autre sautier, en parchemin, lectre de forme, escript de plusiours chouses.

Plus une cronologie des croniques de France, en parchemin, de lectre bastarde, couvert de rouge et boullonne .

Plus unes gestes de France, en parchemin, escriptes de lectre bastarde, ferme dardent, les armes dun cardinal aux fletz.

Item deux grans volumes de la Mer des Hystoires, en moulle.

Plus deux volumes du vieux Testament et du nouvel, en moulle.

Plus un livre de balalhes, escript de lectre bastarde, illuminé d'or et asur.

Plus le Pelerin, en parchemin, couvert de belos noer.

Plus le roman de la Rouze, en parchemin, escript en lectre de forme.

Plus l'Agulhon damours.. , compouse par Bonaventure, de parchemin, lectre

bastarde, couvert de camelot viole.

Plus la proulange du livre de Vraye-Mitié, fait par Monseigneur des Cordes, en parchemin, escript de lectre bastarde.

Plus ung breviaire escript à la main, en parchemin, lectre de forme, tout illuminé d'or et d'asur, les fermeurs d'argent daure.

Item une legende dauree en moulle .

Plus ung petit livre de parchemin couvert de belos, ferme de deux agulhetes de soye, qui se appelle et commence : Liber puex loquox profecte.

Plus le livre de bonnes mœurs, escript à la main, en papier.

Plus Pontvs, en papier, escript à la main.

Plus ung livre des Louanges de la Vierge Marie, de parchemin, escript de lectre bastarde.

Plus les Begles de sainct Benoist, en parchemin.

Plus les Omelies de sainct Gregoire, en papier, escriptes à la main.

Plus ung livre de Perfecta imilatione Christi et contentum omnium vanitatum mumli, en parchemin, lectre de forme.

Plus ung livre de la dame du Verger, en parchemin, lectre bastarde.

Ung petit livre en parchemin, escript en lectre de forme, des Commandements de la loy.

Plus ung petit livre de parchemin, escript en lectre bastarde , couvert de rouge, intitulé : Generose indolis Petro de Saluces.

Plus unes hystoires romaines, escriptes à la main, comme Julius Caesar gouverna l'empire romain.

Plus ung petit livre iles Regles de sainct Bernard : Son est bonus coulamus si tunctorum quispite.

Plus ung autre en parchemin, lectre bas tarde, hystoire le commencement de l'Annonciation.

Plus les Meditacions sainct Augustin, en parchemin, intitule : Domine Drus mem.

Plus ung petit livre en parchemin, lectre romaine, les sarures de soye verde.

Plus ung livre en papier, escript à la main, intitule : Francisci Aretini.

Plus ung petit livre en parchemin, lectre bastarde , couverte de vert au regimen de Monseigneur de Guienne , la farure d'argent daure aux armes à troix fleurs de lys.

Plus unes autres Regles de saint Benoist, couvertes de parchemin.

Plus ung livre de parchemin , intitule : Hic liber qui corrector vocatur et me

dicus.

Plus la Confession Olivier Mallard, en françoys.

Plus le Jouvenceau, en parchemin, lectre bastarde.

Plus ung petit livre de papier, commence : Hodie mecum eris in paradiso.

Plus une Passion en François, en parchemin, escripte à la main.

Plus deux volumes de la Passion, en parchemin, lectre bastarde.

Le Voyaige de Jerusalem, en moulle.

Le Commentaire de Jullius Caesar.

Plus une Passion en françois, en papier, escripte à la main, couverte de cuyr vert.
Plus la Senture de Noblesse.
Plus la Cresme du Sautier.

Catherine de Bourbon et Jean de Chabannes, seigneur de Saignes, étaient présents; leurs chambres sont désignées, ainsi que celles de Mme de Saint-Jal et Mgr de Valans. Ce dernier était frère de Robert de Balzac, cousin-germain de Gilbert, nommé parmi les exécuteurs testamentaires par procuration, pour son beau-frère, Louis Mallet, seigneur de Graville et de Marcoussis, amiral de France. Robert de Balzac, sénéchal de l'Agenois, faisait sa principale résidence dans la Haute-Auvergne, au château de St-Chamand ; il y fonda, en 1484, un chapitre de dix chanoines, et fit bâtir une église collégiale qui était un chef-d'œuvre d'architecture. Les boiseries des stalles étaient sculptées admirablement. Robert de Balzac était fort lettré; il a écrit la Nef des princes et Bataille de noblesse, imprimé en 1502.

Jean Vigier, évêque de Lavaur; Geoffroy de Chabannes , seigneur de Charlus,

et noble homme Christophe de Tansannes étaient les autres exécuteurs, avec Catherine de Bourbon

Nous trouvons Christophe de Tansannes parmi les officiers de la maison C'est une famille du Bourbonnais, dont l'un des membres a été attaché au connétable de Bourbon. MM. du Crest et de La Curée, nommés dans l'inventaire, étaient aussi de cette province; le dernier nom, célèbre dans les guerres civiles. Noble Antoine de Chapitol, l'un des officiers de la maison , était seigneur du Châtelet, près d'Ydes, et noble Antoine de Douhet, escuier, seigneur d'Auzers, garde des sceaux de Gilbert de Chabannes, était gendre de Blardin Bom par. Noble Nicolas Féron était maître-d'hôtel de Catherine de Bourbon , « sire Jehan Baudet. thrésourier » du défunt, et noble Giles Cornil, escuier, maître-d'hôtel de Mgr de Saignes. Mme de Saint-Jal était à la tête du linge, des femmes et au service de Catherine.

Après la mort de Gilbert, sa veuve se retira à Rochefort, où sa mémoire est encore vénérée. La tradition populaire lui attribue le miracle des roses, et Catherine de Bourbon est morte en odeur de sainteté. Son tombeau existait à Orcival jusqu'à la révolution.

Catherine était liée de parenté et d'amitié avec Anne de France, duchesse de Bourbon, et mit opposition à Moulins, le 9 décembre 1528, lors de la saisie des biens du connétable de Bourbon, pour la seigneurie d'Escolle, qui lui avait été donnée par Anne de Bourbon. Elle est désignée dame d'Aurière , Rochefort, Champs et la Roche-Marchalm.

Les châteaux de Madic et de Rochefort étaient les clefs du hault-pays d'Auvergne et commandaient la route de Clermont à Mauriac. Madic pouvait recevoir une garnison de mille a douze cents hommes. Une position militaire si importante , qu'elle comptait encore du temps d'Henri IV, après l'introduction de l'usage du canon , peu utile dans ces montagnes presque inaccessibles alors par la difficulté des chemins.

La branche aînée possédait dans le Bourbonnais la ligne de forteresses qui gardait le cours de la Bèbre, et la frontière de Bourgogne, depuis la Palisse jusqu'à Dompierre et Montaigu-le-Blin. Toutes ces possessions se trouvaient près de la Palisse, position importante qui dominait la route de Lyon.

Gilbert avait de grands établissements en Guienne, le château de Curton et les terres données par Louis XI.

Son fils Jean aimait la Gascogne, céda les terres d'Auvergne à son fils, et s'y fixa définitivement. L'auteur d'une généalogie manuscrite de la maison de Chabannes, écrite sous le règne de François Ier, l'appela son bon seigneur et maître, bon  chrétien et bon Gascon, suivant sa noble race, issue comme dit est de Bigorre.

Jean se maria quatre ans après la mort de son père, avec Françoise de Blanchefort, fille de feu noble et puissant seigneur messire Antoine de Blanchefort, chevalier, seigneur de Boislamy et de Nozerolles, et dame Gabrielle de Layre, fille do Jehan de Layre, seigneur de Cornillon, d'une grande maison du Forez. Elle n'était âgée que de quatorze ans, et apportait en dot le château et la terre de Boislamy. Françoise avait Charlus pour résidence de douaire. La terre de Nozerolles, en la Marche, est entrée dans la maison de Chabannes par ce mariage '. La maison de Blanchefort était une branche cadette de la maison de Comborn, alliée très-près des d'Auhusson, ce qui renouvelait les alliances faites en 1171 avec ces mêmes maisons par le mariage d'Eschivat de Chabanais et de Matabrune de Ventadour. Ce mariage se fit au retour de l'expédition du roi Charles VIII en Italie.

Le séjour de Jean de Chabannes à Madic, en 1501, est attesté par des lettres de Louis XII en faveur de Jean de Chabannes, son cousin, pour procéder à l'enquête qu'il désire faire contre le prieur de Bort, pour le passage du bateau de Madic, et plusieurs hommages de fiefs qui lui furent rendus.

Jean de Chabannes, seigneur de Curton, était chambellan du roi Louis XII 3 et l'accompagna en Italie pendant la campagne de 1509 *. Au siége de Fontarabie, en 1512, le seigneur de Curton fit des efforts incroyables avec les Gascons et les Basques du roi de Navarre.

Jean a été le premier auteur des substitutions de Curton et des terres d'Auvergne, qui ont été ainsi conservées à la famille jusqu'à l'époque de la révolution de 1789.

