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La commune de Saint-Flour aujourd'hui

Flour (St)

 — Prolégomènes. — En publiant cette notice sous le patronage de M. Déribier, je dois à la vérité de déclarer que j'ai profondément modifié et augmenté son ouvrage dans beaucoup de parties. Il en sera de même pour toutes les communes des arrondissements de St-Flour et de Murat, dont l'histoire sera signée de moi ou de mes initiales. Mais, du moment que cette notice a été attaquée avant d'avoir vu le jour; qu'il peut en être de même pour plusieurs autres, ce serait manquer à la délicatesse que de laisser peser la responsabilité de mes œuvres sur notre vénérable guide. J'ai, il est vrai, religieusement conservé les faits qu'il avait mentionnés, quand leur exactitude m'a paru probable; toutefois, les documents nombreux édités depuis quelques années lui étant inconnus, des lacunes regrettables existaient, et de plus, quelques personnes bienveillantes m'ont fait des communications que M. Déribier n'avait pu recevoir.

En conservant les légendes, les on-dit de nos pères , je n'ai pas entendu leur donner un caractère d'authenticité; qui dit légende, dit menterie, quoique généralement on puisse trouver un principe vrai à leur origine. Je les donne uniquement comme des causeries, et j'espère en cela trouver grâce auprès de bon nombre de lecteurs et surtout de lectrices, dont nous voudrions reposer l'esprit alourdi par des récits monotones et stériles. Ici, comme dans toutes les autres localités où ces faits se présenteront, je dois proclamer l'innocence de M. Déribier. La responsabilité de ces publications doit retomber sur moi seul.

Je désirais ne pas comprendre dans cette histoire une époque marquée au front d'une tache sanglante; mais l'existence de St-Flour a été si profondément altérée sous sa pression, qu'il m'a été impossible de la passer sous silence. Je me suis borné à donner un extrait succinct d'actes ayant eu le caractère de la publicité, revêtus de témoignages incontestables et ayant occupé nos Assemblées législatives. Aujourd'hui plus que jamais les actes sont personnels, et je dirai à cet égard: Laissez passer l'histoire.

Je n'ai pas cité à chaque fait l'auteur dont il était extrait. C'était surcharger l'impression de difficultés qui l'auraient rendue plus coûteuse; les conditions de notre publication et son prix minime imposaient l'économie.

Voici quelques-unes des sources où j'ai puisé:

MANUSCRITS.

Déribier.
Audigier.
Teillard, Histoire d'Auvergne.
Vaissière, chanoine en 1600.
Archives de l'intendance, .à Clermont.
Archives de St-Flour, compulsées par M. de Labro.
Manuscrit communiqué par M. Rainaud.
Manuscrit communiqué par M. du Ran-quet.

Notes recueillies par M. de Labro.
Notice sur la Cathédrale de St-Flour, par

M. Mérimée, inspecteur général des monuments historiques.

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AUTEURS.

Chabrol.

Le Grand-d'Aussy.

Girault de St-Fargeaud.

Le président de Vernyes.

Branche, L’Auvergne au moyen âge

Imberdis, Guerres religieuses.

Les trois saints d'Auvergne.

Abbé Prouget, Histoire du Gévaudan.

De Gaujal, Histoire du Rouergue.
Mémoire sur Merle, du capitaine Gondia.
Guy de Chauliac, le Guidon.
Tablettes historiques d'Auvergne.
Gardissal, Notice sur St-Flour.
Les Martyrs du Velay.
Les citoyens de St-Flour a la Convention nationale, etc.

ARROND1SSEMENT SE SAINT-FLOUR.

 

Cet arrondissement, eu égard à son importance, est le second du département du Cantal. Il est borné an nord par le département de la Haute-Loire; au sud, par ceux de l'Aveyron et de la Lozère; à l'est., par la Lozère et la Haute-Loire, et à l'ouest, par les arrondissements d'Aurillac et de Murat.

Il se compose de 6 cantons, savoir : St-Flour (nord), St-Flour (sud), Chaudesaigues, Massiac, Pierrefort et Ruines. 74 communes sont comprises dans ces cantons. Sa population totale est de 61,509 habitants.

Les principales rivières qui l'arrosent sont : la Truyère, l'Arder, l'Alagnon, l'Arcueil, le Bex, la Gazonne.

Ses principales forêts sont : les bois de Siniq, dans la commune de Malbo; ceux d'essence de sapins, dans la Margeride, et les bois de Béranger, à St-Urcize.

Les montagnes les plus élevées sont celles de la Fageole, le plateau de Tanavelle, les Monts-Cantal, la Margeride en partie.

 

CANTON (NORD).

 

Ce canton est limité au nord par celui de Massiac; au sud, par le canton de St-Flour (sud); à l'est, par celui de Ruines, et à l'ouest, par ceux de Murat et de St-Flour (sud).

Il se compose de 13 communes, savoir: Anglards, Coltines, Coren, Fournols, Saint-Georges, Lastic, Mentières, Montchamp, Roffiac, Talizat, Tiviers, Vabres et Vieillespesse.

Sa superficie est de 28,490 hect. 47 cent., dont 14,591 h. 54 c- en terres labourables, 3,416h. 97c. en prés, 5,373 h. 34 a. en pâtures, 1,845 h. 81 a. en bois, 71 h. 37 a. en jardins, 653 h. 73 a. en terres vaines, 2,466 h. 61 a. en bruyères, 71 h. 10 a. en bâtiments.

Ce canton, qui embrasse une grande partie du plateau de la Planèze, est fort productif en seigle. Vers le nord et l'ouest, son sol est volcanique; à l'est, le terrain devient plus boisé et très-coupé par des vallées.

 

CANTON (SUD).

 

Ce canton est borné au nord par le canton (nord) de St-Flour; au sud, par celui de Chaudesaigues; à l'est, par celui de Ruines, et à l'ouest, par ceux de Pierrefort et de Murat.

Il se compose de 12 communes, savoir: Saint-Flour, Alleuze, Cussac, Neuvéglise, Paulhac, Seriers, Tanavelle, les Ternes, Lavastrie, Valuéjols, Villedieu et Ussel.

Sa superficie est de 23,715 hect. 40 ares, dont 11,939 h. 20 a. en terres labourables, 3,264 h. 55 a. en prés, 5,062 h. 51 a. en pâtures , 816 h. 25 a. en bois, 2,017 h. 17 a. en bruyères, 80 h. 81 a. en jardins , 470 h. 43 a. en terres vaines, 64 h. 48 a. en bâtiments.

 

COMMUNE DE SAINT-FLOUR.

 

La commune de St-Flour est bornée au nord par celles de Coren et d'Andelat; au sud, par celle d'Alleuze; à l'est, par celle de St-Georges; et à l'ouest, par les communes d'Andelat et de Roffiac.

Sa superficie est de 2,600 hect., dont 1,600 h. en terres labourables de bonne qualité et qui profitent des engrais de la ville, 700 h. en prés et pacages de bons produits; il y a quelques terres vaines et rochers, et peu de bois.

Elle est arrosée par la rivière d'Andes ou Arder, et les ruisseaux de la Rivière, de Coucheyre, de Villedieu, de Colzac, de Pissevache et de Fressinet.

La population de la commune est de 5,760 habitants, et le nombre des maisons de 842, répartis ainsi qu'il suit:

 

Totaux 5,760 habitants 842 maisons, 7 villages et 10 hameaux.

 

ORIGINE DE LA VILLE. — SON HISTOIRE CIVILE.

 

La ville de St-Flour, chef-lieu de l'arrondissement de ce nom, ancienne capitale du haut-pays d'Auvergne, est située sous le 45° 1' 55" de latitude, et de 0,4532 de longitude orientale, à 74 kil d'Aurillac, et à 488 kil de Paris.

Son origine n'a pas l'ancienneté que l'opinion de quelques écrivains aurait voulu lui donner; elle ne fut point romaine, quoique en démolissant ses murailles on ait retrouvé quelques briques et quelques médailles du peuple-roi : le passage de César, dans ses Commentaires, vu livre, sur Quintit-Castris, ne peut lui être appliqué. Les auteurs qui ont voulu y retrouver Augusto Nemetum ou Ruessium, sont aussi tombés dans l'erreur. Cette origine appartient à l'époque historique, et les actes conservés qui la concernent ne laissent aucun doute à cet égard. St-Flour, comme bien d'autres villes, prit naissance auprès d'un monastère, dont la sauvegarde, que les mœurs du temps consacraient, protégeait les personnes et les intérêts de ceux qui l'entouraient.

La ville noire, car c'est ainsi qu'elle est désignée par plusieurs écrivains, épiscopale presqu'en naissant, jadis chef-lieu d'élection et de baillage, aujourd'hui encore chef-lieu spirituel et judiciaire du département, est, après Aurillac, la plus peuplée et la plus importante du Cantal. Assise sur la cime d'une montagne volcanisée, jetée sur un plateau à pic dans une coulée de laves, St-Flour, de plusieurs côtés, s'aperçoit de très-loin. Les matériaux dont se compose son sol, leur nature, leur forme, décèlent un torrent de matières enflammées, sorti des flancs des Monts-Cantal et qui parcourut l'espace de 25 kil.; arrêté là où il trouva un obstacle à son cours, il s'y refroidit et laissa une énorme masse de basalte, aux flancs sombres et prismatiques, curieux monument des convulsions de cette partie du globe.

Si l'on en excepte le côté qui regarde l'ouest, où le volcan a fait son éruption, et une petite étendue qu'occupe l'avenue de Murat, cette masse, partout escarpée, s'élève, d'une centaine de mètres, sur la vallée qui l'entoure de trois côtés. Pendant les guerres civiles, alors trop fréquentes, inattaquable avec les engins de guerre jadis connus, sa position était des plus avantageuses; toute surprise venait échouer contre l'escarpement de la ceinture de rochers qui ne laissait qu'un côté expugnable; et l'on avait réuni sur ce côté une double enceinte, des tours rondes, un large fossé, en un mot toutes les fortifications connues à cette époque. Il en restait encore naguère des vestiges.

Au-dessous de la ville, et sur le bord du ruisseau d'Andes ou d'Arder, est un faubourg se rattachant à la ville par un certain nombre de maisons espacées dans la plaine et sur les flancs do la montagne. Cette partie présente plus d'activité que la ville-haute ; c'est là que passe la route de Paris à Perpignan, à laquelle viennent se rejoindre, après avoir parcouru le plateau supérieur, les routes d'Aurillac par Murat, de Rodez par Chaudesaigues.

Jadis on ne communiquait du faubourg avec la ville que par une rue étroite et escarpée, impraticable aux voitures et que suivent encore les piétons qui veulent abréger le trajet. On a pratiqué plus tard, dans le flanc sud de la montagne, un chemin en rampe fort large et fort beau, pour le tracé duquel on a dû entamer un massif immense de basalte à colonnes. Comme elles occupent un espace considérable, les travaux en ont mis à découvert une très-longue suite. On les voit s'élever à côté de la route, y former un mur de soutènement d'un genre nouveau, et par leur forme et leur couronnement, ainsi que par l'inégalité de leur hauteur, présenter une décoration très-pittoresque.

Ia lave, qui donne naissance à cette étrange colonnade, forme d'abord des prismes qui n'ont qu'une apparence de pans et un commencement de régularité. En descendant, les colonnes sont plus hautes et deviennent plus régulières; enfin, on les voit, sur divers points, atteindre la hauteur de huit à dix mètres; mais partout elles font masse, et quoiqu'on puisse distinguer chacune d'elles, et compter même une partie de leurs pans, toutes néanmoins se touchent et adhèrent ensemble par plusieurs côtés.

L'inclinaison du sol a pareillement influé sur leur hauteur respective. Leurs têtes, loin d'être dans un plan horizontal, baissent comme le terrain, et gardent entr'elles l'inégalité des tuyaux d'orgue. Mais ce qui est plus remarquable, c'est qu'après leur formation, le volcan envoya un nouveau torrent de laves qui les couvrit. Celui-ci, d'une nature plus grossière, n'a produit que des blocs incohérents et des masses informes, sans aucune régularité, qui, s'étant épandus sur les colonnes, s'y sont élevés à une certaine hauteur, et leur ont donné une sorte de crête d'autant plus bizarre, qu'elle suit, comme elle, la pente et l'inclinaison du terrain.

On est généralement d'accord qu'avant l'érection de son monastère, St-Flour consistait en deux modestes villages, dont l'un, nommé Indiciat (Indiciacus), parce qu'un phare pour les voyageurs égarés y aurait été élevé, était à l'extrémité orientale du rocher sur lequel la ville est construite. L'autre, nommé Mont-Plain (Mons planus), non loin du premier, reçut le nom du saint évêque qui aurait évangélisé cette partie des montagnes. Il était sur le lieu que l'on nomme aujourd'hui la Croix de Mont-Plain (Mont-Plot). Tel est, d'après tous les auteurs, l'ancien état des lieux.

Quant à l'érection du monastère, nous trouvons deux versions peu différentes par le fond, puisqu'il y aurait eu un crime dans l'un et l'autre cas, mais qui varient dans les détails.

Suivant la première:

Un jour sinistre avait lui sur la Planèze. Deux puissants barons, non loin d'Ussel, avaient renouvelé le premier crime commis par l'homme déchu, et marqué leur front d'un sang fratricide. Un cri d'horreur et d'indignation retentit dans tout Ie haut-pays d'Auvergne contre les sires Amblard de Brezons et Amblard Comptour d'Apchon, lorsque la renommée publia que le puîné de Brezons, dans une rencontre inégale et imprévue, avait péri sous les coups de son frère et de son beau-frère.

A cette époque, les croyances étaient vives, les esprits tournés vers les idées religieuses. La tempête des passions calmée, la foi reprenait son empire, et la pénitence devenait aussi grande que le crime l'avait été. Evités par leurs amis, détestés de tous, Amblard et le Comptour sentirent promptement l'aiguillon du remords. Le crime avait été public, l'expiation devait l'être aussi. Mais les ondes ordinaires de la pénitence étaient insuffisantes pour laver leurs âmes; un seul homme au monde avait reçu assez de pouvoirs pour les absoudre, pour les arracher au châtiment éternel qu'ils avaient tant mérité.

Les deux barons firent donc le voyage de Rome; ils furent se précipiter, en criant pardon et merci, aux pieds du saint vieillard que le souverain juge a délégué comme son vicaire. Le prélat tressaillit à l'aveu de leur forfait; il pleura avec les coupables; mais il ne ferma pas sur eux la porte du repentir. Persévérez, leur dit-il, et priez, car la miséricorde de Dieu est infinie. Des prières, souillées comme les vôtres, ne peuvent suffire à désarmer sa colère; il faut qu'un encens plus pur s'élève jusqu'à son trône. Vous avez de grands biens; revenez dans votre pays; que de pieux et saints cénobites implorent nuit et jour le désarmement de sa justice. Usez des grandes richesses que la providence vous a départies, pour fonder un monastère. De là partiront les seules prières capables de vous préserver d'un châtiment éternel : allez et soyez, par votre pénitence, l'édification de vos compatriotes, comme, par votre crime, vous avez été pour eux un sujet de grand scandale.

La seconde version, nous devons le consigner ici, est plus généralement adoptée et plus conforme à l'acte de fondation du monastère, extrait d'un livre en parchemin, écrit en lettres gothiques, trouvé dans les archives et le trésor de l'église cathédrale de St-Flour, transcrit et collationné par un nommé Coutel, chanoine et bâtonnier de cette église. Nous allons donner un aperçu de cet acte qui, par sa simplicité et sa naïveté, présente un véritable intérêt. Nous suivrons souvent la traduction littérale donnée dans les Tablettes historiques d'Auvergne, renvoyant les détails et les faits relatifs à la prédication et l'introduction du christianisme, a un article spécial.

Un jour, Amblard de Brezons et Galberge, sa femme, étaient à deviser sur ce qu'ils pourraient faire de plus avantageux pour l'œuvre de Dieu. « Chère épouse, » dit Amblard, nous avons des richesses, des honneurs et des enfants issus de notre mariage, et nous ne pensons pas à en rendre grâce à Dieu pour le bien de nos âmes; consacrons un lieu à la gloire du seigneur. — Sa femme lui répondit : « Quel lieu? — Bâtissons en notre nom, et en l'honneur de Dieu, un monastère où seront nourris les enfants du Seigneur. » Alors ils examinèrent où serait le lieu le plus favorable pour cette fondation, « Le village de St-Flour, dirent-ils, est de notre dépendance ; nous y avons une viguerie (Vicariam) et un fief; là repose un des disciples qui assistèrent à la Cène avec le Seigneur; bâtissons-y donc un monastère. Ce qui est d'autant plus juste, que le Seigneur y était particulièrement servi avant la destruction de ce lieu.

Les Vicaires, dont on fit plus tard les viguiers, étaient tes lieutenants des comtes. Les comtés et autres grandes terres seigneuriales étaient souvent divisés en vicairies ou vigueries.

Les viguiers tenaient leurs plaids, et décidaient dans leur ressort des affaires peu importantes et jugeaient sans assesseurs ; mais dans les affaires importantes, réservées aux tribunaux des seigneurs ils étaient leurs assesseurs. Les vicaires étaient révocables quand ils étaient convaincus d'avoir prévariqué.

« Cette fondation, dit Amblard, ne peut être faite par moi seul : je vais trouver celui par qui elle peut être faite d'une manière valide, Amblard Comptour, qui réside à Nonette, et tient en alleu (allodium) ce que je possède en fief.

Les choses s'étant passées ainsi, Amblard de Brezons appela Amblard le Comptour, et lui dit : «  Pour le salut de votre âme, et pour la rémission de vos péchés, vous devez faire une aumône qui puisse y apporter remède. Vous avez usurpé injustement un alleu appartenant à Dieu, à l'apôtre saint Pierre et à l'Eglise romaine, malgré le haut patronage sous lequel il se trouvait; vous avez envahi son oratoire avec vos soldats, et vous leur en avez distribué les richesses. C'est donc justice que vous rendiez pour le service de Dieu, de saint Pierre de Rome et de saint Flour, le village d'Indiciat; car il est mal de priver les saints des hommages qui leur sont dus sur la terre. » A ces mots, malgré l'insistance d'Amblard, le Comptour lui répondit : « Je ne veux pas que vous me parliez de cela plus longtemps. »

Pendant que ces choses se passaient, le Comptour ayant attiré dans une embûche Guillaume Brunet, son proche parent, auquel il disputait des droits sur la seigneurie de Nonette, le fit mettre frauduleusement à mort. Effrayé de l'immensité de son crime, le Comptour alla trouver son évêque, et fléchissant le genou, il implora sa grâce. — Quelle grâce, dit le prélat? — Grâce pour le crime que je viens de commettre. L'évêque ayant demandé conseil à ses clercs, lui répondit : — Nous sommes d'avis que vous alliez trouver le successeur du prince des apôtres. Le Comptour obéit à cet ordre. Amblard de Brezons l'accompagna dans ce voyage, et dans la première semaine de carême ils se présentèrent au pape, à qui le Comptour avoua son péché. Le pape l'ayant entendu, lui dit : — Je ne puis vous donner grâce entière; mais, Dieu aidant, je vous admettrai à pénitence : Brezons donne à l'église tout ce qu'il a en propre à Indiciat; faites aussi à Dieu l'abandon de tout votre franc-alleu, ainsi qu'à saint Pierre et au siége apostolique. L'un et l'autre ayant accédé à cette décision, le pape, rempli de joie, leur prescrivit de bâtir l'église sous l'invocation du saint Sauveur et de saint Flour.

Cependant ils se rendirent à Saint-Michel, et, après y avoir prié, ils revinrent auprès du pape, lequel transféra la donation au monastère de Cluny et à l'abbé Odilon; ils s'en retournèrent de Rome avec celui-ci, et convinrent ensemble qu'ils iraient faire part de la donation au chapitre de Cluny. Ceci se passait en 997, en 1004, suivant d'autres.

Le Comptour ayant refusé par la suite d'exécuter ses engagements, Amblard de Brezons transporté de colère, lui dit : « Vous n'enlèverez pas à Dieu ce que vous lui avez déjà donné, et si vous persistez, j'aime mieux vous payer la valeur de votre don que de vous le laisser ravir au seigneur. » Pour terminer ce différend , Amblard donna deux cents sols d'or , monnaie du Puy et du Rouergue; il pressa l'abbé Odilon de venir à Saint-Flour, et l'acte de donation fut dressé. Intervinrent à cet acte les deux barons et leurs épouses; furent témoins Anuet et Aubin de Brossadol, Foulques de Batpalme, Armand Cellérier, Astorg Curiol, Bernard Jurquet et plusieurs autres personnes. Il y fut dit que si quelqu'un était assez audacieux pour l'enfreindre, il partagerait en enfer le sort d'Athan et d'Abiron. Astorg, Etienne et Adalard de Brezons, fils d'Etienne, confirmèrent cette donation.

En ce temps-là le roi Robert étant venu en pèlerinage à la Mothe-St-Didier, en Dauphiné, Astorg de Brezons et Etienne allèrent à sa rencontre et lui annoncèrent le motif de leur voyage. Le roi leur accorda tout ce qu'ils demandèrent, et ils rapportèrent à l'abbé Odilon les lettres scellées qu'ils avaient reçues de ce prince. Le prieur partit pour Rome pour en rendre compte au pape, qui confirma la donation et déclara qu'il absolvait, au nom de la sainte Trinité, de toutes peines canoniques, et pour le corps et pour l'âme, tous ceux qui aideraient à bâtir ce prieuré.

A son retour de Rome, l'abbé Odilon convoqua les seigneurs de la contrée et leur fit part des largesses du pape. De ce nombre furent : Annet de Brossadol, Bertrand, son fils, et Aubin de Brossadol, qui vinrent accompagnés de leurs soldats; Etienne de Cropières, Segui, les seigneurs de Cussac et de Grandson, Etienne de Sailhans, Robert de Châteauvieux, de St-Urcize, de Turlande; les seigneurs de Murat, de Miremont, de Châteauneuf, qui tous donnèrent leurs fiefs au monastère.

Enfin, l'abbé Odilon se rendit à Clermont; se présenta à l'évêque Rencon, lui parla du monastère de St-Flour, et lui dit : « Seigneur, donnez-nous ce que vous possédez en ce lieu. » L'évêque répondit : « Je prendrai conseil de mes clercs », et sur leur avis il donna à l'abbé tout ce qui lui appartenait. Etienne de St-Firmin et le prieur Etienne furent témoins de cette donation.

On sait peu de chose sur les premiers développements de la ville, après la fondation de son monastère. Cependant, sa construction et celle de son église attirèrent les populations voisines sur le plateau qu'ils occupaient. Rares d'abord, nombreuses plus tard, les habitations se groupèrent sous les murs du monastère et s'étendirent au couchant. Les aumônes des religieux, leur autorité plus douce que celle des seigneurs, appelèrent les malheureux des contrées voisines. Bientôt une ville nouvelle remplaça le village séculaire d'Indiciat. Elle se développa sur l'étendue du plateau, protégée par le rocher coupé à pic de tous côtés, à l'exception du couchant, dans la direction de la croix de Mont-Plain, qui était à une demi-lieue. La première enceinte du monastère, qui avait été entouré d'une muraille, ainsi que son église, par Odilon, la protégea alors. Quant à la rue qui serpente sur le flanc de la montagne et aboutit au faubourg du Pont, elle est d'une date plus récente. Toutefois, ce faubourg lui-même dut exister très-anciennement, car on trouve que saint Odilon avait fait construire un pont fermé de portes sur la rivière d'Andes, parce que ce lieu était très fréquenté par les voyageurs se rendant à Clermont et à Lyon.

Il se présente ici une lacune de plus d'un siècle dans notre histoire. Depuis 1095, où l'église bâtie par Odilon fut consacrée par Urbain II (la 6° leçon du propre de Saint-Flour, dit que la dédicace en fut célébrée par saint Hugues . abbé de Cluny, pendant la tenue du concile de Clermont), jusqu'en 1200, où nous trouvons déjà trois consuls qui avaient prêté serment à l'abbé , seigneur haut-justicier, les développements de la ville et de ses institutions se perdent. A partir de cette date, on en suit la trace un peu plus régulièrement.

En 1214, Amaury de Mont fort, qui commandait la croisade contre les Albigeois, eut une entrevue à St-Flour avec le comte de Toulouse, leur chef. Elle n'eut aucun résultat.

Par lettres patentes de 1215, le roi Philippe-Auguste accorda des privilèges à la ville.

On trouve mentionné dans l'histoire de Louis VIII, qu'en revenant de la campagne du Languedoc, assez désastreuse pour son armée, il passa à St-Flour et y laissa mourant Guillaume de Joinville, archevêque de Rheims.

Nous avons vu à l'article de Carlat, 11° livraison, page 26, que le premier lundi de juin 1285, il se tint à St-Flour une assemblée de quarante gentilshommes ou ecclésiastiques, au sujet des différends qui avaient existé si longtemps entre les vicomtes de Murat et de Carlat, pour l'hommage et la reddition de leurs châteaux.

L'état belligérant dans lequel se trouvait la France, et par suite l'Auvergne, les guerres que leur rivalité ou leur vanité suscitaient entre seigneurs, le voisinage des Anglais et de ces compagnies de pillards se couvrant de leur égide, firent sentir aux habitants de St-Flour la nécessité de se fortifier, on d'augmenter leurs fortifications. La ville avait donné à la royauté tant de preuves de fidélité, qu'elle avait obtenu le privilèges de se garder elle-même et de nommer le citoyen charge de commander sa milice. C'est à peine si l'on trouverait trois lieutenants nommés par le roi, dans l'espace de plusieurs siècles. Les consuls, de leur côté, se montraient intelligents et zélés pour la défense et la conservation de leurs compatriotes. Ils firent donc, en 1345, tracer les fossés, élever les tours, construire des portes avec herses et mâchicoulis; elles étaient au nombre de cinq, savoir : des Roches, de la Frauze, du Tuile, du Lac et de Muret; elles avaient chacune un concierge, dont les gages, en 1774, étaient payés par la ville, à raison de 50 livres pour chacun. Un second mur d'enceinte intérieur vint appuyer le premier; ils furent construits en chaux, avec des matériaux de choix, et rien ne fut épargné pour leur donner la plus grande solidité. Leur épaisseur était en rapport avec le reste de la construction, et conservait deux mètres dans leur partie la plus élevée. La guerre ayant éclaté dans plusieurs provinces, en 1355, accrut le zèle et l'activité des habitants. Les anciens murs de la porte du Tuile furent relevés, ce qui prouve évidemment que la ville avait été murée et fortifiée depuis longtemps. On tendit des chaînes dans plusieurs rues, et la tour du Tuile, ainsi que plusieurs autres, furent renforcées. Enfin, rien ne fut omis de ce qui pouvait rendre, à cette époque, une ville imprenable.

Ces travaux exécutés avec une grande intelligence et de grands sacrifices de la part des habitants, acquirent à la ville la réputation d'imprenable, et lui valurent l'honneur d'être qualifiée par le roi de clef du royaume, dans des lettres patentes de 1372.

Nous lisons dans la notice publiée par M. Gardissal, à laquelle nous empruntons beaucoup de détails, a que le haut-pays d'Auvergne ayant été longtemps frontière de France, jusqu'à la réunion définitive à la couronne de la Guienne et de quelques autres provinces limitrophes, eut beaucoup à souffrir de la présence des Anglais sur son territoire. Maîtres de Carlat, souvent possesseurs de Sailhans et de Chaliers, le voisinage de ces châteaux tint la ville en échec pendant près de deux siècles. Forte de sa position et de ses bonnes murailles, elle eut rarement à soutenir des siéges et à repousser des assauts. Mais si elle dut à ses fortifications, à la vigilance de ses consuls, au courage de ses habitants, à sa fidélité aux rois de France, l'honneur de conserver libre et sans tache le drapeau fleurdelisé, elle fut obligée de se soumettre aux contributions de guerre, aux aides réclamées par le roi, aux exigences des capitaines d'arme et à l'hospitalité ruineuse qu'elle accordait, soit aux princes de la maison royale, soit aux grands seigneurs qui traversaient la cité... Saint-Flour ne fut point le théâtre de grandes luttes sanglantes... Défiant et ombrageux, il paya d'énormes contributions de guerre aux capitaines d'armes qui passaient sous ses murs; il ne leur refusa jamais les vivres et les munitions dont ils avaient besoin, mais rarement il consentit à les recevoir dans l'intérieur de ses murailles.

Jaloux enfin de sa liberté, et de procurer à ses habitants la sûreté de leurs communications, non seulement il assurait sa propre défense, mais même, lorsque quelque château des environs était menacé par un parti ennemi, il ne se contentait pas de lui en transmettre l'avis, mais il détachait quelques-uns de ses plus braves habitants, leur donnait un chef, avec mission d'aller s'enfermer dans la place marquée par les Anglais, et de la défendre contr'eux. Pendant près de deux siècles, la ville de St-Flour vécut au milieu des alarmes, et ses habitants, derrière leurs murailles, furent assujettis au service d'une place de guerre

Les forts châteaux de Montbrun et de Lavastrie avaient été pris en 1361 par Berthucat-d'Albret et Jean Chandos, connétables de Guienne. Les consuls et les habitants de St-Flour participèrent à leur délivrance, et la ville contribua pour une somme de deux mille livres dans les frais du siége. Les Anglais, qui étaient au nombre de mille, furent chassés, vingt d'entr'eux furent faits prisonniers; le butin fut partagé, et les bourgeois autorisés à recevoir une rançon.

En 1364, de nouveaux ouvrages furent faits aux fortifications; avec d'autant plus d'à-propos que l'année suivante, les Anglais tentèrent une attaque sur la ville. Tous les habitants contribuèrent à ces travaux, sans exception, juges, baillis, clergé, grands et petits; l'attaque des Anglais fut repoussée avec vigueur; mais de désespoir ils mirent le feu au faubourg. Il existait encore, selon des manuscrits récents, il y a quelques années, une tour nommée des Angles (des Anglais], sur laquelle avait eu lieu probablement la principale attaque, et qui en avait reçu son nom. Nous n'avons pu retrouver le lieu de son emplacement.

Les Etats du haut-pays d'Auvergne furent tenus à St-Flour en 1365, pour secourir les contrées ravagées par les Anglais. On estima à quatre cent mille florins les dégâts faits par ces pillards. Ces dépenses excessives étaient encore accrues par la nécessité de faire un pont d'or à ces aventuriers, qui s'étaient emparés des places fortes. Ainsi, en 1370, les consuls, par la médiation d'Armand de Murat, dit de Faveyrole, qui pour ce service reçut d'eux 120 livres, furent obligés de payer une forte indemnité a la garnison du château de Chaliers, et d'obtenir son évacuation.

L'état de gène et de ruine dans lequel se trouvaient le pays et St-Flour, était parvenu a un tel point, qu'un mémoire dut être adressé au roi Charles V, dans lequel les habitants exposaient que leur dénuement était parvenu à son comble; que déjà, quelques années auparavant, ils avaient contribué, pour une forte somme, à la rançon du roi Jean, fait prisonnier par les Anglais en 1357 ; gardant la clef du royaume du coté de la Guienne, ils avaient eu à repousser nombre d'attaques, et leurs remparts en avaient été fortement endommagés. Ils demandaient donc au roi que tout le monde fût tenu de contribuer à leur rétablissement, y compris les nouveaux anoblis, lesquels étaient les plus riches de la ville. Cette demande leur fut accordée par lettres patentes de 1372, fort honorables et pleines de louanges sur leur belle conduite.

Pour subvenir enfin à toutes ces dépenses extraordinaires, on établit des droits d'entrée d'abord sur le sel, lequel fut d'un sol en premier lieu, et cinq sols plus tard sur la livre, et enfin sur les autres denrées.

La même année 1372, le roi Charles avait renouvelé tous les privilèges de la ville, entr'autres celui de choisir le capitaine qui devait commander et diriger les citoyens tant dans l'attaque que dans la défense. Dans ces temps de guerre, il fallait toujours être sur ses gardes; les bourgeois veillaient chacun à leur tour. La porte des Roches, communiquant au faubourg, était constamment fermée. La vigilance et les appréhensions des citoyens étaient telles, que l'on voit par certains titres, que l'entrée de la ville fut refusée à Robert de Sancerre et à Gui de Latour, accompagnés de 500 lances. Le connétable Duguesclin avait seul le droit de faire ouvrir les portes.

En 1380, Béraud de Dienne, l'un des vaillants capitaines du temps, fut nommé par le duc de Berry pour commander St-Flour. Les habitants reçurent cette nomination avec de grandes marques de satisfaction. En 1383, le jour de la St-Luc, Mérigot-Marchex, capitaine gascon, sortit de Carlat, lui vingt-troisième, et chevauchant dans les environs d'Alleuze, s'aperçut que le château était mal gardé, s'en empara comme il a été dit à la 1ere livraison, page 33, et s'y fortifia. Grande fut l'émotion à St-Flour lorsqu'on sut qu'un ennemi aussi actif et si redoutable était établi dans un voisinage aussi rapproché; mais la place était trés-forte, et Mérigot la garda pendant huit ans.

Deux ans auparavant, Jacques de Villemur et plusieurs autres seigneurs, parmi lesquels se trouvait Albert d'Espinchal, sous prétexte de faire la guerre, vinrent à Lempdes, sous la conduite de Jean d'Auvergne, fils du comte de Boulogne, le ravagèrent, le pillèrent, et lui imposèrent une rançon. De là ils vinrent a St-Flour, et ayant été reçus dans la ville, ils se mirent à courir les rues à armes apparentes, en criant : Boulogne, Boulogne, et après avoir blessé et maltraité plusieurs personnes, ils entrèrent dans la maison d'Albert Delfaux en criant : à mort. Ne l'ayant pas trouvé, parce qu'il s'était sauvé par les toits, ils pillèrent sa maison, abattirent les piliers qui la soutenaient, sans faire attention que le penonceau du roi était au devant, comme marque de protection royale. Après avoir commis plusieurs autres désordres dans la ville, ils se portèrent sur la maison d'Albert de Rochefort, seigneur d'Orouze, gouverneur du temporel de l'évêque de Clermont, et s'en étant saisis, le conduisirent dans celle que le comte de Boulogne avait à St-Flour, lui firent subir plusieurs mauvais traitements, et même l'eussent mis à mort s'il n'eût pris l'engagement de se rendre prisonnier dans celui des châteaux du comte qui lui serait désigné.

Sur quoi, Henri de Latour, évêque de Clermont, fit poursuivre criminellement ces gentilshommes, les fit décréter de prise de corps et d'ajournement personnel, sous peine de bannissement et de confiscation de tous leurs biens. Une particularité de cet acte, daté de 1378, c'est qu'il y est dit que l'évêque de Clermont était seigneur spirituel et temporel de la ville de St-Flour, aussi bien que de Lempdes, et que la maison Delfaux, située sur le marché au blé, relevait en toute justice de l'évêque de Clermont.

Mérigot profitait de ces désordres pour piller et ravager tout ce qui était à sa convenance. Avec les autres capitaines des environs, ses amis quand leurs forces respectives étaient réunies, elles allaient à six cents lances, et aucune force suffisante ne pouvait leur être opposée. De sa position d'Alleuze, il faisait continuellement des excursions sur les terres de St-Flour et de son évêque. Le désordre était à son comble. Il fallut en venir à composition avec Mérigot, et par l'entremise du comte d'Armagnac on obtint qu'il remettrait cette place, moyennant la somme de cinq mille livres- La ville de St-Flour se trouvait ainsi délivrée d'un voisin si dangereux; mais le château n'en resta pas moins au parti anglais pendant plusieurs années encore.

Il parait qu'Aimérigot ne tarda pas à se repentir d'avoir fait ce traité. Froissant nous a transmis les regrets qu'il en exprimait à ses compagnons. Nous les donnons, parce qu'ils spécifient l'état auquel ces bandes réduisaient le pays.

« Comment étions-nous réjouis, disait Aimérigot à ses compagnons, suivant cet historien, quand nous chevauchions à l'aventure et que nous trouvions sur les champs un riche prieur ou marchand, ou une route de mulets de Montpellier et autres villes, chargés de draps de Bruxelles, ou de pelleteries venant de la foire de Laudit, ou d'épiceries venant de Bruges, de draps de soie de Damas et d'Alexandrie. Tout était nôtre ou rançonné à volonté. Tous les jours nous avions nocel argent. Les vilains d'Auvergne et du Limousin nous pourvoyaient et amenaient à notre châtel les blés, les farines, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaux, la litière, les bons vins, les bœufs, les brebis, les moutons tout gras, la poulaille, les volailles. Nous étions servis, gouvernés et étoffés comme roi ; et quand nous chevauchions, tout le pays tremblait devant nous. Tout était nôtre en allant et revenant.

Si la situation du pays était grave et désastreuse, le zèle des consuls de St-Flour et de leurs commettants se montrait au niveau des circonstances. Les fortifications étaient relevées et entretenues avec soin. Les consuls pourvoyaient à tout, contrôlaient la milice, approvisionnaient la ville de munitions de guerre et autres, et correspondaient avec l'autorité supérieure, comme avec leurs confrères du voisinage. Cette belle institution des consuls, au moyen age, s'est toujours trouvée an niveau des événements. Son esprit s'est retrouvé souvent dans les magistrats de notre époque. St-Flour se souviendra longtemps que l'écharpe municipale a été ceinte par les Rougier, les Spy des Ternes et les Borel de Montchauvel.

Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de donner ici le relevé des comptes principaux des consuls de St-Flour, depuis l'année 1376 jusqu'en 1467. De quel intérêt historique n'eussent pas été ces comptes eux-mêmes; mais ils devaient périr dans le sacrilège auto-da-fé qu'alluma la tempête révolutionnaire.

1376.

1. Etat des dépenses faites pour les bâtiments et portail des Roches, et mur derrière l'évêché.

2. Etat des dépenses faites à cause de la venue de M. de Berry, son chancelier, et M. le sénéchal d'Auvergne, auxquels furent faits des présents, de même qu'à M. de Bourbon et à M. le comte Dauphin, 23 mars.

3. 8 juin, fut fait présent à M. le balif des montagnes pour le roi.

5. 23 avril, un homme de Pierrefort porta une lettre donnant avis que les Anglais chevauchaient dans ces environs.

8. 20 juillet, deux hommes de Pierrefort apprirent que les Anglais avaient chevauché de nuit

9. Etat des dépenses faites pour le paiement aux Anglais des pactes convenus avec Béraut de Talhac, capitaine de Carlat.

1377.

10. Un messager de Pierrefort vint dire que les Anglais chevauchaient.

11. Etat des dépenses faites pour lever la taille de l'acquisition de Carlat.

12. Le 3 novembre, reçu le messager que les consuls d'Aurillac envoyèrent pour avertir que les Anglais chevauchaient.

14. Deux valets furent envoyés à Brioude pour avertir des Anglais.

15. Furent élargis des prisons, les valets de la garnison de Chaliers qui avaient été pris par le compagnon Tochi, étant assurance du pacte que les Anglais voulaient rompre.

18. 26 octobre, les consuls adressèrent mandement à M. le sénéchal de Beaucaire sur la détention de Berthot Thomas, Jean Vendèze, Jean Chabasse et Mathieu Jolie, que ledit M. le sénéchal avait fait prendre auprès, pour la marque d'un Anglais de la garnison de Montferrand, en Gévaudan, qui avait été emprisonné par le compagnon Tochi, de St-Flour.

25. Etat de la dépense faite par les consuls de St-Flour, à cause de l'assurance du pacte et des capitaines de Chaliers, et pour le siége dudit lieu de Chaliers, qui fut mis par M. le duc de Berry et d'Auvergne, et par M. Bertrand Duguesclin, connétable de France, le mercredi avant la fête de la Nativité de St-Jean-Baptiste, et fut levé, par traité entre lesdits seigneurs et les Anglais qui tenaient ledit lieu, le vendredi après ladite fête; laquelle dépense consiste en grande fourniture d'artillerie, pannos, manteaux, canons, poudre à faire feu et autres engins et artifices, pieds-de-chèvre, étendards, trompettes, penons, vivres et provisions, chevaux et hommes.

26. Etat des dépenses faites pour la garde et réparations de la ville.

27. Le 3 août', fut appris que les consuls de Malzieu avaient écrit au capitaine de Ruines que les Anglais de Montferrand (Gévaudan) venaient en ce pays.

28. Fut appris que les Anglais avaient pris Murat-Laghasse.

29. Le mercredi, 10 octobre, Perron de Galart, avec les autres Anglais de sa compagnie, prirent le château de Sailhans, et pour cela les consuls convoquèrent le consulat, où il fut délibéré pour ledit lieu et pour Carlat, qui fut pris le samedi avant. Il serait écrit à M. d'Anjou et autres seigneurs royaux, régents pour le roi, et à quelques gens d'église, nobles et communes des pays des montagnes d'Auvergne, Velay, Gévaudan et Rouergue.

30. Le même jour, les consuls envoyèrent a Pierre Mercier, à Paris, quelques lettres adressées à M. de Berry, M. d'Anjou, M. de Bourgogne, M. de Bourbon et autres grands seigneurs, à cause desdites prises de Carlat et de Sailhans. Pour la même cause, envoyèrent des lettres aux seigneurs de Langhac , Salezuit et autres.

32. Envoyèrent à Brioude, pour chercher du salpêtre et autres choses pour faire la poudre pour les canons, et de la térébenthine, pour faire des artifices a mettre le feu, s'il est besoin d'aller assiéger ledit lieu de Sailhans.

33. Le 21 octobre, les consuls envoyèrent en Auvergne, vers la Voûte-St-Ilpize et Vieille-Brioude , pour avertir le pays que les Anglais de Sailhans devaient y aller.

34. Le 14 octobre, les compagnons du guet de St-Flour prirent de nuit deux Anglais.

35. François Aimeric et Jean Chapoule, capitaines, firent la revue des armes, et, par ordre des consuls, tous les habitants furent armés. .

36. Le 3 janvier, les consuls envoyèrent Antoine Vidal et autres quatre compagnons pour garder le fort de Broussadous (près de Bégut).

37. Le 5 février, les consuls et conseillers élurent pour capitaines de la garde François Aimeric et Jean Chapoule, aux gages de 2 livres 1/2 par mois a chacun.

38. Le 22 avril, Pierre Rotigier demande 8 livres pour la valeur d'un drap par lui baillé pour faire le pavillon de M. le connétable de France au siége de Chaliers, lequel drap fut retenu et emporté par les gens dudit connétable au siége de Châteauneuf-Randon.

39. Le 1er décembre, fut fait pacte entre les consuls, conseillers et habitants de St-Flour, et Perron de Galard, capitaine des gens d'armes anglais de Sailhans, pour avoir assurance jusqu'au jour de Pâques en suivant, moyennant 140 livres, un quintal de chandelles de suif et six torches de quatre livres chacune, et fut payé plusieurs autres sommes pour lever la marque mise sur la ville, à cause de la prise, par quelques habitants, de bestiaux des Anglais, toutes lesquelles sommes furent imposées sur tous les habitants.

40. Le 5 février, fut envoyé dire au capitaine du Sailhans que le pacte n'était pas rompu, nonobstant les chevauchées faites de St-Flour à Sailhans par les seigneurs d'Apcher, Pons de Langhac , Guillaume de la Mothe et Guillaume de Sanhes, avec leurs gens d'armes, du 25 au 28 janvier. Pendant cette année, il fut fait plusieurs réparations aux fortifications et garde de jour et de nuit.

1382.

42. 28 avril, fut expliqué et délibéré en consulat ce qu'il convenait d'imposer pour payer les pactes et accords faits avec les Anglais de Fortuniers, Montjugien, des maisons et pour autres choses.

43. Le 22 juillet, tous les arbalétriers et compagnons furent avertis de se tenir prêts pour aller devant Sailhans, s'il y a siége.

45. Etat de la dépense faite pour aller au siége de Montjugien , et fournitures d'hommes, canons, engins, munitions et vivres, du 12 août au 17 octobre, lequel siége fut fait par M. le maréchal et ses gens d'armes.

46. 3 novembre, fut fait guet et garde, à cause des Anglais de Montjugien qui étaient prisonniers.

47. Il fut racheté six hommes qui étaient détenus, pour marque, prisonniers aux maisons.

49. Etat de la dépense faite pour la prise du château des Maisons, où étaient plus de 400 compagnons de St-Flour, des 6 et 7 avril.

50. Le 5 août, écrit par les consuls à M. le comte Dauphin, pour lui apprendre les prises des châteaux des Maisons, Montsuc et autres choses.

52. Le 10 septembre, fut fait présent à M. le maréchal de France, venant d'Ardes, pour la délivrance de Sailhans, Montjugien et autres forts tenus par les Anglais.

55. Le 11 décembre, fut publié défenses de fréquenter Sailhans et donner confort aux Anglais. 58. Fut accordé une aide de 8 liv. par feu pour la délivrance des forteresses. 60. Continué les réparations des fortifications, et le guet et garde de la ville.

1383.

61. Le seigneur de Roffiac écrivit aux consuls en avertissement que les Anglais de plusieurs établies étaient réunis à Cussac, et les consuls en donnèrent avis aux gens d'armes de Talhac.

64. Etat de la dépense faite par les consuls pour le paiement de 480 livres, dix sommes de vin et deux draps de soie, de pacte accordé avec Bernard, baron des Garlens, capitaine anglais, et pour avoir l'assurance d'Aimérigot Marchex, du baron de Copène et autres capitaines de la compagnie dudit baron des Garlens, tant en la ville de St-Flour, au champ communal, qu'en la chapelle de Montaigut, du 1" janvier jusqu'à la St-Jean.

67. Le pacte fut accordé avec ledit baron des Garlens et payé 563 liv. 5 sols.

68. Dépense pour la bâtisse du mur derrière l'évêché et autres réparations.

1386

70. 5 juillet, fut reçu une lettre de Pierrefort en avis que Ramonet, anglais, avait réuni des gens d'armes.

72. Le 14 juillet, fut envoyé aux consuls de Murat et à tout le pays avis que Chopin de Badafol avait assemblé un grand nombre de gens d'armes anglais pour courir et prendre places fortes en Auvergne.

75. 19 août, envoyé à Alleuze, Carlat et Valon pour demander au capitaine le vin et autres choses que les Anglais avaient pris de plusieurs personnes de St-Flour, en chemin, nonobstant le pacte.

78. Le 5 septembre, fut exposé a M. d'Alègre la tribulation et misère que souffrait la ville de St-Flour, à cause de la guerre frontière, et lui demander qu'il lui plût de mettre ailleurs ladite frontière pour deux ou trois mois, afin que la ville pat se pourvoir de vivres et de munitions.

84. 5 novembre, Etienne Champagnac, envoyé en Auvergne avec des lettres adressées au conseil de M. le duc de Berry, à Riom, à M. le châtelain de Nonette cl à M. le châtelain d'Alègre, pour expliquer la misère de la ville et du pays, par la guerre des ennemis du royaume et par la frontière des gens d'armes, les priant de la changer ailleurs.

86. Le 5 décembre, M. Antoine Prunières a été envoyé à M. le balif, à Saint-Nectaire, et au châtelain de Nonette, porteur de lettres de M. d'Apcher, Bertrand de Talhac et des consuls, à l'occasion de pourvoir à l'entrée de St-Flour, à raison de la défense faite par les Anglais qu'aucunes gens n'entrassent en ladite ville.

87. A été faite une nouvelle fontaine des eaux de celle des Mainiales, de celle de Poujols et de celle de la Gentelle.

89. Danton Lavaisse fut envoyé au baron anglais, à Alleuze et à Valeilhes, pour traiter du pacte avec lui et avec Chopin de Badafol.

90. Donné à M. Etienne Ferrand, pour lui aider à obtenir du pape son absolution, à cause de la mort d'un Anglais tué à Fredeire, en une course faite par eux.

91. Le 8 février, fut envoyé des arbalétriers et autres gens d'armes de la ville de St-Flour, avec des vivres, pour secourir le lieu d'Alleuze qui était assiégé.


 

1387.

93. Le 23 mai, E. Champagnac donne avis que les Anglais sont rassemblés hors de Pierrefort.

94. Le 28 mai, envoyé au Puy pour demander à MM. d'Armagnac et d'Alègre où en est le traité proposé entre eux et les Anglais.

96. Le 7 juin, acheté de la toile pour une bannière à la tour des Agials, pour annoncer de quel côté viendront les Anglais.

99. Envoyé à Turlande demander pourquoi Auchot avait marqué la ville pendant la trêve.

101. Le 25, le duc vint d'Alleuze à St-Flour dire que les Anglais de Valou étaient venus à Alleuze, et qu'ils avaient beaucoup de gens sur le pays pour courir et mettre à mort tout ce qu'ils trouveraient.

102. Le 28, le capitaine de Pierrefort avertit que tous les Anglais de Ramonnet sont rassemblés.

104. Le 7, les trêves furent publiées.

105. Le 26 décembre, écrit à M. de Folholes pour le prier de dire à M. d'Armagnac que Chopin avait mis la marque sur Saint-Flour, et le prier d'y remédier.

106. Le 25 janvier, M. le maréchal écrivit à Chatard de Roche-Dagout, à St-Flour, et lui mande de venir à St-Bonnet, où il était, pour combattre les Anglais.

109. Les consuls ont fait garder les portes du Tuile, les montées du mur et la tour du Tuile des Agials et du milieu, les lundi, mardi et mercredi que se firent les armes entre les Français et les Anglais.

110. Ayant entendu dire que M. le balif devait venir avec 60 hommes d'armes et 20 arbalétriers pour tenir la frontière, les consuls écrivirent pour changer la frontière en autre lieu.

111. On arrêta Jacques Bracon et autres Anglais, par ordre des consuls et du lieutenant du balif.

112. Payé 700 liv., à cause du traité fait entre M. d'Armagnac et les Anglais.

1388.

113. Le 6 avril, envoyé à Turlande demander à Chopin Badafol, capitaine dudit lieu, s'il tiendrait la trêve accordée avec M. d'Armagnac.

114. Jean Cruvellier, consul, Pierre Mercier et Etienne Cheilade furent envoyés à Chaudesaigues, au jour pris par M. le balif et Chopin Badafol, capitaine de Turlande, à cause de la marque que demandait Auchot, et des demandes respectives entre la ville de St-Flour et les Anglais.

115. Le 3 juin, reçu une lettre de M. d'Armagnac, par laquelle il mande d'être à Pierrefort le 15 de ce mois, à cause de la marque, et d'en avertir le balif.

116. Le capitaine de Ruines fut envoyé au Mur-de-Barrès pour traiter et accorder des marques que demandaient Jean de Bordeaux et autres, de la garnison de Carlat.

117. Les Anglais refusèrent de se rendre à Pierrefort, le 15, jour convenu.

118. M. le balif a mandé aux consuls de convoquer tout le pays à la journée de Pierrefort, au sujet des trêves, et les consuls mandèrent au prévôt d'avertir tout le pays.

119. Le 28 juin, payé pour marque à Jean de Bordeaux, anglais, de la garnison de Valeilhes, 31 livres 12 sols 6 deniers.

121. Le 3 septembre, Guinot de Penavaire envoya de Carlat un exprès pour dire que les trêves étaient rompues, et d'en avertir tout le pays. Le même jour, les consuls en donnèrent avis à M. le dauphin d'Auvergne.

