Bookmaker Bet365.com Bonus The best odds.

Histoire Civile (Ed de LAFORCE)

Les anciens Arvernes se croyaient enfants de Pluton et considéraient leurs montagnes comme le siège de son empire (1) ; ils prétendaient encore descendre des Troyens :

Arverni latio ausi se dicere fratries Sanguine ab iliaco populi (2) ,

disait d'eux Lucain, profondément indigné sans doute d'une pareille prétention. Mais, nonobstant ces traditions, on est forcé de reconnaître que leur origine est complètement inconnue; on doit seulement admettre comme un fait hors de doute, qu'ils étaient de race celtique et qu'ils appartenaient à la grande famille gallique : l'ancienne dénomination de la principale montagne du Cantal (Mons celticus), la vénération qu'on a encore dans cette contrée pour les fontaines druidiques, l'habitude qu'on y a conservée de compter les jours par les nuits, ses mœurs et ses coutumes qui ont toutes une singulière analogie avec celles des Celtes et des Gaulois, en sont des preuves qu'on doit considérer comme concluantes.

Il paraît également certain que les premiers Arverno-Celtes donnèrent asile à des peuplades venues, sous la conduite d'Hercule, de la Syrie et de la Phénicie; elles leur apportèrent leur culte, leur idiome et leurs sciences qu'on trouve en honneur chez eux quinze cents ans au moins avant l'ère chrétienne (3).

Le peuple arverne apparaît comme un colosse dans l'histoire, dès les temps les plus reculés. Il formait une nation considérable dont le territoire s'étendait à Marseille, à Narbonne, aux Pyrénées, à l'Océan et au Rhône (4); il avait atteint une haute civilisation, et ses druides enseignaient la géométrie, la géographie, la politique et l'astronomie (5) ; enfin, si on parcourt ses annales, on ne peut douter de sa puissance en voyant ses tribus belliqueuses s'établir dans la Campanie, battre les Toscans près du Tessin, fonder Milan, aider les Cénomans à s'emparer du Brescian et du Véronais, faire trembler le premier Tarquin sur le trône et, sous la conduite de Brennus, attaquer Rome elle-même et s'en emparer (6).

Le roi, ou plutôt le chef le plus ancien des Arvernes dont le nom soit parvenu

(1) Joseph. Ant. jud., 1.1.

(2) Luc, Phars. '

(3) Jos. Ant. Jud., I. i. Am. Marc. rer. gest., I. xv.Caps. de bell. Gall., I. VI.

(4) Strab. rer. geog., I. IV. 

(5) Hist. litt. de la France, 1.1".

(6)Tit. Liv., I. v.

jusqu'à nous, est Luer ou Luern, qui vivait environ cent trente ans avant notre ère. Son luxe et ses prodigalités l'ont rendu fameux : qui n'a entendu parler du banquet auquel il admit ses sujets pendant plusieurs jours, et de ses promenades sur un char étincelant, que précédaient des hérauts d'armes jetant de l'or à pleines mains sur son passage? IL laissa les rênes de l'Etat au moment de sa plus grande splendeur à son fils Bituit qui, moins heureux que lui, en vit commencer la décadence.

Toutmaliou, roi des Saliens, qui occupaient une partie de la Provence, vaincu par les Romains, s'était réfugié chez les Allobroges, peuples du Dauphiné et de la Savoie, qui tentèrent de le rétablir dans ses états. Bituit crut devoir intervenir comme médiateur entr'eux et les Romains. Il envoya dans ce but, au consul Domitius /Enobarbus, une députation dont la pompe étrange dut singulièrement l'étonner : son ambassadeur, magnifiquement vêtu, s'avançait précédé d'un barde qui chantait les louanges du prince, entouré de jeunes guerriers éclatants d'or et de pourpre, et suivi d'énormes dogues qui marchaient en ordre de bataille comme une troupe régulière. Celte ambassade n'obtint pas de résultats, et Bituit, irrité de son peu de succès, se mit en mesure d'unir ses forces à celles des Allobroges. Mais avant qu'il eût pu opérer sa jonction avec eux, ils eurent la témérité d'attaquer seuls les Romains et essuyèrent une sanglante défaite à Vindalium, aujourd'hui Avignon ; il ne lui resta qu'à s'efforcer d'empêcher les vainqueurs de profiter des avantages que leur donnait la victoire.

Il y aurait réussi peut-être, si le consul Q. F. Maximus n'était venu avec un renfort de vingt mille hommes grossir l'armée de Domitius. Les Romains purent ainsi tirer parti de leur premier succès et s'engagèrent sur le territoire des Allobroges dès le printemps suivant (120). Bituit accourut dès qu'il en fut informé, passa le Rhône sur un double pont et vint leur présenter la bataille dans une petite plaine située sur les bords mêmes du fleuve. Il comptait sous ses drapeaux deux cent mille combattants et ne doutait pas de la victoire; couvert d'une armure brillante sur laquelle était jeté un sagum aux couleurs vives et variées, il parcourait le front de son armée sur un char d'argent; et, lançant des regards pleins de mépris sur les bataillons romains, il s'écriait : il n'y a pas là seulement de quoi repaitre mes chiens! Mais le succès ne répondit point à son attente; la vue des éléphants que les Arvernes ne connaissaient pas jeta la terreur dans leurs rangs; ils se laissèrent rompre, furent battus et jonchèrent le champ de bataille de cent vingt mille morts (I).

Bituit ne fut point découragé par ce revers imprévu ; il se hâta de rallier les débris de son armée et se prépara à recommencer la lutte avec une ardeur nouvelle. Mais une inqualifiable perfidie vint mettre un terme à ses efforts : sous prétexte de traiter avec lui de la paix, Domitius AEnobarbus l'attira à une conférence, le fit charger de fers et l'envoya à Rome pour figurer à son triomphe.

Peut-être le sénat blâma-t-il en secret celle indigne violation du droit des gens; mais un trop juste ressentiment ne pouvait manquer d'armer de nouveau le roi arverne contre la république, si la liberté lui était rendue ; on feignit d'ap-

prouver la conduite du consul, et Bituit fut retenu captif à Albe. Il en fut rappelé plus tard pour paraître au triomphe d'AEnobarbus et de Maximus sur le char d'argent qu'il montait le jour du combat et y revint ensuite finir ses jours. Les mêmes motifs déterminèrent le sénat à appeler près de lui son jeune fils Congentiat, sous le prétexte de diriger son éducation pour le replacer sur le trône de son père, et à le faire mourir également dans les fers (1).

L'Arvernie était vaincue ; mais, capable encore de puissants efforts, elle inquiétait ses vainqueurs; ils n'osèrent tenter de la réduire à l'état de province romaine et la laissèrent continuer de se régir par ses propres lois. Mais en même temps, pour la diviser et l'affaiblir, ils s'appliquèrent à y faire pénétrer des sentiments d'indépendance incompatibles avec la grande étendue de son territoire et la diversité des tribus qui l'habitaient. Us ne furent que trop bien secondés dans leurs manœuvres par les Arvernes eux-mêmes qui apprirent, dans les communications fréquentes qu'ils eurent désormais avec l'Italie, à connaître les gouvernements libres et finirent par éprouver le désir d'en introduire la forme dans leur pays. Bientôt on vit s'écrouler sous cette double influence la grande monarchie de Bituit, pour faire place à une multitude de petites républiques; celle de l'Arvernie proprement dite se composa de l'Auvergne, du Velay, du Gévaudan, du Quercy et du pays des Albigeois.

Avec sa nouvelle forme de gouvernement, cette république devint le théâtre de dissensions continuelles et se vil souvent hors d'état de résister à ses ennemis extérieurs. Celtil, un de ses chefs les plus influents, tenta d'y usurper le pouvoir suprême et y excita une guerre civile où il trouva la mort ; les Cimbres s'en emparèrent vers l'an 113, avant notre ère, la dévastèrent et la couvrirent de ruines. Elle était formidable cependant, et la république des Eduens pouvait seule, à la faveur de son alliance avec les Romains, lutter de puissance avec elle.

Ces deux républiques rivales ne tardèrent pas à faire naitre une cause de guerre entr'elles. Les Eduens, dans le but de ruiner les Séquanes, mirent des droits excessifs sur la navigation de la Saône et les contraignirent, à force de vexations, à prendre les armes. Les Arvernes prirent parti pour les Séquanes et, prévoyant que les Romains ne manqueraient pas d'assister les Eduens, s'assurèrent de leur côté le concours de quelques tribus germaines fixées au-delà du Rhin et gouvernées par Arioviste. Ils durent des succès à cette alliance et, après la perte de deux batailles, les Eduens se virent contraints de souscrire aux conditions dures et humiliantes qui leur furent imposées.

La guerre était ainsi terminée ; mais il ne fut pas possible de renvoyer les étrangers imprudemment appelés pour la soutenir. Séduits par la douceur du climat des Gaules, ils refusèrent d'en sortir et ne se contentèrent pas de s'y fixer; mais y appelèrent encore leurs compatriotes qui y affluèrent bientôt au nombre de cent vingt mille et furent suivis de nombreuses peuplades sorties à leur exemple des montagnes de l'Helvétie. Bientôt la Gaule entière fut menacée d'une immense immigration ; les Eduens, épouvantés, implorèrent pour s'en garantir le secours des Romains, et ceux-ci, craignant eux-mêmes pour leurs possessions, leur dépêchèrent César avec le titre de proconsul.

Ce héros força en moins de trois mois Arioviste à repasser le Rhin avec les débris de ses peuples vaincus, et les Helvétiens à regagner leurs montagnes: mais après avoir délivré la Gaule des Barbares qui l'avaient envahie.il résolut de profiter à son tour des dissensions intestines auxquelles elle était en proie, pour s'en emparer. La conquête des territoires suisse, allemand, belge, armoricain et saxon fut successivement consommée par lui; la Grande-Bretagne, bien que protégée par l'Océan, ne put résister à ses armes toujours victorieuses, et bientôt tout lui fut soumis, hormis l'Arvernie qui, en face de l'asservissement général des nations ses voisines, s'efforçait par une sévère neutralité d'éloigner d'elle une guerre qui devait évidemment s'allumer au premier prétexte.

Mais après la défaite de Crassus et la mort de Clodius, des troubles ayant éclaté dans le sénat et dans la ville de Rome, l'occasion de secouer le joug parut se présenter aux peuples soumis que retenaient dans l'obéissance un grand nombre d'otages exigés d'eux, un désarmement général, de nombreuses garnisons et surtout la sévérité bien connue de César à punir les moindres apparences de révolte; ils organisèrent une ligue formidable dans laquelle les Arvernes, qui n'avaient pas cessé de trembler pour leur indépendance, n'hésitèrent pas à entrer et dont la direction fut confiée à Vercingétorix.

Vircingentotix fut le plus grand des défenseurs de la nation gauloise ; il en est resté le héros, et, après dix-huit siècles, son nom est encore prononcé avec orgueil dans ce pays. Fils de Celtil , qui avait péri pour avoir aspiré à la tyrannie, ce jeune Arverne joignait à la plus grande valeur, à une prudence consommée, le génie le plus vaste, le cœur le plus généreux. César avait eu plusieurs occasions de l'apprécier et avait tenté à diverses reprises de se l'attacher en lui offrant son amitié. Mais, possédé du désir le plus ardent de voir son pays échapper à la servitude qui le menaçait, il avait constamment dédaigné ses avances et n'avait cessé d'exciter dans le cœur de ses concitoyens des sentiments d'indépendance en même temps que de haine contre l'oppresseur de la Gaule. Dès que les Carnutes eurent donné le signal de l'insurrection, il fit prendre les armes à sa tribu et parut avec elle sous les murs de Gergovia, alors capitale de l'Arvernie.

Celte ville était en ce moment divisée en deux factions, et Gobanitio, son oncle, y dirigeait la plus puissante qui, effrayée des dangers prochains de l'Arvernie, s'était prononcée en faveur du maintien du système de neutralité suivi jusqu'à ce jour. Vercingentorix eut à lutter contre lui et, vaincu, se vit contraint de s'éloigner ; mais ce fut pour reparaître bientôt à la tête d'une masse d'insurgés, composée d'abord, suivant le dire de César, dont il est permis toutefois de suspecter l'exactitude, de mendiants et de vagabonds, grossie bientôt par une foule de partisans de la cause de l'indépendance et devenue assez importante pour forcer son adversaire à s'éloigner à son tour. Dès lors, l'insurrection devint générale dans l'Arvernie, et les mêmes hommes qui avaient envoyé son père à la mort, pleins de confiance dans son patriotisme, n'hésitèrent pas à le reconnaître comme chef de la grande confédération des Gaules.

Vercingentorix se hâta de rassembler une armée dans l'Arvernie; il en détacha une partie qui fut chargée, sous les ordres de Luctuerius, d'aller s'assurer des provinces du Midi, et se dirigea lui-même, avec le reste de ses forces, du côté de Bourges, pour déterminer les peuples du Berry à se déclarer.

César était dans la Gaule-Cisalpine lorsque la nouvelle de ces graves événements lui parvint. Il se hâta de repasser les Alpes-Maritimes et contint par la terreur qu'inspirait son nom la province romaine prête à prendre part au mouvement; il franchit les Cévennes, alors couvertes de neige et parut subitement sur le territoire des Arvernes qu'il ravagea affreusement. Vercingentorix était dans le Berry ; ses troupes exigèrent de lui qu'il abandonnât un plan de campagne habilement conçu pour courir à la défense de leurs foyers. C'était une faute qu'avait espéré lui faire commettre César qui, voyant les événements marcher au gré de ses désirs, n'eut garde de l'attendre. Laissant quelques forces à son jeune lieutenant Brutus, il rejoignit sa cavalerie à Vienne et vint avec les légions cantonnées à Langres mettre le siège devant Bourges, place bien fortifiée et approvisionnée de vivres pour long-temps.

Les mesures prises par le général romain, l'habileté dont elles étaient la preuve, et surtout la rapidité avec laquelle elles avaient été exécutées portèrent la consternation dans les rangs des confédérés. Vercingentorix ranima leur courage et leur donna des conseils empreints de la plus grande sagesse : il ne fallait pas, leur dit-il, risquer des batailles rangées, où le succès se déclarerait infailliblement en faveur des troupes romaines mieux disciplinées et plus aguerries que les leurs, et c'était en enlevant toute ressource à l'ennemi qu'on devait chercher à l'anéantir ou à le forcer à la retraite.

Ces avis furent d'abord exactement suivis ; les fourrages et les récoltes furent incendiés dans toute la campagne, et ce moyen affreux à employer, mais dont le succès ne pouvait être douteux, réduisit bientôt les Romains à la dernière extrémité. Le pays ne leur fournissait plus rien, et l'armée gauloise, occupant un poste avantageux, ne s'engageant jamais, arrêtait leurs convois en même temps qu'elle saisissait toutes les occasions de brûler leurs machines de guerre; ils eussent été contraints de lever le siège si, par une fatalité inouïe, le ciel et un instant d'oubli de leurs adversaires ne fussent venus à leur aide.

Un orage affreux éclata sur les deux armées. Battus par la tempête, les Gaulois eurent l'imprudence de quitter leurs postes pour chercher des abris. Le désordre qui se mit ainsi dans leurs rangs n'échappa point à la vigilance de César qui se hâta d'en profiter. Il fit attaquer brusquement la ville sur tous les points à la fois ; surprise, elle ne fit aucune résistance sérieuse et fut emportée d'assaut. Le vainqueur eut la cruauté d'en faire passer au fil de l'épée toute la population, sans distinction d'âge ni de sexe, chose affreuse à dire et dont l'histoire de ces temps reculés ne fournit que de trop fréquents exemples.

Vercingentorix ne se laissa point abattre par ce revers inattendu. Il fit remarquer à ses troupes que ce qui venait de se passer n'était que le résultat de leurs fautes et écrivit aux nations confédérées pour leur demander de nouveaux sacrifices. La perle de Bourges n'avait que trop fait comprendre aux unes l'importance de la discipline, et aux autres la nécessité de tout faire pour échapper à un ennemi impitoyable; les premières jurèrent de lui obéir désormais aveuglément , et les secondes se bâtèrent de lui envoyer les recrues nécessaires pour ré» parer ses pertes. L'enthousiasme grandit même en proportion du danger; plusieurs peuples qui ne s'étaient pas encore déclarés abandonnèrent les Romains pour se ranger à la cause nationale et d'autres, sans prendre ouvertement les armes, commencèrent à hésiter dans leur soumission. Du nombre de ces derniers furent les Eduens; César en fut informé, accourut au milieu d'eux, les contint par sa présence, leur prit leur cavalerie et se dirigea avec elle sur le territoire même des Arvernes.

Vercingentorix l'attendait sur les bords de l'Allier dont il avait fait rompre tous les ponts. Le général romain côtoya long-temps cette rivière, dans le but de la traverser; mais sur la rive opposée les Arvernes suivaient ses mouvements et rendaient ses tentatives inutiles. Ne pouvant échapper à leur surveillance, il usa, en désespoir de cause, d'un stratagème qui lui réussit. Il se cacha dans une forêt, avec deux légions et lit poursuivre la marche au reste de son armée ; Vercingentorix, tout vigilant qu'il était, se laissa tromper par cette habile manœuvre et continua sans méfiance son mouvement d'observation; mais à peine était-il éloigné de deux journées, qu'un pont fut jeté sur la rivière et le passage effectué sans résistance par les deux légions que suivit toute l'armée romaine. Désolé de s'être laissé surprendre, mais fidèle à sa résolution de ne point commettre le sort de son pays aux chances d'une bataille, le chef des Arvernes se retira sous les murs de Gergovia qui ne tarda pas ù être assiégé.

Cette ville, située sur une montagne élevée, d'un accès difficile, bien fortifiée et entourée de collines et de hauteurs qui la protégeaient comme autant de forteresses, devint l'écueil de la fortune de César et fil subir à ses armes un échec dont s'enorgueillissait encore cinq siècles après un poète de l'Anémie :

Tcstis mihi Cesaris cslo
Hic nimium fortuna pavons cum colle repulsus
Gergovia castris miles vix restitit ipsis (I).

Il perdit devant elle ses meilleures troupes, dans un combat mémorable (2), et fut contraint de s'éloigner précipitamment, après avoir failli être fait prisonnier et laissant son épée que les Arvernes placèrent dans un de leurs temples comme un trophée de leur victoire (5).

Vercingentorix le poursuivit et, aveuglé par le succès qu'il venait de remporter, se laissa aller à risquer une bataille rangée sur les confins des Lingons et des Séquanes. La mêlée fut horrible; les Gaulois avaient juré de ne revoir leurs femmes et leurs enfants qu'après avoir traversé deux fois les rangs ennemis ; ils tinrent parole et firent des prodiges de valeur ; la victoire resta long-temps indécise et César lui-même courut de grands dangers ; mais la science militaire finit par l'emporter, et Vercingentorix fut vaincu.