Le 28 janvier, l'an 1522 (1523), le mariage du fils aîné de Jean, et de Françoise de Blanchefort, se fit au château de Ventadour. Par le contrat de mariage, toutes les terres paternelles étaient assurées à Joachim de Chabannes, et les terres de Boislamy et de Nozerolles au second fils, François, qui porta le nom de Blanchefort. La vaisselle d'or et d'argent devait être partagée également.

Péronelle de Lévis, la mariée, était fille du comte de Ventadour, et veuve de haut et puissant seigneur Andrieu de Crussol, vicomte d'Uzès, sénéchal de Beaucaire.

Les parents les plus proches étaient présents, et les oncles de Joachim de Chabannes, le duc d'Albanie et le maréchal de Chabannes. Après la solennisation du mariage, fut faite la vérification des sommes reçues, et le détail très-intéressant du trousseau s'y trouve. Il était composé de robes en toile d'or frisée, en toile d'argent, en satin broché riche, velours violet, cramoisin, satin et taffetas, et fourrures, valant deux mille livres tournois .

L'année 1523, au mois de septembre, eut lieu la fuite du connétable de Bourbon, un événement où la maison de Chabannes prit part de diverses façons. C'est du château de la Palice que le connétable partit pour Chantelle, et le maréchal du Chabannes et le grand-maître de Savoye Tende, avaient la charge de l'arrêter. Joachim de Chabannes, seigneur de Curton, envoyé à Cbantelle par le maréchal, arriva après le départ du connétable, et le manqua de peu d'heures. L'évêque du Puy , frère du maréchal, ses cousins Aymar de Prie et Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, étaient fortement compromis dans cette conspiration, et le roi donna une grande preuve de confiance au maréchal en le nommant l'un des juges. Les deux branches de la maison de Chabannes étaient alliées de très-près au connétable, par les alliances avec les branches de Bourbon-Vendôme et Bourbon-Carency, avec les dauphins d'Auvergne et avec la maison de la Tour-d'Auvergne.

Le duc d'Albanie chargea Joachim de Chabannes, son cousin, en qualité de lieutenant de sa compagnie, de la réforme des gens d'armes mal vivants, le 27 février 1523 (1524):

La bataille de Pavie fut livrée le vendredi 24 février, jour de la Saint-Mathias, 1524 (1525), jour aussi néfaste pour la maison de Chabannes que pour le royaume de France. Le maréchal y fut tué, ainsi que François de Chabannes, seigneur de Blanchefort, et le père de ce dernier, Jean de Chabannes, seigneur de Curton, fut fait prisonnier 3. Joachim servait dans la compagnie du duc d'Albanie, qui faisait partie du corps d'armée envoyé à Naples. Aux funérailles du maréchal, il ne paraît aucun membre de sa maison, excepté son fils Charles, en bas-âge; le fils aîné du maréchal était mort; son frère Vendenesse avait été tué glorieusement en Italie, i côté de Bayard, l'année précédente, et son cousin germain, le seigneur de Curton, était prisonnier de guerre. Les deux fils de ce dernier, l'aîné, Joachim, était avec l'armée du duc d'Albanie; François, le cadet, avait été tué à Pavie. Le frère du maréchal, Antoine, évêque du Puy, était en prison à Loches, pour sa participation dans la conspiration du connétable, d'où il ne sortit qu'après le traité de Madrid.

La branche de Dammartin était éteinte par la mort de Jean de Chabannes, comte de Dammartin, avant 1503, et tous les biens passèrent dans la maison d'Anjou-Mezières. La grande mademoiselle recueillit une grande partie de l'héritage, fit peindre une salle dans le château de Saint-Fargeau des alliances de la maison de Chabannes, très-bonne et illustre, dit-elle, dans ses mémoires, et j'ai beaucoup de joie d'en être descendue. »

Le 28 juin 1526, Joachim se maria pour la seconde fois; il avait deux filles de son mariage avec Péronelle de Lévis. Sa seconde femme, Louise de Pompadour, était fille de messire Antoine de Pompadour, seigneur dudit lieu, vicomte de Comborn, et de dame Catherine de la Tour-d'Oliergue. Le mariage se fît au château de Pompadour, en Limousin.

Joachim donna sa ratification à une transaction passée entre le pape Clément VII et le duc d'Albanie, le 22 août 1531, et le 12 janvier suivant il a fait une déclaration que la transaction qu'il avait faite avec le pape, comme curateur de madame Catherine de Médicis, a été forcée par la crainte d encourir la haine du pape et du roi.

Le troisième mariage de Joachim avec Claude de la Rochefoucauld, se fit au château de Barbezieux, en Angoumois, le 31 décembre 1555. Le contrat fut ratifié par son père Jean, au château de Curton, où Joachim promit de ne pas venir au contraire de l'usufruit dont Jean jouissait Joachim avait eu un fils et trois filles de Louise de Pompadour. Il est à remarquer que ces trois alliances étaient avec de très-grandes maisons du Limousin et de l'Angoumois, d'où la maison de Chabannes tirait son origine.

Après la mort du duc d'Albanie, en 1536, sa compagnie de cent hommes d'armes fut partagée entre les seigneurs de Curton et de la Fayette.

Lors de l'invasion de la Provence par l'empereur Charles-Quint, en 1556, Joachim concourut à la défense de cette province et s'y distingua- Il se trouvait au mois d'avril à Cavaillon, sur la Durance, d'où il partit avec le seigneur de la Fayette, emmenant seulement leurs gens d'armes, deux cents arquebusiers,, et des échelles faites à la hâte pour aller escalader le château de Lurmarin, près de Cadenet, qui était occupé par les impériaux. Averti de leur marche, Ferdinand de Gonzague voulut leur intercepter le passage avec douze cents chevaux et seize enseignes de gens de pied; mais ils firent leur expédition si lestement, qu'ils entrèrent par escalade dans la place, firent prisonniers tous ceux qui s'y trouvaient, et effectuèrent leur retraite sans avoir reçu le moindre empêchement.

Après cette campagne, le baron de Curton arriva en Auvergne et mit les cinquante hommes d'armes de sa compagnie en garnison dans tout le hault pays autour de Mauriac, excepté la ville de Salers qui en fut exemptée, tant des troupes que des aides. Le conseil de la ville lui fit présent d'une coupe de vermeil, aux armes de Chabannes, que le sieur Guillaume Seillol, consul cette année, fit faire à Paris, et qui fut présentée à Joachim, en son château de Madic, par M. le chancelier Comolet, Antoine Laroche, consul, et M. Jehan de Vernhes. Le seigneur de Curton les remercia, et donna une lettre missive aux capitaines chargés de mener des troupes pour exempter la ville de Salers de les recevoir. « Messieurs les capitaines mes compaignons ayant charge de par le roy de mener et conduyre gensdarmes, tant de pied que de cheval, je vous prie ne lougier ne souffrir lougier aucun de ceulx de vos compagnies en la ville de Salers, pareeque la pluspart sont mes hommes et le reste mes serviteurs et amys, et en ce faisant me feres plaisir, ouffrant en cas pareil ou autre que verres être à faire et ou je auray puissance vous rendre la pareille, me recommandant â vos bonnes graces tant en général que en particulier, priant Dieu de vous donner a ung chacung de vous longue vye. De Madic, le 27 mars l'an 1537. Aussi signé de Chabannes. »

Jean de Chabannes, seigneur de Curton, mourut au mois d'avril 1539. Son testament, du 2 avril 1539, est daté du château de Curton, où il était fort malade. Il ordonne sa sépulture au couvent des Grands-Augustins, à Bordeaux, et lègue la somme de cent livres tournois au couvent. Il lègue la, même somme au couvent de Génissac, pour que les religieux viennent dire la messe une fois par semaine au château de Curton pour le salut de son âme, et légue sept cents livres tournois à sa fille, madame de Dienne. Elle l'avait entouré des soins les plus touchants pendant sa longue maladie, le servant nuit et jour. Il y a divers legs à ses gens, et tout le testament est empreint d'un grand sentiment de contrition et d'humilité chrétienne, au sujet d'une aventure galante de jeunesse qui le pénètre de remords.

Joachim était à Madic le 27 novembre 1540, jour de la signature du contrat de Catherine, la fille aînée de son mariage avec Peronelle de Lévis; la seconde était morte en bas-âge. Elle épousa François d'Estaing, fils de Gabriel d'Estaing, baron de Murol et seigneur de Chambon, Vernynes, Val et le Buysson. Le château de Val, près de Madic, fut donné pour résidence aux nouveaux mariés, et le château de Vernyne pour douaire. Le mariage avait réuni plusieurs parents et voisins, parmi lesquels se trouvent les noms d'Antoine d'Anglars, seigneur de Saint-Victour, Antoine Andrieu, seigneur de la Guane, et Gabriel de Douhet, seigneur d'Auzers.

Joachim résida en Auvergne pendant les années 1540 et 1541, comme l'attestent des actes signés à Madic; en 1542 la guerre recommença entre François I° et Charles-Quint.

