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LOUPIAC

Loupiac. — La commune de Loupiac fait partie de l'arrondissement de Mauriac et du canton de Pleaux. Elle est bornée au nord par la commune d'Ally; à l'est, par celle de Ste-Eulalie ; au sud, par celle de St-Martin-Cantalès, dont la Maronne la sépare, et à l'ouest, par celle de St-Christophe. Elle est arrosée par la Maronne et par de nombreux ruisseaux, dont le plus considérable est celui de Méallet.

Son sol est en partie primitif et en partie volcanique; il ne manque pas de fertilité; mais sa trop grande déclivité l'expose à être souvent dégradé par les orages.

La surface de son territoire est de 956 hect. 80 a. 29 c., dont 931 hect. 62 a. 79 c. de propriétés imposables, qui se subdivisent ainsi : terres, 414 hect. 26 a. 02 c.; prés, 168 hect. 47 a. 70 c. ; pacages, 288 hect. 03 a. 54 c. ; bois, 38 hect. 11 a. 48 c.; bruyères, 12 hect. 25 a. 90 c.; superficies bâties, 3 hect 64 a. 67 c., et 25 hect. 17 a. 50 c. d'objets non imposables.

Sa population se compose de 486 habitants, répartis dans 1 bourg, 7 villages, 9 hameaux et 83 maisons.

Elle est traversée par le chemin de moyenne vicinalité de La Bastide à St-Christophe.

Loupiac, chef-lieu de cette commune, est éloigné de 16 kilomètres de Mauriac et de 12 de Pleaux. C'est un petit bourg qui n'a rien de remarquable. Son église, de style roman, est mentionnée dans la charte attribuée à Clovis; elle est sous l'invocation de saint Loup. Il avait été adjoint à cette église, dans les premières années du XIV° siècle, une chapelle consacrée à la Vierge, à laquelle Jean de Ruzolles avait constitué une rente que son héritier, Pierre de Mauriac, s'obligea de servir; Olivier de Mauriac obtint, en 1367, de Jean, duc de Beny et d'Auvergne, des lettres d'amortissement de cette rente, moyennant 40 écus d'or. Il y avait encore à Loupiac, en 1340, une autre chapelle qui portait le nom de Chapelle de Branzac.

La seigneurie de Loupiac faisait partie de la terre de Branzac. Les villages et hameaux de cette commune sont les suivants:

Banille, village situé près du bourg et sur les bords de la Maronne.

La Bonrie, hameau; c'était un domaine qui appartenait directement aux seigneurs.

Branzac, autrefois Varanzac, puis Vranzac, village On y voit un château fort délabré mais encore debout, qui a été le chef-lieu d'un fief qui avait titre de baronnie et de viguerie.

La baronnie ou viguerie de Branzac appartenait dans l'origine à la maison de Vigouroux; Gilbert de Vigouroux donna, en 1150, à l'abbaye de Valette, des terres qui en dépendaient et qui étaient situées au lieu de la Chaux; Guy de Vigouroux soutint, en 1206, un long procès a son occasion contre Henri I*r, comte de Rodez, et Guillaume de Varanzac fonda, en 1244, un repas à servir, le jour de la Cène, aux moines de l'abbaye de Valette. En 1312, cette seigneurie était entre lés mains de Bertrand de Vigier et de Bertrand do Vigouroux. A cette époque, Aymery de Pestels acquit les droits du premier, une partie de ceux du second, hérita du surplus en vertu d'un testament fait en sa faveur par Phillipie de Vigouroux, veuve de Hugues de Serinhac, et devint ainsi possesseur de toute la viguerie sur laquelle, en outre, Bertrand de la Tour et Guy, son fils, lui cédèrent leurs droits moyennant 300 florins d'or. Ses descendants, après avoir longtemps été propriétaires de cette terre, la cédèrent, en 1776, à la maison d'Anglards de Bassignac.

Le château de Branzac, qui, dans l'origine, n'avait rien de remarquable, fut rebâti dans le cours du xv* siècle par Guy de Pestels, avec une magnificence que constatent ses débris.1

La Chaux, village.

Chazette, hameau.

Conrots, village situé entre deux ruisseaux. Il était le chef-lieu d'un petit fief qui, dans l'origine, appartenait à une famille de Conrots, et qui passa ensuite dans la maison de Vigier qui l'a longtemps possédé.

Deux-Moulins, hameau situé sur la Maronne.

Durand, hameau.

Fessines, village situé dans la plaine, au nord du bourg.

