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 Archéologie Monumentale - Beaux-Arts - Littérature - Sites

INTRODUCTION ARCHÉOLOGIQUE.

Quelle est donc la cause de cette disposition, particulière à l'époque actuelle, qui consiste à nous faire rechercher avec ferveur et conserver avec amour, les monuments anciens de notre pays? Faut-il y reconnaître, comme plusieurs veulent le dire, un sentiment artistique épuisé, constatant ainsi sa propre impuissance pour toute création nouvelle ; ou bien est-ce un motif philosophique, qui gémissant du défaut d'unité dans les croyances des masses, se traduit en tolérance générale, par incertitude sur la valeur relative de toutes les formes religieuses ou sociales? Ou bien encore ne serait-ce pas cette cause plus directe, qui chez un peuple amoureux du beau, fait honorer la culture du sens poétique, car l'archéologie enrichit l'imagination dont elle parle le langage ? — Je crois toutes ces raisons vraies, à des degrés différents. Néanmoins elles doivent selon nous, ne se placer que dans un ordre secondaire, la véritable explication de la fièvre monumentale présente, étant incontestablement le goût passionné des études historiques, et l'importance que ces études ont prises, à bon droit, depuis trente ans.

L'histoire en vérité, ne peut plus être aujourd'hui la simple chronique, c’est-à-dire le récit du fait nu, isolé, sans preuve, dénué surtout de toute large interprétation, de cette exégèse savante qu'a su lui donner une science moderne, nommée la philosophie de l'histoire. Au lieu d'accepter sans contrôle, la prétendue authenticité d'une foule de documents reçus; au lieu de s'en rapporter à la légende , dont beaucoup d'écrivains ne prenaient pas même la peine de démêler le sens mystérieux et souvent supérieur, on a compris la nécessité de faire entrer de nouveaux matériaux dans les éléments historiques adoptés, de se courber derechef sur les textes, et d'interroger la langue des monuments. Il existe en effet un rapport réel entre les mœurs, les usages, les événements d'un pays et ses édifices. Jamais un grand fait historique ne s'est produit ici-bas, sans laisser après lui deux sortes de vestiges : un parchemin écrit, dans les chartriers des couvents, et sur le sol, une archive de pierre. Au fait, chaque génération procède

d'une manière uniforme; elle a vécu, elle a prié, elle s'est gouvernée, elle a combattu : il lui a donc fallu des maisons, des églises, des palais, des forteresses. Ces débris, beaux on laids, simples ou magnifiques, témoins impartiaux d'une civilisation primitive ou avancée, dévoileront aux âges futurs la cause de leur origine et diront la pensée qui les créa. Le symbolisme des monuments touche, on le voit, à tous les points de l'histoire générale, puisque la destination des édifices étant religieuse, militaire et civile, représente par conséquent les trois grands états d'une nation : le clergé, la noblesse, le peuple.

Ainsi tout monument a sa destination et ses annales ; ainsi les monuments, sont les vieillards de la contrée, dont la mémoire sûre a le mieux conservé le dépôt des traditions antiques. Voilà de précieux témoins à questionner. Ayant traversé les siècles, sans se mêler à leurs passions, gardant en général fidèlement l'empreinte de la main qui les éleva, ils ‘n’ont pas intérêt à nous tromper, et nous pouvons sans crainte utiliser leurs souvenirs. Ainsi l'archéologie n'est pas une étude vaine, impuissante et sans portée, puisque par elle seule, peut se compléter la connaissance des temps anciens, dans ce qu'ils ont encore d'obscur et de voilé. Or, causer avec l'antiquité, fut toujours une conversation tonique; car qui peut dire si le suaire du passé n'enveloppe pas dans ses plis le secret de l'avenir.

En Auvergne, trois civilisations différentes se sont succédé, et chacune d'elles a laissé son empreinte par ses monuments. Ces trois ères successives sont : La période gauloise, la période gallo-romaine, et celle du moyen-âge.

PÉRIODE GAULOISE

Les Gaulois, quoiqu'on en dise, étaient trop peu avancés dans la science, pour avoir fait quelques progrès dans les arts. Tout ce que nous connaissons d'est est plein de rudesse, et révèle une société encore dans l'enfance. La belle description idéale de la vie barbare, qu'on trouve dans Tacite, fut écrite par ce grand citoyen, pour faire rougir de ses excès. Home corrompue : qu'on lise donc ce ' poème avec défiance, c'était une leçon et un reproche. Pour bien apprécier néanmoins les monuments gaulois, il faut étudier d'abord l'histoire des Celtes, ensuite les détails de leur organisation politique, et de leur vie intérieure, puis enfin avoir une idée de leur littérature Jetons sur ces quatre sujets un coup-d œil très-rapide.

Histoire. — La Gaule celtique eut pour limites naturelles le Rhin, les Alpes, les Pyrénées et les deux mers. Là habitait un peuple issu de Pluton, ce qui veut dire aussi ancien que la flamme de ses volcans. Cette terre sauvage, sans commerce et sans civilisation, contenait éparpillées des tribus primitives, formidables dans leur nature ignorante et leurs féroces instincts. Comme il n'existait point encore d'infiltration de peuple à peuple, il arriva qu'à divers intervalles, cette activité d'une nation, étouffant dans sa force, et cherchant une issue pour donner cours à son énergie surabondante, se rua sur les autres pays. Telles furent les premières émigrations des Gaulois vers le Danube avec Sigovèse, et sous la conduite de Bellovèse en Italie, où ils fondèrent Milan. Peu après on les voit ravager le Latium, profiter d'un prétexte pour courir à Rouie, la livrer au pillage, égorger les sénateurs sur leurs chaises curules, et ne pouvoir être refoulés et vaincus que par Camille, la glorieux exilé.

218 ans avant J.-C, une armée celtique ayant fait alliance avec Annibal, suivit ce général au-delà des Alpes, et se trouva sur le champ de bataille de Cannes, le jour où la ville de Brutus chancela sur ses sept collines, pareille à une tour ébranlée dans sa base. Mais la fortune de Rome n'était pas de mourir; son génie viril fut à la taille des événements et maîtrisa la destinée. Après une longue série de combats, ses légions, non seulement chassèrent les Gaulois d'Italie, mais encore allèrent les combattre jusque dans leurs foyers.

121 ans avant notre ère, les Arvernes commandés par Bituitus, sont défaits près d'Avignon. Bituitus lui-même pris par ruse, orna la marche triomphale de Fabius que portait au Capitole le char d'argent du monarque captif. Cependant nos ancêtres, dans ces diverses rencontres, furent appréciés par leurs ennemis. Les vainqueurs s'effrayèrent de ces organisations exceptionnelles qui par goût, aimaient l'odeur du sang, savouraient le carnage, et se trouvaient à l'aise dans l'étreinte des mêlées. Aussi décréta-t-on, au milieu môme du succès, qu'à l'avenir, lorsqu'il s'agirait d'une guerre contre ces barbares, les lois qui exemptaient les vieillards et les prêtres d'aller à l'armée, seraient suspendues. Tant était profonde l'épouvante qu'ils inspiraient; tant devait être terrible debout, ce peuple encore ri redoutable lorsqu'il était couché.

Cependant les Romains qui convoitaient la Gaule, formèrent peu à peu la colonie d'eau sextienne. Ce territoire appelé primitivement Provincia, — d'où lui est venu le nom moderne de Provence, — n'avait jamais été considéré par eux que comme un camp fortifié, dont ils attendaient l'occasion d'élargir les limites. En effet, une transmigration importante qui se préparait alors, hâta dans leur exécution, des projets couvés depuis longtemps. Les Suisses mécontents des montagnes arides de l’Helvétie, se disposaient à les abandonner, cherchant à main armée une patrie nouvelle. Apprenant qu'ils se dirigeaient vers la Celtique occidentale, le Sénat les devance, prend son meilleur général, lui confie sa meilleure armée, et leur donne pour mission la conquête entière des Gaules.

C'est Vercingétorix nommé généralissime, que la Ligue gauloise opposa alors à César. (52 ans avant J.-C.)

Là se placent la prise d'Orléans, la défense de Gergovia, et les admirables péripéties des batailles de la Gaule : luttes gigantesques, combats livrés pied à pied, pays conquis pouce à pouce, où un sauvage arrêta si longtemps le plus grand homme d'épée des temps anciens.

