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Dordogne

 

— Rivière. — La Dordogne qui prend sa source dans le flanc septentrional des montagnes du Mont-Dore et va former la Gironde en s'unissant à Garonne au-dessous de Bordeaux, n'appartient pas, à proprement parler, au Cantal; mais elle lui sert de limite à l'ouest avec la Corrèze, sur une longueur d'environ 52 kilomètres.

Rien n'est accidenté comme le cours de cette rivière, dans la partie où elle touche au département. Tantôt elle traverse des plaines d'une riche végétation et animées par les sites les plus pittoresques, et elle s'épanche, calme et paisible, formant une nappe parfaitement unie; tantôt elle s'échappe au travers de roches abruptes et se heurte, fougueuse et mugissante, contre des obstacles de granit qu'elle ne cesse de ronger.

De Beaulieu, où elle commence à baigner le Cantal, jusqu'à Bort où elle entre momentanément dans la Corrèze, la Dordogne parcourt une vallée de peu de largeur, mais gracieuse et embellie par les ruines du château de Tinières, la plus ancienne des forteresses de l'Auvergne, et par le château de Vais, le monument le plus remarquable peut-être et le mieux conservé de l'époque féodale.

A Bort, elle rencontre les routes de Clermont à Aurillac et de Bort à Ussel, et les lignes de grande communication de St-Flour et de Murat à Bort. Elle passe sous un beau pont près duquel on aperçoit, sur une esplanade, le buste en marbre de Ma rm on tel, originaire de cette ville, et au pied d'une montagne couronnée d'une magnifique colonnade de phonolithes à longs prismes, qui semblent avoir formé, avec ceux de Chastel et de Saignes, une seule nappe brisée sans doute dans une immense dislocation. Puis, elle reçoit la Rue, rivière considérable, qui servait autrefois de limite entre la Haute et la Basse-Auvergne.

Elle quitte la commune de Bort un peu au-dessous de son confluent avec la Rue , et vient baigner le territoire de Madic où elle passe au pied d'une magnifique mine qui a été longtemps l'habitation somptueuse des marquis de Chabannes; puis celui de Champagnac, dont elle fait une sorte de cap. Jusque-là elle a coulé sans rencontrer d'obstacles et dans des vallées plus ou moins larges mais toujours riantes; ici elle se resserre tout-à-coup, se précipite et s'enfonce en mugissant dans des gorges dont l'aspect est affreux ; elle n'y trouve qu'avec difficulté le passage nécessaire à ses eaux; les rochers qui lui servent de berges s'élèvent à pic au-dessus d'elle à une hauteur prodigieuse, et à peine quelques arbres chétifs et rabougris croissent-ils sur ses bords : il est impossible de trouver un lieu plus triste et plus désolé.

Dégagée de ses masses de granit, mais resserrée encore par des obstacles sans cesse renaissants, la Dordogne reçoit les eaux de la Diège qui lui viennent de la Corrèze, se dirige vers la chapelle de St-Benêt, construite sur des rochers qui s'élèvent autour d'elle en forme d'obélisques, le château d'Anglards, perché comme une aire d'aigle au-dessus de son lit, et atteint le petit port de Verneige, où elle passe sous un pont en fil de fer, reliant la ligne de grande communication d'Egletons à Murat. A dater de ce point, ses rives commencent à prendre un aspect moins sauvage.

A l'entrée de la commune de Veyrière, où elle ne tarde pas à arriver, on remarque dans son lit, lorsque les eaux sont basses, près de l'emplacement d'un ancien couvent, le couvent des mongesi, dont il reste à peine quelques traces, les ruines d'un pont qui ouvrait une communication très-fréquentée sans doute autrefois pour aller de l'Auvergne dans le Limousin; car des lettres de sauvegarde, accordées en 1410 à l'abbesse de Bonnesaignes par le lieutenant-bailli des montagnes, nous apprennent que sa destruction qui, comme on le voit, date d'une époque passablement reculée, fut d'un grand dommage pour la chose publique; et d'autres accordées en 1430 par le bailli de Montferrand, que plusieurs et diverses personnes du pays et de diverses provinces avaient là accoutumé avoir leur passage tout droit. On a trouvé près de ces ruines des médailles, des urnes cinéraires et des bains en marbre qui permettent de croire que ce pont était un ouvrage des Romains.

