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  La commune de Cheylade aujourd'hui

Cheylade.

 

— La commune de Cheylade, dépendant du canton et de l'arrondissement de Murat, s'allonge, en suivant le vallon du même nom, dans la direction du nord-est au sud-ouest.

Elle est bornée au nord par Marchastel ; au sud, par le Claux, qui en a été démembré depuis une vingtaine d'années ; à l'est, par Dienne, Ségur, St-Saturnin, et à l'ouest, par le Falgoux, Colandre et St-Hippolyte. La surface de son territoire est de 3,250 hectares, dont 550 hect. en terres bien cultivées, mais dont le produit ne répond pas aux besoins de la population ; le fond est en partie volcanique et argileux, sujet aux gelées et aux ravines; 2,200 hect. en prés et pâtures de bonnes qualités; de nombreuses vacheries paissent sur les plateaux , de qualités inférieures et trop élevés pour la culture; 300 hect. en bois taillis ou d'essence de sapins; 100 hect. en terres vaines ou rochers.

La commune est arrosée parle ruisseau du Claux, qui prend sa source au Puy-Mary, et de celui de Fouilloux ou de Chamalière, qui s'échappe du Suc-de-laTourte. Ces deux cours d'eau, après avoir formé les belles cascades du Sartre et d'Escorolles, se réunissent, et, par leur réunion, forment la rivière de Rue, qui traverse la commune dans toute sa longueur; puis, sans changer de nom, se jette dans la Dordogne, à 1 kil. au-dessous du pont St-Thomas, près de Bort.

Plusieurs autres ruisseaux contribuent aussi à la fertilité de cette commune. Ce sont : à l'est, ceux de Veresme , de Tissonnières, de Cheylade, du Cheix, de Gorces, de la Devésoune et de Peyre-Besse; à l'ouest, ceux de la Buge , de la Molle, du Vernet; des villages de Lachenal, de Selins , de Laigue et de Lieurondaix ; enfin, les ruisseaux de Chaumeil, de Trieu, de Ventaillac, de Lajarrige et de Graule, ce dernier naissant dans la montage de Fontrouge-Soubro.

La population est de 1,316 hab. pour 16 villages, 23 hameaux et 214 maisons.

Cheylade, le chef-lieu, est un gros bourg situé à 1 myr. 8 kil. de Murat, dans le vallon et près de la rivière de Rue; il s'élève sur une des parties les plus larges de la vallée , à la base du plateau basaltique du Limon. Sa position est agréable, et la vue, en amont et en aval, se prolonge au loin. En été, l'œil embrasse un beau tapis de verdure émaillé de fleurs aux couleurs vives, des prairies, des montagnes, et s'élève dans les derniers plans jusqu'au Puy-Mary, dont la haute pyramide ferme l'horizon.

L'église de Cheylade est dédiée à saint Léger, évêque d'Autun. Son style est gothique et riche d'ornementations. Elle remonte au XIII° siècle. Son vaisseau est vaste, a trois nefs, et leurs trois voûtes, très-élevées et peintes en figures grotesques, sont supportées par quatre colonnes cylindriques en granit. Six chapelles latérales ont été ouvertes dans l'épaisseur des murs ; elles sont soutenues par quatre ceintures aussi en granit, d’une architecture déliée, et qui se réunissent en couronne au centre de la voûte. La nef offre à peu près la même architecture. Le maître-autel , en forme de tombeau , est décoré d'un tableau de grande dimension , représentant l'Assomption de la Vierge. L'extérieur de l'église n'a rien d'uniforme, sauf dans la partie du chœur où elle est plus basse et arrondie. La toiture est en lames basaltiques. Le porche, d'une architecture grandiose, offre une voûte élevée et richement taillée. Un énorme clocher la surmonte; il est percé de huit ouïes; mais sa flèche conique manque d'élévation.

Les recteurs connus de cette paroisse sont : Guill. Bydy, en 1332; Eustache Dubois, en 1544; noble Jean Dupuy de Dienne, en 1567; il obtint un arrêt de maintenue contre Jean de Meilhau, évêque de Clermont, qui prétendait à divers droits seigneuriaux sur le chœur; François Puy-le-Mur était recteur en 1539; Antoine Besseyre, en 1689; Jean Boudelet fut prieur en 1707.

Il y avait, en 1514, une communauté de prêtres à Cheylade.