Le baron de Curton conduisit sa compagnie en Champagne, où elle fit la campagne contre les impériaux, sous l'amiral Annebaut, en 1543, et servit en Picardie contre les Anglais l'année suivante, comme le prouvent des lettres octroyées par le roi François 1er, pour la suspension des procès qu'il avait pendants, « d'autant que ledit de Chabannes estoit employé à son service en  Picardie. »

Joachim était à Madic le 8 mai 1545, où se fit le mariage de Catherine de Chabannes, sa fille, par Louise de Pompadour, avec François de Bar, seigneur de Baugy et baron de la Guierche, en Berry.

Son repos ne fut pas long, puisqu'il commanda trente-six vaisseaux dans la flotte sous les ordres de l'amiral Annebaut, qui ravagea les côtes de l'Angleterre et s'y distingua '.

Le 5 décembre 1547, le fils aîné de Joachim et de Louise de Pompadour, Jean de Chabannes, seigneur de Curton, épousa Françoise de Montboissier Canillac, fille de Charlotte de Vienne, veuve de messire Jacques de Beaufort, chevalier, comte d'Alais, marquis de Canillac, vicomte de Valerne, de la Mothe et de Montboissier. Le mariage se fit au château de la Mothe-Canillac, en Auvergne, en présence de Jehan de Vienne, évêque de Châlons; du vicomte de Polignac, baron de Chalençon; de Marc de Beaufort, frère aîné de la mariée; de François de Montmorin, seigneur de Saint-Hérem ; de François de Vienne , seigneur de Rufley ; de François de Langbeac, etc., etc. Les curateurs des époux mineurs étaient le vicomte de Polignac et MM. de Chazeron et de Montmorin. Les deux maisons étaient déjà alliées par le mariage de Jeanne de Chabannes, fille du comte de Dammartin, avec le marquis de Beaufort-Canillac, en 1469. Sa sœur Cadette, Jacqueline de Chabannes, épousa, la même année 1469, le vicomte de Polignac, d'où la parenté de ce dernier avec les Montboissier.

Le mois de février suivant, 1548, la mère de Françoise de Montboissier et le baron de Curton se sont mariés au château de la Mothe-Canillac. Charlotte de Vienne constitua en dot la seigneurie de Pont-du-Château, avec faculté de rachat pour ses enfants.

Joachim était père de neuf enfants. La fille aînée, mariée au vicomte d'Estaing; le fils aîné, du second lit, le nouveau marié, deux filles, abbesses du Pont-auxDames, en Brie, et de la Vassin, en Auvergne; la troisième, mariée au seigneur de Baugy, vicomte de la Guierche, et du troisième mariage avec Claude de la Rochefoucauld, un fils, François, qui continua la lignée, et trois filles. François fut nommé panetier ordinaire du roi Henri II, en 1550.

Le 35 juillet 1552, Joachim fut nommé sénéchal de Toulouse.

Le 10 octobre suivant, la demeure de douaire de Charlotte de Vienne fut transférée de Charlus à Saignes, parce que le vieux château de Charlus était en ruine et inhabitable, et « le chasteau et maison nouvellement esdiflîé au lieu de Saignes, meublé et ustencillé selon l'estat de la dicte dame. » L'acte fut passé à Rochefort.

Au siége de Metz, cette même année, est mort Charles de Chabannes, seigneur de la Palice, fils du maréchal, le dernier mâle de sa branche. La terre de la Palice passa dans les maisons de Tournon et de la Guiche, et ne rentra dans la maison de Chabannes qu'en 1731, par l'achat qu'en fit alors François-Antoine de Chabannes. Son neveu, le comte de Pionsat, marquis de Chabannes, dernier de la branche de Pionsat, laissa la Palice, en 1782, au second fils du comte de Chabannes, marquis de Curton et du Palais, chef de la maison.

Joachim fit son testament à Crécy, en Brie, le 2 août 1553. Il recommanda à ses enfants de vivre en paix et bonne amitié et concorde, et de démêler leurs affaires avec leurs parents, selon les conseils de leurs amis, sans se mettre en procès et recommanda ses petits enfants, par Charlotte de Vienne, aux aînés. Les exécuteurs étaient: sa femme, son cousin, Charles de Lévis; Charles de Mandosses, capitaine de Curton, et Jean de la Richardye, seigneur de Geneton. Le 18 mars 1554, il passa un acte à Madic pour l'achat de la terre de Saint-Etienne, pour son fils Gabriel.

La bataille de Renty eut lieu le 13 août 1554, et le fils aîné de Joachim, Jean de Chabannes, seigneur de Curton, y fut tué dans une charge de quatre cents chevau-légers du régiment de Monsieur de Nemours, ordonnée par le duc de Guise, et qui décida le gain de la bataille.

Le 26 septembre suivant, à Pont-aux-Dames, paroisse de Crécy, en Brie, le baron de Curton et son fils aîné, par Claude de la Rochefoucauld, devenu chef de la maison par la mort de Jean, tué à Renty, passèrent un acte pour avantager les deux fils du quatrième lit. François, le jeune, avait quatre ans; Gabriel, deux ans.

Philippe de Boulainvilliers, descendant d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, vendit cette même année la terre de Dammartin au connétable de Montmorency. François de Chabannes, marquis de Curton, soutenait plus tard an procès pour le droit de présentation des chanoines, qui appartenait au chef du nom et d'armes du fondateur. Les Montmorency mirent en avant un droit non contesté pendant quarante ans, et furent maintenus dans leur droit.

L'année 1555, le 96 mai, Catherine, fille de Joachim et de Claude de la Rochefoucauld, fut nommée abbesse de Bonnesaigne. C'était une femme fort résolue et distinguée, qui réforma l'abbaye et augmenta les prébendes des religieuses. Les troupes protestantes avaient assailli l'abbaye et s'étaient retirées dans les granges d'un village appelé Monclauson, entre Bonnesaigne et Meimac. Elle fit lever sourdement ses paysans, qui fermèrent les portes des granges, y mirent le feu et brûlèrent les troupes dedans qui étaient ivres. L'amiral de Coligny se vengea en mettant le feu à l'abbaye. Elle mourut le 8 avril 1605.

Joachim fut fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin, où il commandait sa compagnie, ainsi que le maréchal de Saint-André, le duc de longueville et plusieurs autres, tous chevaliers de l'ordre du roi.

L'année 1557, le 4 novembre, François de Chabannes eut le commandement

de cinquante hommes d'armes. Il était présent à la grande revue passée dans la plaine de Laon par le roi Henri II, en 1558, et fit la campagne sous les ordres du duc de Guise '.

Le 1er juin, la veuve de Jean de Chabannes, tué à Renty, se maria avec Philippe de Rochechouart, seigneur de Conches. Le mariage se fit à Paris, rue des Fossés St-Victor, chez Joachim de Chabannes et Charlotte de Vienne.

Le 21 décembre de la même année, Joachim était à Madic, présent au mariage de sa fille Jeanne, par Claude de la Rochefoucauld, avec noble Jean de Charlus, seigneur de Cordés, et le 28 du même mois fut célébré le mariage de Catherine, également fille de Claude de la Rochefoucauld, avec Claude de Lestrange, vicomte de Cheylane. Dans les deux contrats il est stipulé que les nouveaux époux ne doivent jouir des bions constitués en dot, qu'après trois ans , pour cause de la rançon de Joachim, pris à St-Quentin Le roi François II a fait un don de 20,000 liv. à Charlotte de Vienne, pour paver ce qu'elle devait encore de la rançon de son mari, et en 1583, il y a eu une taille imposée aux habitants de Rochefort pour le même motif*. Jeanne de Chabannes résida presque toute sa vie au château de Cordés, près de Rochefort, et elle est morte en odeur de sainteté.

Le 31 août 1559, Joachim mourut à Paris, rue des Fossés-St-Victor, et ses entrailles furent inhumées en l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, près du grand autel.

Joachim de Chabannes était baron de Curton, comte de Rochefort, par l'érection de la terre en comté, en 1556; seigneur de Madic, de la Roche-Marchalm, de Tinières, de Charlus, d'Aurière et de Nébouzat, sénéchal de Toulouse et de l'Albigeois, gentilhomme de la chambre du dauphin, puis du roi Henri II, et chevalier d'honneur de la reine Catherine de Médicis, et capitaine de 50 hommes d'armes.

Il avait été élevé dans la maison de Foix, à laquelle il appartenait par le mariage d'Eschivat de Chabannais, prince de Bigorre, avec Agnès de Foix, au XIII° siècle. Joachim fit sculpter les armes de cette maison dans son château de Curton, à coté de celles des maisons de Stuart, de Médicis, de Bourbon-Vendôme et la Tour d'Auvergne.