122. Le 17 octobre, fut écrit au vilain de Badafol et à M. le balif, à Aurillac, au sujet des marques des Anglais de Turlande.

123. Le 25 septembre, vinrent à St-Flour les hérauts de M. le duc de Berry et de M. Olivet de Maine, pour porter aux Anglais les trêves accordées par les rois de France et d'Angleterre, jusqu'à N.-D. de Mars.

125. M. Pierre Mercier a été occupé pendant six jours pour garder et défendre les droits de la ville de St-FIour devant les juges choisis entr'elle et les Anglais.

1390.

128. Le 5 avril, M. Jean Saisset fut envoyé à Sailhans pour demander aux Anglais pourquoi ils avaient pris plusieurs personnes et bestiaux de la ville de St-Flour.

130. Le 10 mai, M. Jean Gabilhos fut envoyé au Puy pour exposer à M. d'Armagnac, M. Jean de Blaisi, M. le balif de M. de Berry et M. Jean Folhole, la grande misère de la ville de St-Flour, à cause de la guerre avec les Anglais, nonobstant les trêves.

131. Le 10 juin, Durand Arnaud fut envoyé à Mende avec Bertrand de Telhe, qui avait assurance des Anglais à la journée y demander par-devant M. de Blaisi, mis par le roi et M. d'Armagnac, et les gens du pays contribuant au sujet du vuide des Anglais.

132. Le 27 juin, appris que les Anglais d'Alleuze avaient projeté de faire des entreprises et chevauchées contre la ville de St-Flour.

133. Le 5 août, M. Jean Gabilhos arriva de Mende où il avait été envoyé par les consuls de St-Flour, pour le fait de la ville, à cause du vuide des Anglais, et où il avait demeuré dix-huit jours pour attendre l'appointement et les restes des journées tenues audit lieu entre M. le comte d'Armagnac, M. Jean de Blaisi, les gens du pays contribuant auxdits vuides, et plusieurs Anglais.

134. Le 27 août, le bâtard de Cers chevaucha devant Sailhans avec les gens de la ville de St-Flour.

135. Le 18 septembre, envoyé un exprès à M. Jean de Blaisi, pour donner avis que les Anglais d'Alleuze ne voulaient pas tenir l'assurance qui leur avait été présentée par le seigneur de Dozan, qui avait été envoyé par ledit seigneur de Blaisi.

136. Le 25 septembre, de Molier, maître d'hôtel de M. d'Armagnac, et Poncet de Caylus étaient à Sailhans pour accorder trêve de seize jours avec les Anglais, et traiter pour le vuide dudit lieu.

138. Le 3 novembre, fut obtenue assurance des capitaines de Carlat, Turlande et Alleuze.

140 Le 23 janvier, un homme du Mur-de-Barrès vint dire que les Anglais de Carlat et Alleuze, qui étaient ensemble a Carlat, après la délivrance d'Alleuze, projetaient de prendre la ville de St-Flour.

141. Le 14 février, payé 29 liv. 10 sols le pacte de Sailhans, pour un mois et un tiers.

143. Le 15, M. Jean de Blaisi commanda aux consuls que deux d'entr'eux, et tous les gens qu'ils pourraient avoir de St-Flour, allassent avec lui au lieu d'Alleuze pour le détruire.

145. Payé 280 liv. pour la contribution de St-Flour à deux subsides, dont l'imposition a été ordonnée par M. le balif des montagnes d'Auvergne.

146. Payé 6 liv. à M. de St-Flour, à cause de son cens dû de l'année présente.

1391.

147. Avril, envoyé deux lettres à Carlat, à M. le balif, pour obtenir l'assurance des Anglais de Valon.

149. Le 2 septembre, payé la réparation de la croix et oratoire de Montplo.

153. Le 7 mars, MM. Pierre Nadal et Jean Beluze, envoyés à Murat pour tenir la journée des trois Etats du pays, y mandée par le seigneur de la Tour et le balif de M. de Berry, à cause de la prise et finance de Mérigot Marchex, et pour la délivrance du roc d'Unsac.

1393.

156. Pierre Barrés envoyé à Clermont à la journée y mandée par M. Maurinel, lieutenant de M. le maréchal de France Boucicaut, à cause des gens d'armes.

1394.

158. Fut fait présent à M. d'Armagnac, étant présent à St-Flour.

1395.

162. Le 19 janvier, Antoine Delprat fut envoyé à Aurillac, à la journée mandée par M. le sénéchal, pour le fait des gens d'armes.

1396.

164. Le 18 juillet, M. Bernard Vidal fut envoyé à Riom, à M. le sénéchal, pour dire que M. Raimond de Turenne voulait venir sur la ville de St-Flour.

169. Payé la façon de cinq cloches, dont quatre pour l'église, pesant 46 quintaux 67 livres, et la cinquième pour l'horloge, pesant 21 quintaux.

170. Payé 120 livres au receveur des montagnes, pour la portion de la ville et paroisse de St-Flour, du subside ordonné en faveur de M. d'Armagnac, à cause de l'acquisition de Carlat.

171. Payé 52 livres 5 sols pour la portion de la ville et paroisse de St-Flour, du subside ordonné en faveur du mariage de la reine d'Angleterre, fille du roi de France.

172. Payé 17 liv. 6 s. 8 d. pour le subside levé pour conduire ladite reine à Calais.

1397.

177. Fait bâtir le mur neuf derrière la maison de M. l'abbé de Pébrac.
179. Fait bâtir la porte du cimetière de Notre-Dame.
181. Au mois de mars, fait bâtir le mur des rochers.

184. Rendu à M. Etienne Grégoire l'amende qu'il a payée pour le cheval de M. l'abbé de St-Hilaire, que lui ont emmené les gens de M. le maréchal de France allant à Paris.

1396.

186. Vint à St-Flour M. le connétable de France.

191 La porte de la Frauze a été ouverte en maçonnerie.

1399.

193. Le 5 juin, envoyé à Paris Antoine Delprat pour traiter avec M. de St-Flour, à raison du débat pendant au sujet du serment refusé à son vicaire.

198. Envoyé à M. le sénéchal d'Auvergne, au siége de Bouzols, pour excuser les consuls et habitants de St-Flour de n'avoir pas envoyé les arbalétriers qui leur étaient demandés.

1400.

L'inventaire ne contient que des comptes particuliers de la ville.

1401.

Même observation.

1402.

Même observation.

1403.

216. A été faite la murette et bistors des Lacs.

1404.

221. Envoyé Antoine Delprat et M. le chambrier de St-Flour à Marseille, exposer à notre seigneur le pape la destruction de l'église de St-Flour et lui demander son aide pour le bâtiment, des fruits qu'il lève de l'évêché, lesquels partirent le 27 septembre aux frais de la ville, pour 2/3, et du chapitre, pour 1/3.

1405.

226. Ont été construites la porte, tour et murette de l'avant-porte de Muret.

1406.

237. Le 17 novembre, plusieurs personnes furent envoyées à Murat, à M. le président, parce qu'on disait que les Anglais devaient venir à Murat.

238. M. le président vint à St-Flour quand Murat fut vuidé.

1408.

239. Le 8 juin, fut appris que les Anglais étaient en Planèze. Fut fait le guet.

1409.

242. Le 20 février, la tour du Tuile tomba.

1413.

243. Le 16 mai, un très-grand nombre de Biscaïens logèrent aux environs de la ville de St-Flour, et pour la garde d'icelle fut fait le guet.

248. Le 18 mai, furent établis plusieurs notables habitants pour la garde de la ville.

250. Le 16 juillet, M. le balif vint tenir une journée à St-Flour, où étaient mandés les gens des trois Etats des prévôtés des montagnes, où il fut dit par ceux d'Aurillac, que pour la conservation du pays et le préserver d'être grevé ou gâté par les gens d'armes et pour résister aux Anglais, il était expédient d'avoir quelque grand seigneur pour protecteur, auquel il soit octroyé une finance à imposer sur le baillage. N'ayant pas conclu, l'assemblée fut renvoyée à un autre jour.

252. Le 31 août, les consuls de St-Flour, au mandement de M. le balif, allèrent à Villedieu avec les officiers de M. de St-Flour, où ils devaient délibérer sur la publication que voulaient faire ceux d'Aurillac, que les assises de la prévôté de St-Flour, de la terre des exemptions fussent à l'avenir tenues à Aurillac, et après avoir délibéré avec le conseil, M. le balif a fait réponse qu'il n'avait donné aucune lettre à ceux d'Aurillac pour faire ladite publication au préjudice des libertés de la prévôté de St-Flour. Cependant, ceux qui voudront aller plaider à Aurillac le feront, n'entendant pas le défendre.

257. Le 10 janvier, les gens d'armes du bâtard de Culans étaient dans toute l'Auvergne.

259. Le 2 avril, M. de Pardiac manda venir promptement plusieurs gentilshommes du pays, les compagnons de la ville de St-Flour, Murat, Pierrefort et pays d'environ, pour chasser les gens d'armes qui étaient dans le pays.

1414.

260. Etat de dépense de la bâtisse de la tour du Tuile.

I416.

Comptes particuliers à la ville.

14l7.

266. Le 28 septembre, lettre du roi demandant aux consuls et aux habitants d'envoyer promptement pour son aide le plus grand nombre de gens en armes qu'ils pourront.

268. Le V octobre, Philippe Moreires envoyé à Brioude pour savoir comment se gouvernaient les bonnes villes du bas-pays, sur l'aide des gens d'armes demandés par le roi. Même envoi à Clermont.

270. Le 12 octobre, Jean Jouve alla à Aurillac pour le fait des Anglais de Dome et de Comarque.

273. Le 2 novembre, Jean Jouve, consul, envoyé à Rodez, demander au vicomte de Lomagne son avis et celui des seigneurs du pays d'environ, pour la résistance à faire aux Anglais de Dome et de Comarque.

276. Fut appris que les Anglais avaient projeté de prendre la ville de St-Flour.

1419.

282. Le 19 juin, fut appris que le seigneur de Celleneuve, avec plus de 2,000 Bourguignons, étaient venus devant le Puy et l'avaient assiégé de plusieurs côtés.

283- Le 21 juin, fut appris que les Bourguignons partant du Puy avaient été à Mende où ils avaient donné de très-grands assauts.

284. Le 22 juin, fut appris que les Bourguignons étaient retirés à Serverette, où ils étaient assiégés par M. Bernard d'Armagnac et autres seigneurs du Gévaudan et du Vellay.

285. Bernard d'Armagnac tenant le siége à Serverette contre les Bourguignons, demanda aux consuls de St-Flour quantité de vivres et grand nombre de gens de commun et de trait. Les consuls envoyèrent des vivres, et mandèrent ne pouvoir envoyer des gens, parce qu'il les fallait pour la garde.

287. Le jour de St-Laurent, furent reçues et publiées les lettres royales contenant l'accord de la paix faite entre le roi, le dauphin de Vienne et M. de Bourgogne. Elles furent publiées sur la place.

288. Le 4 septembre, M. de St-Flour octroya aux consuls que les prêtres fissent le guet, jusqu'à ce que les gens d'armes du Cadet, qui étaient en grand nombre sur le pays, fussent partis.

289. Le 7 septembre, vint à St-Flour Mondon de Ségur, capitaine des gens d'armes de M. d'Armagnac, qui exigèrent, outre les vivres, de grandes finances sur les bestiaux.

290. Le 17 février, vint à St-Flour M. le dauphin de Vienne, régent du royaume, auquel pour son nouvel avènement les consuls, de la volonté et consentement des jurés du consulat, ont fait présent de 2 tonneaux de bon vin, 12 livres de confitures, 22 torches pesant 38 livres et 30 septiers avoine, outre le paiement de la dépense faite par le maréchal de M. le dauphin et de plusieurs autres de ses gens, du jeudi jusqu'au dimanche, jour du départ de M. le dauphin.

291. Fut donné un présent en vin, confitures et torches, à M. de Bourges, chancelier de M. le dauphin, et son plus grand conseiller venu en sa compagnie.

292. Le 2 mars, vint à St-Flour le lieutenant de M. le sénéchal d'Auvergne, et le procureur du roi en Auvergne, avec un huissier du département, pour faire publier les lettres royaux faisant mention que le domaine d'Auvergne, qu'avait tenu M. de Berry, avait, par appointement de la cour, été adjugé au toi.

1420.

293. Le matin du jour de la Fête-Dieu, les consuls apprirent que M. de St-Flour ou ses vicaires avaient envoyé au curé, en l'église, des lettres d'excommunication contre les seigneurs moines, pour être publiées par le curé en la messe, contenant défense à tous les paroissiens et habitants de St-Flour d'avoir à l'avenir, à peine d'excommunication, aucune participation ou fréquentation avec lesdits moines excommuniés; laquelle nouvelle attrista fortement les consuls, parce que c'était un empêchement à la procession qui devait se faire ledit jour.

294. Pierre Baluge fut envoyé à Aurillac, porter à M. le balif les lettres des consuls, en excuse de ce qu'ils n'étaient point tenus d'envoyer à Aurillac, à la journée y mandée au 20 juin, des trois Etats des montagnes d'Auvergne, pour imposer et répartir la taille qui avait été nouvellement octroyée à M. le dauphin, régent du royaume, par la raison que telles tailles sont accoutumées d'être réparties de toute ancienneté en Auvergne, et la part des montagnes à St-Flour et non ailleurs.

297. Le 5 juillet, M. le balif fait avertir les consuls de bien garder la ville de St-Flour.

298. Dépense faite pour envoyer huit hommes d'armes pour aider M. le dauphin.

300. Le guet et garde furent augmentés pendant le temps que demeurèrent au pays les gens d'armes de M. de Roquemaurel, qui avaient menacé de loger au Pont de nuit ou de jour.

302. Par l'entremise de M. le balif, il a été traité avec M. le cadet d'Armagnac, des tailles qu'il demandait à la ville et qu'il a réduites à 100 livres, en considération de l'amitié qu'il a pour ladite ville, et en reconnaissance des honneurs qu'elle a rendus à feu M. le connétable son père. En conséquence de cet accord, il mande à tous ses officiers de cesser de molester St-Flour.

505. Le 18 janvier, vint un chevaucheur portant des lettres de MM. de Bourbon et d'Armagnac, adressées aux consuls, bourgeois et habitants de St-Flour, contenant plusieurs bonnes nouvelles, et que chacun se tint en la bonne obéissance du roi, sous le gouvernement de M. le régent et non d'autres; lequel chevaucheur portait de semblables lettres à toutes les bonnes villes de ce pays d'Auvergne, Gévaudan et Velay.

1421.

311. Le 2 de juillet, vint à St-Flour M. le balif, pour faire publier les lettres de M. le régent, que tous feudataires, nobles et autres qui avaient accoutumé do s'armer, fussent habillés en armes dans huit jours, et allassent promptement à l'aide de M. le régent.

312. Dépense pour réparer une brèche à la muraille joignant le verger des moines.

1422.

320. Le 17 octobre, l'église cathédrale fut absoute de l'excommunication en laquelle elle avait demeuré quelque temps au grand scandale du peuple et de l'Eglise.

321. Vint une chevauchée portant la lettre du nouveau roi, adressée à M. de St-Flour, gens d'église, bourgeois et habitants, en avis de la mort du roi son père, et ordre de faire les obsèques solennelles pour l'âme du roi défunt.

1424.

324. Le 18 octobre, Etienne Mercier, consul, et M. Bardalas furent à Murat, demander à M. le balif s'il allait à la journée de Montluçon, et n'y allant pas, le prier d'écrire à M. le chancelier et à M. le sénéchal, pour leur recommander ceux qui y iront de St-Flour.

1425.

Ces comptes sont relatifs à la répartition de diverses contributions.

1426.

Dépenses relatives à l'envoi des commissaires aux journées d'Issoire, Montluçon et Clermont.

1427

350. Le seigneur évêque, à sa nouvelle entrée hors la porte du Tuile, jure aux consuls de tenir et servir la communauté et cité en ses libertés, usages, coutumes et autres anciens droits.

1428.

352. Le 7 août, vint M. Jean la Grèze, chevalier, envoyé par M. de Pardiac pour faire délivrer le Malzieu et le pays des gens d'armes qui y étaient.

353. Le 13 septembre, fait nettoyer la grande chaussée du mur par où les Anglais sortirent, et qui avait été engorgée depuis.

1429.

Compte des dépenses faites pour les journées tenues à Valuéjol, Montferrand, et pour le département des tailles.

1436.

380. Le 18 avril, M. de Saint-Flour et les consuls ayant appris que la ville de Paris serait rendue au roi et que la paix était faite, il fut fait des réjouissances publiques et des processions solennelles.

382. Le 26 octobre, ayant appris que M. le comte de Montpensier, frère de M. le duc de Bourbon, était, avec nombre de gens, devant le château de Sailhans pour l'assiéger, Etienne Champagnac, consul, lui fut envoyé avec des présents.

383. Le 30 octobre, M. le comte de Montpensier vint à St-Flour avec les gentilshommes de sa compagnie, et logèrent à l'évêché où les consuls firent la révérence, et en furent mal reçus à cause de certains faux rapports contre la ville de St-Flour.

1437.

390. Le 14 mai, notre seigneur le roi de France, avec M. le dauphin, son fils, M. Charles d'Angers, M. Christophe d'Ayrecourt et plusieurs autres seigneurs, nobles et gens d'église à sa compagnie, venant de Languedoc, logea à St-Flour, à l'hôtel de M. de St-Flour, et y demeura jusqu'au lundi de Pentecôte, 20 dudit mois de mai, qu'il partit pour aller coucher à Brioude.

391. Les consuls, avec les jurés du consulat et plusieurs autres habitants, allèrent au-devant du roi avec les trompettes de la ville.

3921. Les enfants furent au-devant du roi, portant les armes du roi et de M. le dauphin, avec deux étendards aux mêmes armes.

295. Fut tenue une torche de cire à la porte du Tuile pendant le séjour du roi.

394. Le pavillon de drap d'or sous lequel le roi est entré en ville, a été réclamé par son maître d'hôtel à cause de son office, auquel a été payé pour la valeur d'iceluy quatorze moutons de 8 écus.

395. Les parements des rues, lors de l'entrée du roi, ont été réclamés par le» fourriers du roi à cause de leur office, auxquels pour le droit leur appartenant ont été payés 5 réaux d'or.

396. Le valet de chambre du roi réclamait aussi quelques droits; lui a été payé deux-tiers de mouton.

397. Le roi a accordé, par lettres, l'une, un don de 600 liv. à la communauté sur les premières tailles qui se paieront, à raison de 100 liv. par an, et l'autre, que la ville ne soit tenue de recevoir aucunes gens plus forts que les habitants, sinon que le roi ou le dauphin y soit.

398. Quand le roi fut parti de St-Flour, sire Pierre Gillet, consul, fut après lui et obtint les lettres que, quand les élus et autres seigneurs et commissaires s'assembleraient à l'avenir pour procéder au département des tailles royaux, ils seraient tenus d'y convoquer les consuls de St-Flour.

399. Il fut fait présent au roi, à cause de son nouvel avènement comme roi, de 12 tasses d'argent fin, à M. le dauphin 10 tasses et à M. d'Angers 6 tasses, pesant ensemble 27 marcs 1 once 1/2, chaque marc valant 6 écus de Toulouse.

400. Les chariots du roi passèrent à St-Flour, et les gouverneurs d'iceux de mandèrent de la part du roi, aux Consuls, un nombre de compagnons archers, arbalétriers et autres gens de différence, pour conduire lesdits chariots en sûreté une ou deux journées, ce qui fut fourni.

1438.

409. Etat de la dépense par les consuls à l'occasion des gens d'armes de la compagnie de Brassac et de plusieurs autres capitaines, qui vinrent, le 1" août, devant le barrés (faubourg) du Pont pour l'assaillir, y entrer, loger et piller

410. Lesdits ennemis trouvèrent bonne résistance des gens du faubourg et de la ville. L'accord fut fait.

414. Le 27 septembre, M. de Montpensier et M. de St-Flour demandaient une grosse taille en la ville et paroisse de St-Flour, à cause que les gens d'armes quittassent promptement le pays. Il fut délibéré d'envoyer à Aurillac en avertir M. le balif et consulter sur les moyens de refuser le paiement de ladite taille, attendu que les trois Etats n'ont pas été appelés pour l'octroyer; que les consuls de St-Flour, qui devaient représenter un des trois Etats comme chef de diocèse, n'y avaient pas consenti; que les bonnes villes du bas-pays d'Auvergne refusaient d'en payer leur portion, et que les gens d'armes faisaient depuis plus de mal qu'auparavant.

l439.

416. Les archi-prieurés de St-Flour, Blesle, Langhac et Brioude octroient à M. le duc de Bourbonnais et d'Auvergne 3,000 liv. pour sortir les gens du comte de Bibadieu, occupant Ruines et Corbières.

424. Le 26 juillet, vint à St-Flour M. le comte de Montpensier pour empêcher que les gens d'armes de Pothon de St-Eralhe, du batard de Bourbon et autres n'entrent aux montagnes d'Auvergne, ainsi que ledit seigneur l'avait promis.

425. M. de Montpensier ayant écrit au capitaine qui gouvernait les gens de Pothon de St-Eralhe pour le bien et utilité du pays, demanda aux consuls de . St-Flour un homme notable pour accompagner Costanot, de Clermont. porteur de ladite lettre; fut bailli J. Saisset, bourgeois.

427. Sur l'aide de 100,000 liv. imposées par le roi en la ville d'Orléans, il en est revenu au haut-pays 4,000 liv. et à St-Flour 182 liv.

1443.

434. Passa aux Lacs, le bâtard d'Armagnac et ses gens, avec débet et grandes menaces contre les habitants de St-Flour, pour lui avoir Oté un prisonnier.

139. Le 6 octobre, vint à St-Flour, pour donner les aides à ferme, M. Pons de Lastic, seigneur de Montsuc, élu par le roi au fait des aides en l'élection et diocèse de St-Flour, auquel fut présenté le vin de ville.

443. Le 3 décembre, vint à St-Flour Jean de Quesnoi, prévôt des maréchaux, envoyé par M. le dauphin pour mettre à exécution plusieurs commissions contre la communauté de St-Flour.

444. Ledit jour, les consuls furent arrêtés prisonniers à l'évêché, à la requête du receveur pour le roi, et détenus quatre jours.

446. Le 24 février, vint à St-Flour Pirolou le Besquinet, homme d'armes de M. le dauphin, avec une lettre aux consuls de St-Flour en demande de l'artillerie et autres choses que Sallazar avait déposées à l'évêché; elle lui fut envoyée et conduite à Espalen.

448. Le 6 avril, vint à St-Flour M. de Jaloignes, maréchal de France, demandant deux arbalètes, qui furent données garnies de martinets.

449. Le 9 avril, vint à St-Flour M. le dauphin. Les enfants allèrent au-devant, portant les armoiries sur une verge de noisetier.

452. Fut fait présent à M. le dauphin de 18 septiers d'avoine, 51 livres de cire en torches, 17 livres d'épices confites et un tonneau de vin clairet.

453. Fut payé un écu à l'échanson qui voulait retenir ledit tonneau pour son office.

454. Fut payé 20 sols à un autre serviteur pour quatre tongières fines qu'il avait prises lors du présent fait, et voulait les retenir pour droit de son office.

455. Les habitants allèrent au-devant de Mgr le dauphin avec les trompettes de la ville.

1451

457. Ont été faites des réjouissances publiques et des processions générales, à cause des bonnes nouvelles venues de Bordeaux.

459. Fut faite une procession générale, à cause de la réduction de Bayonne, annoncée par la lettre du roi au chapitre et à la ville.

460. M. de Lastic vint à St-Flour pour loger les Ecossais qui faisaient de grands dommages autour de la ville.

465. Les gens d'armes du roi sont en garnison à St-Flour.

466. Vinrent à St-Flour M. de Lastic, M. de Montsuc et Martin Roux, commissaires du roi, mettre les francs archers, et leur fut offert le vin de ville.

1461

468. Les 26 et 27 mai, fait enlever les décombres de la porte de la grande église, et nettoyer les fondements des piliers des tours de ladite église et entrée.

471. Le 30 juillet, fut appris la mort du roi et le lendemain fait un grand service.

473. Fait nettoyer le grand creux aux Roches pour y fondre la grande cloche que M. d'Aurouse fait faire.

1465.

476. Le 29 avril, a été délibéré de faire le fossé entre le portail de Muret et le portail des Lac.

477. Le 13 mai, les 25 livres de salpêtre achetées en foire de Lyon pour faire de la poudre pour la garde de St-Flour, et les draps des robes consulaires, furent pris à St-Bonnet en Forez par les gens de M. de Bourbon.

479. Le 31 mai, fut faite la garde aux portes de la ville, parce qu'il était foire et que toute l'armée de M. d'Armagnac était venue loger en Planèze; la garde fut continuée.

480. Le 4 juin , les couleuvrines, canons et bombardes furent chargées, et 135 traits furent mis à point. Envoyé chercher une couleuvrine à ponte.... fait réparer la barbacane de la muraille neuve.

484. Etat de dépense du fossé fait depuis le portail de Muret jusqu'au portail des Lacs, devant la muraille neuve.

1466.

490. Le cimetière de Montagut fut consacré.

492. Le 20 novembre, arriva à St-Flour M. Archambaud de la Roque, balif des montagnes, pour faire la montre (revue) des nobles, et s'informer du nombre des feux que les bourgeois et marchands de la ville tiennent du roi.

1487.

Les comptes de cette année sont relatifs aux assemblées des Etats tenues à Carlat, à Riom ct à Vie.

Presque tous les numéros omis sont consacrés à ces réunions d'Etat ou aux présents faits aux personnages de distinction de passage dans la ville.

Tel est le squelette de l'histoire politique de St-Flour pendant le siècle désastreux de l'occupation anglaise. Que de faits intéressants, d'actions émouvantes perdues dans ce bûcher allumé sur la place de la ville par des hordes sauvages plus barbares que le calife Omar, en ce qu'elles polluaient la civilisation moderne!

Reprenons le cours de notre histoire.

Nous venons de rapporter l'évacuation d'Alleuze par le capitaine Mérigot. Il a été dit à l'article de cette commune , que Pierre Mercier et les habitants de St-Flour s'étaient portés sur ce château pour le détruire; enfin, aux comptes de St-Flour, n° 143, que M. Jean de Blaise commanda aux consuls de cette ville qu'ils allassent sur cette place pour la raser. Depuis la publication de la notice sur cette commune, nous avons reçu de M. Echaubard, juge de paix à Ruines, la copie d'une pièce qui existe encore dans les archives de la mairie de St-Flour relative à ce fait, et que nous croyons devoir consigner ici, parce qu'elle intéresse les deux communes.

L'évêque de Clermont, dit cette pièce, possédait en ce temps-là, dans les montagnes d'Auvergne, un grand nombre de fiefs dont le château d'Alleuze faisait partie; et, lorsque les pillards d'Outre-Manche l'eurent abandonné, il en confia la garde à un capitaine nommé Astorgue de Las, qui l'habitait avec sa femme et deux valets ou gardes, l'un appelé Chastang et l'autre Viala, qui trahirent leur maître en livrant le château au nommé Pierre Mercier, consul de la ville de St-Flour, lequel agissait d'intelligence avec Cardailhac, seigneur de Murat, qui était ennemi du roi. Ce fait eut lieu en 1405, la veille du jour de la Pentecôte, et dans les circonstances suivantes:

« Cardailhac envoya à St-Flour, auprès de Mercier, l'abbé Ambirle, son aumônier, pour se concerter ensemble sur les moyens à prendre pour parvenir à leur but. On fit venir secrètement Chastang, l'un des gardes d'Alleuze, qui avait été précédemment domestique de Mercier; on lui fit la proposition de leur livrer le château moyennant une bonne récompense, et on lui promit même de l'en faire capitaine, en lui faisant remarquer que faute par lui d'accepter cette proposition , il aurait à s'en repentir plus tard; car, néanmoins, le château serait pris de force, et lui, Chastang, pourrait bien être pendu par son col. Le garde promit alors d'en parler à son compagnon, et, s'il acceptait la proposition, on profiterait de la première occasion pour mettre la main à l'œuvre et on le ferait savoir de suite à Mercier.

Le moment favorable pour cette infâme trahison ne tarda pas à se présenter. La veille de la Pentecôte, Astorgue de Las, avec sa femme, se rendirent le matin à l'église, distante du château de deux ou trois cents toises, pour y entendre la messe; ils ne furent pas plus tôt hors du château , que les gardes s'y fermèrent et envoyèrent prévenir Mercier.

Lorsque le capitaine et sa femme furent de retour de la messe, la porte du manoir était fermée , et du haut des créneaux les gardes lui signifièrent de tirer arrière.

Aussitôt que Mercier eut appris la nouvelle de ce qui se passait à Alleuze, il assembla les consuls; il fit publier à son de trompe, vers les trois heures du soir, par toute la ville de St-Flour, où se trouvait ce jour-là une grande affluence de peuple à cause du marché du samedi qui se trouve la veille de la Pentecôte, que les Anglais s'étaient ré emparés du château d'Alleuze, et qu'il fallait que tout le monde s'armât à l'instant pour aller les y assiéger, à peine d'encourir la disgrâce du roi. La milice de l'une des treize bonnes villes de la province, animée alors par le plus grand sentiment de fidélité pour son souverain, s'arma à l'instant et courut mettre en toute hâte le siége devant le manoir qui recélait l'ennemi dans son sein. La forteresse, se trouvant ainsi cernée de toutes parts, Pierre Mercier s'avança seul à la porte de la murette où les deux gardes parurent seuls, à la grande surprise des assaillants, qui s'attendaient à avoir affaire à un ennemi bien plus puissant. Après avoir échangé à voix basse quelques paroles avec Mercier, celui-ci leur demanda de la part de qui ils tenaient ce château; ils répondirent l'avoir trouvé sans garde, qu'ils s'en étaient saisis et qu'ils ne le livreraient à personne plus qu'a lui Mercier. Au même instant, la porte lui fut ouverte et la place fut livrée. Puis Mercier dit aux assistants qu'en sa qualité de lieutenant de Pons de Langhac, bailli et gouverneur des montagnes d'Auvergne, il avait reçu, par mandement du roi, ordre de faire raser et abattre tous les châteaux dans lesquels on ne tenait pas garnison assez forte pour empêcher l'ennemi de s'en emparer. En conséquence, il ordonna que celui d'Alleuze fut abattu sur le champ; que chacun mit la main à l’œuvre, à peine d'être considéré comme désobéissant aux ordres du roi et d'encourir les peines les plus sévères. Cet ordre ne fut pas plus tôt donné, que tout le monde rivalisa d'ardeur et d'activité, et en un instant, on vit voler de tous côtés les débris du féodal manoir.

L'évêque de Clermont, instruit par le capitaine de Las de tout ce qui s'était passé, intenta contre les consuls, nobles, bourgeois et manans de St-Flour une action en dommages-intérêts; et, par arrêt de la Cour du Parlement de Paris, ils furent condamnés, comme des hérétiques, à une forte amende, en 5,000 liv. de dommages et intérêts, et aux frais du procès.

Lorsque les habitants de St-Flour furent contraints au paiement des condamnations prononcées contre eux , ils prétendirent que le tout devait retomber à la charge de Mercier, comme ayant été le principal moteur, et que c'était seulement par sa propre instigation que le château d'Alleuze avait été abattu. Pour cet effet, ils présentèrent une requête au roi Charles VI, qui leur accorda des lettres-patentes en date du 13 septembre 1412 et 5 septembre 1415. »

C'est dans le mémoire à l'appui de la requête des habitants de St-Flour que se trouvent consignés tous les faits ci-dessus rapportés.

Par suite du jugement rendu contre les Cardailhac, cette même année 1405, Guillaume de Rulli, président au Parlement de Paris, et le sieur de Marle furent envoyés à Murat pour le mettre à exécution et assiéger son château. La ville de St-Flour fut requise de fournir son contingent; mais elle envoya une députation pour solliciter une exemption. N'ayant été accordée qu'en partie, vingt hommes vinrent à Murat avec seize muids de vin et des vivres; il rentrèrent à St-Flour avec les engins, après la prise du château.

Ainsi, St-Flour veillait, non seulement à sa défense, mais faisait encore une guerre continuelle à l'ennemi qui était à ses portes. En 1412 eut lieu un fait d'armes glorieux pour cette ville. Pons de Langhac, bailli du duc d'Auvergne, à la téte de ses habitants, livra bataille aux Anglais sortis de Sailhans. Le combat eut lieu dans la plaine au-dessus des bois de Roffiac, au levant du village de Mons, sur la route de St-Flour à Murat. Les Anglais furent défaits dans cette rencontre; outre les morts en grand nombre et les blessés, ils perdirent cent hommes conduits prisonniers à St-Flour.

On voit dans la pièce relative à la destruction d'AlIeuze , que nous venons de rapporter, que Mercier, lieutenant du bailli des montagnes, se rendit coupable de leur évasion.

Au milieu de tant de désordres, de meurtres et de pillages, la province d'Auvergne succombait. Les Etats furent tenus jusqu'à trois fois : il fut imposé deux florins par feu pour la garde et délivrance du pays, et il fut délibéré de maître une somme de 28,000 livres ès-mains du maréchal de Sancerre, pour obtenir l'évacuation des châteaux encore détenus par la force ou par composition.

Enfin, les seigneurs d'Auvergne s'étant réunis avec leurs hommes d'armes pour traquer ce qui restait de pillards, et une somme de 200,000 livres ayant été employée à composer avec leurs chefs, la province retrouva un peu de tranquillité.

St-Flour commençait à respirer lorsqu'un ennemi aussi dangereux vint troubler la sécurité de ses habitants : la peste avait éclaté dans ses murs. Guy de Chauliac, auteur d'un corps de chirurgie estimé, qui fut lui-même atteint de cette cruelle maladie, en a laissé une description à l'article des Apostèmes de la poitrine.

« Cette cruelle maladie, dit-il, telle qu'on n'en avait plus eu de pareille , apparut à Avignon, en 1438, et fit périr le quart du genre humain; elle commença dans le Gévaudan, dans le mois de janvier, et dura sept mois.

Elle fut de deux sortes : la première dura deux mois. On avait la fièvre et un crachement de sang; le malade mourait dans trois jours.

La seconde fut aussi, pendant le reste du temps, avec une fièvre continue et des apostèmes, principalement aux aisselles et aux aines. L'on en mourait dans cinq jours. Cette dernière surtout était si contagieuse, que, soit en séjournant près d'un malade, soit même en le regardant, on la prenait. Aussi les gens mouraient sans avoir personne pour les servir, et étaient ensevelis sans prêtres.

Le père ne visitait pas son fils, ni le fils son père; la charité était morte, et l'espérance abattue. Elle avait commencé en Orient, et passé par nos contrées vers l'Occident.

Elle fut honteuse pour les médecins, car ils n'osaient point visiter les malades, crainte d'être atteints par la contagion, et s'ils les visitaient, ils n'y gagnaient rien, car tous les malades mouraient, excepté à la fin où quelques-uns échappèrent.

Comme dans tous les fléaux, le peuple éleva des doutes sur l'origine de la maladie.

On crut que les juifs avaient empoisonné les aliments, et on les tuait. D'autres pensaient que c'était les mendiants mutilés, et on les chassait. D'autres disaient que c'était les nobles, et ainsi ils craignaient d'aller par le monde.

On en vint jusqu'à mettre des gardes dans les villes et dans les villages, dont on ne permettait l'entrée qu'à des gens bien connus; on les fouillait, et si l'on trouvait sur quelqu'un d'eux des poudres et onguents, dans la crainte que ce ne fût des poisons, on les leur faisait avaler.

Le 14 mai 1437 fut un beau jour pour la cité arverne, une de ces journées qui ramènent la joie dans les cœurs et le repos dans les esprits, après les temps néfastes et les commotions orageuses. L'arrivée du roi Charles VII était annoncée pour le jour même. Revenant du Languedoc, le roi s'était rendu aux vœux de sa bonne et loyale ville; sa fidélité constante avait mérité cette faveur. L'enceinte du côté du couchant avait revêtu toute sa splendeur; les tours étaient émaillées de leurs pannonceaux, les murailles couvertes de leurs défenseurs, comme au jour des combats. La rue du Lac surtout, par laquelle devait se faire l'entrée du roi, malgré son rétrécissement, présentait un aspect animé. La population vive, bruyante, joyeuse comme en un jour de fête, conduite par la curiosité et son affection, suivait à une distance respectueuse les autorités, dont l'air grave et l'attitude digne annonçaient le trouble et le contentement.

L'arrivée du roi venait d'être signalée; il s'avançait suivi du dauphin, de Charles d'Anjou, comte du Maine, de Christophe d'Harcourt, et autres grands seigneurs et gens d'église. Charles avait alors 38 ans; la noblesse et la dignité de sa personne, sa belle prestance extérieure, étaient encore dans leur vigueur; aussi la population entière était comme enivrée de cette majesté, de cette bonté toujours empreinte sur les traits de nos rois; impressions rendues encore plus vivaces par les malheurs qu'il avait dû subir, par le courage avec lequel il les avait surmontés.

Nous venons de voir dans les Comptes des consuls, n° 390 et suivants, la relation historique de l'entrée du roi; nous allons maintenant la présenter à nos lecteurs revêtue des vives couleurs du roman. La légende dont nous donnons ici un extrait succinct, a été publiée dans le journal la Haute-Auvergne, par M. Reynaud, qui a été notre collaborateur, et puisqu'elle a eu dans le pays un caractère de publicité, elle nous appartient.

Ce n'est pas pour lui donner un cachet de vérité qu'elle n'a pas, malgré l'attestation qui m'a été donnée par son auteur, que le fond de cette légende avait été recueilli par lui dans un manuscrit de l'époque, déposé à la bibliothèque impériale; mais nous la mentionnons seulement pour égayer les récits sérieux, graves et parfois fastidieux d'une notice locale.

Or donc, à la suite du cortége royal, entourée de pages et de valets, paraissait une dame jeune encore, objet de respectueuses attentions. Elle était montée sur un de ces petits palefrois noirs, si renommés alors en Auvergne, si nerveux et si élégants, malgré la petitesse de leur taille. Du roi, les regards de tous passaient vers Agnès Sorel, cette femme si belle, si gracieuse, qui, dans une condition équivoque, que la morale flétrit et la religion condamne, avait conservé une certaine considération. Les qualités éminentes de cette femme, dit M. de Laurentie, font incliner devant elle la plume ecclésiastique du Père Daniel. Le religieux de St-Denys la soutient; Chartier, chroniqueur du roi, excuse cette passion de Charles VII, et Villaret, écrivain très-grave , sous ces impressions, parle d'Agnès Sorel avec autant d'indulgence que le Père Daniel. L'histoire grave et libre, ajoute M. de Laurentie. peut bien louer la maîtresse de Charles VII de l'avoir réveillé dans ses voluptés pour lui montrer la couronne; mais pitoyable envers les faiblesses, elle est implacable pour les scandales.

Le cortége, dit notre chroniqueur, attendait le roi à l'entrée de la ville. Il y fut complimenté par les magistrats de la cité, qui lui jurèrent foi, hommage et fidélité, et à l'instant les cris de Noël. Noël, retentirent de toutes parts. Il lui fut offert douze tasses d'argent sur lesquelles étaient gravées les armes de la ville. La munificence des habitants n'en resta point là. Charles d'Anjou reçut un semblable cadeau, et lorsque le monarque fut plus avancé dans la rue du Lac, il trouva une table sur laquelle était rangé un nombre égal de tasses du même métal, destinées à son fils le dauphin de France. Les autorités avaient eu la galanterie de lui faire présenter ce cadeau par douze jeunes filles, les plus belles, les plus gracieuses de la cité, et la vive émotion qui recouvrait leurs joues du plus vif incarnat, trahissait les sensations qu'elles éprouvaient, lorsque l'héritier du trône approcha d'elles pour recevoir de leurs mains le présent qu'elles avaient à offrir.

Mais au milieu d'elles était distinguée surtout par sa taille, sa beauté, ses yeux noirs et sa grâce, Marguerite Bégon, fille unique d'un vieux militaire, qui avait longtemps et bravement servi sa patrie, et recueilli, comme fruit de ses services, une surdité à toute épreuve. Marguerite, suivant le chroniqueur qui nous a conservé son costume, ne portait ni dentelles, ni broderies, ni collier d'or, ni bijoux; mais une robe en étoffe de laine de couleur brune, un fichu blanc avec des raies de diverses couleurs sur les bords, et un petit tablier gris-bleu dessinant sa taille, une coiffe de mousseline blanche, surmontée d'un petit chapeau de paille garni de velours, enfin un petit collier de velours soutenant un saint-esprit, complétait son costume, qui était celui des femmes d'Auvergne de ce temps.

L'un des plus grands reproches que l'histoire ait fait à Charles VII, est d'avoir été trop enclin aux plaisirs, et quoique dans un âge plus mûr il fût revenu à une conduite et une activité plus dignes d'un roi de France, les influences de sa jeunesse reprenaient parfois leur autorité sur lui.

A la vue de Marguerite et de ses jeunes compagnes, le roi se penchant vers l'oreille de son beau-frère d'Anjou, lui dit : « Comte du Maine, m'est avis que le haut-pays d'Auvergne produit non seulement serviteurs loyaux et fidèles gentilshommes nombreux et vaillants, mais aussi filles rares en beauté et en gentillesse. — Sire, répondit le prince, j'ai vu à la cour de la reine, ma sœur, belles dames et damoiselles, mais jamais plus avenantes. »

Quoique prononcées à voix basse, ces paroles étant parvenues jusqu'aux oreilles de Marguerite, produisirent un peu d'embarras et une teinte de vermillon plus foncée sur ses joues, lorsqu'elle s'avança vers le dauphin pour remettre son présent. Mais une autre femme encore avait compris cette scène; l'expression de la physionomie, les regards du monarque avaient été jusqu'à son cœur et lui avaient fait appréhender une rivale; aussi un léger nuage de tristesse et de dépit se répandit sur sa jolie figure. Arrivée devant la belle Auvergnate, un tremblement la saisit, ses lèvres se contractèrent et ses paupières devinrent humides. Le peuple attribua ces mouvements à la contrariété de n'avoir pas été comprise dans les présents; mais d'autres sentiments agitaient alors l'âme d'Agnès.

Lorsque le cortége arriva à la cathédrale, l'évêque Jacques le Loup se trouva sur sa principale porte. « Sire, dit le prélat, jurez, en face de notre mère, la sainte église, de tenir loyaument et bonnement tout ce qu'un roi chrétien faire doit. — Je le jure, répondit Charles, d'une voix haute et ferme! » Le roi fut ensuite loger à l'évêché.

La foule était dans l'ivresse. Avant d'entrer dans le palais, le roi se retourna vers elle, la salua gracieusement, et la remercia par un signe de main de l'amour qu'elle lui avait témoigné. Quant à Agnès, son logement avait été préparé dans la rue des Nobles, qui fut, dit-on, à partir de ce jour, appelée du nom de Sorti, qu'elle porte encore.

Plusieurs journées s'étaient écoulées depuis l'arrivée du monarque, lorsqu'il se présenta pour la première fois chez Agnès Sorel. Le prince la trouva triste et rêveuse. « Agnès, lui dit-il, pourquoi cet air attristé? N'a-t-on pas donné, en votre honneur, festins et joyeuses mascarades, danses animées, musique

Plaisante? — Sire, répondit Agnès, ne suis-je pas toujours heureuse lorsque

j'ai le bonheur de voir votre majesté. » Puis ils se séparèrent froidement, car la jalousie avait pénétré plus avant dans le cœur de Sorel.

Pendant que le roi était chez Agnès, le duc d'Anjou, qui cherchait continuellement l'occasion de le brouiller avec sa maîtresse, par intérêt pour la reine, sa sœur, que son royal époux négligeait pour elle, avait fait disposer dans son appartement un costume complet, mais simple, ne portant aucun insigne du rang suprême de celui qui allait le revêtir. Rien n'avait été négligé pour que Charles fut méconnaissable dans l'excursion nocturne qu'il méditait. Quand le roi revint de chez Agnès, il quitta ses habits de cérémonie et prit ceux qui lui étaient préparés : modestes, mais élégants, ils étaient parfaitement appropriés à ses désirs.

Mais c'était la soirée des déguisements. Les femmes sont douées par la nature d'un instinct particulier, d'une perspicacité admirable pour deviner les inconstances qui les menacent. L'air froid, réservé et guindé du monarque, dans l'entrevue qu'ils venaient d'avoir, avaient exalté la tête d'Agnès; elle voulut savoir par elle-même quel était le danger qui la menaçait; elle ne voulut confier à personne la mission d'éclairer ses doutes; elle se fit donner un costume de page, et sous ce déguisement elle se rendit chez sa rivale supposée.

Au fond de la rue du Lac, au point où cette rue change de nom et offre aux passants deux voies différentes, suivant qu'ils veulent aller à la place ou se rendre vers une ancienne église qui sert aujourd'hui de halle, s'élevait une maison construite en pierres de taille, dont la noirceur et l'architecture rappelaient de vieux souvenirs. Son entrée, directement tournée vers la rue du Lac, placée dans l'angle de la maison, attestait par ses ornements gothiques, l'ancienneté de sa date et le rang de ceux qui l'habitaient primitivement. C'était alors la demeure de Bégon, le vieux soldat, dont tous les sens avaient été affaiblis, autant par les souffrances de sa vie aventureuse que par l'âge qui avait courbé son front balafré à la bataille de Mons, si honorable pour St-Flour, qu'elle lui avait valu des lettres patentes du roi.

Un page avait été introduit sous le prétexte de porter les remercîments du dauphin. Assis dans un coin de l'appartement, Bégon cherchait à saisir quelques fragments de la conversation du page avec sa fille; mais des sons incohérents, des phrases morcelées parvenaient seuls à son oreille endurcie.

— Gentil page, disait Marguerite, je ne méritais pas l'honneur que je reçois, car je n'ai fait qu'obéir aux consuls de la ville, partager les sentiments de l'auteur de mes jours et de toute la cité, qui regardent le roi comme leur père, Les sentiments de Bégon pour lui sont au moins à l'égal de ceux qu'il me porte.

— Et vous, belle Marguerite, demanda le page, aimez-vous le roi?

— Qui ne l'aimerait ! s'écria Marguerite : noble victime du malheur, beau , vaillant et courageux, il est digne du rang qui lui est départi

En prononçant ces paroles, Marguerite s'animait; ses beaux yeux noirs prenaient un éclat plus vif, et l'exaltation qu'éprouvait toute sa personne reflétait sur elle un charme qui produisit un frémissement chez le page; il devint pâle, et le cœur sembla tout-à-coup lui faiblir.

En ce moment, un petit coup frappé à la porte empêcha le page de répondre. Au même instant, un homme portant le costume bourgeois de l'époque, est introduit. Ses regards se dirigent d'abord sur le page; il s'avance vers lui d'un pas précipité, mais aussitôt il recule plein d'émotion.

— Agnès, s'écria-t-il, vous ici!

— Le roi! murmura Agnès, avec un tremblement convulsif.

— Le roi! dit à son tour Marguerite saisie d'effroi et se précipitant vers son père : le roi! oh! donnez-moi aide et protection!

— Le roi ! dit enfin à son tour le vieillard, c'est impossible! Mais s'il en était ainsi, sire, grâce, pitié pour mes cheveux blancs! ne déversez pas l'ignominie sur la fille si pure du vieux soldat !...

Cette scène inattendue déconcerta Charles. Sa visite fut courte, la situation était trop tendue. A sa sortie, ses lèvres pincées, ses sourcils froncés témoignaient de son mécontentement intérieur. Agnès le suivit, moins déconcertée, et un examen attentif de sa physionomie aurait fait reconnaître une légère teinte de satisfaction railleuse.

Restée seule avec son père, Marguerite fut atteinte de convulsions qui durèrent assez longtemps pour qu'elle ne pût lui donner aucune explication. Le vieillard, de son côté, se retira profondément affligé; il attendit l'aube du jour dans l'anxiété la plus cruelle; mais quand il commença à poindre sur l’horizon, ses angoisses devinrent plus cruelles : sa fille avait fui le toit paternel.

Accourus à ses cris , à ses gémissements , ses voisins apprennent par ses récits vagues et confus qu'un homme se disant le roi, qu'un page élégant s'étaient introduits traîtreusement dans son domicile, et que Marguerite, séduite, fascinée avait disparu. Bégon tenait dans ses mains une petite ardoise oubliée sur sa table par les inconnus, seule pièce de conviction qui put lui servir à reconnaître les coupables.

Cependant, la nouvelle de l'enlèvement de Marguerite s'était répandue rapidement dans la cité. Le peuple ne partageait pas les incertitudes de Bégon sur la disparition mystérieuse de fa fille! La perle de la cité était l'idole de tous, et chacun témoignait hautement de ses sympathies pour la douleur du père. L'irritation des habitants allait croissant : la foule, comme au jour de l'entrée du roi, stationnait dans la rue des Lacs; mais sa physionomie sombre, ses regards étincelants présageaient une tempête; enfin, les mouvements de colère que quelques-uns laissaient percer, manifestaient qu'un mécontentement général existait dans la ville.

Tout-à-coup, la foule se précipite dans la demeure de Bégon , et quelques secondes après, le vieillard désolé, porté par des bras vigoureux, avançait vers le palais épiscopal, suivi d'une population nombreuse. Justice, punition, criait-elle! il faut que le page séducteur, le ravisseur déguisé reçoivent un châtiment exemplaire!

En ce moment, le roi tenait conseil avec les princes et ses ministres; il était loin de prévoir une émeute. Joyeuse, capitaine de la ville, et le bailli des montagnes accoururent en toute hâte; mais leurs efforts étant impuissants pour calmer entièrement la sédition, ils purent obtenir seulement que Bégon, avec huit de leurs principaux chefs, seraient députés vers le roi. Lorsqu'ils eurent été introduits, Bégon se précipita à ses pieds, et, tendant vers lui ses bras suppliants, il s'écria avec une émotion qu'il ne pouvait maîtriser: « Sire, un chevalier déloyal qui avait été précédé par un page, abusant du nom de Votre Majesté, a violé mon domicile, ravi ma fille. Sire, j'ai combattu longtemps pour votre cause; justice pour le vieux soldat déshonoré. Voilà, Sire, la pièce de conviction laissée par les coupables et qui pourra les faire reconaître. » En même temps il remit au roi l'ardoise oubliée chez lui.

Ce prince était dans l'usage de porter une ardoise pour inscrire les demandes qui lui étaient adressées verbalement.

La vue de cette ardoise, qu'il reconnut être la sienne, et la nouvelle imprévue de l'enlèvement de Marguerite avaient presque déconcerté Charles; il balbutiait quelques phrases incohérentes, quelques promesses vagues de justice, lorsque l'arrivée de l'évêque fut annoncée. Déjà le calme et le silence semblaient rétablis, et la foule, agenouillée dans la cour de l'évêché, recevait la bénédiction du prélat. — « Sire, dit Jacques le Loup après avoir été introduit, je viens délivrer Votre Majesté de l'incertitude qui la peine. Je viens vous donner des nouvelles de Marguerite; qu'on ne la cherche plus, elle est morte. »

Morte! s'écria le roi avec indignation; non, elle a été assassinée!