Ce fut sous le prieur Boudelet, en 1728, que l'intendant de la province reçut la déclaration des revenus de la cure de St-Léger-de-Cheylade , dont le prieur de la Voûte était nominateur.

Il n'y avait point de revenus affermés.

REVENUS NON AFFERMÉS.

Dîmes de la paroisse            600 liv.

Fondations                             25

Casuel                                                          80

Total                                        705

CHARGES.

Honoraires des secondaires 150

Entretiens divers                      60

Reste net                                495 liv.

 

Cheylade possède un joli presbytère, construit en 1840.

Nous devons à une communication dont l'auteur ne peut être suspect, l'exposé suivant d'un usage qui existait dans l’Eglise, remontait à une haute antiquité et n'a été détruit qu'il y a quarante années environ. Ce fait démontre la grande simplicité qui régnait autrefois parmi nos montagnards, et l'astuce avec laquelle on avait abusé de cette simplicité. Nous reproduisons textuellement la narration qui nous est faite.

« La tradition orale rapporte que, dans une époque bien antérieure au siècle des lumières , le pasteur de Cheylade et son confrère le plus voisin, favorisés par la piété de leurs ouailles, recevaient exactement, la veille de la fête patronale, des provisions de toute espèce. Les ménagères de leurs paroisses portaient ces provisions pour nourrir le saint, disaient-elles, pendant toute l'année; mais, soit la parole évangélique qui s'élevait parfois contre un pareil usage, soit l'émigration, dissipèrent en partie les ténèbres; les maris parvinrent à faire entendre raison à leurs femmes, et le saint fut condamné à la diète.

Or, le 1er octobre de l'année 17...., l'offrande n'arriva point au presbytère. Le pasteur fut, au fond de sa pensée, peu satisfait du progrès qu'avait fait l'instruction de ses paroissiennes; aussi, l'année suivante, il eut l'heureuse idée de prendre, nuitamment, son saint évêque sur les épaules et de le déposer dans le bois du Puy-Mary, au pied d'un alisier.

Grande fut la rumeur lorsque les fidèles, réunis le lendemain pour la fête, s'aperçurent que leur patron n'occupait plus sa niche. Le curé gourmande les ménagères, et celles-ci ne demandent pas mieux que d'avoir une occasion pour murmurer contre leurs maris. On demande donc une procession solennelle pour la découverte du saint. Les recherches furent longues; mais, guidées par les inspirations du curé, elles réussirent. On trouva le bon saint Léger au pied de son alisier, un bouquet d'alises dans la bouche. L'allégresse fut à son comble, et le pasteur, du haut d'un rocher, fit facilement comprendre à ses ouailles que les saints ne vivaient plus de l'air du temps. La difficulté n'était pas là; il fallut arrêter le courroux des femmes insurgées contre les maris; le curé n'y parvint que difficilement. Quant au bon Léger, qu'on avait rapporté en triomphe, des provisions plus abondantes que jamais lui furent offertes.

« Depuis ce moment, les Cheyladiers reçurent le surnom de cague adrinles, du nom patois du fruit de l'alisier nommé drelier, dans cette langue.

La commune voisine refusa aussi au grand saint Hippolyte son tribut séculaire de pois; mais la marche était tracée, le saint disparut et se retrouva dans un champ de pois, la bouche remplie de ce légume. De là pour les paroissiens le surnom de gastous, du mot patois gate, qui veut dire pois non écossés.

Cette tradition a longtemps fourni un prétexte de désordre aux deux communes, et nous avons vu plusieurs fois des querelles déplorables s'élever entre les jeunes gens de St-Hippolyte et ceux de Cheylade, pour quelques bouquets d'alises jetés dans le bénitier de l'église le jour de la fête, on pour quelques gales portés aussi dans l'église du village voisin le jour de la fête de saint Hippolyte ou saint Sipoque.

Cet usage barbare a totalement disparu. »

Nous avons dit que dans le haut de la commune coulaient deux ruisseaux qui, par leur réunion au-dessus de Cheylade, formaient la rivière de Rue et avaient ouvert deux petites vallées connues sous la dénomination de quartier de Falcimagne, à l'est, et de quartier de Valrus, à l'ouest. Ces deux quartiers étaient autrefois limités par deux bornes plantées, l'une à la pointe du mamelon nommé Christ, qui s'avance vers le milieu de la vallée et domine le bois du Sartre; l’autre, au suc de Cesins , lié avec le Christ par un dos-d'âne que forme une longue chaîne de communaux et de montagnes. A côté de Cesins, on remarque les vestiges d'une tombe dite de l'Anglais. La chronique place dans cette tombe les cendres d'un général anglais tué en combat singulier par un général d'Estaing, dont les troupes campaient non loin de là, dans la vaste plaine du bois de la Bragouse. On donne encore à la plaine le nom de Plaine-de-l’ Exercice.