Son armée était presque détruite ; il se hâta d'en rassembler les débris et s'enferma avec eux dans la ville d'Alésie, où le général romain vint l'assiéger. Là, tout ce que peuvent dicter, d'une part, l'amour de la liberté et le désespoir, tout ce que prescrivent, de l'autre, les terribles lois de la guerre, fut pratiqué dans une lutte suprême. Alésie fut contrainte enfin d'ouvrir ses portes, et le héros de l'Arvernie se rendit à César, en lui adressant ces mots en même temps si simples et si fiers : fortem virum vir fortissime vicisti (1). Le Romain ne fut point généreux pour son noble adversaire ; il le fit charger de fers et conduire à Rome, où il languit six ans, figura à son triomphe et fut ensuite mis à mort, suivant l'usage barbare des Romains (2).

César donna un prisonnier à chacun de ses soldats; mais il épargna les captifs qui étaient originaires de l'Arvernie, les renvoya sans rançon et se contenta de demander des otages à leur nation qui resta libre et put continuer de se régir par ses propres lois. (3).

Partout où les Romains s'établissaient en dominateurs, ils s'appliquaient, pour assurer leur puissance, à rompre les liens qui unissaient les peuples entr'eux. Dès qu'ils se virent maîtres de la- Gaule, ils la démembrèrent en une multitude de provinces désormais trop divisées pour pouvoir s'entendre et trop faibles pour être à craindre isolément. L'Arvernie ne se composa plus que du territoire compris entre la Loire et les Pyrénées ; elle cessa d'être un centre formidable, et sa capitale n'est même plus citée dans l'histoire. Une bourgade insignifiante, mais qui peut-être cependant avait été déjà métropole sous la dénomination de Nemosus (4), la remplaça : ce fut Nemetum, appelé ensuite Augusto-Nemetum, puis Urbs Arverna et enfin Clermont, nom qu'elle porte encore de nos jours.

Mais si les fers de la Gaule furent rivés par la politique des Romains, la civilisation qu'ils lui apportèrent ne tarda pas à faire la conquête morale de ses habitants, qui n'avaient d'abord cédé qu'à la force des armes. Ils leur enseignèrent l'art de bâtir, la sculpture, les beaux-arts et les belles-lettres. Dès le premier siècle de la domination romaine, on vit s'élever dans la capitale de l'Arvernie un temple magnifique, connu sous le nom de temple de Wasso, et dont Grégoire de-Tours nous a laissé la description . « Il était, dit-il, d'une construction admirable ; ses murs étaient bâtis en dedans de petites pierres et de grosses pierres carrées en dehors; ils avaient trente pieds d'épaisseur; l'intérieur était décoré de marbres et de mosaïques; le pavé était en marbre et la toiture en plomb » (5). Le statuaire Zénodore y érigea une statue de Mercure, qui surpassa, dit-on, le colosse de Rhodes en grandeur et qui lui coûta dix années de travail (6). Cette cité eut en outre un sénat, un capitole et une école fameuse, où M. C. Fronton enseigna l'éloquence. Toutefois, la civilisation romaine pénétra peu dans les montagnes de l'Arvernie; entraînés dans le .mouvement général de soumission,

(1) Florus.

(2) Dion.

(3) Cas. de bell-gall., I. Vll.

(4) Strab.

(5) Greg. Tur, I. 1

(6) Plin., I. m. cap. VII •

vrais non envahis, leurs habitants, exclusivement occupés de la chasse lorsqu'ils ne le furent plus de la guerre, n'ayant point d'ailleurs de centre d'agglomération, ne subirent qu'à peine son influence, et elle a laissé bien moins de traces dans cette partie de la province que dans la Basse-Auvergne qu'elle transforma complètement.

Les vainqueurs, avec leurs arts et leurs mœurs, apportèrent aussi leur religion aux vaincus; un culte nouveau surgit du mélange des croyances nationales avec les croyances étrangères ; il devait s'évanouir bientôt devant le christianisme qui allait envahir le monde.

Quand et comment l'Evangile a-t-il été porté pour la première fois en Auvergne? C'est là une question délicate et sur laquelle deux opinions bien tranchées se sont formées. L'une, s'appuyant sur un passage de Grégoire-de-Tours, place sa première prédication dans les Gaules, en général, et dans l'Auvergne, en particulier , sous le troisième consulat de l'empereur Decius, vers l'an 251 ; l'autre, s'étayant d'autres passages du même historien, de documents qui lui sont antérieurs et d'un grand nombre d'anciennes légendes, la fait remonter beaucoup plus haut.

L'examen de ces deux opinions ne m'appartient pas ; il est du domaine de l'histoire religieuse du département, qui fait dans cet ouvrage l'objet d'un article spécial ; je me bornerai à dire ici quelle est ma conviction personnelle à cet égard.

A mes yeux, la position géographique de la Gaule, entre l'Italie et l'Espagne, qui connurent le christianisme dès les premiers temps de son apparition, ne permet guère d'admettre qu'il n'y ait été prêché dans les temps apostoliques mêmes , et les documents historiques qui nous restent ne peuvent laisser douter que dès le 11e siècle de notre ère, il n'y eût un grand nombre d'églises érigées dans cette contrée. Je crois, en conséquence, que Grcgoire-de-Tours, en parlant des sept évêques qui y furent envoyés, a entendu désigner, non une seule mission, mais plusieurs , dont la plus ancienne remonte aux premiers temps du christianisme.

Toutefois, il est évident pour moi que la foi nouvelle ne fut pas reçue en même temps dans toute la Gaule, et qu'elle dut trouver, à s'introduire dans ses provinces, des difficultés proportionnées au plus ou au moins de facilité de leurs communications, au plus ou au moins de simplicité de leurs mœurs, au plus ou au moins enfin de leur attachement aux anciennes croyances. Je pense qu'elle ne dut pénétrer que fort tard dans l'Auvergne, pays peu accessible, dont la population toute primitive était naturellement hostile au idées nouvelles, et où, d'ailleurs, s'était nécessairement réfugié le druidisme; il me parait suffisamment établi que ce ne fut que dans la seconde partie du m* siècle que cette province reçut son premier apôtre, saint Austremoine. Saint Mary fut un de ses compagnons ; si on en croit sa légende, saint Mamet et saint Flour vinrent beaucoup plus tard.

Saint Mary prêcha dans la vallée d'Allagnon, entre Murât et Massiac; saint Mamet du côté d'Aurillac , et saint Flour dans les environs de la villa qui porte ce nom. Ce dernier mourut sur le mont Indiciat, où se trouvaient, à l'Est, quelques habitations; il y fut inhumé dans la partie occidentale; une chapelle fut édifiée sur son tombeau , et les Fidèles élevèrent peu à pou , autour de ce lieu vénéré, une nouvelle bourgade qui finit par s'étendre jusqu'à l'ancienne et se confondre avec elle : telle parait avoir été l'origine de Saint-Flour.

Bientôt commencèrent les irruptions des peuplades du Nord qui inondèrent les Gaules à plusieurs reprises, les couvrirent de ruines et y ramenèrent la barbarie qu'en avaient chassée la civilisation romaine et le chistianisme. Crocus , roi des Allemands, parut en Auvergne en 264, s'empara de la capitale, incendia son fameux temple de Wasso, détruisit la plupart de ses monuments et fit périr dans des supplices affreux l'élite de ses habitants. L'Auvergne fut de nouveau envahie au commencement du Vème  siècle (406) par des hordes de Vandales, d'Alains et de Suèves qui l'occupèrent pendant dix ans. Enfin les Huns, que les Romains avaient appelés pour les opposer aux Goths qui s'étaient emparés de l'Aquitaine, la traversèrent, en 439, et la dévastèrent d'une manière affreuse. Réduits au désespoir, les Auvergnats résolurent de repousser ces derniers ennemis par les armes ; ils prirent pour chef un homme déjà arrivé à la célébrité, quoique jeune.: c'était Avitus, à qui l'avenir ménageait une fortune inouie. Avitus chassa les Barbares et tua leur chef de sa propre main ; peu de temps après, en qualité de préfet des Gaules, il rejeta de nouveau hors du pays plusieurs tribus de Saxons et de Germains ; de succès en succès il parvint à l'empire même qui lui fut déféré en 453. Mais la couronne fut trop lourde pour son front qui n'était fait que pour des lauriers ; il la porta sans gloire et ne se distingua plus sur le trône que par des mœurs douces et par les qualités du cœur. Bientôt, vaincu par Récimer, il se vit contraint d'abdiquer la souveraineté et mourut évéque de Plaisance.

Cependant les Visigoths étendaient chaque jour leurs possessions dans les Gaules. En 473, il ne restait plus que l'Auvergne, dans l'Aquitaine, qui ne fut pas soumise à leurs lois ; Evarix, leur roi, résolut d'en faire la conquête et vint mettre le siège devant sa capitale. Cette cité lui résista avec une constance admirable : « Ses habitants , dit Picot-de-Genève , souffrirent avec patience les plus grands maux pour conserver leur indépendance; enfermés dans leurs murs, ils eurent à la fois à résister au fer des ennemis, à la misère, à la famine et à la peste (1). » Ils eussent succombé cependant si Ecdicius, fils de l'empereur Avitus et beaufrère de Sidoine-Apollinaire , ne leur eût amené un secours qui leur permit de tenir bon jusqu'à l'arrivée de l'hiver qui força Evarix à lever le siège (2).

Mais le barbare n'avait pas renoncé à ses projets ; il profitait, au contraire, du repos forcé auquel le condamnait la saison pour rassembler de nouvelles forces et se mettre en mesure de vaincre toute résistance, dès que le printemps serait venu. î)'autre part, l'empire romain, croulant sous son propre poids, se trouvait hors d'état de protéger ses provinces éloignées. La perte de l'Auvergne était donc inévitable, et l'empereur Népos ne fit que la prévenir en la cédant, en 475, au roi des Visigoths.

Evarix en confia le gouvernement à Victorius. Injuste, cruel et débauché, Victorius se rendit coupable de toute sorte d'excès, pendant neuf années que dura son administration, et finit par soulever tant de haines contre lui, qu'il se vit

contraint, pour éviter d'être assassiné, de s'enfuir à Rome où de nouveaux crimes le firent lapider (1). Evodius et Apollinaire lui succédèrent dans le gouvernement de l'Auvergne, sous les rois visigoths (2).

Evarix mourut en 485 , après vingt-sept ans de règne, et eut pour successeur Alaric II. L'Auvergne vécut d'abord paisible sous ce prince dont l'histoire a proclamé la sagesse et l'équité; mais bientôt parut un nouveau conquérant : c'était Clovis, roi des Francs, qui, déjà maître d'une grande partie des Gaules, avait résolu de joindre l'Aquitaine à ses vastes possessions. Prévenu de ses projets et de son approche, Alaric se bâta de rassembler des troupes et marcha a sa rencontre. Il lui livra une bataille sanglante à Vouglé, près de Poitiers, fut battu et perdit la vie en même temps que la couronne. Apollinaire, fils de l'illustre SidoineApollinaire , périt dans ce combat mémorable avec l'élite de la jeunesse et un grand nombre de sénateurs d'Auvergne (507).

La défaite et la mort du monarque visigoth laissait l'Aquitaine sans défense; Clovis en acheva la conquête ; il chargea son fils Thierry ou Théodoric de soumettre l'Auvergne. Ce prince s'acquitta de cette mission. On a dit souvent qu'il rencontra une résistance sérieuse devant Cariât, forteresse située à peu de distance d'Aurillac et d'un très-difficile accès; mais cette assertion , qui ne repose que sur une simple tradition, n'a probablement rien de fondé; il est à croire, au contraire, que Thierry n'éprouva aucune difficulté à réduire sous les lois de son père les places de celte contrée ; car le clergé catholique, qui en dirigeait la population, s'était hautement prononcé en faveur du gouvernement des Francs, les seuls conquérants des Gaules qui ne fussent pas Ariens (3).

Après la mort de Clovis (511), ses quatre fils 6e partagèrent l'empire, et Thierry eut le royaume d'Austrasie, dont Metz fut la capitale et l'Auvergne une des provinces. Les limites de cette monarchie parurent trop resserrées à ce jeune roi, qui entreprit de les pousser au-delà du Rhin. Pendant son 'absence, le bruit courut qu'il avait péri dans une bataille. Sur cette nouvelle, Childebert, roi de Paris, qui marchait a la téte d'une armée nombreuse, pour aller punir le roi des Visigoths des mauvais traitements qu'il avait fait subir à sa sœur, conçut le projet de s'emparer de l'héritage de son frère. Il se présenta devant la ville d'Auvergne, après s'y être ménagé des intelligences, et s'en fit ouvrir les portes, tandis que ses deux frères, Clothaire et Clodomir, faisaient déclarer la province en sa faveur.

La nouvelle de ces événements parvient bientôt à Thierry qui est allé porter la guerre dans la Thuringe. Transporté de colère, il presse ses soldats de le suivre sur le territoire des coupables , dont il leur vante les richesses et leur promet le pillage : Arvernos mesequimini; ego vos inducam in patriam ubi orgentum et aurum accipietis quantum vestra potest desiderare cupiditas. Il accourt ; tout est mis à feu et à sang sur son passage ; la ville d'Auvergne, épouvantée, lui ferme ses portes ; il en entreprend immédiatement le siège et jure de la détruire ;

il l'épargne cependant, vaincu par les prières de saint Quentien , son évéque, et portant ailleurs sa fureur, il vient mettre le siège devant Caslrum-Meroliacum, forteresse située sur le plateau qui porte aujourd'hui le nom deChastel-Marlhac. Cette place est naturellement fortifiée : un rocher taillé à pic l'entoure a la hauteur de plus cent pieds ; au milieu se trouve un lac d'eau potable, et ses remparts renferment un si grand espace de terrain propre à la culture , que la garnison peut facilement y récolter les grains nécessaires à sa consommation. Se fiant à la force du lieu qu'ils occupent et espérant que le monarque irrité désespérera de les réduire et s'éloignera, les assiégés osent lui résister et le tiennent pendant quelque temps en échec. Mais un certain nombre d'entr'eux , imprudemment sortis pour se livrer au pillage , sont surpris par Thierry et conduits sous les yeux de leurs compatriotes , les mains liées derrière le dos et le glaive levé sur la tête ; pour sauver leur vie, on est réduit à livrer la place et à payer en outre quatre onces d'or pour la rançon de chacun d'eux. Partout où Thierry porte ses pas dans cette malheureuse contrée, il ne laisse, suivant l'expression énergique de Grégoire-de-Tours, que le sol qu'il ne peut emporter (1).

Après avoir replacé l'Auvergne sous ses lois, ce monarque en confia le gouvernement à son parent Sigewald ; mais ce gouverneur n'y fit qu'un séjour de courte durée. Il y abusa tellement du pouvoir qui lui avait été confié et s'y rendit coupable de tant d'exactions et de crimes , que Thierry ne tarda pas à le rappeler à Metz et le fit mettre à mort.

Théodebert succéda à Thierry. Sous son règne fut tenu, dans la ville d'Auvergne, un concile de quinze évéques des Gaules , dont un des principaux canons appela le clergé et les citoyens à concourir à l'élection des évéques. Théodebert affranchit les églises d'Auvergne des tributs auxquels son père les avait assujetties ; il rendit à cette province les otages éxigés d'elle après sa soumission et parmi lesquels se trouvàit Florentius qui fut le père de Grégoire-de-Tours. 11 laissa le trône à son fils Théobald, qui mourut sans enfants en 553.

Après Théobald, Clothaire, roi de Soissons, devint maître, par droit de déshérence , du royaume d'Austrasie et bientôt de toute l'ancienne monarchie de Clovis. Il confia le gouvernement d'Auvergne à son fils Chramme. Ce jeune prince était remarquable par sa beauté, son génie et son courage; mais il était en même temps profondément vicieux. Il s'entoura dans la province de tout ce qu'elle comptait d'hommes perdus, se signala par toute sorte de débauches, de violences et de cruautés, et souleva par ses excès des plaintes qui ne tardèrent pas à arriver à son père. Clothaire, indigné, le rappela ; mais le coupable refusa de lui obéir, leva l'étendard de la révolte , vint mettre le siège devant la ville d'Auvergne, qui n'avait pas voulu se déclarer pour lui, et en ravagea le territoire- Ses frères Gontran et Charibert marchèrent contre lui; il fut vaincu, se soumit, implora son pardon , l'obtint, se révolta de nouveau et finit par expier dans les flammes (560) les crimes nombreux dont il s'était souillé (2).

Le royaume fut divisé de nouveau à la mort de Clothaire (561), et l'Auvergne

passa sous les lois de Sigebert I". Le règne de ce monarque fut signalé par la défaite d'une armée d'Auvergnats qu'il avait envoyée pour s'emparer d'Arles, par une peste qui dépeupla la ville d'Auvergne et qui probablement étendit ses ravages dans une grande partie de la province ; enfin , par le passage de bandes de Saxons qui, rentrant dans leur patrie, traversèrent le pays, le pillèrent et surprirent la bonne foi de ses habitants avec une monnaie fausse qu'ils donnaient pour de l'or (I).

Childebert succéda à Sigebert Ier, en S75, et mourut en 596, laissant le trône à Théodebert II.

Quelques années après (630), Dagobert fonda une nouvelle monarchie en faveur de son fils Charibert. Cette monarchie secondaire, dont l'Auvergne fit partie et qui porta le nom de royaume ou plutôt de duché d'Aquitaine , fut successivement occupée par Childéric, Boggis, Eudes , Hunolde et Waiffre. Ses annales , pendant le cours d'un siècle entier, n'offrent rien du digne de l'attention de l’historien et ne commencent à présenter quelque intérêt qu'à l'époque où parurent les Sarrasins. Ces étrangers envahirent l'Auvergne en 730 et en 732, et y firent d'affreux ravages. S'attachant particulièrement aux églises et aux monastères qu'ils détruisaient par le fer et le feu avec un plaisir barbare , ils poussèrent leurs excursions dans cette province jusqu'à sa capitale qu'ils livrèrent aux flammes. Plusieurs combats leur furent livrés, soit dans la plaine, soit dans les montagnes; et, dans les environs de Mauriac, deux ruisseaux, encore désignés de nos jours sous le nom de Ruisseaux des Sarrasins, passent pour avoir roulé des eaux rougies de leur sang.

