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La commune de Chaudesaigues aujourd'hui

 

Chaudes-Aigues

 

CANTON

 

— Canton. — Le canton de Chaudesaigues fait partie de l'arrondissement de St-Flour. Il est borné an nord par le canton de St-Flour (nord}; au sud, par le canton de Ruines; à l'est, par le département de la Lozère, et à l'oued, par le département de l'Aveyron.

Il se compose de douze communes, savoir : Chaudesaigues, Anterrieux, Espinasse, Jabrun, la Trinitat, Lieutadès, Maurines, St-Remy, St-Urcize, Deux-Verges,. St-Matial et Sarrus-Frédefont.

Sa population totale est de 9,228 habitants, et sa superficie, de 29,623 hect.

Les principales rivières et ruisseaux qui l’arrosent sont : le Bex, le Remontalou, le Tailladis-du-Bos-de-l'Ironde, de la Truite, de Cavestras et de la Truyère.

Sa superficie se subdivise ainsi : 8,100 hectares en terres cultivées, 10,950 h. en prés et pacages, 3,550 h en bois, et 7,?00 h. en terres vaines et bruyères.

Ce canton, peu commerçant, est traversé par la route impériale n° 109 et la route départementale n° 1.

 

COMMUNE

 

— Cette commune, dont le territoire s'allonge du nord au sud , est bornée au nord par la rivière de Truyère, les communes de Neuvéglise, Lavastrie et St-Martial ; au sud, par celles des Deux-Verges et de Jabrun; a l'est, par celles d'Anterrieux et des Deux-Verges, et a l'ouest, par celles de Jabrun et d'Epinasse.

Sa surface territoriale est de 5,784 hectares , dont 2,162 h. en terres labourables et jardins, 1,316 h. en prés et pâtures, 697 h. en bois, et 1,595 h. en terres vaines.

Cette commune est arrosée par la petite rivière d'Ironde . le Remontalou; les ruisseaux de Lévandi, de Malleval, etc.

Sa population est de 2,187 habitants, dont 1,500 environ agglomérés dans la ville et le surplus réparti dans la banlieue. Le nombre des maisons de la ville est de 446 et celui de la banlieue de 157 environ. Cette dernière population est répandue dans 14 villages et 37 hameaux.

Les habitants de Chaudesaigues, à cause des lacunes existantes encore dans la grande voirie du département, se trouvent à une distance excessive d'Aurillac; ils doivent passer, pour se rendre au chef-lieu du département, par Saint-Flour et Murat, et ont une distance de 107 k. à parcourir.

Grâce aux notes instructives qui m'ont été adressées par M. Podevigne et quelques autres personnes , j'espère pouvoir compléter, autant que cela m'a été possible, cette notice.

Chaudesaigues, le chef-lieu, est à 58 k. du chef-lieu du département et à 25 k. de celui de l'arrondissement. C'est une ville fort ancienne, qui doit son nom à ses eaux minérales, dont la vogue n'atteint pas le mérite ; elle est située au pied des montagnes qui séparent l'Auvergne du Gévaudan, et dans un vallon profond, cerné de toutes parts.

Les eaux de Chaudesaigues paraissent avoir été célèbres dès le temps des Romains. Sidoine-Apollinaire les compare à celles de Baies, dans le royaume de Naples, et leur donne le nom de Calentes-Baiœ; mais dans ce temps, où nous refaisons toutes les histoires, cette qualification a suscité des prétentions rivales : le Mont-d'Or, dans le Puy-de-Dôme, et Bagnols, dans la Lozère, lui disputent cette désignation. Où est la vérité? Question douteuse. Mais, comme Chaudesaigues, de toute ancienneté, a porté le nom d'aquae calentes, dont son nom moderne n'est que la traduction; qu'elle a pour elle une longue possession d'état, et que dans des fouilles pratiquées autour de la fontaine du Par, on a trouvé deux grottes qui contenaient des baignoires romaines en lave volcanique et une piscine attribuée au même peuple, des vestiges d'établissements thermaux et des monnaies romaines , je ne saisis pas bien les preuves sur lesquelles s'appuient les savants qui ont cru retrouver dans les bains du Mont-d'Or et ceux de Bagnols le lieu désigné par Sidoine-Apollinaire dans sa lettre à son ami Apper. On peut aussi bien penser que ce passage s'applique à Chaudesaigues qu'aux autres localités, car les trois ont eu des établissements romains.

La ville est traversée parle petit ruisseau du Remontalou, qui s'est creusé entre les montagnes une vallée étroite et profonde, et va ensuite se jeter, presque à angle droit, dans la rivière de Truyère, qui est à 6 kil. environ.

Cette ville est assez bien bâtie; mais ses rues en général, comme dans les anciennes villes, sont étroites et tortueuses; et quoiqu'elles aient été pavées avec soin depuis une trentaine d'années, et que la pente ne permette pas aux eaux d'y séjourner, il en est qui laissent à désirer sous le rapport de la propreté, exceptons cependant la rue principale, qui est en quelque sorte le prolongement de la route qui conduit dans l'Aveyron.

Les maisons sont en général couvertes en gneiss, pris dans les carrières du pays; mais, dans les constructions nouvelles que l'on fait en grand nombre, on les remplace par une espèce d'ardoise d'une certaine épaisseur et que l'on tire de l'Aveyron. La place est grande, mais irrégulière et trop en pente; de la place, une arcade, percée sous une maison, conduit an pont jeté sur le Remontalou et aux quais remarquables par leur longueur et leur largeur telles qu'on ne s'attendrait pas à les trouver dans une aussi petite ville, et ces quais sont traversés par les nombreux conduits qui viennent verser l'eau chaude dans le ruisseau, à leur sortie des maisons. Les parapets sont recouverts de dalles de gneiss d'une assez grande dimension, très-utilisées dans le pays. On trouve aussi, à peu de distance de la ville, un granit qui se taille très-bien et dont on se sert parfois pour faire les angles des maisons et quelques autres constructions. La ville pourrait loger de sept à huit cents malades; mais le mouvement annuel n'est guère que de cinq à six cents, pour la plupart des villes et localités du département.

Les eaux et la partie principale de la cité sont sur la rive gauche du Remontalou. Les eaux jaillissent à l'extrémité de la grand'rue.au pied d'une montagne, par douze sources différentes qui donnent un volume d'eau très-considérable. La plus importante de toutes est celle du Par, qui naît au pied de la montagne de la Jarrige et domine la ville; elle est aussi la plus chaude, et cependant, au milieu de ses tourbillons de fumée, sur le roc même d'où l'eau sort, il y a deux plantes qui végètent: l'une est celle que les botanistes appellent tremella reticulata; l'autre est une espèce de fucus ou de mousse; celle-ci, quoique croissant dans la vapeur, n'en est pourtant qu'effleurée; la tremella, au contraire, se trouve au-dessus même de la bouche des eaux, à l'endroit où la fumée est la plus épaisse et la plus brûlante.