La vallée de Cheylade n'était autrefois qu'une vaste commune; elle a été divisée depuis vingt-cinq ans environ, et la partie supérieure a formé la commune du Claux. Cette dernière possède presque en totalité le sol des bois communaux, et les habitants de la commune-mère sont devenus, de propriétaires, simples usagers.

Cheylade était le chef-lieu d'une seigneurie dite de Valrus (Val-Rue), qui a appartenu aux évêques de Clermont, et en arrière-fief à une famille de ce nom. Amblard de Valrus, seigneur de Cheylade, vivait en 1263. Cette famille, faisant précéder fréquemment son nom de celui de Comptour, on peut en conclure qu'elle était issue des Comptours d'Apchon, seigneurs du même pays. Le dernier Valrus que l'on retrouve est Jean Comptour, convoqué au ban de 1543. Louis d'Anjoigny, baron de Fakimagne, fut seigneur de Cheylade en 1414. Les évêques de Clermont gardèrent la terre de Cheylade jusqu'en 1592, époque où Jean d'Estaing , seigneur du Sailhans, l'acheta 5,100 liv. Ses limites joignaient alors celles d'Apchon, d'Aubijoux , de Lugarde , de St-Saturnin, de Soubrevèze et de Condat. Chai les d'Estaing, commandeur de Courbines, donna cette terre, en 1657, à son neveu, le marquis de Sailhans; elle passa, en 1729, dans la famille de Montboissier, par le mariage de Claire d'Estaing avec Gaspard de Montboissier, dans la descendance duquel cette terre resta jusqu'en 1768.

Il y avait dans Cheylade un château qui a été habité par ces diverses familles et qui n'est pas encore entièrement détruit; mais longtemps avant 1788 il tombait déjà en ruines, et les fermiers même ne pouvaient plus l'habiter.

Près du bourg, s'élève un mamelon que l'on appelle le Puech ou le Puy, et qui a donné son nom à une famille illustre, s'il est vrai que Raymond du Puy, deuxième grand-maître de l'ordre de St-Jc.m-de-Jérusalem, en 1118, en était sorti. Cependant l'histoire de Malte le fait originaire du Dauphiné, ce qui est plus probable. Nous retrouverons cette famille à Curières.

Les archives de l'évêché, à la préfecture de Clermont, possèdent les actes de foi et hommage qui ont été rendus en divers temps a ses évêques. C'est une nomenclature qui n'offre actuellement aucun intérêt et serait même fastidieuse.

Les villages et hameaux de la commune de Cheylade sont:

La Buge, village dans le petit vallon de Chamallière

Carlusset, hameau.

Le Caire, au nord du bourg, vers la montagne, était anciennement un fief avec un château. Jacques d'Escorolles en était seigneur en 1332; Lancelin de Laubar, en 1496. Guyot, son fils, n'ayant pas eu d'enfants mâles, maria sa fille Jeanne, en 1555, avec Antoine Chalvet de Rochemonteix, fils de Guy, seigneur de Vernassal, qui devint seigneur du Caire, de Nastral, la Maurinie, et fut la tige de tous les autres rameaux de la maison de Chalvet.

La terre du Caire fut acquise, en 1753, de la veuve de Jean de Rochemonteix, qui était décédé sans enfants, par Jean-Baptiste Barbet du Closel, bailli du comté d'Aubijoux. Son fils en jouissait en 1782. Près du châi eau du Caire, où il y avait une chamelle en 1668, existe une grotte profonde taillée dans le conglomérat. Le château est encore habité; il appartient à M. Tournadre, notaire à Marcenat.

Les Chabannes, hameau.

Le Chambon, village sur la rivière.

Champanet, moulin.

Choucoudert, village au point de partage des deux vallons.

Chavaroche, hameau qui était, en 1325, à N. Alexandre Dupuy. Antoine Gazard en était seigneur en 1727.

Chouvier, hameau appartenant, en 1702, à Antoine Labroha.