L'Auvergne ne tarda pas à devenir le théâtre d'une nouvelle guerre. Waiffre avait ouvert dans ses états un asile à Griffon, frère de Pépin (750); Pépin le réclama et ne fut pas écouté. Devenu roi de France, il renouvela sa demande qui resta encore sans réponse. Outré de ce double refus, indigné d'ailleurs des exactions que Waiffre se permettait contre le clergé et les églises, il se rendit en Aquitaine et en dévasta le territoire. Waiffre, consterné, demanda la paix et l'obtint. Mais bientôt de nouvelles fautes ramenèrent encore Pépin dans l'Aquitaine ; il parut en Auvergne, s'empara, en 761, de Bourbon-l'Archambaud, de Chantelle et de la capitale de la province qui, à cette occasion , est nommée Clermont pour la première fois par les historiens, et, en 767, des châteaux d'Escorailles et de Peyrusse (2).

Ce monarque profita de son séjour en Auvergne pour y assembler, à Volvic, une sorte de concile composé de comtes et d'évêques, où il parla avec véhémence contre les hérétiques qui attaquaient le mystère de la Trinité ; il combla les abbés de la province de présents, fit réparer les églises et donna à l'abbaye de Mauzac les reliques de saint Austremoine, qu'il voulut y porter sur ses propres épaules. Nonobstant la piété dont il donnait ainsi de si larges preuves, Pépin fit, comme on sait, assassiner Waiffre en 768. Après la mort de ce duc d'Aquitaine, son fils Loup essaya de ressaisir la cou-

(1) Greg. tur. 1. îv.

(2) Chron. de Fredegaire. Annales d'Eginard. Annales de Mets.

8e Livraison. 16

ronnne enlevée a son père avec la vie ; mais il échoua et fut pendu ; en lui finit la première dynastie des ducs d'Aquitaine. Louis-le-Débonnaire fut doté de ce duché par son père Charlemagne, alors qu'il n'était encore qu'au berceau (778), et il en disposa à son tour, lorsqu'il fut appelé à l'empire, en faveur de son second fils Pépin.

A la mort de ce prince, la noblesse d'Aquitaine crut devoir proclamer son fils Pépin II comme son successeur. Louis, qui avait disposé du duché devenu vacant en faveur de Charles-le-Chauve, autre fils qu'il avait eu de sa seconde femme Judith, vit un acte de rébellion dans cette reconnaissance faite sais son aveu et résolut de faire respecter l'autorité de ses décisions par la force des armes.1 Il se rendit à Clermont, reçut à une petite distance de cette ville la soumission de quelques seigneurs, leur confia l'impératrice et le jeune Charles pour les conduire à Poitiers, et marcha contre les autres qui, à son approche, s'étaient retirés dans les montagnes. Il vint mettre le siège devant Carlat, s'en empara par composition et se dirigea ensuite sur Turenne. Mais il eut cruellement à souffrir pour atteindre cette dernière place, perdit presque toute son armée que harcelèrent sur toute la route des partis hostiles et que décimèrent des fièvres pernicieuses, et se vit contraint d'en congédier les débris. Il se retira à Poitiers et y séjourna quelque temps pour achever d'apaiser le6 troubles qui agitaient l'Aquitaine.

Le fils de Pépin II tenta plus tard de ressaisir la couronne ducale à peine essayée par son père ; il y parvint même en 845 par suite d'un traité; mais ce fut pour la laisser échapper peu de temps après et mourir dans les fers. Charles, fils de Charles-le-Chauve, et après lui Louis-le-Bègue, furent les derniers ducs d'Aquitaine, et ce duché fut réuni à la couronne, en 877, lorsque le second fut proclamé roi de France.

Ce fut sous les ducs d'Aquitaine que furent institués les comtes d'Auvergne qui gouvernèrent long-temps la province et qui , amovibles d'abord , se rendirent bientôt héréditaires, bien que leur succession ait été souvent interrompue par des usurpations ou par la volonté des rois.

Le premier comte héréditaire d'Auvergne fut Guillaurae-lc-Pieux, fondateur de l'abbaye de Cluny (88G). En H55, le comté d'Auvergne fut enlevé par Guillaume VIII à Guillaume VII, qui n'en conserva qu'une faible partie sous le nom de Danphinéd'Auvergne. Philippe-Auguste en dépouilla Guq II. troisième successeur de Guillaume VIII, et en investit Guy-de-Dampieire. Il fut réuni à la couronne à la mort du fils de ce dernier, faute de postérité. Louis VIII le donna, en 1225, à titre d'apanage, à son second fils, Alphonse, comte de Poitiers, après lequel il revint encore à la couronne , à l'exception de quelques parties de son territoire qui furent laissées à l'évêque et formèrent le comte' ée Clermont. ou qui furent concédées à Guillaume X, fils de Guy, dépouillé par Philippe-Auguste, et devinrent le second comté d'Auvergne. Il fut érigé en duché-pairie, en 1550, et devint l'apanage de Jean de France, duc de Berry ; et ce prince étant mort en 1410 sans postérité masculine, il passa dans la maison de Bourbon, y devint, en 1521, l'objet d'un procès fameux entre le connétable de Bourbon et Louise-de-Savoie, et fut enfin définitivement réuni a la couronne, en 1551.

A l'exemple de l'érection de l'Auvergne en grand comté, on ne tarda pas a voir fonder des comtés particuliers clans celte province, soit que ces fiefs secondaires fussent concédés sans réserve d'hommage par les comtes d'Auvergne eux-mêmes, soit qu'ils dussent leur création à de riches seigneurs qui voulurent ainsi devenir feudataires directs des rois de France, au lieu d'en être les arrière-vassaux. Aurillac fut le chef-lieu d'un de ces comtés et devint, au ix° siècle, l'apanage de saint Geraud, dont le nom est assez célèbre dans les fastes de la Haute-Auvergne pour que nous ne puissions nous dispenser d'en dire quelques mots.

On s'est accordé jusqu'ici â donner la naissance la plus illustre à saint Geraud qu'on a fait fils de Gérard, comte d'Auvergne et du Limousin, et descendant de Charlemagne par sa grand'mère Malthilde; on lui a attribué , en outre, la gloire d'avoir tiré ses vassaux de l'abjection du vasselage en fondant le gouvernement municipal à Aurillac long-temps avant Louis-le-Gros , à qui l'histoire rapporte l'affranchissement des communes. Cette double opinion ne me parait pas suffisamment justifiée- Hien n'établit que le Gérard, père de saint Geraud, fut le même que le comte d'Auvergne qui porte ce nom; et, quant à la croyance qu'il fut le fondateur du gouvernement consulaire à Aurillac, elle ne repose que sur les expressions d'un article d'un traité passé en 1280 entre les abbés et les consuls de cette ville; et cet article, au moins à mes yeux, n'exprime, en réalité, qu'un acte de dévotion comme on était dans l'habitude d'en faire au moyen-age, et non une reconnaissance de la fondation du consulatMais si l'origine illustre dont on a doté saint Geraud et l'affranchissement de ses vassaux peuvent lui être contestés, on ne saurait lui disputer l'honneur d'avoir été le véritable fondateur d'Aurillac par l'érection qu'il y fit, en 896, d'un monastère important, à la construction duquel il consacra des sommes considérables et qu'il dota richement. Aurillac, en effet, était à la vérité une bourgade d'une certaine importance dès les premiers siècles de la domination romaine : les médailles à l'effigie des Césars et les antiquités gallo-romaines qu'on trouve fréquemment dans ses environs, ne permettent aucun doute à cet égard ; mais ne devint une cité que lorsque cette abbaye y eut attiré une population nombreuse.

On ne saurait lui contester encore la gloire d'avoir puissamment aidé , par la fondation de celte abbaye, au renouvellement des lettres et des sciences en France ; car elle devint une de ces écoles fameuses, instituées au x' siècle, d'où sortirent des hommes qui conquirent de belles pages dans l'histoife de leur temps. « La doctrine de vérité qu'on enseignait à Cluny, disent les auteurs de l'histoire littéraire de la France, se communiqua aux autres monastères où passa l'institut de cette célèbre abbaye. On préjuge aisément combien se multiplièrent les écoles par cette voie. Elle passa à Aurillac, en Auvergne, comme ailleurs, et ce monastère fut le principal berceau du renouvellement des lettres qui se fit au x" siècle (I). • Gerbert fut un des élèves de cette école. Il y puisa des connaissances presque universelles ; il fut à la fois orateur, poète, théologien, médecin, géomètre, musicien, astronome et mécanicien ; il enseigna l'arithmétique avec les chiffres arabes, alors à peine connus (2), traça des sphères de sa main (3), inventa des orgues hydrauliques et fit. la première horloge à roues qu'on eût encore vue ; son rare mérite l'élcva successivement à l'archevêché de Reims, en 991, à celui de Ravennes, en 993, et enfin, en 999, à la chaire de saint Pierre où il prit le nom de Sylvestre II. On compte encore parmi les élèves de l'école d'Aurillac dont les noms sont accompagnés de célébrité, Théodart, évéque du Puy, Pierre de Limagne et Guillaume d'Auvergne, évéque de Paris.

On voit que la part de gloire qui revient à saint Geraud dans les annales de la Haute-Auvergne reste encore assez belle , après en avoir distrait ce qui peut lui être contesté.

Après la mort de Louis-le Bègue, l'Auvergne passa un instant sous les-lois de Carloman et de Charles-le-Gros. On sait que ce dernier fut solennellement déposé de la dignité impériale dont il fut déclaré indigne et mourut peu de temps après dans une ile du Rhin, accablé par le mépris de ses peuples. Eudes, qui fut appelé à lui succéder, n'y réussit pas sans difficultés; il eut a lutter contre Rainulphe II, comte de Poitiers, qui s'était emparé de la partie du royaume située entre la Loire et les Pyrénées et s'y était fait proclamer roi. Il marcha contre co rival dont la cause était soutenue en Auvergne par le comte Guillaumele-Pieux, et parut à la léte d'une armée nombreuse dans cette province qui lui résista jusqu'en 893.

Cependant les Normands, contre lesquels Eudes avait combattu avec un succès qui avait été la cause de son élévation, n'avaient pas cessé de ravager la France. Ils la parcouraient dans tous les sens et portaient le pillage et l'incendie tantôt dans une province, tantôt dans une autre. Ils envahirent l'Auvergne, en 913, en détruisirent une partie des villes, et ce ne fut qu'après huit années de luttes et à la suite d'un dernier combat dans lequel ils perdirent douze mille des leurs qu'ils s'en éloignèrent.

Après Eudes, Charles-le-Simple, long-temps exclu de tous les trônes, quoique ses droits fussent incontestables et qu'il eût même été sacré en 893, fut enfin proclamé roi. Mais une partie des seigneurs du royaume persista à ne pas le reconnaître, lui préférant Robert, duc de France, ou Raoul, duc de Bourgogne. Ce fut une cause de troubles pour l'Auvergne qui se rangea à la cause de Charles. D'autres événements l'agitèrent bientôt de nouveau. Raoul avait donné le comté d'Auvergne à Raymond Pons, comte de Toulouse ; Louis d'Outre-Mer en disposa à la mort de ce dernier en faveur de Guillaume de Poitiers, sans se préoccuper des droits de ses descendants. La noblesse de la province s'indigna de cette spoliation et refusa de reconnaître Guillaume ; Louis marcha contr'elle; elle lui résista énergiquement et ne fut complètement soumise qu'en 955. Enfin il parait qu'en 98î, l'Auvergne était encore le théâtre de nouveaux troubles qui y attirèrent le roi Lolhaire, bien que l'histoire garde le silence et sur leur cause et sur leur importance.

La puissance du clergé prit un immense développement dans cette province, au onzième siècle, et les donations y arrivèrent de toute part à l'église. Amblard, seigneur d'Apchon, pour se rédimer du meurtre de Rrunet, seigneur de Nonnèlc et son parent, dont il s'était rendu coupable, disposa en sa faveur des deux bourgades situées sur le mont Indiciat ; Amblard de Rrezons lui donna sa terre de Sainl-Flour, voisine d'Indiciat ; Ermeugarde de Rocliedagoux fil transférer à Mauriac (1050), ville qui devait son origine à un oratoire et à un monastère fondés, dit-on, par sainte Théodechilde, les reliques de saint Mary qui, après de longs travaux apostoliques, s'était retiré et avait terminé sa carrière dans un lieu désert de la vallée de Mont-Journal, appelé aujourd'hui Saini-Manj-le-Cros; enfin, Durand d'Henri, abbé de Moissac et archevêque de Toulouse, fonda le prieuré de Bredon, près de Murât.

Mais l'événement religieux le plus remarquable de ce siècle fut, sans contredit, la tenue du concile de 1095, à Clermont, auquel assistèrent le pape et plus de deux cents prélats et où la croisade fut préchée avec tant de succès, que l'assemblée entière s'écria tout d'une voix, en 'langage du pays : Dion /ou vol! Diou fou col! et prit la croix à l'instant. Au retour de ce célèbre concile, Urbain II passa par la Haute-Auvergne et y consacra les églises de Sainl-Flour et d'Aurillac.

Le clergé continua de voir s'accroître son pouvoir et ses possessions dans le siècle suivant. Mais, comme il n'arrive que trop souvent, avec la puissance et la richesse vinrent pour lui les vices, et il commença à donner le spectacle affligeant de la corruption. On lui dut cependant encore dans ce siècle un règlement important pour mettre un terme aux actes de violence qui étaient commis partout et en toute circonstance. Dans un concile tenu à Clermont, en 1130, il ordonna d'observer la trêve de Dieu depuis le mercredi au coucher du soleil jusqu'au lundi à son lever, depuis l'Avent jusqu'à l'Octave de l'Epiphanie, et depuis la Quinquagésime jusqu'à l'Octave de la Pentecôte, interdit les foires et les marchés où on était dans l'habitude de se donner rendez-vous pour se battre, et prononça des peines sévères contre les incendiaires.

Toutefois, à côté de l'autorité ecclésiastique, grandissait avec une égale rapidité l'autorité seigneuriale, et, devenus puissants tous deux, les corps du clergé et de la noblesse se jalousaient mutuellement, cherchaient à empiéter l'un sur l'autre et souvent décidaient leurs querelles par les armes. Des contestations survenues entre l'évêque de Clermont et le comte d'Auvergne, Guillaume VI, furent assez graves pour attirer à deux reprises différentes le roi Louis-le-Gros en Auvergne (1). En 1162, Guillaume VII, bien que dépouillé par son oncle, Guillaume VIII, s'unit avec lui pour faire de nouveau la guerre à l'autorité ecclésiastique, et ces deux seigneurs se rendirent coupables de tant d'excès contre les églises d'Auvergne, que leurs violences déterminèrent Alexandre III à se rendre à Clermont pour y mettre un terme. Sa présence les effraya un instant; ils craignirent les foudres de l'excommunication et se décidèrent à traiter avec l'évêque. Mais Alexandre ne se fut pas plus tôt éloigné , que Guillaume VIII s'associa son fils Robert et son neveu le comte du Puy et reprit le cours de ses brigandages ; il fut excommunié , fit lever l'excommunication et n'en continua pas moins ses déprédations. Convaincus par expérience de l'impuissance des armes spirituelles contre leurs adversaires, les cvêques de Clermont et du Puy prirent Je parti d'implorer l'intervention du roi de France. Louis-le-Jeune les

prit sous sa protection et marcha contre les coupables (1165) ; ils osèrent lui résister, mais ils furent battus et faits prisonniers.

On sait qu'Eléonore de Guienne, répudiée par Louis VII, avait épousé Henri Plantagcnest, qui devint plus tard roi d'Angleterre, et lui avait apporté en dot l'Aquitaine. Le monarque anglais se trouvait par suite suzerain de l'Auvergne en même temps que vassal du roi de France ; les comtes captifs imaginèrent de se faire réclamer par lui comme ses vassaux directs et obtinrent par ce moyen leur liberté, après avoir donné quelques marques de repentir. Mais bientôt de nouvelles contestations s'élant élevées entre Guillaume VII et Guillaume VIII, Henri, qui avait vu son intervention respectée une première fois et qui tenait d'une manière toute particulière à se poser en suzerain de la noblesse de cette province, crut devoir intervenir encore; le roi de France fut blessé de cette démarche fuite sans son aveu, et la guerre ne tarda pas à éclater entre les deux souverains.

Cette guerre ne fut pas de longue durée; mais elle causa des maux incalculables par suite de l'imprudence que fit Louis VII de prendre à sa solde des étrangers connus dans l'histoire sous le nom de Braljançons. Ces partisans coururent le pays dans tous les sens et le ravagèrent impitoyablement. La noblesse d'Auvergne, poussée à bout par ces bandits qui continuèrent leurs brigandages longtemps après la conclusion de la paix, les attaqua brusquement, leur tua trois mille hommes en une seule rencontre et parvint par cet acte de vigueur à en purger son territoire.

Le treizième siècle n'est signalé dans les fastes de la Haute-Auvergne que par l'arrestation qu'opéra le seigneur de Murât, de concert avec Eustacbe de Beaumarchais, du comptour d'Apchon Guillaume qui, à la téte d'une partie des habitants du Falgoux, pillait et dévastait les montagnes des environs de Saint-Flour; mais il y fut illustré par les troubadours qui contribuèrent puissamment à rallumer le feu sacré des lettres et des beaux-arts; on doit citer Astorg d'Aurillac et Astorg de Segret parmi ceux à qui elle eut la gloire de donner naissance.

Lé siècle suivant vit poindre l'aurore des libertés de cette province. Dès 1291 Philippe-le-Bel, s'étant engagé dans des guerres onéreuses (1), avait convoque à Aurillac les évôques de Clérmont, de Cahors , de Rodez, d'Albi et de Mendes pour leur demander des subsides; n'ayant pu les obtenir d'eux, il avait provoqué, l'année suivante, une nouvelle réunion d'évêques et n'avait pas été plus heureux ; il prit le parti d'assembler, en 1304, les barons, nobles et autres habitants de l'Auvergne et de leur présenter sa requête. Ce fut l'origine des Etats de celte province. Le tiers-état n'y fut d'abord représenté que dans les villes closes ayant municipalités et privilèges et qu'on désigna sous le nom de bonnes-villes; les autres bourgs et villages, appelés plats-pays, ne comptaient en rien, et la noblesse et le clergé consentaient pour eux. Mais leur exclusion ne tarda pas à exciter un mécontentement général, et, après différentes modifications, il fut arrêté, vers la fin du seizième siècle, qu'on adjoindrait aux bonnes villes quelques autres localités qui, tour-à-tour, et tous les six ans, seraient prises parmi les non-privi

I) Rechercha sur le* Etats-Généraux, par MM. Bcrgier et Verdier-Lalour.

Mgiées. Celte sorle de représentation était loin d'être régulière, même après sa dernière transformation; mais toute imparfaite qu'elle était, elle ne rendit pas moins de grands services. Les Etats ne se bornèrent pas toujours à voter des subsides; ils s'occupèrent aussi désintérêts du pays et firent souve nt dépendre un vote demandé d'une réforme d'abus ou d'une concession de franchises nouvelles, et améliorèrent ainsi peu à peu la situation de la province.