Ensuite vint le siège d'Alésia, funeste par les factions qui survinrent, et qu'on observe toujours au moment où les sociétés expirent. Malgré des prodiges d'intrépidité, les Celtes succombèrent parce qu'ils furent désunis. Après la défaite, il fallut trouver une victime. Vercingétorix, fort de ce dédain austère que certaines âmes éprouvent pour la mort, proposa de se dévouer. Nul ne s'opposa au sacrifice, et le chef gaulois après avoir-rempli sa destinée de gloire, accomplit le cœur calme, sa mission de malheur. Il fut conduit à Rome, et y mourut étranglé, i An -47 av. I.-Ç.) Tout plia sous le joug, moins toutefois les Arvernes : César voulant faire une exception glorieuse pour celte terre vaincue mais respectée. Dès ce moment la Gaule fit partie de l'empire romain.

Telle est en aperçu l'histoire celtienne jusqu'à Auguste. Dans cette histoire il y a des fautes, il y a des cruautés ; elle n'est pas pure de tout alliage, mais il faut reconnaître au moins qu'elle a une fière allure et qu'elle est héroïquement drapée. L'artère de ce grand corps croulant, ne se rompt pas sans bruit; on pressent déjà qu'il s'agit de l'aïeule de la France, l'incontestable ainée de la famille des peuples. i

Organisation Politique. — Chez les Gaulois, le gouvernement fut théocratique d'abord, l'élément religieux dominait ; puis aristocratique, c'était le tour de l'élément politique-, enfin le sentiment politique aux prises avec les premières influences de l'esprit philosophique, laissa la victoire à celui-ci, et le gouvernement devint populaire. On ne peut trop préciser l'époque de transition de ces formes sociales traversant logiquement tous les degrés de l'échelle de transformation, que chaque peuple est appelé à parcourir à son tour : c'est-à-dire pouvoir des prêtres, empire des nobles, et affranchissement par la majorité.

Dans l'oligarchie gauloise, le roi était élu par l'assemblée générale de la nation; c'était le plus vaillant. Son autorité nullement héréditaire, ne passait point à ses enfants, et ne lui conférait que le titre d’être le premier parmi ses égaux. Un sénat faisait les lois, et seul pouvait conclure la paix ou déclarer la guerre. Tout le rouage du système politique avait pour pivot l'esprit d'association : peuplades fédératives, les petits états se mettaient sous le patronage des grands.

Religion, Coutumes. — Les druides, chefs de la religion, jouaient un grand rôle dans les Gaules. Ils se divisaient en trois classes : les uns, unissant la magistrature au sacerdoce, excommuniaient les magistrats, déposaient les rois eux-mêmes et s'occupaient des sacrifices ; les autres devenaient bardes, poètes et musiciens ; les derniers enfin nommés saronides, se dévouaient à l'éducation.

Les druides habitaient les forêts. La puissance de ces prêtres était basée sur leur sagesse, leur vie sévère, et surtout sur le prestige qui leur attribuait le don de divination. Ils croyaient unanimement au dogme de l'immortalité de lame et professaient qu'il y avait deux vies dans cette vie : l'une abandonnée à la matière et au corps, l'autre consacrée au cœur et à l'intelligence.

Le vêlement sacerdotal était blanc; une couronne de chêne ornait la tête des hiérophantes, qui en outre portaient à la main une branche de verveine, signe distinctif de leur dignité.

La nourriture des Gaulois consistait en fruits, en pain, lait, miel, et surtout en viande de porc salé. Les hommes prenaient leurs repas sur des tables très basses, assis sur des bottes de foin, et servis par leurs femmes. Us étaient curieux de nouvelles, questionnant avec avidité les voyageurs sur les pays qu'ils avaient parcourus. Leur caractère se montrait fier et hautain, aussi impitoyables dans leurs rancunes, qu'inébranlables dans leurs amitiés. L'hospitalité s'exerçait chez eux pareille à une sainte vertu; toute la population d'une contrée devenait responsable du meurtre d'un étranger. En se séparant, on échangeait ses armes, et les familles les considéraient comme des titres de noblesse ou de précieux trophées. Le mépris général pour les arts mécaniques était poussé à l'extrême. Parmi les professions nobles, se trouvait celle d'armurier, respectée à l'égal du ministère des prêtres. Remarquez que les peuples primitifs conservent leur plus grande déférence pour les objets ou les personnes qui peuvent protéger l’homme, dans ses rapports de l'âme et du corps.

L'agriculture, tenue pour une occupation servile, se trouvait abandonnée aux vieillards et aux esclaves : ils ne commencèrent à travailler la terre qu'après la fondation de Marseille, 600 ans avant Jésus-Christ. C'est aux Phocéens à qui nos aïeux durent encore la manière de cultiver la vigne, l'usage et la fabrication du pain. Plus tard ils leur empruntèrent aussi l'usage des monnaies, le commerce s'étant fait jusqu'alors au moyen de l'échange. Tous les ans avait lieu un partage de terres. De même que chez les Germains, la loi fixait annuellement à chaque famille un champ nouveau et suffisant, qu'après la récolte il fallait abandonner.

La pensée de la victoire fut toujours pour les Celtes une sensation pleine de saveur. Ils contemplaient avec joie clouées à la porte de leurs demeures, les têtes des ennemis, mêlées à celles des animaux féroces tués à la chasse. — A côté de ce spectacle hideux, se plaçait une touchante coutume, celle de verser des larmes à la naissance d'un enfant. Donner l'existence à quelqu'un, c'était selon eux sans doute, lui infliger le tourment de la faim, du froid, de la fièvre et de la douleur. Ce premier cri de l'enfant qui fait bondir une mère, les mères d'alors l'écoutaient tristement : elles croyaient entendre la plainte d'un être, épouvanté au sortir du néant, de tout ce qui se dit, se voit, ou s'entend sur la terre. On l'élevait durement au milieu des privations, et le nom qu'on lui donnait, rappelait quelque action d'éclat.

Les Gaulois vécurent d'abord dans des grottes. A cette époque, ils se couvraient les jambes de grandes feuilles de gentiane desséchées. Ensuite ils construisirent des maisons, se rassemblèrent dans des villes, fabriquèrent des habits, et 160 ans avant notre ère, la civilisation avait déjà fait chez eux quelque progrès.

Lors de la conquête par César, leur costume se composait de la brague, ou pantalon, d'une veste serrée autour des reins par une large ceinture de cuir, le tout recouvert du sagum, notre saïle traditionnel. Leur tête était coiffée du palliolum, dont nous avons fait palliole. Ils couchaient sur des peaux; un grand nombre do fourrures constituait même la principale richesse. Les guerriers se tatouaient, car l'intrépidité gauloise s'enorgueillissait de ces certificats sanglants, et la variété des dessins distinguait les familles.

LITTÉRATURE SES GAULOIS.

Les Gaulois, ceux de l'Arvernie surtout, eurent une littérature qui, par malheur, n'a pu venir jusqu'à nous. Hymnes, cantiques, épopées, mystères, tout se confiait à la mémoire, et des défenses sévères interdisaient à l'écriture d'en opérer la reproduction. Telle est la cause de cette immense et irréparable lacune.

D'après les probabilités, la littérature gauloise a dû être multiple : ce que nous savons du caractère et des mœurs celtiques, permet qu'on la suppose divisée en trois branches.

Comme je viens de le dire plus haut, les Gaulois aimaient la guerre, les combats, le danger. Leur forte organisation, tournée vers l'héroïsme, avait certainement créé une littérature lyrique ; c'est-à-dire, celle qui prend pour motifs les événements grandioses, les nobles dévouements, et qui s'inspire du patriotisme et de la gloire. — Cette branche correspond avec exactitude, à la littérature bardique, qui jeta tant d'éclat au VIe siècle.

Sous un autre point de vue, l'amour des Gaulois pour les aventures, leur soif des pérégrinations et des lointains voyages, ont dû leur donner une littérature qu'on peut appeler romanesque ; c'est-à-dire, une littérature peignant la vie naïvement, nous montrant sans emphase l'individualité des chefs celtes, et caractérisant ainsi la vaillante nature de ces races, lorsqu'elles agissaient dans toute la spontanéité de leurs pensées ou de leurs instincts. — Cette forme littéraire correspond aux Mabinogion, chants gaulois qui, aux xi* et Xii" siècles, introduisirent une nouvelle littérature en Europe, changèrent le tour de l'imagination germanique, cl eurent tant d'influence sur la civilisation et la poésie du moyen-âge.