Après le savant article que nous a donné' sur les eaux de Chaudesaigues M. le docteur Nivet, il ne nous appartient pas d'en parler ici, et nous renverrons nos lecteurs à la notice faite par cet écrivain compétent, nous renfermant uniquement dans la partie statistique.

Les habitants ont utilisé ces eaux pour le chauffage de leurs maisons pendant l'hiver; trois cents maisons environ jouissent de cet avantage, et il en est accordé un filet par groupe de vingt à vingt-cinq. On recueille ce filet à la source; il est conduit sous les rues par des canaux en bois, et distribué par des embranchements particuliers dans les rez-de-chaussées. A l'entrée du logement, est pratiqué un canal en maçonnerie, muni d'une écluse, et au milieu de l'appartement est un petit bassin recouvert d'une dalle schisteuse mobile. Toutefois, malgré les défenses de police, on tient, à l'entrée ou à la sortie de l'eau, une petite pierre ou dalle que l'on soulève pour les lavages; il en résulte des inconvénients contre lesquels la police lutte difficilement : l'eau est salie et le calorique se perd. L'eau, après avoir circulé dans le bassin et échauffé le pavé, passe d'une maison à l'autre, et, à la dernière de la série, se répand au dehors et se perd dans la rivière. En ouvrant plus ou moins la petite écluse et par conséquent en admettant un volume d'eau plus ou moins considérable, on donne à l'appartement la température que l'on désire.

« Il serait possible, dit l'auteur des Annales scientifiques de l'Auvergne, qu'à une époque très-éloignée de celle où nous vivons, il n'ait pas existé de communication entre la vallée où se trouve Chaudesaigues et celle de la Truyère. Il n'est pas impossible qu'il y ait eu alors, sur l'emplacement de Chaudesaigues, un lac d'eau chaude qui devait influer singulièrement sur la température et par conséquent sur la végétation des environs. On ne saurait constater maintenant si ce phénomène a eu lieu; il ne se trouve presqu'aucune trace qui l'indique. »

Il résulte de cette multitude de canaux pleins d'eau chaude qui circulent sous Chaudesaigues, que, dans la majeure partie de la ville, la neige fond aussitôt qu'elle y tombe. Le sol est constamment si échauffé, que plusieurs caves sont trop chaudes pour que l'on puisse y conserver le vin. On sent même la chaleur traverser les chaussures et arriver à la plante des pieds.

La quantité de chaleur produite chaque jour par les eaux équivaut à celle que donnerait la combustion de 3,095 kil. de charbon de bois, de 4,641 kil. de houille d'Auvergne ou de 9,359 kil. de bois ordinaire, contenant 20 p- °/o d'eau. Ainsi, M. Berthier, qui avait calculé que ces eaux tenaient lieu à la ville d'une forêt de 540 hectares, est resté au-dessous de l'évaluation réelle. En estimant le charbon de bois à 4 centimes le kilog. seulement, on trouve que la dépense, pour obtenir cette quantité d'eau chaude, serait de 156 fr. par jour; c'est donc une rente annuelle de 56,940 fr. que la nature paie à la commune de Chaudesaigues, et dont elle perd une partie, faute d'employer continuellement ses eaux.

Quand on arrive dans la rue du Par, le tableau devient ravissant : à l'extrémité, en perspective, est la fontaine avec sa roche, sa gueule béante, son jet à bouillons et ses tourbillons de fumée. A chaque instant, des femmes, chargées de cruches, viennent y puiser de l'eau; leur tête est couverte d'un petit chapeau rond et plat, suivant l'usage du pays. Aux heures des repas, les femmes de la classe du peuple viennent y préparer leur nourriture : dans un pot est du pain coupé en tranches, avec un peu de beurre et du sel ; elles emplissent le pot d'eau minérale, puis le mettent dans le canal comme dans un bain-marie, et dans moins d'une demi-heure leur soupe est faite. On vient là cuire des œufs, épiler les animaux; l'eau sert aussi à fabriquer le pain, indépendamment d'autres usages.

Celles des maisons qui sont situées de l'autre côté du ruisseau ont leurs canaux particuliers, qu'on y fait parvenir à l'aide du pont. Les maisons plus élevées que les sources sont seules dépourvues d'études. En hiver, les habitants de ces dernières sont obligés d'aller se chauffer et travailler chez des amis. Beaucoup de maisons possèdent des sources particulières qui les réchauffent; mais cet écoulement perpétuel, dont ils ne peuvent jamais se débarrasser, rend leurs logements mal sains, et donne aux habitants ce teint hâve qui les distingue.

Une fontaine d'eau naturelle a été construite depuis peu d'années, par les soins de M Barlier, ancien député. Outre son utilité, elle sert à l'embellissement. Des colonnes bien taillées la surmontent.

Quelques auteurs ont avancé que les eaux thermales de Chaudesaigues n'étaient pas bonnes à boire. Les habitants eux-mêmes, ont-ils dit, je ne sais sur quelle donnée, et ceux d'alentour, n'en usent qu'une fois par an, la veille de la Saint-Jean. L'usage, alors, est d'en boire autant qu'il est possible d'en avaler : c'est une question générale que le peuple se donne, et souvent cette torture indispose les buveurs trop intrépides. Tout porte à croire que c'est là une fable inventée dans les veillées, et- avec laquelle on berce les étrangers. M. Chevalier, qui fut chargé en 1828 de l'analyse chimique des eaux, raconte dans son mémoire, qu'ayant lu cette particularité dans quelques écrits, il avait fait coïncider l'époque de son arrivée à Chaudesaigues avec celle de cette prétendue coutume, et il se convainquit, par ses propres yeux, qu'il n'en était rien dans le présent, comme il n'en était resté aucun souvenir en ce qui concerne le passé.

Les eaux thermales sont très-potables et digestives comme le serait le thé. Les baigneurs ne se contentent pas d'en user extérieurement par des bains et des douches, ils en boivent aussi assez copieusement et éprouvent ainsi un effet doublement salutaire de ce remède.

Par suite de la multitude de filets d'eau chaude qui fument chacun de leur côté, la ville est enveloppée du nuage humide qu'ils exhalent. Un voyageur qui, sans en connaître la cause, le verrait à quelque distance, surtout si l'atmosphère était assez fraîche pour rendre les vapeurs très-sensibles, ne manquerait pas d'en être effrayé. 11 croirait qu'un moment auparavant Chaudesaigues était en feu, et que la fumée qu'il voit est celle des flammes d'un incendie qu'on vient d'éteindre.