D'autre part, la tyrannie même des officiers royaux, devenue extrême, la fit ('■gaiement doter dans le même siècle de garanties et de privilèges nouveaux. Lasse d'être opprimée, elle se plaignit au roi Philippe-lc-Bcl, qui lui envoya des commissaires spéciaux avec de vastes pouvoirs et l'ordre de réprimer les abus signalés. Dédaignés ou gagnés, ces commissaires qui portaient le nomd'inquisiteurs ne purent ou ne voulurent rien faire ; elle persista dans ses réclamations, demandant avec instance le rétablissementde ses bonnes couslumes et franchises et fobservance des ordonnances et établissements de saint Loys. Louis-le-Hutiu ordonna de nouveau, mais à peu près aussi inutilement, que justice lui fût faite; enfin après lui, Pbilippe-le-Long arrêta, en 1519, que nul desbarons, nobles et autres habitants de [Auvergne ne pourrait être tiré de sa résidence pour c'tre détenu ou jugé, et accorda en même temps à un grand nombre de ses villes et de ses communes des confirmalions de privilèges ou des privilèges nouveaux. L'Auvergne eût vécu heureuse, sans doute, protégée par ces nouvelles institutions; mais bientôt des guerres désastreuses vinrent la plonger dans un abiine du maux.

Le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, hléssé de n'avoir pas obtenu le comté d'Angouléme qu'il réclamait pour la dot de sa femme, fille du roi Jean, avait fait assassiner Charles d'Espagne-de-la-Cerda, en faveur duquel il en avait été disposé. Justement irrité du meurtre de son connétable, le roi de France l'avait fait arrêter et avait fait même décapiter en sa présence quelques seigneurs de sa suite. Philippe, frère de Charles, et les parents de ceux qui avaient ainsi péri, levèrent l'étendard de la révolte et, ne se sentant pas assez forts pour soutenir seuls la lutte qu'ils entreprenaient, invoquèrent l'appui du roi d'Angleterre. Edouard n'eut garde de le leur refuser; il avait, de son côté, à venger une injure ; car le comte d'Eu qui, s'étant rendu après avoir si mal défendu la ville de Caen qu'il fut suspecté de trahison, avait été son prisonnier et était venu sur parole à Paris pour y chercher sa rançon, y avait trouvé la mort; il ne pouvait voir d'ailleurs, sans une secrète satisfaction, un mouvement qui pouvait devenir favorable à ses prétentions sur la France. 11 se déclara hautement pour la cause des insurgés, et on vit s'allumer entre la France et l'Angleterre une guerre des plus acharnées.

Trois aimées anglaises envahirent à la fois le royaume. L'une d'elles, commandée par le prince de Galles, qu'avait rendu fameux la victoire de Crécy, s'avança jusqu'à Tours. Jean vint à sa rencontre avec une armée de soixante mille hommes, l'attaqua sans prudence, perdit la célèbre bataille de Poitiers et fut fait prisonnier.

Cette grande catastrophe, survenue dans les destinées du roi de France, fut suivie d'une trêve à laquelle consentit Edouard qui espérait tirer, par sa rançon, plus d'avantages que par la force des armes et qui, dans tous les cas, n'était pas fâché de laisser déchirer le royaume par les factions qui le divisaient et qu'une guerre poussée à outrance aurait sans doute réunies contre lui. Mais cette trêve n'eut d'autre résultat que de livrer les provinces à la déprédation de bandes de soldats anglais et français licenciés à son occasion, et d'exciter par suite une révolte générale des paysans, connue dans l'histoire sous le nom dejaquerie, dont l'Auvergne eut beaucoup â souffrir. Le traité qui intervint n'obtint pas l'assentiment des étals-généraux, et les troupes d'Edouard, immédiatement réorganisées, continuèrent d'envahir le territoire français. Elles parurent en Auvergne, en 1357, marchant sur trois colonnes, commandées par Nobert-Knoll. Waldebert et Mandoc-Badafol, et la ravagèrent cruellement. Elles prirent et pillèrent l'ancien château de Cheylard, dont il reste encore quelques ruines, celui de Celles, qui fut rasé en 1360, celui de Chaliers, qui fut rendu en 1370, moyennant finances, ceux de Turlande et de Sailhans, de Fonnostre et de Chavagnac, de Beccoire et d'Albepierre, de llaulhac et de Missillac, de Montbrun et de Miremont. Les petites villes de Vie et de Chaudesaigues tombèrent en leur pouvoir, et celle de Murât, qui s'était progressivement formée et agrandie sous la protection d'une forteresse célèbre, occupée par elles, devint leur quartier général et le centre de leurs opérations dans la province, bien qu'elles n'eussent pu s'emparer de son château.

L'Auvergne fit de vains efforts pour se débarrasser de ces étrangers; la mésintelligence qui régnait entre plusieurs de ses chefs ne lui permit pas d'agir avec l'ensemble nécessaire, et les succès partiels qu'elle remporta sur eux restèrent sans résultats. En 1359, Merigo-Manbez, chef d'une de ces troupes indisciplinées qui s'étaient organisées pour le brigandage à la suite de la trêve momentanée de 1356, et qui, depuis que la guerre s'était rallumée, avaient passé au service de l'Angleterre, s'empara par ruse de la forteresse de Cariât ; peu après, le château de Montbrun, qui avait été repris par les Français, tomba de nouveau au pouvoir des Anglais, qui le rendirent par composition quatre ans après, à la suite d'un siège où la ville de St-FIour, devenue assez importante pour avoir été choisie en 1317 comme chef-lieu d'un diocèse démembré de celui de Clermont, dépensa deux cents écus d'or ; mais où elle eut la gloire de faire prisonnier le fameux chevalier gascon Saudoz.

On était en droit d'espérer que le traité de Bretigny , par lequel l'Angleterre rendait la liberté au roi Jean , moyennant un tiers de son royaume et trois raille écus d'or, mettrait un terme à cette guerre désastreuse; mais il n'en fut rien. Quelque onéreuses que fussent pour lui les conditions de ce traité, le roi de France les exécuta avec la plus scrupuleuse fidélité. Le roi d'Angleterre n'agit pas de même ; ceux de ses capitaines qui tenaient les places que la France devait recouvrer, autorisés par lui, refusèrent de les rendre, les conservèrent ou les firent démolir : les forteresses de Cheylanne et du Rouayre furent ainsi rasées, nonobstant les conventions stipulées. D'autre part, ses soldats, qu'il s'était obligé de retirer du territoire français et qu'il y laissa cependant en partie , se réunirent en troupes indépendantes qui prirent le nom de Tard-Venus, parce qu'elles succédaient en brigandage à celles qui s'étaient organisées en 1356, s'associèrent avec celles-ci et devinrent des corps redoutables qu'on appela les Grandes-Compagnies. Ces bandes, composées de pillards de toutes les nations, guerratores de varii*

nibv», dit le continuateur de Naugis, inondèrent l'Auvergne et achevèrent de la dévaster. Vainement les Etats du Haut-Pays s'assemblèrent à Saint-Flour, en 1365, pour aviser aux moyens de les expulser ; vainement ceux du royaume se réunirent dans le môme but, à Clermont, en 1374; tout fut inutile, et, vaincus ou payés, les brigands ne s'éloignaient que pour reparaître bientôt. Ils s'emparèrent de Cariât, en 1370 ; il fut constaté, en 1371, qu'ils avaient fait essuyer des pertes considérables à Saint-Flour; Charlus fut enlevé par eux, en 1573; enfin, en 1380, ils occupaient presque tous les châteaux des environs de Saint-Flour.

Après avoir rendu Cariât pour ùe l'argent, Mérigo-Marchez, qui s'intitulait effrontément le roi des pillards, surprit la forteresse d'Alleuze, s'y établit et s'y maintint pendant neuf années consécutives. Il finit cependant par la céder, moyennant dix mille livres, au comte d'Armagnac, commandant en chef des forces de la Haute-Auvergne; mais il ne tarda pas à se repentir de ce marché, évidemment désavantageux pour lui ; car, suivant le dire de Froissard , Alleuze lui rapportait au moins vingt mille florins par an enmulets, draperies, soieries, etc., que ses hommes pillaient sur les chemins, et en blé, farine, pain tout cuit, avoine, bon vin, bœufs,brebis et moulons gras, poulaille, volaille, etc., qu'il forçait les habitants du voisinage de lui apporter. Pour se dédommager, il s'empara du château de La Roche-Vandais, dans les montagnes du Mont-Dore, et en fit un repaire d'où ses compagnons fondaient à tout instant, comme des oiseaux de proie, sur les campagnes environnantes : « Rien n'estant qui ne leur veneist à point, s'il n'esloit trop chaud ou trop pesant (1). »

Ces bandes de pillards s'éloignèrent enfin et on espéra en être débarrassé ; mais elles reparurent en 1387, s'emparèrent des châteaux de Cariât, de Loubarès, de Mallet, deTurlende, d'Anglards, de Bressols, des Halots, de Murat-Lagasse, et firent des ravages effroyables.

L'Auvergne, désolée par ce brigandage sans fin, prit le parti de demander du secours au roi de France. Charles VII lui envoya Robert de Béthune à la tête d'un corps de troupes imposant, et dès-lors les affaires changèrent de face. Se voyant hors d'état de tenir téte aux troupes royales, les pillards évacuèrent le pays, le 23 juillet 1389, et Mérigo-Marchez, arrêté l'année suivante par le seigneur de Tournemire, expia dans les supplices les crimes nombreux dont il s'était souillé. Il resta cependant dans la province quelques débris de ces associations de malfaiteurs qui la ravagèrent long-temps encore, et il fallut se cotiser, en 1438, pour s'en débarrasser définitivement.

Epuisée par la guerre et le brigandage, l'Auvergne fut peu après dépeuplée, en partie, par une de ces épidémies qui en sont la suite ordinaire, et devint en outre, par deux fois, dans le cours du xve siècle, le théâtre d'insurrections qui en étaient également les conséquences.

Les désordres des derniers temps avaient habitué les gens de guerre à vivre de pillage, et ils avaient fini par s'organiser, eux aussi, en véritables bandes de voleurs. Sous le roi Jean, il y avait eu les Tard-Venus ; sous le roi Charles VII, il y eut les Ecorcheurs et lesRctondeurs, qui ne lais'iicnt pas même de vêtements aux

(1j Chron. de Froissard.

malheureux que le sort faisait tomber entre leurs mains. Charles voulut mettre un terme à tant de licence, et rendit sa célèbre ordonnance d'Orléans, contre les piUeries et vexation» de» gens de guerre. Cette mesure mécontenta plusieurs seigneurs qui n'avaient pas rougi d« marcher à la téte de cette soldatesque effrénée et de partager ses rapines. Ils organisèrent contre lui une sorte de ligue, dans laquelle entrèrent les ducs d'Alençon et de Bourbon , le comte de Vendôme et jusqu'au dauphin lui-même qui devait bientôt régner sous le nom de Louis XI. Charles marcha contre eux, les battit dans le Poitou , les contraignit à concentrer leurs forces dans le Bourbonnais, les y suivit, vit s'ouvrir sans résistance plusieurs villes devant lui et vint à Clermont où les Etats de la province lui accordèrent des subsides considérables. Les insurgés furent bientôt réduits à venir implorer à ses pieds un pardon qui leur fut accordé. Il importe de dire que la noblesse de la Haute-Auvergne ne paraît pas avoir pris une part très-active à cette levée de boucliers que les populations, de leur côté, virent avec la plus grande indifférence.

Mais peu après, la politique de Louis XI, qui tendit constamment à abaisser la puissance féodale au profit de l'autorité royale, fit prendre de nouveau les armes à cette noblesse jalouse de ses privilèges et accoutumée à ne supporter aucun frein. Elle organisa une nouvelle ligue, sous le nom spécieux de Ligue du bienptiblic, dans laquelle entrèrent les ducs de Bourbon, de Bretagne, de Berry, de Nemours et jusqu'à Charles, frère du roi. Le duc de Bourbon leva le premier l'étendard de la révolte dans le Berry, le Bourbonnais et l'Auvergne. Louis marcha contre lui à la léte d'une armée de vingt-quatre mille hommes , le força, par le succès de ses armes, à demander un armistice qui fut signé à Mauzac , près de Biom , et mit fin à cette seconde ligue par le traité de Conflans (1465).

Le duc de Nemours, Jacques d'Armagnac, vicomte de Murât, que Louis XI avait comblé de bienfaits et qui s'était montré singulièrement ingrat en prenant parti dans cette insurrection, implora sa clémence et ne l'implora pas en vain. Mais bientôt, par de nouvelles fautes, il encourut encore la colère de ce redoutable monarque qui, cette fois, résolut de le perdre et fit marcher un corps de troupes contre lui. Après avoir soutenu dans le château de Cariât un siège de dix-huit mois, ce malheureux seigneur se vit contraint de se rendre au duc de Beaujeu (1477). Ses biens furent confisqués, et lui-môme, conduit à Paris, fut d'abord enfermé à la Bastille dans une cage de fer et puis décapité. On a dit que ses enfants furent placés sous son échafaud pour être arrosés de son sang. Si cette assertion était fondée, en vérité, il faudrait gémir de rencontrer de pareils exemples de cruauté dans l'histoire de la France ; mais, grâce au ciel, elle n'est appuyée d'aucune preuve ; les historiens contemporains ne racontent rien de semblable, et il est au moins permis de douter de son exactitude.

Après le règne de Louis XI, de sombre mémoire, et celui de Charles VIII, « lequel, dit Commines, ne fut jamais que petit homme de corps et peu entendu, » on est heureux de trouver celui de Louis XII, dont le souvenir sera toujours en bénédiction chez les Français; « car il ne courut ouques, dit saint Gelais, du règne de nul autre si bon temps qu'il fit durant le sien. » Avec lui parurent la paix, l'ordre et la justice ; il posa les premières bases d'une administration régulière et fit disparaître l'incertitude du droit civil par la recherche et la constatation des coutumes locales de .chaque province.

Les institutions de ce bon roi promettaient un avenir prospère à l'Auvergne comme à toute la France; mais un événement survint qui devait avoir un immense retentissement dans le monde et allait bientôt la bouleverser, en allumant une des guerres civiles les plus longues et les plus sanglantes dont l'histoire ait conservé le souvenir. Un moine frondeur et exalté, déchirant brusquement son froc, proclama ce qu'il appelait les abus de Rome, brisa violemment avec l'autorité du Saint-Siège, et déclara ne reconnaître pour règle de conduite que le texte seul des écritures sacrées : ce moine, c'était Luther.

La doctrine de ce hardi novateur répondait trop bien aux instincts de l'époque pour ne pas se répandre rapidement. Après avoir envahi l'Allemagne, où elle fut propagée par les princes séculiers qu'elle débarrassait de l'autorité ecclésiastique, leur rivale en puissance et en richesse, la réforme , transformée en système démocratique par Calvin, passa en France et fut préchée pour la première fois, en 4540, dans la Basse-Auvergne (I).

Elle le fut peu de temps après, sans doute, dans la Haute ; mais elle n'était pas appelée à jeter de profondes racines dans cette partie de la province dont la popopulation simple et naïve, singulièrement attachée comme elle l'est encore aujourd'hui à un culte extérieur et tout d'émotion, ne pouvait s'accommoder d'une forme religieuse qui proscrivait les images et les lieux qu'elle était habituée à vénérer depuis son enfance, ni se contenter de prêches froids et sévères au lieu des solennités émouvantes du catholicisme. Si elle y fit d'abord quelques prosélytes, ce ne fut que dans les grands centres et particulièrement à Aurillac, où la dissolution du clergé, devenue extrême, il faut le reconnaître, avait fait naître le dégoût, et où une lutte incessante entre les abbés et la ville avait inspiré un secret désir d'émancipation ; elle y effleura seulement le sol et y sympathisa si peu avec les masses, que lors de la révocation de l'édit de Nantes, il ne s'y trouvait plus un seul religionnaire (2).

François 1", monarque léger et inconséquent, ne fut pas d'abord hostile à la nouvelle secte. II se réjouissait des embarras qu'elle faisait naître dans les Etals de son rival Cbarles-Quint, et ne prévoyait pas les orages qu'elle allait soulever dans les siens propres. Mais l'agitation qu'elle causa bientôt autour de lui, lui ouvrit les yeux sur ses dangers. Dès-lors, il voulut l'anéantir et fit jeter dans les flammes ses partisans, sur tous les points de la France : c'était manquer évidemment le but qu'il se proposait et lui attirer, au contraire, des prosélytes en la dotant de martyrs/Henri II, prince faible d'esprit et bien plus propre à être conduit qu'à gouverner, obéissant à l'inlluence de ceux qui l'entouraient, continua cette persécution, sans être bien convaincu de sa nécessité; et des bûchers, dont plusieurs entrèrent dans l'ordonnance des fêtes données à l'occasion de son arrivée dans la capitale, consumèrent, souvent sous ses yeux mêmes, une foule de ses sujets. Parmi ces malheureuses victimes du fanatisme religieux

figure un certain Antoine Magne, originaire d'Aurillac, qui eut la langue coupée et fut brûlé vif sur la place Maubert (1558), pour la faute légère d'avoir apporté des nouvelles à ses corréligionnaires (1).

Gouverné par le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, le premier, plein de génie, le second, d'babileté, tous deux nourrissant des projets ambitieux et se posant en soutien de la religion catholique pour les servir, François II continua de poursuivre les réformés par le fer et le feu et chargea une chambre du parlement d'instruire leurs procès. On sait que ce fut la barbarie des arrêts de ce tribunal de sang, connu sous le nom de Chambre-Ardente, qui les poussa à la conspiration d'Amboise, dont l'issue leur fut si funeste et qui eut pour résultat le supplice de plusieurs d'entr'eux.

A l'avènement de Charles IX au trône, Catherine, à qui les Etats-Généraux avaient confirmé la régence, soit qu'elle voulût affaiblir l'influence de la famille de Lorraine, dont l'ambition était pour elle un sujet incessant d'inquiétudes, soit qu'elle n'eût d'autre but que de rapprocher des partis dont les divisions menaçaient le pays de la guerre civile, se montra tolérante pour la réforme, comme l'avait d'abord été François Ier, fit mettre en liberté les prolestants détenus, et consentit même à une conférence des évêques avec leurs minisires, qui prit le nom de Colloque de Poissy ; mais bientôt, effrayée comme il l'avait été aussi des prétentions de ce parti aux instincts démocratiques, qui devenait singulièrement entreprenant, surtout dans les provinces méridionales, elle cessa de lui être favorable, et fit tenir au roi un lit de justice où il fut arrêté que ceux de ses partisans qui s'assembleraient seraient punis de mort, que leurs ministres seraient chassés, que les évêques informeraient seuls contre les prévenus d'hérésie, et que ceux qui en seraient convaincus, seraient expulsés du royaume : c'était évidemment annuler d'avance les décisions du colloque à intervenir et recommencer la persécution.