Joachim devint chef de sa maison par l'extinction de la branche de la Palice, et il se trouvait par un singulier hasard cousin issu de germain de la reine Catherine de Médicis et de sa rivale, Diane de Poitiers. Jean de la Tour, 3° du nom, comte d'Auvergne, dont la fille, Madeleine, avait épousé le duc d'Urbin, était grand-père de Catherine de Médicis, et ses trois sœurs avaient épousé,

Gilbert de Chabannes, grand-père de Joachim ; Aymar de Poitiers, grand-père de la duchesse de Valentinois, et Jean Stuart, duc d'Albanie, frère du roi d'Ecosse. Il laissa douze enfants de ses quatre mariages: De Peronelle de Lévis, Catherine, mariée au vicomte d'Estaing; De Louise de Pompadour, Catherine, mariée au vicomte de la Guierche; Isabeau, abbesse de Pont-aux-Dames, en Brie ; Hélène, abbesse de la Vassin, en Auvergne;

De Claude de la Rochefoucauld, François, qui fut le premier marquis de Carton; Jeanne, mariée au seigneur de Cordés; Catherine, mariée au vicomte de Cheylane; Catherine, abbesse de Bonnesaigne, en Limousin;

De Charlotte de Vienne, François, le jeune, comte de Saignes; Gabriel, vicomte de Savigny, et deux filles; tous les quatre en bas âge.

Une fille était morte jeune, et Jean tué à Renty sans avoir laissé de postérité.

Le 22 janvier 1559 (1560), Charlotte de Vienne, et François, l'aîné, étaient réunis au palais de Vic-le-Comte, où un contrat fut signé, contre lequel François appela plus tard, sous prétexte qu'il était mineur de 25 ans et sans curateur lorsqu'il l'avait signé. lien est résulté un procès qui a duré devant le parlement jusqu'en 1567, et fut terminé alors par une transaction '.

Le 24 avril 1561, François de Chabannes épousa Rénée du Prat, à Paris, en présence de ses tuteurs, Antoine du Prat, seigneur dé Nantouillet, prévot de Paris, et Christophe d'Alégre, seigneur de Saint-Just, et par le conseil d'Antoine Bohier, seigneur de Saint-Cirgues, et du coté de François, par le conseil de son parent, le vicomte de Polignac. Rochefort était la résidence de douaire ». Après le mariage, ils demeurèrent à Paris, au fameux hôtel d'Hercule, sur le quai des Grands-Augustins, ainsi nommé à cause des peintures représentant les travaux d'Hercule. Cet hôtel avait été donné par Louis XII au chancelier du Prat, et toute la famille y habitait ensemble.

François prit part a la première guerre civile sous le roi Charles IX, et fut condamné par un arrêt du parlement de Bordeaux, du 5 septembre 1562, « à se remettre prisonnier entre les mains du comte de la Rochefoucauld, portant les armes contre le roi. » Son refus d'obéir est daté du 15 du même mois.

Dans le courant de cette année, ses affaires en Auvergne paraissent avoir été faites par noble Jacques de Bar, écuyer, son maître d'hôtel ».

Au mois de mai 1563, François se trouva a Madic, son lieu d'habitation ordinaire 6, et au mois de décembre il reçut le titre de marquis de Curton, par lettres patentes du roi Charles IX.

François de Chabannes, marquis de Curton, était gentilhomme de la chambre du roi Charles IX, et l'accompagna dans son long voyage autour de son royaume. Le mariage de sa sœur Gilberte de Chabannes, fille d'honneur de la reine-mère, avec Jean de Montboissier, marquis de Canillac, fut célébré à Toulouse pendant ce voyage, et des pièces de vers écrites à cette occasion sont encore conservées. Toute la cour fit visite à Mme de Curton, à Pont-du-Château, en Auvergne. »

François était en Auvergne, à Rochefort, en 1565, et le 17 du mois de juillet 1566, il fit une transaction qui terminale procès avec sa belle-mère. Il y est désigné marquis de Curton et gentilhomme de la chambre du roi Charles IX, et sa belle-mère est qualifiée « gouvernante de notre très-chère et aimée sœur. » Les arbitres étaient : Jehan, seigneur de la Richardye et de Ginestous, escuyer d'écurie du roi, et Albin Charnette, seigneur de Varnelles, pour Mme de Curton; messire Antoine de la Rochefoucauld, chevalier, seigneur du Chaumon, et noble Delmonceaulx, seigneur de Brousses, pour François. Voici la décision au sujet des prétentions de droits féodaux entre Madic et Saignes, où Charlotte de Vienne avait son douaire. Les arbitres donnèrent les terres de Chaumont et de Nébouzat, les bois de Marcheu et Gilbert, et le droit de péage et justice sur le pont de Saint-Thomas, à François. Aussi décidèrent-ils que les fief, ressort et droit de tabellionnage de Madic appartiendraient au seigneur de Madic, à la charge que le seigneur de Saignes, ses gens, et les habitants de Saignes seraient quittes de tout droit de péage sur le pont de St-Thomas; et d'autre part, que le seigneur de Madic quitte à la dite de Vienne tout droit de cens, quest et justice qu'il pourrait prétendre dans le bourg de Saignes « jusqu'à deux sols tournois en deniers et trois cartes de seigle de fiefz et justice. »

Joachim avait laissé en meubles précieux, armes et habillements, pour la valeur de dix mille écus.

Deux ans après, le partage se fit entre les deux cadets. Leur part était large; Saignes et St-Etienne, en Auvergne; Charlus et Tinières, en Limousin; Boislamy et Nozerolles, en la Marche, et Savigny, en Berry.

L'aîné eut Saignes et Boislamy; le cadet, Charlus-Chabannes, Tinières, St-Etienne, Nozerolles et Champier. La mère avait l'usufruit de Savigny et de la maison de la rue des Fossés-St-Victor, à Paris, par elle acquise, et aussi une maison qu'elle avait fait bâtir à Saignes. Dix ans après, ils firent l'échange des terres de Charlus-Chabannes, Tinières et St-Etienne, contre Savigny. Le château de Savigny est désigné comme bien bâti, beau et commode, et avec la maison de Nozerolles comme étant et équivalent aux châteaux de Boislamy et Charlus.

François, le jeune, comte de Saignes, se maria à Corvol-l'Orgueilleux, en Nivernais, le 18 septembre 1570, avec Valentine d'Armes, ce qui fit le premier établissement de la maison de Chabannes dans cette province, où la branche

cadette existe encore. Il est désigné comme lieutenant de cinquante hommes d'armes, sous la charge de son frère le marquis de Curton. Son frère Gabriel, seigneur de Nozerolles, « gentilhomme servant de Monsieur le duc d'Anjou et de Madame sa sœur,» était présent. La procuration de Mme de Curton, gouvernante de Madame, sœur du roi, est datée de Gaillon où elle se trouvait avec la cour, le 6 juillet 1570.

Il est sorti de ce mariage trois fils qui ont fait tige. L'aîné, Francois II, comte de Saigne, a demeuré beaucoup en Auvergne. Il était gendre du seigneur de Daillon de Lude , qui dérangea sa fortune dans les mines de Pont-Gibaud, et il eut deux flls. La postérité de l'aîné finit en 1688. Saignes avait été vendue par justice, et décrétée sur François de Chabannes, le 30 juillet 1631, et adjugée à Charles de Lévis, seigneur de Charlus

Le second fils de François II, comte de Saignes, était seigneur de Nozerolles, en la Marche, où il s'allia avec une Lestranges. La postérité de son fils aîné est restée dans cette province, où elle a fini en la personne de M. l'abbé Sylvain Léonard de Chabannes, vicaire-général de Clermont et chanoine de Lyon , mort en 1812.

Le second fils du seigneur de Nozerolles était seigneur de Mariol, en Bourbonnais, et un fils, tué à Dettingue, en 1740, a été le dernier de ce rameau.

Le second fils de François, comte de Saignes, et de Valentine d'Armes, était seigneur de Ste-Colombe et du Verger, en Nivernais, où sa postérité s'est continuée jusqu'à nos jours. Le chef de cette branche a été élevé à la pairie par le roi Louis XVIII, et a donné sa démission en 1830 6.

Le troisième fils de François, comte de Saignes, et de Valentine d'Armes, était seigneur de Trucy-l'Orgueilleux , en Nivernais; il épousa Gilberte de Bourbon Busset, petite-fille de César Borgia, duc de Valentinois, et de Charlotte d'Albret. sœur du roi de Navarre. Ils s'établirent au château de la Mothe-Feuilly, près de la Châtre, en Berry, où Charlotte- d'Albret a passé presque toute sa vie et y a été enterrée sous un mausolée superbe. Ce rameau s'est éteint à la fin du XVII° siècle, et le dernier seigneur de la Mothe-Feuilly a été tué au siége de Dôle, en 1688.

La branche du Nivernais existe seule aujourd'hui de toute la descendance de François le jeune, comte de Saignes, et de Valentine d'Armes.

Le second fils de Joachim de Chabannes et de Charlotte de Vienne, Gabriel, se fixa en Berry, au château de Savigny, près Bourges, dont il porta le nom. Il épousa Gabrielle d'Apchon, et son fils se maria aussi en Auvergne où il demeura, et cette branche y a eu de grandes possessions. Gabriel de Chabannes, seigneur de Savigny, était ligueur, et ses descendants ont demeuré souvent à Riom, qu'ils paraissent avoir eu en affection particulière. Ils ont servi pendant plusieurs générations avec une rare distinction dans les armées du roi, et Joseph-Gaspard, évéque-d'Agen, a été un prélat fort instruit et considéré. La branche de Pionsat a possédé Apchon, Trizac, Florat, Vauxmiers et St-Vincent dans la Haute-Anvergne; Chamé;ine et Itouayes dans la Basse Auveigne, et le beau château de Pionsat, la résidence habituelle de la famille, près de Montaigu, en Combrailles. La terre de la Palice, en Bourbonnais, a été rachetée par cette branche et léguée avec Apchon ; les terres de la Haute-Auvergne et Pionsat, à la branche de Curton, l'aînée de la maison, peu de temps avant la révolution, par le dernier descendant de Gabriel, vicomte de Savigny. Après cette digression en faveur des branches cadettes de la maison, nous reprendrons la filiation des possesseurs de Madic pour ne plus l'abandonner.