10° Cheix, village.

11° Le Clauzel, hameau.

12° Codebos-Soubro, hameau.

13° Codebos-Soutro, hameau.

14° Curières, village et petit château dont une famille aujourd'hui éteinte portait anciennement le nom; il est situé dans la partie supérieure du vallon, vis-à-vis du Sartre, au pied de la montagne, et non loin de la rivière. Albert de Curières, prieur de Ségur, vivait en 1318. Jean de Curières habitait, en 1514, le château qui venait d'être construit. Cette famille ayant hérité de la seigneurie d'Anteroche, alla se fixer dans la vallée de la Sumène, au château de Cousans qu'elle fit bâtir. Peu de temps après, Curières passa à la famille Dupuy.

La famille Dupuy, l'une des plus distinguées de la Haute-Auvergne, est une branche de celle de Dienne et en portait les armes ; elle donna à l'église un cardinal, en 1316.

Curières est encore la propriété de la famille Dupuy de Dienne. Le château avait été incendié en 1514; il fut rebâti à peu près sur le même emplacement, tel qu'on le voit aujourd'hui. On y voyait une chapelle.

15° Escorolles, village avec un petit château situé presqu'à l'embranchement du ruisseau de Chamaliéres avec la Rue. Il a donné son nom à une ancienne famille qui se fixa à Aurillac vers la fin du xiv* siècle. Le château consiste en une tour ronde très-élevée qui appartient aujourd'hui à la famille Amadieu.

16° Fouilhoux, village sur le ruisseau de Chamaliéres et qui a longtemps dépendu de la seigneurie de Curières. Près du village, coule une fontaine d'eaux, minérales très-renommée dans le pays.

17° Chez- Gigot, hameau.

18° Le Cadou , hameau.

19° Les Mouleyres-Soubro.

20° Les Mouleyres-Soutro, où se trouve un petit château à tour ronde, qui a appartenu à la famille Commolet. Pierre Commolet fut garde-scel, en 1524, pour les trois prévôtés.

21° Le Moutin-de-la-Roche, hameau.

22° Pradines-Soutro, hameau dans la plaine, près de Cheylade, et où s'élevait un ancien petit château restauré à la moderne; il est devenu la résidence de la seule branche de Chalvet de Rochemonteix qui réside maintenant en Auvergne. On connaissait, au commencement du XVI° siècle, une famille de ce nom. Guillaume de Pradines, seigneur du lieu, en 1536, n'ayant pas eu d'enfants, cette seigneurie passa dans la famille de la Broha. Jacques Chalvet de Rochemonteix, seigneur du Vernet, était le plus jeune enfant d'Antoine, seigneur du Caire, et de Jeanne de Lanhar. Il devint seigneur de Pradines, en 1635, par mariage avec Madeleine de la Broha, héritière de cette seigneurie.

M. Alex, de Lavergne de Peyrelade a publié dans l'Annuaire du Cantal le récit d'un événement tragique qui se serait passé au château de Pradines en 1510. Nous allons le rapporter par extrait, non pour lui donner un caractère d'authenticité, mais parce que nous estimons que tout fait intéressant qui a quelque publicité dans le pays, doit trouver une place dans cette Statistique historique. Le récit de M. de Lavergne est intitulé : le Secret de la Confession.

Il existait donc à l'époque que nous venons de citer, à Pradines, un baron qui avait deux enfants : un fils, mousquetaire, aimant le plaisir et la dépense, d'un caractère dur et impérieux, et une fille pleine de grâces, de vertus, aimée et estimée de tous dans le pays comme son père.

Marguerite avait le cœur tendre : elle avait voué toutes ses affections au chevalier de Fontanges, jeune homme accompli; mais le défaut de fortune de part et d'autre faisait ajourner leur union. Le roi de France était bon ; l'intendant de la province avait recommandé a sa générosité le couple infortuné. Sur sa demande, le roi venait de doter Marguerite sur sa cassette, et déjà les apprêts de noces étaient terminés; mais tout-à-coup, Georges, frère de la future, arrive à Pradines, demande une entrevue particulière à son père, et lui confie que, pressé par ses créanciers, il a trafiqué de la main de sa sœur avec son voisin, le baron de Peyrelade. Il ajoute que si ce traité n'est pas accepté, il va se suicider. Le baron de Pradines refuse de consentir au malheur de sa fille; Georges s'emporte jusqu'à le menacer, et ce malheureux père, frappé d'une émotion trop forte, succombe à une attaque. Cependant, toujours bonne, toujours sensible, Marguerite s'immole pour sauver son frère ; elle accorde sa main au baron de Peyrelade.