Enfin ce qui distingue le plus les peuples celtiques, c'est la tendance de leur esprit vers l’inconnu, c'est leur désir de pénétrer les mystères de l'univers physique ou intellectuel, c'est en un mot, la poursuite de l'infini. Dans le monde matériel, tout les préoccupe et les séduit; dans le monde moral, tout les attire et les tente. Ils cherchent ce qu'il y a au-delà de la mer, avec la même furie, qu'ils veulent savoir ce qu'il y a au-delà du tombeau. Les migrations de- l'âme après la mort, la résurrection des héros, sont pour eux des dogmes pleins de charme et de foi. De là dérive une branche d« littérature philosophique, empreinte du plus vif sentiment religieux. — Nous voyons cette branche, modifiée du reste plus tard, par la venue du christianisme, correspondre parfaitement à la littérature ecclésiastique et légendaire, c'est-à-dire à celle qui produisit ces magnifiques poèmes nommés : l’'Histoire de Saint-Brandan et le Purgatoire de Saint-Patrice.

Tout vestige de la littérature primitive des Gaulois, étant perdu, ce n'est donc que par reflet qu'il nous est permis d'entrevoir leur poésie ; ce n'est que de seconde main que nous pouvons la recréer et la reconstruire. Plusieurs publications modernes viennent nous aider. La lecture, par exemple, des poèmes d'Ossian (Macpherson) ; l'étude des rimes galloises et bretonnes, publiées depuis peu à Paris et à Londres, nous fournissent à elles seules, un renseignement qui paraît exact sur la tradition littéraire celtique (1). Partons de cette donnée pour condenser quelques observations.

Tout le inonde sait que les anciens Gaulois avaient des cérémonies nuptiales très-simples, et n'épousaient jamais qu'une seule femme. Néanmoins, chose inouïe pour ce temps ! cette femme ne consentit jamais à être pour eux. l'ins-

(!) M. dp La Villrmarnaé n p ifolic on so 13 le UiK' 'le : Contes pnpulaires des anciens Bretons. la traduction des Mahinogion.qn'une fraude Jarre, lady Charlotte (îuest. avait traduits du gallois en anglais, et publiés à Londres en 18-17. — M de La Villemarqué a publié en outre, en ISiU, à Paris, la traduction des poèmes des Darik'j br '.uns du vi' siècle.

trument facile d'un voluptueux plaisir, mais s'éleva à la dignité de compagne, d’amie, d'égale. L'ardente intelligence de ce sexe n'avait point été révoquée en doute par nos aïeux, puisque dans certaines circonstances solennelles, les druidesses jugeaient, et qu'on les consultait fréquemment sur les grands intérêts de la patrie. Or, dans les poèmes galliques, les mômes circonstances se reproduisent ; sous ces lignes âgées de quinze siècles, nous voyons le type de la femme pour ainsi dire trouvé. Dans aucune littérature en effet. L’amour n'a autant de délicatesse, d'enivrement et de mystère. Partout ailleurs, la femme est nulle, chez les Celtes au contraire, elle est tout. C'est elle qui lave les mains des guerriers, panse leurs blessures, prépare leur couche, chante pour les endormir. Aussi les poètes bretons ne parlent-ils des femmes qu'avec idolâtrie, en groupant autour d'elles, leurs pensées les plus charmantes, de pudeur et de beauté. C'est cet indicible sentiment féminin, ce sont ces nuances de cœur si simplement décrites, qui réalisèrent parmi les Franks-Mérovingiens une véritable métamorphose. Les mœurs barbares en furent changées; et l'idée d'envisager désormais la femme, comme le point le plus élevé de la passion humaine et presque le but de la vie, donna dès ce moment au culte de l'amour une pureté morale, une chaste grandeur inconnues jusque-là. Telle fut môme peut-être, l'origine de la chevalerie.

Ce qui frappe encore dans ces poésies armoricaines, c'est la couche de tristesse que l'on y trouve répandue. Presque tons les chants des Bardes sont plaintifs. Leurs cris de victoire même n'ont rien de joyeux, et le plus souvent à côté d'un sourire, vient trembler une larme. Le fanatisme de la guerre et ses joies triomphales les inspirent par instants; mais ce n'est qu'un accident, car ce qu'ils aiment surtout à peindre, c'est la campagne brumeuse, les grèves désolées, la vue des bruyères r les sifflements de la bise de mer. Parfois ils croient entendre les ombres amies de leurs ancêtres, gémir dans les vents : ils les voient se promener au milieu des nuages, ou apparaître sur les flots. Ces images sombres, ces pensées douloureuses, revenant constamment, pèchent peut-être par un peu de monotonie, mais en revanche, montrent pourquoi la gamme poétique de leurs tons possède à un si haut degré la note qui pleure. Au fait, au sein de la vie sauvage tout est triste; et l'habitude du spiritualisme rêveur, n'est pas seulement, comme on l'a dit quelquefois, le partage des sociétés avancées, mais se trouve la conséquence, chez l'homme primitif, de certains aspects de la nature qui parle avec tant de puissance à toute âme isolée. Cette pénétrante sensation qu'on appelle la tristesse, se trouvant composée d'amertume et de douceur, sans qu'on puisse dire laquelle des deux domine, est inhérente à notre nature, et ancienne comme le monde. « 0 mélancolie, vieux legs septentrional, disait Goethe, à propos des » poèmes d'Ossian, le mal de l'aimer est un mal sans remède! »

Mais le côté essentiellement viril de la littérature gauloise, est le côté philosophique: il tenait aux idées de ce peuple sur la mort. C'est sur ce terrain que leur poésie blonde, reprend tout à coup ses formes osseuses, et l'exercice de ses tendons musculeux. Savez-vous comment Horace définit la Gaule. « Une terre où l'on n'éprouve pas la terreur de mourir. » Jamais êtres humains, en effet, n'ont été moins douteurs que les Celtes, on pour mieux dire ne furent plus aguerris à certaines croyances touchant notre fin dernière. Leur foi, dans l'autre monde, était si grande, qu'ils demeuraient persuadés qu'en changeant d'existence, on ne perdait ni sa personnalité, ni ses parents, ni sa mémoire. Plusieurs se prêtaient de l'argent, qui ne devait être remboursé que là-haut, car là-haut, on devait retrouver des relations, des lois, des magistrats. Certains historiens disent avoir vu des Gaulois qui, pour un tonneau de vin, se perçaient le cœur, parce qu'ils s'étaient chargés de porter une missive à quelque défunt ; d'autres se brûlaient avec joie, afin de ne pas quitter d'un instant leur ami trépassé. La mort n'était donc pour eux qu'un fossé perdu dans le brouillard, qu'il s'agissait de franchir vite, et au-delà duquel reparaissaient le soleil et les étoiles. C'est cette précision de pensée sur les choses de la Vie future, qui épouvantait le plus les Romains vainqueurs. Pendant longtemps ils ne purent se défendre d'un véritable effroi, au milieu d'une race mystérieuse qui se tuait avec assurance, comme si elle était en possession du secret de la tombe. Aussi, au sein des batailles, les Celtes souriaient-ils à la vue du sang; ces superbes contempteurs du trépas I abordaient sans crainte, et leur poésie, en racontant ces holocaustes, avait alors des élans réellement sublimes, a force d'être surhumains.