10° Méallet, village entre deux ruisseaux et dans la direction d'Ally.

11° La Montagne, hameau.

12° Moulin-de-Bramac, hameau.

13° Peyre-Brune, hameau.

14° La Roche, hameau situé près du ruisseau de Méallet. On y voit les ruines d'un château qui était le chef-lieu d'une seigneurie du même nom.

La terre de la Roche appartenait dans l'origine à la maison de Ruzolles, qui en devait hommage au baron de St-Christophe; elle passa ensuite dans la famille du Sailhans, par le mariage d'Antoinette de la Roche avec François du Sailhans. Ce dernier la vendit, en 1544, à Jean-Claude de Pestels, baron de Branzac, moyennant 13,500 livres, prix dérisoire, car les rentes de cette terre s'élevaient en grains à plus de 230 septiers; mais cette vente fut annulée. La famille de Chaumeils devint plus tard, et par voie d'alliance, propriétaire d'une partie de cette seigneurie. En 1615, Jacques de Chaumeils céda ce qu'il en possédait au comte de Caylus et à Anne de Pestels, sa mère, en échange de la terre de St-Cirgues, et ce fut sur Jean, comte de Caylus, que Henri de Chabannes, en sa qualité de baron de St-Christophe, et comme tel seigneur suzerain de la terre de la Roche, la fit saisir, en 1670, à défaut d'hommage. Cette seigneurie subit en dernier lieu le sort de celle de Branzac et fut acquise, en 1776, par la famille d'Anglards de Bassignac.

Le château de la Roche était considérable. En 1649 il était composé de deux corps de logis flanqués d'une tour carrée, du XII° siècle probablement, et d'une tour ronde; il était garni de mâchicoulis, de créneaux et de défenses de toute sorte. Charles de Thubières de Lévy le fit réparer en 1688 et en augmenta encore les fortifications. Il n'en reste plus aujourd'hui que quelques ruines insignifiantes.

15° Le Rozier . village situé sur un plateau élevé, dont un ruisseau fait une sorte de presqu'île. . .

16° La Triande, hameau.

 

ADDITION A L'ARTICLE LOUPIAC.

 

Chaque jour le temps efface quelque page de l'histoire du passé : les monuments se dégradent, les peintures murales, représentation fidèle de l'esprit, des mœurs, des croyances de nos pères, tombent écaille par écaille ; et bientôt, dans notre pays au moins, il n'en restera plus de trace. Cependant, il y avait peu de demeures féodales au XV° et au XVI° siècles où ce genre d'ornementation n'eût été employé. On remarque encore quelques restes de ces peintures dans les ruines des châteaux de Madic, de Miremont, de Cheylade et de beaucoup d'autres. La voûte du cabinet des archives, au château de Lavigne, est couverte de peintures assez bien conservées qui paraissent être du xv siècle. Ce qu'il y avait de plus remarquable ou du moins de mieux conservé en ce genre dans l'arrondissement de Mauriac, c'étaient les peintures murales de la grande salle du château de Branzac. A peu près entières au commencement de ce siècle, elles étaient déjà fort dégradées en 1841, époque à laquelle je les ai vues, et ce ne fut qu'après avoir fait enlever l'épaisse couche de poussière qui les couvrait, que les traits dudessin se montrèrent.

Je crains bien que depuis cette époque elles n'aient éprouvé de nouvelles dégra. dations. La destination de la grande salle de Branzac a subi depuis la révolution de nombreuses vicissitudes : employée quelquefois comme grange supplémentaire pour serrer les récoltes, elle servait, quand je l'ai visitée, de dortoir aux domestiques de la ferme. Sans me dissimuler qu'une froide description ne peut donner qu'une idée imparfaite d'une peinture, j'ai pensé que les notes que j'ai prises dans le temps sur les lieux présenteraient quelque intérêt pour l'histoire des mœurs, et peut être pour celle de l'art, au xvr siècle, dans la Haute-Auvergne.

Le château de Branzac est en partie détruit; il ne reste debout qu'un grand corps de logis flanqué à l'occident de deux tours rondes, et dont la façade tournée au levant est ornée d'une élégante tour à pans coupés. C'est dans cette tour qu'est placé l'escalier à vis.

En entrant dans la tour, on trouve au rez-de-chaussée, à gauche, une porte d'entrée; c'est celle de la grande salle; placée dans un angle de cette pièce, elle fait face à une autre porte qui se trouve dans l'angle correspondant et qui donne accès dans un cabinet voûté. La salle est éclairée par trois grandes croisées, dont deux sont au levant et la troisième au couchant.