Peu d'années s'écoulent, Peyrelade meurt, et Marguerite redevenue libre, sent renaître en elle ses premières affections. Mais le chevalier de Fontanges a disparu depuis l'époque du mariage. On craint qu'il n'ait pu supporter sa douleur. André Raynal, curé de Saint-Saturnin, intervient entre le frère et la sœur, les réconcilie. Un sacrifice est encore demandé à Marguerite pour dégager le manoir paternel il faut qu'elle renonce à de nouveaux liens; elle a désespéré de la vie de celui qu'elle aimait; elle fait une promesse téméraire.

Peu de temps après, on porte au château un militaire revêtu d'un costume étranger; il est blessé par suite d'une chute de cheval; il est sans connaissance.

George et Marguerite ont reconnu le chevalier de Fontanges. L'impression causée par cette rencontre jette Marguerite dans un profond abattement. Ses sentiments pour le chevalier se sont ranimés; mais un serment la retient, et son frère refuse de l'en dégager. Le curé de St-Saturnin la délie de ce serment. Fontanges alors, après quelque hésitation fondée sur l'ancien abandon de Marguerite, se déclare, et l'on prend jour pour leur union. Cependant il faut que le chevalier parte; des affaires importantes l'exigent.

Au jour marqué, toute la noblesse des environs se réunit; mais le baron de Pradines et Fontanges sont absents. Le curé de St-Saturnin arrive; une vive émotion est répandue sur sa figure; on aperçoit des taches de sang sur sa soutane. En ce moment on porte au château le corps du baron de Pradines. Une balle a percé sa poitrine; un assassinat a eu lieu. On interroge le curé; il déclare qu'il connaît le meurtrier; il a reçu sa confession, et aucune loi humaine ne peut le forcer à la révéler. Le trouble témoigné par lui, les traces du sang remarquées sur son habit, son absence du presbytère à l'heure de la perpétration du crime, qui a été constatée par le sacristain, lèvent toutes les incertitudes. Le curé est le coupable; il est arrêté, jugé et condamné à être roué.

Le jour de l'exécution a paru; la foule curieuse, compacte, se presse autour de l'échafaud. Un prêtre va être supplicié! quelle bonne fortune pour les esprits forts du pays.

Quelques secondes encore et le supplice commencé va toucher à sa fin. Tout-à-coup un mouvement s'opère dans la foule; un cri déchirant se fait entendre; on s'écrie de toute part : arrêtez ! Arrêtez! Voici le meurtrier; c'est celui qui a tué le baron de Pradines. Le chevalier de Fontanges se précipite; il est auprès du patient.

L'exécution fut naturellement suspendue; le meurtrier était connu; il avouait son crime; on le conduisit en prison. Son procès fut instruit, et se termina par une condamnation à mort. Quant à la foule, ses sentiments de fureur contre le curé s'étaient transformés en admiration. La victime du dévouement au secret de la confession avait été rapportée chez elle en triomphe ; elle y fut comblée de bénédictions.

Il reste maintenant à faire connaître quelques actes intermédiaires de ce drame, et à dire quel en fut le dénouement.

Le chevalier de Fontanges fut condamné à mort, et la foule attendait avec impatience le nouveau spectacle promis à son horrible avidité.

Or, voici ce qu'était devenu Fontanges depuis son premier départ.

Après le mariage de Marguerite et de Peyrelade, le cœur brisé, la tête brûlante, il résolut de quitter le pays. La nuit le surprit errant au milieu des neiges, dans les gorges de la montagne, en proie à une fièvre délirante; il s'était égaré, et la nécessité l'avait forcé à demander un asile dans une modeste habitation voisine de Thiézac. Les maîtres du logis, appartenant à la classe moyenne, l'accueillirent avec bienveillance. Le lendemain, une maladie inflammatoire l'empêcha de continuer son voyage. Sa vie fut en danger, et il ne dut sa guérison qu'aux soins touchants de ses hôtes, et surtout de leur fille chez laquelle s'était déclaré un sentiment plus tendre que celui de la pitié. Touché de ses soins, reconnaissant de toute sa tendresse, le chevalier consentit à l'épouser secrètement.