Encouragés par l'esprit de tolérance qu'avait d'abord montré Catherine, quelques réformés d'Aurillac avaient appelé près d'eux un ministre nommé Guy-deMorange, qui exerçait presque publiquement ses fonctions de prédicateur dans cette ville. S'autorisant des dispositions arrêtées dans ce lit de justice, Charles de Brezons, gouverneur de la ville de Murât, partisan fanatique des Guises,insigne voleur $'il en fust ouques, dit de Serres, se procura des lettres de faveur du maréchal de Saint-André, cet ancien favori d'Henri II, qui faisait alors partie de l'association connue sous le nom de Triumvirat, leva quelques troupes dans" le pays et parut brusquement à Aurillac, le 2 septembre 1501. 11 en fit immédiatement fermer les portes et se dirigea, avec son escorte, vers la maison qu'habitait Guy-de-Morange. Par un hasard heureux pour lui, ce ministre était absent. Furieux de voir qu'il lui avait échappé, Brezons fit massacrer trois hommes trouvés dans un des appartements de cette maison, puis se rendit chez déjeunes orphelins, dont la mère lui avait été signalée sans doute comme appartenant à la religion proscrite. Aux cris que poussèrent ces pauvres enfants en le voyant paraître la dague à la main et la menace à la bouche, un jeune homme, ne sachant de quoi il s'agissait, accourut ; il fut aussitôt tué d'un coup d'arquebuse, et les assassins enlevèrent du logis de celte malheureuse famille tout ce qu'ils trouvèrent à leur convenance. Brezons fit en outre jeter dans les prisons de la ville trente-cinq à quarante protestants, en fit pendre deux immédiatement, et eût certainement fait subir le même sort aux autres, si le conseil du roi, averti à temps, ne se fût bâté d'envoyer sur les lieux François Raymond, conseiller au parlement de Paris, qui les fit rendre à la liberté (1).

Cependant Antoine de Bourbon abjura soudainement la religion réformée qu'il avait d'abord embrassée avec enthousiasme, en même temps que, par une contradiction bizarre et qui peint l'irrésolution de son caractère, il envoyait son fils en Béarn pour y èlre élevé dans le culte qu'il abandonnait. Cette défection, dont les Guises allaient se prévaloir, pour faire de ce prince un agent aveugle de leur parti, causa de vives alarmes à Catherine. Pour contrebalancer leur puissance, déjà trop grande à ses yeux et qui devait singulièrement s'en accroître, «11c résolut de revenir aux protestants et fit publier, en janvier 1562, malgré l'opposition de presque tous les parlements, un édit qui leur permit le libre exercice de leur culle hors des villes. Cette concession, quelque importante qu'elle fût, ne pouvait satisfaire en ce moment ces sectaires alors exailés à l'excès et qui, ne s'en tenant plus à des questions religieuses, disaient ouvertement qu'il fallait donner un métier au petit roi Charles IX, afin qu'il gagnast sa vie comme les autres(2). Cependant le duc de Guise craignit qu'elle n'amenât une pacification qui serait le renversement de ses projets ambitieux. La guerre civile pouvait seule lui conserver sa puissance ; voulut-il la provoquer par le massacre de Vassy? on l'ignore; mais, ce dont on ne peut douter, c'est que ce massacre , prémédité ou survenu fortuitement, servit merveilleusement ses intérêts. Les réligionnaircs coururent aux armes de toute part; les catholiques les imitèrent, bientôt les deux partis furent en présence et la France se transforma en un vaste champ de bataille.

Comme l'avait prévu Guise, la guerre mit la cour sous la dépendance du triumvirat; il en fut l'âme et presque tous les pouvoirs se trouvèrent concentrés dans ses mains. Il nomma Brezons, déjà signalé par ses excès, lieutenant-général pour le roi dans la Haute-Auvergne, et lui donna l'ordre d'en occuper en cette qualité les villes, les places et les forteresses. Dès qu'ils connurent cette nomination et les ordres qui l'accompagnaient, les protestants d'Aurillac, qui savaient par expérience ce dont Brezons était capable, se hâtèrent de prendre la fuite et se retirèrent à Lyon, à Orléans ou dans le Limousin. Le nouveau lieutenant-général fit son entrée à Aurillac, le 3 juin 1362, et ne tarda pas à s'y souiller de nouveaux crimes. Sur ses ordres, les réformés furent traînés de force à la messe et leurs maisons pillées avec tant de fureur que, suivant les expressions de la chronique qui rapporte ces faits, i7 n'y restapas un simple drapeau d'enfant. Rien n'égalait la cruauté de ce misérable agent des Guises, si ce n'est son amour du pillage. Informé qu'un sergent-royal s'est retiré à Fabrègues, il y accourt, pille le châ

(I) Hitt. des martyrs protestants. '2) itém. de Monlluc.

234 CAJN.

teau et se saisit de ce malheureux, ainsi que d'un avocat distingué qu'il fait arracher brntalement du lit où le relient une maladie gr.ive. Les deux prisonniers sont conduits à Aurillac; l'avocat sauve sa vie à prix d'argent ; le sergent, hors d'état de racheter la sienne, paye pour tous deux ; Brezons ordonne de le conduire à Cariai, expression convenue d'avance avec ses siccaires, équivalant à un arrêt de mort et ayant une singulière' analogio avec ces terribles mots adoptés par d'autres massacreurs : à laForcel à l'Abbaye! Il est assassiné au lieu de l'Oradour. Peu après, douze des siens vont, sur ses ordres, arrêter un chirurgien qui s'est ré- . fugié à Cavagnac, chez le receveur des domaines, Fortet, le frappent de douze coups de dague, et le laissent sur la route où il languit long-temps avant de rendre le dernier soupir. Plus tard, ayant appris qu'un avocat à la cour présidiale est venu voir sa femme et sou enfant au village de Vaguerres, Brezons se rend dans ce village, enlève ses bestiaux, l'arrête lui-même et le conduit prisonnier au château de Saint-Etienne, d'où il est tiré la nuit suivante pour être envoyé à Cariai; ses bourreaux le forcent à porter une pioche pour creuser, disent-ils, sa fosse, l'assomment à moitié chemin de la forteresse et le jettent dans un fossé.

Vainement, quelques citoyens honorables veulent s'opposer a ces horribles exeès; ils n'y peuvent parvenir, et malgré leur qualité de catholiques, presque tous payent de leur sang leurs généreuses tentatives. Brezons fait arrêter deux babitanls de Laroquebrou qui n'ont eu d'autre tort que de manifester trop ouvertement leur indignation et feint de les vouloir faire conduire dans les prisons d'Aurillac; mais à quelque distance de cette ville, il leur fait crever les yeux, les fait égorger et défend, sous peine de mort, de donner la sépulture à leurs cadavres. 11 se fend coupable enfin de tant de crimes, que ceux-là mêmes qui l'ont nommé se voient contraints de lui retirer sa commission.

Brezons eut pour compagnon de brigandage, dans la Haute-Auvergne, un certain Monlelly qui, chargé comme lui par le duc de Guise de ne rien ménager pour aider, sans doute, au soulèvement des populations, s'acquitta de celte mission avec une horrible exactitude. Il parcourut les campagnes des environs d'Aurillac, s'y livra au pillage le plus effréné et n'épargna pas même les catholiques dont il prétendait servir la cause.

Après avoir tout dévasté autour de cette ville, Monlelly se dirigea sur Argenlat. Situé dans le Limousin, Argcntat se trouvait hors des limites de sa commission ; mais quelques protestants de la Haute-Auvergne s'y étaient réfugiés et il les poursuivait dans cet asile. On comptait parmi eux un médecin distingué d'Aurillac, nommé Céléry qui, ayant eu le malheur de dénoncer les premiers crimes de Brezons et n'ayant par conséquent que trop de motifs de redouter sa vengeance, avait quitté Aurillac avec toute sa famille dès qu'il avait appris son arrivée. Prévenu de l'approche de Montelly, il se hdta.de quitter Argentat et gagna la campagne ; mais il fut surpris dans sa fuite, et on ne peut lire sans frissonner d'horreur le détail des cruautés qui furent exercées contre lui.

11 reçut deux coups d'arquebuse, trois coups de pistolet, six coups d'épéc, un coup de dague, et ne fut abandonné par ses meurtriers que parce qu'ils le crurent mort. Il ne l'était pas cependant. Itcvcnu à lui après un long évanouissement, il parvint à se soulever et essaya de se traîner vers la ville. Un soldat l'aperçut et courut aussitôt sur lui l'épée haute; mais il ne l'eut pas plutôt envisagé, qu'il s'enfuit, saisi d'horreur et de pitié. Céléry pouvait à peine l'aire quelques pas; il fut heureusement 'rencontré par un de ses enfants qui fuyait aussi à travers champs. Ce pauvre enfant, a peine âgé de huit ans, oubliant sa frayeur pour secourir son père, le soutint dans ses bras comme il put et parvint à le conduire dans un village peu éloigné. Mais telle était la terreur qui s'était emparé de tout le pays que, malgré ses prières, ses larmes et l'offre qu'il faisait de ses vêtements, la seule chose qu'il possédât en ce moment, il ne put y obtenir aucun secours. Il fallut s'éloigner. Céléry , épuisé par la perte de son sang, ne pouvait plus se soutenir; il allait succomber, sans doute, lorsque la Providence dirigea de Sob côté les pas d'un autre de ses enfants âgé de dix ans ; porté en quelque sorte par ses deux jeuacs fils, il parvint à atteindre un second village, où il fut enfin recueilli. On pansa ses plaies, on lui fit prendre un peu de vin pour lui donner des forces et on le transporta dans une ferme où sa femme s'était réfugiée. Céléry parvint à guérir des nombreuses blessures qu'il avait reçues.

Montelly et sa bande occupèrent Argenlat pendant trois jours, et, sans doute pour le punir d'avoir recueilli les fugitifs de la Haute-Auvergne , n'y laissèrent à leur départ que ce qu'ils ne purent emporter; le butin qu'ils y firent fut partagé par eux sans pudeur sur la place même d'Aurillac (i).

Les protestants, de leur côté, ne se montrèrent ni moins cruels, ni moins pillards que les catholiques, et un corps de quatre mille hommes envoyé en Auvergne par le baron des Adrets (2), qui, à force de crimes, est arrivé à la célébrité, en brûla les églises et y exerça d'horribles brigandages ; la ville de Mauriac faillit être un des théâtres des excès de cette troupe indisciplinée, et ne dut son salut qu'à la bonne attitude de son gouverneur, Antoine de Lavaur, capitaine de la prévoté pour le roi. Ainsi, pendant qu'une guerre déplorable se poursuivait entre l'armée royale et celle de la réforme , cette province était ensanglantée par le meurtre, désolée par l'incendie, ruinée par le pillage et dévastée par des chefs subalternes appartenant aux deux partis.

Cependant le duc de Guise , bien qu'il n'eût pas le commandement de l'armée des catholiques, gagna sur les religionnaires la célèbre bataille de Dreux, dans laquelle les généraux des deux armées furent faits prisonniers. Catherine, toujours convaincue de la nécessité d'amoindrir son importance encore accrue par cette victoire, se rendit près de Condé qui avait été conduit à Chartres et voulut négocier la paix avec lui. Mais il répondit que, privé de la liberté, il ne pouvait valablement traiter, et la renvoya à Coligny qui s'était retiré à Orléans avec les débris de l'armée vaincue ; Coligny la renvoya à Condé : catholiques et protestants voulaient continuer cette guerre désastreuse.

Après l'assassinat du duc de Guise devant Orléans, la reine-mère crut n'avoir plus les mêmes motifs de ménager les réformés ; mais la crainte des Anglais, à qui ils avaient remis le Havre, la détermina à leur faire encore des propositions de paix, et, libre de traiter avec eux aux conditions qu'elle voudrait, elle fit rendre

(1) HHt. des Martyrs protestants.

(2) LeUre de Pcrrenol de Chanlonnay, dans les Mémoires de Condé.

l'édit de pacification du 19 mars 1563, par lequel elle leur accorda des avantages assez grands pour les déterminer à déposer les armes.

Mais elle s'était trompée en pensant que l'ambition de Guise avait disparu avec lui. Henri, duc de Lorraine, son fils, en avait hérité. Comme lui, ne pouvant s'accommoder d'un état de calme, il chercha à rallumer la guerre civile par tous les moyens, et fut puissamment secondé dans ses efforts par son oncle, le cardinal de Lorraine, qui, dès la clôture du concile de Trente, jetant le gant à la réforme, représenta au conseil que les décisions canoniques de ce concile devaient être adoptées par tous les chrétiens indistinctement; que les édits de tolérance antérieurement rendus devenaient, par conséquent, nuls de plein droit, et qu'il y avait lieu de contraindre les réformés â se soumettre aux lois de l'Eglise. Les manœuvres de l'un et les propositions de l'autre devaient soulever et soulevèrent, en effet, une affreuse tempête. Les religionnaires poussèrent des cris d'indignation, et dans leur fureur osèrent, de leur côté, dans un synode général, décréter l'abolition du pouvoir despotique et de la papauté.

Celte résolution, qu'il n'était pas autrement en leur pouvoir de mettre à exécution, indiquait ce qu'ils feraient s'ils étaient les plus forts; elle éclaira Catherine sur les dangers qu'ils pourraient faire courir un jour à la monarchie. Elle comprit que, si du côté des Guises était une ambition sans limites et peut-être une secrète pensée d'usurpation , du leur se trouvait une haine de toute autorité non moins redoutable; elle résolut de les écraser. Elle avait fait la paix avec l'Angleterre et n'avait plus rien à craindre de ce coté ; elle s'assura de la neutralité des princes protestants de l'Allemagne et fit rendre un édit (1564) interprétatif de celui du 19 mars et qui en était en réalité la révocation. Elle fit, en outre, entrer son fils dans une ligue formidable organisée par le pape, l'empereur, le roi d'Espagne et le duc de Savoie, dont le but était d'extirper la nouvelle hérésie de l'Europe. Privés de toute liberté, menacés de toute part, les réformés durent nécessairement reprendre les armes.

Condé et Coligny furent de nouveau mis à leur tête, et, dans les provinces, des chefs secondaires furent chargés de réunir les forces nécessaires. Poncenac, gentilhomme du Bourbonnais, engagea trois raille hommes de pied et cinq cents chevaux dans le Bourbonnais, l'Auvergne, le Forez, le Maçonnais et le Beaujolais, les assembla à la Pacandière et se mit en route pour aller joindre, dans le Dauphiné, le baron Dacier, un des chefs calvinistes les plus importants du Bas-Languedoc. Sa petite armée fut surprise et battue à Champolly, près de Feurs, par Montsalles, gentilhomme gascon, qui conduisait, de son côté, quelques recrues à l'armée royale. Elle se retira après cet échec à St-Amant-Tallende, pour se reformer , et reprit ensuite la direction de Valence, passant cette fois par le Vivarais.

Cependant la reine d'Angleterre crut devoir intervenir en faveur des religionnaires de France dont elle voyait qu'on avait juré la perte, et elle déclara que la continuation de la guerre d'extermination qu'on leur faisait amènerait une rupture entre la France et l'Angleterre. Cette menace détermina Catherine à envoyer des négociateurs au camp de Condé, et la paix fut signée à Longjumeaux, le 23 mars 1568. On l'appela la paix-feinte ou la courte-paix, et ces deux désignations lui convinrent également; caries conditions auxquelles elle fut faite ne fuient observées avec loyauté ni d'une part, ni de l'autre, et elle fut de si courte durée, que dès le mois d'août suivant la guerre était rallumée.

A cette occasion, des corps de partisans recommencèrent à parcourir les provinces et à y porter la dévastation. L'un d'eux s'empara de Maurs, et le G septembre 1569, Laroque et Bessonnière, chefs d'une autre bande, ayant remarqué qu'on avait muré à Aurillac la porte qui donnait sur la Jordannc, présumant dèslors que cette porte n'était plus l'objet d'une surveillance active, s'y présentèrent pendant la nuit, la firent sauter au moyen d'un pétard et s'introduisirent dans la ville dont ils s'emparèrent.

On ne saurait dire à quels excès se portèrent ces misérables chefs de parti lorsqu'ils se virent maîtres d'Aurillac. Les deux consuls furent pendus et plus de cent cinquante catholiques froidement égorgés ; le monastère de Saint-Pierre, le palais abbatial, l'hôpital de la Trinité, les couvents, tout fut détruit de fond en comble ou pillé avec une atroce brutalité; les archives, les manuscrits précieux, les chartes originales furent brûlés, et il fut procédé, au nom des princes de Navarre et de Condé, commandants en chef de l'armée de la réforme, à la vente publique des biens appartenant aux monastères, aux ecclésiastiques ou à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (1).

Cependant l'armée des réformés avait été battue dans une première rencontre à Jarnac; elle le fut de nouveau à Montcontour, et cette succession de revers fit naitre le découragement dans ses rangs. Les soldats qui étaient venus du Dauphiné et du Languedoc recruter cette armée, déjà désireux de se retirer et retenus jusque-là péniblement et à force de promesses, se refusèrent particulièrement à tenir plus long-temps^la campagne; ils quittèrent leurs corps sous la conduite de Montbrun, Mirabel, Quintel, Verbelet et Pontés, tous chefs du parti, plus ou moins importants, traversèrent le Périgord et vinrent passer la Dordognc à Souillai*. De longues pluies avaient grossi les eaux de cette rivière ; elle n'était pas guéable, et il fallait des bateaux pour la traverser. Pendant que les réformés cherchaient à s'en procurer, les garnisons catholiques des environs, accourues en toute hate, fondirent brusquement sur eux, les jetèrent dans le plus grand désordre, en précipitèrent un grand nombre dans la Dordogne et dispersèrent le reste dans les campagnes du voisinage. Quelques-uns cependant, pressés par le danger, risquèrent le passage, parvinrent sur l'autre rive, et, traversant le Quercy , prirent la route d'Aurillac. Ils y furent recueillis, et bientôt le reste de leurs compagnons, étant parvenu à passer la rivière, vint sous la conduite de Montbrun et de Mirabel s'établir à Arpajon.

L'armée des religionnaires continua à s'affaiblir par la désertion, et les deux princes se virent bientôt trop faibles pour tenir téte aux catholiques. Sur l'avis de Coligny, ils prirent le parti de laisser le comte de Larochefoucaud à La Rocbelle et de se retirer dans la Gascogne et le Languedoc. Ils partirent de Saintes avec ce qu'ils avaient de cavalerie allemande et française, et environ trente mille hommes de pied, arrivèrent le 2-1 octobre à Argental, où Bessonnière les avait précédés pour leur faire préparer des bateaux , et pendant trois jours firent traverser la Dordogne à leurs troupes sur plusieurs points, depuis Argental jusqu'à Bort, qui n'eut garde de refuser le passage , et se racheta du pillage moyennant deux mille écus d'or (I).