Un dernier caractère à mettre en relief, dans le récit gallique, c'est son affection pour le merveilleux, et l'emploi naturel qu'il en sait faire. Dans les compositions dont nous parlons, toute la nature s'anime, les oiseaux parlent, les cerfs discutent, les dragons aiment l'homme, les poissons le conseillent, les arbres eux-mêmes sont transformés en créatures intelligentes. Est-ce que ces fictions ne vous rappellent pas celles des poèmes de la Table ronde, tant chéris de nos pères? Est-ce que vous ne leur retrouvez pas le goût suave des Contes des Fées, ce premier miel posé sur vos lèvres d'enfant? Oui sans doute. C'est que l'histoire du Chevalier au Lion, du Prince au Faucon, le Chaperon rouge, Peau d'Ane et cent autres, ne sont absolument que des traditions celtiques L'antiquité nous les a jetées, à travers deux mille ans, toujours adolescentes, pour constater aux plus incrédules, l'impérissable jeunesse des œuvres de l'esprit. Ainsi le petit Oiseau bleu qui babille si bien, amusait aussi les Gaulois des temps passés, en leur tenant à peu près le même langage. Alors, comme aujourd'hui, la truite allait chercher au sein des eaux, le talisman d'où dépendait le sort d'un bel amoureux; la gazelle fouillait le fond des bois, pour y trouver quelque fiole enchantée ; le serpent indiquait les trésors les plus profondément enfouis. Cette mythologie naturaliste nous parait exquise, et semblable en douceur au souffle printanier. Cependant il n'y a la aucune intention de miracle : contrairement au christianisme, on n'y voit aucune puissance surnaturelle dérangeant des lois physiques établies. Non, ces phénomènes ont été tout simplement, dans la pensée des bardes, un résultat de la force cachée de la nature, adorant l'homme son seigneur, et faisant pour lui plaire des efforts impossibles, comme si la création entière s'occupait de l'homme, et s'intéressait à sa destinée.

Je ne sais, si par les lignes qui précèdent, je serai parvenu à donner ou lecteur une perception appréciable de la littérature chez les Gaulois. — J'ajoute que d'après l'opinion générale, quand les Latins asservirent ce peuple, il touchait à l'heure, où passant de la naïveté à la réflexion, son génie transformé, allait se déployer au grand jour. Mais Dieu ne lui en laissa pas le temps. Nous n'avons donc jamais eu du la celtique littéraire, que la phase primitive; après tout, c'est peut-être la plus séduisante, car c'est la plus candide. II existe en effet, dans l'éclosion de toute poésie, même barbare, une virginité d'imagination, qui couvre presque d'un duvet, l'expression première des sentiments humains. Malheureusement celte candeur s'en va vite; la civilisation l'emporte sans pitié au profit de la raison, et les âges suivants qui l'ont perdue, attendent quelquefois de longs siècles, sans pouvoir la retrouver. Voici ce qui nous reste archéologiquement, de la période gauloise : Les Menhirs ou Peulvans. — Pierres brutes plantées verticalement dans la terre et qu'on suppose avoir été des idoles destinées à veiller sur la cendre des morts; des souvenirs de victoire ou de traités entre les tribus. — Le christianisme les abolit, et plusieurs conciles ordonnèrent formellement leur destruction. Malgré ces décisions, les menhirs, toujours vénérés, restèrent longtemps l'objet d'un culte superstitieux. Alors, pour effacer tout souvenir de l'ancienne idolâtrie, on prit le parti, dans plusieurs localités, de les surmonter d'une croix.

Les Dolmens. — Tables monolytes, placées horizontalement sur plusieurs autres pierres qui sont fichées en terre et les soutiennent. Selon les uns, c'était des autels sur lesquels, en certaines solennités, on immolait les prisonniers et les esclaves. Selon les autres, c'était des cippes funèbres qui désignaient les lieux où dormaient les dépouilles mortelles des druides. Quelques antiquaires même ont pensé que les dolmens n'étaient que des pavois sur lesquels les Gaulois élevaient leurs chefs. — Il en existe de deux sortes : les dolmens et les demi-dolmens. Dans ces derniers, la table est inclinée; l'extrémité supérieure se trouve soulevée sur des piliers, tandis que l'autre repose immédiatement sur le sol.

Pierres Branlantes. — Encore un monument dont l'affectation est religieuse. On mettait ces masses en mouvement quand il fallait tirer les augures ; habituellement les prêtres s'en servaient pour frapper l'imagination du peuple et réveiller en lui de salutaires sentiments d'effroi. — L'usage des pierres branlantes a été à peu près général sur le globe : on en trouve chez toutes les nations.

Grottes Des Fées. — Excavations creusées dans les rochers, où l'on croyait que les fées résidaient.

Enceintes De Pierres. — Edifices bizarres, espèces de temples poétisés par une grande idée : c'est que Dieu était trop grand pour être enfermé dans des murailles. Les Gaulois en effet s'inspiraient en priant, de la vue de l'horizon et de la voûte azurée du ciel. — Indépendamment de cette destination qu'ils reconnaissent exacte, quelques antiquaires anglais, en donnent une autre à ces enceintes : ils en font des cours de justice. C'est là d'après eux, que les magistrats jugeaient, et qu'en certaines circonstances l'on tenait conseil solennellement. Celle conjecture est appuyée sur ce fait, que dans le Nord, jusqu'au xiv» siècle, les gens de loi et les nobles se réunissaient en cercle sur des pierres, les uns pour faire droit, les autres pour élire leurs princes.

Fontaines. — Sources consacrées; objets d'un culte pieux, à cause des effets médicaux que leur attribuait la superstition,

Tumulus. — Monticules factices, tertres artificiels, composés de cailloux et de terre, élevés sur la tombe des guerriers vaillants, ou des personnages distingués. — Les Gaulois eurent plusieurs manières d'enterrer les morts. D'après le mode le plus ancien, le défunt était déposé en terre, les jambes et les genoux ployés. Puis, l'usage de brûler les corps s'introduisit et subsista concurremment avec le premier mode d'inhumation. Plus tard enfin on se contenta de placer le cadavre dans la fosse, étendu sur toute sa longueur. Tel paraît avoir été l'ordre chronologique. — L'usage d'élever des tumulus survécut du reste à la conquête de la Gaule, et se perpétua jusqu'au second siècle de l'ère chrétienne.

Monnaies. — Trois époques différentes : d'abord les rouelles qui succédèrent aux monnaies de cuir. Ensuite médailles avec le cheval courant, emblème de la liberté celtique; en dernier lieu, monnaies avec figures dont la tête était ordinairement garnie de cheveux bouclés. — Ces médailles sont en bronze, en argent et en or ; la plupart d'entre elles paraissent avoir été coulées et non frappées. Elles furent prohibées sous Tibère, et à partir de ce règne, les cités gauloises cessèrent de battre monnaie.

Poteries. — Vases d'argile rouge ou noirâtre. — Il est difficile de distinguer les poteries gauloises antérieures à la domination romaine. Elles sont formées d'une terre rouge ou noire, mal pétrie et remplie de petits graviers. Cette pâte sans liaison, est peu cuite et très-fragile. Les vases, d'une forme simple, ne paraissent pas avoir été travaillés au tour; seulement l'ouvrier les a frottés à l'extérieur au moyen d'un outil qui les a irrégulièrement polis. — Rares.

Haches D'armes. — (Celtae?.) Ce sont des coins à forme pyramidale, terminés d'un côté par un bout arrondi, et de l'autre par un tranchant acéré. Quelques-unes de ces haches ont jusqu'à un pied de longueur, tandis que les plus nombreuses possèdent à peine une dimension d'un pouce ou deux. Les grandes, servaient d'armes agressives ou défensives : les petites, instruments de sacrifices, étaient probablement destinées à frapper certaines victimes très - pures, qu'il était défendu d'abattre avec le fer. — On en trouve en serpentine, quartz, silex et en jade.

Pointes De Flèches. — Généralement en silex. — Tout porte à croire que pour faire usage de ces objets aigus, les Gaulois fendaient l'extrémité d'une baguette, et y retenaient la pierre, solidement fixée avec des ligatures.

Épées Et Poignards En Bronze. — Les épées se composent d'une lame et d'un manche, tout d'une pièce et d'un même métal. Elles sont droites, plates et renflées vers le centre. Celles que j'ai vues se terminent en pointe et coupent des deux côtés. Il n'en a été découvert qu'une seule en Auvergne ; elle provient de Coren, et se trouve déposée au musée de Clermont — Quant aux poignards, leur forme se rapproche de celle des épées, sauf que la lame en est plus courte, et peut-être mieux travaillée. L'art grec commence ici à se faire sentir, ce qui pourrait révéler d'anciennes relations entre la Grèce et la Gaule.

Bracelets, — de formes variées et de grandeurs différentes. — On les portait au poignet. Il y en a de très-lourds ornés de ciselures; d'autres plus légers et plus simples, pour des femmes ou des enfants. J'en possède un fort curieux, qui vu sa dimension, a dû être un collier (torque). Dans plusieurs, les deux extrémités de la pièce métallique ne sont pas soudées, mais simplement rapprochées, ou crochetées. La flexibilité du cuivre permettait de les écarter et d'ouvrir facilement l'anneau. 11 est probable qu'on se servait peu de ces bracelets à cause de leur incommodité ; mais on avait grand soin d'en parer les morts et de les enterrer avec eux.