A la sortie de la ville, les eaux thermales, mêlées à celles du ruisseau, sont encore une richesse pour les environs; car on les emploie au lavage des laines qu'elles décrassent parfaitement et rendent même douces et onctueuses sans le secours du savon : elles servent aussi avec avantage à tous les usages domestiques Les belles prairies qui couvrent toutes les pentes et tapissent le fond de la vallée, leur doivent l'abondance de leur produit. On trouve une différence notable dans l'action des irrigations, suivant qu'elles sont faites avec les eaux du Remontalou, ou avec celles des ruisseaux voisins. On lave aussi une grande quantité de débris d'animaux dans la source du Par, ce qui fait que pendant les chaleurs les eaux de cette source répandent une odeur fétide.

Les eaux de Chaudesaigues intéressent à la fois le médecin, l'industriel et l'agriculteur : leurs dépôts ont peu d'importance; ils consistent en carbonate de chaux et en oxide de fer; ils produisent de l'ocre pulvérulent d'un jaune orangé, qui est de l'hydrate de fer presque pur. Cet oxide colore partout le carbonate de chaux et lui donne une teinte jaunâtre et ferrugineuse analogue à la couleur du bois. Aussi prendrait-on pour de véritables tuyaux en bois, les longs tubes pierreux qui revêtent les vrais tuyaux d'écoulement, et que l'on peut obtenir entiers en enlevant avec précaution les parois sur lesquelles ils se sont moulés.

 

ÉDIFICES RELIGIEUX ET DE BIENFAISANCE.

 

L'église paroissiale de Chaudesaigues est dédiée à saint Martin et à saint Blaise; elle a été brûlée deux fois par les protestants, d'après la tradition orale; mais la date de ces deux incendies ne peut être précisée. On remarque dans la construction de cette église deux styles d'architecture bien caractérisés et qui se reconnaissent facilement à la différence des nervures de la voûte. Il en est de même de la disposition des croisées, dont les unes sont du genre ogival flamboyant, et les autres d'un genre simple. On y lit deux dates différentes, savoir: 1748, vers la principale entrée, et 1775 à l'une des clefs de voûte. Enfin, un bénitier porte le millésime de 1625. L'église n'a qu'une seule nef, et le chœur est antérieur aux autres constructions. Il est orné de deux rangs de stales en face l'un de l'autre et recouverts par des galeries ouvrées à jour, dont la découpure à dentelle produit un bel effet; les séparations des stalles sont surchargées de gargouilles, comme il était d'usage au XVI° siècle; quatre belles croisées ornent le chœur. Le retable du maître-autel est riche en dorures et chargé d'ornementations en relief faites avec habileté; il vient d'être avancé et détaché, mais sera remplacé probablement par un autel de marbre. La boiserie du chœur a été continuée sur l'emplacement qu'il occupait, et des vitraux de couleurs garnissent les croisées qui le surmontent. Cependant, les statues y sont grossièrement sculptées, à l'exception de celles de saint Blaise et de saint Martin qui ont été faites par des artistes plus habiles. Auprès, sont trois autels; cinq chapelles, dont la décoration laisse à désirer, ont été construites dans les murs latéraux.

L'emplacement correspondant à la première chapelle, vers le chœur, est occupé par une grande tour carrée formant clocher ; elle se termine par une flèche, au sommet de laquelle est le timbre de l'horloge. Cette tour avait été mutilée à une époque désastreuse pour les monuments religieux ; elle a été rétablie il y a peu d'années. Au bas de cette tour, se trouve une seconde porte de communication avec l'église, et d'un beau style.

Au fond de l'église est une tribune de création récente; elle a deux étages et sa disposition est assez élégante.

On conserve dans les archives de cette église une bulle du pape Jean XXIII, à la date du 20 septembre 1413, confirmant le chapitre; il lui était accordé par cette même bulle la réunion de la collégiale, de la cure de la ville et des filles de Notre-Dame.

Cette église renferme peu de tableaux, et ceux qui s'y trouvent n'ont aucun mérite. Quant à l'édifice lui-même, vu extérieurement, il aurait de loin une assez belle apparence; mais les chapelles latérales, avec leur toit en forme de pignon, et adossées au bâtiment principal, nuisent à l'aspect de son vaisseau. Derrière l'église, on voit un escalier à repos, de trente marches, conduisant à une esplanade dont la vue est agréable et d'où l'on domine toute la ville.

Les sires d'Oradour, seigneurs de Chaudesaigues, connus parfois dans les anciens titres sous le nom de Jurquet, et qui paraissent être issus des comtes de Toulouse, donnèrent l'église de Chaudesaigues, en 1053, au monastère de Saint-Flour. André Jurquet lui fit don aussi de ce qu'il possédait dans l'oratoire de Saint-Martin. Une autre partie de l'église de Saint-Martin et de Saint Blaise fut donnée au même monastère, en 1131, par Aymeri, évêque d'Auvergne. Un certain jour où les moines de Saint-Flour s'étaient rendus à Chaudesaigues, Robert de Saint-Urcize leur donna une moitié de Saint-Martin. On trouve, relativement aux suites de cette donation de Robert, un acte dont nous allons extraire le passage suivant : « Qu'il soit connu de tous ceux qui désirent connaître la vérité, qu'un de ces hommes qui ont dit : Emparons-nous du sanctuaire de Dieu, appelé Bernard, fils de Géraud, et avec lui ses fils, Arnald, ecclésiastique, Bernard, Etienne, Géraud, Guillaume et Pierre, s'efforçaient d'enlever aux moines de Saint-Flour l'église de Saint-Martin de Chaudesaigues, dont ils avaient été investis longtemps avant le concile de Clermont; c'est à cause de cela que le seigneur Etienne, alors prieur, fut envoyé au susdit concile pour se plaindre à Urbain de leur usurpation. Le pape les excommunia, et confirma la donation par acte authentique. Quelque temps après, le seigneur Guillaume, évêque d'Auvergne, étant venu à Aurillac pour faire l'ordination, Arnald, fils de Bernard, voulut recevoir l'ordre de la prêtrise du même évêque; mais le seigneur Etienne, prieur, le dénonçant, l'évêque le repoussa, et interdit audit clerc les ordres sacrés, jusqu'à ce qu'il eût fait cesser l'invasion de cette église. Mais persévérant dans son entêtement, bien qu'il fût du diocèse d'Auvergne, il se rendit auprès de l'évêque de Rodez et reçut de lui, malgré la défense des canons, l'ordre de la prêtrise. Le temps s'étant écoulé, le pape Calixte vint à Saint-Flour, et Arnald lui fut dénoncé pour la manière indigne dont il avait reçu la prêtrise. Ce pape 'excommunia lui et ses frères. Frappés de cette sentence, Arnald et ses frères comparurent devant Adelelme, prieur de St-Flour, et se démirent envers lui de tout ce qu'ils avaient usurpé. Cela fait, le prieur, touché de compassion pour ce prêtre, ne voulut pas le dépouiller entièrement et lui céda, pour la vie, la partie de cette église donnée à Saint-Flour par Robert de Saint-Urcize et Etienne, son fils, avec cette clause qu'il tiendrait cette église en fief, et que s'il voulait' aller à Saint-Jacques, à Rome, ou à Jérusalem, il la rendrait libérée de toutes charges et sans aucune opposition de la part des moines. Quelques années après. Arnald s'étant mis en route pour Jérusalem, Dieu le permettant ainsi, il mourut en route.