Ces princes confièrent le gouvernement d'Aurillac et de la province à Verbelet, qui fut chargé par eux d'engager sept cents mousquetaires et trois cents hommes de pied , et frappa dans ce but d'énormes impôts sur le pays. Après avoir porlé l'effroi dans la Haute-Auvergne, ils prirent la route du Quercy et du Rouergue, passèrent le Lot au-dessous do Cadcnac et gagnèrent Montauban.

Monlbrun et Mirabel voulurent se joindre à eux ; mais ils allèrent se heurter contre la garnison de Rouillac, renforcée par un nombre considérable de paysans des environs et qui, postée avantageusement, gardait les défilés par lesquels il leur fallait passer. Vigoureusement repoussés, ils se virent contraints de rentrer à Arpajon ; mais peu de temps après, leur petit corps d'armée parvint à passer le Lot, à Privas, et se retira également a Montauban, par le Vivarais (2).

Cependant, Gaspard de Monlraorin-St-IIérem , gouverneur de la Basse et de la Haute-Auvergne sous l'autorité du roi, était accouru avec quelques troupes dès qu'il avait appris la surprise d'Aurillac par les protestants. Obligé de battre en retraite à l'approche de l'armée des princes, il se retira du côté de Saint-Flour, et y occupa les loisirs de ses soldats à faire le siège du château de Sailhans, dont la garnison protestante ne cessait de faire des incursions dans les campagnes qui environnaient cette ville. Antoine Dubourg, marquis du Sailhans, était malade en ce moment; sa femme Nicole d'Ondredieu n'hésita pas à le remplacer dans la défense du château, résista vigoureusement à St-IIérem , et le blessa même, dit-on , de sa main, dans une sortie. Elle ne put empêcher cependant que celle place ne fût emportée d'assaut ; le châtelain périt brûlé dans un four, soit qu'il y eût été caché par ses gens, comme le prétend Audigier (5), soit qu'il y eût été jeté par les ordres de St-IIérem lui-même, comme l'assure l'auteur des Annales d'Issoire (4), et la châtelaine fut conduite a Saint-Flour, où elle fut retenue longtemps prisonnière.

Du lieu où il s'était retiré, le gouverneur surveillait activement ce qui se passait à Aurillac, et, ne perdant pas de vue l'objet principal de son expédition dans les montagnes, s'y ménageait des intelligences pour s'en emparer par surprise. Mais ses manœuvres furent découvertes, et n'eurent d'autre résultat que de servir de prétexte aux réformés pour poursuivre le cours de leurs violences et de leurs cruautés contre les catholiques de cette malheureuse ville. Tout ce qu'elle comptait d'hommes honorables fut jeté dans les fers comme coupable de trahison. La plus grande partie de ces malheureux fut condamnée à mort par Lamire, qui prenait le titre de lieutenant civil et criminel d'Aurillac pour les princes de

(1) De Thou, t. v. Lapoppliniere, Hist du Languedoc. La vraie et entière hist. des troubles.

(2) De Thou, t. v.

(3) Mss. d'Audigier.

(4) Ann. D’lssoire.

Navarre et de Condé; on comptait parmi eux Cambefort, Aldevert, Parisot, Vigier, Dupuy, Carrière, Cinq-Arbres, Almaury-de-Fraissy, Geraud-de-Veyre, Pierre-Capmas, Geraud-Bobési, que sa femme eut le courage d'accompagner au supplice, et Antoine Fortet, père de dix enfants dont la mère mourut de douleur (1). Ceux des habitants qui conservèrent la vie ne furent guère plus heureux, et l'on vit Jacques de Tournemire, seigneur de Vais, hors d'état de payer douze cent vingt-cinq livres qu'on exigeait pour sa rançon, traîné de prison en prison, bien qu'il fût âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans , et livré enfin pour cette somme à un colonel de reitres. Il est impossible de dire tout ce qu'Aurillac eut à souffrir dans cette circonstance.

Lorsque St-Hérem apprit ces malheureux événements, il résolut d'attaquer ouvertement la ville. Le château de Murât fut enlevé aux réformés ; des forces considérables furent réunies devant le fort de Polminhac, et on se rendit sans retard sous les murs d'Aurillac dont on commença le siège. Mais ce fut sans succès ; la grande armée des protestants quittait en ce moment le voisinage de Toulouse avec l'intention de marcher sur Paris ; plusieurs corps de cette armée pénétrèrent dans les montagnes, inquiétèrent les catholiques, trop faibles pour s'opposer à leur passage, et firent ainsi une diversion qui sauva les assiégés. Après une vigoureuse, mais vaine tentative, St-Hérem se vit contraint de se retirer et d'abandonner cette cité, qui resta aux mains des huguenots jusqu'à la paix du «août 1570 (2).

Les religionnaires trouvèrent dans ce nouveau traité de pacification des avantages auxquels ils n'auraient pas osé prétendre; ayant beaucoup perdu de leur exaltation première et lassés de la guerre, ils en acceptèrent avec empressement les conditions et parurent les vouloir exécuter fidèlement. Mais Catherine, désormais leur ennemie irréconciliable, n'avait pas renoncé à sa résolution d'anéantir leur parti en France; elle résolut de profiter de leur sécurité pour les exterminer et, habituée à ne reculer devant aucun des moyens que lui suggérait une politique cruelle et jalouse, elle détermina Charles IX, alors âgé de vingt-deux ans et soumis à toutes ses volontés, à ordonner la trop célèbre journée connue dans l'histoire sous le nom de Journée de la Si-Barthélémy.

On sait que cet horrible massacre des protestants commença à Paris le 24 août 1572, y dura trois jours entiers et y coûta la vie à plus de quatre mille personnes de tout sexe, de tout âge et de toute condition. Quand il eut été consommé, le roi et sa mère expédièrent des courriers aux gouverneurs des provinces pour leur enjoindre de faire également égorger tous les réformés qui se trouvaient dans leurs gouvernements. Quelques-uns eurent le courage de refuser d'obéir et l'histoire cite parmi eux le comte de Tende, en Dauphiné ; Chabot de Charny, en Bourgogne ; le vicomte d'Orthès, à Bayonne. On croit généralement que St-Hérem opposa la même résistance aux ordres sanguinaires delà cour; l'auteur des Annales d’Issoire lui conteste cependant cette gloire et assure qu'il n'épargna les protestants d'Auvergne que parce que ces ordres ne lui parvinrent pas (5).

(1) Lacherry, Détails, etc. Raulhac, Annot, etc.

(2) Lacherry, Détails, etc. Raulhac, Annot., etc. (J) Ann. D’Issoire.

Il est à peu près impossible de savoir la vérité à cet égard; mais il est certain que St-Hérem ne commanda aucune exécution, et que quatre - vingt protestants seulement furent égorgés par la populace à Aurillac (1).

Les réformés qui échappèrent à ces odieux massacres se hâtèrent de gagner les villes de sûreté les plus proches ou les pays coupés et d'un accès difficile. cl prirent immédiatement les armes. La cour les prit également après quelques hésitations et se détermina à faire le siège de La Rochelle. Mais elle ne put parvenir à s'emparer de ce redoutable boulevard de la réforme en France et vit périr presque toute son armée devant ses murs. Lassé d'une guerre qui (rainait en longueur et qui menaçait d'épuiser ses ressources, Charles IX se vit contraint d'accorder de nouveau la paix aux religionnaires, par un édit du 6 juillet 1573.

Mais cet édit, qui ne leur accordait d'ailleurs que la liberté de conscience sans leur garantir le libre exercice de leur culte, ne pouvait inspirer aucune confiance à des hommes si cruellement trompés; ils ne déposèrent point les armes, et une guerre de partisans succéda à la guerre générale. Ceux qui occupaient les montagnes de l'Auvergne adoptèrent un plan de campagne qui répondait à la nature des lieux et à la faiblesse de leur nombre; ils se groupèrent en deux ou trois compagnies dont chacune eut son capitaine particulier, et qui reconnurent pour commandant général Henri de Bourbon Malauze, vicomte de Lavedan. Cette organisation leur permit de porter de l'à-propos et de l'ensemble dans leurs opérations, et mit en quelque sorte le pays à leur discrétion. Vic et Chaudesaigues tombèrent en leur pouvoir; Allanche ne leur échappa que par la belle défense de son gouverneur. Gabriel de Gouzel, qui fut pour ce fait ennobli par Henri III; ils s'emparèrent de Mauriac (16 avril 1574), en détruisant les fortifications, en fondirent les cloches pour faire des canons et en brûlèrent les chartes et les litres, à l'exception de ceux du monastère de St-Pierre que, cependant, ils pillèrent.

La Haute-Auvergne était désolée par les courses et les entreprises continuelles de ces corps de partisans. Guy II, baron de Montai, qui, sur la demande même de St-Hérem, trop âgé pour suffire aux exigences de sa position de gouverneur dans ces temps difficiles, avait été pourvu du gouvernement du Haut-Pays en qualité de lieutenant (2), demanda au gouverneur général de la province un envoi de forces assez considérables pour rentrer dans les places surprises et débarrasser le pays. Il offrait, au nom des habitants, de rester chargé des frais à faire pour lever et payer les troupes et de fournir les vivres et les munitions nécessaires. St-Hérem répondit a cette demande en se rendant lui-même dans les montagnes avec un corps d'armée de près de six mille hommes (5); et, pour réduire tout d'abord le vicomte de Lavedan, il vint mettre le siège devant le château de Miremont, situé a peu de distance de Mauriac et appartenant à sa belle-mère, Madeleine de Saint-Nectaire. Mais tous ses efforts pour s'emparer de celte forteresse restèrent sans résultat. L'inexactitude que mit le pays à lui fournir les munitions qu'il lui avait promises et la vigoureuse défense que fit

(1) Mém. du prés, de Vergnhes.

(2) Mém. du prés, de Vergnhes. (3) Mém. du prés, de Vergnhes.

 Madeleine, le contraignirent d'abandonner la place, après un siège de sel semaines pendant lequel il l'avait vainement battue de neuf cents coups de canon (I). Il se retira après avoir perdu une partie de ses meilleurs soldats en essayant de se loger sur la contrescarpe (2).

Suivant d'Aubigné et quelques historiens qui l'ont copié, Montai assiégea de nouveau celle forteresse, dans le cours de l'année suivante (1575); mais ce fut encore en vain, et Madeleine lui opposa une résistance contre laquelle tous ses efforts vinrent se briser. Désespérant de s'en emparer de vive force, il eut recours à la ruse et, attaqué dans une sortie, il feignit de lâcher pied afin d'attirer dans la plaine sa redoutable adversaire, tandis que quelques hommes placés en embuscade lui couperaient la retraite et pénétreraient dans la place. Ce stratagème ne réussit qu'en partie : entraînée par la chaleur du combat, Madeleine, comme il l'avait prévu, se laissa couper; mais le château résista. Ne pouvant l'enlever. Montai eu fit occuper toutes les issues afin d'empêcher au moins Madeleine d'y rentrer. Dans cette situation critique, l'énergique châtelaine ne perdit pas courage; elle soutint le combat jusqu'à la nuit, et alors, à la faveur de l'obscurité, elle se déroba, passa la Dordogne avec une partie de son monde et alla chercher du secours à Turenne. Elle reparut deux jours après à la tête de forces imposantes, tomba à l'improviste sur les assiégeants, les dispersa, tua leur chef de sa propre main et rentra triomphante à Miremont. Mais ce siège, dans la description duquel d'Aubigné exagère évidemment, puisqu'il fait de Madeleine une amazone constamment entourée d'une suite de gentilshommes prêts à se précipiter dans tous les périls de la guerre, pour conquérir un de ses regards cl obtenir sa main, tandis que, mariée en 1548, elle devait avoir alors atteint un âge qui n'est plus celui des amours, si même elle était veuve, n'est pas mentionné par le président de Vergnhes. Il fait même mourir Montal des suites d'une blessure reçue dans une rencontre avec le vicomte de Lavedan, en 4576, et par conséquent le récit de d'Aubigné doit être rangé au nombre des chroniques dénuées de toute preuve sérieuse (3).

Les hostilités continuaient donc dans beaucoup de provinces malgré une paix apparente, et Henri III, évadé de Pologne pour venir recueillir l'héritage de son frère, commençait son règne sous les plus tristes auspices. Ce monarque, prince irrésolu, tantôt dévot jusqu'au fanatisme, tantôt livré aux plus honteux plaisirs, rendit la guerre générale, dès son avènement au trône, en ordonnant aux protestants de renoncer à leur hérésie ou de sertir du royaume; et elle ne tarda pas à se compliquer, par l'alliance que fil avec les réformés la faction des politiques, composée de catholiques mécontents qui alléguaient pour griefs la captivité de* princes d'Alençon et de Navarre.

A cette époque, un parti de religionnaires du Quercy, du Rouergue, du Languedoc et des Cévennes pénétra dans la Haute-Auvergne, se joignit à celui que le vicomte de Lavedan commandait et poussa l'audace jusqu'à oser risquer une tentative contre Aurillac. Mais il fut rudement repoussé par les habitants de cette ville et réduit à se réfugier dans les forteresses du voisinage, d'où il fut

(1) Mém. du prés. île Vcrgnhes.

(2) Mém. de Bouillon.

(3) D’Aubigné, Uisl.univ. Moréri art. Madeleine de St-Nectaire. Mezeray, Hist. du règne d'Henri III. 

encore expulsé peu de temps après (1) Une antre bande dirigea contre Issoire une attaque plus heureuse : elle s'en empara par surprise, et son chef, le fameux capitaine Merle, s'y livra à des excès inouïs que raconte avec une naïve indignation l'auteur des annales de cette ville (2).

Cependant le duc d'Alençon, qui était parvenu à s'échapper de la cour, se mit à la tête des mécontents; Henri de Navarre, qui s'en était également évade, devint le chef des réformés, et les confédérés tinrent à Moulins une sorte de diète où fut dressée une longue requête au roi (1576).

Certes, si Henri eût souscrit à toutes les demandes qui lui étaient adressées dans celle pièce, et il lui était difficile de s'y refuser, c'en était fait du catholicisme en France et probablement de sa couronne. Mais Catherine le lira d'affaire avec son habileté ordinaire ; elle s'empara de l'esprit du duc d’Alençon, le détermina à déposer les armes, et, dans le courant de mai, la paix, fut faite à des conditions avantageuses pour les politiques et pour les protestants, qui eurent, en Auvergne» Issoire pour ville de sûreté.

Tout était donc encore pacifié. Mais les catholiques ne tardèrent pas à blâmer les dispositions du traité de pacification, qu'ils trouvaient trop avantageux pour les protestants. Les Guises, profitant de ce mécontentement, organisèrent une faction nouvelle devenue célèbre sous le nom de la Sainte-Ligue et dont le but était, au moins en apparence, l'extirpation de la religion réformée en France. Cette faction, dont Henri de Guise fut l'âme et à laquelle il s'appliqua, par tous les moyens possibles, à faire des partisans dans les provinces et particulièrement d.ms la Haute-Auvergne (3), ne larda pas à devenir redoutable. Bientôt Henri ne put douter qu'elle ne menaçât plus que le protestantisme; il comprit qu'affecter de l'ignorer, c'était la rendre plus périlleuse pour lui; que la blâmer, c'était se compromettre; que la laisser se choisir un chef, c'était abdiquer : il se détermina à la reconnaître, à la jurer lui-même et à en prendre la direction.

Mais s'il amoindrissait ainsi les dangers dont le menaçait la ligue, il déclarait en même temps une nouvelle guerre aux protestants. Ceux-ci reprirent prompte ment les armes. En Auvergne, le vicomte de Lavedan réorganisa son petit corps d'armée et recommença ses courses dans les montagnes; Henri, vicomte de Turenne et duc de Bouillon , vint occuper Calvinet (A), et Merle, qui, sur les ordres du roi de Navarre, avait remis Issoire à Chavagnac , lors de la dernière pacification, se saisit d'Ambert (1577), s'y fortifia du mieux qu'il put et en fit une sorte de quartier-général d'où il partait pour tenir la campagne, poussant ses excursions jusque dans le Haut Pays et pillant ou rançonnant tout sur son passage (5). La cour, de son côté, s'empara d'Issoire, qui fut pris, pillé et rasé après vingt-quatre jours d'une résistance opiniâtre.

Cette guerre, qui n'avait encore rien de bien sérieux, pouvait devenir grave,

(1) Raulhac, Annot., etc.

(2) Ann. D’Issoire.

(3) Lett. de Charles de Loi raine à Jean de Lastic, Dictionnaire de la noblesse.

(4) Mém. de Bouillon d'Aunigné, Hist. univ. 

(5) Ann. D’Issoire. Mém. de Merle.

si les protestants, ne s'en tenant pas à leurs seules forces, appelaient des troupes étrangères dans le royaume. Henri fut informé que telle était leur intention, et, la crainte de les voir prendre ce parti extrême, le détermina à profiter de ses médiocres succès pour terminer les hostilités par un nouveau traité qu'il signa le 17 septembre 1577 et qui est connu dans l'histoire sous le nom de Traité de Bergerac. Mais on avait fait trop de traités et on les avait trop peu respectés pour que celui-ci pût inspirer la moindre confiance; les religionnaires n'en tinrent aucun compte, restèrent les armes à la main, firent de nouveau succéder une guerre de partisans à la guerre générale, et ceux qui étaient réunis dans le Quercy, le Rouergue, le Limousin, les Cévennes et le Languedoc, continuèrent leurs excursions dans les provinces voisines.

Maîtres de Vic, ils résolurent d'approvisionner de vivres et de munitions celle petite ville, dont la situation entre Aurillac et Murât leur paraissait singulièrement avantageuse pour en faire le centre de leurs opérations dans les montagnes; et un convoi considérable, que Merle fut chargé par eux d'y conduire, donna lieu à un combat qui n'est pas sans quelque célébrité dans l'histoire du pays.