PÉRIODE GALLO- ROMAINE.

La Gaule conquise, éprouva d'abord pour les Romains cette répugnance naturelle, celte haine concentrée que les vaincus ressentent toujours pour leurs vainqueurs. César cependant, désireux de conserver à tout prix ce vaste royaume si péniblement occupé, et dont un secret pressentiment lui révélait l'importance comme point central, résolut, après avoir subjugué la Celtique par les armes, de la soumettre par les beaux-arts. (Je politique projet qu'il exécuta le premier, fut suivi dans les siècles suivants avec une noble persistance. Auguste partagea le sol en quatre départements : la Narbonnaise, la Lyonnaise, l'Aquitaine et la Belgique. De cette manière l'habile empereur incorpora les uns aux autres les différents peuples de ce pays, et brisa leur force en rompant les traditions gouvernementales de leur passé. Si l'espace me le permettait, je voudrais pouvoir faire assister le lecteur au spectacle le plus curieux qui existe peut-être : celui provenant du choc d'une organisation politique et morale qui, se rencontrant face à face d'une autre, s’approche, lutte avec elle, la renverse et lui succède. Il serait intéressant d'indiquer tous les moyens qu'employa la civilisation nouvelle pour se substituer à l'ancienne. Nous la verrions escalader les villes avec les soldats, courir sur les routes au milieu des marchands, occuper mystérieusement les temples, entrer même dans les cercueils avec les cadavres. On remarquerait enfin le progrès civilisateur imprégnant l’air, et alors, comme de nos jours, faisant respirer presque malgré eux, aux hommes qu'il veut soumettre, ses principes vivifiants et féconds.

Ainsi en moins d'un siècle, les Latins couvrirent la terre gauloise de temples, de théâtres, de cirques, d'amphithéâtres, de bains, d'aqueducs. En ce qui regarde l'Auvergne, nous devons citer notamment à Augusto-Nemetum, actuellement Clermont, le temple de Wasso , décrit par Grégoire-de-Tours (I), monument, dont les murs de trente pieds d'épaisseur, étaient revêtus de mosaïques, et qu'avait rendu célèbre la statue colossale d'airain, exécutée vers l'an 60, par le sculpteur Zénodore(2) Nous mentionnerons aussi les thermes du Mont-d'Or, jadis très-splendides. A cette époque encore, des voies militaires furent ouvertes. La sixième aboutissant à Lyon, se prolongea et eut des embranchements dont l'un conduisait dans l'Aquitaine par l'Auvergne. Or, un chemin n'est pas seulement un bienfait matériel, c'est un instrument civilisateur, c'est le passage ouvert à l'envahissement des idées. Les anciens le savaient tout aussi bien que nous. Cent ans après, celte route ne pouvant plus suffire, Adrien en fit tracer une nouvelle qui traversa Vichy, cl se dirigea vers le Cantal.

(1) llisl. lï., I. 30

(2) Pline, htM. n. xxxiv. 18,

Mais en même temps que l'architecture, la statuaire et le commerce commençaient pour les Celtes le persévérant travail de leur culture sociale, les empereurs romains comprirent le besoin d'avoir recours à une administration bienveillante, pour s'attacher d'une manière intime ce peuple redouté. Il eut un sénat dont on combina la création avec les lois de la Gaule, et sa forme antique de gouvernement. Octave conserva leurs terres à tous ceux qui les possédaient. Bientôt les langues grecque et latine y furent introduites, et sans devenir de longtemps populaires, vainquirent néanmoins peu à peu par leur riche mécanisme grammatical et la poésie de leurs images, le dur idiome celtique, que Julien comparait au grincement d'une scie ou au cri rauque des corbeaux.

Est-il étonnant qu'avec tant de moyens de séduction, les Gaulois se soient enfin rendus, qu'ils aient baissé la tête devant une civilisation si grande, si généreuse, si clémente? Aussi dès le second siècle de l'ère chrétienne, l'Italie, majestueuse reine, avait fait accepter son empire, et s'était installée dans notre province au nom de la science, de la gloire et des arts.

L'ère gallo-romaine a produit pour la Haute-Auvergne :

Des TEMPLES, — consacrés à certains dieux et dont il ne reste que le souvenir. — Deux formes étaient principalement affectées à ces édifices religieux : le carré long et la forme ronde. Chaque temple avait : 1° une partie close ou sanctuaire, nommée Cella; c'était là que se trouvait sur un autel la statue du dieu en l'honneur duquel le monument était élevé ; 2° un vestibule ou Pronaos, dans lequel était pratiquée la porte d'entrée. D'après Vitruve (1), la cella devait avoir en longueur deux fois sa largeur. Elle se trouvait éclairée par une ouverture percée dans la voûte, ou par des fenêtres : ces baies constamment ouvertes, laissaient évaporer la fumée et l'odeur qui provenaient des viandes brûlées. Les temples anciens, contrairement aux églises modernes, ne possédaient que de petites dimensions, par la raison que l'exercice du culte était alors individuel, chacun ayant ses jours de sacrifices ; tandis que dans le christianisme, les prières sont collectives.

Des Voies. — Les Romains ayant mis un grand soin à faciliter les communications, dans l'intérêt de l'instruction des Gaulois et de leur industrie, élargirent les routes anciennes et en créèrent de nouvelles. Les vestiges de ces routes sont encore reconnaissables dans toute la France : elles portent le nom de chemin ferré, passage de la reine Brunehaut, ou encore chemin de la reine Marguerite. Les voies romaines suivaient habituellement les lignes droites, et se prolongeaient autant que possible sur les plateaux. — Elles étaient formées de quatre couches différentes : le stratumen, lit de grosses pierres posées à plat dans le fond ; le ruderatio, pierres moins fortes placées par-dessus ; le nucleus, couche de chaux mélangée avec du gravier, du sable, et de la terre glaise ; enfin la summa crusta, qui était le pavé recouvrant le tout. — Les chemins se trouvaient divisés au moyen de bornes milliaires régulièrement espacées. En outra des inscriptions indiquaient le nombre de milles compris entre la borne et la station voisine.

(!) Architecture, I. 3.

Des USTRINUM, — lieux où l'on brûlait les corps. — Ces lieux, de même que l'emplacement des columbarium (tombeaux de famille), devaient être situés hors des murs delà ville; l'ustrinum, afin que la fréquence des bûchers funèbres n'occasionnât pas d'incendie; le columbarium, afin de se conformer à la loi dos XII tables qui édictait : hominem mortuum in urbe ne sepelito. Durant l'ère romaine, l'usage de brûler les morts était général, et ne fut abandonné qu'à partir du iv siècle. Sous Constantin, on n'incinérait plus, tous les corps étaient inhumés, renfermés dans des cercueils de pierre. Du reste, dans l'un comme dans l'autre cas, on avait toujours soin de placer dans les tombeaux, des vases, des urnes, des médailles et autres objets. Notons qu'il est très-important de rechercher l'emplacement des sépultures anciennes, car elles peuvent indiquer l'importance relative des centres d'habitation, et fournir aussi quelques documents précieux, sur les mœurs de ces époques reculées.

Des Urnes FUNERAIRES, — en argile et en verre. — Celles d'argile sont noires ou rouges. Elles possèdent généralement des formes gracieuses. Souvent, à défaut d'urnes, les pauvres recueillaient les cendres de leurs parents, dans des vases destinés aux usages domestiques. — Les urnes en verre, beaucoup plus rares que les autres, n'ont dû être employées que pour des personnes opulentes. On trouve ces vases funèbres remplis de cendres, mêlées avec des débris d'ossements calcinés par le feu. Leur orifice est fermé au moyen d'une brique, ou d'une assiette retournée. Quelques-unes contiennent un lacrymatoire et une médaille. Cette monnaie a même parfois été portée suspendue au cou, avant d'être enfouie, car il s'en rencontre de percées d'un petit trou au-dessus de la tête du César. C'était le denier destiné à Caron.

Des Moulins A Bras. — Pendant la domination romaine, les seuls moulins en usage, se composaient de deux meules de petite dimension, tournant sur un axe de fer. Chaque ménage avait le sien, aussi sont-ils nombreux dans les collections : on en trouve en grès, lave et trachyte.