Une immense cheminée servait à la chauffer. Elle a 3 mètres 50 centimètres de largeur, 2 mètres de hauteur et 1 mètre 35 centimètres de profondeur. Les chambranles sont formés par deux faisceaux de colonnettes, le manteau est orné de sept rangs de moulures arrondies, le tout en pierres taillées.

Au-dessus de la porte d'entrée on a peint une Diane en pied, tenant une lance de la main droite et appuyant la main gauche sur le bois d'un cerf. A sa droite est une biche, à ses pieds un lièvre, dans un coin on voit un sanglier.

A gauche de la porte on a représenté un personnage portant sur son dos une hotte pleine de rats; en avant est cette inscription : « Gardez-vous bien d'ung rappourteur. »

En face, un suisse, le casque en tête et la hallebarde à la main, lui défend l'entrée en ces termes:

Qui rit et mort, qui mèsdit et rapporte
N'entre point céans je lui défans la porte.

Plus haut et au-dessus de ces deux figures, dans un médaillon, on voit Vénus couchée; elle est nue; Mars est à son côté. Ce médaillon est surmonté d'arabesques d'un bon goût.

Au plafond de l'embrasure de la première croisée, on remarque un astrologue à longue barbe, à figure noire, tenant un bouclier à la main. Autour de ce personnage on lit : « Ne te fide n as inganato. » On pourrait, je crois, traduire ainsi cette inscription en partie effacée : «  Ne te fie, tu ne seras trompé. » Plus bas sont ces deux vers:

 

Ceste figure en bon cens signifie

Que se est traitr'en qui plus on se fie.

 

Entre les croisées le mur est couvert d'arabesques qui encadrent deux médaillons en grisaille, représentant des chevaliers armés de toutes pièces , la téte baissée, la lance en arrêt, combattant en champ clos.

Au plafond de l'embrasure de la seconde croisée on voit un écusson parti, au premier de Pestels, au second de Lévy, avec cette jolie devise: « J'atens fortune. »

A gauche de la cheminée, un docteur assis dans un fauteuil, ayant une longue barbe, vêtu d'une longue robe fourrée, coiffé d'une barrette noire, tient une plume à la main et écrit. Auprès est cette légende:

 

Qui sapiens est jam mortem ante oculos

Considerat, jam se mortem (pour mortuum) reputat,

Quam se moriturum pro certo siat (sic).

1571.

 

Sur le manteau de la cheminée on avait peint trois écussons complètement effacés; celui du milieu avait deux griffons pour support et une tête de Maure pour cimier.

A droite de la cheminée est un trophée d'armes composé d'une lance surmontée d'un casque a laquelle sont enlacés symétriquement la cuirasse, les brassards, le bouclier, la dague, les gantelets et les cuissards.

Au-dessus de la seconde porte est un portrait en pied, sans doute celui du seigneur de Branzac. Il est vêtu d'un pourpoint et d'un haut-de-chausses noir ; il porte par dessus une robe courte, ouverte sur le devant et doublée d'écarlate. Sa main gauche est appuyée sur la garde de son épée; de la droite il tient un gant. La figure et la coiffure ont té refaites, et on a eu la singulière idée de


 

substituer un tricorne à lu toque de velours ou au chapeau à plumes du XVI° siècle.

Au plafond de l'embrasure de la croisée occidentale une jeune et jolie femme, richement parée, vêtue d'une robe noire, coiffée d'un chapeau de feutre à haute forme et à bords étroits, se regarde dans un miroir qui reproduit une tête de mort. Au-dessous on lit cette inscription fort morale sans doute, mais peu galante.

 

Dames qui souvent vous mires,

Dans ce miroir mirer vous fault ,

Et si boun sens ne vous déffault,

Vostre beauté mespriseres ,

Dames qui souvent vous mires.

 

Dans un grand panneau sont peintes différentes figures formant un tableau allégorique. Il est encadré dans le haut par une corniche en grisaille, et sur les côtés par deux cariatides aussi en grisaille. Une légende placée en tête explique le sujet: " Le bois de transitoire vie. » Les figures sont presque entièrement effacées; chacune a sa légende. On lit au-dessus de l'une « Innorance; » à côté d'une autre: « Vanité; » au-dessus d'une troisième qui est nue : «  Nécessité. »

 

Un autre tableau encadré comme le précédent représente la mort qui perce un cerf avec une lance. Les autres figures ne sont pas reconnaissantes. Cette peinture a pour légende : «  Le veneur èspouvanlable. » Dans deux cartouches on a écrit les vers suivants:

 

C'est le veneur espouvautable

Qui la mort du cerf a reprise

Par maladie la doubtable

De quoi sa cherougnie est surprise.