Le chapitre et l'église étaient à la collation de l'évêque. L'évêque de Saint-Flour, comme curé primitif, percevait encore, en 1777, les revenus de cette église.

La vicairie perpétuelle de la ville fut supprimée et réunie â la mense du chapitre en 1764, du consentement de Gertrude de Poitiers, dame de Chaudesaigues, et de François de Godefroy, marquis de Montvallat, seigneur de la Foraine et collateur de deux prébendes au chapitre.

Il y avait jadis une communauté de prêtres, dont les seigneurs firent un chapitre. La cure y avait été réunie anciennement.

 

NOTRE-DAME-DE-PITIÉ.

 

Cette chapelle est très-peu distante de la ville et lui offre un point de vue agréable; elle est construite sur le bord de la route impériale venant de St-Flour; ses fondements reposent sur une masse de roche schisteuse dans laquelle se trouve une grotte dite Four-des-Angles ou Anglais (en patois inglés). Ce nom lui a été donné probablement dans la tradition populaire, parce que les Anglais, qui envahirent le pays au temps de Charles VII, s'en étaient emparés et s'en étaient fait un lieu de refuge. Malgré sa dénomination, cette grotte ne présente aucune ressemblance avec un four. Ce nom ne lui aurait-il pas été donné par suite d'une attaque faite par les habitants de la ville contre ces pillards; et comme ses abords sont presque inaccessibles et présentaient un danger réel pour les assaillants, ne se servirent-ils pas du feu pour les combattre et les faire périr? Cette grotte serait presque attenante à la chapelle, sans les détours que l'on doit faire pour l'aborder; il n'y aurait d'autre issue que par la voûte, et il n'existe pas d'escalier pour y descendre par-là : il faut se laisser choir de 2 mètres environ.

L'emplacement de ce rocher fut préféré à tout autre pour la construction de cette chapelle, à cause de la tradition qui voulait qu'une statue de la sainte Vierge eut été trouvée dans cette grotte; elle est en grande vénération dans le pays, et l'on cite de nombreux miracles qui y ont été opérés. Au reste, ce petit édifice n'a rien de remarquable. Son clocher était fort petit; on en a construit un autre, appliqué à la façade de l'église et dont la partie inférieure forme un porche. Cette tour est carrée, d'une belle élévation et d'un caractère d'architecture aussi élégant que le permet un emplacement aussi ingrat. Les angles de cette tour sont d'un granit très-brillant que l'on exploite près du château de Couffour. On a construit avec la même pierre la porte d'entrée du porche, ses colonnes, son fronton et son tympan, orné des lettres entrelacées de la sainte Vierge. Enfin, on trouve dans l'intérieur deux chapelles latérales. L'autel est surmonté d'un retable très-riche en dorures et très-chargé de reliefs; il est moderne.

Quant aux dimensions de la grotte, elle a 7 met. 80 c. de longueur, 5 m. 66 c. dans la plus grande largeur, et la plus grande hauteur de la voûte est de 2 m. 45 c.

Le bruit des miracles opérés dans la chapelle de N .-D -de-Pitié avait étendu au loin sa renommée, et une fête religieuse avait été instituée à son égard. « En arrivant à Chaudesaigues, dit M. Lecoq dans sa notice sur cette ville, un dimanche, nous fûmes fort étonnés de voir, à l'angle de chaque rue, de grandes lanternes carrées que nous primes pour des réverbères, et nous le fûmes bien plus encore, en voyant allumer ces lanternes en plein midi, lorsqu'un soleil ardent répandait partout une vive clarté et étincelait dans toutes les paillettes de mica que contiennent toutes les roches des environs. Nous ne tardâmes pas à apercevoir, près de ces lanternes, des niches en bois convenablement vitrées, dans lesquelles étaient logés des saints de noms et de costumes différents , presque tous dorés et couverts de riches vêtements. Le son des cloches nous annonça bientôt après une procession solennelle; elle était remarquable par le grand nombre de fidèles qui la suivait, par la riche dorure des châsses et par la présence de nombreux pénitents blancs, la tête entièrement couverte d'un capuchon blanc percé de deux trous à la hauteur des yeux. On accourait de toutes parts à N.-D.-de-Pitié, et le bruit de ses miracles, en s'étendant au loin, augmentait chaque année l'affluence des malades qui s'y rendaient. »

Ainsi, deux choses contribuent dans le pays à la confiance que l'on a dans l'efficacité des moyens curatifs : la protection de la Vierge sainte, la vertu sanitaire des eaux. Aussi, de nombreuses béquilles sont abandonnées chaque année à Chaudesaigues; une bonne partie d'entr'elles est offerte à N.-D.-de-Pitié, en reconnaissance de ses bienfaits.

 

CHAPELLE DES PENITENTS.

 

Outre la chapelle de N.-D.-de-Pitié, il en est une autre appartenant aux pénitents, et placée par eux sous le patronage de la Vierge; elle porte le titre de Confalou. Cette chapelle sert aux exercices de la confrérie, qui s'est conservée dans le pays, et dont l'institution, très-ancienne et réunissant la plus grande partie des hommes, contribue à maintenir la moralité dans les populations. La chapelle n'offre rien de remarquable dans sa construction. Le chœur est orné d'un très beau retable, où l'on voit des détails de sculpture sur bois d'un travail très-fini. On lit sur l'une des deux portes latérales, aux angles du chœur, que la chapelle a été bâtie en 1694.

 

COUVENTS.

 

Il y a eu, dans cette ville, une maison religieuse de Notre-Dame, établie par lettres-patentes du mois de juin 1676, enregistrées au Parlement, le 3 juillet 1677; elle a subi, pendant la Révolution, le sort commun. Elle était devenue la propriété de M. Barlier, ancien député; la ville en a fait récemment l'acquisition. On y a placé l'hôtel-de-ville, le presbytère, le prétoire et une halle qui occupe l'ancienne chapelle. Il s'est formé, depuis peu, un nouveau couvent de religieuses sous le titre de la Présentation.

 

HOPITAL.

 

Guillaumette de Fontanges, dame de St-Juery, veuve de François Aribert, fonda, le 16 avril 1605, un hôpital qui portait le nom de St-Juery, et qui obtint des lettres-patentes au mois de septembre 1604, enregistrées le 10 décembre de la même année. Cet ancien hôpital cessa d'exister lors de la première révolution, où le gouvernement s'empara des biens de main-morte; ses rentes furent dévolues ultérieurement à l'hôpital de Rodez.