Avertis de l'approche de ce convoi et informés qu'il devait passer par un défilé facile à garder, une troupe choisie et bien montée, de soixante gentilshommes catholiques, se rendit secrètement sur les lieux et s'y posta en embuscade, après avoir fait occuper les hauteurs par des troupes sûres qui eurent ordre de ne se montrer qu'à un signal donné. Merle paraît bientôt et s'engage sans méfiance dans la gorge. Soudain la trompette sonne; il est entouré de toute part et les hauteurs se couronnent de soldats qui criblent ses gens d'arquebusades meurtrières. Mais le hardi et habile partisan ne se laisse point déconcerter par cette attaque inattendue ; il fait immédiatement couper les cordes qui retiennent les ballots, laisse aller à l'aventure les mulets qui les portaient et ordonne d'aborder hardiment les catholiques, de se faire jour à tout prix et de fuir jusqu'à un signal convenu. Il est obéi. Après deux charges meurtrières dans lesquelles succombent vingt-trois hommes, les protestants parviennent à faire une trouée et s'échappent. Les catholiques les poursuivent pendant quelques instants; mais ils les abandonnent bientôt pour revenir au champ de bataille, où les attirent les ballots délaissés. Le pillage succède au combat; les provisions sont éparpillées sur le sol, les outres sont ouvertes; on boit, on s'enivre, et le désordre est complet. Merle a prévu ce qui se passe; il rallie son monde, fait volte-face, fond sur les catholiques, et, par son apparition soudaine, les jette dans une confusion extrême. Vainement quelques gentilshommes qui n'ont pas pris part à l'orgie et parmi lesquels on compte Neyrebrousse, de Plargues, de Roussière, .de Bordes, de Fontanges, tentent de rétablir l'ordre et d'organiser quelque résistance ; ils périssent tous sans y pouvoir réussir, et l'ennemi fait parmi les leurs un nombre de prisonniers tel, qu'il le dédommage amplement de la perte de son convoi (1).

Le même capitaine qui, après avoir perdu Ambert, était à la recherche d'une résidence où il pût se retirer en maître, tenta, l'année suivante (1578), de s'emparer de Saint-Flour ; mais il fut moins heureux. A la tête d'un petit nombre

(I) Imberdis. Hist. des guerres religieuses en Auvergne.

d'hommes intrépides et décidés à tout, il se présenta sous les murs de celle ville, dans la nuit du 9 au 40 août, y appliqua ses échelles au seul point où le rocher était accessible, monta sans bruit a l'escalade et pénétra dans la cité en passant par un égout. Dès-lors il s'en crut maître et fit sonner ville gagnée. Mais le son même de la trompette donne l'alarme aux habitants que rien n'a prévenu encore de leur grave péril; le consul Brisson-dc-Chaumette, réveillé en sursaut, comprend l'imminence du danger ; il se précipite à peine vêtu; il appelle; à ses cris accourent quelques hommes déterminés; il en prend le commandement, charge hardiment l'ennemi sans se laisser arrêter par deux coups d'épée qu'il reçoit sur la tête, le refoule et le force à se précipiter par-dessus les remparts, laissant en témoignage de sa défaite la trompette qui a donné si imprudemment l'éveil à la ville (1).

Maurs subit, peu de temps après, une attaque semblable, et y échappa également par la bravoure du même consul dont les services, dans celle double circonstance, furent récompensés plus tard par des lettres de noblesse.

Au reste, les protestants échouèrent dans presque toutes les tentatives qu'ils firent à cette époque dans le Haut-Pays ; s'ils parvinrent à s'emparer du château de Peyrusse, ce fut pour le perdre presque aussitôt, et ils ne purent conserver Combrelles, qu'ils avaient surpris, mais qui leur fut enlevé par les habitants du pays, sous les ordres de d'Anteroche (2).

C’était là une série de revers; ils n'en furent pas découragés et n'en continuèrent pas moins leur guerre de partisans. Le marquis de Canilhac, qui avait succédé au baron de Montai dans les fonctions de lieutenant du roi, résolut d'y mettre un terme. Il écrivit à Jean de Lastic, seigneur de Sieugheac, pour l'engager à lever des troupes, afin de veiller à la conservation du pays d'Auvergne (3) ; il adressa à Comblât, gentilhomme de la chambre , une commission pour garder avec soin, à la tête d'un corps d'arquebusiers, le fort de Polminhac, qu'il importait de ne point perdre à cause de sa proximité d'Aurillac, et fit démanteler plusieurs autres places moins importantes et qu'il eût peut-être été difficile de mettre à l'abri des coups de main de l'ennemi. Ces premières mesures prises, il forma un camp de rassemblement et ouvrit une campagne régulière dans laquelle ses troupes, toujours sur pied, devinrent de véritables colonnes mobiles qui se portaient partout où le danger se montrait et auxquelles on dut prêter main forte, sous peine d'être considéré comme rebelle.

Cependant Dienne et la Chapelle-Moissac étaient lombes au pouvoir des religionnaires, et de ces deux points importants ils menaçaient Murat. Canilhac se hâta de prendre les mesures nécessaires pour mettre cette ville à l'abri de leurs attaques; il en augmenta la garnison, y fit conduire des canons et des munitions, l'entoura de petits forts détachés et confia enfin la garde du château de Bonnevie à un homme sur lequel il pouvait compter.

Tout cela démontrait le projet d'en finir avec la guerre civile. Lavedan le comprend

(1) Mss. d'Audigier. Mém. de Merle.

(2) Archives de Combrelles.

(3) Dict. de Ia Noblesse, art. Lastic.

et sent la nécessité d'augmenter ses moyens de résistance. Il engage les protestants du Rouergue, retirés au Mur-de-Barrez, à venir le joindre dans la Haute Auvergne. Ceux-ci se mettent immédiatement en route, et, dans la nuit du au 5 août 1581, arrivent aux environs d'Aurillac et veulent essayer de s'en emparer par surprise.

Ils s'approchent donc en silence des murailles de cette ville et y appliquent deux échelles entre les tours de Malras et de Seyrac. Soixante à quatre-vingts des leurs s'y élancent, atteignent le sommet du rempart, tuent le soldat de garde à la tour de Seyrac et se disposent à y pénétrer pour descendre dans la rue d'Aurinques. Mais une sentinelle a entendu quelque bruit ; elle accourt et les contient un instant; une autre, avertie par ses cris, se hâte de donner l'alarme. On se lève; on se précipite, les uns sans vêtements, les autres sans armes; le trompette de l'ennemi, qui sonne déjà ville gagnée, est renversé d'un coup d'arquebuse ; on se mêle dans les ténèbres et la lutte devient terrible. Les protestants désespèrent bientôt de s'emparer de la tour, qui est défendue avec une invincible opiniâtreté; une partie d'entr'eux se jette sur le toit d'une maison voisine, pour descendre dans la rue par les greniers; ce mouvement est remarqué par Guinot de Veyre, un des plus généreux enfants d'Aurillac; il comprend leur intention, accourt avec quelques braves et s'élance dans celte maison pour leur barrer le passage. Mais pendant qu'il y oppose la plus énergique résistance, la fatale pensée d'y mettre le feu vient à d'autres combattants; l'incendie fait de rapides progrès : assaillants el assaillis périssent misérablement.

Repoussés de la tour de Seyrac et chassés par les flammes, les religionnaires ne renoncent pas encore à leur projet ; ils tournent leurs efforts du côté de la tour de Malras et cherchent à s'en emparer. Mais vaincus encore par la bravoure des habitants d'Aurillac, ils finissent par être contraints à se précipiter du haut des murailles dans la campagne, et s'éloignent en désordre, abandonnant leurs armes, leurs échelles, jusqu'à la trompette qui a annoncé prématurément la victoire, et laissant sur le champ de bataille un bon nombre de morts el de blessés. „

Avec le jour, qui ne tarda pas à paraître, Aurillac put connaître les perles qu'il avait faites. Elles étaient considérables, et l'histoire nous a conservé les noms de Pierre Moles, Pierre de Tourdes, Pierre Combes, Guillaume Maury , Laurent Guiral, Jean Laparra et Jacques Lagarde parmi ceux des braves dont elle eut à déplorer la mort. Mais le plus regretté de tous fut, sans contredit, Guinot de Veyre. On chercha son corps; il avait été défiguré par les flammes, et on ne put le reconnaître qu'à une bague, gage d'amour d'une demoiselle de Cayrols qu'il devait épouser. Ses tristes restes furent pieusement recueillis, et sa fiancée, inconsolable, se retira au couvent du Buis, où elle mourut l'année suivante.

Aurillac avait échappé aux huguenots ; mais il aurait pu tomber en leur pouvoir, et ce qui venait de se passer prouvait suffisamment la nécessité de prendre des mesures pour le mettre désormais à l'abri de leurs tentatives. Ses consuls, son clergé et ses principaux habitants se réunirent, le 21 du même mois, en assemblée générale, pour aviser en commun aux moyens de défense. Il fut lu dans cette réunion une lettre du marquis de Canilhac, qui donnait avis de l'intention où il était de mettre dans la ville, pour lu protéger, une garnison de cent hommes, dont il réservait le commandement à Robert de Lignerac, mais en laissant le choix des capitaines aux consuls, ayant désir, disait-il, de ne faire chose contraire à la volonté desdits consuls. Celle communication du lieutenant du roi fut bien accueillie. Le premier consul, de Veyre, y ajouta une proposition qui obtint également l'assentiment général; ce fut de renforcer la garnison d'autres cent soldats, levés partie parmi les habitants, partie parmi les troupes étrangères. Il fut décidé, en outre, que les haies, les arbres et les murailles trop proches de l’enceinte de la cité, et qui avaient, sans doute, servi à l'ennemi pour dérober ses mouvements ou pouvaient lui servir plus tard, seraient abattus. Enfin l'assemblée, avant de se séparer, voulant consacrer le souvenir de la protection divine dont Aurillac avait ressenti les effets dans cette circonstance critique, et de sa glorieuse défense, arrêta qu'il y serait fait, le 5 août de chaque année, une procession générale, et que la trompette conquise sur l'ennemi serait appendue dans l'église paroissiale^ avec celle inscription :

Buccina hoslium Christi et ecclesiae

Proditorum urbis et palriœ.
Quasi morientes et ecce vivimus;
A Domino factum est istud

Et est mirabile.
Anno Domini Mdlxxxi (1).

En même temps que la municipalité d'Aurillac prenait ces mesures, la noblesse des prévôtés poursuivait l'exécution du plan de campagne adopté par le marquis de Canilhac pour arriver à la pacification du pays. Prévenue que le petit corps de protestants venu de Mur-de-Barrez y était retourné, à la suite de l'échec qu'il avait essuyé, elle résolut de lui enlever celte place et s'assembla avec le tiers état, le 25 août 1581, pour députer Comblât vers le roi et lui demander un secours qui permit d'en faire le siège. Ce secours fut immédiatement accordé. Raymond de Missillac, cadet de la maison de Rastignac, en Périgord, prit le commandement du corps expéditionnaire qui fut organisé; le Mur-de-Barrez fut investi et capitula le 1er novembre de la même année.

Quoiqu'affaiblis par ce revers et par ceux qui l'avaient précédé, les protestants n'en continuèrent pas moins la guerre les années suivantes; mais ce fut sans succès : l'ensemble mis par les catholiques dans leurs opérations, fut un obstacle contre lequel vinrent se briser désormais tous leurs efforts. Henri de Lavedan rentra au Mur-de-Barrez en 1582; mais il ne put le conserver. Lapeyre-Teule. capitaine secondaire de la réforme, après avoir risqué, à-peu-près à la môme époque, une nouvelle tentative contre Aurillac qui fut sans résultat, parvint à s'emparer de Maurs et de Cariât, mais ces deux places lui échappèrent bientôt, et l'on vit, en 1585, arriver en fugitive dans la dernière place, la malheureuse reine de Navarre, Marguerite de Valois.

(I) P. Daniel. Hist. de Fr. Détails historiques sur la tentative faite contre Aurillac. le 5 août 1581. Ann. Mss. d'Aurillac.

On sait que celle princesse, après avoir, par ses séductions, contribué à faire réussir la convention de Nérac, que les catholiques ne lui pardonnaient pas, avait été assez malheureusement inspirée pour s'aliéner encore les religionnaires, en embrassant la cause d'Henri de Guise. Devenue ainsi un objet de haine et de mépris pour les deux partis, elle avait quitté Nérac, en s'étayant de l'excommunication fulminée contre son mari, et s'était emparé, au nom de la ligue , de l'Agenois, qui lui avait été donné en dot.

Cette province, pressurée outre toute mesure par M"" de Duras, à qui Marguerite en avait abandonné l'administration, n’avait pas tardé à se soulever contre elle et l'avait contrainte à s'éloigner précipitamment. Escortée de quatre cents gentilshommes et de quelques personnes de sa cour, dont plusieurs furent tués par des arquebusiers postés sur son passage, Marguerite fit plus de quatre-vingts lieues à cheval, en croupe derrière Lignerac, et arriva, épuisée de fatigue, sur les frontières de l'Auvergne. Marcé, frère de Lignerac et bailli général au commandement des montagnes, l'y attendait à la tête d'une centaine de gentilshommes ; il la reçut avec les honneurs qu'exigeait son rang, avec les égards que réclamaient ses malheurs, mais la retint prisonnière et l'enferma à Cariât.

Après un séjour de dix-huit mois dans celte place forte, soit qu'elle voulût fuir une épidémie qui faisait de grands ravages dans le pays, ainsi que l'assurent les Annales d'Aurillac, soit qu'ayant tenté de s'emparer du château qui lui servait de prison et qu'étant menacée , pour ce fait, d'être livide à son frère, elle voulut éviter ce péril, Marguerite s'en évada secrètement et se réfugia à Ybois, près d’Issoire. Mais la liberté qu'elle avait reconquise lui fut bientôt ravie de nouveau, et, à peine était-elle arrivée dans celle forteresse, qu'elle y fut arrêtée par le marquis de Canilhac, qui la conduisit à Usson.

On a beaucoup écrit, et dans des sens bien opposés, sur le séjour que fit la malheureuse reine dans cette dernière place, dont elle parvint à s'emparer et qu'elle habita plusieurs années. Bayle, Dupleix ,'d'Aubigné, Davila, Busbec, Varillas disent qu'elle en fit une ile de Caprée et qu'elle s'y livra à des désordres de tout genre; le père Hilarion de Costes, au contraire, et la plupart des gens de lettres qu'elle combla de bienfaits, assurent qu'elle en fit un Thabor par sa dévotion, un Liban par son isolement, un Olympe par ses exercices, un Parnasse par ses travaux littéraires et un Caucase par ses afflictions.

Tout cela porte le cachet de l'exagération, et Marguerite ne mérita sans doute ni tant de blâmes, ni tant d'éloges. Ses désordres, malgré ce qu'ont pu dire les uns, ne sauraient être niés, el elle ne justifia que trop, par la dissolution de ses mœurs, ce mot de Charles IX : en donnant ma sœur Margot au prince du Béarn, je la donne à tons les huguenots du royaume; mais il est à croire qu'elle ne se livra pas à tous les excès que lui ont attribué les autres. Elle méritait peut-être, d'ailleurs , plus d'indulgence qu'ils ne lui en ont accordé ; ils n'ont pas réfléchi que le sang italien coulait dans ses veines , et que l'éducation qu'elle avait reçue dans une cour dissolue n'était guère propre à mettre un frein à la violence des passions qu'elle tenait de la nature; ils ne se sont pas souvenus qu'elle aimait Henri de Guise et que la politique la jeta dans les bras de Henri de Navarre qu'elle haïssait ; ils ont oublié surtout que , quelles que fussent ses fautes , elle possédait des qualités du cœur et de l'esprit capables de faire pardonner bien des faiblesses.

Cependant le duc d'Alençon était mort à Château-Thierry, et cet événement menaçait le pays de troubles encore plus graves que ceux qui l'avaient agité jusqu'ici. Les catholiques frémissaient à la pensée qu'un prince protestant devenait l'héritier présomptif de la couronne; ils craignaient pour la France le sort de l'Angleterre, entrainée dans l'hérésie par son roi. Les rangs de la ligue se grossissaient de tous ceux que dominait cette inquiétude assez fondée, au moins en apparence, et Henri de Guise, le cardinal de Lorraine et le duc de Mayenne, tous trois habiles, caressants, accessibles, populaires, ne négligeaient rien pour augmenter le nombre de ses partisans.

Les proportions que prenait ce parti inquiétaient chaque jour davantage Henri III, qui avait cessé d'en être considéré comme le chef et n'avait pu lui faire accepter Joyeuse à sa place; il s'efforçait d'en arrêter les progrès par tous les moyens dont il pouvait disposer. Ayant eu avis que Louis de Larochefoucaud, comte de Randan, qui avait été nommé quoique fort jeune au gouvernement de la Basse-Auvergne, en remplacement de Saint-Hérem, et peu après à celui de la Haute, par suite de la démission de Canilhac, paraissait incliner vers les ligueurs, il lui écrivit pour le retenir dans le devoir et chargea en même temps Meilhaud, seigneur d'Allègre, de le surveiller et de lui rendre compte de l'esprit de la province.

Mais il était trop tard. Gagné par le duc de Guise, le comte de Randan était déjà acquis à la ligue; il ne tint aucun compte des recommandations du roi et résolut, au contraire, d'assurer au parti auquel il s'était voué les villes de son gouvernement, en y mettant des garnisons ligueuses. Après avoir exécuté ses desseins à Issoire, il s'achemina vers le Haut-Pays; mais il le trouva peu disposé à l'accueillir, quoique Lignerac, devenu son lieutenant dans cette partie de la province, et Marcé y eussent entrainé une partie de la noblesse. Chapt-de-Rastignac, à qui il avait fait confier, en 1585, le gouvernement d'Aurillac , en remplacement de Lignerac, avait d'abord penché vers la ligue et avait voulu y attirer les populations delà Haute-Auvergne, ce qui lui paraissait d'autant plus facile, que le succès de sa dernière expédition contre les protestants lui avait valu une certaine influence, et que les seigneurs de Lastic, de Reilhac et de Drugeac, ne connaissant pas les intentions du roi, attendaient, bien que royaux, les événements pour se prononcer; mais la résistance que lui avaient opposée les villes d'Aurillac, de Saint-Flour et de Salers, et la crainte de perdre son gouvernement, l'avaient déterminé depuis à revenir à la cause d'Henri. Dès-lors, tous ses efforts avaient tendu à maintenir le pays sous son obéissance et il y avait réussi. Randan, dont les tendances étaient connues, n'y fut reçu qu'avec méfiance et mécontentement; l'entrée du château de Mural lui fut refusée; il convoqua vainement les Etats de la Haute-Auvergne dans cette ville, elles prévôtés de Maure et de Mauriac se rendirent seules à cette convocation ; enfin il apprit bientôt qu'tin nombre considérable de Montagnards, excité par Rastignac, se disposait à venir l'attaquer; il dut renoncer à une entreprise qui n'avait aucune chance de succès et redescendit à Issoire, d'où il ne tarda pas à repartir, prévenu par Henri de Guise que la guerre était commencée, et qu'il le fallait venir joindre à Montbrison, pour marcher sur Lyon (1).