Morte! répétèrent avec consternation tous les assistants.

Morte! répéta Bégon d'une voix lugubre; car on lui avait fait comprendre le malheur qui le frappait. Ma fille chérie, cet ange sur la terre n'est donc plus! Puis, s'exaltant par degré, il se précipita à genoux : — « Oh! mon Dieu, s'écriat-il, vous me l'aviez donnée pure et sans tache , je vous la rends de même! Vous me l'avez retirée, que votre volonté soit faite! »

Morte! reprit solennellement une fois encore Jacques le Loup; morte au monde, car Marguerite vient de se consacrer au Seigneur.

— Mons l’évêque, dit le roi, Marguerite a-t-elle eu liberté et franchise dans cette vocation?

— Oui, Sire, répondit le prélat, de sa propre volonté et sans y être nullement obligée ni contrainte.

— En ce cas, dit le monarque, Dieu l'a voulu; qu'il en soit fait ainsi.

Le lendemain, Charles VII quittait Saint-Flour, et à son départ, l'on put remarquer un air de tristesse répandu sur son visage.

Le roi modifia les armoiries de la ville; elles sont maintenant : partie au premier d'azur semé de fleurs de lys d'or; au deuxième d'or semé de fleurs de lys d'azur, c'est-à-dire, d'ancienne France et de rebours d'ancienne France.

 

PRÉSENTS DU CORPS DE VILLE.

 

L'usage de faire des présents à de certaines personnes, dans certains cas ou pour de certains services rendus aux villes, remonte à une antiquité assez reculée. Vous en trouvons des exemples fréquents dans les comptes de la ville.

Les consuls présentaient du vin aux personnes de distinction qui passaient à Saint-Flour; en donnaient aux militaires qui la traversaient, aux messagers chargés de leur porter des communications. Ces présents, ce vin offert étaient à la charge de la ville.

Il était en outre de certaines époques où les fonctionnaires et les protecteurs de la ville en recevaient aussi. Cet usage fut perpétué jusqu'à la révolution. Nous allons en citer un exemple.

Le 1°r janvier 1788, en vertu d'une délibération de l'hôtel-de-ville, du 1" mars 1767, le corps de ville offrit les présents désignés ci-après aux personnages de distinction suivants. Ces présents consistaient en perdrix, ainsi réparties: 12 paires de perdrix à Mgr l'évêque; 12 paires à M. l'intendant; 4 paires à M. de St-Mart; 4 paires a M. Pilot. 2 paires à M. Albaret. 2 paires à M. de Montluc.

Ces 36 paires de perdrix furent payées au messager de Murat qui les porta à raison de 5 liv. 15 sols la paire, soit en tout pour la dépense, 134 liv. Reprenons le cours de notre histoire.

En 1444. Parolon le Basquinet, homme d'armes, arriva à St-Flour pour réclamer des consuls certains engins qui avaient appartenu à Jean Sallazar, chevalier espagnol, savoir : 6 arbalètes à tour, 600 traits pour ces arbalètes, 1,200 javelines. On lui fournit une escorte de 6 hommes pour les conduire à Espalhon. Le 6 avril suivant, M. de Valogne, maréchal de France, étant venu à St-Flour, la ville lui donna deux grosses arbalètes d'acier, garnies de martinets.

Trois jours après, le dauphin passa aussi dans la ville.

Les consuls, toujours zélés pour son bien, toujours désireux de se distinguer dans leur administration, voyant qu'elle souffrait souvent de la pénurie de l'eau, firent venir en 1452 deux sources, l'une, du terroir dit de Combes, l'autre, appelée Frideire, du village de Fressinet. Elles furent partagées entre les divers quartiers, suivant leurs besoins.

A cette époque, les bourgeois qui s'étaient distingués par leurs services et par leurs actions d'éclat furent anoblis. De ce nombre, furent les Saysset, les Roquier, les Jouvenroux, les Beauvergier, etc. ; le commerce reprit de l'activité, les plaies de la cité se cicatrisèrent, les arts furent cultivés avec succès. On fait mention, dans quelques actes de cette époque, d'un coutelier fameux qui acquit une grande renommée et qui marquait ses ouvrages d'une S. Il se nommait Vidal Bessière.

Malgré le traité de paix que le roi Louis XI avait passé à Riom avec les princes en 1469, il n'en continua pas moins d'exercer des poursuites contre le duc de Nemours qu'il considérait comme son ennemi. Il fut passé à St-Flour, le 17 janvier, un traité entre Antoine de Dammartin, au nom du roi, et Jacques de Nemours, comte d'Armagnac, vicomte de Carlat et de Murat, par lequel le maréchal lui pardonna tout ce qui lui était reproché; d'Armagnac promit d'être constamment fidèle à son souverain et de lui faire prêter serment par tous ses sujets.

La ville avait oublié le bruit des armes, la peste avait abandonné son enceinte, et le haut-pays jouissait d'une tranquillité longtemps inconnue, lorsqu'une nouvelle époque d'alarme et de désolation vint forcer les habitants de St-Flour à se renfermer de nouveau dans leurs murailles. Un jacobin allemand, en passant dans Issoire, avait jeté, en 1540, le germe de l'hérésie. Soutenu par les consuls, il avait dans cette ville disputé à un cordelier la chaire de vérité. Il fut expulsé par les catholiques; mais le germe des dissensions religieuses était semé; bientôt après les haines politiques de la Ligue devaient s'y joindre: le meurtre, le pillage, la dévastation allaient encore peser sur l'Auvergne; les jours de sang revenaient sur l'horizon.

Souvent vaincue, jamais détruite, l'hérésie comptait de nombreux partisans. Aurillac venait d'être surpris et saccagé par eux; mais St-Flour, toujours fidèle à l'autorité du roi, resta inaccessible aux nouvelles doctrines et devint le point d'appui des mouvements des catholiques. Cependant l'hérésie était à ses portes : Antoine Dubourg, marquis de Sailhans, portait ses ravages jusque sous ses murs. St-Hérem, gouverneur du pays d'Auvergne, s'aida de ses habitants pour assiéger ce château et s'en emparer. Le marquis, malade et alité, fut saisi par les soldats et brûlé dans un four. Sa femme, Nicole d'Ondredieu, qui avait résisté aux catholiques avec énergie et blessé St-Hérem à la main, fut faite prisonnière et emmenée a St-Flour. La prise du château et les sévices qu'éprouvèrent ses habitants, furent la suite de la tentative infructueuse qu'en 1569 le marquis avait faite contre la ville, et qui avait exaspéré sa milice contre lui.

Une troupe de soldais indisciplinés ayant, en 1573, commis des désordres dans St-Flour, Jacques d'Antil, seigneur de Ligonnès, gouverneur de la ville pour le roi, en fit exécuter dix des plus mutins. Le roi lui accorda grâce entière pour cette sévérité rigoureuse.

Le haut-pays, comme le reste de l'Auvergne, était en feu; une guerre fratricide se poursuivait de part et d'autre avec des succès divers. Des hommes audacieux et avides surgissaient de tous côtés. Le souvenir de l'un de ces guerriers farouches s'est surtout conservé; le nom de Merle est resté traditionnel dans les populations, et a donné l'origine d'un proverbe encore usité parmi elles (un vilain Merle). C'est à tort que l'on a dit que Merle était fils d'un cardeur de laine d’Uzès; son père était noble. Le capitaine était chambellan du roi de Navarre depuis Henri IV, lorsque ce prince était encore roi de Navarre. Dans les pièces existantes aux archives de la Lozère, Merle a signé partout de Merle. Nous le retrouverons à Roffiac où il avait épousé Françoise d'Auzolle.

Dans ses mémoires, Merle décline la responsabilité de l'attaque sur St Flour: tout cas fâcheux est niable. Il dit qu'il avait confié cette mission à son frère aîné, et, à ce sujet, il rapporte que son frère étant entré dans la ville avec une vingtaine , les habitants le contraignirent à sauter les murailles avec perte d'aucuns.

C'est ici le lieu de rectifier une erreur commise d'abord par M. Déribier et renouvelée à l'article de Peyrusse. Merle ne mourut pas en 1578 d'un coup de feu, mais bien dans son lit, en janvier 1584. Depuis l'année où il est représenté comme mort, il prit la ville de Mende, combattit la noblesse d'Auvergne à Chanac, Petarde, Marvejols, et assiégea Balsiége, etc. Enfin, il imposa la capitulation de Mende en 1583, et se fit donner Gorce et Salavas.

Merle avait compris l'importance de St-Flour. L'attaquer ouvertement était au-dessus de ses forces; la ruse seule pouvait l'en rendre maître. Placé entre la Lozère, dont il tirait ses principales forces, et le bas-pays , où il guerroyait principalement, cet asile sûr avait toujours excité sa convoitise. La nuit du 9 au 10 août 1578 faillit devenir fatale à la vieille cité; Merle tenta de s'en emparer par escalade.

Ici encore nous trouvons deux versions dans les détails de cette attaque et dans ceux de la résistance. Suivant les uns, des échelles furent dressées contre le rocher et les murailles, dans un lieu presque inaccessible. A la faveur des ombres et sans bruit, les protestants cherchaient à s'emparer des remparts, lorsque l'alarme fut donnée par une vieille femme aliénée. L'endroit précis de cette attaque est resté douteux. Toutefois, l'on doit présumer avec quelque certitude, que l'assaut fut tenté du côté du rempart des Roches (nord-est), parce que le mur d'enceinte, en cet endroit, enferme la place d'armes où se trouvait la maison consulaire, dont il était important de s'emparer, et que les monuments publics étant tous alors sur ce point, il s'y trouvait nécessairement moins d'habitants pour être réveillés par le bruit.

Déjà un certain nombre de protestants sont montés et se disposent à pénétrer dans l'intérieur ; le trompette sonne ville gagnée ; Merle va être maître de la place, lorsque l'un des consuls, le sieur Brisson, seigneur de la Chaumette et de la Queirole, qui s'était déjà trouvé dans plusieurs rencontres, et façonné aux entreprises de guerre, réveillé par le son de la trompette, arrive le premier avec un seul compagnon d'armes dont l'histoire n'a malheureusement pas conservé le nom. Appréciant froidement cette attaque nocturne, il se porte avec rapidité sur le lieu du danger. Brisson et son brave compagnon chargent hardiment l'ennemi, le repoussent des remparts, et suivant les expressions du capitaine Merle lui-même dans ses mémoires, le contraignirent de sauter les murailles avec perte d'aucuns. Mais un combat plus vif s'engage entre le consul et le trompette: quoique blessé à la téte de deux coups d'épée, il saisit son instrument, le lui ravit, et par un dernier coup d'estoc le renverse mort sur les rochers. Cette trompette, qui avait dû servir de signal à la dévastation et au pillage de la ville, fut suspendue à l'un des piliers de la cathédrale. On inscrivit en-dessous: Tuba proditorum.

Suivant la seconde version, qui est celle que la tradition populaire a conservée, les soldats-de Merle auraient tenté de s'introduire par un égout situé sur la place d'Armes, et débouchant sous la maison Rongier. Brisson s'y serait transporté rapidement avec quelques bourgeois de garde, en aurait tué plusieurs et mis en fuite le reste.

Quoique cette seconde version ne concorde pas avec les titres existants, elle ne doit pas être entièrement rejetée, car il est très-possible que pour faire diversion et être plus certain de la réussite, le capitaine Merle eût disposé son attaque sur deux points différents.

Cette héroïque action parlait trop haut pour être oubliée. Le roi Henri III, prévenu du glorieux fait d'armes de Jean Brisson par le marquis de Canillac, lieutenant-général et gouverneur du haut-pays d'Auvergne, et sur les pressantes sollicitations de ses concitoyens reconnaissants, lui accorda des lettres de noblesse pour lui et sa postérité; elles furent datées de Fontainebleau, au mois d'octobre 1572. Le prince dit : « Pour avoir exposé sa vie ez-guerres, batailles, assauts de ville; même pour avoir en grand péril de sa vie dans la nuit du 9 au 10 août 1578, conservé la ville de St-Flour contre les invasions du capitaine Merle, chef des religionnaires. »

Mais si la munificence royale se montra juste en cette occasion, la reconnaissance des habitants de la cité ne resta pas en arrière envers la providence qui l'avait sauvée, et le digne magistrat qui avait été son instrument de salut. Une fête, appelée le Vœu de la ville, fut instituée et célébrée le jour anniversaire, jour de Saint-Laurent. Une messe, un Te Deum d'actions de grâces étaient chantés, le soir, à la procession du Saint-Sacrement, autour de la ville, où figuraient une couronne et la trompette conquise; le dais était porté par les consuls et les magistrats. Le chef de la famille Brisson et son épouse occupaient le premier rang et une stalle dans le chœur. La famille de Laroche de Perpezat, qui la représente encore aujourd'hui, reçoit les mêmes honneurs; quant à la trompette, ce glorieux trophée d'honorables souvenirs, elle ne figure plus; elle n'a pas survécu au vandalisme révolutionnaire ; comme toutes les gloires nationales, elle a péri sous la main impure de la harpie de quatre-vingt-treize, pour qui toute illustration était une cause de proscription.

Quant au fait avancé que Brisson, au moins dans les premiers moments du choc, n'avait eu qu'un seul compagnon, il est consigné dans l'acte du chapitre cathédral du 8 octobre 1666, qui porte textuellement : La perte de la ville était certaine, si Jean Brisson ne se fût rencontré sur la muraille, accompagné d'un autre homme.

Un conseil de l'union des catholiques fut formé à St Flour en 1586. MM. de Brezons, d'Espinchal et de Sévérac le dirigeaient. Il s'occupait de toutes les affaires générales et des approvisionnements nécessaires. La compagnie des cavaliers de M. de Lastic de Sieujeac était alimentée par les soins de ce conseil. Le roi, en 1587, avant ordonné au Sr de Randon, gouverneur d'Auvergne, de mettre des garnisons dans certaines villes du pays, Saint-Flour reçut pour sa part cinquante soldats. La cause indiquée pour cela était que la peste l'avait dépeuplée d'hommes. Ces troupes devaient être entretenues par les localités, tant que les religionnaires occuperaient Calvinet.

Las de guerroyer, épuisés de part et d'autre, les catholiques et les protestants en étaient venus à désirer un rapprochement. Un traité fut conclu à cet effet, à Saint-Flour, le 15 mai 1588. Pour en jeter les bases, les catholiques s'y firent représenter par le bailli des montagnes, les seigneurs de Dienne, de Massebeau, de la Salle-Fontanges, de Rancilhac, de Lescure, de Chalier, de Volpilière , de la Chaumette, de la Roussière, de Traverse, de Lavenal, qui firent tant pour le haut-pays d'Auvergne que pour le bas, dont tes députés n'avaient pu se rendre à l'assemblée, à cause de la difficulté des chemins.

D'autre part furent présents : Christophe de Chavagnac et d'Ondredieu , tant pour lui que pour Louis Dubourg, fils du marquis de Sailhans; les seigneurs de Gironde, de Bégoule, de Valets et de Babaury. On stipula qu'une somme de 4,000 écus serait remise à Bégoule, à Babaury et à Sailhans; qu'un quart de cette somme resterait à la charge de Lastic, et que la noblesse acquitterait le reste avec le tiers du haut et bas-pays. Qu'au premier paiement, le sieur de Lastic remettrait le château de Sailhans es-mains du Sr de Dienne pour être rendu à Louis Dubourg; mais que de son côté aussi le Sr Dubourg rendrait le château de Lastic, dont il s'était emparé. Ce traité fut signé par tous les seigneurs dénommés ci-dessus, plus les sieurs de la Voûte, d'Angeny, d'Apcher, de Ligonès, d'Espinchal, de Lignerac, de Saint-Nectaire, Brugier, Nierre-brousse, Chabat, Coutel et Imbert.

Il ne paraît pas que ce traité ait été suivi d'exécution, car en 1589, la ville fut dans le trouble et les campagnes fort agitées : les seigneurs prenaient diversement parti pour ou contre la Ligue avec leurs châteaux et leurs censitaires. Saint-Flour lui-même se laissa entraîner, malgré tout ce que purent faire MM. de Messeillac, gouverneur, et de Lacarrière , vice-bailli. Le Sr d'Apcher était alors gouverneur de la ville. Mais aussitôt que l'abjuration faite par Henri IV eut été connue, les Etats du haut-pays d'Auvergne furent tenus a Saint-Flour. On y reconnut solennellement les droits du Béarnais, avec réserve, de la part du clergé, de ne pas tomber sous la censure du pape.

Nous allons extraire quelques passages du rapport du président de Vernies à Henri IV sur les faits que nous venons d'indiquer, et qui expliqueront la conduite de Saint-Flour à cette époque.

M. le président fait d'abord connaître qu'il y avait dans la ville deux partis: « celui des riches, ayant pour chef l'un des élus, M Brugier, homme très-riche et dont le fils a épousé une fille de la maison de Chaberousse, cousine germaine du duc de Joyeuse; l'autre est moindre en gens de qualité, mais appuyé de toute la populace et de tous les mauvais garnements. Si le Sr d'Apcher eût eu des gens d'entendement auprès de lui, il eût pu facilement se rendre maître d'une porte de la ville, gagnant par quelque argent les chefs de ce parti, ce qui était aisé, avec l'appui desquels il eût fait entrer cinq ou six cents hommes, qu'il pouvait faire venir du Gévaudan. Pour ce dernier parti, on ne pourra s'en assurer qu'en donnant deux ou trois mille écus aux plus mutins, qui furent, par le Sr de Randon, gagnés par le même moyen à la Ligue. »

Après avoir exposé l'importance de la place, M. de Vernyes ajoute : «  La ville de Saint-Flour est imprenable par la force, composée d'un peuple farouche et obstiné, qui n'a jamais reconnu les gouverneurs, sinon avec le train ordinaire dans leur ville; elle ne peut aussi être bloquée, si les châteaux et forteresses de cette prévôté tiennent pour elle, au nombre de plus de quarante châteaux, qui sont éloignés au plus de quatre lieues; car si vous venez forts, vous êtes combattus par la nécessité et âpreté du pays, et par l'incommodité que ces châteaux vous donnent ; le canon ne peut rouler, et vous ne pouvez camper plus de quatre mois. Si on y va faible, on est battu. Quant aux habitants, il faudrait apaiser cette prévôté de44 mille écus que monte l'état des garnisons du haut-pays; mais ce que l'on doit estimer le plus, c'est que Saint-Flour, reconnaissant le roi, il devient un boulevard assuré contre le Languedoc, au présent et à l'avenir.

Le président indique comme devant être pratiqué en première ligne, le sieur de Brezons, capitaine du château de Murat; le sieur de Lastic de Sieujac, le plus brave et grand capitaine que ceux de la Ligue aient dans la province; le sieur d'Apcher, et un certain nombre d'autres personnages influents.

Le président nous donne ici la clef de cette facilité de Saint-Flour à être entraîné dans la Ligue par Randon, comme à rentrer dans le giron de la fidélité. Cette clef était la clef d'or!

Peu d'années après, vers 1601, Charles de Valois, alors comte et gouverneur d'Auvergne, voulut s'emparer de la ville et en faire sa place d'armes, pour l'exécution d'un complot contre Henri IV, tramé entre lui, le duc de Savoie et le maréchal de Biron ; mais les citoyens étant avertis, se tinrent sur leurs gardes, fermèrent leurs portes, et le complot fut déjoué. La porte des Roches, qui était restée fermée pendant plus de vingt ans, fut rouverte à cette époque.

Enfin, nous mentionnerons ici, pour n'avoir plus à revenir sur ces tentatives, celle que fit Jean Dubois, seigneur de Jarry, gentilhomme de la Chambre et officier de la maison de Gaston d'Orléans. Dubois, dont la famille était de Saint-Flour et dont une branche existe encore à Murat, fit des efforts inouïs pour déterminer ses concitoyens à recevoir dans leurs murs ce prince en révolte, frère du roi, lorsqu'il traversa, à main armée, le pays d'Auvergne pour aller rejoindre en Languedoc le duc de Montmorency. Le lieutenant-général du bailliage, loin de s'y opposer, insistait pour que le prince fût reçu dans la ville, faisant observer aux habitants l'impossibilité que l'on refusât les portes à un frère du roi. Le conseil de la ville résista à toutes les sollicitations. Aussi Louis XIII confirma-t-il le privilèges qu'avait déjà la ville de se garder elle-même.

Après la guerre, vient souvent la disette; après la disette, la peste. La contagion envahit de nouveau la ville, en octobre 1627; elle dura quatre ans, et fit d'affreux ravages. Les morts étaient si nombreux, que l'on ne relevait pas ceux qui étaient tombés hors des murs d'enceinte. On creusait d'énormes fosses au premier endroit un peu écarté, et les victimes de la journée étaient jetées là par charretées. Chacun s’isola, tous s'enfermèrent dans un fatal égoïsme, quelques autorités même furent assez lâches pour déserter leur poste. La ville mit à exécution les arrêtés les plus rigides concernant sa sûreté intérieure; mais l'arquebuse des sentinelles et l'escarpement des murailles n'empêchaient pas la contagion de pénétrer; la mort, en souveraine capricieuse, prenait sans obstacle son funèbre tribut.

Le roi Henri IV était paisible possesseur de son trône. Les guerres politiques et religieuses avaient cessé; un mouvement réparateur, parti du centre, se faisait sentir sur tous les points les plus éloignés. Libre enfin de tous les fléaux qui l'avaient désolée, la ville de St-Flour partagea l'élan général; les consuls durent s'occuper de la restauration des édifices publics, de l'ouverture ou de l'entretien des chemins, afin de favoriser le développement des relations commerciales avec les villes et provinces voisines. Des foires, des marchés pour le débit des denrées furent établis. Enfin, chacun commença à sentir les bienfaits de la paix.

Nous ne mentionnerons donc ici que pour mémoire les ordres donnés par M. de Noailles, gouverneur de la province, d'avoir à réparer les fortifications, renouveler les approvisionnements, se procurer des munitions. Les troubles que l'on avait appréhendés en 1650 n'eurent pas lieu ; la province conserva sa tranquillité.

Nous passons à 1709. Aucun événement digne de remarque n'a eu lieu dans la ville depuis la pacification. Nous assisterons encore à des moments de souffrance, mais la guerre ne les a plus causés. La ville, cette fois, se présente turbulente et insubordonnée. La famine, il est vrai, réside dans ses murs; elle sera cause de nouveaux malheurs.

Nous trouvons dans un mémoire laissé par M. Tassy de Montluc, dont la famille pendant 92 années consécutives a exercé la charge de subdélégué, la relation suivante d'une émeute qui eut lieu à cette époque:

En 1709, les grains ayant manqué généralement en France, les munitionnaires de l'armée qui couvrait la frontière du Dauphiné furent obligés de venir jusqu'à Saint-Flour, malgré son éloignement, pour acheter ceux que M. d'Estaing, lors évêque, avait accumulés depuis plusieurs années, faute de débit, et qui provenaient de ses bénéfices.

Quand la nouvelle en vint au peuple, il murmura beaucoup; son mécontentement devint encore plus grand lorsque M. l'intendant de la province vint les faire partir pour leur destination.

Mgr l'évêque crut pouvoir apaiser le peuple en l'assemblant dans l'église et en lui expliquant l'Evangile ; selon l'usage, il crut pouvoir placer un mot sur les circonstances présentes. Le peuple s'était rendu en grande affluence; mais à peine le prélat était monté en chaire, qu'une dévote, sœur de l'ordre de Saint-François, parut à la grande porte de la cathédrale, ouvrit ses deux battants et cria à haute voix : « Que faites-vous la, imbéciles! vous écoutez un borgne (M. d'Estaing avait la vue très-basse) qui veut vous faire mourir de faim. Alerte! les chars sont au faubourg pour charger le blé ; vous feriez mieux d'aller les empêcher de partir. »

La populace, à ces mots, sortit tumultueusement de l'église en injuriant le prélat, et descendit au faubourg pour expulser les voituriers; mais ceux-ci les voyant venir, se sauvèrent au plus vite avec leurs bestiaux. Quelques hommes même plus animés les poursuivirent assez loin à coups de pierre. Une grande partie de cette populace se répandit ensuite dans les cabarets, et, après de copieuses libations, prit un tambour, se pourvut de fusils, de haches et de toutes sortes d'armes pour remonter dans la ville, et se porter sur tous ceux qu'elle croyait avoir pris part à cette vente de grains.

Cependant, les gentilshommes et les gens honnêtes avaient profité du séjour du peuple au faubourg pour conduire à l'évêché les quatre petits canons de la ville, avec des vivres et des munitions, dans l'attente d'un siége à soutenir. On descendit aussi la herse de fer qui défendait les principales portes. Le peuple en fut très-irrité; quand il se présenta à la porte du Tuile, des jurements et des imprécations de toutes sortes furent proférés contre l'évêque, l'intendant et leurs soutiens. M. Béraud, lieutenant du maire perpétuel, voulut les haranguer derrière la herse; plusieurs coups de fusil furent tirés sur lui; une balle l'atteignit, et il fut étendu sans vie. Plus animée encore par ce meurtre, la foule envahit la ville. Un ecclésiastique, que son âge et son mérite rendaient vénérable, s'étant trouvé sur son passage et ayant voulu lui adresser quelques remontrances, fut renversé dans la boue, foulé aux pieds et reçut tant de coups dans le bas-ventre, qu'il en mourut. Enfin, l'on fouilla toutes les maisons que l'on pensait devoir receler M. l'intendant.

S'étant assurés que tous ceux qu'ils cherchaient s'étaient enfermés dans l'évêché, ces forcenés revinrent sur le palais pour en forcer les portes; mais ayant appris que les canons étaient dans la cour et chargés pour repousser leur attaque, ils renoncèrent à leur projet d'y pénétrer, se retirèrent après avoir fait plusieurs décharges sur les croisées, et ne rentrèrent chez eux que lorsque la nuit fut venue. M. l'intendant Turgot profita alors de l'offre qui lui fut faite par M. Durochain de se retirer dans son château, éloigné de la ville d'une demi-lieue, pour y passer la nuit et se remettre en route le lendemain. L'intendant s'y rendit avec bonne escorte et fut en sûreté.

Le lendemain au matin, les émeutiers reparurent; ils se rendirent chez M. Tassy de Montluc, subdélégué, et, comme on les fit attendre à la porte, ils la brisèrent à coups de hache et demandèrent a parler à M. l'intendant. Homme de cœur, d'énergie et de présence d'esprit, estimé et respecté de ses administrés, le subdélégué vint au-devant d'eux et les harangua : « Votre rébellion d'hier, dit-il, a forcé M. l'intendant à partir; mais sachez que le Gouvernement, avant d'acheter les grains de votre évêque, s'était assuré de la subsistance du pays. Vous me connaissez assez pour être certains que je me serais opposé à leur départ si je n'en avais pas eu la certitude par mes propres informations, et je puis vous le prouver par les états des quantités des grains existants dans les marchés des différents arrondissements de l'élection, états que je possède. » Le subdélégué leur ayant remontré en outre que, par leur rébellion, ils s'exposaient à attirer sur Saint-Flour quelques partis avancés de l'ennemi qui, sachant la ville bien approvisionnée, cherchaient une occasion de la piller et de l'incendier. Touchés des observations de M. de Montluc et comprenant toute l'étendue de leur faute, les mutins se soumirent, prièrent ce magistrat d'arranger leur sottise du mieux possible et consentirent au départ des grains pour l'armée. M. l'intendant, prévenu, envoya un homme de confiance, et les grains partirent immédiatement.

Cependant, le roi averti de cette rébellion, envoya un arrêt d'attribution à M. l’ intendant, pour faire juger les plus coupables. On pendit quatre individus de la lie du peuple, qui avaient d'autres mauvais cas sur la conscience, et qui s'étaient montrés des plus ardents dans la révolte. M. de Montluc obtint de l'intendant la permission de résider à la campagne pendant l'instruction, à laquelle il n'était pas nécessaire; mais aussitôt après l'exécution des coupables, il revint à St-Flour. Dans l'arrêt, le roi accorda amnistie à la ville, se réservant de faire punir les chefs de l'émeute, s'ils venaient à être découverts.

M. le subdélégué, estimant avec raison que le peuple avait mangé ses provisions d'hiver avec les troupes qui avaient accompagné M. l'intendant, afin de se rendre le soldat favorable, fit une visite générale, et vit qu'en effet la majeure partie du petit peuple manquait du nécessaire. Il se rendit à Sailhans, où résidait l'évêque (ce château appartenant à sa famille), lui exposa la situation misérable de la population, et l'engagea à revenir de suite habiter son palais épiscopal. Il écrivit aussi sans retard à toutes les personnes marquantes, qui étaient retirées à la campagne, et les invita à rentrer en ville. Un rôle des pauvres fut fait : chacun, suivant ses facultés, se chargea d'un certain nombre, et la saison morte s'écoula paisiblement.

En 1721, la peste reparut encore. Pour que la maladie pernicieuse qui menaçait la province d'Auvergne prit moins de développement et fut circonscrite dans la Lozère, qu'elle avait envahie, M. le maréchal de Berwik envoya aux subdélégués des ordres sévères pour avoir à exercer des mesures préventives. M. Tassy de Montluc écrivit à ses subordonnés une circulaire dont nous extrayons les passages suivants:

« D'après les ordres de M. le maréchal de Berwik, tendant à prévenir la maladie dont le Gévaudan est attaqué, et sur l'avis qu'il a reçu que beau coup de personnes cherchaient, par la fuite, à se mettre à l'abri du fléau de la contagion, il est prescrit à toutes les gardes, tant des troupes réglées que de la bourgeoisie, de tirer sur toutes les personnes venant du Gévaudan, et de n'admettre à communication que celles qui se présenteraient aux barrières des postes pour demander des provisions, ou recevoir des lettres à leur adresse, qui seraient passées au vinaigre avant d'être reçues

Il faut encore, sitôt les présentes reçues, que l'on monte la garde dans tous les bourgs et hameaux qui sont sur ces passages et grands chemins, et qu'il y ait, dans chaque endroit, quatre hommes qui aient quatre coups de fusils à balle à tirer, sous peine de punition corporelle. Je vous prie d'instruire vos habitants de la teneur des présentes, pour qu'ils aient à s'y conformer. MM. les collecteurs et habitants devront faire mettre en quarantaine tous ceux qui se sont retirés du Gévaudan, et m'en fourniront un état dans les trois jours. » Malgré ces précautions, la peste sévit dans la ville et le faubourg pendant plus de deux ans. .

Une nouvelle disette eut lieu en 1750; toutefois, le blé se vendit que 24 fr. le septier, parce que l’on avait soin de tenir le marché bien approvisionné, tandis que les grains se vendaient au loin jusqu'à 36 fr. Il en résultait des exportations assez nombreuses pour faire craindre qu'ils ne manquassent. M. de Montluc, petit-fils de celui dont nous avons parlé, qui exerçait aussi la charge de subdélégué, fut trouver Mgr l'évêque de Ribeyre, lui présenta la situation du pays, et lui fit observer que la meilleure des précautions à prendre serait de faire des achats en Limousin, où les prix étaient assez modérés pour que le blé ne coûtât pas plus de 24 fr. rendu à St-Flour. Mgr l'évêque, qui avait vendu son blé deux ans auparavant 7 fr. le septier seulement, et qui s'était vu dans la nécessité de faire de grandes dépenses pour monter sa maison, ne put avancer que 6,000 liv. M. de Montluc en fit autant. M. Lamouroux, négociant à St-Flour, les servit avec zèle, et, par l'entremise de ses correspondants, il fit acheter à Meymac les grains nécessaires.

Mais comme l'usage du peuple, quand il y a cherté, est de crier et de ne vouloir ni acheter ni laisser vendre, on eut de la peine à faire arriver ces grains jusqu'à St-Flour. Ils furent arrêtés à Bort. Il fallut l'intervention de M. l'intendant de Limoges, et celle de M. l'abbé Dallement, comte de Lyon, prieur et seigneur de ce lieu, qui voulurent bien surveiller leur transit, conjointement avec MM. les subdélégués d'Auvergne, pour que ces grains pussent parvenir à leur destination. On en vendit un peu au dessous du prix du marché, ce qui empêcha la hausse, mais occasionna une perte de 900 livres que Mgr l'évêque voulut supporter seul.

Pendant que M. Montyon était intendant, les récoltes manquèrent deux années de suite, et le seigle atteignit le plus haut prix auquel il était parvenu pendant ces diverses disettes, car il se vendit 38 fr. Le peuple supportait sa détresse avec plus de résignation qu'on n'avait lieu de l'espérer. M. l'intendant fit des tournées extraordinaires pour voir par lui-même. Il établit à St-Flour des ateliers de charité pour faire la côte du faubourg à la ville, qui était impraticable pour les voitures. Il y eut jusqu'à mille travailleurs par jour, hommes, femmes et enfants, depuis le commencement d'avril jusqu'à la fin de juin, lesquels seraient morts de faim sans la petite solde qu'ils recevaient. Comme il n'y avait pas encore, dans ces contrées, d'ingénieurs ni de piqueurs, M. de Montluc et M. Chirol, alors consuls, furent les seuls à diriger ces travaux. Aucun membre du conseil municipal de la ville ne voulut prendre part à cette peine.

DOLEANCES.

 

Les antiques institutions de la France avaient vieilli ; des changements étaient réclamés; des réformes devenaient nécessaires. Le roi résolut de convoquer les Etats-Généraux. Une assemblée des Trois-Ordres fui réunie à St-Flour pour formuler ce que l’on nomma des Doléances, et le 14 mars 1789, des délégués furent investis du mandat de les porter au monarque bienveillant.

Les députés nommés furent : MM. Spy des Ternes, maire; Borel de Montchauvel, Coutel, Echevins, Henri, conseiller, doyen au baillage; Rouget de Lascol, docteur en médecine; Bertrand, assesseur de l'hôtel de ville; Bru, lieutenant de l'élection. Ces choix furent faits au scrutin.

Nous n'entreront point dans le détail de ces doléances, nous nous bornerons à indiquer les matières Sut lesquelles elles étaient formulées.

1° Religion et clergé.

2° Noblesse, dignités militairesmagistrats.

3° Impôts.

4° Gabelles, impôts indirects.

 

5° Domaines et finances.
6° Justice.
T Milices.
8° Routes, ponts et chaussées.

Ce volumineux cahier des doléances est déposé au greffe du tribunal de St-Flour.

Nous arrivons à une époque de désastres. La cité féodale, la cité toujours fidèle à ses rois, devait être un objet de haine pour les hommes de 93. Ici nous allons la laisser parler elle-même, nous bornant à donner un extrait de la pétition adressé par ses habitants à la Convention nationale. Nous nous abstiendrons toutefois de donner les noms des signataires; combien de personnes, cependant, seraient étonnées d'avoir eu tant et d'aussi bons républicains dans leur famille.

Au fait, les principes démagogiques et révolutionnaires qui envahirent alors la France, avaient trouvé à St-Flour des partisans. Mais cette ville, malgré les preuves de civisme données par elle, l'établissement d'une société populaire, et surtout l'empressement que mirent ses gardes nationaux à marcher sur la Lozère, occupée par Charrier, et à arborer les premiers à Mende le drapeau tricolore, malgré que le sang eût coulé dans les gorges de Chanac et à Rieutor, n'en resta pas moins suspecte de royalisme et de fédéralisme. Cette suspicion, mais surtout les démarches que St-Flour avait faites auprès du comité de division de la Convention nationale, pour obtenir le siége de l'administration départementale, furent cause de l'occupation militaire dont il fut -victime.

En effet, St-Flour avait obtenu, par décret du 21 septembre 1791, que ce chef-lieu ne serait transféré à Aurillac que provisoirement, et jusqu'à ce qu'une assemblée électorale des quatre districts eut émis son vœu pour la fixation définitive entre l'une et l'autre de ces deux villes. Mais Carrier, auquel rien ne résistait, obtint, au mois de thermidor, un décret qui le fixa irrévocablement dans sa ville natale.

Enfin, St-Flour avait encore blessé les susceptibilités des patriotes. Pour se conformer à l'esprit du temps, qui n'admettait point la dénomination de saint, il s'était baptisé Fort-Cantal. Ses ennemis virent là une prétention aristocratique, suite de ses fortifications féodales. Un pareil crime devait être sévèrement puni, et Châteauneuf-Randon, ami de Carrier, d'Hébrard, Milhaud et Boudier, ennemis particuliers de cette ville, reçut la mission d'accomplir leur vengeance.

Volci les extraits indiqués de la pétition contre Châteauneuf. Ils donneront un aperçu des vexations exercées contre la ville.

Les signataires s'occupent d'abord de rechercher les causes de la haine de ce représentant. Ils la trouvent:

1° Dans des dénonciations et des haines locales; que Châteauneuf, disent ils, produise ces dénonciations, et l'on verra quels intérêts il s'était chargé de venger

Des scélérats, dont Carrier était à la fois le protecteur et le conseil, avaient juré notre perte : Châteauneuf-Randon s'unit à eux; il épousa leurs querelles. Quelques administrateurs du département, qui depuis formèrent le noyau de la fameuse Commission révolutionnaire du Cantal, nous accablaient de leur autorité. Ce qu'il y a de plus féroce et de plus ignorant dans le département dominait cette administration ; les ordres de Carrier y prévalaient sur les lois;et ces mêmes hommes, forts de l'appui de cet assassin, avaient étendu sur tous les districts la tyrannie la plus désolante, les réquisitions les plus arbitraires, les dénis de justice les plus révoltants, préludes des vexations qui allaient être

exercées contre nous. »

2° En ce que des malveillants jalousaient les services rendus par St-Flour à la république dans les guerres de la Lozère, Châteauneuf lui-même, affectant d'atténuer ces dangers, osa reprocher â nos commissaires à St-Chély, d'y

avoir entraîné cinquante mille hommes; et cependant ce fut au cri d'alarme des autorités constituées de ce pays, après que dans trois jours Charrier se fut emparé de Chanac, de Marvejol et de Mende, et il osa nous dire encore que nous nous flattions mal à propos d'avoir réduit les rebelles de la Lozère; que ce département n'avait été que le théâtre d'une guerre faite par des brigands accourus de l'Aveyron, de l'Ardéche, de la Haute-Loire et du district de St-Flour. Nous des brigands, quand par décret du 20 juin 1793, la Convention nationale avait déclaré que nous avions bien mérité de la patrie. Et cependant notre sang avait coulé. Pourrait-on en dire autant de toi, représentant qui ne parus sur les lieux qu'après que nous eûmes battu et dis persé l’armée chrétienne! Etais-tu sûr de ta conduite, et ta conscience était elle sans reproche, quand au retour de tes expéditions militaires, tu demandais aux sociétés populaires de Germont et d'Aurillac, une attestation de bonne conduite; quand, à Aurillac surtout, il te fallut tout le crédit de tes anciens délégués pour l'obtenir!

3° Enfin, les exposants reprochent à Châteauneuf de s'être servi, pour exciter les passions contre leur ville, de l'opposition qu'ils avaient mise à l'exportation des grains et denrées hors de leur territoire. Deux mille quintaux avaient été requis dans leur district pour approvisionner Murat et Aurillac, dans un moment où ses habitants étaient réduits à cinq onces de pain par jour. Le district avait envoyé une députation auprès du comité général des subsistances; Carrier empêcha qu'elle fut admise ; la sortie des grains dut avoir lieu. Bien plus, dans un décret rendu à cette occasion, Châteauneuf accuse les habitants d'avoir violé la loi en s'adressant à la Convention , d'avoir manqué aux droits sacrés de la fraternité, et enfin, par suite d'une ancienne rivalité avec Aurillac, d'avoir, non seulement demandé la séparation de son territoire et de celui de Murat du département du Cantal (voir à l'article Murat), mais encore d'avoir cherché à diviser les départements de la Haute Loire et de la Lozère, en envoyant des commissaires chez eux pour les engager à se séparer de leur circonscription et à se réunir a Saint-FIour.

Mu par ces divers sentiments, Châteauneuf avait résolu l'occupation militaire de cette ville. Il rendit à Mende, le 20 février an II, un décret par lequel la ville et sa commune furent déclarées en état de guerre révolutionnaire, et le général Levrai, chef de brigade de la république dans les départements limitrophes, reçut l'ordre d'occuper, avec 4,000 hommes, cette cité, vouée à la destruction; de s'emparer des portes, de tous les postes de défense, des magasins , de l'arsenal, des armes, de l'artillerie, des subsistances, et de traiter la ville comme ennemie. Tout individu qui tirerait des coups de fusil ou serait trouvé avec des armes dans la rue ou aux fenêtres, devait être mis hors la loi; personne ne pouvait entrer dans la ville ou en sortir sans que ses papiers fussent vérifiés. Il devait enfin faire arrêter toutes les personnes qui lui paraîtraient suspectes, assembler le comité de surveillance et la société populaire pour en connaître l'esprit, et se concerter avec les montagnards qu'il y rencontrerait.

Soit que Châteauneuf crut réellement que les habitants de Saint-FIour étaient des réfractaires et des contre-révolutionnaires, complices de Charrier, des rebelles du camp de Jalès, de Pitt, de Cobourg, des Brissotins et Girondins, ainsi qu'il les désigne dans un arrêté daté de Saint-Chély, le 3 nivose; soit qu'il voulût exciter ses troupes à partager ses sentiments de vengeance et de haine en leur faisant croire à une résistance réelle , il eut l'air d'agir par la ruse pour s'emparer de cette place. Le général Levrai annonça officiellement le passage de cinq bataillons de volontaires nationaux, devant se rendre dans la Vendée en la traversant, ainsi que Murat, Vic, etc. Par surcroît de circonspection, Châteauneuf mit en réquisition 15,000 hommes de Massiac, Brioude, Aurillac et des départements voisins; et, pour ne pas risquer sa personne, dans l'incertitude des événements, il resta à Saint-Chély, sur les derrières de l'armée, a cinq lieues de la place qu'il voulait assiéger.

Cependant on aigrissait l'esprit des volontaires chargés de cette expédition, et, lorsqu'ils approchèrent de la place, en leur montrant les tours et les clochers, on avait soin de leur dire qu'ils marchaient contre des révoltés. Aussi les soldats turent fort étonnés de l'accueil qu'ils reçurent. Au lieu de bivouaquer par un temps affreux sur les hauteurs qui dominent nos murs, ainsi qu'il avait été ordonné, ils se virent conduits par nous-mêmes, disent les habitants, dans les logements qui leur étaient préparés! Ils reçurent nos embrassements; ils partagèrent nos lits et nos tables, et ils s'attendrirent sur nos persécutions Nos portes, nos avenues furent gardées par les soldats, et six mille citoyens paisibles, constitués prisonniers de guerre, attendaient avec effroi le sort que leur réservait leur superbe vainqueur. »

Des mesures si extraordinaires devaient effrayer les citoyens. L'incertitude, les bruits vagues, le mystère des opérations que l'on concertait ajoutaient encore à cette anxiété cruelle. Les corps constitués députèrent vers le représentant quelques-uns de leurs membres ; ils trouvèrent un despote irrité qui les accabla du poids de sa toute-puissance ; ils voulurent faire des représentations. Il les traita de contre-révolutionnaires, parce que, dit-il, Saint-Flour avait voulu changer son nom en celui de Fort-Cantal. Ils sollicitèrent vainement l'éloignement des troupes. Rien ne put fléchir cet orgueilleux tyran; il traita les députés de fédéralistes, par cela seul qu'ils étaient venus le trouver. Ils furent arrêtés; leurs portefeuilles, leurs papiers visités, et la fuite seule les déroba à ses poursuites.

Châteauneuf n'avait plus qu'à venir lui-même cueillir les lauriers de sa victoire et jouir du spectacle de ces douleurs. Une nuée de commissaires, qu'il avait appelés d'Aurillac et de Clermont, l'avait précédé. La salle des séances de la Société populaire fut, pendant longtemps, l'arène où chacun d'eux se disputait l'honneur de mettre la ville en lambeaux.

Les réclamants représentent ici Châteauneuf comme un Don Quichote venant attaquer leur paisible contrée. « Jamais monarque, disent-ils, n'étala tant de faste; » il ne paraissait dans les rues , sur les places publiques qu'entouré de trente dragons à cheval. On ne pénétrait dans ses appartements qu'à travers une foule d'ordonnances, C'était un fastueux proconsul exerçant le droit de conquête. »

Châteauneuf commença par ordonner le désarmement de la commune. L'arrêté en fut signé par Emile Fontanier, prêtre furibond (sic), un de ces hommes qui n'ont de patrie nulle part, lequel se chargea en outre de l'exécution. Tous les citoyens formant l'armée révolutionnaire furent prévenus, à son de trompe et de tambour, d'avoir à porter leurs armes à la municipalité dans le délai de vingt-quatre heures, sous peine d'être traités comme suspects. Les recherches les plus minutieuses furent faites dans les magasins et les arsenaux ; on y trouva aucune munition de guerre. Les canons, provenant de la fonte des cloches, furent trouvés couverts de poussière; un seul, en bois, enlevé sur la troupe de Charrier, était resté chargé, tel qu'il avait été pris et conservé comme un trophée de victoire.

Le désarmement opéré, Châteauneuf s'occupa de faire raser les murailles. Son arrêté de destruction dit: « Qu'il importe d'établir promptement la ligne de démarcation entre les intrigants et les véritables montagnards sans-culottes, et de délivrer le peuple de toute confiance subjugante; de le dégager de ses murs, et de ses portes, qui sont autant d'entraves à la liberté. .Il donna, en conséquence, l'ordre de foudroyer à coups de canon ces antiques murailles, qui existaient depuis huit siècles autour de cette commune et qui, sous le nom de fortifications, n'était qu'un objet d'agrément qui, pendant l'hiver, garantissait de la violence des vents du nord. ,

Saint-Flour présentait alors l'image d'une place prise d'assaut : les soldats inondaient la ville; l'ordre donné allait être exécuté, si la municipalité, accourue, n'eût fortement représenté les dangers de cette mesure, qui allait répandre l'effroi dans tous les districts voisins; enfin , l'impossibilité d'abattre les murs avec le canon sans endommager en même temps une partie des maisons. »

« Les bras des volontaires, des habitants et des ouvriers employés dans ces ateliers de charrois militaires, furent mis alors à la démolition, et par arrêt signé Panis-Abadie, Bouscarat, Selve, Hébrard et Féau , les commissaires nommés furent chargés de recevoir et ordonnancer les états qui leur étaient remis, jour par jour, par les piqueurs. Les fonds nécessaires à ces frais étaient puisés dans la caisse du district. » « Ce n'était pas assez, disent les exposants, que le passage de Château neuf fût marqué par la terreur et les vexations, il fallait que d'autres dévastations en éternisassent le souvenir. Tous les monuments publics furent saccagés; la voûte d'une superbe nef fut écrasée par la démolition des clochers. La poudre manquait aux armées; elle fut frivolement employée pour abattre, à 200 toises de la ville, une vieille chapelle, et, pendant plusieurs jours, le bruit du canon répandit l'épouvante dans les campagnes. Le fer, le cuivre des églises furent volés, leurs portes forcées, et aucun de ces délits ne fut réprimé. »

Dans ce même temps, les campagnes des environs de Saint-Flour n'étaient pas plus épargnées : des commissaires parcouraient tous les cantons du district, menaçant d'incendier et de reclure, laissant violer la propriété ; un détachement de la garde nationale d'Allanche envahit une ferme de la commune d'Auliac, en enleva tous les grains , même ceux de semence , et en égorgea toute la volaille; dans une autre commune, les cultivateurs furent dépouillés de la même manière; de plus, les officiers municipaux furent amenés garrottés , et plusieurs propriétaires furent attachés à la queue des chevaux. Saint-Flour ne conserva pas une seule horloge, et longtemps après encore, le silence des airs témoignait du deuil de la cité.

La persécution ne s'arrêta pas aux objets matériels : des commissaires furent chargés de présider à l'ouverture des paquets de la poste et de procéder aux arrestations. La maison de réclusion fut encombrée de personnes déclarées suspectes. Châteauneuf fut même, par arrêté du 3 nivôse, jusqu'à ordonner l'arrestation des citoyens Daude, ancien constituant; Henry, ex-législateur; Baldran, greffier; Altaroche, ex-président du département. Sur une simple dénonciation anonyme, sept patriotes furent incarcérés; mais cette injustice parut si révoltante, que l'ordre de les élargir fut immédiatement expédié.

Il semblait, est-il dit dans la pétition, que la rage des dévastations fût une fièvre brûlante dans l'âme de ce représentant : tous les cantons du district devaient se ressentir de ses fureurs; par son ordre, une nuée de commissaires

envahit les campagnes, démolissant les clochers, abattant les croix, brisant les images, foulant aux pieds les objets du culte, faisant abjurer les prêtres et prêchant l'athéisme (vieux style). Tout village qui aurait résisté à ces nouveaux apôtres, devait être réprimé par la persuasion d’abord, par la force ensuite et enfin par le feu. Et cette menace n'aurait pas été vaine.

Hébrard disait alors qu'il fallait que plusieurs têtes de St-Flour tombassent; le citoyen Baudet, l'un des délégués, révéla aux citoyens Rougier et Vaissier, administrateurs, qu'il n'avait pas tenu à quelques délégués d'Aurillac qu'il ne restât pierre sur pierre dans cette ville, et Mailhe, autre délégué, en s'y rendant, dit confidentiellement à quelques personnes de Murat, qu'à cette heure, il devait être tombé plusieurs têtes. En effet, M. d'Aurette; M. Joan-F. Vannel, curé de Taillac; M. Poujet, vieux prêtre de la Lozère, et le tailleur de l'armée de Charrier, Jean Fabre, habitant du lieu de Recoules (Lozère), accusé d'avoir servi dans cette armée et d'avoir fait des recrues pour elle , venaient d'être exécutés.

On lit dans une conférence ecclésiastique, imprimée au Puy en 1845 : «  Le curé de Taillac, dans le canton de Pinols, M. Jean Vannel, reçut a St-Flour, le 2 juin, la palme du martyre. La foi vive dont il avait été animé durant toute sa vie sembla s'accroître à ses derniers moments: » Il n'y a que deux pas, disait-il, de la prison à l'échafaud, et un seul, de l'échafaud au ciel. Je n'ai donc que trois pas à faire pour arriver dans ma patrie. » En allant au supplice, il récitait le Miserere; il eut la tête tranchée au moment où il prononçait à haute voix : o Mon Dieu , je remets mon âme entre vos mains! »

« Quand on aurait voulu venger les mânes de Charrier, s'écrient les réclamants, eût-on traité autrement ses destructeurs? Pouvions-nous nous attendre qu'un représentant du peuple, au nom de la nation, viendrait un jour nous punir de notre dévouement et de tant de sacrifices. De retour de la Vendée, Carrier allait se baigner dans notre sang : il nous avait délégué le représentant Borie qui, dans le Gard, avait si bien justifié la confiance de l'ancien comité du gouvernement; mais la révolution du 9 thermidor le devança de quelques jours; sans cette révolution, que de sang n'aurait pas coulé dans notre ville!

Nous ne pousserons pas plus loin nos recherches contemporaines; mais puisqu'il s'élève des générations oublieuses des malheurs de ses pères, l'histoire impartiale, comme elle honore les grandes actions, doit honnir les coupables: Brisson, le roturier, doit être exalté; Châteaunenf, le grand seigneur, flétri!