En 1806, M. l'abbé Fayou, originaire de Chaudesaigues, ancien chapelain du roi Louis XVI, y fonda un hospice qui ne fut organisé définitivement qu'en 1818, époque à laquelle la direction en fut confiée à trois dames de l'ordre du Saint-Sacrement , venues de Mâcon. Cet établissement, avec son modeste revenu de 3,500 fr. environ, fait face néanmoins à plus de douze mille journées. Le bâtiment, augmenté tout récemment d'une petite chapelle, a une belle façade, une distribution intérieure parfaitement comprise; et son aspect extérieur porterait à penser que cet hospice a une importance qu'il ne peut avoir encore, mais qu'il acquerra très-probablement avec le temps et le secours de la Providence.

Le bailliage d'Andelat, lors qu'il était ambulant, siégea souvent à Chaudesaigues. On peut voir, à l'article Andelat, les motifs qui l'avaient rendu tel. On y lit aussi la charte que donna, en 1490. Pierre de Bourbon, duc d'Auvergne, pour le rendre sédentaire. Chaudesaigues fit d'inutiles efforts pour le conserver; ce bailliage fut définitivement transféré à Murat.

Chaudesaigues avait une prévôté qui devint naturellement royale, en 1781, par le retour de cette seigneurie à la couronne; elle fut supprimée lors de la Révolution.

Comme toutes les villes anciennes, Chaudesaigues fut fortifié. Il est encore des hommes vivants qui ont vu disparaître les restes de ses murailles L'enceinte était percée de six portes, désignées ainsi qu'il suit:

Le portail de St-Julien , au-dessus duquel était une petite chapelle dédiée à saint Roch. La rue de St-Julien, qui aboutissait à cette porte, et le barry de St-Julien, étaient le quartier de la ville où habitaient les cordonniers. Ce nom leur avait été donné à cause d'une église sous ce vocable qui y aurait existé, et qui fut cédée par Robert de St-Urcise, avec le village de Chazel, vers le XI° siècle, au monastère de St-Flour.

Le portail du Four, dont la chapelle était dédiée à la sainte Vierge et à saint Joseph.

Le portail de la Place, dont la chapelle était aussi dédiée à la Vierge.

Le portail de St-Jean, où l'on invoquait ce saint.

Le portail de St-Jacques. Sa chapelle lui était dédiée.

Le portail de Ste-Elisabeth, avec une chapelle érigée en l'honneur de cette sainte.

Toutes ces portes ont été détruites depuis longtemps; mais les statues des saints ont été conservées et placées dans des niches construites à l'entrée de chaque quartier par les soins pieux des habitants.

Suivant un terrier de 1500, la seigneurie de Chaudesaigues appartenait alors à deux co-seigneurs, Charles de Bourbon, pour une partie, et Chattard de La Roche-Dragon, seigneur du Couffour, pour une autre partie. Il résultait de ce partage, que certaines maisons dépendaient en totalité de la même seigneurie; d'autres seulement à partir du 1° étage, quelquefois c'était le 1° et le 2° étages, et souvent il y avait chevauchement dans le même édifice.

Les fortifications de la ville ne la préservèrent pas des invasions de ses ennemis. Nous eussions désiré avoir la possibilité de donner ici quelque étendue à son histoire, dans les temps malheureux des guerres des Anglais et des guerres religieuses; mais les documents nous ont manqué. Les archives de la ville, mal conservées, peut-être même détruites dans les temps reculés, ne fournissent que des documents d'une date récente. On y trouve toutefois une requête présentée au roi Henri IV, dans laquelle on rend foi et hommage à ce monarque. Les manuscrits sur l'histoire d'Auvergne sont muets à son égard, et les histoires des provinces environnantes ne contiennent pas davantage. Cependant, nous savons qu'en 1377 la ville était au pouvoir des Anglais. Les registres des délibérations du corps commun de St-FIour ont été brûlés sur sa place par les vandales à la suite de Châteauneuf-Randon; mais une table de ces registres a été conservée, et nous lisons : « Le 12 décembre 1377, il fut fait arrêté à Chaudesaigues les chevaux qui avaient été pris des Anglais , de quoi les Anglais avaient marqué la ville de St-Flour. »

« 7 octobre 1387, envoyé à Chaudesaigues et à Carlat pour prolonger la trêve. »

« 1388, envoyé à Chaudesaigues au jour pris par M. Le Balif et Chopin de Badafol, au sujet des demandes respectives entre la ville de Saint-Flour et les Anglais, »

D'après un autre historien, Chaudesaigues avait été pris par Mandoner Badafol, capitaine anglais, en 1357. C'est tout ce que nous pouvons dire sur cette époque. Passons à l'époque des guerres civiles.

Les huguenots, ralliés sous le drapeau de Henri de Bourbon-Malauze , vicomte de Lavedan, ami personnel du roi de Navarre et qui suivît toujours sa fortune, s'emparèrent de Chaudesaigues en 1574, ce qui fit que la ville resta toujours opposée à la ligue.

Vers 1575, les huguenots envoyèrent des troupes au capitaine Merle; elles se trouvèrent à la prise d'Ambert, et le capitaine Laroche, qui les commandait, revint ensuite à Chaudesaigues.

En 1591, lisons-nous dans un manuscrit, la ville de Chaudesaigues fut très tourmentée par les guerres civiles. Elle fut obligée de fournir des vivres à cent maîtres, et l'artillerie y séjourna en passant par Saint-Juéry.

Le président de Vernhyes, dans son mémoire à Henri IV sur les moyens de parvenir à la pacification du pays, lui expose que toutes les villes de la prévôté de Saint-Flour sont liguées, hormis celle de Chaudesaigues, laquelle appartient au sieur de Lavedan.

Chaudesaigues était du nombre des bonnes villes du haut-pays. Elle avait le droit de députer aux Etats de l'Auvergne.

Nous terminerons notre notice sur cette ville par une revue rapide sur ses antiquités thermales, déjà énumérées en partie par M. le docteur Nivet.

Non seulement l'histoire écrite, dit M. Dufresse, mais encore des vestiges de monuments archéologiques nous démontrent qu'il a existé dans cette ville des thermes grandioses et très-fréquentés.