Mais cette épouse n'était point Marguerite; Marguerite régnait toujours en souveraine dans son cœur. Sa jeune femme était d'une santé chancelante; il vit bien que l'indifférence qu'il lui montrait augmentait ses maux. Pour échapper à une situation si pleine d'inquiétudes intérieures, Fontanges prit la résolution de passer à l'étranger, d'y revêtir l'habit militaire et de trouver dans une mort glorieuse la fin de ses souffrances.

Après quelques années d'absence et de nobles services, les souvenirs d'Auvergne revinrent à son cœur. En se rendant à l'habitation de sa nouvelle famille, il passait par la vallée de Cheylade. Mille sentiments divers l'absorbaient lorsque son cheval, mal guidé, effleure le bord du chemin ; le terrain manque sous ses pieds; cheval et cavalier roulent ensemble au fond d'un précipice, et dans sa chute, Fontanges est grièvement blessé; c'est dans cet état qu'on le rapporte an château de Pradines.

Dès que sa guérison lui permit de voyager, Fontanges se remit en route pour Thiézac. Sur son chemin, il rencontra le curé qui lui apprit que sa femme venait de succomber à l'affection de poitrine qui la dévorait, et qu'elle avait fait en sa faveur un testament dont il était dépositaire; mais qu'une personne se disant envoyée par lui venait de le réclamer, et qu'il le lui avait remis, le croyant encore hors d'état de voyager à cause de ses blessures; il lui avait aussi confié son acte de mariage.

Le chevalier, après s'être informé de la direction qu'avait prise le ravisseur, se met à sa poursuite; il le rejoint à l'entrée de la nuit et reconnaît le baron de Pradines. Le chevalier, plein de colère, exige la restitution des actes qu'il vient de soustraire; Georges de Pradines s'y refuse; il veut rendre public le mariage de celui à qui sa sœur avait donné sa foi; il accable même de sarcasmes son futur beau-frère. Fontanges alors propose au baron un combat à outrance; nouveau refus, Georges veut s'éloigner; mais le chevalier avait saisi la bride de son cheval pour le forcer à se battre. Son adversaire, toujours violent, le frappe du fouet au visage. Devenu furieux, la tète égarée par un mouvement en quelque sorte machinal, le chevalier presse la détente du pistolet qu'il tenait à la main, le coup part. le baron chancelle et tombe mort. Alors Fontanges s'empare des actes qu'il avait sur lui et déchire son contrat de mariage. Revenu à lui, les remords pénètrent dans son cœur ; il court avouer son crime au curé de St-Saturnin, et implore le pardon du ciel.

Quoique les aveux du chevalier fussent de nature à intéresser tout le monde en sa faveur, la justice avait dû se montrer sévère; le crime était patent et avoué. Le jour fatal arrivait.

Or, la veille, dans la prison, se passaient des scènes déchirantes. Marguerite éplorée, jugeant que la condamnation de Fontanges acquittait ses devoirs de sœur, voulut qu'au moins il mourut son époux. S'il faut en croire les mémoires du temps, le mariage se préparait pendant qu'on dressait i'échafaud. Les deux contractants auraient ardemment désiré recevoir une bénédiction nuptiale solennelle du bon curé de Saint-Saturnin; mais aussitôt après s'être remis des douleurs que lui avaient causées les commencements de son supplice, il avait disparu, personne ne savait quelle direction il avait prise. Un autre prêtre avait donc été demandé lorsque tout-à-coup on vit paraître l'abbé Raynal ; il apportait la grâce du chevalier, que le roi lui avait accordée en dédommagement d'une torture subie aussi injustement et aussi héroïquement que la sienne.

Il est impossible d'exprimer la reconnaissance des deux époux. Marguerite retrouvait plus que la vie ; elle voyait refleurir le bonheur. Fontanges, néanmoins, quoique au comble de ses vœux, resta longtemps livré à une profonde mélancolie.

Quant au bon curé Raynal, il les quitta peu de temps après avoir béni leur union. Il se retira dans un monastère de la Trappe.

Tels sont, en substance, et plus ou moins exactement, les faits consignés dans le récit de M. de Lavergne.

La famille de Rochemonteix habite encore Pradines. L'un de ses membres est, depuis trente ans. vicaire-général du diocèse de Poitiers.

23° Pradines-Soubro, hameau.