Quant à ce dernier, en abandonnant Saint-Flour, il rendit un arrêté, le 12 pluviôse an II, par lequel il relevait la commune de l'état de guerre révolutionnaire: il ordonna que le nom de Saint-Ftour ou Fort-Cantal fut banni de la mémoire et de la bouche de ses habitants, et il autorisa la cité à s'appeler provisoirement Fort-Libre.

La ville de Saint-Flour est aujourd'hui peu différente de ce qu'elle était autrefois. Enfermée d'abord dans son enceinte comme dans un cercle de fer, elle l'est maintenant par ses promenades. Mais aura-t-elle besoin de s'agrandir il est permis d'en douter; sa position, qui jadis faisait sa force dans nos temps mercantiles, est devenue une anomalie; Saint-Flour est d'un autre âge.

Il y a peu d'années, on pouvait distinguer les fortifications qui avaient fait son orgueil et sa sûreté. La vengeance de Châteauneuf les avait laissé s'élever au-dessus de terre de quelques mètres; elles ont disparu presque partout. A la hache révolutionnaire a succédé le marteau mécanique : sur l'emplacement des tours féodales, des murailles crénelées, on a construit une caserne, une prison cellulaire, personnification plus exacte de notre civilisation actuelle.

 

QUELQUES ADJONCTIONS A I'HISTOIRE RELIGIEUSE.

 

St-Flour étant depuis longtemps le chef-lieu ecclésiastique du haut-pays d'Auvergne, il convient d'ajouter ici quelques courtes observations à l'article Religion, publié dans la 7° livraison (page 1 6i ). Elles porteront sur les causes qui ont contribué, selon nous, à obscurcir les origines des églises des Gaules, et à créer les deux opinions que nous avons relatées.

Les deux principales seraient dues:

1° Au peu d'attention portée au fait de christianisme prêché et de christianisme reçu;

2° A l'usage introduit dans l'Eglise, dès les premiers temps, de considérer les papes, successeurs de saint Pierre, comme saint Pierre lui-même, et de désigner comme disciples de saint Pierre, les saints missionnaires qui avaient reçu directement leur délégation de Rome.

 

Pour la première supposition, on lit dans les Actes des Saints, tome 7, page 22:

De ce qui vient d'être rapporté, on doit positivement conclure que, dès le principe, la religion chrétienne fut prêchée dans les Gaules; mais la vérité évangélique parvint à la connaissance d'un petit nombre, ce qui confirme la distinction posée entre la religion prêchée et la religion reçue.

 

Pour la deuxième supposition, on lit dans Hontheimius, page 17:

On peut considérer comme compris sous la dénomination de disciple de saint Pierre ceux qui recevaient l'apostolat et leur institution des successeurs de Pierre, et étaient ainsi appelés disciples de Pierre, quoique cette qualification ait reçu plus tard une acception contraire à sa signification primitive. Pour justifier cette assertion, nous invoquerons le témoignage de saint Boniface, au vu* siècle, qui dans une lettre écrite à Charles Martellus, lui donne la qualité d'Envoyé de saint Pierre.

Le même écrivain sacré, à la page 22, dit : qu'avant l'institution des évêques, il y avait des administrateurs des chrétientés naissantes; telle était la qualité de saint Pothin.

 

On lit dans le Concile de Limoges, de 1051:

Au temps de la première église, on nommait indifféremment évêques ou prêtres, prêtres ou évêques, et les évêques confesseurs. Les évêques qui après la mort des apôtres régirent les églises, regardèrent comme important pour eux de réclamer le titre d'apôtre, et se partagèrent entr'eux cette qualité, en sorte que les prêtres d'un ordre supérieur étaient qualifiés d'évêques, et ceux d'un ordre inférieur, de prêtres.

 

Voilà, selon nous, les principales causes premières de l'incertitude jetée sur l'époque de la mission des sept évêques. On a confondu en eux le caractère d'évêques et relui d'apôtres.

 

Nous estimons donc qu'au temps de la primitive église, la propagation de la foi avait beaucoup d'analogie avec ce qui se fait de nos jours. Des missionnaires portaient les premières notions évangéliques; ils étaient les administrateurs des chrétientés naissantes, comme leurs fondateurs. Lorsque plusieurs chrétientés étaient formées, Rome leur donnait un centre commun et les réunissait sous la direction d'un évêque; car on ne peut supposer que le caractère sacré d'évêque ait été prodigué sans nécessité. Par là, nous expliquons l'ajournement de l'envoi des sept évêques, vers l'an 252. Ils venaient non pas fonder, mais réunir et régir les diverses petites chrétientés réparties dans la circonscription qui leur était désignée; ils venaient donner plus d'ensemble et d'action, propager la foi et la développer par de nouveaux délégués; enfin ils venaient constituer des évêchés et non des chrétientés.

Ce que nous avançons nous paraît encore confirmé par ce qui est consigné dans le concile de Tours du XV° siècle, tome 5, page 566, où il est dit dans la lettre des Pères du concile à sainte Radegonde : « Quoique la religion ait été prêchée dès sa naissance dans les Gaules, elle fut embrassée par peu de personnes. » C'est ce concile que l'on oppose à Grégoire de Tours, parce qu'il fut tenu à peu près au même temps qu'il vivait, et qu'il avait adopté une version opposée à la sienne.

Et pour en venir a ce qui concerne St-Flour, nous dirons d'abord que la qualification de disciple de saint Pierre ne peut être arguée en faveur de l'époque de sa mission, par la raison que nous venons de rapporter; qu'il en est de même de la qualité d'apôtre, puisqu'elle était donnée à tous les évêques des premiers siècles. En ce qui concerne les soixante-douze apôtres, comme les épîtres et les actes des apôtres ne les nomment pas, chacun en fait la liste à sa guise.

Saint-Flour reçut de Rome la mission de fonder l'évêché de Lodève (vers 350); il ne fut pas du nombre des sept évêques; il n'y a aucune division à cet égard.

La chronologie des évêques de Lodève, par M. Plantevit de la Pause, qui a occupé le siége, ne laisse aucun doute sur la fondation de cet évêché par Florns, et nous ne pouvons admettre, ce qui a été avancé pour concilier les deux opinions, qu'il y avait eu deux Florus, l'un, contemporain des apôtres, l'autre, vivant en 451. Saint Amantius, d'après M. Plantevit, fut son successeur, vers l'an 401. Tant qu'on n'aura pas comblé cette lacune, nous serons en droit de maintenir que ce saint personnage n'est venu qu'à l'époque par nous indiquée.

Saint Flour n'est donc pas venu en 72 comme cela a été avancé dans la 9* livraison; il n'a point été apôtre de nos montagnes aux mêmes qualités que saint Mary et saint Mamet, et lorsque, suivant l'inspiration divine, chargé de labeurs et d'années, il choisit sa thébaïde au mont Indiciat, il n'évangélisa que des populations clair-semées, et les apôtres qui l'avaient précédé avaient porté leurs prédications vers des contrées plus populeuses.

Nous engageons ceux de nos lecteurs qui voudraient lire dans leurs détails les savantes discussions qui ont eu lieu dans les temps reculés sur l'époque de la fondation de notre église gauloise et de la venue des sept évêques, a prendre l'histoire de l'érection de l'évêché de Trêves, dans un des volumes d'octobre de la collection des Bollandistes; le concile de Bourges de 1031 ; celui de Limoges de la même année. Dans ce dernier, surtout, la discussion fut soutenue de part et d'autre avec autant de savoir que d'éloquence, et quoique l'archevêque Aimo, qui le présidait, l'eût terminé d'une manière un peu vive, puisqu'il fit excommunier tous les Pères du concile qui soutiendraient encore l'opinion contraire, à la sienne, les débats de ce concile n'en sont pas moins intéressants au plus haut degré.

HISTOIRE RELIGIEUSE. — ÉVECHÉ, MONUMENTS.

 

PRIEURÉ DE SA1NT-FLOUR.

La première partie de cette histoire a fait connaître quelle avait été l'origine de l'établissement religieux à Indiciat, qui avait succédé à celui que Comptour d'Apchon avait spolié et dévasté. Un acte de la fin du x° siècle rapporte qu'avant sa spoliation, Indiciat et Montplain appartenaient à un chapitre de chanoines réguliers qui relevaient directement et immédiatement de Rome. Il a été aussi donné un extrait de l'acte d'érection du nouveau prieuré, tel qu'il a été inséré dans les Tablettes historiques d'Auvergne (année 1845, page ill). Nous avons sous les yeux une autre relation de cette fondation, qui précède celle déjà imprimée, que nous devons à la bienveillante amitié de M. Vaissière, et que nous allons publier ici, la traduisant le plus littéralement possible , parce qu'elle relate les mêmes faits, mais plus brièvement.

FONDATION DU PRIEURÉ DE SAINT-FLOUR , AN 1004.

Au nom de la sainte Trinité : que tout le monde sache, tant les présents que les futurs, comment moi Amblard de Brezons, après avoir tenu conseil avec mon épouse sur le salut de nos âmes, ai décrété de faire un monastère, afin qu'elle et moi, après avoir fait une œuvre mortelle sur la terre, nous en fissions une immortelle dans le ciel, et que le Heu construit à l'honneur de Dieu soit pour nous comme un fils spécial héritant d'une partie de notre hommage, que nous voulons choisir pour notre ouvrage et donner à Dieu; car il nous a plu que dans la métairie de Saint-Flour, dans laquelle j'avais une vicairie et un grand fief, lieu où repose un des disciples de Notre Seigneur , il advint un monastère dans lequel, après Dieu toute notre espérance il pût être placé, afin que Dieu pût être servi là dans l'ordre monastique, comme c'était de coutume qu'il fût servi dans l'ordre canonique avant la destruction de ce lieu effectuée. Et, comme cela ne pouvait être fait par moi seul, je fus trouver celui qui avait le droit de le faire, c'est-à-dire Amblard Comtour, du fort de Nonette qui tenait en alleu ce que je possédais en fief, et y avait fait un établissements à ses soldats, à moi et a bien d'autres; et, comme je le priais que pour son âme il fit ce que je lui demandais, et que par cette aumône il cherchât un remède à ses péchés , supportant violemment ma demande, il refusa d'acquiescer à l'abandon de ce qu'il retenait par la crainte, malgré qu'il l'eût usurpé injustement; et je lui répondis: « Votre alleu n'est pas à vous, mais à Dieu et à son apôtre Pierre, et appartient au privilège de Rome; il y a péril de soumettre à hommage et de posséder un lieu soumis à un aussi grand patron , envahi si injustement , distribué à vos soldats et ensuite devant être la faute de vous seul. Comme je n'avançais à rien, je cessai mes prières.

Cependant il arriva qu'Amblard, celui qui différait de sentiments avec moi, exclut de la vie présente, et par rose fit livrer a mort son parent et son égal en honneur, Guillaume Brunet, pour l'exclure de la participation du château de Nonette. Effrayé de l'énormité de ce crime, il fut d'abord trouver son évêque, et, par son ordre, dans la première semaine de la Quadragésime, le pape à Rome, pour le supplier de le recevoir à pénitence. M'y étant aussi rendu avec ma femme et la sienne, et ayant exposé à ce pape la grandeur de ce crime, il prononça son jugement sur lui; et pour cela je donnai mon fief, que je tenais en tout honneur; et, pour qu'il n'assignat pas à quelqu'autre église quelques-unes des choses destinées au bienheureux saint Flour, ou les lui donna injustement, nous avons fait certainement un interdit, l'avons confirmé tous les deux en présence de nos épouses, de nos amis ou de ceux qui nous ont accompagnés noms déjà cités), pour être par eux tous corroboré le don fait au pontife romain, ce que sanctionna vers le même temps le siége apostolique. Cependant, nous avions passé la quarantaine en faisant pénitence. Nous allâmes vers le Saint-Ange, et, à notre retour, le vénérable père Odilon vint à Rome et reçut du seigneur pape le lieu de Saint-Flour et toutes ses dépendances, pour le gouverner et posséder à perpétuité, tant lui que ses successeurs; car ceci fut fait à Rome, chez la sainte Jérusalem, au mois de mars, nous , et l'un et l'autre Amblard l'entendant, l'approuvant et le confirmant. Ensuite, nous renouvelâmes le don lui-même au chapitre de Cluny; et, comme Amblard voulait balancer à remplir sa promesse, je lui donnai pour cela soixante et dix sols, et je consignai au père Odilon le lien paisible et parfaitement affranchi.

(Nota. Le sol valait alors 15 liv. de notre monnaie.)

 

Autre titre de fondation faite à St-Flour par Astorg et Amblard, surnommé le Mal-Hiverné, traduit par l'abbé Chaumeii et publié dans le n° 4 de la année des Tablettes historiques.

« Nous devons faire tous nos efforts pendant que nous vivons dans le laborieux pèlerinage de ce siècle, pour aviser aux moyens de pouvoir nous purifier des fautes dont nous nous sommes rendus coupables. C'est pourquoi nous faisons savoir à tous présents et à venir, que nous, c'est-à dire moi Astorg, et Amblard le Mal-Hiverné, mon neveu, sérieusement préoccupés de ces vérités, cédons au Seigneur, donateur de tous les biens, quelque chose de ce qui nous appartient, et des propriétés qui nous ont été transmises, et qui sont situées au comté d'Auvergne, dans le pays appelé Planèze . sur le mont Indiciat. Ainsi, nous donnons aux bien heureux apôtres Pierre et Paul, et aux lieux de Cluny et de Sauxillanges, où préside le seigneur et révérendissime Père Odilon, l'église dédiée en l'honneur de saint Flour, avec toutes ses dépendances, afin que dès le présent jour, les habitants de Cluny et de Sauxillanges en fassent ce qu'ils jugeront à propos, sans qu'on puisse élever contr'eux aucune calomnie ni contestation dans la possession de tous les droits de cette église et de toutes ses dépendances. Voilà ce que nous faisons présentement; mais nous établissons à l'avenir, comme devant être observé premièrement par nous et ensuite par tous les héritiers et successeurs de notre honneur, que celui qui voudrait accomplir notre donation de fonds ou de franc-alleu, de bénéfice ou de fief, provenant de notre droit et appartenant à notre puissance ou pouvoir, ait soin de l'appliquer ici; qu'il ajoute à cette aumône; qu'il ait même la faculté de l'augmenter, et qu'il adjuge au monastère de Sauxillanges tout ce qui pourra être à jamais, surtout dans les honneurs ecclésiastiques, et absolument dans toutes les donations de franc-alleu on de fief. Au reste, nous ôtons tout pouvoir à nous et à nos successeurs, de donner ou confier quelque chose de ce qui est dit plus haut aux autres monastères, soit de moines, soit de chanoines, soit d'autres congrégations, excepté aux monastères de Cluny et de Sauxillanges. Nous confirmons ainsi toutes ces choses pour être gardées à perpétuité, telles que nous les avons réglées plus haut.

« Et avec Astorg et Amblard avaient signé : Etienne, évêque de Clermont, et Robert, vicomte, en l'an 996 ou 1004. »

Dans le même article de l'abbé Chaumeil, il est dit : qu'Odilon, fils de Berald-le-Grand, seigneur de Mercœur, et de Gerberte, dame aussi d'une haute qualité, était né en Auvergne, en 962, et fit partie en premier lieu do l'église noble de Brioude, et qu'il se retira ensuite à Cluny, pour se mettre sous la conduite de saint Mayeul, qui lui donna l'habit religieux.

Sa sainteté le fit nommer abbé après la mort de ce saint, en 991. Ce qu'il fit pour la fondation du prieuré de St-Flour est rapporté ici. Il mourut au prieuré de Souvigny, en Bourbonnais, le 31 décembre 1049.

Amblard le Comptour et Amblard de Brezons, à leur retour de Rome, se rendirent à Indiciat et dirent a Aldeberd, qui fut à ce qu'il paraît le premier prieur, de leur donner du pain, du vin et un vase plein d'eau, et celui-ci leur ayant apporté ce qu'ils demandaient, ils se réunirent sous un frêne, mangèrent le pain, burent l'eau et ne reçurent plus rien, s'engageant pour eux et leurs descendants.

Les choses s'étant passées ainsi, et la vente étant ratifiée en présence des grands du pays convoqués à cet effet, Odilon fit part des indulgences que le pape accordait à tous ceux qui contribueraient aux frais de cet établissement, les relevant de toutes peines canoniques et pour le corps et pour l'âme. Il mit toute l'activité possible à la construction du monastère et de l'église qu'il plaça sous l'invocation de saint Pierre et de saint Flour. Mais le monastère et l'église ne retinrent que ce dernier nom, qui devait rester plus tard à la ville. Cependant la dédicace solennelle n'en fut faite que par le pape Urbain H, à son retour de Clermont. Ce pontife resta trois jours à St-Flour. où le prieur Etienne le reçut magnifiquement. On rapporte qu'il y data une bulle concernant le monastère de Marcigny, près de Sémur (Côte-d'Or). L'église consacrée par le pape aurait été bâtie à côté de l'ancienne chapelle de Saint-Flour, qui n'avait pas été détruite par le Comptour, à ce qu'il paraît, et occupait la place où se trouve aujourd'hui la cathédrale.

Le monastère se composa : d'un prieur de Saint-Flour, d'un prieur de Montaigut, d'un doyen, d'un camérier, d'un chambrier, d'un sacristain, d'un aumônier, d'un infirmier, d'un prévôt et de quinze moines.

La noblesse du pays se montra si libérale en faveur du nouveau prieuré, qu'il devint en peu d'années riche et puissant. Nous allons citer sommairement quelques-uns de ces dons relatés à la suite de l'acte de fondation:

André Jurquet donna l'église appelée vulgairement Bozac, celle de la bienheureuse Marie de Rouerez et la chapelle de Castro, qu'on appelle Batpalmes.

Ladiarde, épouse du comte Armand, conjointement avec ses fils, Amblard et Astorg, a donné l'église et le village de Gourdièges, avec jardins, prés et paroissiens, et les honneurs qui en reviennent.

Amblard de Brezons a donné sa part entière de Crosloco, et, si quelqu'un de ses gens veut faire don des honneurs, alleu ou fief qu'ils tiennent de lui, il les y a autorisés

Amblard de Brezons, frère d'Astorg, ayant été retenu pendant six semaines par une maladie à Saint-Flour, le prieur Etienne lui fournit tout ce qui lui fui nécessaire. Le jour même qu'il se leva et entendit la mes*e, Amblard et Astorg donnèrent tous les droits qu'ils avaient sur Pierre-Lade, avec des redevances, au nombre de quatre mesures d'avoine et deux moutons (duos multones monnaie).

Bernard Dieu-Donné, Astorg, Aldebert et Etienne frères, et Guillemine, leur sœur, donnèrent l'église d'Oradour. Bernard d'Oradour et ses autres frères firent leurs conventions avec le seigneur Hœmon, prieur.

Nous bornerons là les citations sur les donations faites au monastère.

En 1109, le pape Paschal II confirma la donation du prieuré à l'abbaye de Cluny. Le roi Louis-le-Gros la confirma également en 1119.

L'histoire ne nous ayant rien conservé sur les développements ultérieurs de ce monastère, nous allons terminer par la chronologie de ses prieurs.

N° 1. — Simon fut prieur en 1020. Il acquit l'église d'Oradour de Dieu-Donné d'Astorg, d'Etienne et de Guillaume d'Oradour, auxquels il remit en échange les lieux de Pierrefitte, de Pougentel, etc., avec 60 sols, monnaie du Puy. »

N° 2. — Giraud, prieur, qualifié quelquefois de prévôt. Il obtint d'Amblard, d'Etienne et d'Astorg Comptor frères, la confirmation de la moitié du l'église de Chaudesaigues, et de St-Etienne-d'Oradour, que Robert et Etienne de St-Urcize frères avaient données. Le prieur fit don pour cela de mille sols à Amblard, de mille autres sols à Etienne, et de cent sols a Astorg. Le titre qualifie Géraud tantôt de prévôt, tantôt de prieur de St-Flour.

N° 3. — Etienne II assista au concile de Clermont et reçut à St-Flour le pape Urbain II. Il obtint du pape qu'il mît dans la dépendance du prieuré, l'église de St-Martin de Chaudesaigues, et qu'il consacrât l'église de St-Flour. Le pape confirma dans cette ville les privilèges des religieuses de Montigni.

N° 4. — Anselme, Adalelme ou Adelelme, reçut le pape Calixtc II, en 1120, et fit excommunier Arnald d'Oradour, curé de Chaudesaigues, qui avait reçu la prêtrise de l'évêque de Rodez, contre les canons, et se maintenait dans la direction de cette église contre le gré de celle de St-Flour, à laquelle elle appartenait.

N° 5. — Foulques, en 1180. Il reçut l'église de Mentières de Pons, évêque de Clermont. Ce prélat se réserva sur les revenus un cens annuel de dix sols, monnaie du Puy.

N° 6 — Delmas de Nepcher, en 1252. Il céda les terres de Gourdiège.Ste-Marie et Oradour, à Gilbert de Pierrefort, ainsi que celles de Rouère et de Bonnac, pour le droit d'alberge ou de gîte qu'il avait à St-Flour. Cet acte, daté de 1256, fut passé en présence de Guy de Latour, évêque de Clermont, par l'entremise de Bertrand, abbé de Thiern, et d'Astorg, seigneur de Peyre.

N° 7. — Raymond, prieur, pour se mettre à couvert des guerres civiles, demanda aux consuls, en 1268, l'autorisation de construire la forteresse dite de Brezons, pour la défense du monastère. Pierre, vicomte de Murat, donna pour cela six mille sols du Puy. Raymond transigea avec Foulques, Sr du Buisson, sur le différend que son monastère avait sur le château du Buisson. Il fut dit que Foulques le tiendrait en fief du monastère, et que le prieur lui paierait annuellement 75 livres, monnaie de Clermont, plus l'entretien d'un moine à la nomination du sieur du Buisson. On donna caution de part et d'autre pour l'exécution du traité. Guillaume, Sr de Perrière, et Abbas Artaud furent nommés de la part du prieur. Raymond, prieur de St-Urcize, et Pierre Balourc, de la part du sieur du Buisson.

N° 8. — Garnier Ier, en 1286. Béraud, sire de Mercœur, lui permit de ne plus lever, dans les fonds du monastère, le péage de Vendèze, qui se prenait sur les marchandises que l'on portait de St-Flour à Brioude et à Massiac, et réciproquement de ces deux villes à St-Flour.

N° 9. — Garnier II était de la maison de Chassagne, et neveu d'Yvrs, abbé de Cluny. Il fit don au monastère, en 1295, du prieuré de Ferrière. C'était pour le remède de son âme et de celle d'Yves de Chassanet, abbé de Cluny.

L'érection de l'évêché de St-Flour n'occasionna pas la suppression de son monastère. Il se maintint régulier et sous la dépendance de Cluny jusqu'en 1416, qu'il fut sécularisé par le pape Sixte IV, sur la demande de Louis XI. Les évêques de Clermont avaient précédemment érigé dans ce prieuré les prêtres de la Table, pour aider les curés dans leurs fonctions.

ÉVÊCHÉ.

La vaste étendue du diocèse de Clermont, la difficulté des relations et de la surveillance, avaient fait depuis longtemps sentir la nécessité de le diminuer. Une requête avait été présentée par les consuls, la noblesse du pays et les principaux bourgeois, pour obtenir l'érection d'un siége épiscopal; mais en 1222, Honorius III s'y refusa, sur l'opposition de Robert de Latour, alors évêque de Clermont, et même du roi de France. Ce ne fut que près d'un siècle après que, sur les constantes demandes qui avaient été envoyées au Saint-Siége, Jean XXII, le 9 juillet 1317, érigea le prieuré en évêché. On tira de celui de Clermont les archiprêtrés de St-Flour, de Brioude, de Blesle, de Langeac et d'Aurillac, et on en démembra 295 paroisses. Il y eut d'abord indécision sur le choix de la résidence. Il fut offert à Brioude et à Aurillac; mais les abbés de St-Géraud et de St-Julien témoignèrent peu d'empressement à accepter l'honneur qu'on leur offrait, afin d'échapper à la juridiction de l'archevêque de Bourges, tandis qu'ils relevaient directement de Rome. Les vicomtes de Murat, les seigneurs de Brezons, de La tour, de Canilhac, de Peyre, appuyèrent la ville de St-Flour, et firent pencher la balance en sa faveur.

Le nouvel évêché, suivant la bulle d'érection, devait être en tout conforme aux mœurs, aux statuts, et à la manière d'officier qu'avait celui de Clermont, qui conserva toutefois sa priorité de privilèges. Cet évêque était le premier doyen de la première Aquitaine. Celui de St-Flour fut le second doyen.

En sa qualité de seigneur, il avait justice et prison, laquelle était dans une des tours de la cathédrale; mais cette seigneurie était restreinte, la ville et les consuls ayant obtenu de nombreuses franchises et privilèges, comme cela sera dit en son lieu.

CHRONOLOGIE HISTORIQUE SES ÉVÊQUES.

1° EVÊQUE. — 1318 A 1319.

Raymond de Mimèges, de Vehens, né dans le Rouergue, à Montuéjouls, était prieur à St-Flour, lors de l'érection de l'évêché. Le Père Dominique l'appelle de Montléger. Il créa les officiers de sa justice et autres personnes capables de diriger son diocèse, qui avait alors un moins grand nombre de paroisses et était moins peuplé, parce qu'une partie des montagnes n'était pas encore défrichée, mais couverte de bois. Il était très-savant, et résida peu à St-Flour, mais auprès du pape, à Avignon. Il fut en 1319, un an après sa nomination, transféré au siége de St-Papoul, et enfin cardinal en 1327. Durant son court épiscopat, l'abbé de Lérins dégrada Guill. de Monatorii, prieur de Vieillespesse, parce qu'il dissipait et alignait les biens de ce prieuré. Raymond mourut en 1335 et fut enseveli dans l'abbaye de Grand-Selve de St-Guillaume, où il avait été bénédictin. Il fut évêque de St-Flour sous le pontificat de Jean XXII, et sous le règne de Louis-le-Hutin et Philippe-le-Long.

2° évêque. — 1319 A 1330.

Henri de Faltredi, ou Faltériis, abbé de Cluny, succéda à Raymond, en 1319. Il défendit aux religieux de se raser les uns les autres, et leur permit d'avoir des barbiers à gages. Il mourut en 1330 et fut enterré dans la chapelle de Saint-Pierre de la vieille cathédrale. Son tombeau, sur lequel étaient gravées ses armes, fut transféré ensuite dans la nouvelle, et dans la chapelle consacrée au même apôtre. Il fut évêque sous le pontificat de Jean XXII, et sous le règne de Philippe-le-Long et de Charles-le-Bel.

3° évêque. — 1330 A 1346.

Archambaud, religieux de Saint-Benoît et abbé d'Aurillac, fut le troisième évêque. Il fit des ordonnances synodales fort estimées dans ce temps. Il y avait alors à St-Flour une communauté de pauvres prêtres dits de Sainte-Foi. qui desservaient les paroisses voisines et vivaient d'offrandes. Archambaud forma le projet de les ériger en église collégiale, au personnel de vingt chanoines et de trente choriers. Il se rendit à Avignon, où le pape résidait alors, et rapporta la bulle de fondation de ce chapitre. A la demande d'Armand de Châteauneuf, il fit un arrangement avec l'évêque du Puy, au sujet des villages de Lescure et de Pruneires, qui lui devaient hommage. Il mourut en 1346, ayant été évêque sous les papes Jean XXII et Benoît XI, et pendant le règne de Charles-le-Bel et de Philippe-de-Valois.

Armand ne figure que pour mémoire; un grand nombre de chronologistes l'ont omis. Suivant quelques autres, il eût été évêque en 1341. Ce qui est évidemment inexact.

4° évêque. — 1348 A 1360.

Dieudonné Adéodat occupa le siége épiscopal d'Archambaud; il était de l'illustre maison de Canillac De son temps, on commença à réunir les matériaux nécessaires pour construire la cathédrale actuelle. Il est mentionné dans le testament de Béraud, comte et dauphin d'Auvergne Le prieuré de Roffiac Tut réuni au chapitre de la collégiale sous son épiscopat ; mais il n'en prit possession qu'en 1355. Bernard d'Allanche donna aussi au même chapitre les dîmes qu'il avait dans la paroisse de cette ville, consistant en 12 septiers seigle et i septiers d'avoine, portables à St-Flour , dette donation fut souvent contestée, mais toujours maintenue et homologuée enfin , en 1360, par Innocent VI. Il parait qu'Adéodat fut transféré à Maguelone ; il fut, à ce qu'on croit, nommé cardinal au titre de S-Croix, en décembre 1350, par Clément VI. Il mourut sous le pontificat de Grégoire XI. Il siégea pendant le règne de Philippe-de-Valois et du roi Jean.

5° EVÊQUE. — 1361 A 1369.

Pierre 1°, d'Estaing, était fils de Guillaume III, seigneur d'Estaing, et d'Eminarde de Peyre. Il était religieux de St-Victor, à Marseille, lorsqu'il fut élu évêque par le chapitre, il fonda, en 1368, le chapitre de Villedieu, et y fit construire sa belle église. Les Frères prêcheurs, qui avaient résidé au faubourg quelques années, vinrent de son temps se fixer dans la ville. Jean, duc de Berry et d'Auvergne, leur fit de grands dons et contribua puissamment à la construction de leur église et du monastère. D'Estaing assembla un concile provincial, en 1368, et y fit décider que les ecclésiastiques ne pouvaient être poursuivis, en aucun cas, par les juges séculiers. Mais comme cette décision était contraire aux droits de la couronne et aux règlements du royaume, sur les remontrances du duc de Berry, elle fut rapportée. Pierre d'Estaing fut nommé archevêque de Bourges en 1369, cardinal camerlingue des papes Urbain V et Grégoire XI, et légat en Italie. Il mourut à Rome en 1377, et enterré dans l'église de Ste-Marie, au-delà du Tibre. Il fut évêque pendant le pontificat de Grégoire XI et le règne de Charles V, dit le Saijc. Sous ce prélat, la surveillance était si rigoureuse, à cause du voisinage des Anglais, qu'en 1367 les consuls refusèrent à Pierre de lui ouvrir la nuit la porte du Tuile, parce que cet évêque voulait rendre visite au bailli du Gévaudan qui passait au faubourg, et malgré sommation de sa part.

6° évêque. — 1370 A 1372.

Pierre II, de Rensen, nommé aussi Roussin, Rolet et Roletty, fut le premier évêque de St-Flour, pris hors du cloître. Les tables du Vatican en font mention, ainsi que les actes de St-Flour. On ne sait rien de sa vie et de ses actions, le cartulaire du chapitre cathédral ne contenant rien à son égard. Bertrand de Montclar, abbé de Villedieu, fut son vicaire général. Il mourut vers l'époque du pontificat de Benoît XII et sous le règne de Philippe VI. Durant son épiscopat, les consuls et quelques habitants s'introduisirent dans l'évêché, sous prétexte que les Anglais s'y étaient introduits; mais Pierre leur pardonna cette injure.

évêque. — 1373 A 1380.

Après la mort de Pierre de Rensen , Pons d'Aurouze, appelé encore Poncet de Rochefort, fils de Bertrand et d Isabeau de Polignac, et frère de Françoise, épouse «le Robert III, dauphin de St-Ilpize, devint évêque de Saint-Flour. Il appartenait .a l'une des familles les plus illustres de l'Auvergne, de la circonscription du diocèse et résidant alors dans la paroisse de Vaulclayre. Un de ses neveux, seigneur d'Aurouze, tua malheureusement Mercier, premier consul de la ville de St-Flour; et, dans les lettres de grâce qui lui furent accordées, il reçut l'injonction de faire la grande cloche de la cathédrale, en sorte que le son étant fort retentissant, il publiât partout et a perpétuité cette action criminelle. Il lui fut en outre enjoint de fonder certaines vicairies qui sont desservies dans l'église de la cathédrale. Enfin, on enchâssa une lame d'airain à l'un des piliers de cette église, contenant le récit de ce meurtre; elle y resta plus d'un siècle. Pons fît commencer les fondements de la nouvelle cathédrale , et l'on y travailla avec grande activité , tant à ses dépens qu'à ceux des habitants du pays, qui donnaient alors libéralement; il mourut vers le pontificat de Grégoire XII et le commencement du règne de Charles VI.

8° EVEQUE — 1381 A 1395.

Pierre III de Vissac, religieux de l'ordre de St-Benoît, conseiller au Parlement de Paris, appartenait à une famille distinguée des environs de Brioude; il fit continuer avec activité les travaux de la cathédrale; il eut beaucoup à faire pendant l'occupation des Anglais et les troubles du royaume, pour la conservation du temporel de son église. Une grande ignorance régnant de son temps, même parmi les ecclésiastiques, il fit divers règlements pour y porter remède. Il fut transféré au siége de Lavaur, en 1395 Il y mourut sous les mêmes pontificat et règne que son prédécesseur.

9° EVÉQUE. — 1396 A 1408.

Hugues de Manhac ou Magnac, quelques écrivains le nomment Jugnac, était natif du Limousin, et fut d'abord président de la Cour des aides de Paris. Ayant quitté le barreau pour se faire ecclésiastique, il fut promu à l'évêché de St-Flour, dont il prit possession par procuration, en 1396. Pierre de Lune, anti-pape, lui -avait donné La qualité de nonce, en France, et l'avait chargé d'arranger ses affaires pour le siége apostolique; mais quoique fort habile, Hugues ne put réussir: Lien plus, il fut mis en prison, sur les pressantes sollicitations de l'Université. Ayant recouvré sa liberté, il fut transféré à Limoges, en 1 i08, et y mourut en 1 113, sous le pontificat de Jean XXIII et sur la fin du règne malheureux de Charles VI.

10° EVÉQUE — 1408 A 1414.

Géraud du Puy, limousin, de l'ordre de St-Benoit, puis abbé de Marmoutiers, succéda à Hugues de Magnac, en 1408. Il devint ensuite évêque de Carcassonne, gouverneur de Pérouse, ambassadeur de France au concile de Constance, cardinal et grand pénitencier de France. Il donna à son église 2,000 écus pour les châsses des reliques Géraud eut des démêlés avec les consuls et les habitants de St-Flour, qui prétendaient que la procession de la Fête-Dieu ne pouvait se faire que sur leur avis et consentement, et qu'ils avaient le droit d'indiquer les rues par où elle passerait Géraud, au contraire, soutenait qu'étant évêque et seigneur temporel, ce droit lui appartenait. On ne retrouve pas la suite de ce démêlé ; il est probable que les consuls et habitants reconnurent leur tort. Il mourut à Avignon pendant la vacance qui suivit la mort de Jean XXIlI et le commencement du règne de Charles VII.

11° EVÉQUE. — 1415 A 1428

Bertrand de Cadoin, de Cadena ou de Cadene, languedocien, religieux de St-Benoît, fut le onzième évêque de Saint-Flour. Ce prélat gouverna sagement son église. On poussa sous lui, avec une grande activité, les travaux de la cathédrale. Son sceau était un évêque debout entre saint Pierre et saint Paul. Il assista au concile de Constance comme ambassadeur du roi de Chypre. On lit dans les archives de Saint-Flour, qu'en 1420, le matin du jour de la Fête-Dieu, les consuls apprirent que ce prélat ou ses vicaires avaient envoyé au curé de l'église des lettres d'excommunication et agravation contre les seigneurs moines, pour être publiées par le curé en la messe, contenant défense à tous les paroissiens et habitants de Saint-Flour d'avoir, à l'avenir, sous peine d'excommunication, aucune fréquentation avec lesdits moines excommuniés, laquelle nouvelle attrista fortement la ville, parce que c'était un empêchement à la procession qui devait avoir lieu ce jour-là. G éraud devint évêque d'Uzès, en 1428; il mourut sous le pontificat de Martin V et le règne de Charles VII.

Quelques auteurs placent ici un Pierre-Géraud du Puy, frère de celui qui a précédé, qui aurait été chargé des mêmes missions par le roi de France au concile de Constance et qui, revenant auprès du roi pour le mettre au courant de ce qui s'était passé, aurait été enlevé dans le duché de Bar, sur sa route, par ordre d'Henri de la Tour, qui était opposé au concile; mais il y a évidemment erreur, car il n'y a aucune lacune entre Bertrand et son successeur.

12° EVÉQUE. — 1428 A 1451.

Jacques Lupi ou le Loup, seigneur de Mentière, de l'ancienne maison de Beauvoir, en Bourbonnais, fut religieux de St-Benoît à Charroux, prieur à St-Pourçain et nommé à l'évêché de Saint-Flour, en 1428. C'est à tort que quelques écrivains le désignent comme le fondateur de la cathédrale actuelle. Il est vrai que les travaux jurent poussés avec une grande activité sous son épiscopat; mais nous avons vu que Pons d'Aurouze, son prédécesseur; en était le véritable auteur. La petite tour de la cathédrale fut construite sous lui et portait ses armes. Habile en négociation,.la Cour pontificale d'Avignon le chargea de missions importantes, et Charles VII le fit son ministre d'Etat. Par sa sagesse et sa fermeté, il mena à bien plusieurs contestations qui s'étaient élevées dans le chapitre collégial de» Notre-Dame au sujet de la prévôté qui y avait été établie ; et, pour les prêtres de Roffiac, auxquels il avait permis de s'ériger en communauté, par acte reçu Bosco, notaire, le 30 octobre 1442, il accorda aux chanoines de cette église la collation de tous les canonicats, moins cinq qu'il se réserva. Il assura des sommes considérables pour l'achèvement de la cathédrale. Il mourut le 4 septembre 1451 et fut enterré dans la nouvelle cathédrale, à l'entrée de la chapelle de St Jérôme, où l'on voyait son tombeau et ses armes. Il fut évêque sons le pontificat de Nicolas V et le règne de Charles VIl.


 

13° EVÉQUE. — 1452 A 1462.

Pierre IV de Leautoing-Montgon, d'une ancienne famille du pays, était moine de Saint-Flour, prieur de Chenailles, et fut élu canoniquement par le chapitre en remplacement de Pierre le Loup. Les constructions de la cathédrale furent presque achevées de son temps. Clavières, dans ses mémoires, assure que le maître-autel fut élevé sous lui et consacré par Pierre de Brezons. Il se démit volontairement de son siége, en 1462, en faveur de son frère. Il mourut en 1463 et fut enterré dans le caveau qu'il avait fait bâtir devant le maître-autel. Son épiscopat eut lieu sous le pape Pie II et le règne de Louis XI.

14° EVÉQUE. — 1463 A 1482.

Antoine de Leotoing-Montgon, frère du précédent, dut son élection par le chapitre à l'amour qu'avaient fait naître pour lui, dans le pays, ses vertus et sa générosité. Il termina la cathédrale et fonda la messe de Notre-Dame, que l'on y chantait tous les jours. On lit sur le portail une inscription qui fixe la date de la consécration de cette église:

Cette église a été dédiée par le révérend père en Jésus-Christ de Montgon , son évêque, en l'honneur de Dieu et des saints, Pierre, apôtre , et Flour, confesseur, l'an du Seigneur 1466. La présente église fut construite par le révérend père monseigneur Pierre et Antoine de Montgon frères , tous les deux évêques de St-Flour. Que leur âme repose en paix. Ainsi soit-il.

Antoine fit faire le chœur et les deux grandes cloches appelées communément St-Pierre et St-Jean. Le chapitre, sous son épiscopat, en 1476, fut sécularisé par le pape Sixte IV, à la prière de Louis XI et sur la demande des religieux. Il mourut suivant l'obit de la collégiale, le 28 février 1482, et fut enterré près de son frère, dans le caveau construit pour la famille de Montgon. Il fut évêque sous le papé Sixte IV et le règne de Louis XI.

15° évêque. — 1483 A 1488.

Claude de Doyac ou Loviac, prévôt de l'église de Clermont, fut élu par le chapitre, en 1483, à Villedieu, où il s'était retiré à cause de la contagion qui ravageait Saint-Flour. La discussion qui s'était élevée sous Géraud du Puy, au sujet de la procession de la Fête-Dieu, fut renouvelée. Les consuls Jean Aymeric, Michel de Mentières et Pierre Spi, firent, en 1488, fermer les portes de la ville, le Saint Sacrement étant au-dehors. Claude, qui venait d'avoir son élection cassée par Sixte IV, quoiqu'il eût déjà prêté serment au roi Charles VIII, ayant quitté son siége sur ces entrefaites, il paraît qu'il ne fut pas donné suite à cette irrévérence. Il mourut à Cusset, en 1488, ayant été évêque sous le pape Innocent VIII et le roi Charles VIII.

16° ÉVÊQUE. - 1485 A 1500.

Charles de Joyeuse, d'une illustre maison de France, avait été élu. en 1483, à l'évêché de Saint-Flour, concurremment avec Claude. Toutefois, il ne prit possession du siége qu'à la fin de 1488 , et comme il n'avait pas prêté serment au roi, ce qui avait lieu de temps immémorial, son temporel fut saisi jusqu'à ce qu'il eût accompli cette formalité. Il termina, à l'aide de Pierre Bonnault, juge de la ville, et la médiation de son conseil, les différends existant depuis longtemps entre les deux chapitres cathédral et collégial. Il mourut vers l'année 1500 et voulut être enterré dans le chœur, devant le pupitre. Il fut évêque sous le pontificat d'Alexandre VI et le commencement du règne de Louis XII.

17° EVÉQUE. — 1501 A 1332.

Louis de Joyeuse succéda à Charles., son oncle. On a conservé peu de souvenir de son épiscopat. Il eut pour grands-vicaires Pierre d'Escorailles et Jacques de Joyeuse. Il mourut vers 1552, ayant été évêque sous le pape Paul III et le roi Louis XII.

18° EVÉQUE — 1532 A 15f5.

Jean Burland ou Burlé était de Bourg-en-Bresse. Lorsque le chapitre de Saint-Flour le porta à son siége épiscopal, il était évêque de Saint-Papoul. Il fut le dernier évêque nommé par le chapitre. Il mourut à Marseille, le 20 mars 1343, sous le pontificat de Paul III et le règne de François I°.

19° évêque. - 1544 A 1551.

Balthazar-Hercule de Jarente ou Gérante avait été premier président à la Cour des comptes d'Aix. Il était évêque de Vence lorsqu'en 1444 le roi François I° le nomma au siége de Saint-Flour , d'où il fut transféré à l'archevêché d'Embrun Il est dit dans les mémoires de Brisson qu'il paya 800 liv. à la ville pour les frais et dépenses de sen entrée publique. Il mourut en 1565, sous le pontificat de Jules II et sous le règne de François I°.

20° EVÉQUE. — 1551 A 1560.

Antoine II de Lévis, qui avait été pourvu du siége d'Embrun, préféra celui de Saint-Flour, et vint y remplacer Baltbazar , en 1551. Il joignait le mérite à la naissance. Le roi le chargea de répartir l'impôt des dîmes sur son clergé d'une manière plus équitable. Il paya à la ville, pour son droit d'entrée, la même somme que son prédécesseur. De son temps, l'hérésie de Calvin fit de grands progrès en Auvergne, à cause surtout de l'ignorance des ecclésiastiques. Il paraît qu'il se démit de son évêché avant sa mort, qui eut lieu en 1560, sous le pontificat de Pie IV et le règne de François II.

21° évêque. — 1560 A 1570.

Jean Paul de Selves fut nommé par Catherine de Médicis, alors régente, pour le récompenser, ayant été précepteur du roi, suivant les mémoires de Brisson. Pendant son épiscopat, l'amiral de Coligny, à la tête des huguenots, ravagea une partie de son diocèse, pillant, les églises et massacrant les ecclésiastiques. Il mourut vers l'année 1570, sous le pontificat de Pie V et le règne de Charles IX.

Il y eut une vacance du siége pendant quelques années. Le chapitre en usa pour casser les officiers de la justice ordinaire et en nommer de nouveaux. Les officiers évincés en firent appel comme d'abus. Il intervint un arrêt contradictoire qui les rétablit, d'après le principe que la juridiction du chapitre, sede vacante, ne s'étend pas jusqu'à la temporalité de l'évêque, mais qu'elle appartient au roi.

22° EVÉQUE. - 1576 A 1599.

Pierre V, Prosper de la Baulme, abbé de Bégard et de Bois-Aubry, premier aumônier du roi Henri III et de la reine Louise de Lorraine-Mercœur, était originaire de la Bourgogne. Il fut condisciple de Jacques Amyot. Il fut comblé de dignités par Henri, qu'il avait à ce qu'on croit accompagné en Pologne. A son retour, il prit la direction du diocèse de St-Flour, et y résida pendant les désordres de la Ligue et de l'hérésie. Un jour qu'il revenait du Puy, en 1590, il fut fait prisonnier par un parti de huguenots. Le seigneur de Bournoncles arriva trop tard pour le délivrer; il fut conduit au château de St-Just et y resta trois semaines. Il obtint sa liberté moyennant une rançon de 200 écus que Lui prêta le Sr de Lastic-Sieujeac. A son retour, il convoqua son clergé et lui exposa que, suivant les canons, il pouvait aliéner quelque partie de son temporel, pour s'acquitter de cette rançon, cautionnée par le sieur de Bournoncles. Mais l'aliénation n'ayant pas été faite avec toutes les formalités voulues, fut annulée, et le Sr de Lastic perdit la somme prêtée.

Pierre assista au concile provincial de Bourges, en 1584, avec Aymard de Chavagnac, doyen de Brioude, et Pierre de Brugier, chanoine de St Flour.

Notre chroniqueur lui reproche d'avoir perdu à St-Flour ses belles manières de cour et son air de grandeur; de s'être popularisé au point de recevoir à sa table des gens de bas étage et d'avoir été parrain, avec Catherine Contei, de l'enfant de Pierre Sulier et de Catherine Regimbal.

L'autorité d'Henri IV étant mal affermie dans le pays, qui était ligueur, son conseil voulut affaiblir la Ligue dans l'Auvergne. Pour exécuter ce dessein, on résolut de gagner Saint-Flour, et comme Pierre avait un caractère trop faible pour mener à bien cette entreprise, on lui insinua de «e démettre de son siége en faveur de l'abbé Durfé, abbé de la Chaise-Dieu, que le conseil estimait plus propre que lui à terminer cette affaire; ce en quoi il se trompa, car il resta toujours très-attaché a la Ligue. Antoine Durfé arriva au siége épiscopal par suite de sa transaction avec Pierre de la Baulme et le concours du chapitre, qui était entré dans la Ligue; il en prit possession sans avoir été ni confirmé, ni sacré; installé dans son palais, il s'y fortifia. Mais le parti du roi prévalut cette année-là, après force rixes et même du sang répandu dans la ville, Durfé dut sortir par capitulation, le 4 mars 1594, et ne put y rentrer. Chassé de St-Flour, il revint d'abord à la Chaise-Dieu, et ensuite s'associa aux exploits guerriers de son frère. Il périt d'une mort tragique, en 1594, au prieuré de Montverdun, dans le Forez, où il avait reçu la visite de son plus jeune frère. Un coup d'arquebuse tirée par un soldat, dans une querelle qui s'était élevée, l'étendit raide mort. Il fut enterré au couvent des Franciscains de la Bastie, en Forez, que son aïeul avait fondé.

Après la mort de Ourfé, Pierre de la Baulme reprit naturellement son siége. Pendant son épiscopat et celui de Durfé, la Ligue occasionna de grands désordres, des pillages, des meurtres et de fréquents combats. L'hérésie de Calvin s'était aussi développée dans la ville, les faubourgs et les campagnes, en sorte que l'évêque et ses assistants ne pouvaient accomplir leurs devoirs qu'avec de grandes difficultés. Les curés et vicaires des campagnes furent souvent troublés dans l'exercice de leurs fonctions.

Ce fut en 1598, sous son pontificat, que le rit romain fut établi dans le diocèse. Jusque là on avait suivi le rit de Clermont.

Pierre mourut en 1599, sous le pontificat de Clément VIII et le règne d'Henri-le-Grand. Il fut enterré dans le caveau de la cathédrale, sans aucune pompe funèbre. Ce caveau ayant été ouvert en 1664, à la mort de Jacques de Montrouge, son corps fut retrouvé entier; mais il tomba instantanément en poussière. Les enfants s'emparèrent de quelques débris de ses vêtements pontificaux, et les emportèrent comme des reliques.

23° évêque. — 1599 A 1605.

Raymond H, Rochon ou Bouchon, ne devint évêque de St-Flour que par suite d'un accord qu'il fit avec la maison de Noailles, qui destinait un de ses fils, encore trop jeune, à ce siége épiscopal. A cette époque de désordre, la cour ne refusait rien aux grands seigneurs pour les attirer ou les conserver dans son parti. Raymond fut donc nommé par le roi, malgré le chapitre, il était Limousin et prêtre de Cros.

Ce prélat n'entra jamais dans St-Flour et ne résida point dans son palais. Sa demeure ordinaire était au château de Pinière, et il y faisait les ordinations et autres fonctions épiscopales. Quand il lui prenait quelque velléité de se rendre à St-Flour, ses directeurs lui persuadaient que l’air de cette ville était contraire à sa santé.

Rochon visitait rarement quelques parties de son évêché; aussi quelques désordres s'y introduisirent. Il approuva les statuts de la confrérie des Pénitents-Blancs. Il se démit aussitôt que Charles de Noailles eut l'âge voulu par les canons. Il mourut et fut enseveli sans pompe dans une paroisse près d'Aurillac, sous le pontificat de Paul V et le règne d'Henri IV.

24° EVÉQUE. — 1610 A 1646.

Charles II de Noailles, prieur de St-Michel, abbé d'Aurillac et Valette, n'avait que 22 ans lorsque, par dispense du pape, il prit possession de l'évêché; mais il ne fut sacré qu'en 1614. Il avait fait son entrée à St-Flour en 1610. Le procès-verbal des cérémonies qui eurent lieu pour l'entrée de M. de Noailles à St-Flour nous ayant été communiqué, nous allons le consigner ici, parce qu'il en était toujours ainsi a chaque prise de possession de l'évêché.

« Ce jourd'hui 28 septembre, veille de St-Michel, de l'an 1610, au Férial de la ville de St-Flour, et auprès de la porte nommée des Laes, révérend père en Dieu, messire Charles de Noailles, évêque, seigneur de St-Flour, abbé de l'abbaye de St-Géraud d'Aurillac, faisant sa première entrée dans ladite ville, marchait la procession générale des églises d'icelle devant ledit seigneur, qui l'étaient venues recevoir à l'oratoire dudit Férial, ledit seigneur revêtu de ses habits pontificaux, monté sur un cheval blanc harnaché et couvert d'une grande housse violette traînant a terre, se sont présentés en leurs personnes, honorables hommes Durand Boyer, Pierre de la Roche et Guillaume Jourdy , consuls en l'année présente, portant leur robe et livrée consulaires, lesquels auxdits noms et qualités de consuls, représentant le général des habitants de ladite ville, ont fait foi et hommage audit seigneur et à son église de St-Flour, promis être bons, fidèles et loyaux, aux réservations toutefois des franchises et coutumes, privilèges et libertés que ladite ville et cité a eus ou a de coutume; avoir prêté le serment de fidélité par-devant ledit seigneur ayant les mains sur les saints Evangiles de Dieu; d'être fidèles avec tous les habitants de ladite ville et obéissants à son église et à ses officiers; promis et juré d'observer le contenu ez-chapitre de fidélité tant ancien que nouveau. Ledit seigneur ayant reçu lesdits foi et hommage et serment, conformément aux anciens usages, sans préjudicier à ses autres droits et devoirs, a promis auxdits consuls de les maintenir en leur coutume, usage , libertés, franchises et autres droits que la ville a eus et a de coutume avoir, et à l'instant ledit Boyer, comme premier consul, ayant à sa main une grande liasse de clefs, a icelles présentées audit seigneur, lui disant que ces clefs étaient de la ville de St-Flour et des forteresses d'icelle; lesquelles ayant ledit seigneur prises en sa main les remit audit Boyer, en lui disant : les clefs que vous m'avez baillées comme à votre seigneur, de ma ville et cité de St-Flour, et lesquelles j'ai reçues, je vous les remets et commandons de les tenir et garder ainsi qu'il est de coutume. De quoi audit seigneur évêque et auxdits consuls, ce requérant, a été octroyé instrument par Jean Fabry, notaire, etc.