Des Poteries. — Elles sont rouges, d'une pâte très-fine, couvertes d'un vernis brillant et ornées d'arabesques, de masques scéniques, souvent aussi de figures en relief. Les formes les plus générales, représentent des coupes à pied, des patères, des coquetiers, des plats de diverses grandeurs. Cette poterie rouge était une vaisselle de luxe; elle servait pour les tables et dans les sacrifices. Au fond du vase se trouve presque toujours, imprimé avec une estampille, le nom de l'ouvrier. Ces noms sont au génitif, et suivis soit de la lettre 0 (officind), ou d'une M (manu), ou d'une F (fecit).

Des Figurines Et Statuettes. — Ces petites statues sont en terre cuite blanchâtre. Le motif qui se rencontre le plus fréquemment exprime, est celui de la Vénus-Anadyomène. Les figures représentent des divinités, des guerriers, des empereurs, ou bien encore des chiens, des coqs et des poules. C'étaient des ex voto. On les plaçait près du foyer, il y a quinze cents ans, absolument comme de nos jours, l'on pose sur la cheminée, les images en plâtre des saints.

Des Haches En Bronze. — Quelques-unes sont creusées intérieurement; d'autres, complètement massives, ont leur partie antérieure évidée, pour recevoir le manche. Leur usage n'est pas parfaitement déterminé ; d'après les antiquaires,

elles servaient à la fois comme armes de guerre, comme ustensiles de ménage, et pour le service de la charrue. Les Gaulois en usèrent longtemps encore après la conquête.

Une énorme quantité de tuiles ù rebords. — Ces tuiles sont carrées, longues ou rondes, mais très-épaisses. La présence du rebord les caractérise; c'est par ce moyen qu'elles s'engageaient les unes dans les autres, et se fixaient solidement.

Des MEDAILLES, — et quelques objets en cuivre destinés à la toilette ou à un usage habituel. — Les médailles romaines sont très - communes dans nos contrées. On en a trouvé de toutes les époques et de tous les métaux ; cependant il ne paraît pas, qu'aucune des monnaies découvertes jusqu'ici, et provenant de l'ère gallo-romaine, puisse se rapporter positivement à l'Auvergne.

PÉRIODE SU MOYEN-AGE.

Semblable aux hommes qui ont leur enfance, leur virilité et leur vieillesse, l'empire romain suivit la destinée commune, et arriva à son tour à la caducité. Tendant par les conquêtes à la monarchie universelle, il s'était affaibli dans ce travail de géant, et avait usé ses forces à un labeur impossible. Aussi, déjà sous Gordien, la société civile gallo-romaine pourvue de puissants moyens d'instruction, se fit voir, au détriment de la ville des empereurs, dans toute la force de son développement intellectuel. Bientôt l'on put dire que Rome n'était plus dans Rome, mais bien dans la Gaule. Cette jeune Gaule en effet moitié grecque, moitié latine, eut pendant tout le ive siècle, un caractère de force et de beauté qu'il est impossible de méconnaître. Malheureusement au v«, l'irruption franque vint interrompre ces progrès. Commencée régulièrement en 428, et complétée sous Clovis en 481, elle rejeta en arrière la civilisation antique, qui, exilée à regret, s'en alla pour longtemps. Alors les Arvernes, par nature autant que par souvenir, revinrent à leurs vieilles mœurs que les Germains leur rapportèrent. C'est ce qui explique pourquoi, même après l'ère romaine, qui les avait un instant effacées, tant de coutumes celtiques se sont perpétuées jusqu'à nous.

Toutefois, l'empire défaillait de plus en plus Lorsque l'Europe, lassée d'esclavage, le vit épuisé de fatigue et haletant, elle reprit courage et poussa en avant d'innombrables peuples qui s'abattirent sur lui comme des vautours. Chacun d'eux mordit sans pitié, et emporta joyeux sa bouchée sanglante. Les Gotha ravagèrent la Mœsie, la Thrace et la Macédoine (an de J.-C. 430); les Huns prirent l'Illyrie ; les Alains et les Vandales s'établirent en Espagne ; les Francs et les Burgondes s'emparèrent de la Gaule, et les Saxons de la Britannie; l'invasion victorieuse piétina l'Occident entier. Est-ce un mal? Non. Rome avait accompli sa tâche : le fruit de la civilisation était mûr, et avant qu'il ne tombât ou dépérit, Dieu envoyait des peuplades nouvelles pour le cueillir, le partager et s'alimenter de sa substance. Mais ce partage ne se fit pas sans commotions. A partir du règne de Théodose (an de J.-C. 44S), on n'entend plus qu'un murmure de destruction, que le bruit étourdissant de nations qui se cherchent, se heurtent et se brisent. Qu'on ne s’effraie pas; telle était en ce temps, la loi de la transformation des sociétés. Jusqu'à l'état normal, il y avait combat d'extermination entre le génie du passé et celui de l'avenir. L'antiquité ne connaissait pas les luttes pacifiques. Lisez l'histoire, et vous verrez qu'il lui faut des rivières de sang, des royaumes qui agonisent, des villes sur lesquelles on sème le sel, de grands ébranlements sociaux, pour déraciner les principes vermoulus et leur substituer les idées pleines de sève à qui appartient désormais la vie. — Ces idées nouvelles, c'était le christianisme qui les apportait.

Il est important de constater qu'au moment où, dans l'ordre civil, chaque institution s'affaiblissait et tendait à s'éteindre, il arriva par un acte providentiel, que dans l'ordre religieux, toutes les doctrines se consolidèrent et s'affermirent. De suite, et comme naturellement, la municipalité ecclésiastique fut substituée partout au régime municipal romain : ce qui amena par voie de conséquence, la suprématie épiscopale. A partir de cet instant, le prélat entouré d'estime, fort de sa science, investi de la confiance publique, devint l'élu du diocèse, et le défenseur le plus puissant de la cité.

Le christianisme entra en Auvergne avec saint Flour, saint Austremoine et saint Mary. Saint Flour, un des 72 disciples de J.-C., vint mourir sur le mont Indiciat; saint Austremoine fonda l'église de Clermont; enfin saint Mary, contemporain et disciple d'Austremoine, fut déclaré protecteur de la ville de Mauriac.

Nous arrivons ainsi au moyen-âge ; celte période nous a laissé :

Des églises et des monastères ; — des tombeaux et pierres tombales ; — des lanternes des morts; — des châsses ou reliquaires; — des croix dans les villages et des croix processionnelles ; des peintures ; — des boiseries.

Puis se présente l'architecture militaire avec ses châteaux forts ; — les tours isolées ; — les souterrains ; '— les armoiries ; — les sceaux ; — enfin les fontaines sculptées; — les monnaies; — les monogrammes; — et certaines maisons particulières, curieuses par leurs détails artistiques.

ARCHITECTURE RELIGIEUSE.

An de J.-C. 524. — On sait qu'à partir de son origine, le catholicisme s'était tenu proscrit et caché pendant près de trois cents ans. Lorsqu'il sortit triomphalement des catacombes, pour monter sur le trône et régner avec Constantin, il se garda bien de répudier l'art antique et de faire des ruines autour de lui. Ses prêtres, au contraire, s'emparèrent autant qu'ils le purent des basiliques anciennes pour y placer le culte nouveau. Le christianisme se montrait en cela habile et fort : fort, en se mettant au-dessus de la crainte des rapprochements ; habile, parce que en attendant des architectes qui vinssent lui bâtir des temples, il s'appropriait provisoirement tous les moyens d'action que le vieux monde; lui livrait. Les premiers chrétiens acceptèrent donc l'architecture romaine, lourde alors, massive, remplie d'irrégularités, mais conservant encore dans sa décadence quelques-unes des belles proportions du style grec. L'empire d'Occident qui avait reçu ces types de tradition, s'y attacha sans peine; mais la barbarie vint avec les années, et les modèles, s'altérant de plus en plus, formèrent ce que quelques auteurs nomment le style latin, et ce que M. de Caumont, plus justement selon nous, appelle le style roman primitif. —Autre chose arriva en Orient. Comme chaque religion, et généralement toute forme de civilisation, porte avec elle ses lois esthétiques, le christianisme ne tarda point à inventer une architecture qui, voisine de l'Asie, se mit en rapport avec le climat. Effectivement, l'élément romain, transporté à Constantinople, ne put y conserver longtemps son caractère sévère et froidement incorrect. Sur cette terre gracieuse, patrie des rêves et des chimères, l'art antique devait se modifier, et céder sa place à une école nouvelle, péchant aussi par la pureté peut-être, mais en revanche pleine d'originalité et d'élégance.

