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Doire (La)

La Doire est une petite rivière dont le nom celtique paraît être le même que celui de la Dore et des Doria piémontaises. Elle prend sa source dans la montagne de Fournet, commune de Lascelle, au revers nord de la chaîne qui borde la riante vallée de Jordanne. Sou cours est dirigé de l'est à l'ouest. Elle baigne les communes de Girgols, Tournemire, St-Cernin et St-Cirgues-de-Malbert. Au-dessous du chef-lieu de cette dernière commune, elle se jette dans la Bertrande après un trajet de 20,800 mètres environ.

Cette rivière est peu considérable et peu profonde; sa largeur ne dépasse pas sept ou huit mètres en moyenne. Son cours est presque partout rapide et précipité; son lit chargé de galets et de débris de rochers; elle serpente beaucoup, surtout dans la partie inférieure de la vallée qu'elle arrose. Ses bords sont plantés d'aulnes, de frênes, de chênes et de peupliers.

Les eaux de la Doire n'alimentent pas d'autres usines que des moulins à grains; mais elles fécondent d'excellentes prairies. Les seuls affluents de quelque importance qui viennent les grossir, sont le ruisseau de la Merlie et le ruisseau de Lafon. L'embouchure du premier est située près de la route d'Aurillac à Mauriac, celle du second près de St-Cirgues-de-Malbert.

Nous avons mentionné déjà la vallée de la Doire parmi les romantiques paysages de la Haute-Arvernie; ajoutons quelques lignes à la description que nous en avons tracée.

Une vallée de Haute-Auvergne est presque tout un poème. En la parcourant, on y voit figurer tour-à-tour les divers âges du monde; l'âge pastoral, puis l'age des peuples chasseurs; la culture et les mœurs simples, puis les temps historiques avec leurs images de guerre. Viennent ensuite les prospérités qui marquent l'apogée des civilisations; il n'y manque pas enfin le dernier trait du tableau, celui qui représente la période de déclin et de sénilité. Dans l'espace de six à huit lieues, on y passe tour-à-tour du calme de l'enfance aux joies et à la puissance de l'âge mur, et des virilités de celui-ci aux rides et à l'âpreté de la vieillesse; de l'humble solitude aux bruits du monde, et des bruits du monde aux thébaïdes. Ces transitions se font remarquer dans la vallée de la Doire.

Cette vallée commence au milieu d'une montagne à vacherie; elle n'est, à son origine, qu'une pelouse qui se ploie, s'incline et forme une ondulation de plus en plus marquée entre deux croupes gazonnées. Ici, pas d'habitation; le fond du paysage est un alpage solitaire qu'atteignent quelques taillis. Pas un sentier, point de traces du pied de l'homme; mais entre les bouquets d'arbustes, de paisibles clairières, où chaque fille d'Io se fait un pacage isolé. Pour tout bruit, le refrain d'un pâtre, l'appel maternel d'une vache qui brame et le murmure d'un filet d'eau qui tombe, goutte à goutte, en s'échappant de l’aiguade où le troupeau va se désaltérer. Cependant, les taillis s'épaississent ; le pli de terrain se change en une gorge profonde et sauvage; le filet d'eau grandit, se réunit au ruisseau du Gaël, devient torrent, et gronde, en courant de chute en chute au fond des bois. Bientôt le sol est défriché çà et là; il se partage en prés de montagne sillonnés par une irrigation régulière, et bordés par des haies de coudriers, d'aubépine ou de pruniers sauvages, au-dessus desquelles s'élèvent des frênes, des hêtres et quelques érables. Les hameaux, les villages se succèdent sur les collines; la gorge s'élargit et monte par mille gradins du lit de la Doire aux sommets des deux chaînes qui accompagnent la rivière. Bois, terres, prés, champs de genêts ou bruyères rougeâtres se disputent ces rampes accidentées ; mais peu à peu la Doire se dégage des rochers qui l'étreignent, s'épanouit au fond d'un large bassin et vient humblement saluer les quatre hautes tours d'Anjony. A la cime d'un promontoire, derrière lequel bondit un torrent, sur un roc escarpé au flanc duquel courent des guirlandes de lierre et se dessinent les zig-zags de quelques sentiers, le beau donjon du moyen âge laisse passer dédaigneusement les siècles et resplendit encore de tout l'éclat de sa physionomie féodale. Quatre châteaux sont tombés autour de son rocher; mais lui, leur heureux rival, ne va-t-il pas trop bien au front de cette noble contrée, pour cesser jamais de le parer comme d'un magnifique cimier. Le site d'Anjony eût fait rêver Walter-Scott. Il y avait dans ce gothique manoir des sujets d'inspiration pour le grand romancier de l'Ecosse, et s'il eût jeté les yeux sur les triglyphes que dessinent ses fortes travées, sur les fresques de son oratoire où chaque pan de mur est une page de l'Ecriture en lettres d'or, et sur les grands portraits de famille qui rattachent ses maîtres à la maison de Foix, il en eût certes gardé mémoire, sans oublier la chevaleresque et loyale figure de son hôte; Anjony lui aurait presque paru de la même famille qu'Atornisch, Martindale ou Tillietudlem; c'est au moins un poste historique toujours gardé par l'honneur et la fidélité.