Le cortége se mit ensuite en marche. Jean de Lastic, comme seigneur du Buisson et vassal de l'évéché de St-Flour, rendit hommage à M. de Noailles. Il mena par la bride le cheval sur lequel l'évêque était monté, depuis la porte de la ville jusqu'à celle de la cathédrale. L'évêque ayant mis pied à terre, le sieur du Buisson lui fit la révérence, monta sur le cheval, et l'emmena comme à lui appartenant. M. de Noailles fut député aux Etats-Généraux de Paris en 1614, avec André de la Grange, archidiacre de St-Flour, Christofle Verdier, abbé de Pébrac, et Jean d'Apchier, prieur de la Voûte. En 1622, il procéda, accompagné de plusieurs ecclésiastiques de grands talent et vertus, à une visite rigoureuse de son diocèse. Ayant reconnu l'ignorance presque générale qui s'y trouvait, il chargea Pierre Bonnault, chanoine, de faire des conférences, et il enjoignit aux curés et séminaristes d'avoir à y assister, pour les rendre capables d'exercer leurs fonctions. La peste ayant régné à St-Flour avec beaucoup d'intensité pendant les

années 1623,1630 ct 1631, les consuls s'adressèrent à lui, à Paris, et en obtinrent des secours considérables. Lors de la conjuration de M. le duc d'Orléans, frère unique de Louis XIII, il se rendit à St-Flour pour maintenir le pays dans l'obéissance au roi. Il fut du nombre des prélats choisis pour juger les évêques qui avaient failli dans la tentative coupable de Gaston et du maréchal de Montmorency. Il fit achever le grand clocher de la cathédrale et rebâtir l'évéché qui tombait en ruine. Il vint au secours de son frère avec 1,200 chevaux et un plus grand nombre de fantassins; les croquants le tenaient en échec à Villefranche du Rouergue. Il parvint a réunir la maison de Ligonnès avec la sienne. Ces deux maisons étaient en hostilité par suite de la mort des deux aînes de cettefamille, tués en duel par le comte de Noailles et le marquis de Montclar, ses frères. Il étouffa l'affaire d'un empoisonnement tenté contre le chapitre, en 1637, et dans lequel succombèrent Pierre et Jean Roux, chanoines; empoisonnement dans lequel plusieurs principaux membres du clergé étaient compromis. Il fit publier, en 1639, un rituel du diocèse et diverses autres instructions. Il fut délégué de la province d'Aquitaine, aux assemblées générales du clergé, en 1655, 1636 et 1645. Il fut enfin transféré au siége de Rodez, en 1646, et y mourut en 1648, sous le pontificat d'Innocent X et le règne de Louis XIV. Les domestiques et l'entourage de ce prélat ayant pillé l'argenterie et le mobilier, il fut enterré sans cérémonies, aux frais du chapitre. Il avait été particulièrement estimé par Louis XIII et le cardinal de Richelieu. Sur sa proposition, on érigea, en 1642, le collége de St-Flour, dont la direction fut donnée aux jésuites Claude d'Ouvry, doyen de la Sainte-Chapelle de Paris, avait d'abord été nommé au siége de St-Flour; mais ayant été par le roi pourvu de celui de Coutance, il abandonna le premier.

25° EVÉQUE.. — 1647 A 1664.

Jacques II de Montrouge, docteur en théologie, aumônier ordinaire dela reine Anne d'Autriche, prieur de Molompize, Rochefort et abbé de Foix, fut promu au lieu de M. d'Ouvry. Il fut du parti de l'évêque de Beauvais contre le cardinal Mazarin, qui ne le lui pardonna jamais. Il fit son entrée publique à St-Floor, la veille de la St-Jean 1648. Il se fit d'abord remarquer par une grande piété; mais peu à peu il s'ennuya de la résidence de St-Flour et se rendit à Paris pour avoir un autre siége; mais il n'y réussit pas et fut obligé de revenir dans cette ville. Il fit partie de la commission chargée de la canonisation de St Françoisde-Salles, et dut pour cela se rendre à Annecy. Rentré dans son diocèse, il s'occupa de certaines améliorations. Il fonda à St-Flour un séminaire dont il se réserva spécialement la direction, fonda un monastère de filles à Chaudesaigues, et donna de l'extension à ceux de Murat et de St-Flour. Il introduisit les conférences dans son diocèse, fit plusieurs règlements sur la propreté des autels el des églises, et l'obligation pour les prêtres de porter le costume ecclésiastique. Il établit enfin la marmite pour les pauvres. II eut un conflit, en 1658, avec un chanoine de Murat, nommé Bérald, qui avait fait assigner un de ses confrères pour dettes. Antoine et son conseil le condamnèrent; mais Bérald ayant fait appel comme d'abus, le prélat eut le dessous et dut payer les frais qui s'élevaient à 800 livres. Comme Bérald était fort riche et appartenait à l'une des principales familles du pays, Antoine fit envers lui des démarches peu convenables, eu égard au rang qu'il occupait. Ses contemporains lui reprochèrent, à tort, de trop aimer l'argent ; car s'il fut exact à faire rentrer ses revenus, c'était pour les employer en établissements utiles.

Ses adversaires lui reprochèrent aussi d'avoir pris sa Résidence en aversion, parce qu'il avait été transféré à Rodez. S'étant mis en route pour Paris, sur les sollicitations de ses parents et amis, le mouvement de la voiture fit crever dans son corps, à Gannat, un abcès dont il mourut dans l'espace de douze heures, le 20 avril 1664. Son corps fut transporté à St-Flour, dans le caveau des évêques, sous le pontificat d'Alexandre VII et le règne de Louis-le-Grand.

Armand de Béthunc fut nommé à l'évêché de St-Flour, en 1664, et transféré immédiatement à celui du Puy.

26° EVÉQUE. — 1664 A 1693.

Hyérome de la Mothe Audancourt ou Houdancourt, fils de Philippe et d'Aloïse Charlotte du Plessis, frère du duc de Cordoue, maréchal de France, fut nommé, en 1664, et sacré le 17 août suivant à Compiègne. Il dut son élévation à la reine mère, Anne d'Autriche, prêta serment de fidélité entre ses mains et fit son entrée à St-Flour, le 27 octobre de la même année. Il eut avec le chapitre de la cathédrale, pour cause de sa juridiction spirituelle et temporelle, des démêlés qui furent terminés à l'amiable, et avec les consuls de St-Flour un procès sur ses droits, lequel fut suivi, en 1680, d'un arrêt du parlement qui le maintint dans la justice et police de la ville. Ce prélat y fit sa résidence continuelle pendant 29 ans, et refusa plusieurs autres évèchés plus importants. Il fonda à la cathédrale, pour tous les jeudis, l'office du St-Sacrement avec la bénédiction le soir; établit les servantes des pauvres, fondées parle Sr Chomel, lesquelles résidèrent d'abord à l'hôpital et se pourvurent ensuite d'une maison. Il avait fait construire la terrasse de l'évêché sur le mur de ville; mais l'eau de la fontaine l'ayant miné insensiblement, ce mur et la voûte de la terrasse s'écroulèrent avec un grand fracas. Il prit un soin tout particulier à régler le temporel, fit refaire les terriers et remettre en ordre les archives. Il mourut en 1693, ayant été évêque sous le pontificat d'Innocent XII et le règne de Louis XIV.

27° EVÉQUE. — 1693 A 1742.

Joachim d'Estaing-Sailhans, quoique nommé en 1693, ne fut sacré que le 3 janvier 1694. Il était comte de St-Jean de Lyon et prieur de St-Irénée de la même ville. Il fut, comme nous l'avons rapporté à l'histoire de la ville, assiégé quelques heures dans son évéché par suite d'une émeute occasionnée par la rareté des grains, et forcé de se retirer au château de Sailhans Il présida, en 1715, l'assemblée du clergé de France, et mourut le 13 avril 1742, doyen des évêques et âgé de 90 ans, sous le pontificat de Benoît XIV et le règne de Louis XV.

 

28° EVÉQUE. — 1742 A 1776.

Paul de Ribeyre, d'une ancienne famille de la Basse-Auvergne, chanoine du chapitre cathédral de Clermont, vicaire-général et ami de Massillon, fut nommé évéque de Saint-Flour et sacré le 12 août 1742. Son intimité avec l'illustre prélat qui occupaît le siége de Germont était si grande, qu'un jour Massillon lui ayant envoyé de la campagne un mandement pour le faire imprimer, l'abbé de Ribeyre, après l'avoir lu, fit quelques observations critiques et le soumit à la révision de l'auteur. Celui-ci ayant reconnu fondée la sévérité de son grand-vicaire, corrigea son manuscrit, et lui écrivit en le lui renvoyant : Je vous envoie, mon cher aUje. mon thème corrigé. Dès ce jour, il ne livra aucun ouvrage à l'impression qu'il n'eût auparavant consulté l'abbé de Ribeyre.

Installé à Saint-Flour, Mgr de Ribeyre se dévoua avec une abnégation absolue à l'administration , au bonheur de son diocèse et à l'embellissement de sa ville épiscopale. Il dota son diocèse d'un catéchisme, de statuts synodaux remarquables par l'esprit de prudence et approuvés par le roi, le 5 avril 1762. Il établit près de lui un conseil permanent pour exercer une surveillance continuelle sur tous ses subordonnés, créa des conférences périodiques , des retraites annuelles où les ministres des autels étaient réunis sous ses yeux. Il fit aussi donner des missions et subvenait aux frais des missionnaires.

Le cimetière de la paroisse occupait une partie de la place principale. Il fit l'acquisition d'un terrain hors la ville, près du nouvel hospice, l'entoura de hautes murailles, y fit construire une chapelle élégante, et le champ du repos y fut transféré. Cette œuvre lui coûta plus de 8,000 liv.

Les étaux des boucheries étaient aussi sur cette place, en face de la cathédrale, et troublaient parfois le service divin ; ils furent transférés dans un autre quartier. Enfin, une halle disgracieuse achevait d'encombrer cette place; elle fut reléguée ailleurs.

Ce prélat fit aussi ouvrir une belle entrée à la ville , entre le jardin du collége et le couvent des religieuses de Notre-Dame. Cette porte, d'un style très-élégant, lui coûta plus de 20,000 liv. La ville reconnaissante lui donna son nom, fit placer ses armes sur son fronton et graver en-dessous, sur du marbre, cette inscription

composée par M. de Belloy:

De Ribeyre en ces lieux tu vois le moindre ouvrage.
Compter nos monuments, c'est compter ses bienfaits;
De l'Eglise et du pauvre il accroît l'héritage ,
Et lègue à ses parents les heureux qu'il a faite.

Les armes féodales du prélat, l'inscription du poète devaient exciter la rage du dévastateur Randon; il ne laissa subsister que deux pilastres découronnés, enfouis en partie dans le remblai de la grand'route.

Le prélat employa une somme de 30,000 liv. à la construction du nouvel hospice. Il avait mis en réserve une somme égale, qui lui était destinée sans doute; malheureusement, la mort l'empêcha de faire connaître ses intentions.

Les établissements destinés à Saint-Flour à former l'esprit et le cœur de la jeunesse étaient en grande souffrance : les édifices tombaient en ruine, les maîtres étaient dans les privations. Mgr de Ribeyre leur prodigua des secours. Ses libéralités furent portées jusqu'à la magnificence, ct la magnificence du restaurateur égala et surpassa même celle des fondateurs.

Tous les ans, le saint prélat remettait aux Sœurs de la charité une somme de

4,000 liv. pour être distribuée aux pauvres, et dépassait même cette somme

quand ces fonds étaient épuisés.

Les trésors de l'Etat étaient épuisés ; le roi fit un appel à la générosité du pays.

Aussi fidèle sujet qu'il était pieux évêque, il s'empressa de vendre un service

d'argenterie qu'il venait d'acheter, et s'en dépouilla entièrement en faveur de

l'Etat.

Généreux outre-tombe, le prélat légua aux officiers municipaux de la ville une somme de 25,000 liv. pour qu'ils pussent achever, après lui, les travaux qu'il avait fait commencer aux bâtiments du collége

Mgr de Ribeyre avait des vues grandes et élevées, des sentiments généreux et droits, un grand amour de l'ordre et de la régularité, un zèle de la gloire de Dieu par et éclairé, un esprit orné et solide, une pénétration vive et juste, de la prudence, de l'éloquence et un jugement aussi exquis que délicat.

Après trente-cinq années d'épiscopat, ce saint évêque mourut plein de mérité*, regretté de tous, en 1776, sous le pontificat de Pie VI et le règne de Louis XVI.

29° ÉVÊQUE. — 1776 A 1779.

Marie-Anne-Hippolyte Hay de Borcteville, nommé évêque de Saint-Flour en 1776, prit possession du siége en 1777 et fut transféré à Grenoble en 1779. Il ne se passa rien de remarquable pendant son court épiscopat, qui eut lieu sous les mêmes pontificat et règne que son prédécesseur.

30° ÉVÊQUE. — 1779 A 1803.

Claude-Marie de Ruffo, comte de la Ric et de Brioude, né à Grenoble, le 16 novembre 1746, fut nommé à Saint-Flour en 1779, mais ne fut installé que l'année suivante

Lorsque vint la révolution de 1791, à l'exemple de plusieurs prélats, il émigra à l'étranger; il avait laissé des pouvoirs à M. l'abbé de Brugicr de Rochebrune, son vicaire-général, et correspondait avec lui pour le service du diocèse. Lors du Concordat, à cause de la position difficile où se trouvait l'Eglise de France et pour ne pas entraver la réorganisation arrêtée par le pape, il donna,, en 1802, sa démission. Il mourut chanoine de St-Denis, après avoir été évêque dans les temps les plus orageux : le pontificat de Pie VI, Louis XVI et la République.

31° ÉVÊQUE. — 1802 A 1808.

Jean-Eléonor de Belmont naquit à Gex, sur la frontière de la Savoie. Il fit ses études à St-Sulpice et devint vicaire-général de Mgr de Nimes, à sa sortie du séminaire. Il quitta cette ville lors du serment exigé par la constitution civile du clergé. Il fut nommé évêque de St-Flour, en 1802, par Napoléon, premier consul, le siége étant vacant par suite de la démission donnée par M. de Ruffo. Après plusieurs refus successifs, il se rendit aux réflexions et aux instances des évêques qui avaient accepté leur nomination, et de Messieurs de S'-Sulpice. Il eut à procéder immédiatement a une organisation générale de son diocèse que la Teneur avait bouleversé, et dont toutes les paroisses étaient sans pasteurs reconnus, quoiqu'un certain nombre d'ecclésiastiques dévoués en fissent le service sans être canoniquement constitués. Il porta aussi tous ses soins pour ramener à la communion catholique tous les prêtres devenus schismatiques en prêtant le serment; et il y a cette justice à leur rendre, qu'il trouva peu de récalcitrants dans les diocèses de Saint-Flour et du Puy, réunis alors sous le même bâton pastoral.

Mgr de Belmont avait fait sa licence avec le plus grand succès : à un grand savoir, il joignait une grande piété et un talent rare pour l'administration. Appelé à Paris pour le sacre de l'Empereur, il était consulté par les évêques, ses confrères, notamment sur la manière dont il s'y était pris pour éteindre en si peu de temps le schisme dans ses deux diocèses réunis. D'une constitution faible et délicate, le travail et les visites pastorales, entreprises peut-être avec trop de zèle, épuisèrent sa santé et lui causèrent la maladie dont il mourut. Il décéda à Paris, le 8 mai 1808, et fut alors enseveli dans le cimetière de Vaugirard. Mgr de Marguerye, l'un de ses successeurs, a recueilli ses cendres et les a déposées, en 1839, dans le caveau de la cathédrale.

Mgr de Belmont avait su s'attirer la confiance de tout son- clergé et la plus grande vénération. Il fut évêque sous le pontificat de Pie VII et de Napoléon 1°.

Ici nous trouvons une longue vacance du siége. Les différends sérieux qui s'étaient élevés entre le pape et l'empereur firent que le pontife refusa les bulles des évêques nommés ou que l'empereur les retint lui-même- Nous allons rapporter sur ce dernier fait une anecdote que nous tenons de M. l'abbé de Pradt, qui s'y trouvait lui-même intéressé à cause de son archevêché de Malines.

Lorsque le pape, retenu à Savone, se décida à donner l'institution canonique aux évêques nommés, il fit inscrire en tête des bulles l'énumération des griefs qu'il avait contre l'empereur, et elle était terminée par ces mots : Sed despicimus. Napoléon, blessé par cette expression, voulut la faire retrancher, et donna L’ ordre à M. Beugnot, son ministre des cultes, de retenir ces bulles jusqu'à ce qu'elle eut été effacée.

Louis XVIII trouva les choses en cet état, en 1814, et il renouvela l'injonction de les retenir, ce qui lui donna la facilité de traiter avec les destinataires. Nous croyons ce fait peu connu. M. l'abbé de Rochebrune, pendant cette vacance du siége, qui dura douze ans, reprit la direction du diocèse comme il l'avait régi pendant la révolution.

M. de Voisins, curé de St-Etienne-du-Mont, à Paris, et vicaire général de la grande aumônerie, fut nommé à l'évêché de Saint-Flour, en 1808, après le décès de M. de Belmont, et mourut avant de recevoir ses bulles. Il fit don à la cathédrale de Saint-Flour d'une belle croix processionnelle et de plusieurs autres objets précieux.

Ici nous trouvons une succession de cinq évêques nommés civilement, qui ne reçurent pas l'institution canonique. L'un d'eux, M. Jaubert, fut désigné vulgairement sous le nom d’évêque noir.

Guillaume-Auguste Jaubert, né à Bordeaux, baron de l'empire, chevalier de la Légion-d'honneur , curé d'une des paroisses de cette ville et vicaire-général honoraire de ce diocèse, fut nommé, en 1809, à l'évêché de Saint-Flour, en remplacement de M. de Voisins; mais il ne reçut pas les bulles du pape, par la raison que nous venons de donner ci-dessus. Frère du directeur-général de la banque de France, il obtint du Gouvernement, par son crédit, des secours considérables qui furent employés à la restauration du palais épiscopal, dont tes bâtiments se trouvaient en désarroi. A l'époque de la Restauration, il traita avec le Gouvernement et donna sa démission. Il mourut à Condom.

M. de Brugier de Rochebrune, né à Saint-Flour, le 12 mars 1748, qui avait été pendant de longues années l'évêque de fait, fut nommé, en 1814, au siége de Saint-Flour qu'il refusa. Il avait aussi refusé, à l'époque de la restauration en France du culte, l'évéché de Montpellier. Sa modestie était si grande, qu'il ne se croyait pas digne de la consécration épiscopale. Plein de sagesse, d'un jugement sûr et d'une expérience consommée, il fut le père de son clergé. Sa prudente administration, dans des temps aussi difficiles, le rendit un objet de vénération pour tous. Le souvenir en restera longtemps dans la Haute-Auvergne. Il mourut à Saint-Flour en odeur de sainteté, le 30 janvier 1824. Il conserva toute sa vie la charge de vicaire-général.

M. de Maillant, comte de Brioude, d'une famille originaire de la Lozère et alliée à celle de Montuéjouls, de l'Aveyron, après le refus de M. de Rochebrune, fut nommé, en novembre 1817, à l'évéché de Saint-Flour. Il mourut immédiatement après avoir obtenu ses bulles et sans avoir reçu la consécration épiscopale.

M. d'Astros , grand-vicaire du diocèse de Paris, qui, pour sa fermeté dans les démêlés qui eurent lieu entre le pape et l'empereur, avait été enfermé à Vincennes, fut nommé évêque de St-Flour en 1819; mais il refusa, pour motif de santé, avant d'avoir pris possession de ce siége. Il fut d'abord nommé évêque d'Orange, en exécution du concordat de 1817; mais ce concordat « ayant pas été mis à exécution, on le transféra à Bayonne. Il est devenu depuis archevêque de Toulouse et cardinal en 1850.

32° ÉVÊQUE. — 1820 A 1829.

Mgr de Salamon, Louis-Siffren-Joseph, chevalier de Malte, né à Carpentras, le 22 octobre 1759, doyen d'Avignon, conseiller-clerc au Parlement de Paris, internonce du pape Pie VI auprès de Louis XVI jusqu'à sa mort. Chargé ensuite de pouvoirs spirituels pour toute la France : administrateur apostolique, en 1800, de Rouen, Evreux, Lisieux, Bayeux et Coutance; appelé à Rome en 1806 par le pape Pie VII; nommé évêque in partibus d'Orthozia , auditeur de Rothe , sur le refus de M. d'Astros, fut promu à l'évéché de Saint-Flour, en 1820, et mourut dans cette ville , le 11 juin 1829. Son cœur repose dans la chapelle du grandséminaire, et l'on y voit une inscription sur du marbre, rappelant sa munificence à l'égard de cet établissement. Mgr de Salamon fit des legs considérables dans son testament à son diocèse. Il fut évêque sous les papes Pie VII, l.éon XII et Pie VIII, et les rois Louis XVIII et Charles X.

33° ÉVÊQUE. — 1829 A 1833.

Mgr de Gualy , François-Marie-Edouard, né à Milhau (Aveyron), le 24 octobre 1786, fut successivement curé de St-Afïrique (diocèse de Rodez), vicaire-général de Chartres et de Carcassonne; enfin, nommé à l'évéché de Saint-Flour, le 8 juillet 1829, et sacré le 30 novembre suivant. Il fut promu, en 1833, à l'archevêché d’Alby, où il mourut en 1842, le 15 juin. Ce prélat était plein de zèle et doué d'une charité sans bornes; il a laissé partout de précieux souvenirs. On le vit à St-Affrique nourrir à ses frais et panser chaque jourr de ses mains, un mendiant lépreux délaissé par sa famille et abandonné par elle à la charité publique. Il siégea à Saint-Flour sous les papes Pie VIII et Grégoire XVI, et sous les règnes de Charles X et de Louis-Philippe.

34° ÉVÊQUE. - 1833 A 1836.

Mgr Cadalen, Jean-Pierre-Marie, né à St-Alban (Tarn), grand-vicaire d'Alby, fut nommé à l'évéché de Saint-Flour, le 12 juin 1833, et sacré à Bordeaux, le 27 novembre suivant. Son aptitude remarquable pour la science de l'administration et ses connaissances théologiques promettaient un heureux épiscopat, lorsqu'il mourut à la suite, d'une grave opération à l'aisselle, l'extraction d'une loupe , le 17 avril 183G. Il fut évêque pendant le pontificat de Grégoire XVI et sous le règne de Louis-Philippe.

35° ÉVÊQUE. — 1837 A 1851.

Mgr de Marguerye , Frédéric-Gabriel-François, chanoine et vicaire-général de Soissons , fut nommé , en 1837 , au siége de Saint-Flour, en remplacement de Mgr Cadalen, et transféré au siége d'Autun, par nomination du 15 octobre 1851.

Quoique l'heure de la postérité n'ait pas encore sonné pour ce prélat, son épiscopat de quatorze ans a été marqué de créations et d'améliorations trop importantes pour que nous puissions les passer ici sous silence. Nous en prendrons l'extrait dans un article publié par M. Martin, le 27 mars 1852, dans la HauteAuvergne.

On peut mentionner en première ligne l'institution des Frères. Toutefois, le prélat eut beaucoup de dégoûts à surmonter dans les commencements, pour doter le diocèse de cette institution. Néanmoins, son zèle ne se ralentit point, et en ce moment, la maison de St-Viateur-des-Ternes, qui vient à peine de naître, fournit à plus de douze communes importantes du Cantal d'excellents instituteurs.

Un nouveau catéchisme. Il serait superflu de dire combien ce travail a coûté à son auteur de veilles, de recherches et de travaux de toute sorte.

Fondation de la maison des Carmélites. Le couvent était situé près d'une ancienne chapelle ou oratoire dans lequel la sainte Vierge était honorée sous le nom de Notre-Dame-Trouvée. Cet oratoire n'existe plus.

Institué l'œuvre pour l'extinction de la mendicité, à Saint-Flour, œuvre qui a été autorisée par le Préfet, en 1810.

Etablissement de la société mutuelle de bienfaisance des ouvriers, sous l'invocation de saint François-Régis, aussi autorisée par le préfet.

Etablissement des missions diocésaines sur une base plus régulière, et confié à la direction des enfants de saint Vincent-de-Paul.

Fondation, dans le même but, des retraites paroissiales.

Obtenu du Gouvernement la création d'un grand nombre de chapelles vicariales et dessertes.

Publications de statuts synodaux, après avoir employé dix années à coordonner les maténaux d'un travail aussi délicat.

Régularisation de la caisse de secours en faveur des vénérables ecclésiastiques accablés sous le poids des années et des infirmités, déjà fondée par Mgr de Gualy.

Direction nouvelle donnée aux conférences ecclésiastiques.

Création de bibliothèques cantonales.

Restauration de la cathédrale.

Echange du château de Vareillettes, donné au grand-séminaire par M. l'abbé de Rochebrune, avec celui de Bégus, beaucoup plus agréable et plus convenable pour servir de maison de campagne à cet établissement.

Création et encouragement d'établissements libres d'enseignement secondaire.

Acquisition et appropriation à leur nouvelle destination des batiments sis sur les promenades et dans lesquels il plaça un collége qui a déjà acquis la plus belle prospérité.

Les ossements de Mgr de Montrouge, conservés dans une caisse de plomb, restèrent longtemps dans la sacristie, où, par respect, le chapitre leur avait réservé une place. Après la révolution, on les déposa dans une chambre de la tour latérale de la cathédrale, à l'aspect du midi ; ils ont été placés dans le caveau des évêques, lorsque Mgr de Marguerye le fit ouvrir pour y descendre les restes de Mgr de Belmont.

Comme pasteur savant, pieux et charitable, Mgr de Marguerye a emporté avec lui d'unanimes regrets. Il a occupé le siége de Saint-Flour sous le pontificat de Grégoire XVI et de Pie IX; sous le règne de Louis-Philippe, la République et la présidence de Louis-Napoléon.

36° ÉVÊQUE . — 1851.

Mgr Lyonnet, Jean-Paul-François-Marie, fut nommé à l'évêché de Saint-Flour le 15 octobre 1831, préconisé le 15 mars 1852 et sacré dans l'église primatiale de Lyon, le 25 avril de la même année; il occupe actuellement le siége de Saint-Flour.

M. Tisseron, dans les Archives des hommes du jour, ayant publié un aperçu de la vie de Mgr Lyonnet, cette notice appartient à l'histoire, et nous allons en reproduire un extrait très-succinct; l'on comprendra la réserve qui nous est imposée.

« Mgr Lyonnet est né à St-Etienne (Loire), le 12 juin 1801, de parents manufacturiers, dans lesquels s'étaient honorablement perpétuées les belles traditions de probité, malheureusement trop oubliées de nos jours.

Les études du jeune Lyonnet, commencées dans l'institution Millet, se continuèrent au collége de St-Chamand , puis au séminaire de Verrières, et enfin à celui de l'Argentière. Les succès obtenus par le jeune élève furent des plus brillants.

Mgr Lyonnet s'était d'abord destiné au commerce ; mais Dieu avait parlé à son cœur; il se voua au service des autels et entra au grand-séminaire de Saint-Irénée, à Lyon. Diacre en 1822, il conçut le désir de doubler sa troisième année de philosophie au séminaire de St-Sulpice. Son supérieur ne crut pas devoir accéder à sa demande; il resta à Lyon et fut nommé professeur de Troisième au petit-séminaire de la Primatiale.

Mgr de Pins ayant pris la direction de l'archevêché, l'abbé Lyonnet reçut le sacerdoce des mains de ce vénérable prélat et renouvela sa demande pour SaintSulpice ; il éprouva un second relus: une autre carrière l'attendait.

Mgr l'évêque de Blois voulait réorganiser son grand-séminaire; Mgr Lyonnet fut choisi, et, pendant les quatre années qu'il y passa, l'établissement reprit sa force et sa splendeur.

Mgr Lyonnet, de retour à Lyon, fut placé par Mgr de Pins à la tête du séminaire de la Primatiale, comme récompense de son habileté et de son zèle; ses succès dépassèrent tout ce que l'on pouvait attendre de lui. Sur la demande du chapitre, il fut nommé chanoine titulaire; c'était justice. Ce canonicat lui donna quelques loisirs, et il put se livrer à ses études favorites. Bientôt parurent les Traités de la Justice et des Contrats, ouvrage resté classique; l’Histoire du cardinat Fescli, livre qui assigne à son auteur un rang honorable parmi les historiens de l'époque moderne, suivit de près les Traités; l'Histoire de la vie de Mgr Datiau, archevêque de Bordeaux, mit le sceau à sa réputation d'auteur.

Mgr de Bonald ayant été porté au siége de la première église des Gaules, il fit accepter à Mgr Lyonnet des lettres de grand-vicaire, et lui confia la direction des conférences diocésaines.

Le clergé de Lyon, organe de la voix du peuple , s'attendait à perdre Mgr Lyonnet à chaque vacance; déjà il avait été question du pieux et savant grand-vicaire pour les diocèses de Pamiers, de Luçon, de Carcassonne, de St-Dié et de Moulins, etc., lorsque Marie-Amélie lui fit offrir la charge de primicier de la chapelle d'Evreux avec un titre archi-épiscopal in partibus, celui de Carthage ou de Césarée. Mgr Lyonnet refusa d'abord. Seul, Mgr Dupanloup était parvenu à vaincre ses résistances, lorsque le coup de foudre de Février vint à éclater.

De retour à Lyon, Mgr Lyonnet reprit ses pieuses habitudes et les devoirs de son ministère, d'où il fut retiré définitivement par la désignation que fit de lui le Gouvernement pour le siége de Saint-Flour. En nos temps de luttes, refuser eut été déserter un poste dangereux; le prélat accepta.

On peut voir par cette nomenclature combien de prélats illustres par leurs vertus, leur savoir et leur sainteté ont occupé le siége de Saint-Flour. Il a fourni à l'Eglise cinq cardinaux , quatre archevêques. Dans les temps même les plus difficiles, ils se sont toujours trouvés au niveau des intérêts sacrés qui leur étaient confiés. Et si parfois, dans l'administration de la ville, il s'est élevé des nuages entr'eux et les autorités civiles, on doit reconnaître que les torts provenaient presque toujours de ces dernières.

REVENUS DE L' ÉVÊCHÉ.

D'après un état des revenus de l'évéché, dressé en 1776, à l'époque du décès de M. de Ribeyre, les ressources étaient ainsi qu'il suit:

Pour droits de lods, leydes du blé, rentes, cens et dîmes des prieurés d'Oradour, Pierrefort, Ste-Marie, St-Cirgues, Sansac sous-Marmiesse, Boisset, Cezens, Chaudesaifcues, Fargues, Villedieu, Seriers, Couzergues, Chambon, Bélinay, PauIhac, Jarry, Loudiers, Fraissinet, Lascols, Lajarrige, Cussac, Anterrieux, et enfin les produits d'un pré à Montlouy, de deux prés au faubourg, des prés du Fayet, de la Palle, des domaines de la Chassagne, de Besse, d'un jardin à St-Flour et d'une rente de 30 fr., le tout produisant un actif de 17,973 fr. Les dîmes produisaient en outre 1,016 fr.

Plus, quarante septiers de blé, quarante septiers d'avoine, deux septiers de froment, deux septiers de blé de mars, douze cents bottes de paille, et enfin trois paires de perdrix fournies annuellement par Chaudesaigues. Dans ce relevé il n'est point fait mention du revenu du secrétariat de l'évéché.

Dépenses fixes et annuelles.

Redevances aux consuls et percepteur 225#14

Décimes au receveur 1240

Total des impositions.. ...... 1465 14

L'évêque avait encore à sa charge:

Les gages du greffier de l'officialité; la portion congrue de 200 liv. au curé de Chaudesaigues; celle de 21 liv. au curé de St-George. au curé et au vicaire d'Oradour et à sa marguillerie, au curé d'Anterrieux, au curé et au vicaire de Pierrefort, au curé et au vicaire de Cezens, au curé et vicaire de Ste-Marie, au curé de Sansac, au curé et vicaire de Boisset, au curé et vicaire de Paulhac, au curé de Seriers, au curé et vicaire de Cussac, au curé de Villedieu, et enfin au curé de Gourdièges. La plus forte portion congrue en argent était celle du curé de Ste-Marie, dont la part en argent s'élevait à 260 liv, et celle du vicaire, à 200 liv. Celle du curé de Seriers était de 100 liv. en argent et de 30 septiers en blé seigle. L'évêque payait en outre une pension de 300 liv., sans retenue, à M. de Pont; 300 liv. au prédicateur de l'Avent, et 1547 liv. pour les enfants trouvés de l'hôpital.

PALAIS ÉPISCOPAL.

Nous avons vu que Charles de Noailles avait fait rebâtir l'évéché qui tombait en ruine. On sait qu'en 1375 il y avait un château de St-Flour dit de Brezons, et dans lequel il y avait une salle portant le nom de cette famille. Quelques auteurs pensent qu'il fut la première résidence des évêques. Quoi qu'il en soit, le nouvel évéché fut construit au sud et auprès de la cathédrale avec laquelle il communique par une chapelle de la nef. L'entrée principale s'ouvre sur la place publique, sur le même alignement que la façade ouest de la cathédrale, et près d'une de ses tours. Les bâtiments sont vastes, bien distribués, la chapelle ornée de mosaïques à verres de couleur. On jouit sur la terrasse du jardin d'une vue qui s'étend au loin, embrassant l'espace compris entre la route du Midi et celle de Rodez, vue à laquelle il ne manque que des arbres pour la rendre agréable. En un mot, le palais épiscopal serait envié par beaucoup de villes plus importantes.

LA CATHÉDRALE.

La façade de la cathédrale fut, dit-on, copiée sur celle de l'abbaye de S''-Trinité de Tours. Nous avons vu qu'elle avait été commencée par Ponce d'Aurouze, de 1373 à 1380, et terminée sous Antoine de Montgond, en 1466. Il fallut donc 86 années pour la construire. Cependant plusieurs des tours ne furent terminées que plus tard. Quant à son architecture, nous laisserons parler MM. Mérimée et Mallay, inspecteur et architecte des monuments historiques de France, que leurs études spéciales rendent compétents par dessus tous.

« La cathédrale de St-Flour, dit M. Mallay, est loin de ressembler aux magiques créations de l'art ogival à sa troisième période. Deux causes principales ont dù motiver cette diiTérence; la nature des matériaux et l'isolement de la ville. Il était difficile, en effet, à moins de grandes dépenses, de ployer la pierre de la localité au caprice et aux exigences du gothique flamboyant. Des ouvriers habiles ne furent pas appelés de loin à cette œuvre; il faut donc considérer la cathédrale de St-Flour comme une création simple en rapport avec les ressources et la température du pays. »

« Cette église, dit M. Mérimée, n'est pas dépourvue d'élégance dans sa simplicité. Ses voûtes, tapissées de nervures qui retombent sur de légers piliers sans chapiteaux, produisent un effet assez imposant. La façade n'offre pas la richesse quelquefois minutieuse des détails qu'on prodiguait alors dans les provinces où des matériaux convenables servaient à l'habileté des ouvriers. A mou avis, elle manque tout-à-fait de noblesse, et les portes même n'ont presque aucune décoration. De petites, fenêtres carrées lui donnent l'apparence d'une construction civile, et sans les énormes tours qui l'encadrent, on pourrait méconnaître une église. Beaucoup trop larges pour leur hauteur, ces tours n'appartiennent à aucun style d'architecture et sont d'un effet détestable. »

Des restaurations importantes et bien entendues ont été exécutées dans cette église depuis plusieurs années. Le pavé avait été surhaussé; on l'a rétabli à son ancien niveau. Une chapelle latérale à été décorée d'un tombeau, scène du Jugement dernier, copiée sur Rheims, d'un médiocre effet, exécutée sur la pierre de Volvic. L'intérieur, du reste, est d'une nudité choquante. Cinq nefs étroites sans transsept; absence complète de sculptures et d'ornementation ; une régularité qui ne se dément que d'une manière accidentelle; tout contribue à donner à cet édifice un aspect lourd, écrasé et sans proportions.

Dans les restaurations récentes, des boiseries simples et bien sculptées, des fenêtres gothiques remplaçant les anciennes, le chœur disposé pour recevoir un autel à la romaine, ont considérablement amélioré la décoration intérieure ; à l'extérieur, les tuiles creuses qui recouvraient le toit ont été remplacées par des ardoises venues de Laguiolle; une galerie à jour, élégamment découpée dans la pierre de taille, fait le tour du toit et produit un très-bel effet. Enfin, certaines croisées ont été ornées de vitraux à sujets, venant de la manufacture de Sèvres.

Il n'existait point do sacristie; des armoires placées autour du chœur et dans les chapelles servaient de vestiaire aux chanoines. On convertit maintenant en sacristie l'ancienne salle capitulaire, communiquant seulement avec l'église, et attenante à l'évêché. On croit que cette salle est sur l'emplacement de la première église de St-Flour; elle conserve la forme intérieure d'une construction romane passant au style ogival.

L'église de la paroisse est séparée de la cathédrale; aussi, à l'exception des fêtes solennelles, le concours des fidèles y est peu considérable. Elle a reçu, par l'entremise de M. Dessauret, de belles orgues, données par le gouvernement.

Cette église porte : de gueule à trois A gothiques d'or, Vécu surmonté d'une -couronne ducale.

 

MONUMENTS RELIGIEUX.

 

NOTRE-DAME.

Avant la fondation du monastère, à Saint-Flour, il y avait eu déjà une église appartenant à un prieuré, lequel fut dévasté par Comptour d'Apchon. Cluny envoya vingt-quatre moines qui firent pendant longtemps le service religieux dans cette église. Archambaud ayant donné les fonds nécessaires à la construction d'une autre église, les prêtres séculiers s'y établirent, et la cathédrale resta réservée au chapitre et à l'évêque.

Cette église fut construite sous l'invocation de Notre-Dame, et bâtie sur l'emplacement d'une chapelle dédiée à sainte Foy et desservie par des religieux qu'on appelait Pauvres-Frères. L'évêque l'érigea en collégiale et forma un chapitre composé de dix-huit chanoines, vingt choriers et un prévôt ; elle date de 1337. Audigier dit a que, quoique l'église de Saint-Flour fut érigée en cathédrale, les moines ne laissèrent pas que d'y faire le service jusqu'en 1476. Sixte IV le sécularisa, à la prière du roi Louis XI et des moines du lieu. Ils se plaignaient, aux termes de la bulle, que'leur monastère ayant très-peu d'étendue, ne pouvant être éternellement au chœur ou dans leurs chambres, ils étaient obligés d'aller prendre l'air sur la place publique et de s'y trouver par conséquent avec les laïcs, ce qui paraissait opposé à la règle de Saint-Benoît, et empêchait les nobles et les doctes d'embrasser leur institut, la vie qu'ils menaient étant peu édifiante. Sur ce fondement, le chapitre fut réduit à l'état où il se trouvait à la révolution. Cette révolution a mutilé cette église; mais on y voit encore une fenêtre de style gothique flamboyant en pierre du pays, d'un beau travail ; les bas-côtés seuls furent voûtés; elle sert aujourd'hui de halle au blé. Le chapitre de Notre-Dame rendait hommage à l'évêque pour plusieurs de ses possessions. L'église avait, en 1621, dix chapelles et des reliques de la sainte Vierge , de saint Paul, de saint Odilon, de saint Mary et de saint André.

LES JACOBINS.

Les dominicains ou jacobins furent fondés en 1353, sous Pierre d'Estaing, et les bâtiments furent terminés aux frais de Jean, duc de Berry, et par les soins de Pierre de Vissac. Le Sr de Dienne fit construire, en 1434, la chapelle de SainteCatherine; les familles de Brugiers et Gillet contribuèrent à sa construction. L'église est à une seule nef, renferme une chaire d'un beau travail, et ses voûtes sont d'une hardiesse convenable. Saint Vincent-Ferriers, venant de Marvejols et se rendant au Puy, séjourna trois semaines à St-Flour et y commença ses prédications. L'église étant devenue trop petite pour contenir la foule, les consuls firent construire une estrade sur la place. Elle est aujourd'hui l'église de la paroisse, sous le vocable de saint Vincent.

FREDEIRE, AUJOURD'HUI FRIDIÈRE.

Cette sainte chapelle, dit Branche dans son Histoire des Saints d'Auvergne, est dédiée de temps immémorial à la bienheureuse Mère de Dieu , et croit-on qu'elle est de l'Eglise primitive, et qu'anciennement, aussi bien qu'aujourd'hui, les miracles y étaient fréquents. Elle est bâtie sur la rue du Faubourg, en descendant vers le ruisseau, et depuis on l'a faite en plus gros volume, à cause des merveilles qu'on y a vues depuis le commencement de ce siècle. > Suit le détail des miracles.

Nous avons vu à l'article Chaudesaigues que la statue de la Vierge était primitivement dans un oratoire près de cette ville, et transférée ensuite à St-Flour. La première chapelle daterait du xr siècle et aurait été donnée avec ses dépendances à l'abbaye de St-Flour, par Astorg Recoudère. Sa seconde construction serait de 1310; enfin elle aurait été reconstruite en 1642. Cette église était fréquentée par un grand nombre de pèlerins. A l'époque de 93, cet oratoire fut dépouillé de tous les ornements que la piété des fidèles y avaient déposés. L'oratoire de saint Bernard, qui n'existe plus et situé immédiatement au dessous, fut dévasté en même temps; et sans le dévouement d'un habitant de St-Flour. Jean-Baptiste Roddier, la statue de la Vierge aurait sans doute disparu comme celle du saint. Elle fut cachée pendant quelque temps dans une meule de blé. A sa mort, Roddier la laissa à sa fille ; celle-ci se rendant aux prières du clergé de St-Flour, lui remit la statue sainte, et elle fut transférée solennellement dans l'église du faubourg, le 17 décembre 1846.

SAINTE-CHRISTINE.

Cette église, dont la construction première remonte à saint Odilon, était placée à l'une des extrémités du pont du faubourg, et avant la révolution de 1789, servait de chapelle au couvent des Cordelicrs, dont les bâtiments furent incendiés par accident au commencement de ce siècle. Elle sert maintenant d'église paroissiale pour le faubourg. L'abbé Candèze, son curé, la restaura après la révolution; mais on la détruit maintenant pour en édifier une nouvelle plus en harmonie avec sa destination et les besoins de la population, sur les fondements de l'ancien monastère.

On nous a communiqué sur sainte Christine une notice que nous devons reproduire ici.

Donnons d'abord sa légende : Sainte Christine avait un père nommé Urbain, fanatique adorateur des faux dieux. Furieux de voir sa fille chrétienne, il la fit torturer impitoyablement et mettre sur un bûcher dont les flammes la respectèrent et brûlèrent plus de mille spectateurs accourus pour se repaître de ses souffrances. Plus tard, sous Dion, elle fut mise dans une chaudière pleine d'huile, de résine et de poix bouillantes; elle en sortit aussi saine et sauve, opérant par ce spectacle la conversion de trois mille personnes. Christine ainsi délivrée fut attachée à une meule de moulin et jetée dans un lac dont les anges la retirèrent. Enfin, sous Julien-l'Apostat, elle fut enfermée dans une fournaise ardente où elle chanta durant cinq jours les louanges de Dieu, lui rendant des actions de grâces de ce qu'il la faisait ainsi triompher de ses tyrans.

Sa féte est la représentation symbolique des combats et des victoires de la sainte martyre. Elle est sans contredit la plus belle et la plus religieuse à la fois des fêtes patronales du diocèse. Elle dure trois jours consécutifs, pendant lesquels on se livre à des exercices de piété envers les morts; on dit un office pour tous les bayles de l'église décédés pendant l'année, et deux offices pour tous en général, et en l'honneur de saint Joseph.

Les vivants ne sont pas non plus oubliés; des distributions de pain bénit sont faites, et le clergé et les principales autorités civiles sont invités à un banquet.

Le curé est de droit le premier bayle. La veille de la fête, au soir, les autres bayles, le tambour et fifre en tête, venaient prendre à l'église le, pasteur de la paroisse, qui, en habit de chœur, mettait le feu au bûcher dressé sur la place de Sainte-Christine, avec une torche composée de poix, de résine et d'huile, en commémoration du martyre subi par la sainte, sous Dion. Puis le pasteur revenait avec eux à l'église, et l'on y chantait un Te Deum. Cette cérémonie était répétée le lendemain et le surlendemain, de la même manière, en mémoire du triple combat et de la triple victoire, sous Urbain, Dion et Julien.

Le dimanche et le lundi on faisait une autre cérémonie commémorative aussi des triomphes de la sainte. On allait processionnellement sur le bord de la rivière, près d'un moulin. On coupait des branches vertes à un arbre, et l'on en faisait des palmes et des couronnes; les bayles faisaient apporter quelques bouteilles de vin pour faire boire aux enfants qui les avaient suivis et qui représentaient les anges.

L'institution de la confrérie de Sainte-Christine remonte à une époque très ancienne.

Le lundi, avait lieu l'imposante cérémonie de la bénédiction des pains et des couronnes. A la procession, à côté de la statue de la sainte, et sur une fourche de fer, on portait l'un de ces pains. A sa rentrée, on assistait à une messe solennelle chantée par tous lès confrères présents, et l'on se rendait ensuite à la salle du banquet pour le repas commun.

Sainte Christine avait vu, dans une extase, les souffrances des âmes du purgatoire; aussi n'étaient-elles pas oubliées. Le mardi leur était consacré en entier. On chantait deux messes solennelles de Requiem, l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes. Le catafalque était dressé au milieu de l'église, et le moment de l'absoute était rendu très-solennel par le roulement funèbre du tambour, succédant à la voix du prêtre, au centre d'une centaine d'hommes ayant tous a la main un cierge allumé.

Ces cérémonies sont encore usitées de nos jours.

On ignore par quels motifs les habitants du faubourg ont été portés dans le choix de sainte Christine pour leur patronne, préférablement aux autres saints et saintes dont la vie plus connue a honoré notre terre d'Auvergne, et dont Ia mort fut également précieuse aux yeux de Dieu, et vénérable pour les générations vivantes.

LA RECLUSE.

La maison dite de la Recluse était attenante au pont du faubourg, bâti par saint Odilon, et l'on voit, appuyées sur une des piles, deux corniches sur lesquelles elle devait porter.

Cette maison était ainsi appelée parce que, dit l'inventaire des titres de la ville, d'ancienneté il est accoutumé d'y avoir en ladite un reclus ou une recluse, pour y demeurer le reste de leurs jours en prières. Son nom lui fut donné dans le XIII° siècle, par une sainte fille qui voulut y être enfermée. Elle était aussi nommée maison des consuls, parce que pour y être admis, il fallait être présenté par eux au Sr évêque, seigneur de la ville.

Béatrix Avfnhal, veuve d'IIugon Chazéles, y fut admise le 25 mars 1370. Elle y fut conduite par les consuls, en procession solennelle, depuis la cathédrale, et installée par l'official, commissaire du seigneur évêque. Jean Boulard y fut reçu le 2 avril 1440; Antoinette Chapon demanda à y être admise; mais l'inventaire ne mentionne pas l'époque de cette requête.

NOTRE-DAME-DE-BON-SECOURS

Cette chapelle est près du grand séminaire. La première qui Tut désignée sons ce nom tomba sous te martéau révolutionnaire, en 1793. Elle fut reconstruite après la révolution; mais comme elle était insuffisante pour la population, elle fut remplacée par la chapelle actuelle, bâtie depuis plus de vingt ans, au moyen de souscriptions recueillies, non seulement dans le quartier des Planchettes on elle est située, mais encore dans le reste de la ville. On y célèbre souvent les saints Mystères. Au reste, elle n'a rien de remarquable dans sa construction; mais on y conserve son ancienne madone, échappée à la destruction profanatrice.

NOTRE -DAME-DE-LA - PROVIDENCE.

L'on dit souvent la messe dans cette chapelle, qui est plus petite que la précédente. Elle est dans la rue du Tuile-Haut, qui descend au faubourg. Il paraît qu'avant la révolution elle existait au-dessus de la porte de ville; mais elle avait subi la dévastation commune.

Le millésime de sa construction actuelle porte 1828. Elle est placée auprès de l'ancienne chapelle. On érigea d'abord un petit oratoire sans autel; vers l'année dont nous venons de parler, elle fut réédifiée aux dépens d'une modique souscription, mais surtout par la générosité de deux familles d'artisans, habitants du quartier. Fraîchement décorée, elle n'offre rien d'artistique; seulement, elle a conservé l'ancienne statue de sa vierge.

NOTRE-DAME-DE-PITIÉ.

Au-dessous de l'ancien hospice de St-Flour, désigné sous le nom de L’ Hôpital-Vieux, dans la rue du Tuile-Bas, est un petit oratoire grillé et sans autel, dédié à la Mère des Douleurs. On y voit la statue de la Vierge, et à côté un ermite. On y fait souvent brûler un cierge, et par dévotion, les potiers en allument un à chaque fournée.

ORATOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.

Un peu plus bas que Notre-Dame-de-Pitié, et dans la même rue, on rencontre un petit oratoire grillé et sans autel, dédié à ce saint. Il ne présente rien d'intéressant.

LE CALVAIRE.

Au-dessus de l'ancien cimetière, en face de la porte de Ribeyre, et sur une colline qui domine la ville, il existait une petite chapelle nommée le Calcaire, où les personnes pieuses, avant la révolution, allaient faire des stations. Châteauneuf, dont les exploits guerriers se bornaient à amonceler des ruines, né pouvant continuer le sac de St-Flour inoffensif, trouva digne de lui de renverser cette chapelle avec son artillerie.

On nous a communiqué l'original d'une lettre écrite par les citoyens Ribeyraux, Hébrard et Laborie, aux frères et amis de Clermont, sur ce glorieux fait d'armes, qui mérite, à notre avis, la publicité.

« StFIour, ie 19 nivôse de i'an II de la Répubiique une et indivisibie.