A l'extrémité du territoire de Veyrière, la Dordogne recueille les eaux de la Sumène qui sépare cette commune de celle d'Arche; puis, elle coupe la route départementale de Mauriac à Neuvic, qui la traverse sur un pont en fil de fer, et va baigner les murs du vieux couvent de St-Projet, près duquel on remarque les restes d'une écluse destinée sans doute à prendre le poisson nécessaire pour la consommation de ce monastère. Elle borde ensuite la commune de Chalvignac pendant près de deux lieues, traverse la ligne de grande communication de Mauriac à Tulle, reçoit l'Auze qui sert de limite aux communes de Chalvignac et de Tourniac, arrive au hameau de la Ferrière et s'enfonce dans le département de la Corrèze qui, à dater de ce point extrême, occupe ses deux rives. .

De grandes richesses métalliques, minéralogiques et forestières occupent le bassin de la Haute-Dordogne, et n'attendent que des moyens d'exportation suffisants pour lui donner la plus haute importance et en faire le centre de nombreuses et de fructueuses industries.

Les communes d'Avèze et de Messeix, que cette rivière traverse dans le Puyde-Dôme, abondent en métaux : la première possède une grande quantité de minerai de fer oxidé-hydraté, et la seconde, de l'antimoine et de nombreux filons de fer, parmi lesquels celui de Chaumadon, réuni en amas considérables, alimente l'usine de Chavanon. Plus loin, et au-delà de la route de Clermont au Bourg-Lastic, on rencontre à Tortebesse d'autres filons de fer spathique, qui ne le cèdent en rien à ceux de la Savoie et du Dauphiné, et qui sont certainement appelés à jouer un grand rôle dans les destinées métallurgiques du pays. La commune de Singles, dans le même département, recèle encore de beaux gisements de minerai de fer carbonaté-lilhoïde, et dans la commune du Monestier, qui appartient à la Corrèze, on voit un filon de plomb argentifère des plus considérables et des plus riches.

A Beaulieu, et sous le château même de Tinières, on remarque un filon de fer spathique, tout-à-fait semblable, par son aspect et sa composition, au fer spathique décomposé du département de l'Isère, variété recherchée pour la fabrication de l'acier. On présume qu'il s'étend d'une manière plus ou moins continue jusqu'à Tortebesse. Des excavations, des galeries et des scories, qu'on rencontre sur les lieux à chaque pas, prouvent que ce filon a été exploité à une époque qui n'a pas laissé de souvenirs, et le nom de Gour-des-Forges-, donné à la rivière en cet endroit, que le traitement du minerai était opéré sur ses bords. A peu prés en face de Tinières, sur la rive droite et dans la commune de Sarrouse, on trouve un autre gisement de fer oxidé-concrétionné, qui a été traité pendant quelque temps dans le haut fourneau que la maison Mignot, d'Annonnay avait fait construire à St-Thomas, près de Bort, et qui porte aussi des traces d'une exploitation des plus anciennes. Sur la même rive, en face de Madic, on voit encore à Riberolles un riche filon de plomb argentifère, qui s'étend probablement dans la commune de Champagnac et qui a été également fouillé; il semble que l'industrie, qui fuit aujourd'hui ces contrées déshéritées, y ait autrefois régné en souveraine.

Enfin, St-Christophe possède un gisement important de minerai de fer oxidehydraté, et on rencontre dans la commune de Tournemire les ruines d'une forge où on traitait un minerai de fer qui n'est rien moins qu'épuisé; ces dernières traces d'une exploitation métallurgique sont moins anciennes que les autres : ce fut, dit-on, une entreprise des Anglais, continuée par la maison de Lostanges et abandonnée, par ordre de l'autorité , à cause de désordres occasionnés par les ouvriers qui y étaient employés.

Les dépôts houillers n'abondent pas moins dans cette vallée que les gisements métalliques. Ils y sont le prolongement du bassin qui commence A Commarentrv pour ne finir que dans l'Aveyron, et se présentent d'abord dans les communes de Messeix, de Singles et de la Benette (Puy-de-Dôme.) On les retrouve ensuite sur les deux rives, de la Dordogne, dans les départements du Cantal et de la Corrèze. Le terrain houiller se montre en premier lieu sur la rive droite, près de la route d'Ussel à Bort, passe sous le plateau de phonolithes qui domine cette dernière ville, s'étend au hameau de Riberolles et va former dans la commune de Madic un vaste bassin qui était exploité il y a peu d'années; après une interruption, on le retrouve à Champagnac, où il en forme un second des plus considérables et qui est en pleine exploitation ; puis il gagne le territoire des communes de Veyrière et de Bassignac. où il s'agglomère encore en dépôts importants et susceptibles d'extractions régulières.