An de J.-C. 530. — Voilà le style byzantin. Nous sommes donc au VII siècle, au moment où Justinien faisait bâtir Sainte-Sophie. M. de Caumont désigne cette architecture sous le nom de Romane secondaire.

An de J.-C. 1000. — L'art byzantin, production de l'Orient, y régna longtemps sans partage, mais ne se manifesta guère dans l'Europe occidentale, que par quelques innovations isolées. Ce ne fut qu'au XIIe siècle que son influence devint générale, et que s'opéra en France le mélange complet de la forme byzantine et romane.

An de J.-C. 1200. — Cependant l'architecture byzantine, devenue insensiblement maigre et ascétique, sous notre ciel peu lumineux, se mourait â vue d ciel, pareille à ces fleurs frileuses qui dépérissent dans une atmosphère sans chaleur. Déjà môme elle ne suffisait plus au christianisme développé, lorsque, après quelques tentatives partielles, que le succès couronna, le style ogival s'empara tout-à-coup de l'horizon et envahit la France. Les procédés artistiques qui présidèrent à son origine sont connus ; il suffira donc de préciser les points principaux de transformation.

La plate-bande d'abord égyptienne, puis hellénique, transportée près du Tibre, céda sa place à l'arcade latine. Observez que c'est toujours le territoire qui se fait obéir, car l'arcade s'explique en Italie, plus par la nécessité d'employer des matériaux de petit volume, que par le désir d'imprimer aux édifices nouveaux une physionomie distincte. L'arcade produite, et plus tard la voûte retrouvée dans Sainte-Sophie par Isidore de Milet, les enlacements des nervures, la rencontre des courbes, la liaison des profils, produisirent une brisure qui devint l'ogive. On ne l'utilisa du reste, que bien longtemps après, vers 1150, c'est-à-dire à l'époque où se fit sentir le besoin d'émancipation, vers laquelle tendait incessamment l'architecture sacrée. Mais ici se signale la sève ascendante du génie du Nord et commence la période de transition qui lie le roman au gothique. Dès cet instant on put prévoir une révolution prochaine. En effet, l'emploi fréquent de l'ogive donna aux parties de l'édifice où elle était appliquée, un tel caractère de beauté et de durée présumable, que la combinaison nouvelle devint, presque sans tâtonnement, le principe générateur de tout un système architectural. Ce système inaugura son triomphe vers le commencement du XIIIe siècle, aux applaudissements de tous, car c'est bien lui, l'art sublime et véritablement religieux ! Celui-là avec ses flèches élancées, son unité grandiose, ses lignes hardies qui se prêtent à la grâce aussi bien qu'à l'austérité, se posa d'emblée comme l'expression la plus complète de l'esprit chrétien. Il montra aux nations le type sacerdotal touchant à la dernière limite du beau. Ainsi que jadis le paganisme, la religion catholique avait donc cette fois une architecture personnelle, née de ses inspirations, et fille incontestable de sa pensée.

Il existe dans la forme esthétique du mode nouveau et du mode ancien toute la différence qu'il peut y avoir entre le calme du génie antique, et l'imagination passionnée du moyen-âge. Ainsi, l'architecture romaine pesait plus ou moins lourdement sur la terre ; l'architecture ogivale, imprégnée de mysticisme, voulut s'élancer vers le ciel au moyen d'un effet ascensionnel général. En vérité, il y eut alors quelque chose de merveilleux , dans l'élan calculé de tant de piliers, de clochers, d'aiguilles, de voûtes ; dans la fougue de toute cette bâtisse allant à Dieu spontanément, unie comme une seule volonté, fervente comme une sainte prière.

C'est là, selon nous, la plus étonnante expression de l'idée catholique.

Au fond de cet art, que j'appellerai national, il se trouvait en outre pour la France, fille du druidisme, un souvenir touchant de son passé gaulois. La cathédrale nouvelle, avec son aspect pyramidal, les mille pointes des tours, les découpures des flèches, les dentelles des murs, rappelait l'image de ces forêts celtiques, si hautes et si profondes, si favorables à la méditation, au recueillement, au sentiment de l'infini.

An de J.-C. 1400. — L'époque de splendeur du style ogival va jusqu'au commencement du XIVe siècle : on le nomme alors gothique primaire ou à lancettes. Puis vient le gothique secondaire, ou rayonnant : la perfection s'en va, les colonnes s'amaigrissent, les contreforts sont épais. Enfin, au xv siècle surgit le gothique tertiaire ou flamboyant. C'est le moment de la corruption. La largeur des ogives devint considérable, et les ornements trop multipliés, écrasant les lignes principales, enlevèrent au style sa première pureté. Cette forme architecturale avait fait son temps ; elle dégénéra lentement, gagnant en fausse profusion, tout ce qu'elle perdait en élévation et en harmonie.

An de J.-C. 1500. — Nous touchons au règne de Louis XII et de François Ier. Une réaction subite s'opérait dans les arts. Les esprits, exaltés par l'étude de l'antiquité, revinrent à son culte. Le mouvement partit de l’Italie, terre, où l'idéalisme avait depuis longtemps triomphé du mysticisme. A toute heure les fouilles des papes mettaient au jour quelque chef-d'œuvre, et l'enthousiasme des humanistes ranimé, s'éprit encore une fois de la Grèce et de Rome. L'architecture de la Renaissance n'est donc qu'un retour vers le passé classique, que la réhabilitation de l'art païen. Cette époque charmante n'a guère produit que des palais.

ÉCOLE AUVERGNATE.

Les phases générales de l'architecture rapidement racontées, localisons nos observations, disons ce qui, dans les formes architectoniques, appartient le plus particulièrement à notre pays ; cherchons quelles étaient les tendances de la Haute-Auvergne, et de quel côté lui arrivait le vent de ses inspirations.

Il est incontestable qu'au XIe siècle principalement, le système roman fut modifié dans le plus grand nombre des provinces de la France, et chose intéressante, modifié avec des caractères particuliers, avec une forme propre à chaque circonscription. Pourquoi cola, demande l'érudit? Pourquoi certains principes furent-ils adoptés de préférence à d'autres? Pourquoi le style roman est-il riche ici, pauvre là-bas? Pourquoi par exemple tant de magnificence dans l'Auvergne, et dans la Bretagne au contraire tant de dénuement'' La science archéologique n'a pas donné encore la solution de ces belles questions d'art. On peut essayer de les résoudre cependant, par la manière particulière qu'ont les diverses familles d'hommes à comprendre et sentir. Il faut faire une large part au goût naturel des architectes. Nous devons aussi tenir compte de la configuration du sol, de l'état habituel du climat, des accidents d'air et de lumière. Puis viennent les matériaux plus ou moins souples, plus ou moins rebelles, les édifices anciens qu'on avait sous les yeux, ou les ruines poétiques avec leurs vivaces traditions.

Notre école auvergnate principale, dont le siège était à Clermont, dut emprunter beaucoup sans doute au milieu complexe dans lequel elle vivait, se mouvait et s'inspirait. L'Arvernie figurait de longue date parmi les pays éclairés. La primitive église, grâce à Sidoine Apollinaire (an de J.-C. 472), et à ses successeurs, y avait laissé dans ses luttes de la foi contre l’idolâtrie, un feu de pensée que l'action de l'étude déploya rapidement. Les collegia œdificalorum, du VIe siècle, les mêmes qui, plus tard, au XIIe, produisirent les logeurs du bon Dieu, se réunissaient en corporation sous la direction des évêques, et convenaient de principes architectoniques qu'ils appliquaient, toujours avec conscience, souvent avec génie. L'influence de ces confréries, peu marquée d'abord dans la première période romane, devint surtout sensible, lorsqu'à la suite des nombreux pèlerinages qui se faisaient en Terre-Sainte, une architecture étrangère accourut des rives du Bosphore, et formate style byzantin. Ce style, c'était toujours le mode roman, mais un peu dégagé de la pression du paganisme, et dérivé plus sensiblement de la pensée chrétienne. Les artistes auvergnats acceptèrent volontiers les éléments organiques de ce genre nouveau. Toutefois, sans loucher précisément aux lois régulatrices, dont ils varièrent à l'infini les accessoires, ils y introduisirent cependant des principes personnels, vivement tranchés, et portant dans leur ensemble un cachet d'originalité réelle. Ce sont ces innovations importantes, et que nous voudrions pouvoir énumérer avec détail, qui constituent notre école provinciale (1).