24° Peyre Besse, village qui appartenait, en 1515, à Damien de Sages, seigneur du Monastier, à qui il avait été porté en mariage par N. de Curières. Emmanuel de Crussol, duc d'Uzes, en était propriétaire en 1675. Poncet de Traverse, de Murat, était seigneur de Peyre-Besse en 1699.

25° Peyre-Maçon, hameau.

26° Pont-de-Laroche, hameau.

27e Chez-Poigniat, hameau.

28° Le Puetch. village près de Cheylade, et qui aurait donné son nom à une famille du Puy, dont nous venons de parler.

29° Le Sartre, village avec un château adossé  à la montagne du Christ, qui sépare les deux vallées comprises dans la commune. Cette seigneurie appartenait à la famille de Tournemine ou Tournemire. Jean, seigneur du Sartre et commandant du château de Murat, en 1569, le défendit avec succès contre les religionnaires, quoiqu'il n'eût qu'une très-faible garnison. Jacques de Tournemire habitait le Sartre en 1689. Ce fief passa, peu d'années après, à N.-Gazard de La Trémouillère. Son héritière, Rose Gazard , ayant épousé Jean-Baptiste Tassy de Montluc, seigneur de Fouilhoux, ce dernier prit possession de Sartre, en 1764; il n'eut de sa femme, N. de Pélissierde Féligonde, qu'une fille, Catherine-Sophie de Montluc, qui se maria avec Pierre-Claude Duranquet de Chalus, et lui porta le Sartre, encore possédé par lui.

30° Le Moulin-du-Sartre, hameau.

31° Soulages, hameau.

32° La Sourette, hameau.

33° Tissonières-Soubro et Tissonières-Soutro sont deux hameaux près du bourg et à l'exposition du midi. Il y avait un ancien fief avec un château qui appartenaient à la famille de Valrus, et de cette famille passa à celle d'Estaing. En 1617, le chevalier d'Estaing ayant commis de grands désordres et vexations dans le pays, ses gens, poursuivis par le prévôt, se réfugièrent dans le château de Tissonières, où ils ne purent être forcés. On trouve à Tissonières les ruines d'un ancien couvent. Tissonières a dû être partagé en deux fiefs, Soubro et Soutro; car nous trouvons, en 1554, Claude Legrand, commandant du château d'Apchon, seigneur de Tissonières. Pierre Reynal était seigneur de Tissonières en 1662; Guillaume en jouissait en 1717, et ses descendants en sont encore propriétaires.

D'une autre part, nous trouvons René Teillard, officier supérieur, maréchal-des-logis de la compagnie des gendarmes de la maison du roi, seigneur de Tissonières avant 1781. Jean Teillard, son fils, mestre-de-camp de cavalerie, porte-étendart de la compagnie des gendarmes, prend le titre de seigneur de Tissonières , dans son contrat de mariage, en 1770, avec demoiselle Catherine de Rancilhac de Chazelles. René Teillard combattit à la bataille de Fontenoy avec Jean, son fils, alors âgé de douze ans. L'un et l'autre survécurent à la bataille. Jean, succombant aux fatigues du combat, s'était couché et endormi dans un fossé; on l'avait cru mort, et ce ne fut que le lendemain qu'il fut retrouvé sain et sauf. Comme la compagnie fut presque détruite, il se trouva très-jeune à la téte de son contrôle, et devint officier général et chevalier de St-Louis; il avait devant lui un bel avenir militaire, lorsqu'il mourut à quarante-deux ans.

35° Le Triou, hameau et ancien fief appartenant à la famille Dupuy de Dienne.

36° Véresme, hameau qui a donné son nom à une famille distinguée dans la robe.

37° Véresme-Bas, hameau.

38* La Vergne, hameau.

39° Le Vernet, dont la seigneurie a appartenu longtemps à la famille de Rochemonteix.

40° Le Villageoux, hameau.

Cheylade était situé en pays coutumier.

Cette commune fut comprise pour 850 liv. dans la répartition de l'année 1696.

Les prairies de Cheylade donnent des foins excellents et très-abondants, ainsi que beaucoup de regains. Les terres, en majeure partie fromentales, produisent aussi du seigle, de l’orge, du sarrasin et des pois. La culture de la pomme de -terre y réussit bien, ainsi que les fourrages artificiels, tels que les trèfles, les vesces, les pois noirs et surtout les jarrousses.

Cette commune possède de vastes communaux en nature de pacages.

 

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