Chers concitoyens, frères et amis,

Vous avez dû recevoir par le dernier courrier plusieurs exemplaires d'un arrêté du représentant Ghàteauneuf-Randon, l'un des articles duquel porte la démolition des murs qui forment l'enceinte de St-Flour, des clochers, des tours et châteaux environnant la même commune. Deux bataillons, l'un dit de l’Ardéche, et l'autre Franc, s'occupent avec la plus grande célérité de ce travail important. Hier, pour amuser un peu nos braves démolisseurs, on leur a donné l'ordre de canonner une église appelée ci-devant le Calvaire, située sur une hauteur qui domine la ville, distante d'environ cinq cents pas, sur la route d'Aurillac. Nous nous sommes transportés sur les lieux, et cette canonnade, qui a duré plus d'une heure, nous a fait éprouver une bien douce jouissance. Nous aurions encore été plus satisfaits si la chapelle eût été remplie de prêtres, car par cette maudite engence, le fanatisme a fait le ravage le plus affreux dans ce pays-ci.

L'épuration de la société est enfin achevée, et quoique nous ayons mis tous nos soins, il s'en faut de beaucoup que notre opération soit parfaite. Nous avons fait faire abjuration à haute voix et par écrit à tous les prêtres qui ont resté membres de la société : il n'y en a que trop, les scélérats qu'ils sont, qui font tout ce qu'on leur demande, et renoncent bien à toutes leurs fonctions sacerdotales auxquelles ils étaient si fortement attachés. Mais nous y fions pas; surveillons-les plus que jamais!

Nous vous ferons passer quelques exemplaires d'une adresse qui est à l'impression, et qui nous a été envoyée par Lequinio. Vous y verrez avec quelle force et quelle énergie il combat les erreurs grossières du ci-devant culte catholique, et les mensonges absurdes de la superstition.

Les arrestations vont leur train ; chaque jour voit augmenter le nombre des reclus ; il est bien juste enfin que la justice républicaine reprenne ses droits: assez et trop longtemps nous avons gémi sous la tyrannie des deux castes privilégiées. Quand la mesure est pleine, nécessairement le trop-plein déborde. »

(Suivent les signatures).

La chapelle du Calvaire a été rétablie, et l'on y fait les stations comme autrefois.

ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX.

 

ARCHIPRÉTRÉ, ARCHIDIACRE.

Avant l'érection de l'éVêché, il y avait à St-Flour un archiprétré dépendant de celui de Clermont; il fut continué sous les évêques. On avait créé un archidiacre de St-Flour. Ces deux dignités furent réunies au chapitre, lors de sa sécularisation.

Ont été archidiacres:

Henri de Latour transféra cet archidiaconat, en 1308, à Guillaume, son cousin.

Guillaume de Latour, évêque de Rodez, patriarche d Antioche.

Jean Gouge de Charpaigne, conseiller-clerc au parlement, chanoine de Clermont.

Jean de Brezons, qui vivait en 1484.

Bernard Malleroche, garde-scel de la chancellerie du comte d'Auvergne, en 1494. André Pons de la Grange, député comme archidiacre aux états généraux de Paris, en 1614.

ARCHlPRÊTRE.

Bernard de Gimel, archiprétie en 1279.

Nous avons vu qu'en 1476 le pape Sixte IV, lors de la sécularisation du monastère de St-Flour, l'avait institué en chapitre par la même bulle; au nombre de ses dignitaires se trouvaient un archidiacre et un archiprétre, dignités qui n'existent plus aujourd'hui. Toutefois, il paraît qu'il existait avant Sixte, puisque ses statuts datent de 1456.

Il s'éleva parfois des divisions fâcheuses entre les chanoines, les choriers et les prêtres de la communauté, qui se plaignaient avec raison d'être mal rétribués. Ce chapitre était seigneur de St-Flour en partie, de Chaliers, Lorcières. Bournoncles, Paulhac, Tanavelle, Neuvéglise, St-Mary-le-Cros, Fournols, etc. Il a dans tous les temps produit des hommes éminents par leur science et leur piété.

Dans la moderne organisation, il se compose d'un théologal, d’un grand chantre et de six chanoines.

Dans la constitution actuelle, au lieu d'un archidiacre et d'un archiprétre faisant partie intégrale du chapitre, l'évêque désigne à son choix, dans son clergé, deux archidiacres, dignité attribuée ordinairement à ses deux vicaires généraux titulaires, et quatre archiprétres. Ce sont les curés de StWincent de St-Flour, de St-Géraud d'Aurillac, de Notre-Dame-des-Miracles de Mauriac, et de NotreDauie-des-Oliviers de Murat Toutefois, ces dignités sont amovibles, à la volonté du prélat.

En ce qui concerne l'organisation religieuse particulière de St-Flour, outre la cathédrale, elle forme deux paroisses, celle de St-Vincent ou de la ville, et celle de Ste-Christine ou du faubourg. La ligne de démarcation entr'elles est très-distincte : St-Vincent s'arrête à la maison du sieur Esbrat, et, à partir de celle des héritiers Broc, elle Jescend un peu au-dessous de la chapelle de la Providence; mais le couvent des Carmélites dépend de Ste-Chrlstine, qui possède le reste du faubourg.

Voir le complément de l'organisation moderne dans l'annuaire du Cantal.

Nous ajouterons toutefois ici, parce que nous avons omis de les insérer dans l'état du diocèse de St-Flour, en 1762 (7° livraison, page 197), le nom des treize maladreries existantes alors dans le diocèse, avec l'indication des nomihateurs, et leur revenu.

 

SAINT-THOMAS.

Des établissements religieux, le plus ancien après le monastère fut la maladrerie de St-Thomas, qui existait longtemps avant 1230. Il y avait une chapelle qui appartenait aux templiers, avec un commandeur et des infirmiers. En 1279, ils dépendaient directement de St-Picrrc de Rome. Cet édifice, hors In ville, étant devenu inutile dans la suite des temps, fut acquis avec ses dépendances, en 1320, par l'aumônerie de la cathédrale, sous la condition de pourvoir aux besoins des enfants trouvés. Il ne subsiste plus aucun vestige ni de la chapelle, ni de la maladrerie.

LES CORDELIERS.

Le couvent des cordeliers, situé au faubourg, sur le bord de la rivière, fut consumé par un incendie au commencement de ce siècle. Une manufacture s'élève aujourd'hui sur son emplacement.

M. Durif nous apprend (9° liv., p. 416), que ce fut dans cette maison que fut transféré d'Aurillac , en 1347 , un Frère mineur du nom de la Roquetaillade, doué, dès son jeune âge, d'un penchant décidé pour le mysticisme. Ce moine illuminé s'attaqua à la papauté et aux princes régnants. Du monastère de St-Flour, Innocent VI le fit enfermer dans la forteresse de Bagnols. Urbain V lui accorda sa liberté, et il se retira à Villefranche où il mourut.

RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME.

Ce couvent avait été fondé en 1632 par Louise de Bonafos, de la maison de Bellinay. Cette communauté rend de grands services pour l'instruction des jeunes filles

LA VISITATION.

Ce couvent date de 1625; il est dû à M. de Noailles, fut doté par Pierre de Brugicr et Thérèse d'Allègre; il était d'abord sur l'emplacement où s'élève actuellement le palais de justice; il a été rebâti en 1825, hors la ville, en face de l'hôpital, à l'embranchement des routes de Rodez et de Murat. Ses constructions sont presque toutes neuves; son enclos vaste domine au sud la colonnade prismatique de la route du faubourg qui lui sert de clôture à cet aspect. Le retable de son église est orné d'un tableau représentant la Nativite de notre Seigneur, peint par Lombard, artiste du pays; il a été mal restauré; on croit que les figures des bergers furent faites d'après nature. Il se trouve aussi dans l'in- térieur de la maison deux tableaux d'un grand mérite, l'un de Philippe de Champaigne, l'autre un portrait de la fondatrice en France de la Visitation.

LES CARMÉLITES.

Ces saintes et pieuses filles, vouées aux plus grandes austérités de la vie religieuse, sont venues s'établir à St-Flour deux ans environ après la prise de possession du diocèse par Mgr de Marguerve. Elles ont successivement occupé: d'abord, une petite maison près du grand séminaire; plus tard, une maison appartenant à M. Bertrand; enfin, elles ont fait construire une maison très-convenable et qu'elles habitent, très-bien située sous les murs du jardin de l'évéché. C'est aux soins, au zèle, et un peu aussi à la générosité de M. l'abbé de Genlis, vicaire-général honoraire, que ces vénérables religieuses doivent leur établissemont actuel qui va toujours croissant.

MONTAIGUT.

Il y avait en 1405 un prieuré à Montaigut; il fut réuni pour ses revenus à la cathédrale; il en a été fait mention dans les comptes des consuls.

LA GROSSE CLOCHE.

II a été dît que le Sr d'Aurouze, neveu de l'évêque de ce nom, avait été condamné, de 1375 à 1380, à donner à la cathédrale une forte cloche. Peut-être fut-il aidé dans sa confection, car elle avait atteint les plus grandes dimensions, si la légende inscrite sur son extérieur était exacte. On y lisait : Je m'appelle MarieThèrèse cinq cents quintaux je pèse qui ne veut pas me croire me pèse me repèse et me mette à mon aise.

Il était de croyance publique que douze artistes en chaussure, assis en cercle, pouvaient exercer ensemble leur état sous sa circonférence. Elle avait donc un grand renom dans le haut-pays d'Auvergne.

Quoi qu'il en fût de ces prétentions, qui pourraient peut-être expliquer les motifs de l'architecte qui a construit les tours de la cathédrale si massives, Châteauneuf la trouva d'excellente prise pour en faire des canons. Il ordonna de la précipiter du clocher; mais elle était d'une qualité si supérieure, qu'en tombant elle ne se brisa point, s'enfonça d'un mètre environ dans le pavé et ne se fit qu'une légère écornure. On fit venir les ouvriers à marteau dont les efforts furent impuissants; on dut alors la chauffer jusqu'à la rendre rouge, et ce ne fut qu'en cet état qu'ils parvinrent à la briser.

Une particularité qui se rattache à cette cloche, c'est que le jour de la St Crépin, la famille de Brugier devait donner au-dessous d'elle, dans le clocher, un banquet à tous les cordonniers de la ville; mais la fondation portait que si pendant le repas une rixe s'élevait entre les convives et qu'une goutte de sang vînt à couler, la fondation cessait. Aussi, les intéressés étaient dans l'usage de désigner commissaires les quatre plus sobres d'entr'eux, pour veiller au maintien de la bonne harmonie. Cet usage a subsisté jusqu'à la révolution. Nous n'avons pu retrouver l'acte qui nous aurait expliqué son origine; la famille n'en a conservé aucun souvenir ; il est à craindre que M. l'abbé de Rochebrune ne l'ait emporté dans sa tombe.

CONFRÉRIES.

Il existe à St-Flour deux confréries de pénitents, savoir : blancs et noirs. Elles ont chacune une église particulière très-bien tenue. Leurs membres se rendent exactement aux offices, quoique leur régularité se soit affaiblie.

Les Filles de la Croix se réunirent à St-Flour en 1660, sous les auspices de l'évêque. Jean Troche, curé de Molompize, leur donna 600 livres pour leur établissement dans le local où elles sont; il eut lieu, d'après l'inscription mise sur leur porte, en 1719.

SOEURS DE SAINT-JOSEPH.

La communauté enseignante des Sœurs de St-Josepb, établie à St-F1our en 1830, sous les auspices et par les soins de Mgr de Gualy, de M. Candèze, curé de SteChristine, et de M. Chaumeil, ancien curé d'Allanche et aumônier de cette maison, fut autorisée par ordonnance du 9 janvier suivant. Le bienfait de cette autorisalion fut dû aux avis favorables de Mgr l'évêque de St-Flour, de M. Pclamarre , préfet du Cantal; de M. Henry, ancien maire de cette ville, et à l'obligeante coopération de MM. Dessauret, l'abbé Foulhoux, et Valette, à Paris. Mgr de Marguerye a porté le plus grand intérêt à cet établissement, qui compte des succursales a Coudat, à Coren, à Talizat, à Molompize aussi, où ces dames ont été appelées par M. Vigoureux, maire, M. Vergne, curé, et les instances vives et réitérées des habitants, heureux de voir l'éducation de leurs jeunes filles confiée aux soins assidus d'institutrices aussi capables. (Tablettes historiques.)

La maison-mère des dames de St Joseph étant au faubourg de Ste-Christine, ne présentait pas assez de facilité aux jeunes filles de la ville, à cause de l'éroignement; pour remédier à cet inconvénient, un nouvel établissement, ou pour mieux dire une succursale vient d'être créée par M. Simon, vicaire-général, à l'extrémité de la place , dans la maison de M. Bertrand, ancien président, et dans laquelle on trouve toutes les conditions désirables de proximité, d'un bon air pour la santé des jeunes élèves , et une belle vue sur la route de Montpellier. Cette nouvelle école possède un internat et un externat.

Les Sœurs de St- Vincent-de-Paul, qui existent depuis quelques années à St-Flour, instruisent gratuitement les pauvres et sont chargées d'une infinité de bonnes œuvres. Elles ont la direction d'une salle d'asile nouvellement construite, ct qui est réunie à 1 œuvre pour l'extinction de la mendicité.

Enfin, les Frères des écoles chrétiennes, trop connus pour en parler.

EDIFICES SERVANT A L'INSTRUCTION

LE GRAND SÉMINAIRE.

Ce fut M. de Montrouge qui, le premier, fonda l'œuvre du grand séminaire dans le diocèse de St-Flour. Ce prélat, plein de zèle pour la sanctification de son clergé, entretint d'abord et fit instruire dans son palais quarante ou cinquante jeunes clercs, et plaça les autres auprès des curés les plus instruits et les plus pieux. Plus tard, il réclama la coopération de M. Ollier, abbé de Peibrac et f ondateur des prêtres de St-Sulpice. Celui-ci mit à la disposition "du prélat un de ses prêtres, M. Planat, qui réunit tous les aspirants au sacerdoce dans une maison à laquelle on donna le nom de Séminaire royal de Notrc-Dame-de-l’Ermitage. Tout fait présumer que cet établissement était celui qui existait avant le séminaire actuel, dans la rue des Thuiles, et qui est aujourd'hui l'habitation d'un horloger nommé Malaprades.

M. Planat fut peu d'années supérieur de ce séminaire. Appelé à Embrun par M. d'Aubusson pour y fonder un semblable établissement, il fut remplacé par des piètres diocésains qui continuèrent à St-Flour l'œuvre de l'éducation des clercs, jusqu'à l'époque où M. de La Mothe-Houdancourt en confia la direction, en I67i, aux prêtres de St-Vincent-de-Paul, plus connus sous le nom de Lazaristes. M. Chomeil, vicaire-général, et M. Pastour, trésorier de la cathédrale, furent ses bienfaiteurs. Ce prélat donna à l'établissement, en 1678, le prieuré de Talizat, situé à l'est, près des bâtiments actuels-, dans la rue qui descend au faubourg. Nous avons vu que Mgr de Maiguerye l'avait doté d'une campagne.

Le local du séminaire de cette époque étant trop étroit et mal-sain, M. Martinet, en 175:2, luzariste et supérieur, se détermina à bâtir, sur un terrain qu'il acheta, le bel édifice qui existe aujourd'hui. On lui doit aussi les jardins et terrasses de l'établissement. La congrégation des lazaristes en flt tous les frais, et lui-même y contribua pour une somme de 50 mille livres, prise sur son patrimoine. La chapelle du séminaire actuel fut construite sous M. de Ribeyre, qui donna à cette fin 15 mille livres. De nouvelles constructions furent ajoutées en 1830, et enfin en 1840, le gouvernement, sur la sollicitation de M. Dessauret, alors directeur général des cultes, fit bâtir le local de la bibliothèque, qui se compose de plus de 15 mille volumes.

Cet établissement vaste, régulier, d'un bel effet d'architecture, est parfaitement approprié à sa destination. Il a été confié à plusieurs ordres religieux différents, lazaristes, sulpiciens; il est actuellement sous la direction des lazaristes. Il eut sous l'Empire, et pendant les premières années de la Restauration, un grand nombre d'élèves. Il a fourni non seulement à Saint-Flour, mais encore à plusieurs autres diocèses, des ecclésiastiques d'un grand mérite. Il est situé à mi-côte, sur la pente méridionale de la villo au faubourg.

LE COLLEGE.

Noble Annet de Fontanges, seigneur de Puete-Mourier, de St-Juéry, neveu d'Annet de Fontanges, prieur de St-Michel et protonotairc apostolique, fonda en 1585 le collége avec les grands dons qu'il reçut pour cela de son oncle. Il fut secondé par la générosité d'Antoine Monteil, élu de St-Flour, qui contribua pour une somme de 5,000 livres. Il fut régi, pendant plusieurs années, par des ecclésiastiques séculiers qui venaient y professer les diverses classes. L'éyèque de Noailles, conjointement avec les consuls, en donna, en 1662, la direction aux jésuites. On refit les bâtiments; les consuls assurèrent une rente de 3,500 livres; des dons considérables furent faits par plusieurs maisons honorables, et une quête destinée aux constructions produisit 3,510 écus. Marie Berthou de Brezons donna à elle seule 12,000 livres. Mgr de Ribeyre, qui avait commencé les bâtiments du nouveau collége, fonda une chaire de philosophie, une de théologie et obtint deux professeurs pour les enseigner.

Une augmentation de fondation au collége fut faîte encore par haute et puissante dame Marie de Berthou de Crillon, dame de Brezons, en faveur des jésuites, le septième jour du mois de juillet de l'an de la Nativité de NotreSeigneur, 1641. Et à cet effet, les consuls et conseil étant assemblés, députèrent M. Jéhan Coutel, premier consul, conseiller du roi et lieutenant particulier au bailliage de St-Flour, et Pierre Fabry, avocat en ladite ville, pour venir en la ville d'Avignon, où résidait la dame de Crillon, et traiter avec elle, sur la fondation et autres choses qu'il plairait être proposées, tant par ladite dame et les sieurs consuls, et passer un contrat sur ce qui serait convenu et accordé. Il fut stipulé dans la fondation qu'elle était faite uniquement pour établir les jésuites au collége de St-Flour, et qu'elle ne pourrait être transportée ailleurs, et qu'elle serait obligatoire pour ses successeurs Parmi les sommes qu'elle donnait, figuraient un certain nombre de créances dues à la succession de M. de Brezons, son mari, et formant un total de 20,581 livres.

Devaient les consuls et habitants de St-Flour faire mettre au collége, sur la pierre, les armes relevées en bosse du feu seigneur de Brezons et de ladite dame, sur une maîtresse porte dudit collége, en mettre de nouvelles, quand besoin serait, comme aussi au-dessous d'icelle un écriteau énonçant que la dot du collége a été augmentée par ladite dame de Crillon, pour la perpétuelle mémoire du seigneur de Brezons et la sienne propre.

Plus, au cas que les Pères jésuites ne voudraient pas s'établir à St-Flour, ou tenir le collége établi des Pères religieux, ou qu'il n'y eût pas assez de rentes pour leur établissement, malgré l'augmentation de la présente donation à celle déjà faite par la maison de Fontanges, seront les conseillers, consuls et habitants de St-Flour, tenus de remettre la présente fondation à des prêtres religieux, sans qu'ils puissent jamais s'approprier quelque chose, tant du principal que du revenu. Alors veut et entend ladite dame, que les habitants de cette ville établissent un collége ou couvent des Pères de l'Oratoire ou de la Doctrine, pour y faire les mêmes fonctions que les révérends Pères jésuites, et encore pour ce faire, il faudra un nouveau consentement de ladite dame ou des siens, à l'avenir.

Et parce que ladite dame de Grillon est tenue, par transaction entr'elle et les consuls de Murat, de donner toutes les années à l'hôpital de cette ville 500 livres, les consuls de St-Flour seront chargés de payer cette somme à perpétuité, à partir du 13 décembre 1611, sans que ladite dame ou ses héritiers puissent être recherchés par l'hôpital de Murat. Donne, ladite dame, aux consuls de St-Flour une somme de 9,000 livres, monnaie de Riom, pour le support des 500 livres, se réservant le droit de mettre uu pauvre à l'hôpital.

Le roi, par les arrêts de son conseil, des 24 août 1720 et 15 décembre 1722, ayant ordonné que toutes les villes et communautés qui sont chargées de rentes n'en paieraient les arrérages que sur le pied du denier cinquante de leur capital, les habitants de St-Flour se crurent autorisés par ces arrêts à s'affranchir de ces 500 livres. Les consuls et administrateurs de l'hospice de Murat attaquèrent en garantie Anne-Marie-Joseph de Lorraine, prince d'IIarcourt, comme héritier substitué de la dame de Crillon.

Le prince d'Harcourt obtint un arrêt du conseil du roi, le 18 avril 1682, qui condamna les consuls, les habitants de St-Flour, les receveurs ou trésoriers chargés du paiement des dettes de la ville, à payer les 500 livres à l'hôpital de Murat, sans aucune réduction des arrérages, pour ne pas donner atteinte à la fondation d'un collége et d'un hôpital, marques illustres de la pieté des ancêtres de ce prince.

L'instruction, après le renvoi des jésuites, fut confiée à des prêtres séculiers.

Ce collége a joui, il y a cinquante ans, d'une certaine réputation. Il comptait encore, il y a vingt-cinq ans, jusqu'à 400 élèves. Malgré toutes les causes qui précipitent la décadence des colléges communaux, la bonne instruction qu'on y donnait, et le mérite des professeurs, l'avaient maintenu au premier rang des colléges du même ordre de l'académie de Clermont. Aujourd'hui il est en décroissance.

Il s'y trouve une bibliothèque incomplète et peu fréquentée. Son cabinet de physique réclamerait de grandes améliorations. Une école primaire supérieure lui a été annexée.

INSTITUTION ECCLÉSIASTIQUE DE LA PRÉSENTATION DE MARIE.

Quelques irrégularités et désordres s'étaient introduits dans le collége, Mgr de Marguerye, qui voyait là un empêchement au recrutement de ses lévites, dans lesquels il ne trouvait pas toutes les garanties que la sainteté de leur vocation exigeait, proposa aux autorités civiles de s'entendre pour opérer des réformes, et se chargeait de fournir le personnel nécessaire au professorat, en demandant que les bâtiments du collége lui fussent remis, afin qu'il n'existât qu'une seule institution. Il ne dissimula pas qu'en cas de refus il était en mesure de créer une nouvelle maison, parce qu'il considérait comme son'premier devoir d'assurer dans son diocèse la perpétuation d'un bon sacerdoce. Sa proposition n'ayant pas été acceptée, Monseigneur fonda immédiatement, dans un très-beau local au bout de la promenade, près la porte Ribeyre, une école d'enseignement ecclésiastiquè libre, qui, dès son ouverture, a obtenu le plus beau succès, et dont la prospérité est toujours croissante.

ÉTABLISSEMENTS CIVILS

HÔTEL DE VILLE.

L'hôtel de ville, sur la grande place, était jadis le bâtiment dans lequel siégeaient le tribunal et la cour d'assises. Les prisons de la ville et celles du baillage royal s'y trouvaient. Il y a une modeste salle de spectacle. Il est aujourd'hui uniquement consacré au service de la ville.

TRIBUNAUX.

L'édifice dans lequel sont établis aujourd'hui la justice de paix, le tribunal et la cour d'assises, est une construction récente, dont la façade sévère, mais qui ne manque pas d'une certaine élégance, répond à sa destination. Il est fâcheux pour son effet qu'il ait été construit sur une place tellement petite et irrégulière, qu'on la prendrait plutôt pour un élargissement de la rue. L'administration municipale, dit-on, se proposerait de l'agrandir par le percement d'une rue qui, partant de la promenade et continuant celle entre la caserne de gendarmerie et la prison, se prolongerait jusqu'à la grande porte de la cathédrale. Il a été construit sur l'ancien emplacement de la Visitation.

L'HÔPITAL.

C'est un bel édifice, régulièrement construit et entouré d'un enclos considérable. Il est dû à la générosité de Mgr de Ribeyre. Il est situé sur une petite élévation, en face de la Visitation, hors la ville, et à l'embranchement des routes de Rodez et de Murat.

Il est desservi par les Sœurs de la Charité et de Nevers.

Nous sommes en mesure d'entrer dans des détails très-circonstanciés sur cet établissement.

Les revenus annuels sont de 20,000 francs;

Il contient quatre salles pour les hommes et quatre pour les femmes; Il y a en outre une salle pour les garçons et une pour les filles; Il y a une crèche pour les enfants trouvés des deux sexes; La moyenne des enfants trouvés des deux sexes restant dans la maison est de 50; La moyenne des enfants trouvés des deux sexes placés hors de l'établissement est de 258;

Le service médical consiste dans deux médecins;

Le nombre des lits est de 28 pour les hommes, pour les petits garçons de 29;

Il est pour les femmes de 23, et enfin de 36 pour les filles de tout âge;

Le terme moyen pour les malades civils des deux sexes- est de 9;

La moyenne des vieillards et infirmes est de 25;

Le nombre des enfants des familles indigentes est de 5 en moyenne;

Il n'y a que deux pensionnaires;

Il s'y trouve des pauvres à vie;

Le pain de froment et de seigle consommé annuellement est, en moyenne, de 17,721 kilogrammes;

La consommation du vin (y compris le blanc pour la messe) est de 20 hectolitres; On brùle 72 stères de bois par an, terme moyen;

La consommation de charbon de bois est, en moyenne, de 1,550 kilogram.;

La consommation de charbon de terre, aussi en moyenne, est de 17,500 kilog;

Les enfants placés en nourrice sont à la charge du département. Il n'y pas de nourrices à l'hôpital. Ils rentrent, pour l'ordinaire, à l'établissement de trois à quatre ans et y restent jusqu'à l'âge de quatorze ans, où ils se louent; de quatre à quatorze ans, ils sont à la charge de l'hôpital.

On vient de construire à l'hospice de Saint-Flour une chapelle où l'on a adopté le style ogival à lancette, autrement dit flamboyant. On y remarque quatre croisées dont les vitraux sont dus à M. Thévenot, de Clermont. Les personnages y sont de grandeur naturelle.

On voit aussi au même hospice un petit tableau sur cuivre représentant la sainte Vierge et l'Enfant- Jésus. On lit.sur le haut du cadre le nom du Dominicain. Il a été .donné par M. l'abbé de Rochebrune.

LA PROMENADE.

Elle aurait été terminée sous l'administration de M. de Chazerat et aurait porté son nom pendant quelques années. Cependant, ses allées avaient été plantées, en partie du moins, avant 1774; car à cette époque on voit, par les comptes des consuls, qu'on remplaça un certain nombre d'arbres qui manquaient. Elle a de nos jours remplacé les restes mutilés et mal-sains des anciennes fortifications, qui ne rappelaient plus que de douloureux souvenirs. Ses arbres souffraient par le manque de terrain; la démolition des fortifications et les déblais des fondements des nouvelles constructions ont permis de leur en donner une couche épaisse qui leur a rendu de la vigueur. Une partie de la vue qui l'embellissait lui a été enlevée : au midi, par quelques maisons de belle apparence nouvellement construites; au nord, par le vaste bâtiment qui, de manufacture, est devenu le collége libre fondé par Mgr de Marguerye. La grille de fer qui entoure ce bâtiment à l'aspect de la promenade est surtout d'un très-bel effet.

Cette promenade fait l'orgueil de la cité, et malheur à celui dont une légère critique toucherait à cette fibre nationale! Et cependant, par un concours de circonstances vraiment extraordinaire, la vue des promeneurs est continuellement reposée sur la prison cellulaire, la caserne de gendarmerie, l'hôpital, l'ancien cimetière, changé de place depuis peu d'années, et enfin une petite tour, à l'aspect nord, près la porte de Ribeyre, survivant à ses sœurs démolies, et dont la destination était de renfermer l'engin fatal de la justice sociale.

Tel est l'ensemble monumental de ce lieu de plaisance, expression plus exacte que les tours et les créneaux des besoins de notre civilisation moderne.

Le centre de cette promenade est traversé par la grand'route, et son carré, fermé par des petits murs d'un mètre de haut, revêtus d'une couverture en pierre de taille, est occupé par le foiral. Elle vient d'être isolée par une large rue prise sur le jardin de l'Hôpital et l'ancien cimetière.

LA PRISON.

J'ai pu visiter dans tous ses détails, avant qu'elle fût habitée, cette construction philantropique bien propre à priver l'homme de son être, en lui ôtant la raison : les cabanons du rez-de-chaussée, pièces voûtées, presque sans jour, par conséquent privées d'air et dont le pavé n'est séparé d'une eau saumâtre que par quelques centimètres de profondeur, font regretter les oubliettes du moyen âge. Oh! Perfectionnement de nos institutions modernes. Elle fut inaugurée le 20 juin 1847, en présence des autorités religieuses et civiles.

LA FONTAINE DE LA PLACE.

Cette fontaine a acquis une célébrité qu'elle ne méritait pas; elle avait un fût dont les sculptures du moyen âge respectaient peu les mœurs, et qu'un évêque fit mutiler : c'était mal qu'un prélat tint à la décence! De là, la sensiblerie d'un certain nombre d'écrivains et les diatribes lancées contre l'intolérance! On a fait de l'esprit, mais non du bon esprit. Aujourd'hui, cette colonne, chantée sur tous les tons de la gamme philosophique, a disparu et a été remplacée par une autre sans ornements qui ne vaut pas l'ancienne, quoique mutilée.

MENDICITÉ.

Le 18 janvier 1810, une association fut proposée aux habitants de l'arrondissement de Saint-Flour par M. Pinoteau, son sous-préfet, pour l'extinction de la mendicité. Les statuts de l'association furent approuvés par le préfet, M. Delamarre. Chacun s'élant empressé de souscrire à cette œuvre philantropique, elle est aujourd'hui en pleine activité. (Tablettes historiques.)

JUSTICE. — BAILLIAGE. — PRÉVOTÉ — ÉLECTION

Les premières justices qui aient existé étaient seigneuriales, soit qu'elles dépendissent du temporel, soit du spirituel. Avant l'érection du monastère, elles étaient donc rendues à Saint-Flour par les Amblard ou leurs mandataires-, viguiers, juges, baillis ou prévôts, n'importe la dénomination..

Après la fondation du prieuré, les prieurs, comme mandataires des abbés de Cluny, étaient hauts-justiciers, et l'évêque de Clermont, qui avait aussi une part de juridiction , y était représenté par un archidiacre. Après l'érection de l'église de Saint-Flour en évêché, les évêques y ont tenu l'un de leurs officia ux et vicaires généraux rendant la justice dans une grande partie des lieux situés en-deçà du Cantal. Chopin parle d'une transaction entre l'évêque et le chapitre, suivant laquelle l'évêque ne peut, sans l'appeler, exercer sa juridiction, et qui autorise cependant le chapitre à faire tous actes de juridiction en son absence, après l'avoir appelé. Cette juridiction ecclésiastique portait le nom de prévôté.

Philippe-Auguste, après sa conquête de l'Auvergne, soumit Saint-Flour, en premier lieu, à l'autorité d'un comte; il créa un bailliage divisé en deux lieutenances, dont l'une, a la résidence de Saint-Flour (comme le constate un titre de 1281), avait pour ressort toute la partie en-deçà des monts du Lioran et de Tartière.

En 1360, le roi Jean érigea en duché-pairie ce qu'il possédait en Auvergne, à l'exception des églises cathédrales et abbatiales, avec toutes leurs dépendances, fiefs et arrière-fiefs. L'église de Saint Flour n'entra point dans la composition de ce duché, et la ville qui dépendait de son église, en fut aussi exemptée. Le lieutenant du bailli, qui résidait à Saint-Flour, dut s'établir dans une autre localité. Il fut d'abord ambulant, siégeant à Andelat, à Beccoire, Bredons, Roffiac, et définitivement à Murat.

L'évêque conserva donc la justice temporelle, et des lettres de Charles VI, du 21 août 1385, adressées au bailli des montagnes d'Auvergne ou commissaire des exemptions, leur ordonnent de les maintenir dans là justice haute, moyenne et basse de Saint-Flour, sauf l'appel au bailliage de Saint-Pierre-le-Moustier; mais les autres causes relevaient du bailli d'Andelat. Il y avait néanmoins a St-FIour une prévôté royale, et les habitants de cette prévôté étaient dans la nécessité de se rendre à Aurillac ou à Riom pour obtenir qu'on leur rendît justice.

Cette assise judiciaire dura jusqu'en 1523. A cette époque, les justiciables, pour sortir d'un état aussi incommode que nuisible à leurs intérêts, adressèrent une demande au roi François Ier, qui rendit, au mois de novembre de cette année, un édit qui reproduit les principaux faits allégués. Nous allons donner un extrait de cet édit qui, comme tous ceux qui vont être cités, sont déposés aux archives de la préfecture de Clermont.

« François , par la grâce de Dieu , etc. Comme nos chers et bien-aimés les consuls, manants et habitants de la cité de Saint-Flour et autres, de notre prévôté dudit lieu, nous ont humblement fait dire et remontrer que leur prévôté de Saint-Flour est ressortissant pour appel au lieu d'Aurillac , le pays de laquelle prévôté est sciz ez-montagnes, pays abandonné et sujet ez-neiges, rivières et ruisseaux, et distant la ville de St-Flour dudit Aurillac de dix ou douze grandes lieues, valant trente lieues françaises ; au moyen de quoi et de la grande distance des lieux , incommodité des chemins et passages , à cause desdites montagnes, neiges, rivières et ruisseaux, les habitants d'icelle ville et prévôté dudit St-Flour, suppliants, ont par cy-devant souffert de grandes pertes, vexations, travaux, incommodités et dommages à la poursuite de leurs appellations qui ressortent dudit Aurillac; comme les uns noyés . les autres égarés à cause des neiges, les autres contraints de séjourner , tant d'aller que pour retourner, pour ladite incommodité de passages, et pour les autres dangers et afflictions; sont tombés et tombent tous les jours en contumace en leurs affaires et négoces, en grands frais, pertes et dépens; nous humblement requérants : à ces causes, pour les relever, garder et préserver des vexations, peines et travaux ; considérant que dans ladite ville de Saint-Flour il y a siége épiscopal, est située et scise au milieu de ladite prévôté, en laquelle demeurent et habitent plusieurs bons savants qualifiés et Iittérés personnages, faits et expérimentés aux faits de la justice, par quoi convenablement, aisément et sans dangers, et à moins de frais, lesdits habitants pourront poursuivre et avoir issue de leurs affaires, causes et matières. Pour ces causes et autres de nous mouvants, avons, par notre grande et bonne délibération du conseil de ladite ville de Saint-Flour, fait, créé, érigé et establi un siége royal permanent et niable , qui sera un des siéges royaux des montagnes d'Auvergne, composé de lieutenant-général, lieutenant particulier, advocat, procureur, garde des sceaux, receveur de notre domaine, enquesteur et greniers , lesquels auront tels et semblables gages , honneurs, profits et émoluments, à cause de leursdits offices, que nos officiers du pareil état et qualité audit Aurillac . Lequel siége royal aura son territoire et étendue de justice, juridiction et ressort en la ville de Saint-Flour, villes, places et lieux de sa prévôté que nous avons soumis et soumettons au siége de Saint-Flour , auquel dorénavant sera en première instance comme jugé, décidé et déterminé, sous le souverain ressort de notre Cour de Parlement de Paris, de toutes causes et matières civiles et criminelles, réelles, personnelles, mixtes, pétitoires et possessoires , de notre domaine et autres quelconques causes, entre quelconques personnes de quelque autorité, qualité et condition qu'elles soient concernants, regardants, dépendants de la prévôté. Quant à ce, nous avons imposé et imposons silence à notre procureur présent et à venir, et à tous autres, etc., etc. Donné à Lyon, l'an de grâce 1523. »

L'établissement de ce siége éprouva des oppositions, à ce qu'il paraît, de la part des officiers du bailliage d'Aurillac , et même de l'évêque de Saint-Flour; car le même prince étant à Blois le huitième juillet 1524, fit une déclaration dans laquelle il est dit:

« Le roi, par un édit, ayant établi et créé un siége à Saint-Flour, avec les officiers nécessaires; à la publication duquel édit se seraient opposés nos officiers et habitants de la ville d'Aurillac, et depuis, comme l'on dit, notre amé et féal conseiller l'évêque de Saint-Flour, quoique décerné par nous pour bonnes, justes et raisonnables causes;

Pour ces causes et autres à ce nous mouvant, voulant nos droits et autorité être gardés et observés, commandons et enjoignons que ledit édit soit publié et exécuté à Saint-Flour; qu'il y soit fait prisons, poteuse, carreaux, justice patibulaire et autres choses requises et nécessaires.

Et quant à ce faire et souffrir, voulons que soient contraints tous nos officiers, manants et habitants d'Aurillac, l'évêque et tous autres auxquels il appartiendra. »

Le même édit commit le lieutenant-général de Cusset, pour aller installer a Saint-Flour les officiers du bailliage.

Cette déclaration fut exécutée jusqu'en 1560, en laquelle eut lieu une guerre civile, occasionnée par les protestants. La ville de Saint-Flour fut tenue bloquée fort longtemps. Après la guerre vint la peste, ce qui empêcha les habitants de cette prévôté d'aller suivre leurs affaires dans cette localité; d'abord, par la crainte des ennemis ; et ensuite, par celle de la contagion. Ils retournèrent donc les suivre à Riom et a Aurillac, comme par le passé.

La guerre et la peste finies, les officiers de ces siéges, qui souffraient avec peine le nouvel établissement, continuèrent à retenir ces habitants dans leur juridiction et à les distraire de celle de Saint Flour. Le procureur du roi du bailliage et le syndic des états du haut-pays d'Auvergne en portèrent leur plainte au roi Henry III, qui, se trouvant à Saint-Germain le 26 janvier 1584,rendit un nouvel édit dont nous allons extraire quelques passages:

« Attendu que le roi François I°, notre seigneur et aïeul, a érigé en 1523, un bailliage à Saint-Flour, composé de quatre-vingt, tant villes que paroisses, pour les causes être terminées sous le dernier ressort du parlement de Paris.

Et néanmoins qu'en 1573, ceux de la nouvelle opinion se seraient emparés de la ville de Malzieu et de plusieurs châteaux près de Saint-Flour, qui, étant les plus forts aux champs, empêchaient que les personnes pussent y aller pour y porter des vivres, plaider leurs causes , ni autrement, étant irrités contre la villa pour le bon devoir que les habitants en icelle faisaient à la conserver sous notre autorité et obéissance, lesquels ennemis auraient occupé et retenu lesdits forts pendant trois années environ , pendant lesquelles nos officiers audit haillage avaient cessé la plupart du temps de tenir la cour, tant pour obéir à ce que les parties litigantes étant rencontrées aux chemins par les ennemis, ne fussent tués ou pris prisonniers, comme faisaient de jour à autre; afin que ne pouvant se trouver à la poursuite de leurs causes, ne fussent surpris de leurs bons droits: que aussi que nos employés s'employent, afin de faire faire la garde a la ville, craignant qu'elle fût surprise par les ennemis. Laquelle Cour aussi nos officiers n'auraient tenue que bien peu les années 1581, 82 et 83, à cause du grand danger de peste qui dura ces trois années audit Saint-Flour, pendant lequel temps nul n'osait, pour crainte dudit danger, aussi entrer dans la ville pour plaider ni autrement ; à l'occasion de quoi plusieurs habitants de ladite prévôté se sont eux-mêmes distraits du bailliage de Saint-Flour et retirés en d'autres siéges, distants d'eux plus de vingt-cinq lieues, dont le syndic général du tiers et commun état du pays s'est plaint à nous avec humble requête d'y pourvoir, comme aussi a fait notre procureur pour la conservation dudit siége.

Pour ce étant que nous désirons que la justice soit rendue, etc., etc. » Le reste de l'édit relate et confirme toutes les prescriptions contenues dans l'acte de fondation de 1523, et il fut enregistré au Parlement, le 26 juin 1584.

Les officiers du bailliage d'Aurillac se soumirent; mais il paraît qu'il n'en fut pas de même pour ceux de Riom; car nous trouvons, en 1721, que MM. les officiers de Saint-Flour sont de nouveau obligés d'adresser une plainte a M. le chancelier de France pour obtenir la pleine exécution des édits concernant leur bailliage.

Après avoir énuméré toutes les pièces et décisions relatives à leur siége, le Sr de Brugier, lieutenant général, Charloton, lieutenant particulier, et Jules, procureur du roi, exposent que, malgré des titres aussi respectables, qu'ils étaient avantageux pour les habitants de leur ville, les officiers de Riom, se prévalant de leur autorité et de la différence de leur fortune, ont continué leur injuste usurpation , quelque préjudiciable qu'elle fût au bien de la justice et des habitants de cette prévôté. Ils sollicitent donc de M. le chancelier une nouvelle déclaration, et joignent à leur placet la carte de cette prévôté et celle de |a province d'Auvergne, pour faire connaître la nécessité et l'utilité de remédier à l'usurpation.

De leur côté, les officiers de la sénéchaussée d'Auvergne et du présidial de Riom vinrent répondre au placet et en critiquer les motifs. Ils faisaient observer d'abord que, dans ce placet, aucun des lieux prétendus usurpés n'était nommé ; que, dans la carte ou tableau qui l'accompagnait, on trouve une liste de villes, bourgs et paroisses qui, sous ce titre : «  Tableau des paroisses qui se trouvent dépendre, partie du bailliage de St-Flour et partie du ressort de la sénéchaussée et du siége présidial de Riom ; ils ont mentionné même la ville de Saint-Flour, qui certainement ne leur a pas été usurpée, de sorte que ce tableau comprend ce qui leur appartient comme ce qui ne leur appartient pas, et même des lieux qui sont d'un autre ressort que ceux de Riom et de Saint-Flour. »

MM. les officiers de la sénéchaussée d'Auvergne passent ensuite en revue tous les faits avancés dans le placet, faisant observer que dans les divers édits et déclarations il n'est pas dit un seul mot relatif aux officiers et au ressort de Riom, parce qu'ils n'y avaient aucun intérêt, le roi n'ayant entendu former le bailliage de St-Flour que par un démembrement de celui d'Aurillac.

« Enfin, disent MM. les officiers de Riom, il n'est pas permis de douter de la vivacité des désirs des officiers du bailliage de St-Flour pour l'agrandissement de leur ressort; mais en mettant les mêmes dispositions dans ceux qui habitent les lieux qu'ils convoitent, comme ils le font, ils se sont trompés; » il faut même qu'ils aient fait ces démarches sans les consulter, puisqu'au premier bruit qui s'en répandit, plusieurs des principaux seigneurs des justices dont il s'agit, dans l'intérêt de leurs justiciables, ont donné des procurations, afin de s'opposer à cette entreprise. Ainsi, la noblesse et le peuple ne résistent pas moins aux prétentions des officiers du bailliage de cette cité, que les propres titres de ces officiers.

A Saint-Flour, enfin, ils ripostèrent encore par un long mémoire que nous nous abstiendrons d'analyser, vrai factum d'hommes do lois ergotant les uns avec les autres, énonçant les mêmes faits, preuves et convenances, et réclamant la même décision; ils persistèrent dans leur requête. La décision n'est pas mentionnée.

M. Pierre de Laroche-Brisson, lieutenant de la maréchaussée générale d'Auvergne, à la résidence de St-Flour, adressa aussi à M. le chancelier, au sujet de l'instruction des jugements prévôtaux, préparatoires et définitifs, un mémoire dans lequel il est dit : «  Que depuis la création d'un lieutenant de prévôt dans la ville de St-Flour, ce lieutenant a été dans l'usage d'instruire les procédures criminelles, et d'y rendre, avec les officiers du bailliage, les jugements préparatoires, interlocutoires et définitifs, suit que les délits eussent été commis dans le ressort de ce bailliage, de celui d'Aurillac ou de celui de Riom, pour raison des lieux situés dans la Haute-Auvergne, qu'ils prétendaient être de leur ressort; lesquelles trois justices composaient le district du SF Brisson, pourvu que les délits eussent été commis dans son département. »

Le Sr Brisson exposait que son prédécesseur, M. d'Astier, ayant eu des démêlés et des altercations, tant avec les officiers du présidial d'Aurillac, que ceux du présidial de Riom, il avait obtenu de MM. les ministres que, puisqu'il y avait eu de tout temps à St-Flour un assesseur, un procureur du roi et un greffier, qui avaient connu des délits avec lui, il continuerait à en être ainsi à l'avenir. En conséquence, le Sr Brisson réclamait l'exécution de cette décision.

Il exposait que St-Flour se trouvait situé au milieu da son district, dans un lieu environné de montagnes, qui ne favorisaient que trop les malfaiteurs; qu'il s'y commettait parfois des crimes qui nécessitaient souvent une prompte répression; que si les jugements de ces crimes ne pouvaient avoir lieu qu'avec les officiers de la justice royale, outre que l'on ne parviendrait qu'avec peine et force de temps à faire l'instruction, il en couterait des sommes considérables pour traduire les criminels; de plus, que l'on ne pourrait pas l'effectuer pendant six mois de l'année, tant les chemins étaient impraticables à cause des neiges et même la fonte de ces neiges. Il importait donc que M. le chancelier fit rendre un arrêt du conseil pour l'autoriser, conjointement avec MM. les officiers du bailliage de St-Flour, à prononcer les jugements préparatoires et définitifs sur tous les crimes qui seraient commis dans les dépendances de sa lieutenance, comme par le passé.

L'assiette judiciaire du baut-pays d'Auvergne était alors comme il suit:

Aurillac, bailliage.

St-Flour, bailliage.

   Murat, bailliage, prévôté, royale.

Salers, bailliage.

Calvinet, justice royale.

   Chaudesaigues, prévôté royale.

   Vic, bailliage et cour d'appeaux.

Indépendamment des points principaux que nous mentionnons ici, il y avait un grand nombre de petites justices et juridictions particulières.

Quoique ces différentes justices eussent leur circonscription tracée, nous voyons par les démêlés relatés ci-dessus, qu'elles n'étaient pas si soumises à leurs limites, qu'elles ne fussent souvent entr'elles en discussions.

Rien n'avait été probablement décidé sur les prétentions réciproques de St-Flour et de Riom, lorsqu'en 1728, M. le chancelier Daguesseau, auquel le mémoire et tableau présentés à l'appui par MM. les officiers du bailliage de St-Flour, et les réclamations des justiciables d'un grand nombre de localités, avaient démontré la nécessité de réformer une assiette judiciaire aussi défectueuse, écrivit à ce sujet à M. l'intendant de la province d'Auvergne. Toutefois, nous ferons remarquer que l'irrégularité de ces différentes assiettes avait trouvé son origine dans l'organisation seigneuriale antérieure, et était rassortie naturellement des divers flefs et suzerainetés.

Dans la lettre de M. le chancelier, il était dit : « Le mémoire ci-joint vous instruira suffisamment, et de la vue qu'a le roi de réunir les prévôtés royales aux bailliages et sénéchaussées qui ont leur siége dans la même ville, et des moyens qu'on peut prendre pour parvenir à cette réunion. Comme elle peut avoir ses difficultés sur certains points, l'intention du roi est, qu'après avoir pris les éclaircissements nécessaires sur ce sujet, vous lui envoyez votre avis, dans lequel vous expliquerez les expédients les plus simples et les plus convenables pour faciliter l'exécution d'un projet dont vous comprenez toute l'importance.» Vous joindrez, s'il vous plaît, à cet avis, un état exact et très-détaillé du nombre d'officiers, tant des prévôtés que des bailliages qui sont dans le cas du mémoire, la finance qu'ils ont payée au roi, le produit de leurs offices, autant qu'on peut le savoir, tant aux gages fixes qu'aux droits casuels; vous y marquerez aussi le nombre de charges qui sont actuellement vacantes aux parties casuelles du roi.

« Le mémoire que je vous envoie a encore un autre objet; c'est celui de la réunion de plusieurs petites justices royales au corps des prévôtés plus considérables qui en sont les plus proches, et ce second objet demandera encore de vous à peu près le même travail que le premier, excepté qu'il sera moins long et plus facile.

Vous éviterez avec soin tout ce qui pourrait donner une idée fort éloignée de la fin qu'on se propose, et faire croire aux officiers'qu'elle regarde, que c'est ici une affaire de finance, où l'on envisage principalement les intérêts du roi. Vous ne sauriez trop au contraire leur faire entendre que le bien de la justice, et le soulagement de ses sujets, sont les deux seuls motifs qui ont fait penser à La réunion dont il s'agit. »

En exécution des prescriptions contenues, tant dans la lettre de M. le chancelier Daguesseau que dans le mémoire qui l'accompagnait, M. Tassy de Montluc, subdélégué, adressa une réponse, le 4 novembre 1728, faisant connaître, au sujet des réunions projetées, qu'il n'y avait à St-Flour qu'un bailliage royal, à Murat, un bailliage royal, et une prévôté devenue aussi royale au temps où la vicomté rentra dans les mains du roi.

Quant à l'état demandé, tant des offices existants et leur valeur, que des titulaires qui les exerçaient, la composition de ces charges pour St-Flour était, dans leur établissement primitif.

1° D'un président, charge qui n'a pas été levée, ce qui apparaît par le registre des parties casuelles;

2° D'un lieutenant général civil et criminel, commissaire enquêteur et examinateur, possédée par Amable de Brugier, qui la tient de son père et de son grand-père, évaluée aux parties casuelles à 20,000 livres;

3° D'un lieutenant particulier, qui est actuellement possédée par Gilbert Charloton, qui la prit aux parties casuelles existantes par la mort de Jean Coutel, sur le pied de f ,300 livres de finance;

4° D'un lieutenant particulier, criminel et assesseur civil, qui est actuellement possédée par Jean Bérauld, qui la tient de feu son père, de même finance que celle de lieutenant particulier;

5° De trois conseillers (deux seulement ont été remplies), l’une par feu M. Pierre de Saignes, aujourd'hui vacante, aux parties de 800 livres;

L'autre, par M. Isaac-Ignace Tassy qui l'a possédée vingt ans, conjointement avec celle d'avocat du roi, charges qu'il tenait de son père qui les avait exercées pendant quarante années. M. Tassy la possède encore. Mais étant devenu trésorier de France, il ne peut en remplir les fonctions à cause de l'incompatibilité; sa charge de conseiller n'a pas trouvé d'acquéreur. Quant à celle d'avocat du roi, elle a été vendue à M. Beaufils, sans avoir payé l'annuel de 1716. Elle est aussi vacante aux parties casuelles;

Il y a aussi une charge de conseiller du roi, vérificateur des défauts, qui a été supprimée et remboursée en billets de banque;

6° D'un procureur du roi, actuellement remplie par M. Pierre Gillet, qui la tient de feu son père, de la valeur d'environ 1,000 livres;

7° D'un greffier en chef, possédée par M. Jean-François Sainthéran.

POLICE DE SAINT-FLOUR.

La charge de lieutenant général de police a été levée aux parties casuelles par le sieur de Salesse, à 3,500 livres.

La charge de procureur du roi appartient au sieur Chauliaguet; elle est exercée par le sieur Dérame; elle a été payée 5,000 livres.

Il n'y a point de greffier; les fonctions en sont exercées par le sieur Bardol.commis par Mgr l'intendant.

Il paraît que l'intention de la réunion des diverses justices avait préoccupé déjà l'administration supérieure, car on trouve dans les mêmes archives de l'intendance, à Clermont, un état de 1689, indiquant les charges, leurs titulaires, et leur valeur de cette date, ainsi qu'il suit:

ÉLECTION DE SAINT-FLOUR.