La guerre dont parlait Guise et qui venait, en effet, d'éclater entre la cour et la ligue, ne fut pas de longue durée; mais le traité qui la termina devait nécessairement en allumer une autre. Henri, impuissant à réduire les factieux, n'avait pu acheter la paix qu'en s'obligeant, de la manière la plus formelle, à ne plus tolérer en France d'autre culte que le catholique, et il était clair qu'un pareil engagement, s'il devait faire déposer les armes aux ligueurs, devait infailliblement les faire prendre aux protestants.

Ce fut ce qui ne manqua pas d'arriver, et, sous le prétexte de celte nouvelle levée de boucliers, ceux qui occupaient le Haut-Pays y continuèrent la guerre de partisans qu'ils y faisaient depuis longtemps, quoique sans succès. Ils s'emparèrent de nouveau de Calvinet, et, enhardis par ce léger succès, ils voulurent essayer de surprendre Salers; ils se présentèrent devant cette ville, le 1" février 1586, y pénétrèrent d'abord sans difficultés et s'établirent dans quatre de ses principales rues; mais dès qu'ils furent avertis de leur présence, les habitants se réunirent en toute hâte, fondirent sur eux avec impétuosité, les chassèrent de rue en rue et les précipitèrent par-dessus leurs murailles, après une lutte acharnée dans laquelle vingt-deux chefs de famille trouvèrent la mort (2).

Cependant, comme il eût été facile de le prévoir, les concessions du roi, quelque exorbitantes qu'elles fussent, ne purent longtemps suffire à un parti dont le but réel n'était pas l'anéantissement du protestantisme en France; il en demanda bientôt de nouvelles, s'arma contre le monarque, osa l'assiéger dans le Louvre et le contraignit à se réfugier à Rouen.

L'insurrection, une fois déclarée, ne tarda pas à s'étendre aux provinces, et le comte de Randan recommença ses tentatives pour lui conquérir la Haute-Auvergne. Sous le prétexte de reprendre Calvinet aux huguenots, il somma la noblesse de se joindre à lui et reparut dans les montagnes à la tête de trois à quatre cents cuirasses et de seize cents arquebusiers commandés par Lugeac, bâtard de Jean de Lastic, qui, entraîné par le cardinal de Lorraine, avait fini par se prononcer en faveur de la ligue et en était devenu un des principaux soutiens. Mais il ne fut pas plus heureux que la première fois. La ville de Salers, devant laquelle il se présenta d'abord (1588), comptant sur des secours qui lui avaient été promis en cas d'attaque, refusa de lui ouvrir ses portes, et il n'osa pas tenter de les forcer. Rastignac, accompagné de deux cent cinquante arquebusiers et de quatre-vingts maîtres, vint lui barrer le passage sur la route d'Aurillac, où il voulait se rendre, retint prisonniers, sans vouloir les entendre, Lugeac et trois autres gentilshommes qu'il lui avait envoyés en parlementaires, le battit à trois reprises différentes et le força à regagner le Bas-Pays (3).

L'édit de réunion rétablit de nouveau la paix; car on ne cessait pas, dans ces temps malheureux, de la faire et de la rompre. On y vit, avec étonnement, Henri III accorder ce qu'il avait refusé en face des barricades ; mais il avait ses

(1) Mém. du prés, de Vergnhes.

(2) Mém. du prés, de Vergnhes.

(3) Mss. d'Andigier.

raisons; il y jura de ne poser les armes qu'après la destruction des hérétiques, déclara déchu de ses droits au trône tout prince non catholique, nomma Guise lieutenant-général et convoqua les Etats-Généraux à Blois.

On sait quelle fut l'issue de ces Etats, où Henri III fit assassiner son redoutable rival, dont il lui était impossible désormais de paralyser la puissance, croissant chaque jour au détriment de la sienne. Ce meurtre ne pouvait manquer de soulever une horrible tempête; le roi le prévit et s'efforça de la prévenir, en adressant à ses sujets une lettre qui en était l'explication et la justification, a Chers et bons amis, leur disait-il, il n'est pas besoin que nous répétions les occasions qui nous ont été données , par le feu duc de Guise , de nous repentir des troubles qu'il a suscités dans notre royaume. De quoi nous l'avons voulu retirer et mettre au droit chemin; mais il n'y a eu bienfaits ni gratifications capables de le faire rentrer dans le devoir. Au contraire, il avait toujours quelques mauvais desseins contre notre personne, laquelle désirant conserver, nous nous sommes avisé le premier à garantir notre vie, par la perte de la sienne. Ce de quoi nous avons bien voulu vous avertir, afin que vous n'ajoutiez foi aux faux bruits contraires qui pourraient courir, vous voulant bien dire que notre intention de maintenir la foi catholique, apostolique et romaine, n'est en rien diminuée. » Mais cette lettre ne satisfit et ne rassura ni les protestants, ni les ligueurs. Tandis que les premiers y trouvèrent une menace formelle, les seconds n'y virent que de vains efforts pour justifier un crime injustifiable et des protestations sans sincérité. La persécution parut imminente aux uns comme aux autres; chaque ville, chaque châtellenie se rangea sous une bannière, et l’Auvergne, comme tout le royaume, se trouva divisée en trois partis, tenant, l'un pour le roi, l'autre pour la ligue et le dernier pour la réforme (1).

La guerre recommença plus furieuse que jamais, et Mayenne, retiré en Bourgogne, somma le comte de Randan de reprendre les armes sans délai. Ce jeune seigneur n'y était que trop porté par ses propres sentiments; il y était d'ailleurs engagé avec instance par sa mère, Fulvie de La Mirande, qui, retirée à Billom, ville peuplée de jésuites fanatiques dont elle partageait l'exaltation, le pressait de se montrer digne du nom qu'il portait, et par son frère, François de Larochefoucaud, évêque de Clermont, qui le suppliait de courir, en ce moment suprême, à la défense de la religion de leurs pères (2). Il n'hésita pas et résolut de saisir la première occasion pour déployer de nouveau l'étendard de la ligue en Auvergne. Cette occasion ne se fit pas attendre long-temps.

Dubourg, marquis du Sailhans et fils de cet autre Dubourg qui avait péri brûlé dans un four, avait, nonobstant la paix, continué la guerre contre les catholiques, ainsi que l'avaient fait, du reste, tous les protestants. Us était emparé du château de Lastic, pour se dédommager de la perte de celui du Sailhans, qui lui avait été pris. Depuis, par suite d'arrangements, il était rentré dans sa propriété, en -restituant sa conquête, et, une fois rétabli dans son château du Sailhans, en avait fait une sorte de quartier-général, d'où il ne cessait de faire des excursions sur le

(1) Mem. du prés, de Vergnhes.

(2) Mss. D’Audigier.

territoire de Brioude. Les treize bonnes villes de la Basse Auvergne eurent l'imprudence d'engager le comte de Randan à prendre des mesures pour faire cesser ces désordres. Celait lui fournir l'occasion qu'il cherchait; il en profila avec empressement, et, ayant réuni a Billom un corps de troupes d'une certaine importance, il marcha sur Brioude, y trouva Dubourg, qui avait enlevé les châteaux du Mas et de Saint-Just, voisins de cette ville, et se disposa à l'attaquer. Mais ce seigneur, hors d'état de lui tenir tête, fit une trouée et s'échappa pendant la nuit (J).

Le but de l'expédition, qui n'était que de débarrasser le territoire de Brioude de cet incommode voisin, se trouvait atteint, et Randan aurait dû licencier son petit corps d'armée; il en fut instamment prié par les habitants de Clermont; mais il n'eut garde d'en rien faire, allégua d'abord qu'il lui fallait encore reprendre quelques places occupées par des partis hostiles, pour assurer définitivement la tranquillité du pays (2), puis cessa de dissimuler ses intentions, les proclama ouvertement et ne négligea désormais ni intrigues, ni promesses , ni même tentatives à main armée pour s'emparer, au nom de la ligue, des villes de son gouvernement.

Cependant la cour prenait, de son côté, des mesures pour conserver cette province et adressait a Rastignac et a Drugeac, dont l'influence dans la Haute Auvergne lui était connue, les plus vives recommandations. Le premier lui resta fidèle et continua de la servir chaudement; mais le second, pratiqué par Lignerac, qui lui offrit la lieutenance du pays sous le gouvernement de Randan, s'il voulait embrasser la cause des ligueurs, l'abandonna et employa bientôt tous les moyens en son pouvoir pour lui enlever des partisans.

A son instigation, les députés du pays, revenus des Etats de Blois, donnèrent l'idée de tenir des Etats particuliers; il espérait beaucoup de l'entraînement qui résulterait de celte mesure, et elle devait, dans tous les cas, l'éclairer sur les tendances de la contrée. Ces Etats furent convoqués, en effet, et furent tenus à Saint-Flour, dans le mois de mars de l'année 1589. Une partie des prévôtés y jura la ligue; mais le délégué d'Aurillac n'y parut pas et celui de Salers refusa de s'engager.

Drugeac ne pouvait espérer d'avoir assez d'action sur Aurillac pour le faire changer de sentiments; mais il lui sembla facile de contraindre Salers à renoncer à la neutralité. Il résolut de s'en emparer par un coup de main et y introduisit, dans ce but, quelques hommes déterminés, qu'il chargea de lui ouvrir les portes pendant la nuit. Attendant, sans doute, un signal pour agir, ces hommes vaguaient à une heure indue dans les rues de celle ville, lorsqu'ils furent rencontrés par Claude de Vergnhes, receveur des tailles de la Haute-Auvergne, qu'accompagnaient quelques personnes. Leur trouvant une apparence suspecte, de Vergnhes n'hésita pas à les charger; ils lui résistèrent résolument, le frappèrent d'un coup d'épée et mirent en fuite ceux qui le suivaient. Cet événement fut bientôt connu de toute la ville et y produisit une vive irritation; les habitants s'armèrent de

(1) Ann. d'Issoire.

(2) Ann. d'Issoire.

tout ce qui tomba sous leurs mains, coururent sur les ennemis, les forcèrent de fuir à leur tour et les contraignirent à se réfugier dans une maison, où ils furent assiégés le reste de la nuit. Drugeac se vit réduit à venir les réclamer le lendemain, et ne les obtint qu'en jurant qu'il était loyal serviteur du roi (1)

Mais cet échec ne le découragea pas, et il revint encore à son projet peu de temps après. II introduisit encore dans Salers, le 11 avril suivant, une trentaine d'hommes qui y passèrent la nuit sous les armes. La présence de ces étrangers et l'ignorance de ce qu'elle présageait, jetèrent la ville dans la consternation. Le président de Vergnhes, le même qui nous a laissé des mémoires importants sur ces époques d'agitation, s'enferma dans le château, et son frère, à la tête de tout ce qui était capable de porter les armes, passa la nuit à la garde de la cité, dont l'inquiétude était extrême. Le lendemain, dès le point du jour, une vingtaine de gentilshommes, accompagnés d'une centaine de soldats, se présentent à la porte principale; elle se ferme devant eux; ils tournent vers le château ; l'entrée leur en est également refusée, et ils sont contraints de s'éloigner. Prévenu de ce qui se passe, Drugeac, après avoir laissé à une petite, distance un' corps de deux cents arquebusiers et de soixante chevaux, se présente à son tour; mais il n'est pas mieux accueilli. Il affecte d'en être surpris et demande à parler au consul ; il lui dit qu'il a appris, de manière à n'en pas douter, que Salers doit être attaqué très-incessamment par un parti appartenant au roi de Navarre, et que cet avis l'a déterminé à occuper la ville pour la protéger contre celte attaque, comme tel est son devoir, en sa qualité de lieutenant du Haut-Pays, fonction qu'il tient du comte de Randan lui-même, dont il montre la commission. Sans discuter le plus ou moins d'exactitude de ses paroles, ni la valeur de sa commission, le consul lui demande un délai de deux jours pour délibérer sur ce qu'il a à faire. Drugeac, à cette réponse, comprend qu'il est deviné; il feint d'accorder le délai demandé, se fait rendre ses hommes et se relire plein de confusion, tandis que le consul, éclairé sur sa défection, se baie d'envoyer des courriers à Mauriac, à Pleaux et à Saint-Chamant, et détermine, par celte démarche, ces places à ne pas recevoir de garnisons de lui.

Salers, petite ville insignifiante aujourd'hui, mais importante alors, montra constamment la même énergie et sut conserver son indépendance pendant ces temps difficiles ; au milieu des troubles qui agitèrent si long-temps le pays, elle ne put être occupée par aucun parti, bien qu'elle fût convoitée par tous, et mérita ainsi le surnom glorieux de ville pucelle qui lui fut donné (2).

Cependant le roi de Navarre, qui ne prenait part qu'avec un profond regret à une guerre civile si fatale à la France, publia un manifeste dans lequel il rendait compte de ses véritables dispositions. Il y faisait les plus touchantes protestations de tendresse pour le roi et y déplorait amèrement les malheurs du royaume. « Plût à Dieu, s'écriait-il, que je n'eusse jamais été capitaine, puisque mon apprentissage devait se faire aux dépens de la France! Je suis prêt à demander au roi, mon seigneur, la paix, le repos de son royaume et le mien. » Ce manifeste,

(1) Mém. du prés, de Vergnhes.

(2) Mém. du prés, de Vergnhes.

plein de modération, émut la cour; on pressa le roi de cesser de s'humilier devant des ennemis qui le dédaignaient et le bravaient, et d'ouvrir ses bras au roi de Navarre, qui ne demandait qu'à faire cause commune avec lui; il céda enfin et consentit à une trêve de trois ans avec le prince béarnais. L'entrevue des deux rois eut lieu peu après au château du Plessis-les-Tours, et Henri de Navarre y montra une confiance qui, certes, n'était qu'apparente; car il écrivait en sortant : • La glace a été rompue, non sans nombre d'avertissements, que, si j'y allais, j'étais mort: j'ai passé l'eau en me recommandant à Dieu. • Cette confiance désarma pour toujours Henri III. La fureur de la ligue n'eut plus de bornes, lorsqu'elle vit les deux rois contracter une alliance qui allait unir les royalistes et les protestants. Elle eut recours au crime pour soutenir sa cause désormais perdue, et Henri III tomba sous le couteau de Jacques Clément.

On apprit cet odieux attentat à Clermont, le 10 août suivant. Aussitôt, les seigneurs et les notables de l'Auvergne s'y réunirent au nombre de quatre cent Trente-six, proclamèrent Henri IV et lui prêtèrent serment de fidélité. Celte démarche et une bataille que le comte de Bandan perdit à Cros-Rolland, près d'Issoire , furent mortelles à la ligue dans cette province, et on n'en trouve plus de traces dans les annales du Haut-Pays, si ce n'est la perte qu'elle fit du château de Lastic, la tentative qu'elle risqua vainement contre Marcolès, et la nomination dérisoire que fit le duc de Nemours de Philippe d'Apchier au gouvernement de Saint -Flour. Il fallut cependant l'abjuration d'Henri IV, pour la faire disparaître entièrement de ces montagnes dont la population était profondément catholique.

Les annales de la Haute-Auvergne, à dater de cette mémorable époque, présentent peu de faits dignes d'attirer l'attention de l'historien et peuvent être par conséquent rapidement parcourues.

On sait que sur la demande d'un chef revêtu d'une autorité supérieure, demande faite au roi par cette province, qui attribuait avec raison à son absence la division des royalistes pendant les troubles qui venaient de finir, Henri IV lui donna pour gouverneur Charles de Valois, fils de Charles IX et de Marie Touchet, d'abord grand prieur de France , puis comte d'Auvergne, par suite du legs que lui fit Catherine de Médicis du second comté d'Auvergne, qu'elle avait donné en premier lieu à sa fille Marguerite, mais qu'elle lui avait retiré.

Le comte d'Auvergne servit d'abord le roi avec dévouement dans le poste qui lui avait été confié; mais bientôt, l'ambition de sa sœur, la marquise de Verneuil, qui avait rêvé le trône de France et ne pouvait supporter la pensée d'y voir monter Marie de Médicis, l'entraina dans le parti des mécontents ; il s'associa avec le maréchal de Byron et le duc de Bouillon, tous deux chefs de ce parti, entama des correspondances avec les ennemis de l'Etat et essaya même de faire soulever les populations de la Guyenne, du Poitou et de l'Auvergne. Arrêté en 1602, en même temps que le maréchal de Byron et convaincu du crime de haute trahison, sa tête eût du tomber; mais Henri IV voulut user de clémence envers ce dernier rejeton du sang des Valois, et il fut rendu à la liberté, après quelques mois de détention à la Bastille.

Cette première leçon ne lui fut pas profitable. Irrité d'avoir perdu un procès que lui avait intenté Marguerite pour recouvrer le comté d’Auvergne, dont elle prétendait avoir été injustement dépouillée par sa mère, il reprit ses intrigues avec l'étranger, porta encore l'agitation dans l'Auvergne et y mena, pendant quelques mois, la vie d'un rebelle. Le surplus de son histoire est assez connu. On sait qu'arrêté de nouveau en 1604, il fut encore gracié par le roi, qui commua la peine de mort à laquelle il avait été condamné, en une prison perpétuelle, et qu'après un séjour de onze ans à la Bastille, pendant lequel il eut le temps de réfléchir sur ses inconséquences et ses fautes, il fut rendu à la liberté, et, sous le titre de duc d'Angoulême, se montra désormais sujet fidèle et utile.

Il ne parait pas, toutefois, que ce seigneur ait compté beaucoup de partisans dans la Haute-Auvergne; car il n'y put, en 1602, ni gagner, ni réduire la ville de Saint-Flour, dont il voulait faire sa place d’armes, et ses menées n'y occasionnèrent aucun trouble sérieux.

Mais cette partie de la province fut singulièrement agitée, quelques années après (1635), par l'établissement des droits menus, sorte d'impôt perçu sur les animaux à pieds fourchus et qui, par conséquent, devait lui être particulièrement onéreux. Un certain Isaac Dufour, originaire d'Allanche et habitant de Murât, s'était chargé d'en opérer le recouvrement; il éprouva la plus vive résistance de la part des paysans. Ils se soulevèrent, malgré tout ce qu'on put faire pour les calmer, n'hésitèrent pas à tenir tête aux troupes royales qu'on se vit contraint de faire marcher contre eux et les combattirent avec acharnement à St-Saturnin-es-Montagnes, aux Alintines et à Bénac, dans la Planèze; mais la dernière de ces rencontres leur fut fatale : quatre cents d'entr'eux restèrent sur le champ de bataille; leurs chefs, Trêve de Dienne et Veyssière de Murât, furent faits prisonniers; le dernier fut pendu, et on vit finir ainsi, peu de temps après qu'elle eût commencé, cette petite insurrection à laquelle on donna le nom de guerre des sabots.

La paix ne fut plus troublée désormais en Auvergne, et son histoire depuis cette époque jusqu'à nos jours n'est plus que celle de la France.

Ed. de LA FORCE.

 

Autres pages à voir