L'année 1575, sous Henri III, les Etats de la province furent convoqués à Clermont par Montmorin de St-Hérem, gouverneur du haut et bas pays d'Auvergne, pour la levée de cent mille livres demandée pour assiéger la ville d'Issoire qui avait été surprise par le capitaine Merle. Le clergé fit offre de contribuer pour dix mille livres. le 24 octobre. Le marquis de Curton a signé comme membre do la noblesse 3.

La reine-mère, a son retour de la Guyenne, en 1579, envoya le marquis de Curton au maréchal de Bellegarde, qui avait occupé le marquisat de Saluces, pour le disposer a une conférence à Grenoble, mais cette mission ne réussit pas.

L'année suivante, la marquise de Curton fut nommée dame de Catherine de Médicis.

Le 31 décembre 1683, François a été reçu chevalier de l'ordre du St-Esprit, quatre ans après la fondation de l'ordre ,.

Il demeura à l'hôtel de Nantouillet, à Paris, une grande partie de l'année 1586, et il acheta de la reine Catherine de Médicis, le 19 juillet 1587, les terres de la Rodde, Riom-ès-Montagnes et St-Christophe, toutes situées près de Madic. La partie de la terre de Tinières, en Auvergne, faisait partie de ces acquisitions. L'autre moitié de Tinières, en Limousin, qui faisait partie de la dot de Françoise de Boulogne, était passée à la branche cadette avec Charlus-le-Pailloux.

Deux ans après, au mois de janvier, la reine-mère mourut, et le mois d'août suivant Henri III fut assassiné par Jacques-Clément. Le marquis de Curton avait toujours suivi le parti du roi Henri III; après sa mort, il s'attacha au parti des politiques et rendit de grands services à Henri IV. Il avait une affection toute particulière pour la ville de Clermont, et s'y établit avec ses deux fils aines pour faire opposition à la ligue, dont le chef en Auvergne était Louis de la Rochefoucauld, comte de Randan, son proche parent, gouverneur de l'Auvergne. Plusieurs autres seigneurs de la province suivirent son exemple. Curton avait été nommé lieutenant-général de la province, et partit de Clermont avec on petit nombre de gentilshommes et cinq cents hommes d'infanterie de la ville de Clermont, pour attaquer le comte de Randan qui assiégeait la ville d'Issoire. Ils battirent les ligueurs, délivrèrent la ville, et la citadelle qui tenait pour la Ligue se rendit. Le comte de Randan, blessé, mourut quelques jours après dans la ville d'Issoire où il fut porté. Les trois fils du marquis de Curton étaient à cette bataille, et l'aîné fut blessé. Les troupes de la Ligue étaient plus nombreuses que les troupes royales en Auvergne, et le gain de cette journée eut une grande influence politique et facilita beaucoup la pacification de la province '.

Le roi Henri IV gagna la bataille d'Ivry le même jour, et écrivit à ce sujet au marquis de Curton. « Je viens de bien battre mes ennemis dans la plaine d'Ivry. Je ne tarde pas a te l'écrire, persuadé, mon cher Curton, que personne n'en recevra la nouvelle avec plus de plaisir que toi. Ce 14 mars 1590, à 9 heures du soir. » Par un hasard singulier, le même jour, et à la même heure, le marquis de Curton écrivait au roi : « Je viens de battre vos ennemis dans la plaine d'Issoire. Le comte de Randan qui les commandait vient de mourir à l'instant de ses blessures; mon fils a été aussi blessé; mais j'espère qu'il n'en mourra pas. Rastignac, Lavedan et Chazeron ont fait des merveilles; j'enverrai demain un plus long détail à Votre Majesté. Ce 14 mars 1590, à 9 heures du soir. »

Le marquis de Curton maria son fils aîné le 29 septembre de l'année suivante à Marie de Crussol, fille du premier duc d'Uzès. Le mariage se fit chez Charles de Valois, comte du Clermont, en Auvergne, en présence de François de Chabannes, de Renée du Prat, sa femme ; de la duchesse d'Uzès, mère de Marie de Crussol; de Charles de Valois et de Charlotte de Montmorency, sa femme; des deux fils cadets, Henri et Charles de Chabannes; messire Jehan de la Queuille, seigneur de Fleurat et de Châteaugay, sénéchal d'Auvergne; MM. de Canillac, de Blot, de Murat, et plusieurs autres seigneurs d'Auvergne La duchesse d'Uzès était fort savante et faisait des harangues en latin, ce qui n'était pas rare au XVI° siècle parmi les grandes dames de la cour, sous les derniers Valois. Elles étaient fortement trempées, et savaient allier les avantages d'une instruction sérieuse aux grâces de l'esprit le plus orné et le plus cultivé. Les libelles de plusieurs écrivains contemporains ont été acceptés comme la peinture fidèle de leurs mœurs, et des calomnies atroces ont passé pour des vérités historiques. Catherine de Médicis, l'infortunée Marie Stuart et Marguerite de Valois en sont les preuves. Cette dernière princesse surtout a été complètement méconnue par la postérité, et cette princesse, spirituelle, lettrée, pleine de désintéressement et de grandeur d'âme, admirée par ses contemporains comme une merveille, n'est comptée par les faiseurs de romans historiques que comme le type de la légèreté vicieuse et dépravée.

En 1596, le 20 avril, Henri de Valois, fils du comte d'Auvergne et de Charlotte de Montmorency, fut baptisé dans la cathédrale de Clermont, et le marquis de Curton y représenta le roi Henri IV comme parrain,.

Après la mort d'Henri III, le marquis de Curton demeura presque toujours à Madic et contribua beaucoup à la soumission de l'Auvergne. Ses deux châteaux de Madic et de Rochefort étaient très-forts et estimés imprenables Il avait de grandes possessions territoriales, et presque toute la noblesse lui était alliée de près par les alliances prises depuis trois générations dans la province. Les principaux chefs et meneurs de la ligue étaient ses neveux ou ses cousins. Aussi était-il profondément mécontent de la confiance accordée par le roi au sieur d'Effiat, qu'il ne voulait en aucune façon admettre comme pair et compagnon. Henri III avait promis d'ériger Madic et Rochefort en duché; il était parti de la cour mécontent de ne point obtenir la ratification de cette promesse, et de la faveur de M. d'Effiat. Il y a un passage fort curieux dans les mémoires de Jean de Vernyes à ce sujet, et deux lettres du duc de Bouillon, datées de Sedan, qui contiennent ce qui suit  : la première dit : « J'ai veu ce que vous avez faict avec Monsieur de Curton, de quoy je vous remercie de tout mon cœur, Dumanoir a charge de luy parler de ma part, sur ce que vous m'avez escript, et luy rendra une lettre que je lui escris pour ce subject. » Dans la seconde, datée du 28 avril : « Pour regard de Monsieur le marquis de Cuton , je ne désire rien tant que la conservation de son amytié et lui témoigner en toutes occasions celle que je luy ai vouée et sera y fort ayse d'avoir son fils auprés de moy, vous priant de l'assurer que j'en auray tel soing et le tiendray aussy cher que s'il estoit mon propre fils. Quant à Monsieur d'Affiat, je vous diray que je ne fis aucune instance en sa faveur, mais il faleust suyvre l'inclination des autres qui pouvoient en cela, ayant bien jugé la différence des qualités de ces deux personnes et de l'utilité que l'un et l'autre pouvoient aporter au service du roy et du public. »

François de Chabannes, marquis de Curton, comte de Rochefort, vicomte de la Roche Marchalm, baron de la Dailhe, d'Aurière, de Madic, Nebouzat, St-Christophe, la Gane, seigneur de Tinières, Riom-ès-Montagnes et Paulagnac, lieutenant-général du roi en Auvergne, capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, conseiller d'Etat et chevalier de ses ordres, mourut au château de Rochefort le 25 avril 1604, et fut enterré à Orcival, dans la sépulture de ses prédécesseurs, conduit à sa dernière demeure par les prêtres de la paroisse de St-Martin-de-Tours, en Rochefort, et les chanoines de l'église collégiale d'Orcival.

La veuve Renée du Prat avait la jouissance du château de Rochefort meublé pour sa vie, et ne l'habita guère. Elle était à Madic au mois de septembre 1604 et au mois de mars 1605; mais elle quitta l'Auvergne ensuite et s'établit à l'hôtel de Nantouillet, à Paris, avec sa famille, où elle demeura toujours, et ses fils cadets y firent de fréquentes visites, quoique ayant leur domicile en Auvergne.