Comme témoignages historiques, nous possédons:

Les écrits de Sidoine Apollinaire, qui vivait en 450; 2° les commentaires de Savaron et du Père Sirmond, sur une lettre que ce prélat savant écrivait à son ami Apper, qui y prenait les bains; 3° l'opinion d'Alibert, dans le Traité des Eaux minérales, dans lequel il est dit que celles de Chaudesaigues étaient renommées au V° siècle, sous le nom de calentes baiœ. Comme témoignages archéologiques, nous trouvons:

1° L'ancienne piscine, parfaitement conservée, et des baignoires en pierre, dans l'hôtel de M. Felgère;

2° M. Chevalier consigne dans son rapport fait en 1828, que d'anciens habitants dignes de foi lui dirent avoir vu les vestiges d'un bain public destiné à l'usage des pauvres, et qui aurait existé sur la place de cette ville;

3° Lorsque cette place fut repavée, en creusant le sous-sol, on découvrit des voûtes qui permirent d'enfoncer, à travers des fissures qui y existaient, des perches qui pénétraient dans l'eau et dans la boue à plus de quatre mètres de profondeur.

M. le docteur Teillard, dans sa Notice sur les Eaux de Chaudesaigues, parle de médailles romaines trouvées dans ces lieux, et M. J. de Labro, de Saint-Flour, m'a écrit qu'il possédait une médaille romaine en moyen bronze, de l'un des deux Claude, qui a été trouvée, en 1842, à Chaudesaigues, en creusant un conduit pour les eaux thermales.

Combien d'autres antiquités romaines ne pourraient-elles pas être découvertes, si l'on exécutait des fouilles bien dirigées ; car il est hors de doute que les Romains ont connu ces eaux précieuses.

On trouve à Chaudesaigues une justice de paix, un bureau d'enregistrement, le personnel d'employés nécessaire pour percevoir les diverses contributions, une brigade de gendarmerie à cheval, commandée par un maréchal-des-logis; l'octroi rapporte 4,000 fr.

Il y existe un marché les lundi et jeudi, mais peu fréquenté en hiver.

On y compte neuf foires : celle du 13 janvier (Saint-Hilaire) est importante surtout par la vente des cochons noirs qu'on vient, des départements de la Corrèze et autres circonvoisins, acheter par troupeau.

Quant aux autres foires, elles ont surtout pour objet la vente des bêtes ovines et bovines; elles ont lieu le lundi gras; le lundi qui précède la mi-carême; le lundi de Quasimodo ; le 6 mars ; le 22 juillet; le 29 septembre (Saint-Michel); le 29 octobre (la Toussaint); 1e lundi avant Noël.

 

SOL. — PRODUITS. — POPULATIONS, ETC.

 

La commune offre un sol fortement accidenté, sillonné par des gorges profondes et surmonté par un grand nombre de puys ou monticules. La roche, qui perce sur une multitude de points, se compose de schiste, de granit, de quelque peu de quartz; le basalte s'y manifeste aussi en dehors sur quelques points.

L'agriculture n'est guère sortie encore de ses anciennes routines. Les essais faits sur les fourrages artificiels n'ont obtenu qu'un succès médiocre. On sent cependant généralement le besoin d'augmenter la quantité des fourrages; mais bien que l'on soit convaincu des avantages qui résulteraient de cette culture, on n'y voit qu'une faible augmentation dans la récolte du seigle, et l'on ajourne indéfiniment une amélioration qui rendrait avec usure l'avance qu'elle demanderait.

Les bois occupent très-peu d'étendue et sont d'un faible rapport. C'est le chêne qui constitue l'essence dominante; le pin et le bouleau y sont en moindre quantité. Il serait important d'empêcher le défrichement des terrains qui présentent trop de déclivité. On devrait aussi propager les semis de bois qui empêchent les terres d'être ravinées. Mais le produit du mouton est l'une des plus grandes richesses du pays, et on aurait peine à faire comprendre que le sacrifice des pacages ne serait que momentané.

Le terrain de Chaudesaigues est peu productif et ne donne que du seigle et de l'avoine; aussi le pain fait avec du froment ne sert guère qu'à la classe aisée. On entretient dans ses pacages des troupeaux considérables de moutons achetés dans les contrées voisines. Après les avoir engraissés pendant l'été, ils sont revendus en automne pour le couteau. Leur chair est fort délicate et estimée. Le seul bénéfice que l'on en tire est la laine et le fumier; car ils sont revendus presqu'au prix d'achat.

La propriété qu'ont les eaux de bien dissoudre le savon , los fait surtout employer au savonnage domestique et au dégraissage des laines; elles ont aussi un avantage très-marqué pour la teinture.

La fabrique des cadis de Chaudesaigues a joui d'une grande réputation; elle est maintenant totalement tombée. On fabrique encore quelques serges et quelques grosses étoffes pour les habillements; mais la laine est surtout employée à la confection des gilets, robes, jupes et bas. On expédie aussi à diverses destinations une quantité considérable d'estaim ou d'étaim filé.

Les tanneries, nombreuses autrefois, font aujourd'hui très-réduites et quant au nombre et quant aux résultats de cette industrie; on y fabrique la colle forte.

La race bovine est aussi l'objet des soins des propriétaires intelligents; quant à la race chevaline, les pacages et la qualité des fourrages ne lui sont pas favorables; il s'y fait peu ou point d'élèves.

Le savant d'Arcet, en 1827, y avait fait un établissement d'incubation artificielle, au moyen d'étuves chauffées par la vapeur des eaux thermales.

La population de la commune, ville et banlieue, atteindrait un chiffre bien plus considérable sans l'émigration vers la capitale, où un grand nombre de personnes et même des familles entières fixent leur résidence, s'y établissent pour plusieurs années et quelquefois pour toujours. Les hommes s'y livrent aux laborieuses professions de porteurs d'eau et de charbonniers. Les femmes sont portières, font des ménages, ou prennent tout autre occupation analogue à leur sexe. C'est ainsi qu'on ramasse quelque argent qui sert à liquider la succession du père, ou bien à l'augmenter de quelque héritage nouveau.

Il est une autre émigration, mais dans des conditions différentes. Elle se réduit à la saison d'hiver. Beaucoup d'hommes se rendent dans les villes méridionales au mois de novembre, y exercent la profession de scieurs de long, et se livrent aux travaux les plus pénibles. Ils remontent au printemps comme les hirondelles. Leur sobriété leur a permis de faire des économies qu'ils rapportent dans leur ménage, avec lesquelles ils paient les impôts, et qui sont encore augmentées de l'épargne de leur propre consommation à une époque où ils n'auraient eu rien a faire.

Les mœurs sont en général régulières, et il se passe rarement de grands désordres sans qu'ils soient réparés. Les familles vivent dans l'union; les sentiments de la nature y sont rarement méconnus. Les principes religieux ont conservé tout leur empire sur une population enseignée par un clergé plein de vertu; il en résulte un état moral qui rend facile la tâche de ceux qui sont préposés à la conservation du bon ordre et de la tranquillité.

La route impériale, n° 121, de Paris en Espagne par Perpignan, passe dans l'intérieur de la ville, d'où part également une route départementale qui communique avec la Lozère par Saint-Chély. Un chemin de grande communication passant par Saint-Urcize et conduisant sur un autre point de la Lozère, est en voie d'exécution. Il est destiné à se relier avec un chemin venant de la Guiolle (Aveyron.)