La mort lui fait rude entreprise,

Voyez comment de ferrement lui donne,

C'est là ou appartient la prise ,

Ainsi comme le temps l'ord'oune.

A faiet la mort sa curée
Comme elle en a commyssion ,
Aulx vers donne la curée
Et retire quant est saison.
Voicy piteuse veneson
Que fragillité nous pourchasse .
Tout homme vivant par raison
Doit considérer cette chasse.
Dans une corniche qui règne autour de la salle sont des médaillons au nombre
de douze. Chacun d'eux contient une inscription en quatre vers. Plusieurs de ces
inscriptions sont effacées; je transcris ici celles que j'ai pu lire; j'en ai conservé
soigneusement l'orthographe.



Çelon les biens doit estre la déspançe:
Le saige y veille, mais le fol point n'y pançe.
Du mal d'aultruy joye avoir ne convient:
Car tel ou pire souvent à chascun vient.

L'homme n'est pas riche par grand avoir .
Mais seullement par souffisançe avoir.
Dilligence , grand soin , et souvenir ,
Faiet très-souvent l'homme a grand bien venir.

Celluy doit bien mauldire le solas
Dont à la fin lui convient dire hélas!
Propice au monde, et a Dieu acceptable,
Ne peult estre homme sans estre charitable.

Qui faict ses choses par conseil loing ou près ,
Aucunement ne s'en repent après.

Travailler doit chascun en sa jeunesse
Pour mieulx avoir repos en sa viellesse.
Prudence apprent à vivre par raison ,
La ou elle est heureuse est la maison.

Faveur a maint porte grand préjudice.
Là ou elle est ne règne point justice.
Il n'est péché tant soit tenu celé ,
Qu'enfin ne soyt cogneu et révelé.

La famme faict ou défaict un ménage ,
Qui bonne l'a est heureux en son cage.
Petit parler et belle contenance ,
Doit estre en famme sans nulle différence.

Humillité a tout homme bien siet

Plus se tient bas et plus haut ou l'assiet.

 

A son amy on ne doit rien celer,

Ny le secret d'y celluy révéler.

Amy féal vault mieulx qu'argent ne or

Qu'en peult trouver amasse grand trésor.

 

Donner a point, saigement retenir .
Faict en éstat le riche homme tenir.
Aymer flatteurs, croyre légierement .
Engendre maulx innumérablement.

La plus haute salle du château était ornée de peintures du même style que celles de la grande salle; il n'en reste plus qu'un fragment dans l'embrasure d'une croisée. Un jeune homme en manteau court salue une jeune femme vêtue d'une robe- traînante. Au bas on lit ces vers qui montrent, la décadence des idées chevaleresques.

 

A maryer la fille est amyable
Mes tost après elle est pire diable

Dans cette embrasure est un siége en pierre, surmonté d'un dais gothique du style flamboyant. Les sculptures en sont fort délicates et d'une bonne exécution.

Les fresques de Branzac, si l'on en excepte les arabesques et les grisailles, sont peu remarquables au point de vue de l'art; mais comme représentation de l'esprit et des mœurs de l'époque, elles ont leur valeur. D'une part, cette image de la mort reproduite sous divers aspects, ces sentences lugubres ; de l’autre, le tableau très-peu voilé des amour» de Mars et de Vénus sont caractéristiques et portent la vive empreinte de cette ère où l’on jouait avec la mort, tout en se livrant à la débauche (châteaubriant, Etudes hist.)

La maxime italienne, surtout par la pensée, que nous avons citée, et l'orthographe de certains mots, me portent à penser que les peintures murales du château de Branzac sont d'un artiste italien. Cette conjecture prend plus de force si l'on considère qu'en 1571 le château de Branzac appartenait à Claude de Pestels, qui avait épousé en 1347 Camille Caraccioli, fille de Jean Caraccioli. prince de Melphes au royaume de Naples.

L'écusson qui représente les armes de Pestels et de Lévy, pourrait faire présumer que ce n'est qu'après le mariage de Jean-Claude de Pestels avec Jeanne de Lévy, qui eut lieu en 1574, que ces peintures ont été exécutées; mais cette conjecture ne serait pas fondée : ces peintures portent la date de 1571 ; d'ailleurs il m'a semblé que l'écusson était d'une autre main et avait été peint après coup.

 

Em. DELALO.

 

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