Le 27 mai 1607, il y eut une transaction entre les quatre fils de François, passée à Paris. L'aîné fut représenté par maître Antoine Delas, « chastelain de la Dailhe, par procuration passée à Madic, et en présence de nobles hommes Palamède de Chenet, maître d'hôtel du marquis de Curton, et François de Combaret, escuier. » Henri de Chabannes, vicomte de la Roche-Marchalm, demeurait ordinairement au château de Brousse, paroisse de Champs, et Jean-Charles de Chabannes, seigneur de St-Angeau, à Riom-ès-Montagnes. Le cadet. Antoine, baron de Nébouzat, avait son domicile avec sa mère, à Paris. Les terres substituées, la Dailhe, et les justices de Nébouzat et de Paulagnac restaient à l'aîné : tout le reste aux cadets, avec la charge de payer les dettes de leur père. Le 28 juin de la même année, un mois après cet acte, Jean-Charles épousa Louise de Margival, dame de Rrunhamel, en Picardie. Elle était fille de feu messire César de Margival, chevalier du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, bailli et gouverneur pour S. M. de la ville de Chauny, seigneur de Salency  et de Margival, et de dame Antoinette de Chepoy *. Le marié était assisté de sa mère, de son frère le vicomte de la Roche, du duc de Ventadour, gouverneur du Languedoc, et de Guillaume de Haultemer, chevalier des ordres du roi, maréchal de France, et la mariée, de sa tante, Isabeau de Margival, dame de Noircour; de sa sœur Marguerite de Margival, femme de messire Léonard de Mouy, chevalier de l'ordre, seigneur de Vregne, et de messire Eustache de Conflans, vicomte d'Oulchy, chevalier des deux ordres et capitaine de 50 hommes d'armes. C'était une bonne alliance et une riche héritière. La terre de Brunhamel a été vendue par leur second fils Christophe, le 9 mars 1665. Elle était près d'Aubantan, en Picardie, et elle s'étendait sur les quatre paroisses de Brunhamel, Dymier, Résigny et Noircour.

Renée du Prat est morte à l'hôtel de Nantouillet Les quatre frères étaient réunis à Rochefort, le 3 mai 1608. L'aîné renonça à la succession, et, le 27 juin, les trois cadets firent le partage à Saignes en présence et par l'avis de leur oncle paternel, François de Chabannes, chevalier de l'ordre, comte de Saignes; François de Monteil-Nozière, seigneur de Vallons, et Jean de La Salle, écuyer, seigneur d'Auliac. Il y avait aussi présents Joachim de Chabannes, seigneur de Trucy, el honorable homme Antoine Delas, châtelain de la Dailhe, demeurant à Madic.

Marie de Crussol, marquise de Curton, mourut à Paris, au mois de mars 16l5, et son corps fui transporté à Orcival par les soins de Henri, vicomte de La Roche, qui dirigea les funérailles. Elle n'avait pas eu d'enfants, et son mari avait pris pour maîtresse Claude Julien, la femme de chambre de sa femme, laide et de la plus basse extraction. Il en avait eu trois fils du vivant de sa femme, et, l'ayant épousée après sa mort, il en eut quatre filles qui attaquèrent la substitution après la mort de leur père. Après ce second mariage, le marquis de Curton demeura presque toujours en Auvergne, à Madic et à Paulagnac. Les trois frères cadets avaient leur domicile à Paris, à l'hôtel de Nantouillet, quai des Grands-Augustins. Henri et Jean-Charles demeuraient souvent en Auvergne, à Brousse, paroisse de Champs, et à Saint-Angeau. Le troisième, Antoine, demeurait au château de l.uage. en Bourbonnais; il est mort le premier des trois sans laisser de postérité

Christophe de Chabannes, marquis de Curton, mourut en 1636, sous le règne de Louis XIII, au milieu de la guerre de trente ans, et ses quatre filles réclamèrent la substitution de la maison de Chabannes. Elles en furent exclues par arrêt du Parlement, eu 1637, rapporté dans les plaidoyers de M. Lemaitre, et la substitution faite par Jean, fils de Gilbert, seigneur de Curton, fut déclarée ouverte au profit d'Henri de Chabannes, vicomte de La Roche-Marchalm, et marquis de Curton. Les trois fils de Christophe avaient été légitimés en 1614, et leur postérité était établie à Moissac, en Guienne, où, quoi qu'ils ne fussent que bâtards légitimés, ils firent de bonnes alliances.

Henri de Chabannes était âgé de 69 ans lorsqu'il gagna le procès, et la prise de possession de Madic ne se passa point sans résistance de la part des domestiques de Claude Julien. Elle plaida devant la Cour de Riom, qui condamna le marquis de Curton à être exécuté en effigie pour les voies de fait de ses gens, en prenant possession de Madic de vive force. Le Parlement de Paris cassa cette sentence, par arrêt du 15 mai 1638; confirma cet arrêt le 3 août 1640, et ordonna que le marquis de Curton et ses domestiques seraient exemptés, pendant cinq années, de procéder par-devant la justice de Riom, tant en procès civils que criminels, sans préjudice néanmoins aux droits de committimus du marquis de Curton. Cinq ans après, le 1er septembre 1645, sous la minorité de Louis XIV, le précédent arrêt a été prolongé de trois ans, « à cause de l'oppression desdits officiers de Riom, qui sont portez d'animosité contre le suppléant. »

Le 24 février 1642, Henri épousa Renée de Lénoncourt, à Madic, et lui donna Brousses pour douaire. Elle était âgée, et une ancienne inclination de jeunesse ». Elle avait été demoiselle d'honneur de la reine Marguerite, après son retour à Paris, sous Henri IV.

Henri de Chabannes, marquis de Curton, mourut à Madic, le 11 octobre 1654, sous le règne de Louis XIV, âgé de 87 ans.

Jean-Charles était devenu chef de sa maison par la mort de ses deux frères aînés; il était le dernier survivant des quatre, le seul qui laissât des fils légitimes. Son mariage avec Louise de Margival avait été fort heureux; les enfants qui en sont sortis étaient unis d'affection à leurs parents, et le cours paisible de cette vie de famille patriarcale et digne, qui s'écoula en très-grande partie dans le repos de la campagne, repose l'esprit et le cœur du spectacle des désordres de l'intérieur du frère aîné '.

Jean-Charles, seigneur de Saint-Angeau, fit son premier testament le 28 septembre 1625, à Saint-Angeau. Il laisse sa femme administratrice, avec l'usufruit de tous ses biens et sans être tenue de rendre compte à personne, à la charge de nourrir et entretenir ses enfants et payer la pension des religieuses. Il défend que l'on fasse l'inventaire de ses biens, lui laisse la disposition des récompenses à ses serviteurs et ordonne sa sépulture dans l'église d'Orcival, dans le tombeau de ses prédécesseurs, sans aucune pompe funèbre, et les aumônes et prières à la volonté de sa femme. Il ordonne trois messes par semaine, à perpétuité, dans la chapelle du château de Saint-Angeau, qu'il avait commencé a bâtir, et laisse 20 livres par an à un prêtre, à prendre sur le revenu de Saint-Angeau à cette intention 3. Son second testament est fait au château de Saint-Angeau, du 31 décembre 1632, après la mort de Louise de Margival, et il demande à être mis près de sa bonne femme, dans le tombeau de ses prédécesseurs, à Orcival, avec le moins de pompe qui se pourra faire, hormis un service dans l'église; les aumônes et messes pour le repos de son âme à la discrétion de ses enfants, partagé entre Rochefort, Orcival et Riom Il défend qu'il soit fait l'inventaire de ses biens par ° aucuns 'officiers royaux ny locaux, » mais entre ses fils François, Christophe et Gabriel, et qu'ils n'en donnent connaissance à nul étranger et surtout des papiers.

C'était l'année de la guerre civile du duc d'Orléans, de l'exécution du duc de Montmorency, el le testament finit par ce passage remarquable: « J'ordonne à mes dits enfants et leur enjoins très-expressément, et en vertu du pouvoir que  Dieu et la nature m'a donné sur eux, de bien et fidèlement servir le roy envers  et contre tous, et qu'ils n'ayent jamais aucune part, intelligence , traicté ny  praticque avec quelque personne que ce puisse être, ny de quelque qualité  qu'elle puisse être, qui aura dessein de desservir le roy, au contraire qu'ils  employent librement leurs biens et vies pour le service de S. M., comme tout bon Français est obligé de faire, et en ce faisant Dieu leur donnera sa bénédiction et qu'ils ayent en recommandation le soulagement des subjects des terres que Dieu leur aura données, et moy, je leur donne la mienne au nom du Père, du Fils et du St-Esprit. » La signature Chabannées et les armes des cachets, écartelés de la Tour d'Auvergne, comme François, marquis de Curton, son père, aux 1 et 4 de Chabannes, aux 2 et 3 de fa Tour d'Auvergne, et sur le tout de Boulogne.