Parmi les familles principales, nous citerons : la famille Podevigne; une de ses branches résidait à Saint-Flour. M. Podevigne de Grand-Val était trésorier de France. Cette branche s'est fondue dans la maison de Labro. La branche des Podevigne de Bouchâtel est fixée en Limagne, mais s'éteint dans son représentant actuel.

La famille des Chaudesaigues, seigneurs de Tarrieux, barons de Saint-Juery, connue en 1345; elle réside en Limagne.

La famille de Barlier, dont un membre a été maire et juge de paix de Chaudesaigues, membre du conseil général et député.

La famille Colrat. Un de ses membres était juge à Saint-Flour.

La famille Clavières, fixée maintenant à Lacan (Aveyron).

La famille Chantal, aujourd'hui éteinte.

La famille d'Arjallet. M. de Montignac d'Arjallet habitait la Limagne; il n'a eu qu'une fille. M. E. de Saint-Maude, dont la mère est une Podevigne de Bouchâtel, la représente aujourd'hui.

 

SEIGNEURIE.

 

La terre de Chaudesaigues était très- considérable; elle appartenait, en 1010, à la famille d'Oradour de Saint-Urcize , connue sous le nom de Jurquet, et qui provenait, comme nous l'avons dit, des comtes de Toulouse.

Nous retrouvons Raymond de Saint-Urcize, seigneur de Chaudesaigues en 1275. Le prieur du monastère de Saint-Flour, donataire de la maison de Saint-Urcize, donna en fief au marquis de Canilhac la moitié de la ville, à condition que le marquis ou ses successeurs y feraient construire, à leurs dépens, une place forte qui relèverait du monastère et qui serait remise au prieur en cas de guerre; le même seigneur donna au prieur droit de collation sur une vicairie fondée en l'église de Saint-Julien par ses prédécesseurs.

Armand de Peyre fut seigneur de la moitié de la terre de Chaudesaigues, en 1290. Isabeau de Peyre porta cette seigneurie en mariage à Guy de Sévérac. Amalric de Sévérac, maréchal de France, qui en possédait alors les trois-quarts, les comprit dans la donation qu'il fit, le 7 mai-1426, à Jean d'Armagnac, vicomte de Lomagne.

Le comte d'Armagnac, donataire, pour apaiser le roi Charles VII, qu'il avait irrité, donna la terre de Chaudesaigues à Jean Sallazar, seigneur de St-Just, qui s'en était emparé. Sallazar la vendit au duc de Bourbon, qui la donna à Charles de Bourbon-Malauze, fils naturel de sa maison, après l'avoir marié avec Louise, vicomtesse de Lavedan.

La portion des seigneurs d'Oradour et de Canilhac passa aux seigneurs de Montvallat et du Couffour.

Henriette Gertrude, dernier rejeton de la famille de Bourbon-Malauze, obtint, en 1745, du roi Louis XV, à qui la seigneurie de Chaudesaigues avait fait retour, la jouissance de cette terre sa vie durant et celle d'Elisabeth de Poitiers, sa fille; mais elle mourut en 1778. Le comte d'Artois, à qui revenait cette seigneurie, l'avait donnée au vicomte de Laroche-Aymon; mais cette donation n'eut pas de suite, le roi ayant repris Chaudesaigues avec le duché d'Auvergne.

Les villages et hameaux de cette commune sont:

I° Albinet. hameau.

Les Angles, hameau.

Arjallet, village à l'ouest de la ville.

Arlandès, hameau.

Besse, village.

Bressoles, hameau.

Boissières, village.

Branse, moulin.

Le Chambon, village fort pittoresque, placé sur un rocher; la Truyère en fait presque le tour; au bas est une île cultivée.

10° Chanson, hameau.

11° Chanteloube, village qui appartenait, en 1640, au prieur de Magnac. 12° Le Chazal, hameau , jadis village donné au monastère de Saint-Flour par Robert de Saint-Urcize.

13° Chassagne, village. 14

14° La Chazette, hameau.

15° Le Chirol, hameau.

16° Le Couffour, hameau et ancien château sur la hauteur, près de la route, composé d'une tour ronde et d'un corps de logis. C'était*un ancien fief qui appartenait, en 1303, à Etienne du Couffour, damoiseau; il relevait du chapitre de Saint-Flour. Ce fief appartenait à Géraud de Besse et à ses descendants, de 1339 à 1450. Chattard de Roche-Dragon fut seigneur du Couffour et co-seigneur de Chaudesaigues, vers 1470. Guillaume, son fils, habitait le château du Couffour en 1454. Cette seigneurie passa peu de temps après dans la famille de La Roque, et Guillaume de La Roque en était seigneur en 1539.

Guillaume de Pallemourgue fut seigneur du Couffour vers 1600. Georges, un de ses descendants, n'ayant pas eu de fils, sa fille Gabrielle porta le Couffour en dot à N-Jean de Montvallat ; ils curent à plaider, en 1656, contre Raymond de Podevigne, seigneur de Grandval. N'ayant eu aussi qu'une fille, elle porta, en 1666, par mariage, cette seigneurie à Jacques du Puel. De cette famille, le Couffour passa encore, par mariage, en 1702, à Marc-Antoine de Malafosse, dont la famille le conserva jusqu'en 1789; elle existe encore en Limagne.

17° Cromières, hameau.

18* L'Escure, hameau.

19° La Fouliouze. hameau.

20° Falgairoux, village sur la route impériale et le Remontalou.

21° Filhon, moulin.

22' Frédeire, hameau; il avait donné son nom à une église de St-Flour, connue sous le nom de Notre-Dame-de-Frédeire. et qui, dans les temps reculés, avait existé dans ce lieu.

23° Le Glaizial, hameau.

24° L'Her, village sur la montagne et le chemin de l'Espinasse.

23° Ladinhac, village.

26° La Vialle. village sur la montagne, à l'est de la ville.

27° Maison-Blanche, hameau.

28° Maison-Neuve, hameau.

29° Moulin-de-Gastal, hameau.

30° Moulin-la-Salle, hameau.

31° Le Monteil, hameau.

52° Montignac. hameau.

33° Montvallat, hameau et château, fief ancien et considérable qui a donné son nom a une famille très-marquante. Le château est à une demi lieue de la ville. On voit encore les armes de la famille au-dedans et à l'extérieur du château, et on lit sur une pierre, dans la cour : Noble François de Montvallal. I589.

Quatre grands corps de logis pareils, munis de tourelles aux quatre angles, formaient le vieux château et l'enceinte d'une cour carrée II ne reste plus qu'un corps de logis et deux tourelles, dont la cime est surmontée d'une seule pierre de taille Un autre corps de logis s'écroula, il y a peu d'années, pendant qu'on y faisait des ouvertures; il a été remplacé par des bâtiments d'exploitation.