Après avoir serpenté à mille pieds au-dessous de ce majestueux château et du pittoresque village de Tournemire, étagé derrière lui sur les hautes berges du torrent, la Doire vient décrire une gracieuse ceinture autour des prairies de Faussange; elle y arrive sous un rideau de feuillage et touche presque à ses jardins, doucement inclinés devant une terrasse où s'élève la plus élégante habitation. Faussange montre avec complaisance ses beaux bâtiments, qui semblent lui donner un village entier pour dépendance; mais ce qu'on aime encore mieux autour de cette séduisante villa moderne, c'est la fraîcheur de son site, ce sont les broderies qui le décorent, jardins, allées, vergers et son bois touffu qui étend sur l'éminence voisine comme une aile de verdure.

Au-delà de Faussange on distingue, sur le même versant de la montagne, le petit château crénelé du Monteil; il touche au village de Cros, qui se détache pittoresquement entre les arbres.

Cependant, la vallée continue à se développer vers l'ouest. De part et d'autre, elle ressemble à une longue et ondoyante prairie qui descend jusqu'aux bords de la rivière; mais au-dessus de ces pentes gazonnées régnent deux coteaux d'un aspect très-différent : le coteau nord est aride, jaunâtre et semé de rochers, tandis qu'au versant méridional, les forêts pendent du haut de la montagne comme d'épaisses draperies. En cheminant à leur pied, nous traversons plusieurs villages; parmi eux, Laubac laisse voir une agréable maison de campagne ; Saint-Martin-Valois, naguère chef-lieu de commune, dépend aujourd'hui de St-Cernin; Saint-Cernin, chef-lieu de canton, n'a de remarquable que son église; mais on admire dans ce monument les boiseries des stalles du chœur, chef-d'œuvre qui appartenait jadis au chapitre de Saint-Chamand.

En face de Saint-Cernin et au-delà du vaste tapis de verdure que dessine la vallée, nous découvrons une plate-forme très-gracieusement occupée par le château du Cambon. En arrière de cette blanche et attrayante demeure, le Puy-Cantarel aux tumuli celtiques, accuse l'ouverture des gorges de la Merlie, au fond desquelles apparaît la sombre tour de Marze, ruine des temps les plus reculés, qui forme un frappant contraste avec les coquetteries et les modernités du premier plan.

Les plis et replis de la route nous conduisent au pont de Saint-Cernin. Vers cet endroit, la vallée se resserre et passe des terrains volcaniques aux terrains schisteux et gneissiques. Les racines des montagnes forment un défilé étroit et très-sinueux au fond duquel glisse la Doire. Dans les serpentements de ce défilé, se cache le château de Bournazel. La gorge de la Doire circule autour de lui et se continue, tantôt élargie pour quelques instants et laissant découvrir quelques prairies, tantôt se rétrécissant pour n'apparaître à l'œil que comme un immense et sauvage ravin; c'est dans cette partie inférieure de son cours qu'est bâti le village de Saint-Cirgues-de-Malbert; ce village est dominé par un vieux château qui, selon de M. de Bouillet, pourrait avoir donné naissance à Thomas Boyer, baron de Saint-Cirgues, chambellan de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, ensuite intendant général des finances et lieutenant pour le roi en Italie; Saint-Cirgues n'est pas éloigné du confluent de la Doire avec la Bertrande. Rien de plus triste que les lieux où se réunissent ces deux rivières : des montagnes à pic les pressent de part et d'autre, laissent entre elles un espace étroit et ne présentent sur leurs escarpements que le sillon des ravins, la dent du rocher où les maigres touffes des chênes rabougris qui végètent sur cette terre ingrate.

La vallée de la Doire est traversée au pont de Saint-Cernin ou de Majoux par la route n° 122, d'Aurillac à Mauriac. Les deux chefs-lieux de commune, Tournemire et St-Cernin, ne sont reliés entr'eux que par un mauvais chemin vicinal; un autre chemin de moyenne communication doit être pratiqué entre Pleaux et St-Cernin, par Chabus, Besse et St-Cirgues.

 

Henri DE LALAUBIE.

 

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