Ses fils, François, barou de Riom, et Gabriel, ont servi pendant les années 1634 ct 1635, et Gabriel fut tué an siége de Bapaume. Le vieux seigneur de St-Angeau était très-infirme et pouvait à peine monter a cheval pour aller entendre la messe à Riom. Christophe de Chabannes, seigneur de Brunhamel, fit son testament en partant pour le siége de Salces, et laissa tout à son père. Il est daté du château de St-Angeau, en 1639,

En 1640, des lettres de grâce furent accordées à François, baron de Riom, par le roi Louis XIII, pour avoir tué un sieur Lettelier, enseigne aux gardes, en se défendant dans une rixe avec de mauvais sujets a lu suite de la foire de Saint-Germain. Le roi pardonna le fuit en considération des bons services rendus parle suppliant, tant en Italie, Languedoc, que récemment au siége de la ville d'Arras, et pardonne le fait, pourvu que ce ne soit point un duel. Il y avait eu un duel par suite de la querelle à la foire, et le sieur Letellier est mort de ses blessures ensuite.

En 1653, cinq ans après le mariage du vieux marquis de Curton, le second fils de Jean-Charles, celui qui continua la descendance, Christophe, se maria au château d'Orcet, avec Gabrielle-Françoise de Rivoire, du Palais, fille de messire Gilbert de Rivoire, marquis du Palais, baron des villes de Feurs et de Boen, Orcet, seigneur de Chavalard, Cynan, Fay.et le Mazoges, et de dame Gilberte de Beaufort-Canillac-Montboissier. Le baron de Riom envoya sa procuration de Villefranche, en Rouergue, pendant les guerres civiles de la Fronde ».

Jean-Charles de Chabannées, seigneur de St-Angeau, devint marquis de Curton en octobre 1654, par la mort de son frère .Henri, et transféra son domicile de St-Angeau à Madic, où il fit son dernier testament, le 17 avril 1655. Le marquis de Curton demande que son corps soit porté à Orcival, et son cœur à Riom-ès-Montagnes, et donne un ornement d'église, aux armes de son père, avec l'ordre du St-Esprit. Il fit de larges aumônes, indique des services et des messes dans les églises d'Orcival et de Riom, « et veult que ses exécuteurs fondent à son intention dans l'église parochiale de Madic, » deux messes chaque semaine de l'année, à perpétuité; l'une, pour les morts, le lundi, et l'autre, du St-Sacrement, le jeudi, et pour payer ces messes, donne 15 sons par semaine, et lègue -a l'église de Madic la somme de 300 liv. pour aider à faire la réparation au chœur de l'église. Il laisse des souvenirs à ses enfants : à l'aîné, une montre en or maillé, et une bague de petite valeur qui luy a esté donnée par deffunte Mme sa mère et qu'il a au doigt; au second, une montre; à son petit-fils, son èscuelle, sa cuiller et sa coupe d'argent, et à sa belle-fille, un Crucifix et un Ecce-Homo qui étaient aux deux côtés de son lit, ses mulets et sa litière. Il prie ses fils de donner au sieur d'Orgemont, son gentilhomme, ce qu'ils jugent nécessaire pour-récompenser les services qu'il lui avait rendus. Il y a des legs à des serviteurs et les biens partagés également entre les deux fils. Les deux filles étaient religieuses à la Vassin.

La vie de Jean-Charles ne fut pas marquée par de grands événements; cependant nul membre de lu famille n'a laissé de meilleures traces de son passage sur la terre. Presque toute sa vie s'écoula au milieu de sa famille, remplissant les devoirs de Seigneur, paternellement envers ses paysans, et élevant ses enfants dans la crainte de Dieu. C'est le type du gentilhomme d'autrefois, de cette classe si calomniée de nos jours. La grande simplicité de mœurs et de cœur de la noblesse de province était un lien puissant entre elle et les classes inférieures de la société. Jean-Charles était né sous les derniers Valois; il assista à la bataille d'Issoire, en 1590, sous Henri IV, et il est mort sous Louis XIV.

En 1656, Isabelle de Chabannes, sa fille, abbesse de la Vassin et de l'Esclache, résigna à cause de ses infirmités. Les religieuses choisirent sa sœur Françoise pour la remplacer, à cause de son esprit doux et plein de charité. Elles avaient été élevées dans le couvent où Françoise était religieuse professe.

François de Chabannes, marquis de Curton, connu sous le nom de baron de Riom, fit une requête nu roi et au conseil privé, en 1657, pour obtenir le prolongement de l'arrêt qui le mettait sous la juridiction de la cour présidiale de Clermont. et qui était nécessité par l'animosité de la cour de Riom contre sa maison. Justice lui avait été refusée dans le cas de l'assassinat de l'un de ses domestiques, et par un arrêt du conseil privé, du 17 août 1657, il fut exempté, ainsi que ses domestiques, de procéder, tant en demandant qu'en défendant, devant la cour, officiers de la sénéchaussée et présidial de Riom, et renvoyé devant les juges de Clermont.

En 1659, l'année de la paix des Pyrénées, François de Chabannes était en cour avec un train selon sa condition, où il cherchait a s'établir convenablement Il était âgé de 48 ans et avait servi avec distinction à l'armée En sortant de l'église des Augustins, à Paris, où il avait été entendre la messe, il fut assailli par trois individus, et l un d'eux lui perça le cœur d'un seul coup, avant qu'il n'eût le temps de prendre son épée qui était portée par un page. François mourut sur place. Le fils de Gabriel de Chabannes, seigneur de Paulagnac, bâtard de Christophe, était l'assassin, et il a été pris et rompu vif. L'un de ceux qui l'avait aidé à commettre ce crime fut aussi arrêté; mais il en fut quitte pour quelques amendes, ayant ignoré le dessein de son compagnon et n'ayant pas mis l'épée hors du fourreau lorsque ce malheureux marquis de Curton fut attaqué et tué. Le troisième se sauva par la fuite

Christophe de Chabannes (le second fils de Jean-Charles], devint marquis de Curton par la mort de son frère aîné ; le cadet avait été tué au siège de Bapaume, en 1636, et les sœurs étaient religieuses.

En 1662, le 15 juin, Christophe renouvela les substitutions des terres de Curton, Rochefort, Aurière et Madic, en faveur des aînés de sa maison, el fit acte de fief au roi pour Rochefort, Aurière, Madic et la Dailhe. Il a demeuré presque toujours en Auvergne, à Madic el à St-Angeau, et jouissait de l'estime générale.

Brunhamel fut vendu le 9 mars 1665, et dix ans après le marquis de Curton donna la nommée de ses biens « mouvans en fief du roi à cause du duché d'Auvergne.» L'hommage fut fait à Riom, par procuration, par M. Jacques Mathieu, avocat en parlement, juge de Madic et bailli de Tinières.

Le marquis de Curton est mort le 13 janvier 1676; son fils aîné était à l'armée, d'où il n'est revenu à Madic qu'au mois d'août, et y est resté deux mois malade. Il s'était distingué à la bataille de Sénef, et a été marié le 16 avril 1680 à Gabriel le de Montlezun, fille de François de Montlezun, seigneur de Bezemeaux, gouverneur de la Bastille. Ce mariage a été fait par les soins de la grande mademoiselle qui est intervenue dans le contrat, et s'est rendue garante du consentement de la marquise de Curton, mère du marié.

Gabrielle de Rivoire du Palais, marquise de Curton, passa les longues années de son veuvage au château de Madic. Elle survécut treize ans et trois mois à son mari, s'étant retirée complètement du monde, et ne prit de son douaire que le strict nécessaire, abandonnant tout le reste à ses enfants. Elle est morte a Madic le 25 mars 1689. Elle a eu quatre fils et deux filles, et l'aîné fut tuteur de ses frères et sœurs mineurs. Deux fils ont été prêtres; le troisième, au service, a été tué au combat de Steinkerque, en 1692, et les deux filles ont été abbesses de la Vassin. La dernière est morte en 1730.

Le marquis de Curton a trouvé beaucoup de dettes laissées par son père, et ses frères l'ont tourmenté par des procès qui ont été définitivement terminés par une transaction. Henri, marquis de Curton, maria sa fille aînée, Françoise, en 1697, au marquis de Rochechouart-Faudoas, et le mariage se fit au château de Madic. Le duc de St-Simon était lié avec M. de Faudoas, et dit : « que c'était un homme de valeur, d'excellente compagnie, et de beaucoup d'esprit, de sens, de discernement et de savoir. Il épousa une Chabannes, riche, fille du marquis de Curtou. Il ne vécut pas longtemps avec elle, n'en eût point d'enfants, et mourut chez lui, près de Toulouse, fort brusquement. Sa femme en fut si touchée qu'elle se fit religieuse aux Bénédictines de Montargis, où elle  vit très-saintement. Ce marquis de Rochechouart fut une très-grande perte, et je le regrette tous les jours. » Deux sœurs de Françoise de Chabannes , marquise de Rochechouart, se sont fait religieuses dans le même couvent, à Montargis, et la quatrième fille d'Henri, marquis de Curton, et de Gabrielle de Montlezun, a été abbesse de la Vassin.