L'ancien château avait été construit avec élégance; on y retrouve le ciseau de la Renaissance, des bassins de fontaine sans utilité aujourd'hui. Le propriétaire actuel se propose, dit-on, de les rendre à leur première destination et de faire jaillir les eaux comme par le passé

L'intérieur du château était ornementé par des peintures sur ses boiseries; elles représentent des sujets de la fable, des chasses, l'enlèvement de Proserpine. Ces peintures vont jusqu'aux greniers, et, par ce qu'il en reste, on peut juger encore du luxe déployé dans les appartements.

Comme ce château est peu élevé au-dessus du sol, il a dû être entouré de fossés.

Les huguenots le prirent par ruse et par la négligence du seigneur auquel il appartenait. Il fut fait, par suite, une enquête sur sa reddition, le 31 mars 1585. On lit dans cette enquête:

« Les gens de la religion prétendue réformée vinrent de grand matin, le pont-levis n'étant pas levé et la porte de fer ouverte, sur l'indication à eux donnée par un nommé Durand Valette, tailleur de Chaudesaigues, qui avait accoutumé de travailler au château de Montvallat ; ils ne se présentèrent pas tous à la fois: deux des leurs seulement, travestis en paysans, se présentèrent comme étant du pays. Porteurs l'un et l'autre d'une lettre pour le Sr et la dame du château ; ils demandèrent à acheter du blé. Leurs figures étant inconnues et leurs manières suspectes, on refusa de leur ouvrir les portes de bois et l'on voulut fermer celle de fer; mais, sur ces entrefaites, toute la troupe arriva, et, ayant fait partir deux pétards contre la porte de bois, ils l'enfoncèrent; ils entrèrent alors dans le château, se saisirent du sire de Montvallat et de sa consorte, Jeanne de Lacroix, et les maltraitèrent fort à coups de bâtons et de bourrades d'arquebuses. Les ayant ensuite enfermés tous les deux dans une chambre, ils ouvrirent tous les coffres et armoires, et surtout le cabinet du trésor où étaient les archives et les richesses de la maison de Montvallat, qui étaient fort considérables. Il y avait aussi toutes les croix, reliquaires, calices et autres pièces d'argenterie de la ville de Chaudesaigues, Espinasse et autres paroisses circonvoisines, qu'on y avait portés comme dans un lieu de sûreté. Ils firent, le lendemain, mettre le feu au domaine du Viallard, à une maison d'Audiergues et à quelques autres du voisinage. Le Sr de Vitrac, fils aîné du sire de Montvallat, qui, lors de la prise, s'était sauvé en chemise par une fenêtre, vint quelques jours après avec un certain nombre d'amis et accompagné d'une bonne troupe pour reprendre le château , mais il périt quatre hommes de cette troupe sans aucun avantage, et de crainte que, pour se venger des attaques, les gens occupant le château ne fissent périr son père et sa mère , on dut entrer en composition par l'entremise du Sr de Lagarde, maître d'hôtel du S' de Châtillon. Il fut stipulé que les religionnaires se retireraient avec leurs armes, équipages et tous les meubles et trésors dont ils s'étaient emparés, et généralement tout ce qu'il leur plairait de prendre.

Qu'on leur baillerait, outre cela, des otages avec la somme de 1,000 liv., qui leur furent délivrés sur-le-champ, et en particulier au nommé Ruq, de la paroisse de St-Sauveur, qui commandait leur troupe, un cheval d'Espagne qui avait été vendu 900 livres par le sire de Sévérac. Ainsi fut fait. »

Ces coureurs partirent de suite avec tout ce qu'il y avait de bon dans le château dont ils avaient été maîtres pendant cinq semaines, et se retirèrent vers Marvejols, St-Léger et St-Sauveur-de-Peyre, dont ils étaient habitants.

Suivant cette enquête, les pillards avaient fait cette entreprise d'après les conseils du baron de Peyre , qui leur accordait son appui. Le nommé Dupréjet, son maître d'hôtel, et un autre de ses domestiques vinrent les voir pendant qu'ils occupaient Montvallat, furent très-bien reçus, et il y eut entre eux plusieurs conférences secrètes.

Théodore de Bèze, disciple de Calvin, était alors au château de Peyre en qualité de précepteur des enfants de ce seigneur; il est probable que ce fut par lui que fut semée la discorde parmi les seigneurs du pays.

Le roi, informé de cet acte de violence, donna l'ordre de raser le château de Peyre. M l'amiral de Joyeuse, qui venait de s'emparer de Marvejols, se rendit devant ce château, et, ayant trouvé le moyen de faire, à force de bras, transporter du canon sur un point élevé qui le dominait, il le battit tellement en brèche, qu'en sept jours, cette place qui passait pour imprenable, fut obligée de se rendre à merci. Quant au château de Montvallat, le roi avait donné l'ordre de le reprendre; mais la capitulation eut lieu sur ces entrefaites. Une garnison royaliste fut mise à Montvallat, en 1593.

Un nouveau château avait été construit, en 1627, sur l'emplacement de l'ancien.

En 1713, le château de Montvallat fut vendu, par décret, à Jean Genevaux, écuyer, président honoraire au bureau des finances, moyennant 16,000 livres; mais il paraît que la famille de Montvallat en conserva la seigneurie. La famille de La Goudalie en devint ensuite propriétaire, par alliance. Ce château appartient maintenant à M. Bouniol, médecin à Chaudesaigues.

34° Le Mourentès, hameau.

35° Le Nazat, village.

36° Paulhac, village sur la montagne, à l'est de la ville, et qui était à la famillede Montvallat. 37° Perret, village. 38° Les Plos, hameau.

39° La Pradelle, hameau entouré de prairies.

40° Prat-Viel, hameau. On a essayé d'y faire quelques plantations de mûriers.

41° Prunière, village fort éloigné et isolé des autres habitations; il est très ancien. Eringarde et Etienne, son frère, le donnèrent en fief, au XV° siècle, au monastère de Saint-Flour.

42° Pussac, village.

43° Rieu-Sallat, hameau non loin de la route impériale.

44° La Rochette, hameau.

45° Sensar, hameau.

46° La Tendoire, hameau.

47° La Tour, qui a pris son nom d'une vieille tour dont on voit encore les ruines.

48° Vedrines, village sur la montagne, entre la route impériale et la rivière d'Ironde.

49° Ventuéjols, village près du pont, sur la Truyère. Il y a quelques jolies maisons.

50° La Vergne, hameau bien bâti.

51° Le Vialard, hameau.

Chaudesaigues était régi par le droit écrit.

Sa foraine fut comprise pour une somme de 3,800 liv. dans la taille des paroisses de 1696; mais sa collecte était plus considérable qu'aujourd'hui.

P.DE C.