On doit en outre rattacher à ces bassins, qui appartiennent à la vallée de la Dordogne proprement dite, celui de Lapleau , près de Maymac, dont les produits peuvent être embarqués à St-Projet, où ils arrivent par la route départementale de Neuvic à Mauriac, et celui qu'on remarque près du pont d'Auze, sur la route de Mauriac à Argentat.

Enfin, les forêts qui bordent ou qui avoisinent la Haute-Dordogne sont de la plus haute importance; telles sont celles du Mont-Dore, d'Avèze, de Gravières, des Gardes, de Brugeil, d'Algère, de Maubert, du Falgoux, de Donnais. Elles renferment en chênes et en bois résineux des ressources inépuisables.

Mais la plupart de ces richesses restent enfouies ou s'anéantissent sur place, faute de moyens d'exportation suffisants, soit à cause du mauvais état des voies de communication secondaires, soit parce que la Dordogne, dans cette partie de son cours, est entravée par des obstacles qui n'en permettent la navigation que d'une manière incomplète jusqu'à St-Projet, et mémo un peu plus bas. On cite parmi les difficultés que présente le lit de cette rivière, les suivantes : sous Champagnac, les Gorges, la Roche-de-Conche, les Graviers-de-Sayssac , les Cinq-Pierres, le saut-du-Prêtre, le Saut-de-Juillard et le Saut-de-Vermillard; sous Veyrières, les Passages-de-l'Ierlote. du Couvent-des-Monges, de la Roche-de-la-Chapelle et l’Ajusteur-de-Vendes, formé par l'embouchure de la Sumène; sous Arche, les Graviers-deMoyens et ceux de Si-Projet ; sous Chalvignac, les Tournants-de-la-Remidière; enfin, dans la Corrèze, l'Ecluse-de Roffies, le Rocher-Courbon , le Rocher-Long et la Dépouille.

La nécessité de faire disparaître ces obstacles et de faciliter la navigation de la Haute-Dordogne, a été sentie depuis des siècles, et des travaux ont été entrepris dans ce but à diverses époques.

En 1706, un sieur Belleville fut chargé d'en opérer le balisage jusqu'à Bort; mais il dissipa la subvention qui lui avait été avancée et ne tint pas ses engagements. En 1718, le marquis de Brancas fut autorisé à reprendre l'opération, et dix ans après il demandait que ses travaux fussent reçus. Sa demande fut accueillie, et il fut mis en possession des droits de péage qui lui avaient été concédés. Mais leur perception souleva de vives réclamations de la part des habitants des villes de Bort et d'Argentat, qui soutinrent qu'il n'avait rien fait et demandèrent une étiquette pour constater le véritable état des choses. Cette enquête fut ordonnée, en effet, par arrêt de 1730; mais elle n'eût pas lieu, et l'affaire en resta là sans qu'on sache pourquoi : peut-être l'idée de construire un canal dans cette direction, en s'emparant des esprits, fit-elle oublier ce qui s'était passé.

Sous l'Empire, cette pensée d'un canal devint l'objet d'une attention sérieuse; on en proposa un qui remonterait la Dordogne, soit dans son lit, soit latéralement; passerait par Argentat et Bort ; suivrait les vallées du Sioulet et d'Andelot; traverserait l'Allier et irait tomber dans la Loire, au-dessous de Digoin. Il fut question plus tard d'unir cette rivière au canal du Languedoc, par le Lot, l'Aveyron et le Tarn. Enfin, on a proposé en dernier lieu de la rattacher à un réseau qui relierait toute la navigation intérieure.

Mais ces projets étaient trop vastes pour pouvoir être exécutés rapidement et donner satisfaction à des besoins présents; il a fallu les laisser, au moins momentanément, et revenir au balisage commencé par le marquis de Brancas. Ce balisage a été repris, il y a quelques années, et a amené de notables améliorations, sans, toutefois, faire disparaître toutes les difficultés.

Puisse une voie ferrée, plus facile et plus prompte à établir qu'un canal, plus complète qu'un balisage et dont la direction par les vallées de la Dordogne, du Chavanon et de la Haute-Sioule, est naturellement indiquée comme moyen de relier Bordeaux à Lyon, venir un jour suppléer à l'imperfection de la navigation de cette rivière, et ouvrir enfin un débouché à une contrée déshéritée, qui est en droit d'espérer un avenir meilleur du progrès qui entraîne les sociétés modernes.

 

Ed. De L.

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