Telle était au XIIIe siècle, la situation de l'art monumental dans le diocèse, quand l'architecture ogivale apparut. Elle venait, portée sur l'aile catholique passionnant les esprits et prenant partout possession du sol. En 1248, Hugues de Latour, évêque de Clermont, prêt à partir pour la croisade, voulut faire jeter les fondements d'une cathédrale nouvelle. Il adopta le mode gothique, et confia l'exécution des plans à Jean Deschamps, maître éminent dans la science de bâtir.

(1) Les personnes qui désirent avoir sur l'école auvergnate, et les principales églises du Puy-de-Dôme, des renseignements étendus et scientifiques, doivent consulter les ouvrages de M. Mallay, architecte et archéologue distingué de Clerrmont, savoir: Essai sur les églises romanes et romano- bysantines du département du Puy-de-Dôme, 1 vol. in-f°.- 1841. — Cours élémentaire d'archéologie sacrée, I vol. in-8° - Clermont, 1844.

Elles doivent y joindre : 1.'Essai de classification des églises d'Auvergne, par M. Jules Renouvier mémoire de 24 pages, inséré dans le tome 3 du Bulletin monumental, année 1837. —

Nous mentionnons l'origine de cet édifice, parce qu'il s'éleva d'un jet, pur de tout alliage local, indépendant de toute tentative territoriale : on eut dit un monument des bords du Rhin. Néanmoins, ce programme magnifique, n'eût pas le privilège de rallier toutes les imaginations, ni de satisfaire tous les goûts. C'est que l'école de Clermont formait un centre d'études plein d'opiniâtreté. Or, si d'une part, les inventions récentes aboutissaient à ce centre, et s'y élaboraient pour s'appliquer de suite, d'une autre, les maîtres auvergnats, esclaves du style romano-byzantin, qui était pour eux la tradition, se roidissaient contre des formes modernes dont le symbole n'était pas encore bien compris, ni les résultats encore bien connus.

Je dois en faire l'aveu, nous tendions peu au gothique; instinctivement même notre école s'irritait contre lui. La position topographique de l'Auvergne augmentait cette répugnance, tout en l'expliquant. Pays intermédiaire entre les populations du Nord et celles du Midi, l'Auvergne unissait entre elles ces deux parties de la France, par une chaîne qui venait aboutir et se nouer dans son sein. Toutes ses influences littéraires et législatives lui venaient de l'Italie et la constituaient essentiellement romaine. N'importe, le mouvement septentrional fut si rapide, qu'il ne tarda pas à l'entraîner dans son courant. Le style ogivique triompha : mais, comme un drapeau vainqueur qui se déchire dans la victoire, ce système fut contraint de s'altérer et de se lacérer sur plusieurs points. C'est ce que l'on a constaté, au XIVe siècle, dans la construction de l'église de Montferrand, l'édifice capital, le produit le plus marquant du rythme gothique auvergnat. — Ainsi donc l'individualité de l'école clermontoise se fait sentir, soit dans l'époque romano-bysantine, comme nous l'avons dit plus haut, soit dans la période ogivale.

Sous-École Cantalienne. — Continuons nos observations, et essayons maintenant de rechercher la trace d'une sous-école cantalienne, ou tout au moins d'un style secondaire particulier au haut-pays.

Il est hors de doute que l'école de Clermont ne soit venue jusqu'à nous, et n'ait embrassé la Haute-Auvergne dans une étreinte de sœur. Toutefois n'a-t-il pas existé une sous-école cantalienne? L'affirmative est probable. Les motifs qui l'avaient créée sont de plusieurs ordres. D'abord les mœurs des habitants de nos montagnes étant différentes de celles de la Limagne, un type montagnard, en rapport avec elles, a dû forcément prévaloir ici. Cette sous-maitrise d'ailleurs paraît même nécessaire, pour transformer les règles qui venaient d'un pays plus civilisé, d'un climat plus doux, et les approprier tant à une nature plus acerbe, qu'à des nécessités plastiques moins développées. Enfin notre pauvreté qui date de loin, la dureté de la pierre dont on usait, ont enfanté par la force des choses, une association de travailleurs qui, connaissant les ressources et les lacunes du sol, devaient traduire et combler ces besoins au moyen d'une formule simplifiée. C'est presque de l'évidence. — Ainsi pour l'ère byzantine, l'église de Mauriac, type du style romano-byzantin dans le Cantal, porte, au dire des archéologues les plus exercés, un caractère de transition bien indiqué, et se trouve en cela dissemblable à Notre Dame-du-Port de Clermont, son modèle. Ainsi Bedons, qui présente certains points d'affinité avec l'édifice précédent, termine brusquement ses nefs latérales, et ne les prolonge pas jusqu'au tour du chœur. Il en est de même de Saint-Cernin et d'une foule d'autres églises Bien que tenant à l'école auvergnate par le plan et la disposition des piliers, ces basiliques n'ont jamais eu de chapelles rayonnantes, et possèdent en outre une ornementation extérieure qui leur appartient, ou qui parait être une réminiscence de l'architecture du Midi. — Ainsi encore, pour la période ogivale, l'église de Montferrand, quoique de deux siècles (XIV et XVIe), quoique remaniée et pleine de raccords, est probablement le modèle des églises gothiques delà Basse-Auvergne : tandis que Villedieu, différente de celle-ci dans son ordonnance et dans ses nombreux détails, nous apparaît comme le type de cette même époque pour le Cantal. Ces combinaisons multiples, se présentant dans la Haute-Auvergne plus nombreuses, plus uniformes qu'ailleurs, dénotent autre chose qu'une simple fantaisie d'artiste, et signalent, non un art original, mais l'existence d'un ordre mixte ou d'une sous école.

Cette sous-école du reste, faible et à peine viable, se trouva maîtrisée par les tendances diverses de chaque localité. Mauriac recevait ses inspirations de Clermont; celles d'Aurillac lui venaient des contrées méridionales, et un peu de l'Espagne, par les pèlerinages de Saint-Jacques et l'émigration. Murât et Saint-Flour, au contraire, puisaient à l'Est Ils allaient au Puy-en-Velay, où existait une somptueuse cathédrale, mêlée de reflets composés, et dans laquelle apparaissent tour-à-tour des souvenirs normands, auvergnats, ou bourguignons. Or, le rythme cantalien étant obligé, pour se faire accueillir, de plier au gré des villes, s'animait forcément de ces théories différentes, et vivait de tous ces emprunts.

Encore un fait. Indépendamment de ce genre que son caractère relatif distingue, il en existe un autre inommé, sans correction, sans prosodie, qui a couvert nos campagnes de ses produits hibrides, mais dont quelques-uns ne manquent pourtant ni d'originalité, ni d'accent religieux.

En voici l'explication. — Il est certain qu'après la découverte de l'ogive, il se fit on sa faveur, dans la plupart des provinces de la France, une réaction radicale qu'on y remarque généralement, et qu'on cherche en vain dans notre pays. Car nous possédons peu d'églises purement gothiques. Faut-il attribuer ce résultat à l'ignorance, ou à une répulsion préméditée? A ces deux motifs ensemble. D'un côté, les procédés nouveaux se trouvaient depuis longtemps en vigueur et fonctionnaient au dehors, lorsque sans doute ils devaient être encore inconnus chez nous. D'un autre, l'architecture romane régnait depuis si longues années sur les habitudes de nos ancêtres, qu'on ne la détrônait qu'à regret. Alors, dominés par cette situation transitoire, les ouvriers employèrent un moyen terme : ils mélangèrent les ordres. Les absides restèrent byzantines , surtout pour l'ornementation, les nefs devinrent ogivales. Telle est la bizarre alliance qui se fit dans le haut-pays du XV au XVIIe siècle. Tous les matériaux anciens furent ainsi employés, et rendirent moins coûteuse la réédification des églises. De cette manière il n'y eut ni préférence, ni proscription ; le passé et l'avenir fraternisèrent sur le terrain, si sacré en Auvergne, de l'économie.

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