En 1705, Henri, marquis de Curton, et sa femme demeuraient à Polagnac, ayant donné les terres substituées à leur fils aîné, Jacques, qui avait épousé Charlotte Gluck. Après la mort de Gabrielle de Montlezun , Henri épousa, le 27 juillet 1709, Catherine de Scorailles de Roussille, sœur de la duchesse de Fontanges; l'année suivante , ils se sont séparés, et, en 1714 , il mourut âgé de 60 ans, et fut enterré à Saint-Sulpice. La veuve vécut jusqu'en 1736, et mourut âgée de 80 ans, retirée au couvent de Port-Royal.

Pierre de Chabannes , abbé de St-Pierre-de-Vienne , en Dauphiné, l'oncle de Jacques, marquis de Curton , et de ses deux frères, fit une transaction avec le marquis de Curton, le 5 août 1718, qui lui assura l'usufruit de Paulagnac, Aurière et Douaresse, et 2,000 livres de pension viagère à prendre sur Rochefort. L'abbé donna la terre d'Aurière et le lac d'Aydat, qui en dépendait, a son neveu Jean-Baptiste en mariage, en 1731, et vivait en 1733; il demeurait alors a Paris, rue Culture-Ste-Catherine. . Il n'y avait plus qu'un concierge à Madic; le marquis de Curton était souvent à l'armée, où il s'est fort distingué, ou à Paris. Jacques a acquis le régiment d'Anjou, en 1719, sous Louis XV. Sa femme est morte sans enfants à l'âge de 48 ans, en 1734; elle demeurait chez ses frères, et le marquis de Curton chez son frère Antoine, rue de Bourbon. A la mort de son cousin, le marquis du Palais, Jacques avait hérité du château, terre et seigneurie du Palais, près de Feurs, en Forez, qui valait 22,000 livres de rente.

Jacques de Chabannes , marquis de Curton, fut nommé aide-de-camp du duc de Bourgogne, en 1702, maréchal-de-camp en 1734 et lieutenant-général en 1738. Il est mort à Prague, en Bohême, en 1742, où il avait fait fondre son argenterie, comme les autres officiers généraux. Il avait assisté à treize siéges, trois batailles et cinq combats, et s'était signalé dans la campagne de 1704 en attaquant et dispersant, à la tête du régiment d'Anjou, un corps de six cents ennemis dans la vallée d'Aoste.

Son frère Antoine lui succéda et se maria, vieux, à Charlotte Buron de Gironde.

Jean-Baptiste, le troisième frère, s'était marié, en 1731, avec Claire de Roquofeuil, âgée de 18 ans, élevée dans un couvent, à Clermont, où le mariage se fit. Le père de la mariée était au service d'Espagne et demeurait près de Béthune, en Flandre , et la mère était de la maison de Croix. Le jeune ménage a demeuré à Madic; mais, après 1736, le château de Paulagnac a été leur domicile jusqu'à la mort. Le marquis de Curton voulait marier leur fils, son neveu, à MIU de Buron, et, lorsque son frère ne voulut pas consentir, il l'épousa lui-même 3. Son habitation principale fut le château du Palais, près de Feurs, et, à Paris, il demeura rue Culture-Ste-Catherine après son mariage.

Le filss aîné de Jean-Baptiste, comte de Chabannes, était capitaine au régiment d'Apchon ; il a été tué le 23 juin 1758, à la bataille de Sondershausen.

L'année suivante, le second fils, Jacques-Charles, devenu l'aîné, épousa Marie-Elisabeth de Talleyrand-Périgord, le 28 février, à St-Sulpice. Il y avait des relations fréquentes d'amitié et de parenté entre les deux branches de la maison de Chabannes , établies en Auvergne, et le dernier de la branche de Pionsat assura la terre de la Palisse, en Bourbonnais, à son cousin , par le contrat de mariage avec Marie-Elisabeth de Talleyrand.

Le 30 septembre de la même année 1759, Antoine, marquis de Curton et du Palais, mourut à Paris, où il laissa un mobilier considérable. Sa femme était morte et leur fille unique était en bas âge. Elle eut les terres de St-Angeau et de la Dailhe, qui passèrent à la maison de Miramont par son mariage avec le comte de Miramont, en 1776.

Voici l'état des habitations des terres à cette époque:

Le château de Rochefort n'était pas habité, en très-mauvais état.

Le château de St-Angeau était en ruine; il n'y avait pas de meubles.

A la Dailhe, Fleurat et la Roche-Marchalm, aucune habitation.

Dans les seigneuries de Lempret, Chaumont, Auteroche et St Christophe. des tours et droits féodaux, ni terres ni habitations

Madic et du Palais étaient meublés. Ainsi, Madic était habitable et meublé en 1759, trente ans avant la révolution.

Jacques-Charles, comte de Chabannes, était premier écuyer de Madame Adélaïde; il était colonel du régiment de Bretagne, en 1771, et maréchal-de-camp en 1780. I.a comtesse de Chabannes était dame de .Madame Adélaïde et demeurait à Versailles, où elle avait un logement au château, ou à Paris, rue de l'Université.

Jacques-Charles vendit la terre du Palais, de concert avec son père, qui demeurait à Paulagnae, le 31 mai 1763, à Pierre Gouin de Lurieu , demeurant à St-Etienne.

Après la mort de son père, Jean-Baptiste , en 1765 , le comte de Chabannes vendit St-Christophe, et dix ans après, en 1775, il vendit Fleurat, Paulagnae, les droits féodaux sur les villages de Souverant et de la Marthe, et un quart du lac d'Aydat. Aurière fut vendu le même jour, le 2 novembre 1775, Tinières et Val aussi. Il ne resta que les ruines de Madic et de Rochefort, et les terres autour de ces vieilles résidences. L'argent provenant des ventes de ces vieilles terres de famille fut employé à acheter des biens à St-Domingue, où le comte de Chabannes s'était créé une belle propriété que la révolution a anéantie. 11 y est moil en 1781, et son fils aîné, qui lui succéda comme écuyer de Madame Adélaïde y est mort aussi en 1787.

Son second fils , Jean-Frédéric de Chabannes , marquis de- Carton , comte de Rochefort, de la Palice, baron d'Apchon et de Madic, colonel de cavalerie, fut la dernier de la maison de Chabannes possesseur de Madic, qui fut vendu en 1793. racheté au retour de l'émigration et vendu ensuite. Il avait épousé, en 1785, Constance de Voyer d'Argenson, morte sans enfants, et, en 1787, Anne VanLennep. Il fit la guerre de l'indépendance d'Amérique sous les ordres du général de Rochambeau. Colonel de cavalerie en 1785, il émigra en 1789, fit la campagne des Princes et celle de Quiberon, rentra en France en 1802 et mourut en 1836.

Il avait hérité du château et seigneurie de la Palice après la mort de Jean-Baptiste, marquis de Chabannes, le dernier de la branche de Pionsat, et, à l'époque de la révolution, comme chef de sa maison, il possédait les vieilles tours de Curton, en Guienne, la Palice, en Bourbonnais, Madic, Rochefort et Apchon, en Auvergne.

Il eut trois fils. L'aîné, Frédéric, marquis de Chahannes-la-Palice, maréchal-de-camp , écuyer cavalcadour des rois Louis XVIII et Charles X , se retira en Bourbonnais après 1830.

Le second, Alfred, comte de Chabannes-la-Palice, maréchal-de-camp, aide-de-camp du roi Louis-Philippe, quitta le service actif en 1848 et a fixé son domicile dans le château de la Palice, sous le vieux toit appartenant à son frère aîné.

Le troisième, Octave, vicomte de Chabannes-Curton, contre-amiral, commandant les forces navales, à Alger, en juillet 1856.

VILLAGES ET HAMEAUX DE LA COMMUNE DE MADIC.

 

Apcher, village situé sur la hauteur, à l'est du bourg, et dominant le cours de la Dordogne et le vallon de Bort.

La Rarraquette, hameau sur la route impériale n° 122.

Beil, village sur la montagne. En 1356, noble Pierre de Feneyrose, damoiseau, de la paroisse d'Eglise-Neuve, reconnut tenir en fief d'Odon, comptour de Sagnes, chevalier, pour Almodie de Mansac, sa femme, fille de feu Guillaume , le village de Beil. Il passa dans la famille de Chabannes.

La Croix-Blanche, hameau sur la route impériale n° 122.

La Forêt, autre hameau non loin delà, avec une fontaine minérale froide qui a quelque réputation; elle était connue en 1656, et François de Chabannes en investit plusieurs habitants de Guzou pour une légère redevance. En faisant des fouilles pour réparer le conduit des eaux de la source, on a trouvé des corps en bois fortement imprégnés de soufre et de la poterie du moyen âge.

Guzou, village sur la hauteur, dominant le vallon de Madic. Une branche de l'ancienne maison de Lendouse y est établie depuis le commencement du XII° siècle.

Etienne II, évêque d'Auvergne au milieu du X° siècle, était, dit-on, de la famille de Lendouse.

La Tuilerie, hameau qui s'est formé et a pris son nom de la confection des briques et tuiles nécessaires pour la construction, le carrelage et les toits du château de Madic. Les tuiles étaient vernissées de diverses couleurs, symétriquement disposées sur les toits, de manière à former des dessins et à représenter les armoiries du seigneur.