M. de la Volpilière, président. . ,  11,000 liv.

Jean Dessauret, procureur du roi 11,000

Jean Faucou , élu                            8,300

BAILLIAGE.

Jean Tassy, avocat du roi                2,500

 

Le lieutenant particulier civil, l'assesseur criminel et un conseiller succédaient à leur père.

Passant aux réunions projetées dans la circulaire de M. le chancelier, M. le subdélégué pense qu'elles ne peuvent s'opérer que sur deux points.

L'un à Salers, pour la réunion de la justice royale de Calvinet;

L'autre, pour Murat et le siége d'Andelat qui y résidait.

Nous allons donner un extrait de ce dernier mémoire, renvoyant les détails à l'article Murat, qu'il concerne spécialement.

Quant aux autres bailliages, ils n'eurent à envoyer que l'état relatif aux charges, leur valeur et leurs occupants.

Après avoir exposé la composition des deux juridictions siégeant à Murat, M. de Rochebrune émet son avis sur la manière la plus aisée de réunir ces deux justices, et il propose quatre moyens différents:

1° La réunion du bailliage d'Andelat à la vicomté de Murat, parce qu'il y aura moins d'offices à supprimer, puisque la charge de lieutenant général dans le bailliage, seule, sera à réunir à celle de juge.

2° Parce que l'exiguité du ressort du bailliage , qui ne consiste qu'en un petit nombre de villages, fait qu'il a peu d'offices , tandis qu'à cause de son étendue, qui est dix fois plus grande , la juridiction de la vicomté est composée d'un bien plus grand nombre d'officiers, Si l'on réunissait la vicomté au bailliage , il faudrait établir le même nombre de charges, ce qui ferait qu'il n'y aurait aucun avantage pour le public Il valait donc mieux unir le bailliage à la vicomté, que la vicomté au bailliage. D'ailleurs, cette réunion était en quelque sorte faite, les officiers du bailliage exerçant les mêmes fonctions dans la juridiction de la vicomté.

Le second moyen de réunion et le plus conforme au projet, suivant M. de Montluc, serait la réunion des deux justices de Murat au bailliage de St-Flour. Cette ville, dit-il, se trouve située au milieu du ressort de la vicomté de Murat, et il faut que les habitants des châtellenies d'Anglards et de Mallet passent par St-Flour pour aller à Murat. Ceux de Châteauneuf n'en passent qu'à trois-quarts de lieue, tandis qu'ils en ont plus de trois à faire pour se rendre au siége de leur justice, et le petit nombre de villages qui forment le bailliage d'Andelat en sont encore plus près. Par cette réunion, la justice se rendrait de proche en proche; le nombre des juges serait diminué; celui des juridictions le serait aussi. Les sujets du roi poursuivraient leurs affaires sans de grandes dépenses; car ils trouveraient réunis le bailliage, l’officialité, l'élection et les recettes; ils auraient même une perte de temps très-minime, puisque beaucoup d'entr'eux pourraient être rentrés à midi et les plus éloignés le soir.

Vient ensuite le moyen de désintéresser les titulaires

Troisième moyen. Si, par quelque cause qu'on ne peut prévoir, disait M. de Rochebrune, la réunion ci-dessus exposée ne pouvait avoir lieu, il y en aurait une autre à faire, moins avantageuse, il est vrai, mais qui ne laisserait pas que de procurer des avantages au pays : ce serait celle des trois châtellenies dépendantes de la vicomté, savoir : Anglards. Châteauneuf et Mallet au bailliage de St-Flour, parce que par leur situation elles en sont à la porte, et même qu'il leur arrive souvent d'être forcées d'y passer pour aller à Murat.

Cette division des châtellenies était, en quelque sorte, déjà faite par les contrats d'engagement, les seigneurs engagistes n'usant pas de leur droit d'y mettre des juges, l'intérêt du bien de la justice et les avantages que les amphitéotes en retireraient leur tenant peu à cœur. C'est pourquoi ils exigeaient peu de désintéressement, et, s'ils en demandaient, on pourrait leur donner une des charges vacantes à Saint-Flour.

Enfin, il y aurait eu un quatrième moyen qui, quoique moins avantageux et moins utile que les autres, ferait aussi le bien du public : ce serait de réunir le bailliage d'Andelat à celui de Saint-Flour.

Quoiqu'on ait donné l'idée, au commencement de ce mémoire, de réunir ce baîlliage à la vicomté de Murat, cela n'a été fait que pour exécuter ce qui avait été prescrit par M. l'intendant, mais nullement dans la vue que cette réunion pût se faire, parce qu'elle ne procurerait aucun avantage au public, et il n'y aurait tout au plus que la diminution d'un juge; mais cette réunion étant faite à Saint-Flour, elle procurerait au petit nombre de villages qui composent le ressort d'Andelat les avantages que l'on désire. Cette réunion serait toute naturelle et en sa place, puisque le siége de cette juridiction, dans le principe, avait été fixé à Andelat, qui n'est qu'à une demi-lieue de Saint-Flour. Les villages qui la composent ne sont guère plus éloignés, et ce n'est que pour la commodité des officiers de ce siége que l'on a toléré leur résidence à Murat. Au reste, il n'y a que deux olficiers a y désintéresser, le lieutenant général et le lieutenant particulier, qui pourraient l'être facilement par les charges de Saint-Flour, vacantes aux parties casuelles.

Cependant, dit en finissant M. de Rochebrune, de toutes ces réunions, celle des deux juridictions de Murat au bailliage de Saint-Flour est celle qui serait incontestablement la plus avantageuse au pays.

Murat conserva ses établissements.

Cette nouvelle assiette ne tarda pas, à ce qu'il paraît, à devenir insuffisante. Déjà, par un arrêt du Parlement, du 6 juin 1760, Riom avait obtenu que la juridiction du bailliage de Saint-Flour serait restreinte dans sept paroisses entières seulement, et quelques villages détachés soit de la sénéchaussée de Riom, soit du bailliage et siége royal de Vic-en-Carladès. Lorsque le roi rendit un nouvel édit de réformation dont l'article 2 porte : « Voulons que tous les bailliages et sénéchaussées de notre royaume (autres ceux érigés par l'articlc 1er en grands bailliages) soient érigés en présidiaux Nous réservons de supprimer et réunir à des présidiaux voisins les bailliages ou sénéchaussées dans lesquels la présidialité ne pourrait être établie et maintenue, d'en créer où besoin sera, même d'ordonner les augmentations et distractions de ressort nécessaires. »

Dans une pétition adressée à l'administration supérieure de la justice, les habitants de Saint-Flour firent valoir, pour obtenir l'érection du présidial dans leur ville, les mêmes motifs déjà énoncés à l'époque de la réformation des bailliages et prévôtés; ils ajoutent seulement que la formalité de l'insinuation des donations prescrite par l'ordonnance de 1731, celle de la publication et enregistrement des substitutions ordonnés par celle de 1747, l'établissement du bureau des hypothèques, fait par l'édit de 1771, semblaient militer en leur faveur. Enfin, les officiers municipaux exposent, comme considération devant faire accueillir favorablement leur demande:

1° Que, par l'édit de suppression des tribunaux d'exeption, la ville de Saint-Flour a perdu le siége de l'élection.

Elle a perdu le siége des gabelles.

Elle a perdu celui de la maîtrise des eaux et forêts, qui s'étendait sur les élections et bureaux d'Aurillac, Mauriac ct toute la Haute-Auvergne.

2° Que n'ayant ni manufacture, ni commerce, ni moyen d'en introduire, ses établissements seuls fournissaient aux familles nombreuses qui l'habitent leurs moyens d'existence, d'élever leurs enfants et de payer leurs impôts. Si l'érection de leur bailliage en sénéchaussée n'avait pas lieu, ces familles seraient réduites à la misère, et l'augmentation de l'émigration, déjà si préjudiciable à l'agriculture, en serait fatalement la conséquence.

St-Flour était en rivalité avec Aurillac. Cette dernière ville obtint le présidial. Cette assiette judiciaire exista jusqu'à l'époque où l'ouragan dévastateur de 93 bouleversa toutes les institutions existantes. Nous n'avons rien à dire sur cette phase judiciaire, sinon que la loi du 19 vendémiaire an IV mit les tribunaux à Saint-Flour.

Ce n'avait pas été sans désappointement qu'Aurillac s'était soumis à cette installation, et il n'attendait qu'une occasion pour la faire modifier. Le génie éminemment organisateur qui avait comprimé le désordre et fait confectionner ces codes, monument durable de la science de nos jurisconsultes, avait compris que les tribunaux devaient aussi recevoir une nouvelle organisation; celle des justices criminelles principalement devait être modifiée.

Aurillac crut l'occasion favorable pour faire valoir ses prétentions. Voici la pétition que firent, à ce sujet, les membres composant son conseil municipal:

A SA MAJESTÉ L'EMPEREUR ET ROI.
En son camp impérial de Madrid.

« Nous supplions Votre Majesté d'ordonner que, conformément à l'art. 258 du nouveau Code d'instruction criminelle, la Cour d'assises du Cantal soit établie à Aurillac, chef-lieu de ce département.

Daignez nous excuser, Sire, de ce que nous osons appeler votre attention sur un tel objet.

Dans quelle capitale de l'Europe que soit votre Majesté, n'est-elle pas toujours occupée des moindres comme des plus grands intérêts de ses peuples? »

Au nombre des principales raisons qu'Aurillac présentait à l'appui de sa demande étaient, entr'autres:

1° Que le département étant coupé en deux par les montagnes, la partie occidentale avait plus d'habitants et par conséquent plus d'affaires à juger, une superficie beaucoup plus étendue et payait plus d'impôts.

2° Qu'Aurillac avait un présidial duquel relevait le bailliage de Saint-Flour. Sur le vœu des douze députés du Cantal, l'Assemblée constituante y plaça le tribunal criminel au détriment d'Aurillac qui en était en possession, lorsque la loi de l'an IV y mit les tribunaux, ce qui fut maintenu par le pouvoir exécutif, malgré les réclamations de la partie occidentale.

3° Saint-Flour n'a pas de maison de justice; la construction de ce palais sera une charge onéreuse au département; les tours de l'évêché servent de prison; ces bâtiments existent à Aurillac.

Nos motifs sont approuvés par l'administration centrale, par le ministre de l'intérieur et par le préfet.

L'administration centrale du département prit, en effet, une délibération favorable à la pétition des habitants d'Aurillac et à la réformation de la loi du 30 frimaire an IV. Saint-Flour, néanmoins, obtint la confirmation de ses établissements judiciaires, et la Cour d'assises dut y résider.

Saint-Flour, comme chef-lieu judiciaire du Cantal, a un tribunal composé de deux chambres, un président, un vice-président, un juge d'instruction, six juges, deux juges suppléants, un procureur impérial, deux substituts, un greffier et deux commis greffiers.

La Cour d'assises est présidée par un conseiller délégué par la Cour impériale de Riom.

Tous les tribunaux, pour les affaires en simple police et police correctionnelle, relèvent en appel de Saint-Flour. C'est aussi le siége d'un tribunal de commerce.

Parmi les hommes distingués qu'a fournis le bailliage de St-Flour, on remarque:
Jean d'Hurie, protégé du chancelier Duprat;
Antoine d'Hurie, fils du précédent;
Jean Balhard, en 1554;
Pierre Balhard, fils du précédent;
Pierre Monteilh;
Jean Chabot, en 1583.
Pierre Chabot, son fils, député du Tiers-Etat en 1614.
Henri de Brugier, en 1666.
Dans la magistrature nouvelle, MM. de Vaissière, Daude, Bertrand et de Pom-
pignac se sont particulièrement fait remarquer.

PRÉVÔTÉ.

La prévôté de Saint-Flour est fort ancienne, et l'une des trois premières qui divisèrent le haut-pays d'Auvergne au XIII° siècle. On trouve mentionné dans des actes : Jean de Roire, en 1329 ; Franconnet, en 1386; Pierre Couderc, en 1390; Pierre de Roire, en 1414; Bernard Gallien, en 1422; Jean Combe et bien d'autres.

ÉLECTION.

Dans tous les temps, les rois de France ont prélevé des subsides sur leurs sujets.

En 1167, Le roi Louis VII prit, durant quatre ans, la vingtième partie du revenu de son peuple; Philippe-le-Bel la centième, mais prit quelquefois la cinquantième; le roi Jean prit la vingtième partie; Charles V prenait 4 liv. par feu, et ont les rois, chacun à leur endroit, usé diversement des subsides.

Anciennement, tels charges et subsides quelconques étaient casuels, parfois volontaires. Ils furent institués pour soldoier et stipendier la gendarmerie de France, subvenir aux frais de guerres, et pour le temps où lesdites guerres duraient. Sur les nobles aussi, il y avait contribution au ban, arrière-ban, emprunts et autres charges. Or, comme cette quantité de deniers ne pouvait venir et entrer d'elle-même au coffrade l'Etat et trésor du roi, cela a donné cause à l'institution des offices et états de finance. De là, l'origine de l'élection de Saint-Flour.

Charles VII fut le premier qui créa, en 1444, la première imposition ordinaire

sur son peuple, et cette première taille, ce premier budget , en un mot, ne fui que de la somme de 18,000 liv.

Suivant M. l'abbé Chaumeil, l'élection de St-Flour aurait été érigée en 1355, par Cbarles V, encore dauphin, pendant la captivité du roi Jean; elle fut longtemps la seule de la Haute-Auvergne. Son étendue étant fort considérable, Louis XIII en tira l'élection d'Aurillac, en 1629, et celle de Salers, en 1639. Cette dernière fut de nouveau réunie à celle de Saint-Flour, par le même roi, en 1661 ; elle était, comme les autres, pourvue des officiers nécessaires.

Nous allons donner un extrait du traité des charges et tailles publié par Jean de Combes, en 1546 ; il fera comprendre les rouages de l'administration ancienne des finances, avant quelle fût modifiée par la révolution.

GÉNÉRAUX DES FINANCES.

Lorsqu'une levée de deniers avait été délibérée par le roi, en son conseil, des commissions étaient dressées et envoyées aux généraux des finances. Comme c'est un malheur assez commun en France de ne trouver aucune chose de l'institution des états et offices, il ne se trouve rien de certain sur la première institution des généraux de finance. Les charges d'iceux, après avoir reçu ce mandement en octobre ou novembre, étaient de la faire publier pour se tenir prêt au paiement, qui se faisait en deux termes, et la répartition de chaque élection était adressée aux élus.

Cependant, l'institution première desdits généraux se trouve probablement avoir été du temps du roi Jean, lequel étant prisonnier en Angleterre , furent faites des ordonnances par le grand conseil sur la manière de lever les aides.

En l'année 1372, Charles V, fils aîné du roi Jean, fit de nouvelles ordonnances sur les impôts. Il y avait alors seulement trois généraux qui avaient plein pouvoir, autorité et mandement spécial de mettre, ordonner et establir esleus, receveurs, grénetiers, contrôleurs, commissaires, sergents et autre officiers, experts et suffisants; de les destituer et renouveler en toutes les cités, villes, diocèses et pays du royaume. Autres et plus amples privilèges furent donnés par les ordonnances du roi Henri II, faites en 1551, par lesquelles on établit dix-sept recettes générales en France, avec autant de généraux. Enfin, ils furent augmentés d'autres dix-sept alternatifs par le roi Charles IX.

ELUS.

On ne trouve pas non plus par qui les élus ont été institués à titre d'office. Il est vrai qu'ils sont mentionnés en même temps que les généraux des finances et semblent, par conséquent, avoir été créés en même temps qu'eux. Il n'en est parlé que dans les ordonnancés des rois Charles VI, VII et VIII, Louis XI et Louis XII, qui parlent seulement de leur état, office et juridiction.

Lorsque les élus avaient reçu la répartition des généraux des finances, ils la subdivisaient pour leur département et envoyaient leurs commissions aux consuls, maires, jurés, syndics ou échevins de toutes les villes et paroisses de leur élection, pour faire asseoir, imposer et cottiser sur leurs habitants la somme y portée, le plus justement et également possible.

Par arrêt de la Cour des aides de Paris, de 1552, il est enjoint aux élus d'Aurvergne de faire ladite assiette, taille et autres denrées par paroisses particulières de leur élection, et non par hameaux ou villages, à moins qu'il n'y ait cause juste et légitime pour faire séparation et désunion desdits villages d'avec leurs paroisses, comme quand ils sont foulés et surchargés; mais aussi cessant cause légitime, les élus doivent, par chacun clocher ou paroisse, décerner et envoyer leurs commissions.

ASSESSEURS.

Les consuls, syndics ou échevins assemblaient leurs communes et corps publics pour procéder à l'annuelle élection et nomination des assesseurs. La charge principale des assesseurs était d'égaler la taille sur tous les habitants, chacun selon ses facultés, sans y omettre personne quelconque, auquel cas ils étaient responsables personnellement de leur taux et indiction. Doivent lesdits assesseurs charger sur les plus riches et opulents, et même sur ceux qui font de folles et téméraires dépenses, tant en somptuosité d'habits que de bouche; est enjoint aux assesseurs de départir et égaler les impositions, non par tête, à savoir le pauvre autant que le riche, mais de les imposer suivant la fortune de chacun.

COLLECTEURS.

Après que les assesseurs avaient fait le département, ils faisaient dresser les roolles, qu'ils délivraient aux collecteurs pour en faire la levée ou cueillette, moyennant qu'ils soient signés par l'un des élus; car autrement, ils ne feraient point foi et n'emporteraient aucune exécution, voir même ils seraient nuls.

Il ne se trouve aucune institution desdits collecteurs faite par les rois de France; ainsi seulement est parlé de leur office et devoir par les ordonnances de Charles VII et François 1°. Bien est vrai que le roi Henri II créa et érigea deux collecteurs des deniers des recettes particulières à chacune des dix-sept recettes générales du royaume; mais ce ne sont ceux desquels nous entendons parler maintenant, car ceux-ci sont créés annuellement par la voix et nomination des habitants des villes et paroisses.

L'office desdits collecteurs consiste spécialement en ce : de faire le moins qu'ils peuvent de vexations, inquiétude et dépense au peuple, et doivent doulcement et gracieusement lever et cueillir l'imposition d'un chacun, de quartier en quartier, ayant leur roolle à la main et dans l'autre une plume pour sur iceux croiser, ou autrement endosser ou mettre les paiements qu'ils reçoivent, et doivent lesdits collecteurs, auparavant que demander ladite indictipn ou cotisation, les dénoncer, publier et avertir les débiteurs.

RECEVEURS PARTICULIERS.

Quatre jours après le terme échu, au plus tard, les collecteurs étaient tenus de remettre les deniers aux receveurs particuliers des tailles. Leur office consiste en ce : de recevoir les deniers des mains des collecteurs, et après d'iceux, apporter aux receveurs généraux en mêmes espèces qu'ils les avaient reçus. Leur institution est autant ancienne que celle des généraux des finances, et semble avoir été créée par le roi Jean.

Ces rouages financiers se complétèrent encore de contrôleurs aux recettes générales, de commis des receveurs, des clercs des finances, des trésoriers do l'épargne, de contrôleurs généraux de l'épargne , de trésoriers des parties casuelles, des trésoriers de France, laquelle charge existait au temps de Philippele-Bel; des trésoriers ordinaires des guerres, des payeurs des compagnies, des trésoriers extraordinaires des guerres et leurs commis, enfin, des secrétaires des finances.

Telle était l'ancienne assiette financière.

Nous avons vu que Charles VII avait rendu les tailles ordinaires et fixes à lever. D'après un édit de ce roi, de 1542, rapporté par Guénois, en sa Conférence, t. 1°, 1. x, titre 21, elles étaient réparties par paroisse, ce qui donna lieu d'établir des bureaux de recettes dans des lieux fixes.

Le même roi (art. 286), pour le soulagement de ses sujets, créa des siéges d'élection, et voulut que dans le ressort de celles qui étaient de grande étendue, il fût établi des siéges particuliers, composés de paroisses comprises dans un rayon de cinq lieues, pour lesquels les élus devaient proposer des commis.

L'élection de Saint-Flour, qui était l'unique établie pour toute la Haute-Auvergne, était dans le cas de cet édit. Ses officiers furent obligés de commettre trois lieutenants : un à Aurillac, où était un bureau; un à Salers, où était un autre bureau, et un troisième à Mauriac, quoiqu'il n'y eût pas de bureau.

Après cette subdivision, Saint-Flour comprenait encore trois villes : celles de Murat, Chaudesaigues, la sienne, et 119 paroisses. L'état de ces paroisses étant dans Chabrol, nous nous abstenons de les rapporter ici.

Cette élection fut pourvue de dix-huit officiers jusqu'à l'année 1734, époque où ils furent réduits à sept, savoir : un président, aux gages de 493 livres; un lieutenant, aussi à 493 liv. Trois élus, le premier, aux gages de 415 liv.; le second, aux mêmes gages ; le troisième à 510 liv. Le procureur du roi avait 2.19 liv., et le greffier 283 liv.

Cette élection possédait en corps 131 livres 9 sols de rentes, en quatre parties mouvantes, du remboursement des finances des officiers supprimés. Cependant les officiers n'avaient à recouvrer que le montant des finances qu'ils avaient versées.

Quant aux droits et exemptions, ils se conformaient aux déclarations du roi et ne prenaient que ceux qu'elles leur attribuaient dans les édits de 1687, du 17 février 1688, et de novembre 1689, savoir : l'exemption de la tutelle, curatelle, logement des gens de guerre, de taille, et généralement de toute autre imposition. Ces privilèges, égaux pour tous les officiers, leur furent encore confirmés par un édit de 1744.

Les Etats du haut-pays se sont souvent réunis à St-Flour, siége de l'élection, pour s'occuper de leurs intérêts communs, entr'autres en 1285, 1365, 1397, 1614. Cette dernière fut surtout nombreuse, et remarquable par la rivalité qui se manifesta avec Aurillac qui avait obtenu, par l'influence de M. de Noailles, que l'assemblée aurait lieu dans son sein. Elles étaient toujours présidées par le bailli ou un grand seigneur; on discutait dans ces réunions les hauts intérêts pécuniaires du pays, la répartition des impôts, et mêmes les dons faits aux gouverneurs de la province.

En 1728,1e roi rendit un édit qui fut enregistré le 15 août 1736, pour Ia désunion de la ville de St-Flour d'avec sa foraine. M. Tassy de Montluc était alors subdélégué. Il y est dit:

« Le roi étant informé que la foraine de St-Flour, quoique d'une très-grande étendue, ne fait qu'une même collecte avec celle de la ville, les consuls de laquelle ne pouvant vaquer par eux-mêmes à la levée des deniers royaux, nomment des collecteurs à leur gré, et fixent arbitrairement ce que la foraine doit supporter, ce qui cause des contestations entre les habitants, qui ne peuvent qu'être préjudiciables aux uns et aux autres, retarder la confection des rôles et la levée des deniers royaux. A quoi S. M. voulant pourvoir, a ordonné : que la foraine de St-Flour sera à l'avenir, et à commencer de l'année 1729, désunie de ladite ville, pour composer une collecte distincte et séparée pour l'imposition de la taille, capitation, et autres impositions extraordinaires; permettant S. M. aux habitants de la foraine de s'assembler pour nommer des consuls ou collecteurs entr'eux, en la forme portée par la déclaration du mois d'août 1723; pour, par lesdits consuls ou collecteurs, faire la levée des impositions et en remettre les deniers directement au receveur des tailles de l'élection de St-Flour, en la manière accoutumée, etc. »

Cet édit fut suivi d'une demande d'arrangement, dans le projet de laquelle était dit : que les forains avaient présenté une requête où ils avaient conclu à ce que les transactions passées entre les habitants de la ville, faubourgs, et foraine, le 9 mars 1494 et 14 juillet 1556, ensemble la sentence qui les avait homologuées, fussent exécutées suivant leur forme et teneur; ce faisant, que de toutes les impositions, tant ordinaires qu'extraordinaires qui seront mandées être imposées, il n'en sera payé qu'un septième par la foraine, avec défense aux consuls de la ville et des faubourgs d'y contrevenir; demandant en outre que les habitants de Ia foraine eussent leur entrée et voix opinative dans les assemblées de la communauté; que les nominations de leurs collecteurs fussent faites par ladite communauté, dans le temps et selon le rang et l'ordre du tableau, avec défense aux consuls de la ville de faire seuls la nomination desdits collecteurs, sous peine d'amende, avec obligation d'informer dans la huitaine les collecteurs de la foraine de la réception des commissions.

De leur côté, les habitants de la ville et des faubourgs trouvaient les demandes de la foraine trop élevées. Ils faisaient observer que la campagne avait des revenus fixes et certains, tandis qu'eux n'en avaient pas, et que les trois quarts même n'avaient que leur travail pour laire subsister leur famille; qu'il y avait dans la foraine 78 paires de bœufs, 30 paires de vaches, des prés et des champs séparés des domaines;

Qu'à l'époque où la transaction que l'on voulait remettre en vigueur avait eu lieu, il n'y avait dans la ville qu'une communauté religieuse, les jacobins, tandis que depuis il s'y en était formé six nouvelles, lesquelles six maisons occupaient la cinquième partie de la ville où résidaient auparavant des habitants qui payaient une cote considérable;

Qu'à la même époque il n'y avait dans la ville qu'un seul noble, tandis qu'aujourd'hui il y avait 44 particuliers, dont les cotes rayées depuis 1691, s'élevaient à 1,370 liv. 18 s. 3d.

D'après les raisons avancées par eux, les habitants de la ville et des faubourgs demandaient que la part de la foraine fut plus forte qu'un septième; mais leur réclamation ne fut pas admise, et les anciens accords furent rétablis.

Avant 1551, l'Auvergne dépendait d'un général des finances qui avait sa résidence à Lyon ; il en fut ainsi jusqu'à la création de la trésorerie de Riom. Un de MM. les trésoriers était délégué pour assister à la répartition des impositions. M. Rancilhac de Chazelles fut, en 1790, le dernier commissaire député du bureau des finances de Riom. La somme totale à répartir sur l'élection de St-Flour, était de 834,513 liv. 10 s.; elle le fut de la manière suivante:

Pour l'imposition principale. ,                                  410,227 liv. 40 s.

Pour les impositions accessoires de la principale. . 189,078 85
                                                       Et pour la capitation 235,206 85

La part de la ville et du foubourg fut de 11,595 liv.

Un receveur particulier, des finances réside aujourd'hui à St-Flour, ainsi qu'un contrôleur des contributions directes, un directeur d'arrondissement des contributions indirectes, un préposé en chef de l'octroi, un vérificateur des poids et mesures, un receveur de l'enregistrement, un conservateur des hypothèques.

ADMINISTRATION CIVILE.

St-Flour, comme les autres villes importantes de la Haute-Auvergne, était originairement allodiale. La juridiction temporelle du prieur, à laquelle succéda celle de l'évêque, devait être à titre volontaire d'hommage-lige, puisque les habitants de cette ville conservèrent le droit de nommer leurs officiers municipaux. Ce qui confirme cette opinion, c'est qu'il est fait mention, dans les actes des consuls de 1429, du serment que prétait l'évêque nouvellement nommé, avant son entrée dans la ville. Il y est dit: « Le sieur évêque, à sa nouvelle entrée, hors la porte du Tuile, a juré aux consuls de tenir et servir la communauté et cité de St-Flour en ses libertés, usages, coutumes et autres anciens droits. »

La première mention des consuls remonte à 1200. Leur établissement était donc antérieur à l'érection de l'évéché qui date seulement de 1317. Il est probable que les prieurs avaient fait de grandes concessions pour attirer la population autour de leur monastère. Charles V, en 1372, accorda à la ville le droit d'avoir trois consuls, avec sceau et archives. Les lettres patentes portent que St-Flour était la clef du royaume aparté ducatus Aquitaniœ. Le même monarque leur accorda aussi de choisir les capitaines qui devaient commander la milice de la ville. Les consuls prêtaient serment à l'évêque.

Philippe-Auguste avait précédemment accordé plusieurs privilèges, par lettres patentes de 1215.

Le roi Charles VII, à son passage, renouvela les anciens privilèges et en accorda plusieurs nouveaux déjà relatés.

Nous allons donner un résumé des actes existants aux archives de St-Flour, sur les droits de l'évêque, des consuls et des habitants.

L'un des droits les plus importants qu'avaient les consuls, était d'avoir la garde des clefs des portes de la ville, avec défense de s'en désaisir, ni offrir à autre qu'au seigneur gouverneur, ou lieutenant-général pour le roi en la province. Ce droit fut souvent conteste par les évêques, entr'autres en 1616, où les fondés de pouvoir du prélat firent assigner les consuls à venir prêter serment et présenter les clefs. Les consuls Pierre Chabot, conseiller du roi, intendant général du bailliage; Charles Gibaut, sieur d'Auzolle, et Mathieu Pauliaguet, bourgeois, firent valoir l'édit de de 1471, confirmatif de ce droit.

D'après un arrêt du parlement de 1378, l'élection des consuls devait avoir lieu tous les deux ans en temps de paix. Ils devaient porter une robe de même valeur que les consuls d'Aurillac, et avoir deux trompettes à gage; ils étaient assistés par trente conseillers jurés, pris parmi les notables de la ville, devaient prêter serment entre les mains des consuls, tenus d'accepter l'office du consul, de bien et loyalement procurer l'honneur et soutenir les intérêts de la communauté, et enlin d'élire trois de leurs membres consuls, l'époque venue.

Parmi ces conseillers jurés, l'un d'entr'eux était attaché au consulat, avec un traitement annuel de 20 florins d'or, payés parles consuls; il recevait d'eux, en outre , une robe pareille a la leur , et était exempté des tailles. Cette charge ne pouvait être exercre que par un licencié en loix:. Les jurés de la maison consulaire devaient se réunir tous les lundis, plus souvent si besoin était, pour recevoir les comptes des dépenses faites par les consuls dans la semaine précédente ; s'ils ne se rendaient pas à la réunion, ils étaient passibles d'une peine. Toutes les dépenses excédant un florin d'or ne pouvaient être faites sans le consentement d'un certain nombre de jurés. Les biens de la communauté ne pouvaient être donnés, ni recevoir d'autres destinations sans le consentement de la majeure partie des jurés, et de la plus grande et saine partie des habitants.

Les consuls avec les jurés fixaient les sommes à imposer pour les affaires de la communauté, suivant les besoins, et en faisaient la répartition par rues et faubourgs; ils devaient la faire également par rue, pour la taille royale, conjointement avec les conseillers, les porte-étendard ou chef de chaque métier, et quatre gens-de-bien de chaque rue.

Un greffier et un notaire étaient attachés aux consuls. Ils avaient aussi le droit de choisir un crieur public, et de le présenter au seigneur évêque ou à ses gens. Il prêtait serment de bien et fidèlement exercer son office, de garder les droits, l'utilité et l'honneur dudit seigneur évêque et de son église, d'éviter leur dommage, et de conserver les droits et franchises de la communauté. Les publications pour causes criminelles, ou peines infligées, se faisaient au nom de l'évêque seul, ainsi que celles contre les forains, excepté pour vivres et marchandises; toutes les autres publications, relatives aux réparations de la ville, à la police, à la vente dès denrées, à la garde de la ville, aux armes, aux convocations du peuple, et aux bestiaux malsains, étaient faites au nom du seigneur évêque et des consuls conjointement, sans que ces publications pussent donner aucun droit de propriété ou de justice auxdits consuls ou au maire. Par arrêt du parlement, les crieurs portaient une robe avec capuchon.

Par suite d'une transaction entre les habitants et les consuls, seize des principaux notables des métiers et des confréries, étaient appelés à délibérer sur les affaires communes et politiques traitées au consulat. Ils avaient voix délibérative, excepté pour l'élection des consuls et les assemblées du Tiers-Etat. Ils prêtaient serment, et leurs fonctions étaient annuelles.

Par lettres patentes, les consuls étaient gouverneurs de la ville.

Ils avaient des valets et gardes-porte à leurs gages;

La connaissance des actions en surtaux, et y faisaient droit avec l'avis de quatre habitants choisis par eux. Ils assistaient aux assemblées du Tiers Etat.

A l'expiration de leurs mandats, ils rendaient compte de leur gestion devant les nouveaux consuls qui s'adjoignaient ad hoc douze jurés, et un certain nombre de délégués hors la liste des jurés, nommés par la classe ouvrière et marchande.

On ne trouve mentionné dans ces archives qu'un seul exemple de malversation, en 1475, sous Louis XI. Les consuls furent condamnés pour avoir détourné des fonds à leur profit; avoir eu des intelligences avec le duc de Nemours et Jean d'Armagnac, ennemis du royaume. Le roi, par exception, nomma pour les remplacer Durand Reigasse, Jean Gilet, et Bernard Vaylet, et les conseillers, au nombre desquels se trouve Jean Bérault (ancêtre probablement de la famille de Vaissière). Guillaume Chatonnier était greffier du consulat. Ces consuls et conseillers prêtèrent serment entre les mains du capitaine pour le roi, du lieutenant du bailli des montagnes. Louis XI les exempta, en cette occasion, du serment à l'égard de l'évêque de St-Flour.

Voici un extrait de cet édit, rendu au Plessis-du-Port, le 17 juin 1175. L'original existe aux archives de la préfecture de Clermont.

« Louis XI, etc. Comme nous avons été avertis par les procès, sentences et condamnations qui ont été prononcées par les commissaires à ce par nous commis et députés, de plusieurs grands abus, excessives exactions et autres plusieurs cas, crimes et délits commis, faits et perpétrés par les consuls et conseillers de la ville et faubourg de St-Flour, comme d'avoir mis et imposé plusieurs grandes sommes et deniers sur la ville sans congé de nous; lesquels deniers ou la plus part avaient appliqué à leur singulier profit, sans les avoir convertis ni les avoir employés à la fortification et emparement de la ville, et qui pis est, les aucuns d'eux ont été trouvés chargés d'avoir adhéré et eu plusieurs intelligences avec le duc de Nemours et feu Jean d'Armagnac, et iceux soutenus et favorisés tant de vivres, artillerie , qu'autres choses a eux nécessaires , combien qu'ils fussent duement informés qu'ils s'étaient élevés et mis sur en guerre à l'encontre de nous et de la couronne de France; par quoi si lesdits consuls et conseillers étaient confirmés dans l'administration et le gouvernement dudit consulat, ils pourraient encore persévérer en leur mauvais et damnable propos, dont plusieurs inconvénients pourraient s'en suivre, non seulement au préjudice de ladite ville, mais aussi de nous et de toutes les choses publiques de notre royaume.

Suivent les destitutions des consuls et conseillers inculpés, et pour leur remplacement les consuls ci-dessus dénommés et pour les conseillers, Pierre Vaylet, Georges Marchand, Bérault, déjà cité, etc. Voulons que lesdits consuls et conseillers demeurent en fonctions jusque de Pâques prochaine en un an, a laquelle fête de Pâques l'on a accoutumé de toute ancienneté élire nouveaux consuls et conseillers. Et ne pourront lesdits conseillers élire et établir d'autres suffisants d'ans en ans en la forme accoutumée; et quant aux conseillers, quand il y aura aucun lieu vacant par mort ou autrement, lesdits conseillers en éliront et mettront un autre suffisant, idoine, ainsi que par ci-devant a été accoutumé de faire. Et seront tenus lesdits consuls et conseillers, avant qu'eux aucunement puissent s'entremettre du fait de leurs fonctions, de faire serment ez-mains du capitaine de la ville qui a présent est, et de celui qui à l'avenir sera , et du lieutenant de notre bailli des montagnes en ladite ville de St-Flour, d'être bons et loyaux envers nous et nos successeurs, de nous obéir et servir envers tous et contre tous, sans personne vivante excepter : de bien et loyalement administrer le consulat et toutes les choses qui en dépendent, touchent et toucheront le fait de la ville et du faubourg, sans que lesdits consuls présents ou à venir soient d'hors en avant tenus de faire aucun serment ez-mains de l'évêque de Saint-Flour qui à présent est, ni de ses successeurs évêques. Et aussi seront tenus d'appeler à leur conseil notre capitaine, pour être et assister avec eux aux conseils et affaires de la ville, si bon leur semble.

Et pour que la chose publique de ladite ville puisse d'hors en avant être augmentée et mieux régie et gouvernée, et pour obvier à plusieurs abus qui se commettent à l'égard des aulnes, mesure de blé, vin, huile et sel, nous avons outre les autres privilèges, octroyé qu'il n'y ait personne dans la ville et faubourg de Saint-Flour qui puisse tenir aucune aulne, mesure de blé, vin, etc., de laquelle charge , administration et gouvernement les consuls et conseillers présents et à venir seront tenus de rendre compte en la manière accoutumée.

Mandons à nos conseillers et maîtres des requêtes, etc., de contraindre les précédents consuls à vuider la maison commune du consulat, à bailler les clefs, robes, registres et autres choses quelconques appartenant au consulat, aux consuls et conseillers sus-nommés, et leur obéir et entendre dans toutes les choses, sinon ils y seront contraints par arrêt et détention de leur personne, prise et exploitation de leurs biens, ouverture de la maison du consulat, et par toutes autres voies dues et raisonnables.

Mandons à notre bailli des montagnes d'Auvergne , à son lieutenant, au capitaine de ladite ville, justiciers commissaires, que tout le contenu de la présente fassent observer, etc., obéissent et entendent diligemment au présent et à l'avenir. »

Les fonctions du consulat étaient honorifiques; les consuls étaient sous la sauve-garde royale.

Des difficultés s'étant élevées sur la préséance, entre les officiers du bailliage et les consuls, par décision du seigneur évêque, du 3 mars 1651 , il fut stipulé qu'en toutes processions, assemblées publiques et particulières, soit que les sieurs lieutenant général ou particulier audict bailliage y soient présents ou non, les sieurs premier ou second consul les précéderont, fors au cas que lesdicts sieurs premier ou second consul se trouvant seuls avec le sieur lieutenant général, celui-ci prendra place au milieu et après ledict premier consul : et quant au sieur dernier consul, ledict lieutenant général le précédera en toutes les processions et assemblées, fors et excepté celles pour imaiges, sainte Expine à sainct Antoine, ou celles maison de ville, drap mortuaire, auxquels lieux ledict lieutenant général ne pourra prendre place qu'après les consuls; néanmoins, a été accordé que pour raison dudict drap mortuaire que en cas que les officiers dudit bailliage soient présents, lesdicts sieurs consuls tiendront la main gauche , et lesdicts officiers du bailliage la main droite; et pour raison du banc de MM. les consuls, le sieur lieutenant général y pourra prendre place après lesdicts sieurs consuls; car ainsi a été accordé sous le bon plaisir de la ville et provisionellement en l'hostel du seigneur évesque, Me Pierre Dubois, secrétaire de la maison de ville, et Pierre Fabry, practicien. Signé par les parties o contractantes, et au-dessous, Jacques, évesque et seigneur de Sainct-Flour. »

Le 29 janvier 1713, M. Victor Spy (des Ternes), conseiller du roi, maire perpétuel de la ville, faubourg et foraine de St-Flour, charge établie sous Louis XIII, assisté de M. Antoine Chauliaguét. premier consul; M. Jean Aujolet, notaire, second consul; MM. les officiers et conseillers; Joseph Boucher, secrétaire, convoqua l'assemblée de la ville pour délibérer sur plusieurs affaires concernant les droits et privilèges et le bien général d'icelle. Il s'agissait de faire cesser l'usurpation faite sur les droits qu'avait eus la ville de tout temps de faire le bail et adjudication des droits des poids, mesures et emballages, de courtage, esteaux des boucheries, par le sieur Bigot, troisième consul, qui, au préjudice de son serment, abusant de sa position, avait entrepris contre les droits des propres consuls du corps de ville.

M. le maire demanda aussi l'établissement d'un concierge pour avoir soin des mesures, étalons, canons, meubles, archives et conclave, lequel sera tenu d'ouvrir, fermer et baailler (balayer) lesdits lieux toutes et quantes fois qu'il sera à propos. Enfin, comme il n'y avait pas d'étapier, un des consuls reçut l'autorisation de se rendre, aux frais de la commune, auprès de M. l'intendant, à Clermont, pour le prier d'ordonner à l'étapier général d'en établir un particulier dans la ville, ou d'autoriser les consuls, en cas de refus de sa part, à en établir un à son compte.

Nous insérerons encore ici l'extrait de quelques autres comptes, rendus à diverses époques par les consuls.

1640. Les sieurs Aimery Vidal et Missonnier, consuls, rendent compte d'une somme de 5,361 liv. 17 sols, pour la dépense par eux faite pour l'entrée de Mgr le duc de Vendôme en la ville; pour mettre sur pied, souldoyer ou munitionner le nombre de douze mousquetons à cheval, suivant l'ordonnance de M. le comte de Noailles, pour aller secourir la ville de Salers.

1642. Dépense d'une somme de 3,000 liv. pour frais faits chez les hostes de la ville, à cause du passage des gens de guerre de ladite année.

1643. Dépensé 1,500 liv. pour le procès pendant au grand conseil entre la ville et les héritiers de la maison de Fontanges, pour raison de la fondation du collége et pour l'obtention de lettres-patentes de Sa Majesté, pour l'établissement des révérends Pères jésuites.

1645. De 4,400 liv. 6 s. 6 d. dépensés par le sieur Chauliaguet et Aymery de la Grange, consuls, par ordre exprès de Sa Majesté, pour subvenir aux frais de réception du seigneur duc de Chaulnes, venant prendre possession du gouvernement de la province. Plus, pour l'entretien et subsistance d'une compagnie de cavalerie du régiment de la reine, en garnison pendant les quartiers d'hiver.

Il paraî! que les habitants s'étaient mis dans l'usage de faire peindre les armes du roi sur leurs maisons; car il intervint en 1694 une ordonnance des consuls, leur enjoignant de les faire effacer, avec défense d'en faire peindre de nouvelles à l'avenir.

Les officiers municipaux de la ville de Saint-Flour, en 1789, étaient:

Maire, M. Spy des Ternes, écuver.

Lieutenant du maire. M. Borel de Montchauvel, écuyer.

Echevins, MM. Coutel, avocat, Giral de Courtilles, Palmier, Chatonier.

Assesseurs, MM. Chanson, ancien greffier du bailliage, Bertrand, procureur.

Procureur du roi, M. Bertrand, avocat.

Greffier, M. Chanson.

Contrôleur, M. Champelaux.

Noms de quelques anciens consuls et capitaines.

1380. Jean-Pierre Mercier, consul.

1380. François Aimeric et Jean Chapoul, capitaines.

1586. Etienne Champagnac, consul.

1388. Jean Cruvellier, consul.

1399. Jean Richard, consul.

1416. Pierre Jouve, consul.

1421. Jean Chavagnac, consul.

1421. Erail Béluge, consul.

1421. Jean Rotgier et Etienne Mercier, consuls.

1427. Jean Champagnac et Durand Clavières, consuls.

1429. Etienne Moreires, consul.

1436. Etienne Chapoule.

1137. Pierre Gillet, consul; il harangua le roi Charles VII.

1461. Pierre Mauranne, consul.

1467. Pierre Tranchet et Pierre Bagon, consuls.

Il y a dans les archives de la ville une copie du compte-rendu par les consuls, faisant mention de l'arrêt qui déclare Saint-Flour capitale du haut-pays d'Auvergne. Cet arrêt lui-même doit être en la possession de M. Dessauret, dont l'ascendant était alors consul, et qui l'avait reçu en dépôt.

Les revenus de la ville, en 1673, étaient de 4.250 liv., dont 2,000 liv, sur la ville et 2,250 liv. sur les paroisses du plat-pays de l'élection. Ils sont aujourd'hui de 54,000 fr.

Comme toutes les autres localités de France, Saint-Flour fut courbé, après la révolution de 1791, sous le joug de la centralisation. Son ancienne et admirable organisation municipale qui, pendant plusieurs siècles, avait fait sa force, créé sa puissance, disparut dans l'ouragan dévastateur. Comme représentants de ses anciens droits et franchises, elle a aujourd'hui: un maire, deux adjoints, un secrétaire de la mairie, un commis, un receveur municipal, un commissaire de police et vingt-trois conseillers municipaux, dont le droit d'ordonner une dépense s'élève à zéro.


 

SOUS-PRÉFECTURE.

Saint-Fiour est la résidence d'un sous-préfet, ayant sous lui un chef de bureau et un sous-chef.

Saint-Flour, la ville épiscopale, la ville forte, la clef du Midi; Saint-Flour, la capitale antique du haut-pays d'Auvergne, s'était complu longtemps dans ses prérogatives. Il entrait donc naturellement dans l'esprit de ses habitants un sentiment de conservation de sa suprématie séculaire. Aussi, lorsque le besoin d'élever une organisation nouvelle sur les ruines d'une société proscrite et décimée se fit sentir, cette cité découronnée vit avec impatience une rivale puissante lui disputer le premier rang administratif; elle passa très-promptement du désir d'avoir le siége du département aux démarches nécessaires pour réaliser ce vœu.

Nous avons déjà dit que St-Frour avait obtenu, par décret du 21 septembre 1791, que le chef-lieu du département ne serait transféré à Aurillac que provisoirement et jusqu'à ce qu'une assemblée des quatre districts eût été appelée pour émettre leur vœu entre l'une ou l'autre ville; que des émissaires avaient été envoyés dans certains districts de la Lozère et de la Haute-Loire pour les inviter à se grouper autour de lui. Nous allons mettre sous les yeux.de nos lecteurs l'extrait d'une délibération prise par la Société populaire de Saint-Flour, du 8 juillet 1793, relatant les motifs sur lesquels reposait leur demande:

« Un membre expose que depuis la formation des administrations départementales, faite par la première Assemblée constituante, les administrés du département du Cantal n'avaient cessé de réclamer contre l'oppression qui résultait pour eux de cette première organisation;

Qu'elle avait réuni des cantons que la nature a invinciblement séparés, et privés leurs habitants de toute communication avec le chef-lieu du département au moins les six mois d'hiver.

Que l'alternat de la cession du département décrété par l'Assemblée constituante entre les deux villes, outre qu'il entraînerait des dépenses très-onéreuses, ne ferait qu'établir une alternative de dangers entre les différents districts;

Que les montagnes du Cantal divisant en deux parties égales la ci-devant Haute-Auvergne, il est aussi impossible aux districts d'Aurillac et de Mauriac, situés à l'occident, de communiquer pendant l'hiver avec ceux de Murat et de St-Flour, qu'à ces derniers de communiquer avec eux ; obstacles prévus dans l'ancien régime, car alors ces quatre circonscriptions dépendaient de la généralité d'Auvergne, dont le siége était à Clermont, et pouvaient y arriver par des routes différentes;

Considérant que la nouvelle division n'a pas été le résultat des convenances physiques et morales admises par l'Assemblée constituante et le comité de division; que les députés de St-Flour protestèrent contre ouvertement;

Considérant que la division du Cantal ne peut subsister dans son état actuel, Arrête : qu'il sera envoyé un commissaire pris dans le sein de l'assemblée, au chef-lieu de canton des districts de St-Flour et de Murat, à l'effet de les inviter à faire connaître à la Convention nationale les inconvénients résultants, pour les administrés, de la division actuelle du Cantal, et demander une nouvelle division plus en harmonie avec les besoins généraux.

En conséquence, furent nommés commissaires : pour le canton de Murat,le citoyen Rongier; pour le canton d'AIlanche, le citoyen Fontanier, et pour le canton de Marcenat, le citoyen Peuvergne.

Murat refusa de s'associer à St-Flour. (Voir la suite de cette affaire à l'histoire de cette ville.)

Fort-Libre, déjà sillonné par la foudre révolutionnaire, avait a lutter contre une force alors plus puissante que la sienne; car Aurillac avait fourni au gouvernail des affaires des hommes malheureusement célèbres, et qui appartiennent à l'histoire de nos plus mauvais jours. Ils firent pencher la balance vers leur ville natale : St-Flour resta chef-lieu-de district et devint plus tard sous-préfecture. Heureuse encore cette cité si, par son ambition, elle n'avait pas excité contre elle les haines d'une rivale longtemps opprimée, et qui trouva un vengeur digne d'accomplir la mission dévastatrice méditée contre sa vieille suprématie féodale.

EAUX ET FORETS

St-Flour est la résidence d'un garde à cheval de 1° classe. Il a sous ses ordres 18 gardes, dont 1 mixte et 17 communaux. Il a à surveiller 173 hect. 19 ares de bois domaniaux, et 1,724 hectares de bois communaux.

Un édit de 1678 avait créé une maîtrise particulière des eaux et forêts dans la ville de Murat (voir à l'article de cette ville). La négligence que MM. les officiers mirent à remplir leurs devoirs et que M. l'intendant d'Auvergne adressa au garde des sceaux de Baudry une demande basée sur les sollicitations des habitants de St-Flour, pour obtenir la translation de la maîtrise dans leur ville. Le 7 janvier 1732, intervint un nouvel édit du roi accordant cette translation sur cette considération que St-Flour étant plus considérable, il était plus facile d'y trouver des sujets propres à remplir les charges, et en second lieu, que cette ville se trouvait déjà comprise dans la circonscription de la même maîtrise.

Tel est le réseau administratif dans lequel St-Flour est aujourd'hui enserré. Ses anciennes franchises, son ancienne administration consulaire, qui avaient créé son existence, développé sa prospérité, fait sa puissance, ont péri dans le gouffre de la centralisation; institution calamiteuse pour la commune, car un commis éloigné parfois de cent lieues, d'un trait de plume tranche souvent les questions locales les plus importantes. Heureux encore lorsque ce trait fatal ne se fait pas attendre plusieurs années! Quand cesseront nos préventions contre une organisation administrative, fruit de la longue expérience de nos pères?

Sous l'ère républicaine de 1848, la liberté municipale, basée sur les passions, était loin de se rapprocher des anciennes franchises, si justes, si raisonnables.

Sous l'empire actuel, une partie de la centralisatiou parisienne a été supprimée, et les préfets investis de ses pouvoirs. Il y a amélioration.

Mais quand reverrons-nous revenir l'ancien affranchissement de nos communes? Notre civilisation moderne le permettra-t-elle! Nous verrons.


 

HOMMES CÉLÈBRES.

La nomenclature des hommes célèbres du Cantal ayant été donnée par M. Aiguesperse et M. Durif ayant publié dans une notice détaillée sur M. Dubelloy, nous n'avons plus qu'à nous occuper de quatre hommes recommandables, dont la vie mérite de plus amples détails: MM. Bernet, Brisson de la Chaumette, Lombard et Lafont.

Mgr Bernet. — Mgr Bernet était originaire de la ville de St-Flour. Ses études terminées, trop jeune encore pour recevoir la prêtrise, il accepta la place de précepteur chez M. Lespinasse, à Murat; il se rendit ensuite à Paris où il reçut les ordres sacrés; il fut appelé à Orléans par l'évêque qui dirigeait ce diocèse, et pourvu d'un vicariat à l'église paroissiale de St-Paterne de cette ville. S'il n'obtint pas plus tôt une position plus en rapport avec ses talents, c'est que dans plusieurs circonstances Mgr Bernet parut blamer fortement les rigueurs exercées contre Pie VII. Son attachement à la famille exilée était connu, et le gouvernement n'ignorait pas qu'à cette époque il était le trésorier de l'association légitimiste, ce qui explique l'affection qu'avait pour lui la dauphine.

