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L’EGLISE

L'église actuelle n'est certainement pas la même qui avait été bâtie à l'époque de la fondation du monastère. Elle a 29 mèt. 53 cent, de long sur 10 mét. 33 cent, de large. Les caractères de son architecture fixeraient la date de sa construction à la fin du onzième ou au commencement du douzième siècle. Elle se compose de trois nefs terminées chacune par une abside semi-circulaire. Les nefs se divisent en quatre travées dont deux étaient autrefois occupées par la tribune des dames. Les transepts sont figurés à l'extérieur de manière à donner à l'église la forme d'une croix; mais ils n'existent pas à l'intérieur. En avant du chœur, une tour carrée surmonte l'église; on y arrivait par un escalier ménagé dans l'épaisseur des murs. La porte qui y conduit est placée à 6 mèt. au-dessus du sol de manière qu'on ne pouvait y monter qu'à l'aide d'une échelle, remplacée aujourd'hui par un escalier en bois. Le chœur, les absides et les nefs latérales sont voûtés en pierre. La nef principale a un lambris en bois en forme de voûte. Les arcades qui forment les travées sont supportées par des piliers carrés ayant sur chaque face des colonnes engagées avec des chapiteaux dont le tailloir est carré et saillant: Les chapiteaux des colonnes engagées placées à l'intersection des transepts sont historiés. L'un est orné de feuillages imitant le pampre, un autre d'entrelacs contournés de manière à donner le trait d'une figure humaine; sur un autre est représenté un être humain, tenant de chaque main la langue de deux tigres. On y retrouve aussi ce sujet, si souvent représenté, de deux griffons qui boivent dans un vase. Une particularité plus rare, c'est que les bases de quelques colonnes sont sculptées, et que sur les tailloirs des deux chapiteaux on a sculpté des damiers en creux.

Les fenêtres du chœur sont ornées à l'extérieur et à l'intérieur de colonnettes surmontées de chapiteaux historiés. Les deux chapiteaux qui sont à l'extérieur de la fenêtre de l'abside centrale sont exécutés avec beaucoup d'art et de délicatesse.

Dans les pignons qui figurent les transepts on a percé des œils-de-bœuf, dont l'un est orné d'une tore circulaire et l'autre d'un damier. Le pavé cache la base de la plupart des colonnes; il dépasse son ancien niveau de plus de 40 centim.; il est inégal et composé de fragments de basalte, de pierres taillées et de marbre de la Forestie, restes de quelques monuments détruits. Il a été exhaussé par suite des nombreuses inhumations qui ont été faites pendant plusieurs siècles.

La façade actuelle est moderne; au-dessus de l'archivolte, on remarque l'ééusson d'une abbesse.

On conserve dans la sacristie quelques restes des anciennes richesses de l'église abbatiale. C'est d'abord la croix et la bourse de saint Till.

Cette croix est à deux branches; elle est en bois, recouvert de cuivre doré. On y a enchâssé cinq fragments de la pierre du sépulcre, un de la pierre de Getsémani, une parcelle des vêtements de Marie, du bois de la crèche et un fragment de la vraie croix. Au-dessous de chacune de ces précieuses reliques est une inscription qui en indique la nature. Elles sont ainsi conçues : Lapides sepulchri, Gettetnani, vest M., S. Crux prœsepe. C'est certainement à tort que la tradition indique que cette croix a appartenu à saint Till. Les caractères des inscriptions, qui ont été attentivement examinés, étaient en usage au douzième et au commencement du treizième siècle. Elle a donc été faite long-temps après la mort de saint Till; elle est de l'époque des croisades, et il est probable qu'elle fut rapportée de l'Orient par quelque pèlerin qui en lit don au monastère.

La bourse de saint Till est moins précieuse sans doute, mais elle n'est pas moins curieuse. Tissue eu fil d'or, deux cygnes en perles fines sont brodés sur chacune de ses deux faces; elle est garnie tout autour par des boutons globulaires en vermeil, ou peut-être en cuivre, de grosseurs différentes, un petit bouton alternant avec un grand. A quoi a pu servir cette riche bourse? On ne peut faire à ce sujet que des conjectures. Je serais porté à penser qu'on y enfermait la custode destinée à porter le viatique.

La forme de cette bourse, celle des cygnes et des boutons dont elle est ornée doivent la faire considérer comme fort ancienne et probablement de l'époque bizantine.

L'église de Brageac possède, en outre, un reliquaire bizantin émaillé, à personnages dorés, d'une belle conservation, un reliquaire en cuivre du treizième ou quatorzième siècle , et deux autres petits reliquaires. On y cherche en vain aujourd'hui la châsse qui contenait les chefs de saint Corne et de saint Damien, apportés, suivant la tradition, de la première croisade par Raoul de Scorailles. Sa perte est d'autant plus à regretter qu'elle servait de sanction à la tradition que nous venons de rapporter. Le mot Radulphus, inscrit sur le reliquaire, rappelait le nom du donateur. Ce reliquaire était encore à Brageac à la fin du dix-septièmes siècle, époque à laquelle Dubouchet, qui en fait mention , publia la généalogie de la maison de Scorailles. Aujourd'hui les chefs de saint Côme et de saint Damien sont conservés dans un buste en bois d'un travail assez moderne et fort grossier.

L'église de Brageac fut visitée en 1622 par Joachim d'Estaing, évêque de Clermont ; il résulte, du procès-verbal qui fut dressé par ce prélat, qu'à cette époque le maître-autel était en marbre blanc, et que les autres autels , dédiés à Notre-Dame du Rosaire, à sainte Catherine et à saint Sébastien, étaient aussi en marbre. Outre les reliques dont il a été parlé, elle possédait, de la terre du St-Sépulcre, des fragments des tombeaux de la Vierge et de saint Lazare, des ossements de saint Pierre, de saint Paul, de saint Laurent, de saint Quividius, de saint Mary, et une portion des crânes de saint Gervais et de saint Protais. Il y avait une communauté de prêtres à Brageac. Les noms des anciens curés qui ont été conservés sont : Jean Veyret, 1488; noble Jean de St-Amant, 1519; N. Veyret, 1540; Bertrand du Peyrou, 1615; Bernard du Peyrou, 1652; Lescure, 1736; Jean Sauliac, 1766; Meyliac, 1768; Diernat, 1781.

Des ruines que l'on découvre dans les environs du bourg, font présumer qu'il était autrefois plus considérable. D'après une tradition que nous croyons peu sûre, il aurait existé un château àBrageac. Une épée, des éperons dorés, divers meubles trouvés dans des fouilles exécutées il y a cent cinquante ans, sembleraient venir à l'appui de la tradition; mais, outre qu'il n'est fait mention de ce château dans aucun document, il est peu présumable que l’abbesse, qui avait la haute justice à Brageac, eut laissé bâtir un château sur ses terres. D'une autre part, les abbesses ayant fait fortifier les bâtiments de l’abbaye, on ne voit pas trop quel besoin elles avaient d'un château. Dans la partie encore existante des bâtiments de l'abbaye, on remarque des meurtrières, destinées à défendre l'approche de l'église et du monastère.

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