La Restauration, comme récompense de ses longs travaux et de ses services, lui confia une tâche importante et délicate.

Le grand aumônier, le cardinal de Taleyrand, le mit à la téte de la maison de la Légion-d'IIonneur, à St-Denys. La discipline s'y était relâchée ; l'esprit de parti et de révolte divisait profondément les filles des glorieux débris des armées impériales; il fallut toute l'habileté de l'abbé Bernet pour ramener ces jeunes élèves au travail et à la subordination.

L'abbé Bernet fut nommé en 1821 chanoine titulaire du chapitre royal de St-Denys.; il avait reçu la mission du cardinal de Taleyrand de se rendre à Ste-Hélène, auprès de l'empereur, qui, voulant mourir dans le sein de l'église catholique, demandait un ecclésiastique de mérite, lorsque l'on apprit la mort de Napoléon.

L'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, lui confia la direction de la nouvelle paroisse de St-Vincent-de-Paul, dans le faubourg Montmartre ; il s'acquitta de cette tâche laborieuse avec zèle et distinction.

Mgr Frayssinoux, ministre des cultes, le présenta au roi en 1827, pour le siége de La Rochelle : le grand âge et la bonté de son prédécesseur avaient laissé quelques abus se glisser dans l'administration de son diocèse ; l'abbé Bernet introduisit les réformes les plus urgentes, publia différents statuts qui rétablirent la discipline, fonda plusieurs maisons religieuses et deux séminaires.

Le gouvernement issu de la révolution de juillet reconnut l'habileté et le mérite de l'évêque de La Rochelle. Le 18 août 1835, Louis-Philippe lui conféra la dignité d'archevêque, et il prit possession du siége métropolitain d'Aix. Dans l'administration de sa nouvelle église, il déploya la même vigilance, la même sollicitude et la même fermeté, donna l'initiative des conciles provinciaux et établit quelques conférences religieuses.

En 1840, il fit un voyage à Rome. Le pape l'accueillit avec distinction, le nomma comte romain. A son retour, il reçut la coix d'officier de la Légion d'Honneur.

Pour couronner cette longue et laborieuse carrière, il fut élevé à la dignité de prince de l'église et fut revêtu de la pourpre romaine le 10 décembre 1845. Ce fut le 22 février 1846 que le nouveau cardinal reçut la barette, et le 24 mars suivant il fit son entrée solennelle dans sa ville archiépiscopale. Mais il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité. Dans une visité pastorale, il fut atteint de la maladie à laquelle il devait succomber. Il s'empressa de rentrer à Aix. Son frère, M. Bernet-Rolande, président du tribunal civil de Riom, accourut près de lui, et c'est dans les bras de ce frère chéri qu'il expira, le 5 juillet de cette année, après une longue agonie.

M. Bernet fut un prélat d'une haute sagesse et d'une grande piété. L'amour, le respect et le regret de son clergé le suivirent dans la tombe.

Brisson De La Chaumette. — Le nom de Brisson est connu de nos lecteurs; ses lettres de noblesse ont reçu une consécration sanglante; son sang avait coulé pour le service de sa patrie. Jean Brisson, seigneur de la Chaumette, de la Queirole et autres lieux, mérita pour lui et ses descendants cette distinction que l'on délivrait à ceux qui l'avaient bien servi. Nous avons vu ses hauts faits à St-Fiour; mais Brisson ne borna pas là ses actions d'éclat. La même année où sa ville natale avait échappé par lui au pillage et à la dévastation, la ville de Maurs lui dut aussi d'être préservée des mêmes désastres. Par ordre du roi, Jean Brisson choisit 50 arquebusiers à pied, et les protestants éprouvèrent un nouvel échec. Le 29 mai 1602, le comte de Noailles, gouverneur du haut-pays d'Auvergne, le chargea de lever une compagnie de 100 arquebusiers et de les conduire sur Carlat, château que sa châtelaine maintenait dans l'insurrection.

Quant au fait d'armes de St-Flour contre le capitaine Merle, il a été raconté d'une manière si diverse par beaucoup d'écrivains, que nous allons donner un extrait de deux actes authentiques qui nous sont communiqués, qui fera connaître la vérité sur ce combat.

Lettres de noblesse.

Nous Henri, etc. Savoir faisons : que ayant en singulière recommandation les louables vertus, vaillances et mérites qui sont en la personne de notre très cher et très-aimé Jean de Brisson, Sr de la Chaumette, natif et habitant de la ville de St-Flour en notre haut-pays d'Auvergne, et aux grands et agréables services à nous par lui faits, même naguères au mois d'août dernier, en la protection, défense ct conservation de ladite ville de St-Flour, capitale de notre susdit haut-pays d'Auvergne, et de laquelle ledit Brisson est consul en la présente année, contre l'invasion et surprise qu'un nommé Merle et autres perturbateurs du repos public audit pays, s'efforcèrent faire de ladite ville, de nuit, par escalade, y étant entrés un bon nombre d'iceux et entrant toujours à la file, dont s'en fut ensuivie la perte et désolation de ladite ville, sans ce qu'ils furent repoussés et chassés espécialement par la vertu et vaillance dudit Brisson , avec tel hazard de sa vie qu'il aurait été blessé de deux coups d'épée en la tête; ainsi que le Sr marquis de Canillac, gouverneur, et notre lieutenant-général au susdit haut-pays d'Auvergne, nous aurait bien amplement averti et requis, en considération de ce vouloir anoblir ledit Brisson et sa postérité, pour récompense et mémoire d'un acte si généreux et louable, pour être ladite ville l'une des plus importantes et fortes de ustuï notre royaume, et de laquelle dépend la conservation de notre susdit pays d'Auvergne; en quoi ledit Brisson s'étant si vertueusement et vaillamment porté, il est digne de grande louange et recommandation, et être honoré de tel titre, grâce et honneur, et prééminence, qu'il puisse à l’avenir faire foi desdites vertus et mérites, et lui demeurer, et à sa postérité pour perpétuer l'honneur et ornement de sa maison. A ces causes, etc »

Le reste de l'acte ne contient plus rien d'historique, et n'est plus que le protocole de l'anoblissement.

Certificat délivré par les membres du chapitre cathédral de St-Flour

à Ht. Claude Brisson ,fils du sauveur de la ville.

« Nous archidiacres, trésorier et chanoines de l'église cathédrale de St Flour, certifions à tous qu'il appartiendra : que cette ville ayant été préservée des ennemis de la foi par la valeur, conduite, fidélité au service de Dieu et du roi, de feu Jean de Brisson, écuyer, seigneur de la Chaumette, la Queirole et autres lieux, au grand hasard et péril de sa vie, la nuit du 9" au 10° d'aoùt, jour de St-Laurent 1578, pour avoir repoussé le nommé capitaine Merle, l'un des principaux chefs des religionnaires, qui l'avait surprise par escalade, fait entrer grand nombre de soldats, et qui entraient toujours à la file par moyen de trois grandes échelles, et son trompette déjà monté sur la muraille qui sonnait ville gagnée , d'où s'en fut suivi l'inévitable perte de ladite ville si ledit Sr de la Chaumette, qui veillait continuellement pour la conservation d'icelle, ne se fut rencontré à cette heure sur ladite muraille, accompagné seulement d'un autre homme , combattu ceux qui étaient déjà entrés, et donné un grand coup d'épée audit trompette jeté en bas de la muraille, et arraché de sa main la trompette, et renversé toutes les échelles; laquelle trompette fut dès le lendemain portée et attachée en un des piliers du chœur de notre église, où elle est encore pendante avec cette inscription-: Tuba proditorum. En commémoration, nous avons institué une procession générale, annuelle et perpétuelle, ledit jour et fête de St-Laurent, qui fait tout le tour par le dehors de ladite ville, où l'on porte le St-Sacrement sous le poêle, ledit poêle porté par MM. les magistrats et consuls de la ville. En foi de quoi, etc. Suivent les signatures. »

Cette pièce lève toutes les incertitudes sur la manière dont les faits se sont passés, et toutes les versions que nous avons rapportées comme bruits populaires, ou avancées par divers écrivains, qui ne sont pas conformes à celle de ce certificat, tombent devant elle.

Nous ajouterons que depuis l'époque du fait d'armes de Brisson, le jour de St-Laurent avait été considéré comme une véritable fête ; le travail n'était permis que le soir. Au retour de la procession, le Te Deum terminait cette cérémonie connue sous le nom de Vœu de ville. Cette procession était précédée d'une grand'messe dans l'église cathédrale. Le chef de la famille Brisson et sa femme y assistaient ensemble, ainsi qu'aux vêpres, dans une place réservée au chœur, et pendant la procession, marchaient à la suite du St-Sacrement, tenant un cièrge à la main. La trompette des protestants, portée par M. de Brisson comme gage de souvenir, figurait aussi dans cette cérémonie; nous avons dit comment elle avait été détruite. La famille de Perpezat, qui représente celle de Brisson, reçoit encore les mêmes honneurs; mais la fête de St-Laurent n'est plus chômée; la procession qui avait lieu le matin ne se fait plus que le soir, après vêpres, dans l'intérieur de la cathédrale.

Brisson avait un fils qui marcha sur les traces de son père. Claude de Brisson reçut du roi, le 25 mai 1639, le commandement de cent hommes d'armes. Il forma, le 25 janvier 1652, une compagnie de chevau-légers. Le 24 août de la même année, il fut promu par le duc d'Angouléme au grade de major au régiment de cavalerie d'Espinchal. Il se distingua particulièrement à l'affaire du Pont-de-Ce, en 1620; aux siéges de St-Jean-d'Angély, en 1621, de Clérac, de Montauban, de la Rochelle, de Gravelines, de Mardick et de Dunkerque. Il fit aussi plusieurs campagnes à l'armée d'Italie et fut blessé plusieurs fois. Il vivait encore en 1666, époque où il reçut la confirmation de sa noblesse.

Lombard. — Lombard, peintre d'un certain mérite, le seul artiste de ce genre produit par St-Flour, était né dans le village de Roueyre, vers 1622. Il montra dès sa jeunesse un goût décidé pour la peinture, et dut à la nature son talent; car tout porte à croire qu'il ne sortit jamais de l’Auvergne et qu'il ne put avoir sous les yeux les modèles de nos grands maîtres. Nous connaissons personnellement de lui plusieurs tableaux; son genre, pour quelques-uns d'eux, se rapprocherait de l'école flamande.

Il a été parlé du Mangeur de Pois. C'est une toile de demi-grandeur, en buste seulement; un jeune pâtre de la Planèze tient à la main une écuelle pleine de pois. La physionomie de cette tête, toute flamande, rend bien la satisfaction que se promet le consommateur de ce repas succulent. Cette fantaisie appartient à M. Teillard-Laterisse, ex-maîre et député de Murat. Malheureusement, cette peinture, qui ne serait pas désavouée par des artistes d'un talent supérieur, a été abandonnée longtemps dans une cuisine, parmi les casseroles; la fumée a déposé sur elle une couche jaunâtre épaisse; elle serait digne d'être décrassée et restaurée, si toutefois la chose est encore possible.

Rabani Beau regard, dans sa Notice sur les tableaux de la ci-devant prouince d'Auvergne, article Clermont, cite deux peintures de Lombard : l'une, dans la chapelle du grand séminaire, ayant pour sujet l’Ange-Gardien, tableau tout pourri; l'autre, aux recollets de Mont-Ferrand, au maître-autel, représentant l'Adoration des Bergers. On croit que ce dernier est aujourd'hui au retable du couvent de la Visitation, à Riom. Elle est d'un médiocre effet, et composée probablement dans les jeunes années du peintre.

M. Bouillet dit que l'on voit dans l'église qui sert de paroisse une Adoration des Mages, ouvrage de Lombard; M. Durif, un autre dans l'église de Massiac.

Nous pourrions en dire autant du même sujet qui se trouve au retable de la chapelle de la Visitation de Saint-Flour; mais comme il a été restauré et badigeonné par un plâtrier, il est difficile de l'apprécier; toutefois, au travers de cette couche déplorable de couleurs, on peut reconnaître encore le talent et la composition d'un maître.

Mais c'est principalement dans une maison de la rue Pascal, près celle des Ursulines, à Clermont, que se trouvent les meilleures peintures que nous connaissions de Lombard. Le salon de cette maison est-peint par lui en entier, et l'on ne peut avoir aucune incertitude, car les tableaux sont tous signés de lui. Ils sont placés dans quatre panneaux symétriques occupant les vides des deux côtés de la cheminéc et d'une croisée; ils ont été évidemment commandés pour la place qu'ils occupent et sont entourés de cadres, couleur bois , de la meilleure sculpture. Le millésime inscrit est 1662. Les sujets qui y sont représentés sont de grandeur naturelle; le choix de l'artiste : Didon, Cléopâtre, Samson et Thaïes.

Didon est représentée dans un âge mur. Ses traits sont altérés et flétris par la douleur. Elle est à demi-couchée sur son bûcher, et y met le feu avec le flambeau de l'Amour qui cherche à la retenir.

Cléopâtre va périr; sa physionomie exprime ses passions et ses déceptions. Elle détache et jette autour d'elle les pierres précieuses, les colliers de perle, les bracelets et autres ornements qu'elle avait reçus d'Antoine. Résolue à mourir pour ne pas tomber au pouvoir du vainqueur, elle tient l'aspic dont elle attend la mort et le porte à son cou.

La composition de Samson est celle de toutes les autres peintures qui représentent ce sujet. Samson est endormi : sa tête repose sur les genoux de Palila, qui tient les ciseaux fatals. Les Philistins cachés attendent avec anxiété la fin de la mutilation.

Le philosophe Thalès est assis en face d'une sphère, un compas a la main : sa physionomie exprime l'extase; il est absorbé par de hautes contemplations.

Ces quatre sujets sont largement traités : le peintre, on le voit, était dans la plénitude de son talent. Les personnages sont posés et groupés avec art. La peinture dénote un pinceau exercé : le coloris est brillant, mais les teintes obscures sont un peu foncées. Quand au dessin lui-même, sa correction laisse un peu à désirer.

Indépendamment de ces quatre tableaux, l'on voit encore de cet artiste, dans le même salon, au-dessus des boiseries de la cheminée, dont la sculpture et le fini sont du goût le plus pur, une toile ovale représentant au quart de grandeur naturelle un Amour déployant ses ailes et secouant sa torche; sa physionomie exprime le contentement.

Enfin, dans la même pièce, se trouvent deux trumeaux ou dessus de porte représentant des scènes pastorales, composées dans le goût de l'époque.

Lombard a laissé aussi, dit-on, quelques portraits.

On ignore le lieu et l'époque de sa mort.

Lafont. — Quoique ce célèbre violoniste ne soit pas né à St-Flour, comme ses pères étaient de cette ville et qu'une partie de sa famille l'habite encore, cette cité, peut le réclamer à bon droit. Nous allons donc repoduire ici l'article qu'a publié sur lui la biographie de Feller.

« Lafont (Charles-Philippe), célèbre violoniste, naquit à Paris, le 1er décembre 1781. Sa mère, sœur de Bertheaume, jouait du violon, et lui donna les premières leçons de musique et de cet instrument. Plus tard, Bertheaume lui-même le prit pour élève et le fit voyager en Allemagne avec lui. Encore enfant; Lafont exécutait des solos dans des concerts publics, en 1792, à Ambourg et à Lubeck, et faisait déjà remarquer la parfaite justesse de ses intonations et sa dextérité. De retour à Paris, il reçut pendant deux ans des leçons de Kreutzer; Navoigille aîné, puis Berthou, lui enseignèrent l'harmonie. Doué de tact et de goût, il apprit seul à chanter, et il se fit entendre aux concerts du théâtre Feydeau. Devenu ensuite élève de Rode, il s'efforça d'imiter le fini du jeu de cet artiste. Des-lors, son talent de violoniste commença à prendre le caractère qu'il a conservé depuis, et qu'un long travail a perfectionné de plus en plus. Il fit de nombreux voyages en Allemagne, en Hollande , dans les Pays-Bas, en Italie, en Angleterre et dans le nord de l'Europe. Il succéda à Rode, à St-Pétersbourg, dans la place de premier violon folo de l'empereur de Russie. Lorsqu'il revint en France, en 1815, Louis XVIII le nomma premier violon de la musique de sa chambre. Plus tard, Lafont joignit à cette place celle d'accompagnateur de la duchesse de Berry. Il s'est fait entendre souvent dans les concerts de l'Opéra. Dans l'été de 1838, il parcourut le midi de la France. En 1839, il fit une excursion dans les Pyrénées avec le pianiste Henri Herz, son ami; mais la voiture qui les transportait ayant versé, il ne survécut que deux heures à ce cruel accident, et mourut au mois de mars de cette année. i

QUELQUES FAMILLES PRINCIPALES.

Nous connaissons peu les habitants de Saint-Flour; c'est de nous-mêmes que nous avons indiqué les quelques noms cités ici. Nous prévenons donc les personnes omises qu'il n'y a eu à leur égard aucune mauvaise intention de notre part.

Nous citerons d'abord les familles de Montluc, de Montchauvel, de Lagarrigue, du Rochain, de Labro, Gillet d'Auriac, Laroche de Perpezat, Dessauret d'Auliac. Lamouroux de Pompignac, de Vaissière, Trémeuge de la Roussière, de la Vergne. Toutes ces familles sont inscrites au Nobiliaire d'Auvergne, de M. Bouillet, et ceux qui voudront avoir de plus amples détails , les trouveront dans cet ouvrage Parmi les familles éteintes, nous citerons celles de la Fage, de Bron, de Rochebrune, de Grandval.

MM. les juges du tribunal : Ipcher, vice-président; Loussert de Grolès, juge d'instruction; Torrette, Méjansac, Dumas, Logerote, Bousquet, Fournier, Clavière fils, greffier; Lafont et Clavières, juges de paix.

Habitants notables : MM. Henry, Lafont, Clavières, Daude, Bory, Durand. Baduel, Frayssinette. Bertrand, Grassal, Chadel, Basset, Beaufils, Felgère, Creuzet, député, Brémont.

Nous terminerons l'article concernant les principales familles par l'état suivant des fiefs, terres et seigneuries relevant du roi, dans l'élection de St-Flour, avec la date des prestations de foi, hommages et aveu. Elles étaient, en 1764, au nombre de quatre-vingt-dix-sept. (L'acte authentique est en ma possession):

1716. 18 mai. Jean-B. Leroux a rendu foi et hommage pour la terre et seigneurie d'Anglards et la terre d'Auzan, dans les paroisses de Paulhac et Andelat.

1716. 22 juin- Jacques de Douhet, pour la terre et seigneurie d'Auzers. 1716. 29 juillet. Mauriac de Brogfio, pour la terre et seigneurie de Clavières. 1716. 22 juin. Claude de Sartiges, pour la terre et seigneurie de Lavandes, paroisse de Champagnac 1716. 7 août. François d'Espinchal, pour la terre et seigneurie de Massiac.

1716. 18 juin. Pierre de Chaudesaigues, pour le fief de Terrieux.

1716. 15 juin. David Dufour, pour la terre et seigneurie de Vernol.

1717. 3 juillet. C.-Josep Molin, pour la terre et seigneurie d'Auliadet, paroisse de Peyrusse. 1717. 28 juillet. Gilbert-Gaspard de Chabanne, pour la terre et seigneurie d'Apchon.

1717. 26 juin. Molin de la Vernède, pour la terre, seigneurie et prieuré de Bonnac.

1717. 16 juillet- Charles Podevigne, pour les terres et seigneuries de Bégut et de Broussadel, situées en les paroisses de Vabres et de St-Georges.

1717. 18 juillet. Bernard Château, pour les terres et seigneuries de Chenac et Dissar, paroisse de Vabres.

1717. 1° juillet. Antoine-Guérin Falcon, pour le fief de Longeviale, paroisse de Chaliers.

1717. 23 juillet. De la Rochette, pour la terre et seigneurie de Lemorlle.

1717. 26 mai. Pierre Cysterne, pour la terre et seigneurie de Rochegonde, paroisse de Cussac.

1717. 16 juin. JeanCrosac, pour le fief et prieuré de Rochefort, pa

roisse de St-Ponsy.

1717. 25 juin. La communauté de St-Flour.

1717. 26 juillet. Guillaume de Chabane, pour la terre et seigneurie de

Vernière, paroisse de St-Vincent.

1719. 12 mars. Dame Marie de Murat, pour la terre et seigneurie de

Falcimagne, paroisse de Cheylade.

1721. 17 juin. François de Dienne, pour les terres et seigneuries d'Allanche et de Malliargues.

1721. 21 avril. Louise Béringier, pour la terre et seigneurie de Saint

Clément, paroisse de Menet.

1722. 14 octobre. Marie de Grenier, pour les terres et seigneuries de Fomontel et le Chambon, paroisse de St-Cernin.

1722. 12 septembre. Pierre de la Forge, pour la terre et seigneurie de la Pierre, paroisse de St-Paul.

1722. 14 octobre. Louis de Grenier, pour la terre et seigneurie de Longvergnie, paroisse de Pleaux.

1722. 28 août. De Roclaure, pour les terres et seigneuries de Montchanson et Chaylet, paroisse de Faverolles.

1722 22 janvier. Pierre de la Plaigne, pour le fief de la Plaigne et Mannisque Lahorie, paroisse de Ste-Eulalie.

1725. 31 mars. Mathieu de Ponsonnailles, pour les terres et seigneuries d'Angle, Chassa n, Champiol et Faverolles.

1723. 3 mai. Charles-Louis Chevallier, pour les terres et seigneuries d'Anteroche, Cbambeuil ct Longvial-Delfaux.

1723. 12 juillet. Guillaume-Antoine de Bouillier, pour les lerres et seigneuries d'Albaret, paroisse de St-Ponsy.

1723. 13 décembre. Jean-André Laronade, pour les terres et seigneuries d'Apchier et de Berc, paroisses de Saint-Paul et Fontanges.

1723. 11 mai. Germain Bonnafosse, pour la terre et seigneurie de Bellinet, paroisse de Paulbac.

1723. 8 juin. Jean Dupré, pour les terres et seigneuries de BessereI, Châteauneuf et Fonbonne, paroisses de Fournols, Lavastrie et Alleuze.

1723. 17 juin. D'Apchier, pour les terres et seigneuries de Bournoncles,

Laudière et celle de Faverolles

1723. 13 août. Muret, pour la terre, seigneurie et prieuré de Bredon.

1723. 17 août. Christophe du Fayet, pour la terre et seigneurie de la Bastide, paroisse d'Anglards.

1723. 22 octobre. Antoine d'Anglards, pour la terre et seigneurie de Bassiniac.

1723. 17 novembre. Delort, pour le prieuré de Brot, paroisse de Menet.

1723. 17 décembre. Madeleine Duteil, pour les terres et seigneuries de Bressanges et la Chaumette, paroisse de Valeujol.

1723. 18 décembre. Guillaume Traverse, pour la terre et seigneurie de Beaumonteil, paroisse de la Chapelle-Agnon.

1723. 5 août. Marc de Malafesse, pour la terre et seigneurie du Couffour, paroisse de Chaudesaigues.

1723 7 août. Pierre Déribier, pour la terre et seigneurie de Chavaniac, paroisses de Sauvat et Auzeret.

1723. 13 août. Jacques Roc, pour les terres et seigneuries de Chavaniac et Crouset, paroisse de St-George-d'Aurac.

1723. 26 août. François de Bonafoux, pour cens et renies dans la paroisse de Lavialle.

1723. 7 décembre. Jean Ganil, pour cens et rentes nobles dans les paroisses de Valeujol et Pauliac.

1723. 13 décembre. François de la Mazouare, pour la terre et seigneurie de

Courdre, paroisse de Méallet.

1723. 17 décembre. Emerie-Robert Lablanche, pour les terres et seigneuries de Comolet et Fialet, paroisse de St-Bonnet.

1723. 15 décembre. Pierre de Laroque, pour cens et rentes dans la paroisse de Vaissenet

1723. 29 décembre. Antoine de Laumur, pour cens et renies à Loubezargues, paroisse de Valeujol.

1723. 13 juillet. De Montboissier, pour les terres et seigneuries de Dienne et la Trinitat.

1723. 16 avril. François Dubois, pour la terre, seigneurie et fief du Fer, paroisse de Pauliac.

1723 16 juillet. Antoine Pons, pour les terres, seigneuries et fiefs del Faut, Singlard et Lespinasse, paroisse de Saint-Projet.

1723. 16 juillet. Louis Chevallier, pour les terres et seigneuries del Faut et Longvial, paroisse d'Anglards.

1723. 16 juillet. André de Chazette, pour la terre et seigneurie del Pont-Barque, paroisse de St-Paul.

1725. 13 décembre. Charles de La fond, pour la ferre et seigneurie d'Angniou.

1723. 17 juin. Jean Derigal, pour la terre et seigneurie de Faverolles, paroisse de St-Remite.

1723. 10 mai Guillaume Dubois, pour les terres et seigneuries de Jarry et Nozières, paroisse de Pauliac.

1723. 7 août. Guillaume Déribier, pour la terre et seigneurie de Laire, paroisse de Saignes.

1723. 7 août. François Déribier, pour la terre et seigneurie de Laurichesse, paroisse de Trizac.

1723. 7 août. Pierre Déribier, pour les terres et Seigneuries de Lacombe et Chavaniac, paroisses d'Auzers et Sauviac.

1723. 1 septembre. Antoine Sauvage, pour la terre et seigneurie de Lauzet, paroisse de St-Bonnet.

1725. 2 septembre. Pierre Brugerol, pour la seigneurie et fief de Lage, paroisse de Tanavelle.

1723. 6 septembre. Bernard Delong, pour la terre et seigneurie de la Clidelle, poroisse de Menet.

1723. 6 septembre. François de Chalus, pour la terre et seigneurie de Lagorce-le-Réal, paroisse de Dide.

1723. 18 décembre. Madeleine Chabanon, pour la seigneurie et fief de Laumur, paroisse de Chastel.

1723. 17 juin. Demoure, pour le fief et prieuré de Mauriac.

1723. 17 décembre. Jean de Laroque, pour la terre et seigneurie de Neussargues, paroisse de Moissac.

1723. 2 juillet. Jean Sauvage, pour la terre et fief de Retortiliaire, paroisse de St-Martin-Valmeroux.

1723. 2 juillet. François de Sartiges, pour la terre et seigneurie de Sorniac.

1723. 5 août. De Bonnefont, pour le fief et prieuré de la Trinitat, paroisse de Jabrun.

1723. l,r juillet. Charles de Chazelles, pour la terre et seigneurie d'Uliet,

paroisse d'Ussel.

1724. 26 janvier. Jean David, pour cens et rentes dans la paroisse de

Bredon.

1724. 29 janvier. Pierre Teillard, pour la seigneurie et fief de Chabrier, paroisse de la Chapelle-Agnon.

1724. 24 avril. Catherine de Bérar, pour la terre et seigneurie de Farges, paroisse de Chastel.

1724. 20 mars. Denis de Cabanne, pour la terre et seigneurie del Gorce, paroisse de Bredon.

1724. 24 avril. Le chapitre de Murat, pour cens et rentes dans la paroisse de Virargues.

1724. 29 janvier. René Teillard, pour le fief de Tissonnièrc, paroisse de Chalinargues.

1729. 21 novembre. Jean Bréchet, pour cens et rentes dans Chaudesaigues.

1730. 8 février. Pierre de Chaudesaigues, pour les terres et fiefs de Mirabel et Lubèse, paroisse de Sarut. 1730. 20 mars. Pierre Chazelède, pour la terre et seigneurie de Legrelet, paroisse de Roffiac.

1731. 12 décembre. Gaspard d'Estaing, pour les terres et seigneuries de Cheylade et Lescure.

1733. 22 juillet. Alexis Rogerie, pour Laroche-Canillac, paroisses de St-Remis et St-Urcize.

1736. 27 juin. Pierre Rivière, pour cens et rentes dans la paroisse de Tourniac.

1738. 28 mai. Marguerite d'Alègre, pour la terre et seigneurie de Rouzière.

1739. 21 août. François de Beauverger-Mongon , pour les terres et seigneuries de Boucherat et Corin, paroisses de St-Ponsv et Corin.

1740. 25 novembre. J.-B. Spy, pour les fiefs des Ternes et Tagenac, paroisse de Neuvéglise.

1740. 25 novembre. Pierre Luillier, pour cens et rentes dans la paroisse des Ternes.

1743. 9 décembre- Pierre Fait-Dechamp, pour la terre et seigneurie de Jarige, paroisse de Salers.

1752. 23 juin. Louis d'Anteroche, pour les terres et seigneuries d'Anteroche, Chambeuil et Combrille, paroisse de Bredon.

1752. 2 mars. Ignace - Isaac Tassy, pour les terres et seigneuries de Coltines et la Chassaigne.

1752. 26 mars. Daumière, pour la terre et seigneurie de Lescure, paroisse de Valeujol.

1756. 2 août. François Lastic de Sieugeac, pour les terres et seigneuries d'Alleuze, Albepierre, Murat, Sieugeac, St-George-deVabre, la Trémouillière, Variliette, le Buissou et Lesbros.

1759. 16 juillet. Dominique de Monclart, pour la terre et seigneurie d'Anglards.

1761. 12 mars. George l'Escurie, pour cens, rentes et directes dans les paroisses d'Anglards et Salins.

1762. 5 février. P. Ange Fumel, pour cens et rentes, domaine et montagnes à Salins et St-Projet.

1762. 23 juin. Antoine Pouchol, pour cens , rentes et, justice dans la paroisse de Barière.
1763. 11 mars. Honoré de Lure de Salvert, pour la terre et seigneurie de Drugeac.

1763. 3 octobre. Elisabeth de Lostange, pour la terre et seigneurie d'Oi-gnon, paroisse de Plot.
1764. 3 janvier. Hemeric-Ignace-Geneste, pour cens et rentes dans la paroisse de Plot.

FAUBOURG.

Renfermé, d'un côté, dans ses rochers basaltiques coupés à pic, de l'autre, dans la double enceinte de ses murs, pendant lontemps l'ancienne ville n'a pu se développer sur son plateau. Elle prit son accroissement sur le flanc de la montagne et sur les deux rives de l'Ande. Ce fut l'origine du principal faubourg, l'une des parties les plus agréables et les mieux percées, avec une belle avenue de peupliers se prolongeant sur la route du Midi, dans le sens de la vallée. Ce faubourg, appelée de Ste-Christine, a cause de l'église qu'Odilon y fit construire sous ce vocable, ne prit une véritable importance qu'au commencement du XVI° siècle; on n'y voyait que quelques maisons. Le pont, d'ordre roman, fut construit par le même Odilon; étroit et fermé par des portes, il défendait la ville, et rendait ainsi difficile le passage de la rivière dans la saison des pluies. Ce pont avait quatre arches en pierre de tuf. Comme la route de Rodez et d'Aurillac était forcée de le traverser, on y avait ajouté, pour l'élargir, des parapets en bois. Il subsiste encore, mais étroit comme les constructions anciennes; il était dangereux à tous égards. Il ne sert plus qu'au passage des piétons et de quelques chars.

Le Gouvernement vient de faire construire, un peu plus bas, un beau pont à trois arches pour le service des routes. Le faubourg a été ouvert en droite ligne sur le prolongement de la côte qui descend de St-Flour, et l'on arrive à ce nouveau pont par une rue large et bien alignée qui remplace les abords resserrés et tortueux de l'ancien.

Sur son prolongement, le long de la rivière, on trouve dans le faubourg une place spacieuse. C'est le centre de son roulage et de ses hôtelleries. Sur la place est une belle fontaine.

Le faubourg des Tanneries est à la suite de celui de Ste-Christine, en remontant la côte de Saint-Flour, sur un petit ruisseau. On y remarque une fontaine construite sous l'administration de M. Borel de Montchauvel.

Le nom de faubourg St-Jacques a été donné à ces quelques maisons qui s'élèvent aujourd'hui sur la route de Rodez, depuis la porte des Lacs, de celui du propriétaire de la première maison qui y a été construite. Il se prolonge au-delà de la Visitation, et les bâtiments de l'hospice s'y trouvent compris; mais la promenade et autres établissements ne lui permettront pas un grand développement.

ROUTES.

La route n° 9. de Moulins à Nîmes, après avoir serpenté sur le flanc de la montagne et traversé le faubourg St-Jacques, relie la ville haute avec ses faubourgs.

Les deux routes de Saint-Flour à Aurillac par Murat, et de Rodez par Chaudesaigues, passent aussi dans la longueur de ce même faubourg St-Jacques

La route de grande communication, de Saint-Flour à Bort par Allanche, en passant par la Planèze, a son débouché à l'angle nord de la promenade, en face de la porte Ribeyre, et longe les constructions du nouveau collége.

Les piétons communiquent généralement avec le pont Ste-Christine, par la rue qui commence à la porte nommée présentement des Tuiles, quelquefois aussi par un rude et étroit sentier qui suit la rampe des rochers, partant de la place à l'extrémité Est de la cathédrale. Quant à la grand'route de la ville à ses faubourgs, à cause des détours qu'elle a dû faire, elle n'est guère suivie que par les cavaliers et les voitures.

IMPRIMERIE.

L'établissement d'une imprimerie à Saint-Flour date de l'année 1707. d'après les titres de la ville. La veuve Sardine exerçait cette profession en 1789, et continua sous la République. Elle est exercée aujourd'hui par M. Viallefont, homme de talent et d'érudition, et par M. Vidal.

COMMERCE. — INDUSTRIE.

La position de la ville haute ne favorise pas les entreprises industrielles. Il y avait néanmoins autrefois un grand nombre d'orfèvres. Quoique l'on croie généralement en France que Saint-Flour n'est habité que par des chaudronniers, peu de ces industriels y ont formé un établissement. Les grains, les bestiaux, les fromages, les chevaux, les mules et un commerce de détail pour l'approvisionnement des campagnes sont la part de la cité supérieure. On y faisait aussi jadis de la peinture sur verre et de l'émaillerie. Plusieurs églises du diocèse en ont conservé des fragments.

Les principaux établissements industriels sont dans le faubourg.

OUVRAGES EN LAINE.

Au bord de la rivière de l'Ande, presque attenant au vieux pont, s'élèvent des constructions considérables dans lesquelles on fait des couvertures, des limousines, plus connues sous le nom de mirègues, commerce important dont les ramifications s'étendent jusqu'à Paris. La filature de cette fabrique, son tissage et son foulon occupent une centaine d'ouvriers. Cette branche d’industrie, la plus importante du pays, est de création moderne.

CUIRS.

Les tanneries étaient jadis très-actives et le commerce des cuirs tannés important.

Par arrêts rendus par Henri IV, dans les années 1585 et 1596, en 1627 et 1637, par Louis XIII, il avait été créé des offices de contrôleurs, visiteurs, marqueurs, lottisseurs, prud'hommes et vendeurs de cuirs. Ces offices étaient devenus héréditaires pour les titulaires, à la charge par eux de prendre de nouvelles provisions du roi et de payer un supplément pour ladite hérédité, lequel était taxé dans son conseil. Ce versement devait être fait dans le délai d'un mois, sous peine d'interdiction desdits offices, de faux et de cent écus d'amende La finance pour cet office était à Saint-Flour de 2,158 liv. 10 sols, et la taxe pour sa mutation à titre d'hérédité de 700 liv. Les titres d'achat de ces offices devaient être réunis ez-mains des maîtres des requêtes, commissaires départis, ainsi que la quittance des finances, pour être communiqués aux taneurs, et du tout dressé procèsverbal.

Le sieur Missonnier, bourgeois de Saint-Flour, muni de cet office, ne s'était point, à ce qu'il paraît, soumis à ces formalités ; il fut attaqué par les corroyeurs et tanneurs en 1677; ils se refusèrent à payer les droits et à subir la visite, comme n'étant pas légalement constitué. Les prescriptions ayant été remplies par le sieur Missonnier, il fut maintenu et gardé dans ses fonctions de visiteur et marqueur de cuirs, en 1682, et dans les droits à lui revenant pour la marque; il fut enjoint aux marchands tanneurs de la ville et du faubourg d'ouvrir leurs maisons et tanneries pour y faire la visite des cuirs, y mettre la marque et payer les droits, sous peine de 50 liv. d'amende, comme aussi aux syndics de rendre compte au sieur Missonnier des droits perçus par eux depuis le 3 août 1677 jusqu'au jour de l’arrêt.

En 1703, il s'éleva un différend entre les marchands tanneurs et corroyeurs de Saint-Flour, demandeurs d'une part, et les marchands gantiers et pelletiers de la même ville, défendeurs, au sujet de la déclaration portant que les droits des officiers contrôleurs, visiteurs, prud'hommes, vendeurs, lottisseurs et porteurs de cuirs seraient payés sur les peaux de martres, castors, loutres et autres, de quelque nature qu'elles fussent, par les marchands qui les vendaient.

Il est dit encore que les droits des cuirs, peaux et pelleteries venant des pays étrangers, seraient payés par ceux qui les amènent par terre et par mer.

Demandaient en conséquence les marchands tanneurs: Que les marchands gantiers et pelletiers ne pussent sortir, vendre ni débiter aucuns cuirs, peaux et autres marchandises sujettes au droit de marque, qu'après les avoir fait marquer et payé les droits.

Il fut répondu que ces droits n'appartenaient pas au roi, attendu que la communauté en avait fait l'acquisition par arrêt du Conseil d'Etat de 1689, et que cette communauté, à différentes époques, comme propriétaire dudit office, avait payé les taxes imposées à cet effet. Ces droits avaient donc été négligés.

Quant à l'importance de la fabrication, il y est dit qu'il ne se fait que quelques cuirs de veau et de mouton pour la consommation du pays, les cuirs de bœuf provenant de la ville d'Ardes. Au reste, ce commerce était alors peu considérable et ne se composait que de quatre à cinq tanneurs. Il avait depuis acquis une certaine extension.

La concurrence, comme dans le reste de la France, a diminué l'activité de ces usines. On y fabrique avec les débris des tanneries une colle-forte assez commune connue dans le commerce sous le nom de colle de Saint-Flour.

Il y avait naguère au faubourg un établissement peu important, une scierie d'une espèce de marbre vert très-foncé avec de petites taches noires et grises, et ressemblant par sa nuance à du basalte. On en a fait des corniches de cheminées pour le pays et des monuments funèbres ; mais il se délitait en plein air. M. Coste, qui avait fait cette entreprise, l'a abandonnée, faute d'un débit suffisant. Le batiment a été réuni à ceux de la manufacture.

On fait encore à Saint-Flour quelques dentelles communes, de la poterie, qui passe pour la plus belle et la plus solide du Cantal, et des cardes pour travailler la laine.

Les jours de marché sont le mercredi et le samedi.

Les foires s'y tiennent le 3 février, le 28 avril, le 2 juin , le 11 août, le 7 novembre, le 18 décembre; le premier jeudi de carême , le samedi veille des Rameaux , le samedi avant la St-Jean et le samedi avant la St-Michel. Les plus suivies sont celles du 2 juin et du 7 novembre.

Saint-Flour relevait de Riom.

BANLIEUE.

Les villages et hameaux de cette commune sont:

Besseyrette, hameau. Jean d'Escourolles en était seigneur en 1542.

Baugensat, hameau.

Camiol, hameau.

Chagouse, village.

Chazeloux, hameau.

Le Colombier, hameau sur le ruisseau de Frayssinet, qui a donné son nom à une famille marquante. Guillaume du Colombier, damoiseau, vivait en 1285; il assista à l'assemblée de la noblesse tenue cette année à Saint-Flour. En 1273, les habitants de la ville y firent construire un pont pour faciliter, est-il dit dans l'acte, les communications entre la France, l'Auvergne et le Languedoc. L'autorisation fut donnée par Béraud de Mercœur, protecteur de la ville, en présence de Bertrand de Brossadols, sous la réserve du droit de péage dû par les habitants à cause de l'ancien pont.

La Chaumette, hameau avec un château qui appartenait à la famille de Brisson. Il est situé sur le plateau, vis-à-vis et au sud de la ville. Sa vue s'étend fort loin. Il est flanqué de trois tours dont l'architecture paraît être celle du XVI° siècle. Il y avait un souterrain creusé dans la roche volcanique et qui se prolongeait fort loin vers Saint-Flour. L'entrée en a été murée pour éviter les accidents.

Courtilles, hameau; il appartenait a la famille de Coutel. On y célébra le mariage de Madeleine de l’Hopital, sœur du chancelier et fille du garde des sceaux de la duchesse de Bourbonnais. Courtilles, en 1539, appartenait à la famille Jurquet.

Le Fayet, village sur le chemin d'Alleuze.

10° Freydeyre, hameau près de la ville, sur le ruisseau de Volzac . Il a été parlé de sa chapelle.

11° Frayssinet, village sur les hauteurs, a l'ouest de Saint-Flour. Hugues de Chavagnac en était seigneur en 1294; il vendit ses rentes à Jean Saisset, bourgeois de Saint-Flour, anobli plus tard. Isabelle deRoffiac, veuve d'Hugues d'Allégriel, était dame de Frayssinet en 1346. Jourdain Vidal en était posseseur en 1397. C'est de ce lieu que furent conduites, en 1506 et 1664, les eaux qui alimentent les fontaines de la ville.

On trouve un monument celtique près de Frayssinet. L'autel était elliptique: sa longueur de 4 mèt. 10 cent., sa largeur de 5 mèt. 50 cent., son élévation de 4 mètres et son épaisseur de 1 mètre. La table suivait la direction de l'est à l'ouest, ses supports formés par deux blocs aujourd'hui couchés. A côté est un peulven de 1 mèt. de haut. Des fouilles faites à l'entour n'ont amené aucune découverte. Il ne reste plus aujourd'hui que les deux supports du dolmen et le menhir. La table a été brisée par un cultivateur pour clore un héritage. L'autorité municipale intervint malheureusement trop tard pour la sauver de la destruction. Placé sur une élévation, dans une vaste plaine, le monument druidique servait de boussole aux habitants du pays, lorsque la terre disparaissait sous la neige.

12' Lescure, hameau avec un pont

13° Mimates, hameau.

14° Massalès-Bas, moulin.

15° Massalès-Haut, hameau.

16° Meyrinhac, hameau.

17° Rosiers, hameau.

18° Roueyre-Vieille, gros village sur la rivière d'Ande, patrie de Lombard.

19° Ternes-Pessades, hameau.

20° Vendèze, hameau où était établi, en 1200, un péage sur le ruisseau de Colzac, près de la route de Massiac.

21° Volzac, village au sud, sur le chemin de Villedieu.

CONCLUSION.

Nous bornerons ici notre notice sur Saint-Flour. Ce n'est pas qu'il n'y ait encore bien des choses à dire sur son histoire contemporaine et aussi sur l'ancienne, car nous n'avons pas la prétention d'avoir tout recueilli. Quant à ce qui concerne les temps actuels, ils sont trop orageux et les passions politiques trop ardentes pour contenter les uns sans mécontenter les autres, et-faire accepter la vérité par tout le monde.

La cité fait des efforts louables pour lutter contre la nature de ses matériaux de construction et l'éloignement de la chaux; longtemps encore elle restera la vilte noire. Toutefois, les rues s'élargissent et se redressent, les places se dégagent, ses constructions nouvelles sont faites avec plus de goût, et les maisons portées sur piliers disparaissent.

Quant à sa position sociale, si la clef d'Aquitaine a vu s'affaiblir son antique suprématie, son prestige n'en subsiste pas moins dans l'esprit du montagnard. Pour l'émigrant, Saint-Flour est resté la ville-mère : demandez à ce chaudronnier d'où il est. Il vous répondra de Saint-Flour; à ce commissionnaire, ce charbonnier, ce porteur d'eau, ce portier ou garçon d'hôtel, ce portefaix des grandes villes, à ce marchand de parapluies, St-Flour, toujours St-Flour! Dans leur esprit, Aurillac, Mauriac, Murat ne sont rien ! Et, quand après une longue et pénible campagne qui parfois ne se borne pas à la France seule, l'émigrant vient rapporter à sa famille souffreteuse les économies obtenues par la sagesse, la probité, le travail et la sobriété, son cœur, comprimé par l'absence, se dilate quand il aperçoit de loin les tours massives de la cathédrale : les joies du foyer domestique sont rentrées dans son âme; il a revu la patrie.

 

Paul DE CHAZELLES.

COMPLÉMENT DE LA NOTICE SUR SAINT-FLOUR.

Nous avions fait, pendant plusieurs années, d'inutiles recherches pour nous procurer les huiles d'érection de l'évêché de St-Flour, lorsqu'une communication bienveillante de M. le bibliothécaire du grand séminaire de Mont-Ferrand nous les a procurées. Comme elles n'existent aux archives ni de St-Flour, ni de Clermont, ni de Bourges, ni même dans les bibliothèques de Paris, nous estimons que ce sera une œuvre utile au Cantal que de les consigner dans sa Statistique. Nous devons à une plume spéciale la traduction française donnée ici.

 

Erection de f église de Saint-Flour , et sa distraction du diociese de Cler-mont.

Jean, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour la mémoire perpétuelle de la chose.

Notre Sauveur, aux ordres de qui tout est soumis, voyant une grande moisson dans le champ de ce monde, et considérant combien peu nombreux étaient les moissonneurs, nous avertit qu'il fallait prier le maître de la moisson d'y envoyer des ouvriers; et luimême sortant de grand matin comme le père de famille, envoie avec diligence à toutes les heures du jour des ouvriers dans sa vigne. C'est pourquoi le pontife romain, qui ne se meut que par la disposition du Seigneur, étant reconnu son vicaire sur la terre, doit se conformer à ses actes, autant que le permet l'humaine fragilité, ainsi doit en tout lieu où il aperçoit une moisson surabondante, c'est-à-dire une grande multitude de peuple augmenter selon le besoin le nombre des ouvriers, et, selon la parole du prophète, redoubler de surveillance, relever les gardiens et occuper dans la vigne du Seigneur des vignerons habiles.

Considérant attentivement ces choses, et ayant mûrement réfléchi dans notre sollicitude que le Très-Haut a fécondé la ville et le diocèse de Clermont d'une si grande multitude et diversité de peuple, qu'un seul pasteur ne peut plus ni exercer une surveillance suffisante, ni remplir les autres devoirs de la charge pastorale; et aussi que dans un diocèse si grand et si étendu, il est trop pénible et trop difficile pour tant de personnes ecclésiastiques et laïques de recourir a un seul éveque, nous, voulant accroître le culte de Dieu et le bien spirituel des âmes que nous espérons procurer avec certitude par notre décision pour les causes déjà énoncées et pour d'autres également justes, après en avoir traité avec notre vénérable frère Albert, évèque de Clermont, de notre science certaine, de l'avis unanime de nos frères et la plénitude de la puissance apostolique, pour la gloire de Dieu, l'exaltation de l'Église et le salut des fidèles, par l'autorité apostolique, nous divisons l'évéché et le diocèse de Clermont en deux diocèses, dont nous ferons connaître les limites.

Voulant et décidant, par notre autorité déjà invoquée, de l'avis de nos frères et de la plénitude de notre puissance, que, outre la ville de Clermont, qui aura son diocèse propre et distinct dont nous fixerons les limites, le bourg dt- Saint-Flour. que pour cela, ainsi qu'il convient, et de notre même autorité, nous érigeons en ville et que nous illustrons du titre de ville, ait son diocèse séparé et distingué par des limites certaines du diocèse qui doit rester attaché à la ville de Clermont, et que le prieuré conventuel, anciennement de St Flour, de l'ordre de Cluny de la même ville, où repose le corps du même saint Flour, confesseur, soit à l'avenir et pour toujours une église cathédrale, et que cette église «t ladite ville, avec son chapitre et son diocèse , restent entièrement libres et exempts de toute juridiction, puissance et suprématie de l'évêque, du chapitre et du diocèse de Clermont, ainsi que de l'ordre, de l'abbé, des religieux et du monastère de Cluny. . i

Car, quoique ce lieu et tous les habitants aient dépendu jusqu'à présent, ainsi qu'on le sait ,dudit monastère, dans les choses spirituelles comme dans les temporelles, et que ce monastère ou son abbé aient exercé sur cette ville et sur ses habitants certains droits temporels et une supériorité temporelle; du conseil, de l'autorité et de la puissance sus-énoncés, nous voulons et nous décidons que cette église et cette ville ne soient plus obligées, ni en commun ni en particulier, à aucun tribut, à aucune prestation , à aucun service, à aucune subvention ni envers l'ordre, l'abbé, les religieux ou le monastère susdits; bien plus , nous délions et déchargeons entièrement cette église, cette ville et tous ses habitants de tous les droits exercés sur eux, et que nous avons rappelés, et nous transférons à ladite église de Saint-Flour et a son évêque actuel, voulant qu'ils leur appartiennent pleinement, intégralement et perpétuellement, tous les droits de supériorité , et tous les autres que ledit monastère et son abbé exerçaient sur ladite ville et sur ses habitants , médiatement ou immédiatement , et de quelque manière qu'ils fussent exercés, et tous , quels qu'ils soient et de quelque nom qu'ils soient désignés.

Mais comme cette église n'a pas de revenus en rapport avec le nouveau rang et l'honneur auquel elle est maintenant appelée par l'autorité déjà invoquée, nous décrétons qu'elle soit honorée par une telle augmentation de revenus, que sa mense épiscopale soit à perpétuité et pour chaque année de cinq mille livres tournois, provenant soit des biens de la mense épiscopale de Clermont les plus rapprochés de l'église de St-Flour et les plus convenables pour elle, soit des biens et des possessions de cette même église de St-Flour qui pourront le plus convenablement rester attachés à sa mense épiscopale, et qui lui seront attribués suivant l'estimation faite en commun de ces biens et des revenus qu'ils peuvent produire; voulant obtenir que cette division, décrétée par la prudence et avec la circonspection du siége apostolique, soit réalisée utilement et salutairement pour tous les temps à venir , et qu'elle ait la force d'une institution immuable, nous défendons rigoureusement, par l'autorité déjà invoquée , à tous ceux qui sont élevés au-dessus des autres hommes par leur ordre, leur condition, leur rang et même par la dignité épiscopale, archiépiscopale ou royale , de troubler ou d'arréter par aucun obstacle, sous aucun prétexte, d'aucune manière, pour aucun motif, dans aucune occasion, ni ce décret apostolique, ni aucune personne dont il parle, ni aucune des choses qui y sont réglées.

Ainsi, nous annulons et déclarons nul et de nulle valeur tout ce qu'on oserait entreprendre contre ce décret, par qui que ce soit et par quelque autorité qu'il soit entrepris; et cependant, du conseil et de l'autorité dont nous avons déjà parlé, nous prononçons contre ceux qui y contreviendraient sciemment, à moins que dans l'espace de huit jours après la promulgation des présentes , ils n'aient manifesté leur repentir par leur soumiss'on, la peine de l'excommunication pour toute personne, de l'interdit pour les universités et de la suspense pour les maisons régulières, les chapitres et les colléges, et nous voulons que les personnes frappées par les sentences n'en puissent recevoir l'absolution que du pontife romain, excepté à l'article de la mort.

Que personne donc n'ose transgresser ce décret de division de nos volontés, de constitution, de libération, de translation, de défense et de promulgation.

Donné à Avignon, le 7 des ides de juillet, l'an premier de notre pontificat.